{"id":150704,"date":"2011-11-01T12:00:00","date_gmt":"2011-11-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2011\/11\/busch-8\/"},"modified":"2023-08-24T00:51:11","modified_gmt":"2023-08-23T22:51:11","slug":"busch-8","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2011\/11\/busch-8\/","title":{"rendered":"La crise de l\u2019euro met l\u2019Union europ\u00e9enne \u00e0 rude \u00e9preuve"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019ambitieux projet d\u2019Union mon\u00e9taire devait f\u00e9d\u00e9rer \u00e9troitement l\u2019Union europ\u00e9enne (UE) et la souder de mani\u00e8re irr\u00e9versible. La crise de la dette souveraine a \u00e9branl\u00e9 l\u2019euro et touch\u00e9 l\u2019UE en son c\u0153ur. Pour surmonter ce passage difficile, il faudra faire preuve de solidarit\u00e9, ce qui interpelle nombre de citoyens europ\u00e9ens et fait figure de test pour l\u2019unit\u00e9 europ\u00e9enne. Un risque existe de voir la finalit\u00e9 originelle de l\u2019Union mon\u00e9taire se retourner en son contraire et qu\u2019au lieu de s\u2019unir, l\u2019Europe se divise&#13;<br \/>\nLe pr\u00e9sent article n\u2019engage que son auteur..&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201111_05_Busch_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"213\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nL\u2019UE a longtemps essay\u00e9 de r\u00e9soudre la crise de la dette et de l\u2019euro en la consid\u00e9rant comme une crise de liquidit\u00e9s. On estimait que leur rar\u00e9faction sur le march\u00e9 des emprunts publics des \u00c9tats p\u00e9riph\u00e9riques pouvait \u00eatre surmont\u00e9e par l\u2019injection de fonds publics. Prot\u00e9g\u00e9s par les cr\u00e9dits d\u2019aide, les \u00c9tats surendett\u00e9s devaient gagner du temps et restaurer, par des mesures d\u2019\u00e9conomies et des r\u00e9formes structurelles, la viabilit\u00e9 de leur dette, leur comp\u00e9titivit\u00e9 internationale et, au final, la confiance des investisseurs dans la qualit\u00e9 de leurs emprunts. Or la crainte grandit d\u00e9sormais de voir cette approche \u00e9chouer. La Gr\u00e8ce a d\u00e9j\u00e0 eu besoin de programmes d\u2019aide suppl\u00e9mentaires en juillet et en octobre. Le pays est au bord du d\u00e9faut de paiement. Et rien ne dit aujourd\u2019hui que le Portugal et l\u2019Irlande, autres pays ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de plans de sauvetage, parviendront \u00e0 \u00e9viter pareil \u00e9cueil. D\u2019autres \u00c9tats de la zone euro pourraient \u00eatre entra\u00een\u00e9s dans une spirale infernale. Et comme il n\u2019est pas exclu que le manque de liquidit\u00e9s se mue en insolvabilit\u00e9, l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 de banqueroutes \u00e9tatiques ne saurait \u00eatre totalement \u00e9cart\u00e9e.&#13;<\/p>\n<h2>Entre crise de liquidit\u00e9 et insolvabilit\u00e9<\/h2>\n<p>&#13;<\/p>\n<h2>Menaces sur la viabilit\u00e9 de la dette publique<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nSelon une r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, la viabilit\u00e9 n\u2019est assur\u00e9e que si le budget de l\u2019\u00c9tat endett\u00e9 affiche des exc\u00e9dents primaires appropri\u00e9s ou, autrement dit, si le contribuable verse davantage \u00e0 l\u2019\u00c9tat qu\u2019il n\u2019en per\u00e7oit. L\u2019exc\u00e9dent primaire est suffisant lorsqu\u2019il \u00e9quivaut \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 la diff\u00e9rence, multipli\u00e9e par le taux d\u2019endettement, entre le niveau des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat nominaux et la croissance \u00e9conomique nominale. Ces surplus doivent \u00eatre encore plus importants lorsqu\u2019il s\u2019agit non seulement de stabiliser la dette, mais encore de la r\u00e9duire. Le <i>tableau 1<\/i> montre que si le march\u00e9 persistait \u00e0 pratiquer des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9lev\u00e9s, il faudrait d\u00e9gager des exc\u00e9dents primaires extr\u00eames.Si les \u00e9conomies de l\u2019UE sont, par le pass\u00e9, tr\u00e8s bien parvenues \u00e0 r\u00e9aliser des exc\u00e9dents primaires de plusieurs pour cent, cela s\u2019est produit dans un environnement \u00e9conomique favorable marqu\u00e9 par une croissance solide et des taux peu \u00e9lev\u00e9s. On notera aussi qu\u2019un bilan primaire positif a rarement pu \u00eatre maintenu sur une longue p\u00e9riode. Il reste que les pays sous pression de la zone euro b\u00e9n\u00e9ficient pour l\u2019instant d\u2019un taux artificiellement bas qui d\u00e9coule des mesures de sauvetage de l\u2019UE ou des interventions de la Banque centrale europ\u00e9enne (BCE). Le climat est, en fait, \u00e0 l\u2019aust\u00e9rit\u00e9, le dynamisme \u00e9conomique restant faible ou d\u00e9croissant. La d\u00e9valuation interne requise pour regagner en comp\u00e9titivit\u00e9 peut m\u00eame, dans un premier temps, encore aggraver leur taux d\u2019endettement, et il leur faudra probablement des ann\u00e9es pour parvenir \u00e0 d\u00e9gager les exc\u00e9dents primaires n\u00e9cessaires. M\u00eame les petits mouvements \u00e0 la hausse des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9clament une hausse des exc\u00e9dents primaires.&#13;<\/p>\n<h2>La crise bancaire accro\u00eet le potentiel d\u2019endettement public<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa crise de la dette s\u2019accompagne d\u2019une crise bancaire. Les banques des \u00c9tats p\u00e9riph\u00e9riques d\u00e9tiennent toujours dans leurs portefeuilles les emprunts d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9s de leurs gouvernements surendett\u00e9s. La d\u00e9gradation de la situation \u00e9conomique accro\u00eet les d\u00e9fauts de cr\u00e9dit. Face \u00e0 ce double risque de perte, les d\u00e9posants locaux et les investisseurs institutionnels \u2013 souvent \u00e9trangers \u2013 retirent leur argent de ces banques. L\u2019exode des capitaux fuyant ainsi les pays p\u00e9riph\u00e9riques fait fondre la masse mon\u00e9taire en circulation. La vente des obligations \u00e9mises par ces \u00c9tats renforce ce processus, car l\u2019argent des investisseurs migre le plus souvent vers les grands \u00c9tats solvables du Syst\u00e8me mon\u00e9taire europ\u00e9en. Coinc\u00e9es entre la baisse des valeurs patrimoniales figurant \u00e0 l\u2019actif de leurs bilans et le fait qu\u2019avec le recul des liquidit\u00e9s, le refinancement urgent au passif n\u2019est possible qu\u2019\u00e0 travers une hausse des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, nombre de banques de la p\u00e9riph\u00e9rie se trouveront bient\u00f4t aussi en situation d\u2019insolvabilit\u00e9. Jusqu\u2019ici, les aides en liquidit\u00e9s de la BCE ont permis de retarder ce processus, ce qui montre une nouvelle fois que ce sont souvent les pouvoirs publics qui supportent les risques li\u00e9s aux crises bancaires. La situation d\u2019endettement des \u00c9tats p\u00e9riph\u00e9riques pourrait donc \u00eatre encore pire qu\u2019elle n\u2019appara\u00eet actuellement.&#13;<\/p>\n<h2>La dette ext\u00e9rieure, autre probl\u00e8me<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\n\u00c0 c\u00f4t\u00e9 du taux d\u2019endettement, la dette ext\u00e9rieure constitue aussi un indicateur de viabilit\u00e9. Si les obligations sont d\u00e9tenues exclusivement par des r\u00e9sidents, m\u00eame une dette \u00e9lev\u00e9e pourra \u00eatre honor\u00e9e, par exemple \u00e0 l\u2019aide d\u2019un imp\u00f4t unique. Dans ce cas, on assiste simplement \u00e0 un transfert de ressources \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays. Le remboursement est plus difficile pour les dettes contract\u00e9es envers des bailleurs de fonds \u00e9trangers. Ici, il convient d\u2019abord de d\u00e9gager des ressources, lesquelles quitteront ensuite le circuit \u00e9conomique int\u00e9rieur pour l\u2019\u00e9tranger. Ces res-sources doivent \u00eatre g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par les exc\u00e9dents de la balance des op\u00e9rations courantes, donc par des exportations sup\u00e9rieures aux importations. Dans la pratique, cela signifie une baisse de la consommation en raison d\u2019une diminution des salaires qui, en contrepartie, doit rendre les produits indig\u00e8nes plus concurrentiels sur les march\u00e9s internationaux. La probl\u00e9matique de la dette pr\u00e9sente ainsi un double aspect quantitatif et qualitatif. Les transferts de ressources \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u00e9tant impopulaires, le fardeau qualitatif suppl\u00e9mentaire li\u00e9 au service de la dette ext\u00e9rieure peut faire na\u00eetre des r\u00e9sistances politiques \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays. La viabilit\u00e9 de l\u2019endettement soul\u00e8ve ainsi de nombreuses questions: le probl\u00e8me de la dette renferme le risque d\u2019une double d\u00e9faillance des \u00c9tats et des banques. La dette ext\u00e9rieure renforce la dimension politique du probl\u00e8me, d\u2019o\u00f9 le risque de surr\u00e9action au plan int\u00e9rieur.&#13;<\/p>\n<h2>Vers des d\u00e9penses de transfert?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes grands \u00c9tats solvables ne sont pas non plus \u00e0 l\u2019abri des probl\u00e8mes:1. Les mesures de sauvetage qui n\u2019en finissent pas p\u00e8sent d\u00e9j\u00e0 sur les cr\u00e9anciers de l\u2019UE en raison d\u2019un engagement global qui atteint au moins 1000 milliards d\u2019euros. Une comparaison sommaire avec les recettes fiscales annuelles de l\u2019Allemagne (500 milliards d\u2019euros) donne une id\u00e9e de l\u2019ampleur de cette responsabilit\u00e9. Aussi le politique aura-t-il toujours plus de peine \u00e0 convaincre l\u2019\u00e9lecteur de l\u2019opportunit\u00e9 de telles mesures de sauvetage.2. Avec ses programmes d\u2019aide, la BCE est \u00e9galement devenue un gros cr\u00e9ancier des \u00c9tats p\u00e9riph\u00e9riques. Elle a ainsi rachet\u00e9 en masse, sur le march\u00e9 secondaire, les obligations souveraines de mauvaise qualit\u00e9 \u00e9mises par les \u00c9tats concern\u00e9s, ou alors elle les a prises en pension pour garantir les apports en liquidit\u00e9s destin\u00e9s \u00e0 soutenir les banques menac\u00e9es. Au cas o\u00f9 ces titres feraient d\u00e9faut, il faut s\u2019attendre \u00e0 ce que la BCE doive soit distribuer moins de b\u00e9n\u00e9fices, soit augmenter ses fonds propres. Importants d\u00e9tenteurs de parts de la BCE, les grands \u00c9tats devront alors r\u00e9gler la majeure partie de la note, ce qui \u00e9quivaudra \u00e0 une d\u00e9pense de transfert.3. Malgr\u00e9 la crise, beaucoup de pays p\u00e9riph\u00e9riques continuent d\u2019afficher des balances courantes d\u00e9ficitaires, important plus qu\u2019ils n\u2019exportent et vivant donc toujours au-dessus de leurs moyens. Autrefois, ces d\u00e9ficits \u00e9taient financ\u00e9s \u00e0 l\u2019aide des cr\u00e9dits accord\u00e9s par les banques d\u2019affaires des pays exportateurs pr\u00e9sen-tant des balances courantes exc\u00e9dentaires. Ces flux d\u2019argent se sont pratiquement taris. En effet, dans le syst\u00e8me de paie-ment europ\u00e9en Target 2, ce sont d\u00e9sormais les instituts d\u2019\u00e9mission des grands \u00c9tats qui ont pratiquement repris le financement de ces importations et qui allouent ainsi aux banques d\u2019affaires des pays p\u00e9riph\u00e9riques les cr\u00e9dits n\u00e9cessaires dans le cadre de l\u2019ex\u00e9cution usuelle des paiements. Les experts divergent sur les cons\u00e9quences de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. En cas de d\u00e9faillance, la BCE devrait toutefois aussi se recapitaliser, ce qui retomberait sur le contribuable, notamment dans les grands \u00c9tats.4. La crise de l\u2019euro frappe aussi les banques des pays centraux de la zone euro. Celles-ci d\u00e9tiennent toujours de gros volumes d\u2019obligations de mauvaise qualit\u00e9 des \u00c9tats p\u00e9riph\u00e9riques, m\u00eame si elles ont liquid\u00e9 une partie de leurs positions ou que la plupart de ces titres sont d\u00e9tenus soit par les \u00e9tablissements financiers des pays en crise, soit maintenant par la BCE. Un r\u00e9\u00e9chelonnement de la dette grecque, comme celui qui est maintenant pr\u00e9vu, pourrait certes encore \u00eatre support\u00e9, car les r\u00e9serves de fonds propres des banques apr\u00e8s recapitalisation y suffiraient. Par contre, un abandon d\u2019une partie de la dette pourrait toujours se r\u00e9v\u00e9ler contagieux et d\u00e9clencher des restructurations similaires dans d\u2019autres pays, ce qui pourrait bien faire exploser les fonds propres des banques \u2013 sans parler des pertes des assurances et des caisses de pension, \u00e9galement touch\u00e9es. Cela pourraient alors, dans une seconde phase, conduire \u00e0 la propagation de la crise dans l\u2019ensemble du syst\u00e8me financier europ\u00e9en, comme avec la chute de Lehman Brothers et la crise financi\u00e8re mondiale de 2008. Il est probable que les pertes de l\u2019industrie du cr\u00e9dit devraient alors \u00eatre socialis\u00e9es pour la deuxi\u00e8me fois cons\u00e9cutive. 5. Il n\u2019est pas exclu que la solvabilit\u00e9, pr\u00e9serv\u00e9e jusqu\u2019ici, des grands pays de l\u2019eurosyst\u00e8me soit aussi affect\u00e9e \u00e0 plus long terme par l\u2019augmentation continue des cautionnements, des positions cr\u00e9anci\u00e8res et des risques de pertes. Les march\u00e9s de capitaux des grands \u00c9tats seraient alors aussi confront\u00e9s \u00e0 une hausse des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat sur cr\u00e9dits avec, \u00e0 la cl\u00e9, des retomb\u00e9es n\u00e9fastes pour l\u2019\u00e9conomie.Face aux probl\u00e8mes de l\u2019Union mon\u00e9taire, l\u2019inqui\u00e9tude grandit aussi dans les grands \u00c9tats de l\u2019UE. Personne ne peut dire jusqu\u2019\u00e0 quel point le citoyen moyen est pr\u00eat \u00e0 supporter le co\u00fbt, in\u00e9vitable, d\u2019une stabilisation de l\u2019euro.&#13;<\/p>\n<h2>Un danger d\u2019\u00e9clatement<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL\u2019Union mon\u00e9taire a \u00e9t\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but un projet politique visant \u00e0 souder irr\u00e9vocablement l\u2019Europe. Avec la crise de l\u2019euro, c\u2019est le contraire qui pourrait se produire. En effet, dans la pire des hypoth\u00e8ses, la crise pourrait lib\u00e9rer des forces centrifuges capables de remettre en cause un projet essentiel pour l\u2019unification europ\u00e9enne et peut-\u00eatre m\u00eame de menacer l\u2019Europe d\u2019\u00e9clatement.\u00c9tablis pour la monnaie commune, les sc\u00e9narios d\u2019avenir suivants, certes un peu caricaturaux, sont destin\u00e9s \u00e0 expliciter les forces centrifuges qui pourraient se manifester.&#13;<\/p>\n<h2>D\u00e9faut de paiement et restructuration d\u00e9sordonn\u00e9e de la dette<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe m\u00e9contentement grandissant de la population vis-\u00e0-vis des mesures d\u2019\u00e9conomies dict\u00e9es de l\u2019ext\u00e9rieur pourrait aboutir \u00e0 des actions irr\u00e9fl\u00e9chies et \u00e0 la d\u00e9faillance d\u2019un des \u00c9tats de la p\u00e9riph\u00e9rie. Le pays serait alors provisoirement coup\u00e9 aussi bien des aides de l\u2019UE et du Fonds mon\u00e9taire international (FMI) que des cr\u00e9dits en provenance des march\u00e9s de capitaux. La BCE a d\u00e9j\u00e0 laiss\u00e9 entendre qu\u2019en cas de d\u00e9faillance, elle cesserait de prendre les titres d\u2019\u00c9tat en nantissement et suspendrait ainsi son aide en liquidit\u00e9s. L\u2019\u00c9tat en faillite ne pourrait plus verser les salaires \u00e0 ses fonctionnaires ni les pensions \u00e0 ses retrait\u00e9s, car les d\u00e9penses publiques continuent g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019exc\u00e9der les recettes fiscales. Le secteur local du cr\u00e9dit finirait par s\u2019effondrer. Une fuite acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e des capitaux viendrait encore r\u00e9duire la quantit\u00e9 d\u2019euros restant disponible. La seule issue serait une r\u00e9forme mon\u00e9taire et la r\u00e9introduction d\u2019une monnaie nationale permettant de r\u00e9tablir la circulation de l\u2019argent. La nouvelle monnaie, qui se d\u00e9pr\u00e9cierait imm\u00e9diatement, entretiendrait en outre l\u2019espoir de restaurer, au moins \u00e0 court terme, la comp\u00e9titivit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie. Un premier pays aurait ainsi quitt\u00e9 l\u2019eurosyst\u00e8me.Une telle d\u00e9faillance pourrait \u00eatre contagieuse et se propager aux autres pays d\u00e9biteurs de la p\u00e9riph\u00e9rie. Les primes de risque li\u00e9es \u00e0 leurs titres pourraient encore augmenter et remettre d\u00e9finitivement en question la viabilit\u00e9 de leur endettement. D\u2019autres \u00c9tats pourraient se retirer de l\u2019Union mon\u00e9taire et le courant pourrait entra\u00eener d\u2019autres pays tr\u00e8s endett\u00e9s de l\u2019UE. Les cons\u00e9quences pour les grands \u00c9tats solvables seraient \u00e9galement graves, puisqu\u2019ils seraient, d\u00e8s lors, contraints, en tant que cr\u00e9anciers, de proc\u00e9der \u00e0 de co\u00fbteux amortissements et de recapitaliser \u00e0 la fois la BCE et leurs propres banques. On ne saurait trop imaginer les cons\u00e9quences de la deuxi\u00e8me crise financi\u00e8re qui en r\u00e9sulterait, apr\u00e8s celle de 2008. Un scepticisme croissant de la population vis-\u00e0-vis de l\u2019UE pourrait en \u00eatre le corollaire.&#13;<\/p>\n<h2>Mon\u00e9tisation<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nEn constante expansion, la montagne de dettes des \u00c9tats p\u00e9riph\u00e9riques pourrait \u00eatre amortie par une mon\u00e9tisation directe de la BCE, avec un rachat illimit\u00e9 des obligations de mauvaise qualit\u00e9 par l\u2019institut d\u2019\u00e9mission europ\u00e9en. La \u00abplanche \u00e0 billets\u00bb injecterait alors librement de l\u2019argent dans l\u2019\u00e9conomie. Selon son ampleur, un tel financement mon\u00e9taire public, qui n\u2019est pr\u00e9vu dans aucun trait\u00e9, pourrait d\u00e9velopper un potentiel d\u2019inflation. M\u00eame si celui-ci devait pouvoir \u00eatre jugul\u00e9, il ne serait certainement pas simple d\u2019\u00e9viter que cette fiscalisation de la politique mon\u00e9taire, d\u2019abord exceptionnelle, ne devienne la r\u00e8gle. L\u2019ind\u00e9pendance de la BCE serait mise en jeu. Dans les grands \u00c9tats, les entrepreneurs, les petits \u00e9pargnants et les retrait\u00e9s, auxquels on avait promis une monnaie forte avec l\u2019introduction de l\u2019euro, pourraient alors \u00eatre les premiers \u00e0 remettre en question l\u2019Union mon\u00e9taire et \u00e0 se d\u00e9tourner du projet europ\u00e9en.&#13;<\/p>\n<h2>Union fiscale ou politique<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes derni\u00e8res d\u00e9cisions de lUE ont-elles r\u00e9ellement r\u00e9solu le probl\u00e8me? La question doit rester pos\u00e9e. Communautariser d\u00e9finitivement le probl\u00e8me de la dette en vue de cr\u00e9er une union fiscale serait vraisemblablement un moyen de sortir de l\u2019impasse. Cela permettrait, tout en \u00e9vitant le chaos, de maintenir les co\u00fbts aff\u00e9rents \u00e0 un niveau relativement bas en comparaison avec les sc\u00e9narios \u00e9voqu\u00e9s plus haut. Une telle union pourrait s\u2019accompagner d\u2019une restructuration ordonn\u00e9e et coordonn\u00e9e de la dette ainsi que, par exemple, d\u2019euro-obligations communes qui pourraient rendre la dette \u00e0 nouveau supportable puisque le niveau d\u2019endettement et celui des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat des emprunts publics dans les pays p\u00e9riph\u00e9riques s\u2019en trouveraient tous deux r\u00e9duits. Il deviendrait alors nettement plus facile pour les \u00c9tats concern\u00e9s de d\u00e9gager les exc\u00e9dents primaires requis. Une assurance ch\u00f4mage commune serait un exemple futuriste de mise en commun des budgets publics. Dans un contexte de d\u00e9valuation interne, elle permettrait aux pays p\u00e9riph\u00e9riques en situation difficile de mieux faire fonctionner les stabilisateurs automatiques et de soutenir ainsi une dynamique \u00e9conomique en panne. Mais toutes ces mesures impliqueraient des d\u00e9penses de transfert. La cr\u00e9ation d\u2019euro-obligations devrait, \u00e0 elle seule, d\u00e9j\u00e0 pousser les taux \u00e0 la hausse pour le noyau solvable de l\u2019eurosyst\u00e8me et donc entra\u00eener des co\u00fbts suppl\u00e9mentaires. Pour linstant, on ne d\u00e9c\u00e8le gu\u00e8re de volont\u00e9 politique en faveur d\u2019une communautarisation de la politique financi\u00e8re au sein de l\u2019UE. Un tel saut quantique pourrait rendre le projet europ\u00e9en impopulaire aupr\u00e8s de nombreux citoyens.&#13;<\/p>\n<h2>L\u2019UE \u00e0 la crois\u00e9e des chemins<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nPlus de 50 ans apr\u00e8s les trait\u00e9s de Rome, la question fondamentale se pose de nouveau: jusqu\u2019o\u00f9 l\u2019UE veut-elle aller dans la construction de la maison Europe. Les issues possibles \u00e0 la crise rec\u00e8lent un potentiel de division susceptible de menacer le projet commun. Un \u00e9clatement de l\u2019Union mon\u00e9taire pourrait, dans une r\u00e9action en cha\u00eene, aussi annihiler les conqu\u00eates du march\u00e9 int\u00e9rieur. Voisin imm\u00e9diat et important partenaire commercial de l\u2019UE, la Suisse a un int\u00e9r\u00eat direct \u00e0 la stabilisation de l\u2019euro. Par le pass\u00e9, l\u2019UE a toujours r\u00e9ussi \u00e0 sortir renforc\u00e9e des crises. Il est bien possible qu\u2019elle s\u2019achemine vers une variante ou un m\u00e9lange des sc\u00e9narios esquiss\u00e9s plus haut. Si elle parvenait, par un v\u00e9ritable tour de force politique, \u00e0 sauver l\u2019Union mon\u00e9taire, voire \u00e0 cr\u00e9er une union politique, la Suisse aurait alors affaire \u00e0 un partenaire bien diff\u00e9rent.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 1: \u00abDonn\u00e9es macro\u00e9conomiques des pays de l\u2019UE les plus touch\u00e9s\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Bibliographie&#13;<\/p>\n<h3>Bibliographie<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n\u2212 De Grauwe P., <i>The Governance of a Fragile Eurozone,<\/i> CEPS Working Document, 2011. Internet: <i><a href=\"http:\/\/www.ceps.eu\/book\/governance-fragile-eurozone\">http:\/\/www.ceps.eu\/book\/governance-fragile-eurozone<\/a>.<\/i>\u2212 Gros D. et Mayer Th., <i>Debt Reduction Without Default?,<\/i> CEPS Policy Brief, 2011. Internet: <i><a href=\"http:\/\/www.ceps.eu\/book\/debt-reduction-without-default\">http:\/\/www.ceps.eu\/book\/debt-reduction-without-default<\/a>.<\/i>\u2212 Bencek D. et Klodt H., <i>F\u00fcnf Prozent sind (zu) viel, Ver\u00f6ffentlichung des Zentrums Wirtschaftspolitik,<\/i> Institut f\u00fcr Weltwirtschaft in Kiel, 2011. Internet: <i><a href=\"http:\/\/www.ifw-kiel.de\/wirtschaftspolitik\/politikberatung\/\">http:\/\/www.ifw-kiel.de\/wirtschaftspolitik\/politikberatung\/<\/a> veroffentlichungen-2011.<\/i>\u2212 Buiter W. et Rahbari E., <i>The Future of the Euro Area: Fiscal Union, Break-up or Blundering Towards a \u00abYou Break It You Own It Europe\u00bb,<\/i> 2011. Internet: <i><a href=\"http:\/\/www.willembuiter.com\/3scenarios.pdf\">http:\/\/www.willembuiter.com\/3scenarios.pdf<\/a>.<\/i><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019ambitieux projet d\u2019Union mon\u00e9taire devait f\u00e9d\u00e9rer \u00e9troitement l\u2019Union europ\u00e9enne (UE) et la souder de mani\u00e8re irr\u00e9versible. La crise de la dette souveraine a \u00e9branl\u00e9 l\u2019euro et touch\u00e9 l\u2019UE en son c\u0153ur. 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