{"id":150974,"date":"2011-06-01T12:00:00","date_gmt":"2011-06-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2011\/06\/balaster-4\/"},"modified":"2023-08-24T00:52:50","modified_gmt":"2023-08-23T22:52:50","slug":"balaster-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2011\/06\/balaster-4\/","title":{"rendered":"\u00c9cart de production et croissance tendancielle apr\u00e8s la crise \u00e9conomique et financi\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p>La r\u00e9cente crise \u00e9conomique et financi\u00e8re donne toute son actualit\u00e9 au th\u00e8me trait\u00e9 dans ce num\u00e9ro. Il serait int\u00e9ressant de savoir si la croissance se poursuivra au m\u00eame rythme qu\u2019avant les turbulences et si elle regagnera le m\u00eame chemin ou se poursuivra \u00e0 partir dun niveau plus faible. Depuis longtemps, la croissance tendancielle suisse s\u2019appuie, dapr\u00e8s les recherches, sur la progression de la productivit\u00e9 (1% par an) et de l\u2019emploi (0,5 \u00e0 1% par an), cette derni\u00e8re \u00e9tant plus incertaine, car soumise au rythme des migrations. Nous n\u2019avons pas encore le recul historique n\u00e9cessaire pour formuler des pr\u00e9visions. Cependant, certains facteurs permettent de faire une premi\u00e8re estimation de la situation.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201106_04_Balaster_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"259\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nUn regard sur l\u2019histoire r\u00e9cente de l\u2019\u00e9conomie suisse montre qu\u2019il est l\u00e9gitime de se demander si la croissance tendancielle se poursuivra au m\u00eame rythme qu\u2019avant la crise: au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, notre pays a connu deux r\u00e9cessions qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 suivies par un retour rapide \u00e0 la crois-sance enregistr\u00e9e auparavant. Apr\u00e8s le net ralentissement conjoncturel de 1975, le taux de croissance du PIB est rest\u00e9 \u00e0 un faible niveau. Dans les ann\u00e9es nonante, la situation \u00e9tait plus controvers\u00e9e: la croissance tendancielle ne s\u2019est-elle redress\u00e9e qu\u00e0 la fin de la d\u00e9cennie apr\u00e8s de profondes r\u00e9formes ou bien n\u2019a-t-elle subi aucune rupture, le milieu des ann\u00e9es nonante ayant seulement \u00e9t\u00e9 l\u2019objet d\u2019un nouveau recul conjoncturel, intervenant beaucoup plus rapidement que d\u2019habitude? Si, toutefois, l\u2019on observe les facteurs en cause \u00e0 l\u2019\u00e9poque, il n\u2019y a pas de raisons \u00e9videntes de craindre qu\u2019\u00e0 la suite de la r\u00e9cente crise mondiale, l\u2019\u00e9conomie suisse \u00e9volue \u00e0 un niveau plus mod\u00e9r\u00e9 et que sa croissance ralentisse (voir <i>graphique 1<\/i>).&#13;<\/p>\n<h2>Tendance et cycle: dans quelle mesure sont-ils ind\u00e9pendants l\u2019un de l\u2019autre?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL\u2019id\u00e9e selon laquelle l\u2019\u00e9conomie retrouve le chemin de la croissance apr\u00e8s une r\u00e9cession suppose implicitement que l\u2019on puisse dissocier le cycle conjoncturel de la crois-sance tendancielle dans la courbe du PIB. De fait, la th\u00e8se suivante est usuelle en \u00e9conomie politique: l\u2019\u00e9volution tendancielle de la performance \u00e9conomique s\u2019explique par l\u2019engagement d\u2019un nombre croissant de travailleurs toujours plus qualifi\u00e9s et l\u2019utilisation accrue de biens de production, deux \u00e9l\u00e9ments qui s\u2019ajoutent au progr\u00e8s technique; en revanche, l\u2019\u00e9volution cyclique s\u2019explique par les fluctuations, de nature temporaire, qui affectent la demande de biens et de prestations.Or, offre et demande sont intrins\u00e8quement li\u00e9es. En effet, le produit des biens vendus et des prestations fournies, qui profite aux facteurs de production travail et capital, devient un revenu. Celui-ci peut \u00eatre d\u00e9pens\u00e9 durant la p\u00e9riode suivante, cr\u00e9ant ainsi une nouvelle demande de biens et de prestations. Si l\u2019offre et la demande s\u2019influencent mutuellement, pourquoi les tendances et les cycles divergeraient-ils?Plusieurs chocs peuvent expliquer que, pendant une certaine p\u00e9riode, un nombre particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9 d\u2019op\u00e9rateurs \u00e9conomiques soient incit\u00e9s \u00e0 d\u00e9penser plus ou moins quindiqu\u00e9 par leurs revenus professionnels ou capitalistiques. De tels facteurs sont li\u00e9s \u00e0 la politique mon\u00e9taire, \u00e0 des perturbations de l\u2019offre ou \u00e0 des distorsions sur les march\u00e9s financiers. Dans <i>trois situations<\/i>, le risque existe apparemment qu\u2019un tassement conjoncturel ait des r\u00e9percussions sur l\u2019\u00e9volution future du PIB. <i>Premi\u00e8rement<\/i>, une r\u00e9cession peut \u00eatre tellement grave qu\u2019elle glisse vers la d\u00e9flation, ce qui implique une baisse persistante des prix et des revenus (cela s\u2019est produit, par exemple, dans les ann\u00e9es trente). <i>Deuxi\u00e8mement<\/i>, si l\u2019appareil de production manque de comp\u00e9titivit\u00e9, il est possible de masquer momentan\u00e9ment cette lacune en stimulant constamment la demande; jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019endettement envers l\u2019\u00e9tranger devienne excessif et qu\u2019il faille en tirer les cons\u00e9quences (on l\u2019a vu avec la Gr\u00e8ce). <i>Troisi\u00e8mement<\/i>, il se peut que, confront\u00e9s \u00e0 des dettes difficilement soutenables, des banques ou des \u00c9tats doivent utiliser les ressources fra\u00eeches pour assainir d\u2019anciennes charges, au lieu d\u2019entreprendre de nouvelles actions (le Japon en est un exemple). La question est de savoir dans quelle mesure les instruments de la politique \u00e9conomique peuvent, en cas de besoin, combattre l\u2019impact potentiellement durable de telles perturbations.&#13;<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9cart de production, un instrument de pilotage de la politique mon\u00e9taire et financi\u00e8re<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nQuand une r\u00e9cession se transforme en d\u00e9flation, on consid\u00e8re aujourd\u2019hui que c\u2019est un \u00e9chec de la politique mon\u00e9taire et financi\u00e8re. Une th\u00e8se \u00e9conomique largement admise veut qu\u2019apr\u00e8s un choc, les instruments de la politique mon\u00e9taire ont le pouvoir de ramener rapidement l\u2019\u00e9conomie sur le chemin d\u2019une croissance \u00e9quilibr\u00e9e, laquelle suit l\u2019\u00e9volution tendancielle de l\u2019emploi et des biens de production. Il s\u2019agit, cependant, de conna\u00eetre le niveau de sous-utilisation de la capacit\u00e9 productive pour que les stimulations produites par la politique mon\u00e9taire ne soient pas excessives.Si les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat sont d\u00e9j\u00e0 proches de z\u00e9ro, il faut recourir \u00e0 une politique expan-sive des d\u00e9penses publiques afin de casser la spirale d\u00e9flationniste, dans laquelle la baisse de la demande entra\u00eene le recul de l\u2019emploi et des salaires, ce qui r\u00e9duit encore la demande. La sous-exploitation des facteurs de production peut servir d\u2019indicateur pour mesurer la n\u00e9cessit\u00e9 de prendre des mesures de politique conjoncturelle. Ce n\u2019est toutefois que la fonction secondaire de ce qu\u2019on appelle <i>l\u2019\u00e9cart de production<\/i> en politique financi\u00e8re. Si les donn\u00e9es concernant cet \u00e9cart de production sont connues, les recettes de l\u2019\u00c9tat peuvent \u00eatre corrig\u00e9es des effets imputables \u00e0 une surexploitation ou \u00e0 une sous-exploitation des capacit\u00e9s productives de l\u2019\u00e9conomie. Dans les phases o\u00f9 les variations du PIB sont normales, on peut ainsi \u00e9viter de r\u00e9agir \u00e0 une baisse conjoncturelle des recettes en diminuant les d\u00e9penses et en amplifiant tellement le cycle que l\u2019\u00e9conomie s\u2019approche de la d\u00e9flation.Par cons\u00e9quent, tant la politique mon\u00e9taire que la politique financi\u00e8re ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 distinguer le mieux possible la tendance et le cycle. Faute de pouvoir observer directement la tendance, le recours \u00e0 des m\u00e9thodes statistiques et \u00e9conom\u00e9triques pointues s\u2019impose pour \u00e9tablir cette distinction. En outre, quand on utilise cette information pour d\u00e9finir une politique, il importe de bien comprendre les processus \u00e9conomiques. Cela permet d\u2019\u00e9viter que la politique conjoncturelle se mette \u00e0 r\u00e9agir \u00e0 ses propres incitations. Dans le pr\u00e9sent num\u00e9ro, l\u2019article de <i>Barbara Rudolf<\/i> et <i>Mathias Zurlinden<\/i> ainsi que celui de <i>Carsten Colombier et Alain Geier<\/i> traitent de cette th\u00e9matique.&#13;<\/p>\n<h2>Le taux de croissance tendancielle est d\u00e9terminant pour la durabilit\u00e9<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa politique \u00e9conomique ne s\u2019int\u00e9resse pas seulement \u00e0 l\u2019\u00e9cart de production, mais \u00e9galement \u00e0 la tendance (voir <i>graphique 2<\/i>). Le besoin de conna\u00eetre la croissance moyenne du PIB sur tout un cycle conjoncturel trouve sa justification dans le souci de durabilit\u00e9. En l\u2019occurrence, il ne s\u2019agit pas seulement de la durabilit\u00e9 \u00e9conomique, sociale et \u00e9cologique, trois dimensions qui sont ancr\u00e9es dans la Constitution, mais \u00e9galement de la p\u00e9rennit\u00e9 des finances publiques. Cela signifie que, dans le cadre des syst\u00e8mes \u00e9tatiques de pr\u00e9voyance-vieillesse, on devrait promettre uniquement des prestations qui peuvent \u00eatre financ\u00e9es par les performances pr\u00e9visibles de l\u2019\u00e9conomie dans vingt ou quarante ans. En ce qui concerne la dimension \u00e9cologique, il convient d\u2019estimer la pression qu\u2019exercera la poursuite de la croissance \u00e9conomique sur des ressources limit\u00e9es et de d\u00e9terminer si les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre correspondantes pourraient, dans le pire des cas, menacer les conditions d\u2019existence sur la plan\u00e8te \u2013 et avec elles la performance \u00e9conomique, bien entendu. Ces questions font l\u2019objet de la prise de position de <i>Lukas Bretschger<\/i> dans ce num\u00e9ro. De son c\u00f4t\u00e9, <i>Marc Surchat<\/i> se demande dans son article comment \u00e9laborer des sc\u00e9narios concernant l\u2019\u00e9volution tendancielle du PIB sur une p\u00e9riode de vingt ou quarante ans.Enfin, l\u2019article d\u2019<i>Oliver Adler<\/i> et <i>Marcel Thielant<\/i> soul\u00e8ve la question des dettes publiques accumul\u00e9es pendant la crise et examine leur impact \u00e9ventuel sur la poursuite de la croissance \u00e9conomique. Il rejoint ainsi la question que nous formulions initialement: dans quelle mesure la croissance tendancielle est-elle ind\u00e9pendante des crises et de leurs cons\u00e9quences pour l\u2019\u00c9tat?&#13;<\/p>\n<h2>Tendance et crise: les exp\u00e9riences historiques de la Suisse et leurs enseignements<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nEn lien avec la th\u00e9matique du dernier article cit\u00e9, nous allons tenter de d\u00e9terminer si le ralentissement r\u00e9cent de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique est de nature \u00e0 plonger la croissance dans la l\u00e9thargie.La fracture de 1975 et la stagnation du PIB durant les ann\u00e9es nonante constituent le point de d\u00e9part de nos r\u00e9flexions: avant ces deux virages de la croissance tendancielle, l\u2019\u00e9conomie avait connu de longues ann\u00e9es d\u2019essor qui \u2013 associ\u00e9es \u00e0 des erreurs au niveau de la politique mon\u00e9taire \u2013 ont conduit \u00e0 une inflation sous-jacente tenace et \u00e0 une bulle immobili\u00e8re. On ne peut pas exclure que la fourniture de liquidit\u00e9 reste exc\u00e9dentaire aujourd\u2019hui, apr\u00e8s que la n\u00e9cessit\u00e9 de contenir la crise bancaire a contraint la banque centrale \u00e0 s\u2019aventurer sur un terrain encore inconnu; en outre, il est question de surchauffe sur le march\u00e9 de l\u2019immobilier \u2013 m\u00eame si ce ph\u00e9nom\u00e8ne reste limit\u00e9 \u00e0 certaines r\u00e9gions. Toutefois, \u00e9tant donn\u00e9 que la Suisse ne connaissait ni inflation ni surchauffe immobili\u00e8re en 2008 quand la crise financi\u00e8re et \u00e9conomique a \u00e9clat\u00e9, il existe de bonnes raisons de supposer que l\u2019\u00e9volution cyclique du PIB restera dans le cadre des fluctuations conjoncturelles normales.Un examen de l\u2019offre \u00e9conomique ren-force cette appr\u00e9ciation positive port\u00e9e sur la poursuite de l\u2019\u00e9volution tendancielle du PIB. R\u00e9trospectivement, le cours du franc \u00e9tait sous-\u00e9valu\u00e9 en 2007. \u00c0 notre avis, cela n\u2019a toutefois pas dur\u00e9 assez longtemps pour que l\u2019on mette en place des structures qui auraient ensuite perdu toute consistance face \u00e0 un franc plus fort. Cela s\u2019est pass\u00e9 diff\u00e9remment durant la p\u00e9riode 1973\u20131975, qui a suivi l\u2019effondrement du syst\u00e8me de Bretton Woods: le franc s\u2019est affermi pour atteindre un nouvel \u00e9quilibre; la Suisse ne pouvait plus g\u00e9rer de mani\u00e8re rentable une bonne partie de son stock de capital, qu\u2019il a fallu immo-biliser.Rares sont ceux qui mettent en doute aujourd\u2019hui la comp\u00e9titivit\u00e9 de l\u2019appareil de production suisse. C\u2019est l\u00e0 une r\u00e9percussion retard\u00e9e, mais positive de la crise des ann\u00e9es nonante. Celle-ci n\u2019a pu \u00eatre surmont\u00e9e qu\u2019en r\u00e9orientant l\u2019industrie suisse vers d\u2019autres biens et march\u00e9s. Par ailleurs, l\u2019\u00c9tat avait d\u00fb engager des r\u00e9formes dans les r\u00e9gimes sectoriels de la concurrence \u2013 comme dans le domaine des t\u00e9l\u00e9communications. Ces mesures ont renforc\u00e9 la comp\u00e9titivit\u00e9 internationale de la Suisse dans tous les secteurs. Aujourd\u2019hui encore, on tire profit du potentiel de croissance cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u2013 lorsque le PIB a atteint son deuxi\u00e8me point dinflexion vers 1998. Il suffit de penser par exemple \u00e0 l\u2019industrie des machines, qui sest assez bien sortie de la derni\u00e8re r\u00e9cession.Qu\u2019en est-il de l\u2019endettement des banques ou de l\u2019\u00c9tat, qui pourrait plonger la Suisse dans une longue p\u00e9riode de stagnation? Le marasme provoqu\u00e9 par la crise financi\u00e8re signifie-t-il \u00e9galement une rupture au niveau des taux de croissance? En r\u00e9ponse \u00e0 cette question, on \u00e9voque volontiers les \u00e9volutions divergentes suivies par le Japon et la Scandinavie \u00e0 partir des ann\u00e9es nonante. La Su\u00e8de et la Finlande ont recapitalis\u00e9 syst\u00e9matiquement leurs banques et les pouvoirs publics ont eu la chance de s\u2019en tirer finalement sans grandes pertes. Le Japon a voulu \u00e9viter d\u2019annoncer officiellement des faillites bancaires, mais il a souffert pendant plusieurs ann\u00e9es d\u2019une stagnation \u00e9conomique frisant la d\u00e9flation et il affiche aujourd\u2019hui la dette publique la plus \u00e9lev\u00e9e de l\u2019OCDE. La Suisse n\u2019est pas \u00e0 l\u2019abri de ces risques (pensons aux faillites de banques cantonales durant la crise immobili\u00e8re des ann\u00e9es nonante). Seuls son courage et un heureux concours de circonstances dans le sauvetage de l\u2019UBS lui ont \u00e9vit\u00e9 un douloureux processus d\u2019adaptation.&#13;<\/p>\n<h2>Les facteurs qui d\u00e9terminent la tendance du PIB dans un monde globalis\u00e9<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nPour estimer la croissance tendancielle, on ne peut pas simplement se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019augmentation de la population indig\u00e8ne \u2013 en particulier du nombre de personnes actives \u2013 et au taux d\u2019\u00e9pargne n\u00e9cessaire pour alimenter le stock de biens de production \u00e0 l\u2019aide des investissements ainsi financ\u00e9s. Il y a lieu de prendre en compte \u00e9galement la mondialisation de l\u00e9conomie. La mobilit\u00e9 croissante des facteurs de production que sont le travail, le capital et le savoir joue un r\u00f4le toujours plus important \u00e0 cet \u00e9gard. Dans le cas de la Suisse, les sc\u00e9narios d\u00e9mographiques ont toujours \u00e9t\u00e9 contredits par l\u2019\u00e9volution r\u00e9elle; il existe une interd\u00e9pendance manifeste entre la migration et la marche de l\u2019\u00e9conomie. Dans un pays comme la Suisse, dot\u00e9 d\u2019une place financi\u00e8re d\u2019importance plan\u00e9taire, il convient de prendre en consid\u00e9ration \u00e9galement la mondialisation du capital: l\u2019\u00e9pargne nationale et les investissements int\u00e9rieurs peuvent \u00eatre largement distincts. Outre la mobilit\u00e9 des facteurs de production travail et capital, les transferts mondiaux de connaissances ont aussi fortement augment\u00e9. On doit en tenir compte dans la projection des taux de croissance.Appliqu\u00e9e \u00e0 des \u00e9conomies ouvertes, comme celle de la Suisse, la th\u00e9orie de la croissance tend \u00e0 la conclusion suivante: la migration des facteurs, et plus particuli\u00e8rement le transfert du savoir, font que les pays les plus performants \u00e9conomiquement peuvent s\u2019\u00e9carter du niveau \u2013 mais pas du taux \u2013 de la croissance tendancielle du PIB par habitant dans le groupe des nations industrialis\u00e9s. Comme nous l\u2019a enseign\u00e9 la phase de stagnation des ann\u00e9es nonante caract\u00e9ris\u00e9 par son manque de r\u00e9formes, rien ne garantit que l\u2019avance relative en mati\u00e8re de revenu soit pr\u00e9serv\u00e9e. Pour que la croissance se maintienne de mani\u00e8re ininterrompue sur une trajectoire l\u00e9g\u00e8rement sup\u00e9rieure \u00e0 celle du PIB par habitant des autres pays industrialis\u00e9s, l\u2019\u00e9conomie doit \u00eatre suffisamment mondialis\u00e9e, mais aussi suffisamment souple dans son orientation r\u00e9gionale et sa sp\u00e9cialisation sectorielle. Notre \u00e9conomie a \u00e9tabli de bonnes relations avec les pays \u00e9mergents \u2013 notamment en Extr\u00eame-Orient. Cela jouera certainement un r\u00f4le important pour maintenir la m\u00eame croissance tendancielle qu\u2019actuellement, malgr\u00e9 la situation difficile que traversent nombre de nos partenaires commerciaux dans le monde industrialis\u00e9. Ce n\u2019est, toutefois, que si l\u2019\u00e9conomie int\u00e9rieure fait l\u2019objet de r\u00e9formes structurelles continues que les activit\u00e9s les plus cr\u00e9atrices de valeur pourront rester \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des fronti\u00e8res nationales et que la productivit\u00e9 du travail continuera de cro\u00eetre d\u2019environ 1% par an. Cette derni\u00e8re est la principale source d\u2019augmentation des revenus.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1: \u00ab\u00c9volution du PIB suisse, 1966\u20132011\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2: \u00abLes composantes de la croissance potentielle dans la zone euro\u00bb<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La r\u00e9cente crise \u00e9conomique et financi\u00e8re donne toute son actualit\u00e9 au th\u00e8me trait\u00e9 dans ce num\u00e9ro. Il serait int\u00e9ressant de savoir si la croissance se poursuivra au m\u00eame rythme qu\u2019avant les turbulences et si elle regagnera le m\u00eame chemin ou se poursuivra \u00e0 partir dun niveau plus faible. 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