{"id":150734,"date":"2011-10-01T12:00:00","date_gmt":"2011-10-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2011\/10\/herzog-2\/"},"modified":"2023-08-24T00:51:13","modified_gmt":"2023-08-23T22:51:13","slug":"herzog-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2011\/10\/herzog-2\/","title":{"rendered":"Imposition d\u2019apr\u00e8s la d\u00e9pense: un d\u00e9bat entre Eva Herzog et Paul Niederberger"},"content":{"rendered":"<p>Le d\u00e9bat ci-contre traite des qualit\u00e9s et des d\u00e9fauts de l\u2019imposition forfaitaire: pour Eva Herzog, directrice des finances du canton de B\u00e2le-Ville, celle-ci ne se justifie ni \u00e9conomiquement ni constitutionnellement; Paul Niederberger, conseiller aux \u00c9tats du canton de Nidwald et pr\u00e9sident de l\u2019association Mehrwert Schweiz, y voit au contraire un instrument largement \u00e9prouv\u00e9 qui renforce l\u2019attrait de la Suisse et rev\u00eat une importance \u00e9conomique, en particulier pour les r\u00e9gions p\u00e9riph\u00e9riques ou montagneuses. Le projet de r\u00e9forme propos\u00e9 par le Conseil f\u00e9d\u00e9ral, qualifi\u00e9 de compromis typiquement helv\u00e9tique, ne semble pas convaincre les opposants. Pr\u00e9cisons que le d\u00e9bat s&#8217;est tenu avant la votation du 25 septembre sur labolition de limposition dapr\u00e8s la d\u00e9pense dans le canton de Schaffhouse.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>La taxation d\u2019apr\u00e8s la d\u00e9pense \u2013 plus connue sous le nom d\u2019imposition forfaitaire \u2013 est actuellement en r\u00e9vision. Les uns la consid\u00e8rent comme un fl\u00e9au, les autres comme une b\u00e9n\u00e9diction. Quels sont pour vous les principales raisons qui militent pour ou contre ce syst\u00e8me?<\/i><b>Eva Herzog:<\/b> Nous n\u2019avons pas besoin de l\u2019imposition forfaitaire. Elle est d\u2019ailleurs en contradiction avec certaines r\u00e8gles constitutionnelles, comme l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement. Elle discrimine les Suisses par rapport aux \u00e9trangers. Enfin, elle viole le principe de l\u2019imposition selon la capacit\u00e9 \u00e9conomique. En d\u2019autres termes, ce r\u00e9gime fiscal n\u2019est pas compatible avec les principes constitutionnels qui r\u00e9gissent l\u2019imposition en Suisse. <b>Paul Niederberger:<\/b> Je ne partage pas ce point de vue. Au contraire, l\u2019imposition d\u2019apr\u00e8s la d\u00e9pense est plut\u00f4t une b\u00e9n\u00e9diction. Pourquoi? Premi\u00e8rement, les bases l\u00e9gales n\u00e9cessaires existent. Elles se trouvent notamment dans la loi sur l\u2019imp\u00f4t f\u00e9d\u00e9ral direct et celle sur l\u2019harmonisation fiscale. C\u2019est un droit auquel peut pr\u00e9tendre toute personne qui remplit les conditions requises. En outre, la taxation forfaitaire pr\u00e9sente des avantages strat\u00e9giques pour notre pays, en raison des revenus consid\u00e9rables qu\u2019elle g\u00e9n\u00e8re (668 millions de francs par an); c\u2019est tr\u00e8s important pour certaines r\u00e9gions p\u00e9riph\u00e9riques ou montagneuses. En outre, les b\u00e9n\u00e9ficiaires de l\u2019imposition forfaitaire sont des employeurs, des investisseurs et de bons consommateurs, qui se caract\u00e9risent par un niveau \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9penses. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Madame Herzog, ces avantages devraient vous convaincre. Si ce n\u2019est pas le cas, expliquez-nous pourquoi. <b>E. Herzog:<\/b> Il est vrai que la base l\u00e9gale existe, mais ce n\u2019est de loin pas une raison suffisante pour continuer d\u2019appliquer l\u2019imposition forfaitaire. Surtout pas si celle-ci viole des principes fondamentaux de la Constitution et constitue une injustice. En ce qui concerne l\u2019\u00abattrait de la place \u00e9conomique\u00bb, des personnes fortun\u00e9es viendraient s\u2019installer chez nous m\u00eame si elles devaient payer leurs imp\u00f4ts selon les bar\u00e8mes usuels, car la Suisse poss\u00e8de une fiscalit\u00e9 attrayante au plan international. Par ailleurs, il existe aussi parmi les contribuables ordinaires des employeurs, des investisseurs et des m\u00e9c\u00e8nes. Ces gens contribuent de la m\u00eame mani\u00e8re \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 du pays, voire davantage dans la mesure o\u00f9 ils font ces efforts tout en \u00e9tant tax\u00e9s normalement. <b>P. Niederberger:<\/b> L\u2019argument de l\u2019\u00e9quit\u00e9 ne tient pas, \u00e0 mon avis. Pourquoi a-t-on introduit en son temps l\u2019imposition dapr\u00e8s la d\u00e9pense? Il s\u2019agissait de cr\u00e9er une proc\u00e9dure simplifi\u00e9e, parce que les personnes concern\u00e9es paient le plus souvent aussi des imp\u00f4ts \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et qu\u2019elles poss\u00e8dent, certaines du moins, de la fortune ou des biens immobiliers dans diff\u00e9rents pays. De cette mani\u00e8re, il n\u2019\u00e9tait plus n\u00e9cessaire de proc\u00e9der \u00e0 une r\u00e9partition fiscale internationale. En outre, je tiens \u00e0 rappeler que les forfaitaires remplissent eux aussi une d\u00e9claration d\u2019imp\u00f4ts. Ils ne n\u00e9gocient donc pas les montants. La d\u00e9termination de l\u2019imp\u00f4t se base sur des donn\u00e9es concr\u00e8tes. \u00c0 cela s\u2019ajoute ce que l\u2019on appelle le \u00abcalcul de contr\u00f4le\u00bb, qui est effectu\u00e9 syst\u00e9matiquement. <b>E. Herzog:<\/b> L\u2019argument qui consiste \u00e0 \u00e9voquer la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une proc\u00e9dure simplifi\u00e9e a perdu de son actualit\u00e9. Les gens fortun\u00e9s emploient des conseillers fiscaux qui les d\u00e9chargent de ce travail. On ne sait, en outre, pas si les personnes concern\u00e9es paient des imp\u00f4ts \u00e0 l\u2019\u00e9tranger; cela, l\u2019imposition forfaitaire ne le v\u00e9rifie pas. On ne sait pas \u00e0 combien se montent l\u2019ensemble de leur fortune et de leur revenu. Le contr\u00f4le des autorit\u00e9s fiscales s\u2019adresse exclusivement aux revenus ou aux rentes per\u00e7ues en Suisse.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Vous mettez donc en doute la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une proc\u00e9dure simplifi\u00e9e?<\/i> <b>E. Herzog:<\/b> Une personne qui travaille en Suisse et qui y paie ses imp\u00f4ts peut aussi avoir des revenus et des capitaux \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Elle doit fournir tous les renseignements pour que l\u2019on puisse proc\u00e9der \u00e0 la r\u00e9partition fiscale. C\u2019est possible dans le cas de contribuables ordinaires. Je ne vois vraiment pas pourquoi cela ne le serait pas pour les forfaitaires. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Le canton de Zurich a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 franchir le pas et \u00e0 abolir l\u2019imp\u00f4t forfaitaire \u00e0 partir de 2010. Quel regard portez-vous sur cette d\u00e9cision?<b>P. Niederberger:<\/b> Le r\u00e9sultat de la votation populaire m\u2019a d\u00e9\u00e7u. \u00c0 mon avis, il faut d\u2019abord en faire porter le poids \u00e0 la mauvaise qualit\u00e9 de l\u2019information diffus\u00e9e durant la campagne. On s\u2019est focalis\u00e9 sur le principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement. Les citoyens n\u2019ont pas re\u00e7u d\u2019explications suffisantes sur la v\u00e9ritable raison d\u2019\u00eatre de l\u2019imposition au forfait. Les forfaitaires ont d\u00e9cid\u00e9 un jour ou l\u2019autre de s\u2019\u00e9tablir en Suisse, parce que certaines conditions y pr\u00e9valaient. Et voil\u00e0 que subitement, on change la donne. Cela ne cadre pas avec le principe de la s\u00e9curit\u00e9 du droit. <b>E. Herzog:<\/b> Ce n\u2019est certainement pas le manque d\u2019information qui explique l\u2019abolition de l\u2019imposition forfaitaire, mais plut\u00f4t la discrimination que ressentent les Suisses ais\u00e9s par rapport aux riches \u00e9trangers. Dans les classes inf\u00e9rieures de revenus, on a de plus en plus l\u2019impression que l\u2019\u00c9tat ne cesse de diminuer les imp\u00f4ts des personnes fortun\u00e9es, toujours sous le pr\u00e9texte de les attirer en Suisse. Une fois sur place, ils ne versent plus leur contribution. Ce syst\u00e8me ne profite pas au bien commun. Au contraire, c\u2019est la collectivit\u00e9 qui en fait les frais.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Sur les 201 m\u00e9nages qui \u00e9taient au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019un forfait fiscal dans le canton de Zurich, 92 sont partis depuis la votation. Que vous inspire ce chiffre?<b>E. Herzog:<\/b> Ces 92 m\u00e9nages se sont install\u00e9s dans les cantons environnants. La fronti\u00e8re n\u2019est jamais tr\u00e8s loin. S\u2019ils ont la possibilit\u00e9 de vivre dans le canton voisin, les contribuables n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 d\u00e9m\u00e9nager. C\u2019est pourquoi il serait important d\u2019abolir l\u2019imposition au forfait dans l\u2019ensemble de la Suisse. Je ne crois pas que, dans ce cas, tous les b\u00e9n\u00e9ficiaires quitteraient la Suisse. Notre pays offre en effet d\u2019autres avantages: de beaux paysages, une s\u00e9curit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e du droit, de bonnes infrastructures et une fiscalit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e, m\u00eame sans les forfaits fiscaux. <b>P. Niederberger:<\/b> En fait, on ne peut pas formuler aujourd\u2019hui un jugement d\u00e9finitif sur les chiffres zurichois. Aussi longtemps que d\u2019autres cantons continuent de pratiquer l\u2019imposition dapr\u00e8s la d\u00e9pense, il n\u2019est pas possible non plus de tirer des conclusions valables au niveau national. En revanche, je suis nettement plus sceptique que Madame Herzog sur les effets qu\u2019aurait une abolition dans toute la Suisse. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Monsieur Niederberger, dans quelle mesure le canton de Nidwald, que vous repr\u00e9sentez au Conseil des \u00c9tats, profite-t-il de ce r\u00e9gime fiscal?<b>P. Niederberger:<\/b> Dans le canton de Nidwald, nous avons actuellement cent forfaitaires. Ceux-ci rapportent au total 6,5 millions de francs \u00e0 l\u2019\u00c9tat, si l\u2019on additionne les imp\u00f4ts communaux, cantonaux et f\u00e9d\u00e9raux. Cela repr\u00e9sente environ 1,4% des recettes fiscales du canton. \u00c0 supposer qu\u2019une grande partie d\u2019entre eux s\u2019en aillent, je me demande comment nous pourrions combler ce manque \u00e0 gagner. <b>E. Herzog:<\/b> Ils ne partiront jamais tous. Ceux qui restent seraient ensuite tax\u00e9s normalement. Ils devraient alors s\u2019acquitter d\u2019un montant beaucoup plus \u00e9lev\u00e9 que leur forfait fiscal. Si la moiti\u00e9 seulement reste, les recettes vont d\u00e9j\u00e0 prendre l\u2019ascenseur.<b>P. Niederberger:<\/b> J\u2019en doute fort. On a, au contraire, calcul\u00e9 que les rentr\u00e9es fiscales effectives pourraient \u00e9galement chuter.<b>E. Herzog:<\/b> Pourquoi diminueraient-elles? Vous vous r\u00e9f\u00e9rez aux personnes physiques?<b>P. Niederberger:<\/b> Parce que ces derni\u00e8res recourraient alors aux instruments dits de l\u2019optimisation fiscale.<b>E. Herzog:<\/b> Si le montant \u00e9tait inf\u00e9rieur, ces gens demanderaient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 \u00eatre tax\u00e9s selon le r\u00e9gime ordinaire. L\u2019optimisation fiscale est une question compl\u00e8tement diff\u00e9rente qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec les forfaits fiscaux. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>En tant que directrice des finances de B\u00e2le-Ville et membre du Parti socialiste, vous avez une position tr\u00e8s critique \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019imposition d<\/i>apr\u00e8s la d\u00e9pense. Vos deux casquettes sont-elles facilement conciliables?<b>E. Herzog:<\/b> \u00c9tant donn\u00e9 l\u2019id\u00e9e que je me fais de ma fonction aux finances, il n\u2019y a absolument aucun conflit d\u2019int\u00e9r\u00eats. Nous devons veiller au respect des bases constitutionnelles, autrement dit faire en sorte que toutes les personnes soient trait\u00e9es de mani\u00e8re \u00e9gale et impos\u00e9es selon le principe de la capacit\u00e9 \u00e9conomique. Cela s\u2019applique \u00e0 tous les grands argentiers, pas seulement aux socialistes. Celui qui soutient la taxation dapr\u00e8s la d\u00e9pense ne doit pas le faire pour des raisons de technique fiscale ou de droit constitutionnel, mais parce que c\u2019est un instrument de la politique \u00e9conomique, au m\u00eame titre que les subventions ou les all\u00e9gements d\u2019imp\u00f4ts. Seulement, il doit affirmer clairement que le but est de promouvoir l\u2019\u00e9conomie. <b>P. Niederberger:<\/b> L\u2019importance \u00e9conomique de l\u2019imposition forfaitaire diff\u00e8re consid\u00e9rablement d\u2019un canton \u00e0 l\u2019autre. \u00c0 B\u00e2le-Ville, seuls seize m\u00e9nages en b\u00e9n\u00e9ficient. Dans le canton de Vaud, ils sont quelques milliers. Il est int\u00e9ressant de constater que les chefs des finances continuent pour la plupart de d\u00e9fendre ce r\u00e9gime. La Conf\u00e9rence des directrices et directeurs cantonaux des finances (CDF) s\u2019est pench\u00e9e sur la question. J\u2019imagine, Madame Herzog, que vous avez fait valoir vos arguments dans ce cadre. N\u00e9anmoins, la majorit\u00e9 de vos coll\u00e8gues reconnaissent l\u2019utilit\u00e9 des forfaits fiscaux. <b>E. Herzog:<\/b> Ayant vous-m\u00eame occup\u00e9 cette fonction dans le canton de Nidwald, vous savez exactement comment cela se passe lorsqu\u2019une r\u00e9gion a \u2013 ou croit avoir \u2013 un int\u00e9r\u00eat pr\u00e9cis \u00e0 d\u00e9fendre et qu\u2019elle en appelle \u00e0 la tradition. Si le canton de Vaud dit que l\u2019imposition au forfait existe chez lui depuis le XIXe si\u00e8cle, les Suisses al\u00e9maniques ne vont pas risquer de f\u00e2cher tous les Romands en r\u00e9clamant l\u2019abolition. Au final, personne n\u2019ose agir et les choses restent en l\u2019\u00e9tat. Cependant, le message du Conseil f\u00e9d\u00e9ral n\u2019aurait pas vu le jour si tout le monde n\u2019avait pas su parfaitement que les seuils sont trop bas et les recettes trop faibles. Il \u00e9tait tr\u00e8s clair pour tous que le syst\u00e8me actuel est insatisfaisant. Le reste est un compromis helv\u00e9tique, qui ne me satisfait pas.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>L\u2019imposition au forfait est souvent utilis\u00e9e, en particulier par les r\u00e9gions touristiques et rurales, comme un instrument de la promotion \u00e9conomique. N\u2019y aurait-il pas des outils plus appropri\u00e9s?<b>P. Niederberger:<\/b> Bien s\u00fbr qu\u2019il y en a d\u2019autres. \u00c0 l\u2019heure actuelle, nous discutons de la promotion \u00e9conomique au Conseil des \u00c9tats. Mais d\u2019o\u00f9 viennent les fonds qu\u2019elle absorbe? Ce n\u2019est rien d\u2019autre que l\u2019argent du contribuable. Par contre, les forfaitaires n\u2019apportent pas que des recettes fiscales. Au niveau local, ils soutiennent aussi l\u2019\u00e9conomie et les organisations d\u2019utilit\u00e9 publique. <b>E. Herzog:<\/b> Je me demande bien ce que fait la promotion \u00e9conomique l\u00e0-dedans, si les gens paient des sommes ridicules une fois qu\u2019ils sont arriv\u00e9s. Avez-vous des chiffres montrant que les forfaitaires d\u00e9pensent plus que les autres? Ceux qui viennent pour de pures raisons fiscales n\u2019ont gu\u00e8re de lien avec leur lieu de domicile.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Madame Herzog, des efforts ont \u00e9t\u00e9 entrepris \u00e9galement dans votre canton pour abolir l\u2019imposition forfaitaire. N\u2019y a-t-il pas un risque de perdre des recettes fiscales et un pouvoir d\u2019achat local?<b>E. Herzog:<\/b> Le Parlement nous a charg\u00e9s d\u2019\u00e9laborer une r\u00e9vision de la loi, afin de supprimer les forfaits fiscaux. Fondamentalement, je ne trouve pas cela tr\u00e8s judicieux: les cantons qui proc\u00e8dent ainsi voient leurs contribuables d\u00e9m\u00e9nager de quelques kilom\u00e8tres pour retrouver les m\u00eames avantages. J\u2019estime que nous avons besoin d\u2019une solution, qui serait l\u2019abolition \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale.<b>P. Niederberger:<\/b> Moi aussi, je d\u00e9plore qu\u2019un canton ait choisi isol\u00e9ment de supprimer les forfaits fiscaux. Cependant, la solution ne peut pas consister \u00e0 obliger les autres \u00e0 suivre son exemple. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a \u00e9labor\u00e9 un projet de r\u00e9forme, qui sera bient\u00f4t d\u00e9battu au Parlement. Que pensez-vous de sa proposition? <b>P. Niederberger:<\/b> Tout d\u2019abord, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a affirm\u00e9 clairement qu\u2019il reste attach\u00e9 \u00e0 l\u2019imposition forfaitaire et qu\u2019il la consid\u00e8re comme un instrument de la politique \u00e9conomique r\u00e9gionale. La r\u00e9vision vise surtout \u00e0 relever les valeurs seuils pour l\u2019imp\u00f4t f\u00e9d\u00e9ral direct (IFD). Cela pourrait d\u00e9j\u00e0 s\u2019av\u00e9rer difficilement supportable pour certaines r\u00e9gions p\u00e9riph\u00e9riques. En effet, beaucoup de forfaitaires n\u2019appartiennent pas \u00e0 cette classe \u00e9lev\u00e9e d\u2019imp\u00f4ts. En revanche, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a laiss\u00e9 aux cantons la libert\u00e9 de fixer eux-m\u00eames les seuils pour les imp\u00f4ts communaux et cantonaux, pr\u00e9servant ainsi leur souverainet\u00e9 fiscale. Je trouve cela positif. <b>E. Herzog:<\/b> Manifestement, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral s\u2019est senti oblig\u00e9 de renforcer quelque peu l\u2019acceptation des forfaits fiscaux en proposant cette petite r\u00e9vision, car sinon, le syst\u00e8me aurait \u00e9t\u00e9 menac\u00e9. Il a donc pr\u00e9vu d\u2019augmenter l\u00e9g\u00e8rement le seuil de calcul, qui s\u2019\u00e9l\u00e8vera \u00e0 sept fois les frais de logement pour l\u2019IFD. \u00c0 mon avis, il est faux de laisser les cantons fixer eux-m\u00eames leurs bar\u00e8mes. De m\u00eame, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral se contente de leur adresser une simple recommandation, o\u00f9 il les invite \u00e0 augmenter leurs imp\u00f4ts tant sur le revenu que sur la fortune; \u00e0 B\u00e2le-Ville, nous le faisons depuis longtemps. Ces choses-l\u00e0 devraient se r\u00e9gler au niveau national. C\u2019est pourquoi la r\u00e9vision est st\u00e9rile, selon moi, et ne va pas changer grand-chose. <b>P. Niederberger:<\/b> Pourquoi devrions-nous abandonner un syst\u00e8me qui a fait ses preuves et nous fragiliser nous-m\u00eames, juste au moment o\u00f9 les pressions viennent de tous les c\u00f4t\u00e9s, que ce soit avec l\u2019affaiblissement du secret bancaire ou avec la force du franc? La place financi\u00e8re suisse est en grande difficult\u00e9. Je ne peux pas cautionner un tel autogoal. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Quelles cons\u00e9quences aurait, \u00e0 vos yeux, une abolition des forfaits fiscaux dans toute la Suisse?<b>P. Niederberger:<\/b> On devrait s\u2019attendre \u00e0 ce que la plupart des forfaitaires s\u2019en aillent. La Suisse n\u2019est de loin pas le seul pays \u00e0 pratiquer la taxation dapr\u00e8s la d\u00e9pense. Il existe, en outre, d\u2019autres pays attrayants en Europe, que ce soit par leurs paysages ou leur s\u00e9curit\u00e9.<b>E. Herzog:<\/b> Il est tout de m\u00eame curieux que les millionnaires soient attir\u00e9s par les r\u00e9gions les plus belles, comme l\u2019Arc l\u00e9manique. Ces gens viendraient aussi en Suisse s\u2019ils devaient payer des imp\u00f4ts ordinaires sur la fortune et le revenu. Je suis fermement convaincue que notre pays restera attrayant, m\u00eame sans imposition forfaitaire, pour les riches \u00e9trangers qui n\u2019ont pas d\u2019activit\u00e9 lucrative en Suisse. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Pensez-vous que la Suisse maintiendra ce syst\u00e8me \u00e0 l\u2019avenir ou qu\u2019elle l\u2019abolira?<\/i><b>P. Niederberger:<\/b> Ces derniers temps, plusieurs votations cantonales ont eu comme objet l\u2019imposition au forfait. \u00c0 Glaris, la Landsgemeinde l\u2019a maintenue de justesse. En Thurgovie, les \u00e9lecteurs ont \u00e9galement refus\u00e9 de l\u2019abolir. Diff\u00e9rentes interventions parlementaires sont encore pendantes. J\u2019esp\u00e8re que ces deux exemples seront suivis dans les autres cantons.<b>E. Herzog:<\/b> Je trouve bizarre que les citoyens approuvent le maintien de la taxation dapr\u00e8s la d\u00e9pense, alors qu\u2019eux-m\u00eames paient normalement leurs imp\u00f4ts et gagnent pour la plupart beaucoup moins que les forfaitaires. Peut-\u00eatre faut-il effectivement fournir encore plus dinformation \u00e0 la population (rires).<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Madame Herzog, Monsieur Niederberger, je vous remercie de cet entretien.<\/i> <\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le d\u00e9bat ci-contre traite des qualit\u00e9s et des d\u00e9fauts de l\u2019imposition forfaitaire: pour Eva Herzog, directrice des finances du canton de B\u00e2le-Ville, celle-ci ne se justifie ni \u00e9conomiquement ni constitutionnellement; Paul Niederberger, conseiller aux \u00c9tats du canton de Nidwald et pr\u00e9sident de l\u2019association Mehrwert Schweiz, y voit au contraire un instrument largement \u00e9prouv\u00e9 qui renforce [&hellip;]<\/p>","protected":false},"author":3394,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"ep_exclude_from_search":false,"footnotes":""},"post__type":[80],"post_opinion":[],"post_serie":[],"post_content_category":[229,105],"post_content_subject":[],"acf":{"seco_author":3394,"seco_co_author":null,"author_override":"","seco_author_post_ocupation_year":"","seco_author_post_occupation_de":"Chefredaktor Die Volkswirtschaft 2000 - 2013","seco_author_post_occupation_fr":"R\u00e9dacteur en chef de La Vie \u00e9conomique 2000 - 2013","seco_co_authors_post_ocupation":null,"short_title":"","post_lead":"","post_hero_image_description":"","post_hero_image_description_copyright_de":"","post_hero_image_description_copyright_fr":"","post_references_literature":"","post_kasten":null,"post_notes_for_print":"","first_teaser_header_de":"","first_teaser_header_fr":"","first_teaser_text_de":"","first_teaser_text_fr":"","second_teaser_header_de":"","second_teaser_header_fr":"","second_teaser_text_de":"","second_teaser_text_fr":"","kseason_de":"","kseason_fr":"","post_in_pdf":150737,"main_focus":null,"serie_email":null,"frontpage_slider_bild":"","artikel_bild-slider":null,"legacy_id":"7640","post_abstract":"","magazine_issue":"20111001","seco_author_reccomended_post":null,"redaktoren":null,"korrektor":null,"planned_publication_date":null,"original_files":null,"external_release_for_author":"19700101","external_release_for_author_time":"00:00:00","link_for_external_authors":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/exedit\/550fe123068a0"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/150734"}],"collection":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3394"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=150734"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/150734\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":189305,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/150734\/revisions\/189305"}],"acf:user":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3394"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=150734"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post__type","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post__type?post=150734"},{"taxonomy":"post_opinion","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_opinion?post=150734"},{"taxonomy":"post_serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_serie?post=150734"},{"taxonomy":"post_content_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_category?post=150734"},{"taxonomy":"post_content_subject","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_subject?post=150734"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}