{"id":151094,"date":"2011-05-01T12:00:00","date_gmt":"2011-05-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2011\/05\/eichenberger-4\/"},"modified":"2023-08-24T00:53:42","modified_gmt":"2023-08-23T22:53:42","slug":"eichenberger-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2011\/05\/eichenberger-4\/","title":{"rendered":"Un regard critique sur la promotion \u00e9conomique"},"content":{"rendered":"<p>Le succ\u00e8s de la promotion \u00e9conomique ne d\u00e9pend pas seulement de sa qualit\u00e9, mais \u00e9galement de plusieurs autres facteurs. Si celle de la Suisse est d\u2019une qualit\u00e9 plut\u00f4t \u00e9lev\u00e9e en comparaison internationale, elle ne r\u00e9pond pas \u00e0 tous les crit\u00e8res de r\u00e9ussite. C\u2019est pourquoi il est extr\u00eamement difficile de justifier les d\u00e9penses faites par la Conf\u00e9d\u00e9ration au titre de la promotion \u00e9conomique.&#13;<\/p>\n<h2>Les crit\u00e8res de r\u00e9ussite sont-ils r\u00e9unis?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe message du Conseil f\u00e9d\u00e9ral souligne \u00e0 juste titre que notre prosp\u00e9rit\u00e9 repose sur l\u2019ouverture, la capacit\u00e9 d\u2019innovation et l\u2019efficience, donc principalement sur une bonne politique \u00e9conomique et financi\u00e8re, que vient tout au plus compl\u00e9ter la promotion \u00e9conomique. Cette derni\u00e8re est surtout utile lorsqu\u2019un pays a des lacunes \u00e9videntes en mati\u00e8re d\u2019efficience, d\u2019ouverture, d\u2019innovation et de travail. En revanche, dans des \u00e9conomies tr\u00e8s novatrices, qui jouissent du plein emploi et accueillent les immigrants, les mesures de promotion \u00e9conomique n\u2019ont gu\u00e8re d\u2019impact positif. Certes, de telles subventions implicites ou explicites peuvent entra\u00eener un surcro\u00eet d\u2019exportations, d\u2019investissements directs et de touristes. Cependant, les projets, les exportations et les rencontres les plus rentables et productifs sont typiquement ceux qui subsisteraient sans soutien \u00e9tatique.Les projets suppl\u00e9mentaires qui d\u00e9coulent de la promotion \u00e9conomique sont plut\u00f4t de pi\u00e8tre qualit\u00e9. Sans elle, cela n\u2019aurait m\u00eame pas valu la peine de les lancer. Par cons\u00e9quent, les mesures d\u2019encouragement ont dans le meilleur des cas un effet positif sur la quantit\u00e9 d\u2019exportations, d\u2019investissements directs et de touristes, mais pas sur leur qualit\u00e9. Dans une \u00e9conomie en situation de plein emploi, comme la Suisse, la production ne peut augmenter quen accueillant de nouveaux travailleurs immigr\u00e9s, car le potentiel national de main-d\u2019\u0153uvre est presque enti\u00e8rement exploit\u00e9. Ainsi, la plupart des mesures de promotion \u00e9conomique conduisent au mieux \u00e0 un accroissement du revenu global si le nombre d\u2019habitants augmente, mais ne font pas progresser le revenu par habitant. Elles alourdissent, par contre, la charge qui p\u00e8se sur des ressources limit\u00e9es, comme l\u2019environnement, le sol et l\u2019infrastructure. Pour augmenter le revenu par t\u00eate, la promotion \u00e9conomique devrait se concentrer exclusivement sur des exportations, des investissements directs et des touristes de tr\u00e8s haut de gamme. Jusqu\u2019ici, cette strat\u00e9gie n\u2019a pratiquement jamais \u00e9t\u00e9 discut\u00e9e. Personne ne sait malheureusement \u00e0 quoi elle devrait ressembler.&#13;<\/p>\n<h2>Des bases th\u00e9oriques saines?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDu point de vue th\u00e9orique, la promotion \u00e9conomique \u00e9tatique n\u2019a de sens que si elle est plus apte que le march\u00e9 \u00e0 fournir les prestations concern\u00e9es. Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a parfaitement raison de formuler cette exigence: \u00abConform\u00e9ment au principe de subsidiarit\u00e9, la promotion des exportations se limite \u00e0 des prestations d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral que le march\u00e9 n\u2019offre pas faute d\u2019int\u00e9r\u00eat commercial&#13;<br \/>\nLedermann Daniel, Olarreaga Marcelo et Payton Lucy, <i>Export Promotion Agencies: What Works and What Doesn\u2019t,<\/i> document de politique g\u00e9n\u00e9rale de la Banque mondiale, n\u00b0 4044, 2007, p. 67..\u00bb Il est plus difficile, en revanche, d\u2019expliquer pourquoi les prestations de conseil et d\u2019information ne devraient pas pr\u00e9senter un int\u00e9r\u00eat commercial. Elles sont en effet tr\u00e8s utiles aux entreprises soutenues. Pourquoi ne pourraient-elles pas, comme une multitude d\u2019autres prestations de ce type, \u00eatre fournies par le march\u00e9 international du conseil et de l\u2019information, aujourd\u2019hui extr\u00eamement performant?M\u00eame si le march\u00e9 \u00e9choue \u00e0 fournir certaines prestations, cela ne signifie pas n\u00e9cessairement que celles-ci doivent \u00eatre mises \u00e0 disposition et financ\u00e9es par la Conf\u00e9d\u00e9ration. Le message argumente \u00e0 juste titre que la promotion de la place touristique suisse constitue pour les entreprises de ce secteur un bien public qui n\u2019est pas produit en quantit\u00e9 suffisante sur un march\u00e9 libre, compte tenu du manque de coordination des cantons. Il ne dit, toutefois, pas clairement pourquoi ce sont les ressources g\u00e9n\u00e9rales de la Conf\u00e9d\u00e9ration qui doivent \u00eatre mises \u00e0 contribution. Il serait plus judicieux que la branche soutenue finance elle-m\u00eame ces mesures; elle pourrait, pour ce faire, pr\u00e9lever une petite taxe sur les nuit\u00e9es des visiteurs \u00e9trangers. Cela donnerait aux b\u00e9n\u00e9ficiaires la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9valuer directement les co\u00fbts et les avantages de la promotion touristique, voire d\u2019y allouer encore davantage de moyens si elle est vraiment aussi efficace qu\u2019on le pr\u00e9tend. La branche peut r\u00e9torquer qu\u2019elle n\u2019a pas les moyens de s\u2019offrir une telle taxe et que celle-ci conduirait \u00e0 un fort recul du tourisme si elle \u00e9tait r\u00e9percut\u00e9e sur les clients: un tel contre-argument soppose pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 un financement de la promotion \u00e9cono-mique par la Conf\u00e9d\u00e9ration. En effet, si le profit que cette prestation apporte aux b\u00e9n\u00e9ficiaires est plus petit que son co\u00fbt pour la collectivit\u00e9, il faut absolument y renoncer.&#13;<\/p>\n<h2>De bons arguments?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\n<i>Comment mesurer les r\u00e9sultats?<\/i> On essaie g\u00e9n\u00e9ralement de prouver le succ\u00e8s de la promotion \u00e9conomique en chiffrant les implantations d\u2019entreprises ainsi que l\u2019augmentation des exportations, des nuit\u00e9es et du chiffre d\u2019affaires touristique. Deux objections doivent \u00eatre formul\u00e9es \u00e0 ce sujet. <i>Premi\u00e8rement<\/i>, les co\u00fbts pour la collectivit\u00e9 sont mis en relation avec le chiffre d\u2019affaires des b\u00e9n\u00e9ficiaires. Ce qui serait correct, c\u2019est de les comparer avec les avantages pour l\u2019\u00e9conomie. Prenons le cas de l\u2019h\u00f4tellerie: le b\u00e9n\u00e9fice d\u00fb \u00e0 la promotion \u00e9conomique se calcule en soustrayant du chiffre d\u2019affaires les co\u00fbts g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les nuit\u00e9es suppl\u00e9mentaires. Chacun sait que les b\u00e9n\u00e9fices de l\u2019h\u00f4tellerie ne sont qu\u2019une petite fraction du chiffre d\u2019affaires r\u00e9alis\u00e9. C\u2019est aussi pour cela que la plupart des mesures prises en mati\u00e8re de promotion \u00e9conomique ne sont pas rentables. D\u2019aucuns objecteront que les co\u00fbts de l\u2019h\u00f4tellerie v\u00e9hiculent aussi des avantages, puisqu\u2019ils vont \u00e0 leur tour profiter \u00e0 quelqu\u2019un. Ce contre-argument est faux. Les co\u00fbts restent des co\u00fbts, parce qu\u2019ils refl\u00e8tent la consommation de ressources limit\u00e9es. <i>Deuxi\u00e8mement<\/i>, on \u00e9tablit implicitement une relation de cause \u00e0 effet entre la promotion \u00e9conomique et les chiffres d\u2019affaires. En r\u00e9alit\u00e9, la plupart des \u00e9tudes sur l\u2019impact de la promotion \u00e9conomique ne mettent en \u00e9vidence que des corr\u00e9lations, mais pas de lien causal. D\u2019ailleurs, la causalit\u00e9 inverse est souvent tout aussi plausible. Ainsi, on consid\u00e8re g\u00e9n\u00e9ralement que les mandats ou les d\u00e9cisions d\u2019implantation des entreprises en contact avec une agence de promotion \u00e9conomique ont \u00e9t\u00e9 \u00abinfluenc\u00e9s\u00bb, voire \u00absuscit\u00e9s\u00bb par cette derni\u00e8re. Or, sans le soutien de lagence, ces firmes auraient g\u00e9r\u00e9 leurs affaires autrement et la plupart du temps, elles auraient obtenu des r\u00e9sultats similaires.<i>Une preuve formelle?<\/i> On invoque souvent les comparaisons internationales pour justifier la promotion \u00e9conomique. L\u2019argument suivant revient syst\u00e9matiquement: la Suisse d\u00e9pense moins que les autres pays pour soutenir ses exportations. Certes, mais elle est nettement plus performante dans ce domaine que tous les pays cit\u00e9s. La comparaison inviterait donc plut\u00f4t \u00e0 r\u00e9duire les subventions. Pour d\u00e9fendre la promotion touristique, on affirme r\u00e9guli\u00e8rement que la France lui consacre beaucoup plus d\u2019argent que la Suisse et l\u2019Italie un peu plus. Or, ces deux pays sont huit \u00e0 dix fois plus grands que le n\u00f4tre. Il faudrait donc comparer les d\u00e9penses par habitant. De toute \u00e9vidence, celles-ci sont nettement plus faibles chez nos voisins. Une autre justification fr\u00e9quente consiste \u00e0 rappeler que les entreprises soutenues ont un avis positif sur la promotion \u00e9conomique suisse. \u00c0 vrai dire, il est tr\u00e8s rare que quelqu\u2019un pr\u00e9conise l\u2019abolition de subventions qui lui sont accord\u00e9es ou de prestations subventionn\u00e9es. L\u2019interpr\u00e9tation de tels sondages requiert donc une grande prudence.<i>Des \u00e9tudes scientifiques difficiles \u00e0 interpr\u00e9ter?<\/i> L\u2019efficacit\u00e9 de la promotion \u00e9conomique \u00e9tatique n\u2019est pas facile \u00e0 d\u00e9montrer scientifiquement. Il est d\u2019autant plus r\u00e9jouissant d\u00e8s lors que le message cite une \u00e9tude particuli\u00e8rement approfondie et importante de la Banque mondiale&#13;<br \/>\nLauteur est \u00e9galement directeur de recherche au Center for Research in Economics, Management and the Arts (CREMA).. En se basant sur les donn\u00e9es de 104 pays, les auteurs concluent que chaque USD d\u00e9pens\u00e9 pour la promotion des exportations entra\u00eene en moyenne une augmentation des exportations de 40 USD. Ils signalent, toutefois, que l\u2019effet n\u2019est sta-tistiquement significatif que dans les pays \u00e9mergents ou en transition. Pour les \u00c9tats membres de l\u2019OCDE, l\u2019\u00e9tude n\u2019a trouv\u00e9 qu\u2019une hausse non significative statistiquement de 5 USD pour un investi, qui porte sur les chiffres d\u2019affaires \u00e0 l\u2019exportation et non sur les b\u00e9n\u00e9fices! De surcro\u00eet, la banque constate que dans la moyenne des pays, les d\u00e9penses de plus d\u2019un USD par habitant et par an auraient m\u00eame un effet marginal n\u00e9gatif. En Suisse, la promotion des exportations repr\u00e9sente plus de 2,30 francs par habitant et par an.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nIl est difficile de justifier des mesures \u00e9tatiques de promotion \u00e9conomique. Cela vaut en particulier pour la Suisse. En effet, le succ\u00e8s d\u2019un pays repose sur la qualit\u00e9 de sa politique \u00e9conomique et financi\u00e8re, qui d\u00e9pend \u00e0 son tour de la qualit\u00e9 des institutions politiques. La promotion n\u2019a gu\u00e8re sa place en Suisse, o\u00f9 l\u2019\u00e9conomie est florissante.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Literatur&#13;<\/p>\n<h3>Literatur<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLedermann, Daniel, Marcelo Olarreaga und Lucy Payton (2007). Export Promotion Agencies: What Works and What Doesn\u2019t. World Bank Policy Research Working Paper 4044.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le succ\u00e8s de la promotion \u00e9conomique ne d\u00e9pend pas seulement de sa qualit\u00e9, mais \u00e9galement de plusieurs autres facteurs. Si celle de la Suisse est d\u2019une qualit\u00e9 plut\u00f4t \u00e9lev\u00e9e en comparaison internationale, elle ne r\u00e9pond pas \u00e0 tous les crit\u00e8res de r\u00e9ussite. 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