{"id":150664,"date":"2011-11-01T12:00:00","date_gmt":"2011-11-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2011\/11\/straubhaar-4\/"},"modified":"2023-08-24T00:50:24","modified_gmt":"2023-08-23T22:50:24","slug":"straubhaar-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2011\/11\/straubhaar-4\/","title":{"rendered":"Trois sc\u00e9narios pour l\u2019avenir de l\u2019euro"},"content":{"rendered":"<p>Le sauvetage des banques priv\u00e9es et les milliards inject\u00e9s dans des programmes conjoncturels ont fait exploser la dette publique. \u00c0 pr\u00e9sent, certains \u00c9tats sont, eux-m\u00eames, au bord de la banqueroute. La Gr\u00e8ce, l\u2019Irlande, le Portugal, l\u2019Espagne et l\u2019Italie ont perdu la confiance des march\u00e9s financiers. Lorsqu\u2019ils parviennent \u00e0 obtenir des cr\u00e9dits de pr\u00eateurs priv\u00e9s, c\u2019est avec des primes de risque exorbitantes qui les enfoncent encore plus dans le maelstr\u00f6m de l\u2019endettement et risquent de les mener \u00e0 la faillite. \u00c9tant donn\u00e9 que le soutien des pays les plus solides de la zone euro leur est devenu n\u00e9cessaire, mais que les besoins d\u00e9passent leurs possibilit\u00e9s \u00e9conomiques autant que leur altruisme, la stabilit\u00e9 de l\u2019ensemble de la zone euro se trouve menac\u00e9e. Quel est l\u2019avenir de la monnaie unique? La zone euro va-t-elle se d\u00e9sint\u00e9grer? Les gouvernements poursuivront-ils la fuite en avant? Ou opterat-on pour une restructuration de la dette?&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201111_10_Straubhaar_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"234\" \/>&#13;<\/p>\n<h2>Sc\u00e9nario 1: effondrement de la zone euro<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLors de la cr\u00e9ation de l\u2019euro, ses concepteurs avaient d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment exclu tout droit de sortie ou d\u2019\u00e9viction. Ils voulaient signifier clairement cette impossibilit\u00e9 aux march\u00e9s des capitaux, car une option de libre entr\u00e9e ou sortie aurait constitu\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but un motif de sp\u00e9culation, laquelle aurait elle-m\u00eame provoqu\u00e9 des va-et-vient de fait. L\u2019impossibilit\u00e9 de savoir qui appartiendrait \u00e0 la zone euro et pour combien de temps aurait nourri une incertitude qui aurait fait grimper les primes de risque. Cette promesse d\u2019\u00e9ternit\u00e9 a donc d\u00e8s le d\u00e9but solidement rassur\u00e9 les investisseurs. Elle explique aussi le bas niveau des primes de risque appliqu\u00e9es aux cr\u00e9dits libell\u00e9s en euros.S\u2019il fallait toutefois \u2013 en violation de ce principe juridique \u2013 accepter un d\u00e9mant\u00e8lement de la zone euro, le d\u00e9bat porterait alors sur les trois solutions que voici: soit la Gr\u00e8ce quitte la zone euro (librement ou forc\u00e9e), soit l\u2019Allemagne quitte la zone euro, soit l\u2019on divise cette zone entre un euro sud et un euro nord.&#13;<\/p>\n<h2>Sortie de la Gr\u00e8ce<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDepuis mai 2010, la Gr\u00e8ce n\u2019est plus en mesure de se refinancer par elle-m\u00eame sur les march\u00e9s de capitaux priv\u00e9s. Sans aide ext\u00e9rieure, elle se retrouverait en d\u00e9faut de paiement, incapable de rembourser ses cr\u00e9dits arriv\u00e9s \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance. Que se passerait-il si l\u2019aide escompt\u00e9e n\u2019arrivait pas et si la Gr\u00e8ce \u00e9tait formellement d\u00e9clar\u00e9e en faillite? 1. Les titres d\u2019\u00c9tat grecs perdraient de leur valeur et pourraient m\u00eame ne plus rien valoir dans les cas extr\u00eames. Cela provoquerait parmi tous les cr\u00e9anciers un besoin aigu de provisions pour d\u00e9pr\u00e9ciation. Les banques grecques, surtout, se retrouveraient soudain en situation de d\u00e9p\u00f4t de bilan. En effet, les menaces de pertes pourraient avoir pour effet de d\u00e9vorer leur capital propre au point qu\u2019elles seraient exclues des transactions effectu\u00e9es par la BCE sur le march\u00e9 mon\u00e9taire et qu\u2019elles ne pourraient plus, d\u00e8s lors, se refinancer \u00e0 des conditions favorables. \u00c0 son tour, la banqueroute de l\u2019\u00c9tat mettrait \u00e0 terre les entreprises grecques, mais aussi les investisseurs priv\u00e9s et de nombreux petits \u00e9pargnants. \u00c0 la diff\u00e9rence de la plupart des autres pays victimes de la crise des march\u00e9s financiers, l\u2019\u00c9tat grec \u00e9trangl\u00e9 ne pourrait pas venir au secours de ses banques ni de son \u00e9conomie. 2. Les cr\u00e9anciers \u00e9trangers verraient, eux aussi, leurs titres grecs se d\u00e9valoriser. Les banques et assurances fran\u00e7aises et allemandes, qui d\u00e9tiennent des quantit\u00e9s particuli\u00e8rement importantes de dette publique grecque, seraient les premiers \u00e0 en p\u00e2tir.3. L\u2019\u00c9tat et l\u2019\u00e9conomie grecs ne pourraient plus avant longtemps obtenir de nouveaux cr\u00e9dits sur les march\u00e9s de capitaux priv\u00e9s sans acquitter d\u2019\u00e9normes primes de risque. Le chaos \u00e9conomique qui s\u2019installerait au lendemain de cette banqueroute d\u2019\u00c9tat provoquerait une implosion politique, \u00e9conomique et sociale qui, pour de nombreuses ann\u00e9es, rendrait pratiquement impossible l\u2019assainissement des finances publiques grecques et le redressement de son \u00e9conomie.Le m\u00eame sc\u00e9nario se d\u00e9roulerait si la Gr\u00e8ce, librement ou sous contrainte, sortait de la zone euro pour retourner \u00e0 la drachme. Le r\u00e9sultat serait un d\u00e9faut de paiement imm\u00e9diat et total. Cela se transformerait en une onde de choc qui d\u00e9passerait les fronti\u00e8res du pays. Le krach bancaire se r\u00e9p\u00e9terait au Portugal, en Irlande, peut-\u00eatre m\u00eame en Espagne. L\u2019inqui\u00e9tude pousserait les \u00e9pargnants \u00e0 vider leurs comptes en banque. Des cr\u00e9anciers des pays riches de la zone euro seraient, plus tard, touch\u00e9s. La dynamique qui se mettrait ainsi en mouvement aurait des effets difficilement calculables.&#13;<\/p>\n<h2>Sortie de l\u2019Allemagne<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nUne sortie de l\u2019Allemagne de la zone euro aurait de terribles cons\u00e9quences tant politiques qu\u2019\u00e9conomiques, mat\u00e9rielles et immat\u00e9rielles: 1. Le spectre d\u2019une grande Allemagne isol\u00e9e \u00e9veillerait les pires craintes chez ses voisins. Ce serait la fin du partenariat franco-allemand de l\u2019apr\u00e8s-guerre et le d\u00e9but d\u2019une politique de d\u00e9fiance parmi les voisins de l\u2019ouest comme de l\u2019est. On assisterait \u00e0 une renationalisation de la politique \u00e9conomique et \u00e0 une d\u00e9route du march\u00e9 unique.2. Un cavalier seul de l\u2019Allemagne entra\u00eenerait une revalorisation du mark. Les exportateurs allemands conna\u00eetraient les m\u00eames difficult\u00e9s que leurs homologues suisses d\u2019aujourd\u2019hui en raison du franc fort.3. Les cr\u00e9ances et engagements de l\u2019Allemagne au sein du syst\u00e8me europ\u00e9en de banques centrales seraient dissoci\u00e9s de la BCE. L\u2019Allemagne obtiendrait-elle en retour son capital social? Quelle part des cr\u00e9dits toxiques qui s\u2019accumulent depuis 2010 dans les comptes de la BCE devrait-elle reprendre&#13;<br \/>\nHans-Werner Sinn, \u00abDie europ\u00e4ische Zahlungsbilanzkrise\u00bb, dans ifo Schnelldienst, 64e ann\u00e9e, n\u00b0 16, 31 ao\u00fbt 2011, p. 3\u20138.?4. La dislocation du march\u00e9 int\u00e9rieur communautaire affecterait particuli\u00e8rement l\u2019Allemagne, au commerce ext\u00e9rieur si dynamique&#13;<br \/>\nKreditanstalt f\u00fcr Wiederaufbau (KfW), Absch\u00e4tzung des quantitativen Vorteils des Euro f\u00fcr Deutschland gegen\u00fcber einer fiktiven D-Mark, Francfort, 1er juillet 2011, mimeo.. La quote-part des pays de la zone euro dans l\u2019ensemble des exportations allemandes est certes tomb\u00e9e de 45% en 1999 \u00e0 41% en 2010, tandis que celle du reste du monde progressait en cons\u00e9quence. Il n\u2019en est pas moins vrai que la valeur absolue des exportations allemandes de marchandises vers les pays de l\u2019euro est pass\u00e9e de 230 milliards d\u2019euros en 1999 \u00e0 400 milliards en 2010. La monnaie unique n\u2019a pas seulement r\u00e9duit les co\u00fbts des transactions entre les pays qui la partagent. Elle a aussi assur\u00e9 de faibles taux d\u2019int\u00e9r\u00eat aux pays du sud de l\u2019Europe, stimulant du m\u00eame coup leur croissance et cr\u00e9ant un pouvoir d\u2019achat qui leur a permis de financer l\u2019acquisition de biens allemands.&#13;<\/p>\n<h2>Division nord-sud<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nC\u2019est en Allemagne surtout que l\u2019id\u00e9e de couper l\u2019espace euro en deux, avec une zone nord et une zone sud, trouve un \u00e9cho favorable&#13;<br \/>\nHans-Olaf Henkel, Rettet unser Geld!, Munich, 2010, Heyne Verlag.. Les avantages et inconv\u00e9nients d\u2019une telle solution correspondent grosso modo \u00e0 ceux de la sortie d\u2019un seul pays de la zone euro. Une division \u2013 pour autant qu\u2019elle soit juridiquement et politiquement r\u00e9alisable menacerait \u00e9galement de ruine les pays faibles de la zone. Leurs dettes actuelles demeureraient libell\u00e9es en euros et devraient \u00eatre honor\u00e9es sur la base d\u2019un euro sud faible, que personne ne souhaiterait vraiment d\u00e9tenir. Pour les pays p\u00e9riph\u00e9riques aujourd\u2019hui d\u00e9j\u00e0 \u00e0 peine solvables, les charges d\u2019int\u00e9r\u00eats s\u2019alourdiraient brutalement, ce qui aggraverait automatiquement leurs probl\u00e8mes.&#13;<\/p>\n<h2>Sc\u00e9nario 2: un pas en avant vers l\u2019union fiscale et de transfert<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa banqueroute de l\u2019un de ses membres serait catastrophique pour la zone euro: nombreux, d\u00e8s lors, sont ceux qui r\u00e9clament un plan B qui permettrait d\u2019avancer, pas de reculer. Il s\u2019agirait en quelque sorte de corriger le d\u00e9faut originel de l\u2019euro. La crise des dettes souveraines europ\u00e9ennes a, en effet, cruellement fait appara\u00eetre le vice de construction de la monnaie commune. En lan\u00e7ant l\u2019euro, ses concepteurs esp\u00e9raient qu\u2019elle ferait dispara\u00eetre les disparit\u00e9s \u00e9conomiques au sein de l\u2019UE et pensaient donc pouvoir se passer d\u2019une politique fiscale commune. Ce fut, on le voit aujourd\u2019hui, une erreur fatale.L\u2019euro n\u2019a pas r\u00e9duit mais accentu\u00e9 les disparit\u00e9s entre le sud peu productif et le nord performant. Il n\u2019a pas att\u00e9nu\u00e9 mais renforc\u00e9 l\u2019\u00e9norme sup\u00e9riorit\u00e9 concurrentielle de l\u2019Allemagne. Les taux de change de la zone euro \u00e9tant fixes et ne permettant plus aux pays du sud de d\u00e9valuer, la compensation devait s\u2019op\u00e9rer par les march\u00e9s de biens et du travail. L\u2019Allemagne a pu ainsi exporter en grandes quantit\u00e9s et ses exc\u00e9dents commerciaux n\u2019ont pas diminu\u00e9, mais augment\u00e9. C\u2019est surtout dans le domaine de l\u2019emploi que l\u2019\u00e9cart s\u2019est creus\u00e9: alors que l\u2019Allemagne s\u2019achemine vers le plein emploi, le nombre de ch\u00f4meurs explose dans le sud de l\u2019Europe.Une monnaie unique qui ne s\u2019accompagne pas d\u2019une politique fiscale commune n\u2019est pas viable. Dans toutes les unions mon\u00e9taires \u2013 m\u00eame tr\u00e8s f\u00e9d\u00e9ralistes, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9centralis\u00e9es \u2013 les \u00c9tats membres se r\u00e9solvent t\u00f4t ou tard \u00e0 confier une part essentielle de la politique fiscale \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale. Songeons \u00e0 la Suisse, par exemple, o\u00f9 l\u2019imp\u00f4t de d\u00e9fense nationale (aujourd\u2019hui imp\u00f4t f\u00e9d\u00e9ral direct) frappant le revenu ainsi que l\u2019imp\u00f4t sur le chiffre d\u2019affaires (aujourd\u2019hui TVA) frappant la consommation, piliers majeurs de la fiscalit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale, ont \u00e9t\u00e9 introduits respectivement en 1915 et en 1941.&#13;<\/p>\n<h2>S\u2019inspirer de l\u2019exemple des \u00c9tats f\u00e9d\u00e9raux<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL\u2019Union mon\u00e9taire europ\u00e9enne doit s\u2019accompagner d\u2019une union fiscale. Ce qui n\u2019implique nullement une harmonisation des l\u00e9gislations ou des bar\u00e8mes fiscaux. L\u2019exemple d\u2019\u00c9tats f\u00e9d\u00e9ratifs comme les \u00c9tats-Unis ou la Suisse montre qu\u2019une union fiscale s\u2019accommode fort bien de la souverainet\u00e9 fiscale d\u2019entit\u00e9s diverses: Conf\u00e9d\u00e9ration, cantons et m\u00eame communes.Il n\u2019est pas davantage indispensable de mettre sur pied un mod\u00e8le administratif \u00e0 la fran\u00e7aise, dans lequel un centre alloue un budget aux \u00c9tats membres, fait appliquer les d\u00e9cisions centrales par des pr\u00e9fets et sanctionne le repr\u00e9sentant fautif en le rempla\u00e7ant. On pourrait fort bien, s\u2019inspirant de l\u2019exemple helv\u00e9tique, choisir un mod\u00e8le o\u00f9 chaque pays de la zone euro conserve son autonomie fiscale et o\u00f9 l\u2019arbitrage est assur\u00e9 par les primes de risques du march\u00e9 du cr\u00e9dit. Il faudrait, alors, imp\u00e9rativement suivre une discipline budg\u00e9taire tr\u00e8s stricte et mettre en \u0153uvre, en cas d\u2019insolvabilit\u00e9 d\u2019un \u00c9tat, une proc\u00e9dure de faillite rigoureuse, bien plus rigoureuse que celle de l\u2019actuel pacte de stabilit\u00e9 de l\u2019euro, qui s\u2019av\u00e8re \u00eatre un tigre de papier.L\u2019exemple suisse montre la voie \u00e0 suivre: les cantons \u00e9tant seuls ma\u00eetres de leur politique financi\u00e8re, ils r\u00e9pondent seuls de leurs dettes. Il n\u2019existe pas en Suisse de clause de renflouement des dettes cantonales par la Conf\u00e9d\u00e9ration. La l\u00e9gislation f\u00e9d\u00e9rale exige toutefois des cantons qu\u2019ils pr\u00e9l\u00e8vent certains imp\u00f4ts selon le cercle d\u2019assujettis, l\u2019assiette et le r\u00e9gime des d\u00e9ductions qui leur sont dict\u00e9s. Elle pr\u00e9voit surtout une proc\u00e9dure en cas de faillite d\u2019un canton, quand celui-ci n\u2019est plus en mesure d\u2019exercer ses t\u00e2ches ni de tenir ses engagements. Il y a alors ex\u00e9cution par la Conf\u00e9d\u00e9ration, puis intervention de celle-ci, y compris, dans les cas extr\u00eames, par des moyens militaires.Pour la zone euro, cela signifie qu\u2019en cas d\u2019insolvabilit\u00e9 d\u2019un \u00c9tat membre, il faudrait passer automatiquement du mod\u00e8le d\u2019autonomie helv\u00e9tique au mod\u00e8le administratif fran\u00e7ais. En contrepartie du sauvetage, le pays surendett\u00e9 se voit retirer sa souverainet\u00e9 financi\u00e8re. Des pr\u00e9fets europ\u00e9ens prennent la place des autorit\u00e9s fiscales nationales pour recouvrer l\u2019imp\u00f4t et appliquer les mesures d\u2019\u00e9conomies et de privatisation. Les programmes d\u2019aide du Fonds mon\u00e9taire international (FMI) aux pays en d\u00e9veloppement surendett\u00e9s ont pr\u00e9cis\u00e9ment cette fonction. Plus les m\u00e9canismes europ\u00e9ens de sauvetage ressembleront \u00e0 ceux d\u2019un fonds mon\u00e9taire europ\u00e9en, plus il sera facile d\u2019envisager l\u2019application de cette proc\u00e9dure \u00e0 des pays de la zone euro en crise.Pour \u00eatre viable, l\u2019euro a besoin d\u2019un m\u00e9canisme de stabilisation commun qui assure aux pays surendett\u00e9s de la zone l\u2019aide financi\u00e8re urgente dont ils ont besoin en p\u00e9riode de crise. L\u2019actuel syst\u00e8me europ\u00e9en de surveillance financi\u00e8re (SESF), ou le m\u00e9canisme europ\u00e9en de stabilisation (MES) qui le remplacera d\u00e8s 2013, doit aider les pays de la zone euro surendett\u00e9s \u00e0 obtenir de nouveaux cr\u00e9dits \u00e0 des taux favorables et de longue dur\u00e9e, ce qui les dispense d\u2019avoir \u00e0 solliciter les march\u00e9s priv\u00e9s. En \u00e9change, les pays b\u00e9n\u00e9ficiaires doivent renoncer \u00e0 une partie de leur souverainet\u00e9 nationale. Ils sont oblig\u00e9s d\u2019appliquer des programmes d\u2019\u00e9conomies ou de proc\u00e9der \u00e0 certaines privatisations.&#13;<\/p>\n<h2>Sc\u00e9nario 3: restructuration de la dette<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nJusqu\u2019ici, dans la zone euro, le monde politique a surtout mis l\u2019accent sur les aides financi\u00e8res publiques. Il a cherch\u00e9 ainsi \u00e0 gagner du temps dans l\u2019id\u00e9e de laisser aux pays de l\u2019euro fortement endett\u00e9s une chance de proc\u00e9der \u00e0 des r\u00e9formes structurelles qui les sortent peu \u00e0 peu de l\u2019endettement. La r\u00e9alit\u00e9 a brutalement ruin\u00e9 cet espoir. Les d\u00e9ficits structurels de certains pays de la zone euro sont si catastrophiques qu\u2019aucun rem\u00e8de n\u2019est envisageable \u00e0 court terme. Sont \u00e9galement en difficult\u00e9 des \u00c9tats membres d\u2019importance moyenne, comme l\u2019Espagne et l\u2019Italie, dont les besoins financiers exc\u00e8dent les possibilit\u00e9s des pays de la zone euro actuellement en meilleure posture. Une solution doit \u00eatre rapidement trouv\u00e9e si l\u2019on ne veut pas les voir aspir\u00e9s dans la spirale infernale de l\u2019endettement. Les mod\u00e8les de r\u00e9\u00e9chelonnement pr\u00e9voyant une mise \u00e0 contribution des cr\u00e9anciers pr\u00e9sentent, d\u00e8s lors, de plus en plus d\u2019int\u00e9r\u00eat&#13;<br \/>\nL\u2019inflation est un autre moyen de r\u00e9duire l\u2019endettement. Elle agit comme un imp\u00f4t sur la fortune et d\u00e9valorise toutes les cr\u00e9ances par petites \u00e9tapes. La BCE est en mesure de provoquer de l\u2019inflation de fa\u00e7on plus ou moins autonome. Le fait qu\u2019elle n\u2019y soit pas formellement autoris\u00e9e par ses statuts ne constitue pas un obstacle insurmontable. En achetant de la dette souveraine, par exemple, elle a d\u00e9j\u00e0 outrepass\u00e9 les r\u00e8gles en vigueur..Le refus (allemand) d\u2019une union de transfert durable comportant des euro-obligations rend plus probable l\u2019option de la restructuration de la dette avec participation des cr\u00e9anciers priv\u00e9s. Dans cette option, les pr\u00eateurs renoncent \u00e0 une partie de leurs cr\u00e9ances pour pouvoir au moins sauver le reste. La possibilit\u00e9 pour un pays de la zone euro de faire faillite sans n\u00e9cessairement sortir de la zone commence \u00e0 faire son chemin dans les esprits. La proc\u00e9dure qui veut que les entit\u00e9s qu\u2019il convient de sauver de la faillite ne soient plus les \u00c9tats de la zone euro, mais les banques priv\u00e9es directement affect\u00e9es par l\u2019insolvabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat a pour nom \u00abproc\u00e9dure d\u2019insolvabilit\u00e9 ordonn\u00e9e\u00bb. Au lieu de collectiviser des dettes publiques, il s\u2019agit de recapitaliser les banques qui, en raison de la faillite d\u2019un \u00c9tat, doivent proc\u00e9der \u00e0 des amortissements (trop) \u00e9lev\u00e9s. Selon cette approche, d\u00e9fendue par la directrice du FMI Christine Lagarde et des auteurs comme Harald Hau et Bernd Lucke, la zone euro suivrait l\u2019exemple suisse du sauvetage de l\u2019UBS en automne 2008 ou l\u2019exemple allemand de la Commerzbank&#13;<br \/>\nHarald Hau et Bern Lucke, \u00abDie Alternative zum Rettungsschirm\u00bb, Frankfurter Allgemeine Zeitung, n\u00b0 216, 16 septembre 2011, p. 12.. Suite \u00e0 l\u2019\u00e9tatisation (partielle) de banques priv\u00e9es, l\u2019autorit\u00e9 recevrait aussi quelque argent au titre des dividendes et des remboursements aux institutions financi\u00e8res nationales. Il reste toujours \u00e0 conna\u00eetre le montant de la facture finale pour le contribuable. Les exemples de l\u2019UBS et de la Commerzbank permettent d\u2019esp\u00e9rer que le co\u00fbt ne sera pas excessif.M\u00eame avec une restructuration de ce type, il serait indispensable de soutenir les pays de la zone euro devenus insolvables par des aides communautaires. Leurs \u00e9conomies se trouveraient, en effet, pour un temps coup\u00e9es du march\u00e9 international du cr\u00e9dit et souffriraient d\u2019un crash bancaire national. Le fonds d\u2019aide devrait offrir aux pays faibles de la zone euro des cr\u00e9dits temporaires \u00e0 des conditions avantageuses afin de leur permettre de recapitaliser leurs banques. En contrepartie, les \u00c9tats concern\u00e9s devraient mettre ce r\u00e9pit \u00e0 profit pour engager des r\u00e9formes structurelles efficaces. S\u2019ils y parviennent durablement, ils retrouveront relativement vite des conditions de cr\u00e9dit int\u00e9ressantes sur le march\u00e9 des capitaux priv\u00e9s. En sauvant des banques plut\u00f4t que des \u00c9tats, on couperait aussit\u00f4t court aux sp\u00e9culations sur la survie de l\u2019euro. La crise mon\u00e9taire se transformerait de nouveau en une crise de la dette \u00e0 la r\u00e9solution de laquelle seraient tenus de participer \u00e0 due proportion non seulement les contribuables, mais aussi les cr\u00e9anciers priv\u00e9s.Les d\u00e9cisions prises au sommet extraordinaire de leuro, \u00e0 la fin octobre 2011, suivent le sc\u00e9nario du d\u00e9sendettement. Remises de dettes, recapitalisation des banques et effet de levier pour le parapluie de sauvetage sont les trois piliers sur lesquels repose la gestion de la crise europ\u00e9enne. Cela permettra, \u00e0 grand renfort dargent, de gagner du temps et de retrouver la confiance des cr\u00e9anciers priv\u00e9s dans des emprunts d\u00c9tats s\u00e9curis\u00e9s dont lacquisition rel\u00e8ve dune d\u00e9cision \u00e9conomiquement sens\u00e9e. Cela devrait prendre encore quelques temps avant den arriver l\u00e0.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 1: \u00abDette publique rapport\u00e9e au PIB, 2011\u00bb<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le sauvetage des banques priv\u00e9es et les milliards inject\u00e9s dans des programmes conjoncturels ont fait exploser la dette publique. \u00c0 pr\u00e9sent, certains \u00c9tats sont, eux-m\u00eames, au bord de la banqueroute. La Gr\u00e8ce, l\u2019Irlande, le Portugal, l\u2019Espagne et l\u2019Italie ont perdu la confiance des march\u00e9s financiers. 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