{"id":150559,"date":"2011-12-01T12:00:00","date_gmt":"2011-12-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2011\/12\/eymann-2\/"},"modified":"2023-08-24T00:49:28","modified_gmt":"2023-08-23T22:49:28","slug":"eymann-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2011\/12\/eymann-2\/","title":{"rendered":"Souplesse sur le march\u00e9 du travail et formation professionnelle"},"content":{"rendered":"<p>R\u00e9cemment, la Suisse s\u2019est \u00e0 nouveau class\u00e9e en t\u00eate des \u00c9tats europ\u00e9ens au Concours mondial des m\u00e9tiers. Pour autant, la for-mation professionnelle initiale dispens\u00e9e dans notre pays pr\u00e9- pare-t-elle bien les apprentis \u00e0 un march\u00e9 du travail qui exige souplesse et mobilit\u00e9? Des recherches montrent que peu de jeunes changent de m\u00e9tier apr\u00e8s avoir termin\u00e9 leur apprentissage. Ils pr\u00e9f\u00e8rent accumuler d\u2019abord des exp\u00e9riences dans la profession qu\u2019ils ont apprise. Toutefois, rien n\u2019indique que les personnes ayant suivi une formation professionnelle soient moins mobiles sur le march\u00e9 du travail durant le reste de leur carri\u00e8re&#13;<br \/>\nL\u2019\u00e9tude pr\u00e9sent\u00e9e dans cet article a \u00e9t\u00e9 financ\u00e9e par l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la formation professionnelle et de la technologie (OFFT) pour la \u00abLeading House f\u00fcr Bildungs\u00f6konomie: Betriebliche Entscheidungen und Bildungspolitik\u00bb..&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLors du championnat \u00abWorldskills 2011\u00bb qui s\u2019est tenu \u00e0 Londres, l\u2019\u00e9lite de la rel\u00e8ve professionnelle suisse a remport\u00e9 six m\u00e9dailles d\u2019or et onze d\u2019argent ou de bronze. Au niveau mondial, elle n\u2019a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pass\u00e9e que par le Japon et la Cor\u00e9e. En ce qui concerne la performance et l\u2019avenir du syst\u00e8me dual de formation professionnelle, les avis sont cependant partag\u00e9s tant au niveau national qu\u2019international.&#13;<\/p>\n<h2>La sp\u00e9cialisation dans la formation professionnelle: faiblesse \u2026<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nOn entend r\u00e9guli\u00e8rement s\u2019\u00e9lever la crainte que l\u2019apprentissage ne transmette un ensemble de comp\u00e9tences sp\u00e9cifiques relativement \u00e9troit. Ce serait l\u00e0 un double inconv\u00e9nient pour les apprentis: en cons\u00e9quence du changement structurel, les emplois dans le secteur tertiaire ne cessent de gagner du terrain. Les m\u00e9tiers artisanaux et industriels sont surrepr\u00e9sent\u00e9s au niveau de l\u2019apprentissage, mais, l\u00e0 aussi, le nombre de postes pr\u00e9parant \u00e0 des professions de service est en augmentation. Il est donc possible que des jeunes doivent changer de m\u00e9tier d\u00e8s la fin de leur apprentissage et ne puissent valoriser que partiellement les comp\u00e9tences acquises. En raison du rapide changement structurel et des progr\u00e8s technologiques, le march\u00e9 du travail exige en outre une souplesse accrue durant toute la carri\u00e8re professionnelle. Si les personnes ayant suivi une formation g\u00e9n\u00e9rale ont acquis davantage de comp\u00e9tences cl\u00e9s que celles qui ont suivi une formation professionnelle, elles pourraient \u00eatre plus souples que ces derni\u00e8res \u00e0 moyen et \u00e0 long termes.&#13;<\/p>\n<h2>\u2026 ou force?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDeux consid\u00e9rations peuvent r\u00e9pondre \u00e0 ces craintes. Premi\u00e8rement, c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 la sp\u00e9cialisation dans la formation professionnelle qu\u2019il est possible de renforcer de mani\u00e8re cibl\u00e9e la capacit\u00e9 des jeunes \u00e0 s\u2019int\u00e9grer sur le march\u00e9 du travail. D\u2019une part, l\u2019\u00e9conomie dispose ainsi d\u2019une main-d\u2019\u0153uvre sp\u00e9cialis\u00e9e et bien form\u00e9e. D\u2019autre part, les personnes issues de cette fili\u00e8re ont de bonnes perspectives d\u2019emploi et de salaire, en comparaison avec celles qui ont suivi une formation g\u00e9n\u00e9rale et qui, dans bien des cas, doivent encore d\u00e9velopper leur employabilit\u00e9. Deuxi\u00e8mement, les comp\u00e9tences professionnelles ne sont pas n\u00e9cessairement plus vite d\u00e9pass\u00e9es que le savoir acquis par une formation g\u00e9n\u00e9rale. Le travail en situation r\u00e9elle donne aux apprentis une occasion id\u00e9ale d\u2019acqu\u00e9rir des comp\u00e9tences techniques, m\u00e9thodologiques, personnelles et sociales, tout en fr\u00e9quentant parall\u00e8lement une \u00e9cole professionnelle et en suivant des cours interentreprises. Du point de vue p\u00e9dagogique, cette mani\u00e8re d\u2019apprendre est optimale. Elle permet de d\u00e9velopper des comp\u00e9tences durables et souples. Le fait d\u2019associer deux lieux de formation (entreprise et \u00e9cole) pourrait m\u00eame donner de meilleurs r\u00e9sultats qu\u2019un enseignement dispens\u00e9 exclusivement dans des salles de classe ou des amphith\u00e9\u00e2tres.&#13;<\/p>\n<h2>Capital humain et souplesse<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa th\u00e9orie du capital humain offre une base pour l\u2019analyse de la mobilit\u00e9 sur le march\u00e9 du travail. Elle distingue deux types de capital humain, l\u2019un g\u00e9n\u00e9ral et l\u2019autre sp\u00e9cifique \u00e0 l\u2019entreprise. Alors que le premier est utilisable dans toutes les firmes, le second ne convient qu\u2019\u00e0 l\u2019entreprise formatrice. Le capital humain sp\u00e9cifique \u00e0 l\u2019entreprise peut inclure le savoir relatif au fonctionnement de machines sp\u00e9cialis\u00e9es, aux processus internes ou encore aux besoins pr\u00e9cis des clients. Le capital humain sp\u00e9cifique \u00e0 la profession englobe, de fa\u00e7on analogue, des comp\u00e9tences et des connaissances qui ne peuvent \u00eatre utilis\u00e9es que dans le m\u00e9tier appris.Si l\u2019on applique cette th\u00e9orie \u00e0 la mobilit\u00e9 des dipl\u00f4m\u00e9s de la formation professionnelle, plusieurs questions se posent. Les personnes qui vont travailler ailleurs \u00e0 l\u2019issue de leur apprentissage sont-elles p\u00e9nalis\u00e9es sur le plan salarial par rapport \u00e0 celles qui restent dans l\u2019entreprise formatrice? Ce serait le cas en th\u00e9orie si elles ont acquis un important capital humain sp\u00e9cifique \u00e0 l\u2019entreprise, lequel, faute de pouvoir servir ailleurs, n\u2019est pas r\u00e9mun\u00e9r\u00e9. Une autre question est de savoir si un changement de profession apr\u00e8s l\u2019apprentissage induit une perte de revenus. Cela signifierait qu\u2019un capital humain sp\u00e9cifique \u00e0 la profession a \u00e9t\u00e9 accumul\u00e9 durant la formation. En renon\u00e7ant au m\u00e9tier appris, la personne ne pourrait plus utiliser son savoir sp\u00e9cifique de mani\u00e8re productive. Ce serait un obstacle \u00e0 la mobilit\u00e9, car la perspective d\u2019une baisse de salaire r\u00e9duirait l\u2019attrait d\u2019un changement de profession.Nous nous int\u00e9resserons, dans une premi\u00e8re partie, \u00e0 ces questions de mobilit\u00e9 juste apr\u00e8s l\u2019apprentissage. Nous tenterons, dans la deuxi\u00e8me partie, de d\u00e9terminer si les anciens apprentis sont moins mobiles \u00e0 moyen et \u00e0 long terme que les personnes ayant suivi d\u2019autres formations, ce qui indiquerait un manque de souplesse.&#13;<\/p>\n<h2>Le passage de l\u2019apprentissage au march\u00e9 du travail<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes donn\u00e9es du projet Tree&#13;<br \/>\nVoir Tree (\u00e9d.), Documentation du projet 2000\u20132008, Berne\/B\u00e2le, 2008. Tree = Transitions de l\u2019\u00e9cole \u00e0 l\u2019emploi. permettent d\u2019analyser l\u2019entr\u00e9e des apprentis sur le march\u00e9 du travail. Dans le cadre de cette \u00e9tude, des jeunes qui avaient particip\u00e9 en 2000 \u00e0 l\u2019enqu\u00eate Pisa de l\u2019OCDE ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9interrog\u00e9s chaque ann\u00e9e, notamment sur leur parcours professionnel. Le <i>tableau 1<\/i> montre quelle \u00e9tait la situation des b\u00e9n\u00e9ficiaires d\u2019une formation professionnelle initiale, un an apr\u00e8s l\u2019obtention de leur dipl\u00f4me&#13;<br \/>\nPour des informations d\u00e9taill\u00e9es sur l\u2019\u00e9chantillon utilis\u00e9 durant les diff\u00e9rents volets de l\u2019enqu\u00eate Tree de 2001 \u00e0 2005, voir M\u00fcller et Schweri (2009). Les changements de m\u00e9tier sont d\u00e9finis dans la cat\u00e9gorie \u00e0 deux positions de la Nomenclature suisse des professions 2000..Il appara\u00eet que d\u2019importantes diff\u00e9rences s\u00e9parent les jeunes ayant suivi un apprentissage de type dual et ceux dont la formation professionnelle a \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement scolaire: les premiers entrent plus vite que les seconds dans la vie active, ils sont moins nombreux \u00e0 entamer une nouvelle formation et ils af-fichent un taux de ch\u00f4mage l\u00e9g\u00e8rement plus faible. Environ la moiti\u00e9 des personnes actives au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une formation duale ne travaillent plus dans leur entreprise formatrice. En revanche, le changement de profession est plut\u00f4t rare dans cette cat\u00e9gorie: seuls 7% des anciens apprentis ont quitt\u00e9 le m\u00e9tier qu\u2019ils ont appris. Cette proportion se monte \u00e0 25% parmi les personnes dont la formation professionnelle est enti\u00e8rement scolaire. On peut donc supposer que la composante sp\u00e9cifique est moins pr\u00e9sente dans ce type de formation que dans l\u2019apprentissage dual. Le nombre relativement faible de changements de m\u00e9tier montre qu\u2019il n\u2019y a pas de grandes frictions entre la formation professionnelle initiale et le march\u00e9 du travail. Rien, dans ces r\u00e9sultats, ne permet d\u2019affirmer que l\u2019on enseigne \u00e0 grande \u00e9chelle des professions dont le march\u00e9 du travail n\u2019a pas besoin.&#13;<\/p>\n<h2>Les cons\u00e9quences salariales d\u2019un changement d\u2019entreprise ou de m\u00e9tier juste apr\u00e8s l\u2019apprentissage<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nSi l\u2019on soumet les salaires des actifs \u00e0 des analyses de r\u00e9gression multiple, un constat s\u2019impose: il n\u2019y a pas, en moyenne, de diff\u00e9rences salariales entre les personnes qui changent d\u2019employeur \u00e0 la fin de leur apprentissage et celles qui restent dans l\u2019entreprise formatrice. Manifestement, le capital humain sp\u00e9cifique \u00e0 l\u2019entreprise ne joue pas un r\u00f4le d\u00e9terminant; les comp\u00e9tences acquises durant l\u2019apprentissage sont parfaitement utilisables en dehors de l\u2019entreprise formatrice. En revanche, les personnes qui changent en m\u00eame temps de profession et de firme gagnent en moyenne environ 5% de moins que les autres. De toute \u00e9vidence, il existe un capital humain sp\u00e9cifique \u00e0 la profession et celui-ci repr\u00e9sente un avantage salarial uniquement pour les personnes qui continuent d\u2019exercer le m\u00e9tier appris. Dapr\u00e8s d\u2019autres analyses, ceux qui changent de m\u00e9tier tout en continuant dutiliser les comp\u00e9tences acquises durant l\u2019apprentissage d\u00e9clarent ne d\u00e9plorer aucune perte salariale. Dautres, en m\u00eame nombre, qui ne pouvaient plus vraiment utiliser leur savoir-faire ont, en revanche, d\u00fb consentir \u00e0 d\u2019importants sacrifices sur le plan salarial.Selon la th\u00e9orie du capital humain, les diff\u00e9rences de revenus entre les personnes qui changent de m\u00e9tier et les autres permettent de mesurer la transf\u00e9rabilit\u00e9 de ce capital, autrement dit le r\u00f4le des comp\u00e9- tences et connaissances sp\u00e9cifiques qui ne sont pas utilisables en dehors de la profession apprise. L\u2019analyse se heurte toutefois \u00e0 un probl\u00e8me m\u00e9thodologique: si le changement de m\u00e9tier implique une perte de salaire, la majorit\u00e9 des travailleurs s\u2019efforceront de l\u2019\u00e9viter et chercheront un emploi dans la profession apprise. De fait, nous n\u2019avons constat\u00e9 que relativement peu de bifurcations professionnelles. Lorsqu\u2019elles se produisent, on peut supposer qu\u2019elles ont, entre autres, \u00e9t\u00e9 motiv\u00e9es par le maintien d\u2019un salaire plus ou moins identique. Les effets des changements observ\u00e9s ne mesurent donc pas clairement l\u2019impact moyen qu\u2019une telle bifurcation aurait sur le revenu d\u2019une personne choisie au hasard. L\u2019effet salarial serait, pourtant un bon indicateur pour \u00e9valuer la transf\u00e9rabilit\u00e9 du capital humain des personnes form\u00e9es par apprentissage. Le probl\u00e8me \u00e9voqu\u00e9 appel\u00e9 \u00abendog\u00e9n\u00e9it\u00e9\u00bb dans la litt\u00e9rature scientifique peut se r\u00e9soudre \u00e0 l\u2019aide de m\u00e9thodes \u00e9conom\u00e9triques&#13;<br \/>\nVoir \u00e0 ce propos M\u00fcller et Schweri (2011).. Les r\u00e9sultats obtenus confirment l\u2019hypoth\u00e8se th\u00e9orique: la diff\u00e9rence moyenne de salaire entre les personnes exer\u00e7ant la profession apprise et celles qui ont chang\u00e9 de m\u00e9tier \u00e9tait quelque peu sup\u00e9rieure \u00e0 la diff\u00e9rence de 5% \u00e9tablie plus haut. On peut en d\u00e9duire que l\u2019apprentissage g\u00e9n\u00e8re un capital humain sp\u00e9cifique \u00e0 la profession et que les dipl\u00f4m\u00e9s en tirent une r\u00e9mun\u00e9ration sur le march\u00e9 du travail, \u00e0 condition de continuer \u00e0 exercer le m\u00e9tier appris. Cela d\u00e9montre que la formation professionnelle inclut, en dehors des comp\u00e9- tences g\u00e9n\u00e9rales, une sp\u00e9cialisation sur des comp\u00e9tences sp\u00e9cifiques \u00e0 la profession. L\u2019analyse ne permet pas d\u2019\u00e9tablir clairement si les b\u00e9n\u00e9fices de cette sp\u00e9cialisation d\u00e9- passent les co\u00fbts de la faible mobilit\u00e9 professionnelle qui en d\u00e9coule. Une autre question doit, par ailleurs, \u00eatre pos\u00e9e: la mobilit\u00e9 des anciens apprentis sur le march\u00e9 du travail est-elle plus limit\u00e9e \u00e0 moyen et long terme que celle des salari\u00e9s ayant suivi d\u2019autres formations?&#13;<\/p>\n<h2>Mobilit\u00e9 sur le march\u00e9 du travail durant le parcours professionnel<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nPour analyser la mobilit\u00e9 des personnes de formations diff\u00e9rentes sur le march\u00e9 du travail, nous nous sommes r\u00e9f\u00e9r\u00e9s aux donn\u00e9es r\u00e9colt\u00e9es entre 1996 et 2008 par l\u2019Enqu\u00eate suisse sur la population active (Espa). L\u2019examen inclut des personnes qui ont particip\u00e9 \u00e0 l\u2019Espa deux ann\u00e9es de suite et qui \u00e9taient salari\u00e9es la premi\u00e8re ann\u00e9e&#13;<br \/>\nLes d\u00e9tails de l\u2019analyse sont d\u00e9crits dans Eymann et Schweri (2011).. La question est de savoir quelle est leur situation un an plus tard. Ces personnes sont-elles encore actives? Ont-elles chang\u00e9 d\u2019entreprise, voire de profession? Nous avons examin\u00e9 dans quelle mesure la plus haute formation achev\u00e9e influence la probabilit\u00e9 de se trouver un an apr\u00e8s dans l\u2019une de ces situations.Le <i>graphique 1<\/i> \u00e9tablit une distinction entre les diff\u00e9rents types de transitions effectu\u00e9es par les salari\u00e9s: vers un autre emploi r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 \u2013 il s\u2019agit notamment du changement d\u2019entreprise, accompagn\u00e9 ou non par un changement de profession \u2013, vers une autre activit\u00e9 lucrative (principalement en tant qu\u2019ind\u00e9pendant)&#13;<br \/>\nPour des raisons m\u00e9thodologiques, nous avons exclu de l\u2019analyse le changement de profession sans changement d\u2019entreprise. Voir \u00e0 ce propos Eymann et Schweri (2011). et vers l\u2019absence d\u2019activit\u00e9 lucrative (ch\u00f4mage, retraite, formation, travail m\u00e9nager). Durant la p\u00e9riode allant de 1996 \u00e0 2008, en moyenne 13,8% des salari\u00e9s ont chang\u00e9 chaque ann\u00e9e de statut sur le march\u00e9 du travail ou d\u2019activit\u00e9 professionnelle.Le taux de passage d\u2019une activit\u00e9 lucrative \u00e0 une autre s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 10,4%. Si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re aux actifs \u00e2g\u00e9s de 20 \u00e0 60 ans qui exercent un emploi salari\u00e9, 5,26% d\u2019entre eux ont, en moyenne, chang\u00e9 d\u2019entreprise chaque ann\u00e9e tout en continuant d\u2019exercer la m\u00eame profession. Ils ont \u00e9t\u00e9 2,25% \u00e0 opter pour un changement simultan\u00e9 d\u2019entreprise et de profession.La transition vers l\u2019absence d\u2019activit\u00e9 lucrative est nettement moins fr\u00e9quente, avec un taux de 3,4%. Dans presque la moiti\u00e9 des cas, il s\u2019agit de passages \u00e0 l\u2019assurance-ch\u00f4mage. L\u2019analyse descriptive a montr\u00e9 que les probabilit\u00e9s de changement sont pratiquement les m\u00eames pour les personnes au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une formation professionnelle et celles qui n\u2019en ont pas.Pour savoir si la plus haute formation achev\u00e9e a une influence sur les probabilit\u00e9s de changement, il faut recourir \u00e0 une analyse \u00e0 plusieurs variables (mlogit), dans laquelle l\u2019impact de la formation est apur\u00e9 de divers facteurs d\u2019influence. Cette analyse des taux de changement (voir <i>tableau 2<\/i>) montre que la transition d\u2019une activit\u00e9 lucrative \u00e0 une autre est d\u2019autant plus probable que le niveau de formation du salari\u00e9 est \u00e9lev\u00e9. Les per-sonnes de formation tertiaire, en particulier, changent plus souvent d\u2019entreprise que celles ayant suivi un apprentissage dual (soit le groupe de r\u00e9f\u00e9rence). Le taux de changement combin\u00e9 de profession et d\u2019entreprise est \u00e9galement plus \u00e9lev\u00e9 parmi les dipl\u00f4m\u00e9s des \u00e9coles sup\u00e9rieures ou des hautes \u00e9coles (universit\u00e9s, hautes \u00e9coles sp\u00e9cialis\u00e9es, hautes \u00e9coles p\u00e9dagogiques). Par contre, il ne diff\u00e8re gu\u00e8re entre les professionnels issus du syst\u00e8me dual et ceux qui ont suivi une autre formation du degr\u00e9 secondaire II (\u00e9cole de formation g\u00e9n\u00e9rale, apprentissage enti\u00e8rement scolaire, maturit\u00e9 professionnelle, maturit\u00e9 gymnasiale). L\u2019analyse n\u2019a pas montr\u00e9 que les b\u00e9n\u00e9ficiaires d\u2019une formation professionnelle seraient moins mobiles sur le march\u00e9 du travail que les personnes ayant suivi d\u2019autres fili\u00e8res de formation du m\u00eame niveau.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nComme en attestent ces analyses des mutations professionnelles, peu d\u2019indices permettent d\u2019affirmer que l\u2019apprentissage transmet des comp\u00e9tences trop sp\u00e9cialis\u00e9es et r\u00e9duit la souplesse sur le march\u00e9 du travail. Les changements d\u2019entreprise apr\u00e8s l\u2019apprentissage sont fr\u00e9quents et n\u2019ont pas d\u2019incidences sur le salaire. En revanche, les changements de profession sont relativement rares durant cette phase; les salari\u00e9s qui continuent d\u2019exercer le m\u00eame m\u00e9tier gagnent plus que ceux qui en changent. On constate \u00e9galement que les personnes ayant suivi une formation professionnelle initiale ne sont pas moins mobiles que les autres sur le march\u00e9 du travail durant la suite de leur carri\u00e8re. Ces r\u00e9sultats indiquent que les comp\u00e9tences g\u00e9n\u00e9rales et professionnelles acquises pendant l\u2019apprentissage sont largement utilisables. Plusieurs questions restent cependant en suspens. La formation professionnelle se caract\u00e9rise par une grande h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9: celle-ci concerne en premier lieu les m\u00e9tiers et les champs professionnels, mais \u00e9galement les r\u00e9gions g\u00e9ographiques, les branches, etc. Nous ne disposons pas de donn\u00e9es regroupant suffisamment dobservations pour \u00e9tudier de mani\u00e8re approfondie certains m\u00e9tiers ou groupes de population \u2013 par exemple les personnes d\u00e9favoris\u00e9es, les femmes, etc. Une analyse id\u00e9ale impliquerait de saisir en d\u00e9tail les formations professionnelles initiales dans toute leur diversit\u00e9 \u2013 y compris les \u00e9v\u00e9nements survenant durant l\u2019apprentissage \u2013, puis de les mettre en relation avec le parcours professionnel des dipl\u00f4m\u00e9s \u00e0 court et \u00e0 moyen terme. Pour cela, de nouvelles bases de donn\u00e9es sont n\u00e9cessaires. Elles permettraient d\u2019\u00e9tayer empiriquement les nombreuses hypoth\u00e8ses \u00e9mises sur le succ\u00e8s ou la crise de la formation duale.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1: \u00abTaux annuels de changements dans l\u2019activit\u00e9 professionnelle\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 1: \u00abSituation des jeunes sortis de l\u2019apprentissage, un an apr\u00e8s la fin de leur formation\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 2: \u00abInfluence de la plus haute formation achev\u00e9e sur la mobilit\u00e9 du march\u00e9 du travail(groupe de r\u00e9f\u00e9rence: formation professionnelle duale)\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Bibliographie&#13;<\/p>\n<h3>Bibliographie<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n\u2212 Eymann A. et Schweri J., \u00abArbeitsmarktmobilit\u00e4t von Personen mit beruflicher Bildung in der Schweiz\u00bb, dans Markowitsch et al. (\u00e9d.), <i>Turbulenzen auf Arbeitsm\u00e4rkten und in Bildungssystemen,<\/i> StudienVerlag, Innsbruck, 2011, pp. 236-251.\u2212 M\u00fcller B. et Schweri J., \u00abBerufswechsel beim \u00dcbergang von der Lehre in den Arbeitsmarkt\u00bb, <i>Revue suisse des sciences de l<\/i>\u00e9ducation, 31(2), 2009, pp. 199-248.\u2212 M\u00fcller B. et Schweri J., <i>The Returns to Occupation-Specific Human capital &#8211; Evidence from mobility after apprenticeship,<\/i> Working Paper, 2011, IFFP.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9cemment, la Suisse s\u2019est \u00e0 nouveau class\u00e9e en t\u00eate des \u00c9tats europ\u00e9ens au Concours mondial des m\u00e9tiers. Pour autant, la for-mation professionnelle initiale dispens\u00e9e dans notre pays pr\u00e9- pare-t-elle bien les apprentis \u00e0 un march\u00e9 du travail qui exige souplesse et mobilit\u00e9? 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