{"id":150674,"date":"2011-11-01T12:00:00","date_gmt":"2011-11-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2011\/11\/adamek-4\/"},"modified":"2023-08-24T00:50:59","modified_gmt":"2023-08-23T22:50:59","slug":"adamek-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2011\/11\/adamek-4\/","title":{"rendered":"Les banques et la crise de la zone euro"},"content":{"rendered":"<p>Les banques ont jou\u00e9 un r\u00f4le crucial dans l\u2019\u00e9mergence et la propagation de la crise de la dette au sein de la zone euro. De nombreux \u00e9tablissements d\u2019importance syst\u00e9mique sont sous-capitalis\u00e9s. De plus, d\u2019importantes ramifications et interd\u00e9pendances financi\u00e8res unissent les banques et les \u00c9tats, tout comme l\u2019ensemble du syst\u00e8me bancaire. Sans ces facteurs, l\u2019ampleur qu\u2019a prise la crise au sein de la zone euro serait incompr\u00e9hensible. La r\u00e9forme du secteur bancaire repr\u00e9sente, d\u00e8s lors, une \u00e9tape importante pour en sortir.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nPlus de deux ans apr\u00e8s les premi\u00e8res informations sur le d\u00e9ficit aussi inattendu qu\u2019exorbitant de la Gr\u00e8ce, le syst\u00e8me financier europ\u00e9en reste affaibli. La stabilit\u00e9 du secteur bancaire suscite des interro-gations. De nombreuses banques sont exclues de facto du march\u00e9 interbancaire et doivent compter sur le Syst\u00e8me europ\u00e9en des ban-ques centrales (SEBC) pour se refinancer. M\u00eame des pays consid\u00e9r\u00e9s nagu\u00e8re comme faisant partie du noyau dur de la zone euro sont d\u00e9sormais sous pression. La crise de la dette est partie d\u2019\u00c9tats p\u00e9riph\u00e9riques en situation de grave d\u00e9s\u00e9quilibre budg\u00e9- taire \u2013 la Gr\u00e8ce, puis l\u2019Irlande et le Portugal \u2013 avant de se propager \u00e0 toute la zone euro, conduisant \u00e0 de profonds bouleversements des institutions et de la gouvernance. Des r\u00e9formes ont \u00e9t\u00e9 engag\u00e9es sous la pression des march\u00e9s financiers. Le d\u00e9- ploiement du plan de stabilisation de l\u2019union mon\u00e9taire, le r\u00e9am\u00e9nagement du Pacte de stabilit\u00e9 et de croissance et l\u2019int\u00e9r\u00eat port\u00e9 au renforcement de la collaboration en mati\u00e8re de politique \u00e9conomique et financi\u00e8re n\u2019en sont que quelques exemples.&#13;<\/p>\n<h2>Comment en est-on arriv\u00e9 l\u00e0?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL\u2019opinion publique consid\u00e8re souvent que les \u00c9tats p\u00e9riph\u00e9riques de la zone euro sont \u00e0 l\u2019origine de la crise. En r\u00e9alit\u00e9, son ampleur et ses retomb\u00e9es sont sans commune mesure avec la taille des \u00e9conomies concern\u00e9es: au sein de la zone euro, la Gr\u00e8ce, l\u2019Irlande et le Portugal font plut\u00f4t figure de nains \u00e9conomiques (voir <i>tableau 1<\/i>). Le produit int\u00e9rieur brut (PIB) du Portugal ne repr\u00e9sentait que 1,9% de celui de la zone euro en 2010; l\u2019Irlande \u00e0 peine 1,7%. La Gr\u00e8ce, le pays le plus fortement sous pression, est \u00e9galement une petite \u00e9conomie, puisqu\u2019elle ne repr\u00e9sente que 2,5% du PIB de la zone euro. Il faut se demander d\u00e8s lors comment il se fait que le sort de tout l\u2019espace \u00e9conomique europ\u00e9en, et m\u00eame de l\u2019\u00e9conomie mondiale, soit suspendu au destin de ces petites \u00e9conomies. La r\u00e9ponse est \u00e0 chercher dans un \u00e9cheveau complexe d\u2019interd\u00e9pendances financi\u00e8res \u00e9troites, au c\u0153ur desquelles on trouve les banques.&#13;<\/p>\n<h2>Les banques et les \u00c9tats sont fortement enchev\u00eatr\u00e9s<\/h2>\n<p>&#13;<\/p>\n<h2>La dimension nationale<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDe nombreux \u00c9tats de la zone euro ont des liens financiers \u00e9troits avec les banques domicili\u00e9es sur leur territoire. Ces derni\u00e8res d\u00e9tiennent souvent des stocks importants d\u2019obligations de leur \u00c9tat de domicile. \u00c0 titre d\u2019exemple, il ressort des tests de r\u00e9sistance (\u00abstress tests\u00bb) de l\u2019Autorit\u00e9 bancaire europ\u00e9enne (EBA) que les cr\u00e9ances des principales banques d\u2019affaires grecques envers l\u2019\u00c9tat se montaient \u00e0 quelque 54 milliards d\u2019euros fin 2010 (voir <i>tableau 1<\/i>). Les banques italiennes d\u00e9tiennent \u00e9galement des cr\u00e9ances substantielles envers leur propre \u00c9tat. Selon l\u2019EBA, ces cr\u00e9ances se montaient \u00e0 165 milliards d\u2019euros fin 2010. Or ces \u00e9tablissements financiers, en particulier les grandes banques internationales, b\u00e9n\u00e9ficient souvent d\u2019une garantie implicite ou explicite de leur \u00c9tat d\u2019origine. Cette imbrication entre les \u00c9tats et leurs banques est probl\u00e9matique. Elle risque d\u2019enclencher un engrenage de plus en plus incontr\u00f4lable.Illustrons ce cercle vicieux potentiel \u00e0 l\u2019aide d\u2019un exemple: lorsqu\u2019une banque rencontre des difficult\u00e9s financi\u00e8res, l\u2019\u00c9tat se voit contraint de prendre des mesures co\u00fbteuses qui d\u00e9t\u00e9riorent sa propre situation. Cela peut faire na\u00eetre des doutes sur la solvabilit\u00e9 de cet \u00c9tat, notamment si sa cote de cr\u00e9dit vient \u00e0 \u00eatre abaiss\u00e9e. Les primes de risque sur les obligations de cet \u00c9tat s\u2019accroissent alors, ce qui se traduit par une r\u00e9duction de la valeur desdites obligations. Ainsi, la banque essuie des pertes sur les obligations d\u2019\u00c9tat qu\u2019elle d\u00e9tient&#13;<br \/>\nSur le plan purement comptable, la perte aura surtout des incidences si la banque d\u00e9tient les obligations d\u2019\u00c9tat en vue de les revendre. En revanche, si elle en-tend les conserver jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9ch\u00e9ance, elle n\u2019est tenue de proc\u00e9der \u00e0 une correction de valeur qu\u2019\u00e0 concurrence des pertes d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9es selon les normes comptables usuelles. Cela dit, d\u2019un point de vue \u00e9conomique, il y a perte de valeur dans un cas comme dans l\u2019autre d\u00e8s lors que la valeur v\u00e9nale ou de march\u00e9 a diminu\u00e9. et sa situation financi\u00e8re se d\u00e9t\u00e9riore. Une nouvelle intervention de l\u2019\u00c9tat devient n\u00e9cessaire et on se retrouve ainsi au point de d\u00e9part. Le cercle vicieux peut se poursuivre jusqu\u2019\u00e0 la faillite de l\u2019\u00c9tat et des banques. L\u2019\u00e9tincelle initiale peut provenir de celles-ci (prise de risque excessive par exemple) comme de l\u2019\u00c9tat (d\u00e9ficits excessifs par exemple), ou des deux \u00e0 la fois.Pendant des ann\u00e9es, cette situation \u00e0 risques a pr\u00e9valu dans de nombreux \u00c9tats de la zone euro sans entra\u00eener de probl\u00e8mes notables. Les banques \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es comme s\u00fbres, en raison des garanties d\u2019\u00c9tat implicites notamment. De leur c\u00f4t\u00e9, les finances publiques \u00e9taient saines ou consid\u00e9r\u00e9es comme telles en raison de mauvaises informations, d\u2019appr\u00e9ciations erron\u00e9es ou de la conviction que, dans le pire des cas, l\u2019\u00c9tat concern\u00e9 serait secouru par d\u2019autres \u00c9tats de la zone euro. La crise financi\u00e8re a radicalement chang\u00e9 la donne. Des ressources pu-bliques ont d\u00fb \u00eatre mobilis\u00e9es pour pr\u00e9server des banques d\u2019un d\u00e9faut de paiement. Dans de nombreux \u00c9tats, ces op\u00e9rations de sauvetage ont d\u00e9grad\u00e9 les finances publiques, d\u00e9j\u00e0 mises \u00e0 mal par la r\u00e9cession.Le cas de l\u2019Irlande est particuli\u00e8rement frappant. En 2007, la dette de l\u2019\u00c9tat irlandais ne repr\u00e9sentait que 25% du PIB selon Eurostat (alors que ce taux \u00e9tait de 43% en Suisse selon les crit\u00e8res de Maastricht). De plus, les banques \u00e9taient rentables. La crise financi\u00e8re a chang\u00e9 la donne et conduit \u00e0 l\u2019\u00e9clatement d\u2019une gigantesque bulle immobili\u00e8re. Les banques se sont retrouv\u00e9es au bord de l\u2019insolvabilit\u00e9, for\u00e7ant l\u2019\u00c9tat \u00e0 consentir d\u2019importantes garanties en leur faveur. Cela a provoqu\u00e9 l\u2019explosion de la dette publique qui, en 2010, avait d\u00e9j\u00e0 grimp\u00e9 \u00e0 96% du PIB selon Eurostat. De plus, la solvabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat irlandais a \u00e9t\u00e9 massivement r\u00e9vis\u00e9e \u00e0 la baisse. Ainsi, les banques n\u2019avaient plus gu\u00e8re la possibilit\u00e9 de remettre en nantissement les obligations d\u2019\u00c9tat qu\u2019elles d\u00e9tenaient pour se financer sur le march\u00e9. Pour \u00e9viter l\u2019effondrement du secteur bancaire et de l\u2019\u00c9tat, des plans de sauvetage internationaux ont d\u00fb \u00eatre lanc\u00e9s et il a fallu recourir au SEBC pour permettre aux banques de se refinancer.L\u2019 important endettement des banques et le probl\u00e8me du \u00abtoo big to fail\u00bb (TBTF) sont au c\u0153ur du cercle vicieux d\u00e9crit ci-dessus. En se finan\u00e7ant abondamment par le biais de fonds \u00e9trangers, les banques ont la possibilit\u00e9 d\u2019acqu\u00e9rir des actifs consid\u00e9rables qui ne sont que faiblement couverts par du capital propre. Ainsi, en cas de pertes importantes sur des actifs r\u00e9put\u00e9s s\u00fbrs tels que des obligations d\u2019\u00c9tat, la base de capital propre est rapidement \u00e9puis\u00e9e. Par ailleurs, certaines banques remplissent des fonctions si importantes que les \u00e9conomies nationales et les syst\u00e8mes financiers des \u00c9tats concern\u00e9s se retrouveraient au tapis si elles venaient \u00e0 faire faillite. Ces banques sont qualifi\u00e9es de trop grandes pour faire faillite, rien ni personne n\u2019\u00e9tant en mesure de prendre en charge dans un d\u00e9lai acceptable les fonctions d\u2019importance syst\u00e9mique qu\u2019elles assument. En l\u2019absence de m\u00e9canisme garantissant la p\u00e9rennit\u00e9 de ces fonctions, l\u2019\u00c9tat se voit pratiquement contraint de sauver la banque concern\u00e9e, et ce m\u00eame si le sauvetage risque de n\u00e9cessiter des ressources qui d\u00e9passent ses moyens.&#13;<\/p>\n<h2>La dimension transnationale<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe cercle vicieux d\u00e9crit ci-dessus explique pourquoi les syst\u00e8mes bancaires nationaux peuvent mettre en difficult\u00e9 financi\u00e8re leur \u00c9tat d\u2019origine et vice versa. Il n\u2019explique, toutefois, pas pourquoi une crise bancaire en Irlande repr\u00e9sente un danger pour d\u2019autres \u00c9tats. Le risque de contagion \u00e0 l\u2019\u00e9chelon international provient notamment de ce que les obligations d\u2019un \u00c9tat sont le plus souvent d\u00e9tenues aussi par des banques \u00e9trang\u00e8res. Ainsi, les pertes directes qui r\u00e9sultent de variations de la valeur des obligations d\u2019\u00c9tat n\u2019affectent pas uniquement les banques du pays concern\u00e9, mais aussi celles situ\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. En Europe, l\u2019imbrication entre les \u00c9tats et les banques \u00e9trang\u00e8res est tr\u00e8s prononc\u00e9e. Selon la Banque des r\u00e8glements internationaux (BRI), les cr\u00e9ances brutes au bilan des banques fran\u00e7aises et allemandes envers l\u2019\u00c9tat grec se montaient respectivement \u00e0 10,5 et 12,5 milliards d\u2019USD \u00e0 la fin du 2er trimestre 2011. Certains \u00e9tablissements \u00e9taient massivement surexpos\u00e9s. La banque franco-belge Dexia&#13;<br \/>\nLe 10 octobre 2011, les gouvernements belge, fran\u00e7ais et luxembourgeois, parties prenantes de Dexia. ont d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9manteler le groupe en rendant \u00e0 chacune des ses entit\u00e9s son caract\u00e8re national et en les nationalisant partiellement. Certaines de ses activit\u00e9s ont, par ailleurs, \u00e9t\u00e9 vendues. Les actifs financiers \u00e0 risque, dont lensemble s\u00e9l\u00e8ve \u00e0 90 milliards deuros, ont \u00e9t\u00e9 regroup\u00e9s dans une structure de d\u00e9faisance (\u00abBad Bank\u00bb) et ont re\u00e7u la garantie des \u00c9tats pour dix ans., par exemple, avait quelque 3,5 milliards d\u2019euros d\u2019encours pour un capital propre de cat\u00e9gorie 1 (tier 1) d\u2019environ 14,5 milliards d\u2019euros (juin 2011).Les banques et les \u00c9tats ne sont pas seulement unis entre eux, les secteurs bancaires des diff\u00e9rents pays le sont aussi. \u00c0 titre d\u2019exemple, les banques allemandes et celles du Royaume-Uni d\u00e9tenaient dans leurs bilans des cr\u00e9ances brutes envers des banques irlandaises \u00e0 hauteur de respectivement 21 et 17 milliards d\u2019USD au 2er trimestre 2011 selon la BRI. Le <i>graphique 1<\/i> illustre une partie des interd\u00e9pendances financi\u00e8res internationales. Cela dit, les banques ne sont pas uniquement li\u00e9es les unes aux autres par des cr\u00e9- ances au bilan, mais aussi par des participations. Ainsi, la cinqui\u00e8me banque de Gr\u00e8ce, Emporiki, propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 pr\u00e8s de 100% du Cr\u00e9dit agricole (CA), a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8rement \u00e9branl\u00e9e. Or, comme les pr\u00eats consentis se montent \u00e0 22 milliards d\u2019euros et que le capital propre (cat\u00e9gorie 1) de la banque fran\u00e7aise avoisine 60 milliards d\u2019euros (juin 2011), cette derni\u00e8re est fortement expos\u00e9e en Gr\u00e8ce bien qu\u2019elle ne d\u00e9tienne que pour 650 millions d\u2019euros d\u2019obligations de l\u2019\u00c9tat grec.La d\u00e9faillance d\u2019un \u00c9tat risque donc d\u2019entra\u00eener une r\u00e9action en cha\u00eene dont l\u2019issue est impr\u00e9visible. Le secteur bancaire du pays concern\u00e9 serait le premier \u00e0 en subir les cons\u00e9quences, avec quelques banques \u00e9trang\u00e8res. Les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par ces \u00e9tablissements d\u00e9stabiliseraient les secteurs bancaires d\u2019autres pays, et ainsi de suite. La dynamique est renforc\u00e9e par le fait que les banques fragilis\u00e9es ne peuvent g\u00e9n\u00e9ralement plus se refinancer sur le march\u00e9 interbancaire ou alors \u00e0 des prix prohibitifs, en raison des doutes concernant leur capacit\u00e9 de remboursement. C\u2019est ce qui s\u2019est produit en Gr\u00e8ce, en Irlande et au Portugal, o\u00f9 les banques ne se maintiennent en vie que gr\u00e2ce aux liquidit\u00e9s du SEBC. La m\u00eame menace plane de plus en plus sur l\u2019Espagne et l\u2019Italie. Au final, les \u00c9tats se trouvent confront\u00e9s \u00e0 un embrasement d\u2019une ampleur telle qu\u2019il n\u2019est pas certain que leurs ressources suffisent \u00e0 en venir \u00e0 bout.Les risques de pertes et les interd\u00e9pendances financi\u00e8res sont encore renforc\u00e9s par l\u2019existence des produits financiers d\u00e9riv\u00e9s tels que des couvertures de d\u00e9faillance (\u00abcredit default swaps\u00bb, CDS) utilis\u00e9s pour les \u00c9tats ou les banques (voir <i>encadr\u00e9 2<\/i>&#13;<\/p>\n<h3>Les couvertures de d\u00e9faillance<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLes couvertures de d\u00e9faillance (\u00abcredit default swaps\u00bb, CDS) sont des d\u00e9riv\u00e9s sur cr\u00e9dit. Elles permettent de se pr\u00e9munir contre les pertes qui r\u00e9sulteraient du d\u00e9faut de paiement d\u2019un \u00c9tat ou d\u2019une banque par exemple. Les CDS fonctionnent un peu comme des contrats d\u2019assurance. Le preneur de protection s\u2019acquitte de primes p\u00e9riodiques et, souvent, de droits d\u2019entr\u00e9e (\u00abupfront\u00bb). Il acquiert ainsi le droit \u00e0 un paiement compensatoire en cas de survenance d\u2019un \u00e9v\u00e9nement de cr\u00e9dit pr\u00e9d\u00e9fini, comme le non versement d\u2019int\u00e9r\u00eats \u00e9chus par exemple. De son c\u00f4t\u00e9, le donneur de protection per\u00e7oit les primes ainsi que les droits d\u2019entr\u00e9e et proc\u00e8de au paiement compensatoire en cas de survenance de l\u2019\u00e9v\u00e9nement de cr\u00e9dit.Dans le contexte de la crise de la dette qui frappe actuellement la zone euro, les instru-ments de couverture des risques, en principe utiles, jouent un r\u00f4le important \u00e0 deux titres:1. D\u2019une part, les CDS sont susceptibles d\u2019augmenter les pertes qui r\u00e9sulteraient de la faillite d\u2019un \u00c9tat par exemple. Au contraire de ce qui se passe avec un contrat d\u2019assurance classique, la somme assur\u00e9e \u00e0 l\u2019aide des CDS n\u2019est pas limit\u00e9e \u00e0 la valeur des avoirs sous-jacents. Formul\u00e9 de fa\u00e7on un peu famili\u00e8re, cela revient \u00e0 dire que les CDS permettent de se surassurer. Par cons\u00e9quent, il n\u2019est pas exclu que, suite \u00e0 la faillite d\u2019un \u00c9tat par exemple, l\u2019ensemble des sommes dues s\u2019av\u00e8re nettement sup\u00e9rieur au montant des dettes de l\u2019\u00c9tat en situation d\u2019insolvabilit\u00e9. Les paiements effectu\u00e9s en lien avec des CDS ne compensent donc pas n\u00e9cessairement des pertes subies par des cr\u00e9anciers obligataires. Ils peuvent aussi \u00e9choir \u00e0 des tiers, pour lesquels ils repr\u00e9sentent un revenu. Cela tient au fait que, contrairement l\u00e0 encore \u00e0 ce qui passerait dans le cadre d\u2019un contrat d\u2019assurance classique, le preneur de protection ne doit pas avoir subi de dommage pour pouvoir se pr\u00e9valoir de ses droits. Ainsi, les preneurs de protection n\u2019ont pas n\u00e9cessairement des encours envers l\u2019\u00c9tat auquel le CDS se rapporte. 2. D\u2019autre part, les CDS contribuent \u00e0 \u00e9tendre encore les ramifications et les interd\u00e9pendances sur les march\u00e9s financiers. En effet, les \u00e9tablissements les plus divers (banques, assu-rances, etc.) sont actifs sur le march\u00e9 en qualit\u00e9 de donneurs de protection. Ainsi, la faillite d\u2019un \u00c9tat n\u2019occasionnerait pas seulement des pertes aux cr\u00e9anciers obligataires imm\u00e9diats, mais \u00e0 eux aussi.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n). Comme il n\u2019existe pas de donn\u00e9es consolid\u00e9es sur les transactions avec des CDS, il n\u2019est gu\u00e8re possible de d\u00e9terminer l\u2019\u00e9tendue des risques auxquels une banque pr\u00e9cise est expos\u00e9e en cas de d\u00e9faut de paiement d\u2019un \u00c9tat ou d\u2019une autre banque. Cela tient notamment au fait que de nombreux CDS changent de main de gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9 et hors bourse (\u00abover the counter\u00bb, OTC). Dans ces conditions, les participants au march\u00e9 et les autorit\u00e9s de surveillance ne sont gu\u00e8re en mesure d\u2019\u00e9valuer les cons\u00e9quences d\u2019une d\u00e9faillance. L\u2019incertitude qui entoure les positions \u00e0 risque des banques peut faire na\u00eetre des doutes sur la capacit\u00e9 de remboursement de certains \u00e9tablissements et contribuer ainsi au resserrement du cr\u00e9dit sur le march\u00e9 interbancaire.&#13;<\/p>\n<h2>Pour sortir de la crise<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nEn r\u00e9sum\u00e9, la crise de la dette \u2013 qu\u2019il s\u2019agisse de son origine comme de son extension \u2013 provient d\u2019une combinaison de facteurs, parmi lesquels on trouve essentiellement la sous-capitalisation des banques, le probl\u00e8me du TBTF et de fortes interd\u00e9pendances financi\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9chelon national et international. Les r\u00e9formes engag\u00e9es pour sortir de la crise et en pr\u00e9venir de nouvelles mettent l\u2019accent non seulement sur l\u2019assainissement durable des finances publiques (un \u00e9l\u00e9ment indispensable que nous ne d\u00e9velopperons pas dans le pr\u00e9sent article), mais aussi sur les points suivants:1. Les prescriptions en mati\u00e8re de capital et de liquidit\u00e9s sont renforc\u00e9es notamment dans le cadre des initiatives du Comit\u00e9 de B\u00e2le sur le contr\u00f4le bancaire (\u00abB\u00e2le III\u00bb) et du Conseil de stabilit\u00e9 financi\u00e8re (CSF). Le but consiste \u00e0 consolider les bilans des banques, en particulier celles d\u2019impor-tance syst\u00e9mique, et donc \u00e0 am\u00e9liorer la r\u00e9sistance aux chocs du syst\u00e8me financier.2. Des tests de r\u00e9sistance sont effectu\u00e9s dans de nombreux pays pour mettre au jour les volants de capital trop faibles et rem\u00e9dier aux insuffisances par des mesures appropri\u00e9es. Les nombreuses donn\u00e9es recueillies gr\u00e2ce \u00e0 ces tests am\u00e9liorent la transparence sur les engagements financiers des banques et r\u00e9duisent les incertitudes. Dans les situations d\u2019interd\u00e9pendance financi\u00e8re, l\u2019augmentation de la transparence prime sur les mesures d\u2019interdiction: leur application serait difficile et \u00e9liminerait les avantages d\u00e9coulant de la diversification.3. En ce qui concerne le TBTF, les projets de r\u00e9forme pr\u00e9voient de relever les exigences en mati\u00e8re de capital et de liquidit\u00e9s (comme cela a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9) et de prendre des mesures dordre organisationnel. Le but est de pouvoir, en cas de n\u00e9cessit\u00e9, assurer les services d\u2019importance syst\u00e9mique fournis par les banques en les isolant de leurs autres activit\u00e9s, lesquelles pourront faire l\u2019objet d\u2019une faillite ordinaire. Par ailleurs, plusieurs efforts sont consentis pour r\u00e9viser la l\u00e9gislation relative \u00e0 l\u2019insolvabilit\u00e9 bancaire.Les r\u00e9formes \u00e9voqu\u00e9es vont fondamentalement dans le bon sens. Pour que les efforts engag\u00e9s d\u00e9ploient les effets souhait\u00e9s dans la r\u00e9alit\u00e9, il s\u2019agit d\u00e9sormais de formuler des mesures concr\u00e8tes et r\u00e9fl\u00e9chies, et surtout de les mettre en \u0153uvre rapidement. Car comme le disait d\u00e9j\u00e0 Erich K\u00e4stner: le bien n\u2019arrive pas tout seul. Il faut le faire.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1: \u00abCr\u00e9ances des banques envers des pays tiers (\u00c9tat et banques), 1er trimestre 2011\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 1: \u00abSurvol statistique des pays p\u00e9riph\u00e9riques de la zone euro et de la zone euro dans son ensemble, 2010\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Quelle est la situation des banques suisses?&#13;<\/p>\n<h3>Quelle est la situation des banques suisses?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nEn Suisse, les banques d\u00e9tiennent des cr\u00e9- ances brutes (donc y compris celles dont les risques sont couverts) \u00e0 hauteur de 35 milliards d\u2019USD environ envers les GIIPS, soit les \u00c9tats fragilis\u00e9s de la zone euro qui se composent du Portugal, de l\u2019Italie, de l\u2019Irlande, de la Gr\u00e8ce et de l\u2019Espagne (BRI, 2e trimestre 2011). Une grande partie de ces cr\u00e9ances sont d\u00e9tenues par les grands \u00e9tablissements ainsi que par les succur-sales helv\u00e9tiques de leurs concurrents \u00e9trangers. Les banques suisses petites et moyennes ne sont gu\u00e8re expos\u00e9es directement aux GIIPS. Les encours envers l\u2019Italie et l\u2019Espagne se taillent la part du lion (respectivement 15 et 12,5 milliards d\u2019USD), alors que les cr\u00e9ances envers les trois pays p\u00e9riph\u00e9riques sont relativement modestes: 4,5 milliards d\u2019USD envers l\u2019Irlande, 1,5 milliard envers le Portugal et 1,5 milliard envers la Gr\u00e8ce. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ces cr\u00e9ances au bilan, les banques suisses d\u00e9tiennent pour un total d\u2019environ 31 milliards d\u2019USD des cr\u00e9ances potentielles envers les GIIPS qui d\u00e9coulent de d\u00e9riv\u00e9s, de garanties et de promesses de cr\u00e9dit. En haut de la liste des d\u00e9biteurs, on trouve une nouvelle fois l\u2019Italie (16 milliards d\u2019USD), suivie de l\u2019Espagne (7 milliards), de l\u2019Irlande (5 milliards), de la Gr\u00e8ce (1,5 milliard) et du Portugal (1 milliard). Ces montants n\u2019incluent pas uniquement les avoirs potentiels envers des \u00c9tats ou des banques, mais envers tous les secteurs \u00e9conomiques des \u00c9tats concern\u00e9s, la BRI ne ventilant pas cette cat\u00e9gorie de cr\u00e9ances par secteurs.Dans les bilans des banques suisses, les encours envers les GIIPS ne repr\u00e9sentent que 4,1% des cr\u00e9ances totales envers des \u00c9tats tiers membres de la BRI ou le secteur bancaire de ces \u00c9tats tiers. Les cr\u00e9ances potentielles hors bilan repr\u00e9sentent une quote-part quasiment \u00e9quivalente (3,7%). Les chiffres de la BRI refl\u00e8tent une optique comptable: ils ne tiennent pas compte de certaines possibilit\u00e9s de compenser les cr\u00e9ances bancaires. Si on les int\u00e8gre, les encours des banques suisses diminuent. Les avoirs potentiellement menac\u00e9s se r\u00e9duisent encore si l\u2019on inclut \u00e9galement certains instruments utilis\u00e9s par les banques pour couvrir leurs risques. Dans l\u2019en-semble, l\u2019exposition directe des banques suisses aux GIIPS peut donc \u00eatre qualifi\u00e9e de mod\u00e9r\u00e9e.Ces positions \u00e0 risque ne repr\u00e9sentent, certes, qu\u2019une petite partie des cr\u00e9ances envers l\u2019\u00e9tranger. Toutefois, rapport\u00e9e aux fonds propres de ces \u00e9tablissements, l\u2019exposition est consid\u00e9rable. Les fonds propres de cat\u00e9gorie 1 tant du Credit Suisse que de l\u2019UBS se montent \u00e0 37 milliards de francs environ (juin 2011) et 38 milliards (septembre 2011). Par ailleurs, les positions \u00e0 risque mentionn\u00e9es ne se rapportent qu\u2019aux pertes potentielles directes. Les pertes indirectes qui r\u00e9sulteraient de d\u00e9fauts de paiement en cas de propagation de la crise \u00e0 d\u2019autres \u00c9tats ne sont pas prises en compte. Or, de tels effets domino constituent un risque s\u00e9rieux en raison des interd\u00e9pendances, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9es, qui caract\u00e9risent le secteur bancaire. De plus, il existe d\u2019autres risques dont les incidences sur les bilans des banques sont difficiles \u00e0 \u00e9valuer (par exemple risque de change cons\u00e9cutif \u00e0 une forte d\u00e9pr\u00e9ciation de l\u2019euro). Enfin, on ignore si les instruments de r\u00e9duction des risques fonctionneraient sans faille en cas de crise syst\u00e9mique.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 2: Les couvertures de d\u00e9faillance&#13;<\/p>\n<h3>Les couvertures de d\u00e9faillance<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLes couvertures de d\u00e9faillance (\u00abcredit default swaps\u00bb, CDS) sont des d\u00e9riv\u00e9s sur cr\u00e9dit. Elles permettent de se pr\u00e9munir contre les pertes qui r\u00e9sulteraient du d\u00e9faut de paiement d\u2019un \u00c9tat ou d\u2019une banque par exemple. Les CDS fonctionnent un peu comme des contrats d\u2019assurance. Le <i>preneur de protection<\/i> s\u2019acquitte de primes p\u00e9riodiques et, souvent, de droits d\u2019entr\u00e9e (\u00abupfront\u00bb). Il acquiert ainsi le droit \u00e0 un paiement compensatoire en cas de survenance d\u2019un \u00e9v\u00e9nement de cr\u00e9dit pr\u00e9d\u00e9fini, comme le non versement d\u2019int\u00e9r\u00eats \u00e9chus par exemple. De son c\u00f4t\u00e9, le <i>donneur de protection<\/i> per\u00e7oit les primes ainsi que les droits d\u2019entr\u00e9e et proc\u00e8de au paiement compensatoire en cas de survenance de l\u2019\u00e9v\u00e9nement de cr\u00e9dit.Dans le contexte de la crise de la dette qui frappe actuellement la zone euro, les instru-ments de couverture des risques, en principe utiles, jouent un r\u00f4le important \u00e0 deux titres:1. D\u2019une part, les CDS sont susceptibles d\u2019augmenter les pertes qui r\u00e9sulteraient de la faillite d\u2019un \u00c9tat par exemple. Au contraire de ce qui se passe avec un contrat d\u2019assurance classique, la somme assur\u00e9e \u00e0 l\u2019aide des CDS n\u2019est pas limit\u00e9e \u00e0 la valeur des avoirs sous-jacents. Formul\u00e9 de fa\u00e7on un peu famili\u00e8re, cela revient \u00e0 dire que les CDS permettent de se surassurer. Par cons\u00e9quent, il n\u2019est pas exclu que, suite \u00e0 la faillite d\u2019un \u00c9tat par exemple, l\u2019ensemble des sommes dues s\u2019av\u00e8re nettement sup\u00e9rieur au montant des dettes de l\u2019\u00c9tat en situation d\u2019insolvabilit\u00e9. Les paiements effectu\u00e9s en lien avec des CDS ne compensent donc pas n\u00e9cessairement des pertes subies par des cr\u00e9anciers obligataires. Ils peuvent aussi \u00e9choir \u00e0 des tiers, pour lesquels ils repr\u00e9sentent un revenu. Cela tient au fait que, contrairement l\u00e0 encore \u00e0 ce qui passerait dans le cadre d\u2019un contrat d\u2019assurance classique, le preneur de protection ne doit pas avoir subi de dommage pour pouvoir se pr\u00e9valoir de ses droits. Ainsi, les preneurs de protection n\u2019ont pas n\u00e9cessairement des encours envers l\u2019\u00c9tat auquel le CDS se rapporte. 2. D\u2019autre part, les CDS contribuent \u00e0 \u00e9tendre encore les ramifications et les interd\u00e9pendances sur les march\u00e9s financiers. En effet, les \u00e9tablissements les plus divers (banques, assu-rances, etc.) sont actifs sur le march\u00e9 en qualit\u00e9 de donneurs de protection. Ainsi, la faillite d\u2019un \u00c9tat n\u2019occasionnerait pas seulement des pertes aux cr\u00e9anciers obligataires imm\u00e9diats, mais \u00e0 eux aussi.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les banques ont jou\u00e9 un r\u00f4le crucial dans l\u2019\u00e9mergence et la propagation de la crise de la dette au sein de la zone euro. De nombreux \u00e9tablissements d\u2019importance syst\u00e9mique sont sous-capitalis\u00e9s. De plus, d\u2019importantes ramifications et interd\u00e9pendances financi\u00e8res unissent les banques et les \u00c9tats, tout comme l\u2019ensemble du syst\u00e8me bancaire. 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