{"id":151164,"date":"2011-04-01T12:00:00","date_gmt":"2011-04-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2011\/04\/gerber-6\/"},"modified":"2023-08-24T00:53:51","modified_gmt":"2023-08-23T22:53:51","slug":"gerber-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2011\/04\/gerber-6\/","title":{"rendered":"Entretien avec l\u2019ancien secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat Jean-Daniel Gerber: comment r\u00e9ussir des r\u00e9formes?"},"content":{"rendered":"<p>Jean-Daniel Gerber a dirig\u00e9 le Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019\u00e9conomie (Seco) du 1er avril 2004 au 31 mars 2011. Les principales \u00e9tapes de sa longue et brillante carri\u00e8re ont \u00e9t\u00e9 les suivantes: il a \u00e9t\u00e9 le premier directeur ex\u00e9cutif de la Suisse au sein du Groupe de la Banque mondiale, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 cette institution \u00e9tait vivement critiqu\u00e9e par les milieux \u00e9cologistes; il a assum\u00e9 la direction de l\u2019ancien Office f\u00e9d\u00e9ral des r\u00e9fugi\u00e9s durant les ann\u00e9es de guerre en Bosnie et au Kosovo; au Seco, le secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat s\u2019est employ\u00e9 \u00e0 mettre en \u0153uvre la strat\u00e9gie adopt\u00e9e par le Conseil f\u00e9d\u00e9ral pour renforcer la place \u00e9conomique suisse ainsi que les mesures visant \u00e0 surmonter la crise \u00e9conomique et financi\u00e8re mondiale. Avant de quitter ses fonctions, Jean-Daniel Gerber a accord\u00e9 un dernier entretien \u00e0 La Vie \u00e9conomique. Il a tenu express\u00e9ment \u00e0 ne pas s\u2019attarder sur des consid\u00e9rations r\u00e9trospectives, mais \u00e0 mettre l\u2019accent sur \u00abce que l\u2019avenir nous r\u00e9serve\u00bb. <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201104_10_Gerber_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"246\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Dans un expos\u00e9 tr\u00e8s remarqu\u00e9 en novembre 2004, vous affirmiez que si la faible croissance enregistr\u00e9e ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es devait se maintenir, la Suisse reculerait d\u2019ici 2030 du 4<\/i>e <i>au 21<\/i>e <i>rang dans le classement des pays en fonction du revenu par habitant. Comment la Suisse a-t-elle retrouv\u00e9 le chemin de la croissance, d\u2019apr\u00e8s vous?<b>Jean-Daniel Gerber:<\/b> Permettez-moi une remarque pr\u00e9alable: cette d\u00e9claration, \u00e0 premi\u00e8re vue \u00e9tonnante, est correcte. Vous pouvez faire le calcul! J\u2019en viens \u00e0 votre question. Ma pr\u00e9diction a d\u00e9clench\u00e9 une vague de discussions dans les m\u00e9dias et au Parlement. Il en est r\u00e9sult\u00e9 une v\u00e9ritable pouss\u00e9e des r\u00e9-formes et l\u2019ouverture de certains march\u00e9s. Entre-temps, la Suisse a sign\u00e9 treize accords de libre-\u00e9change, adopt\u00e9 la loi sur le march\u00e9 int\u00e9rieur et introduit le principe du Cassis de Dijon. Les accords bilat\u00e9raux II, avec la libre circulation des personnes, ainsi que le frein \u00e0 l\u2019endettement ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement importants. En outre, nous avons r\u00e9vis\u00e9 la loi sur les cartels et adopt\u00e9 la deuxi\u00e8me r\u00e9forme de la fiscalit\u00e9 des entreprises. Cela a permis \u00e0 la Suisse d\u2019afficher, entre 2004 et 2010, l\u2019un des taux de croissance les plus \u00e9lev\u00e9s d\u2019Europe. Elle est m\u00eame sortie de la r\u00e9cente crise \u00e9conomique et financi\u00e8re \u00e0 meilleur compte que les autres pays europ\u00e9ens. Nous l\u2019avons, en effet, abord\u00e9e avec un budget \u00e9quilibr\u00e9 et sans bulle immobili\u00e8re.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Malgr\u00e9 tous ces succ\u00e8s, vous avez d\u00fb essuyer aussi quelques \u00e9checs durant votre mandat de secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019\u00e9conomie. Y en a-t-il un que vous regrettez particuli\u00e8rement?<b>J.-D. Gerber:<\/b> Oh oui! Par exemple, nous n\u2019avons pas r\u00e9ussi \u00e0 fixer avec l\u2019Union europ\u00e9enne (UE) la mani\u00e8re dont les bilat\u00e9rales devront \u00e9voluer \u00e0 l\u2019avenir. Aucune solution n\u2019a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e au plan institutionnel. On n\u2019a \u00e9galement pas r\u00e9ussi \u00e0 conclure rapidement le cycle de Doha. Ce sont l\u00e0 deux revers de taille. Il faut aussi mentionner l\u2019accord de libre-\u00e9change avec les \u00c9tats-Unis, qui n\u2019a pas vu le jour.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Parlons de la difficult\u00e9 \u00e0 trouver avec l\u2019UE une voie institutionnelle commune. \u00c0 quoi cela tient-il? <b>J.-D. Gerber:<\/b> La Suisse est satisfaite de la voie bilat\u00e9rale. L\u2019UE voit les choses diff\u00e9remment et nous reproche \u00e0 tort de ne s\u00e9lectionner que ce qui nous convient. Elle affirme que la Suisse profite pleinement de son march\u00e9 int\u00e9rieur de 500 millions de consommateurs. C\u2019est pourquoi celle-ci doit, \u00e0 ses yeux, se conformer aux r\u00e8gles \u2013 actuelles et futures \u2013 qui gouvernent ce march\u00e9. L\u2019UE souhaite une application et une interpr\u00e9tation homog\u00e8nes de la l\u00e9gislation ainsi qu\u2019une surveillance ind\u00e9pendante des accords pass\u00e9s avec elle. De notre c\u00f4t\u00e9, nous estimons que la Suisse n\u2019est pas pleinement int\u00e9gr\u00e9e dans le march\u00e9 int\u00e9rieur de l\u2019UE. Au contraire, elle subit de nombreuses discriminations. Nous ne pouvons pas participer \u00e0 l\u2019organisation future de ce march\u00e9, puisque nous n\u2019en sommes pas membres. Nous ne sommes donc pas dispos\u00e9s \u00e0 reprendre de mani\u00e8re quasi automatique les lois et les directives \u00e9dict\u00e9es \u00e0 Bruxelles.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Existe-t-il une possibilit\u00e9 de compromis avec l\u2019UE?<b>J.-D. Gerber:<\/b> L\u2019UE et la Suisse d\u00e9pendent l\u2019une de l\u2019autre \u2013 la Suisse certes plus que l\u2019UE, mais nous sommes tout de m\u00eame l\u2019un de ses principaux partenaires commerciaux et un investisseur important. La Suisse soutient l\u2019UE en maintes occasions sur la sc\u00e8ne internationale. Elle le fait chaque fois que nous avons des int\u00e9r\u00eats, si ce n\u2019est identiques, du moins convergents. L\u2019UE a donc elle aussi int\u00e9r\u00eat \u00e0 trouver une solution qui convienne aux deux parties. C\u2019est pourquoi je suis convaincu que nous finirons par y arriver. Je ne pense pas non plus que l\u2019UE veuille en quelque sorte nous contraindre \u00e0 une adh\u00e9sion. Elle r\u00e9p\u00e8te qu\u2019elle a besoin d\u2019une Suisse forte, qu\u2019elle ne souhaite pas un affaiblissement de notre \u00e9conomie et que c\u2019est \u00e0 nous de d\u00e9cider si nous voulons adh\u00e9rer ou non.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Quel regard portez-vous sur l\u2019euro? A-t-il encore un avenir, compte tenu des r\u00e9cents \u00e9v\u00e9nements qui ont perturb\u00e9 la zone mon\u00e9taire? Ces deux questions en am\u00e8nent une troisi\u00e8me: quel est le risque de faillite des \u00c9tats en Europe?<b>J.-D. Gerber:<\/b> Je ne crois pas que la zone euro puisse \u00e9clater dans les deux prochaines ann\u00e9es en raison des dettes accumul\u00e9es par certains pays, comme la Gr\u00e8ce, l\u2019Irlande ou le Portugal. Quant \u00e0 l\u2019avenir plus lointain, il faut le lire dans le marc de caf\u00e9. Pourquoi? L\u2019euro a une forte valeur symbolique. Il incarne l\u2019UE, il en est l\u2019\u00e9tendard d\u2019une certaine mani\u00e8re. L\u2019UE ne va pas simplement laisser tomber ce symbole. Je ne crois pas qu\u2019elle poussera la Gr\u00e8ce, l\u2019Irlande ou le Portugal vers la faillite. Abandonner ces pays co\u00fbterait beaucoup plus cher \u00e0 l\u2019Allemagne et \u00e0 la France que de les sauver. Pensez \u00e0 Lehman Brothers, dont la banqueroute a plong\u00e9 l\u2019\u00e9conomie mondiale dans une profonde r\u00e9cession. Le fonds de soutien dot\u00e9 de 700 milliards d\u2019euros qui vient d\u2019\u00eatre mis sur pied en collaboration avec le Fonds mon\u00e9taire international contribuera certainement \u00e0 la stabilisation de l\u2019euro. Il existe encore une autre raison: les souscriptions au dernier emprunt en euros, lanc\u00e9 en f\u00e9vrier 2011, ont d\u00e9pass\u00e9 plusieurs fois le montant escompt\u00e9. Cela prouve que les investisseurs priv\u00e9s ont confiance dans cette monnaie, ainsi que dans la capacit\u00e9 de renflouement de certains pays de l\u2019UE.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Que signifie pour la Suisse la force du franc et la faiblesse relative de l\u2019euro?<b>J.-D. Gerber:<\/b> Cette situation profite \u00e0 l\u2019Allemagne, \u00e0 l\u2019Italie et \u00e0 la France \u2013 qui sont nos principaux concurrents et des partenaires \u00e9conomiques importants. Je m\u2019\u00e9tonne, toutefois, que les cons\u00e9quences sur l\u2019\u00e9conomie suisse n\u2019aient pas \u00e9t\u00e9 plus graves jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. D\u2019un point de vue strictement \u00e9conomique, une telle situation doit avoir t\u00f4t ou tard un impact n\u00e9gatif sur les entr\u00e9es de commandes. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, les entreprises suisses ont par\u00e9 \u00e0 cette menace en r\u00e9duisant leurs marges. Au cours des derniers mois, leurs exportations ont encore \u00e9t\u00e9 relativement \u00e9lev\u00e9es. Cela provient notamment de la bonne conjoncture qui r\u00e8gne en Allemagne, laquelle reste notre principal d\u00e9bouch\u00e9. Je doute que les entreprises suisses puissent r\u00e9duire encore davantage leurs marges et continuer d\u2019augmenter leur productivit\u00e9. Il y a certaines limites. Cela me pr\u00e9occupe. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Comment \u00e9valuez-vous le risque d\u2019inflation en Suisse? <b>J.-D. Gerber:<\/b> \u00c0 court terme, je n\u2019en vois aucun, pour diff\u00e9rentes raisons. Actuellement, le taux d\u2019inflation est inf\u00e9rieur \u00e0 1%. Nos industries n\u2019utilisent pas encore toutes leurs capacit\u00e9s. Une augmentation de la production ne provoquerait donc pas une surchauffe. La force du franc devrait rendre les importations meilleur march\u00e9. Certes, la facture p\u00e9troli\u00e8re gonflera, mais la Suisse en souffrira moins que les autres pays, \u00e9tant donn\u00e9 le niveau \u00e9lev\u00e9 du franc. Par ailleurs, la Banque nationale applique une politique relativement rigoureuse et, comme vous le savez, nous avons des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat tr\u00e8s bas, ce qui lui laisse encore la possibilit\u00e9 de relever son taux directeur pour contr\u00f4ler l\u2019inflation. Comprenez-moi toutefois bien, ceci n\u2019est pas un appel \u00e0 la hausse des taux.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Quels sont les grands d\u00e9fis qui nous attendent au niveau mondial? <b>J.-D. Gerber:<\/b> Vous avez \u00e9voqu\u00e9 le risque d\u2019inflation, que j\u2019ai relativis\u00e9 pour la Suisse. Sur le plan mondial, en revanche, le danger est bien r\u00e9el. Je citerai seulement l\u2019exemple de la Chine. Face \u00e0 l\u2019envol\u00e9e des prix de l\u2019alimentation, du logement, etc., et \u00e0 la mont\u00e9e du m\u00e9contentement populaire, ce pays a d\u00e9cid\u00e9 r\u00e9cemment de prendre des mesures. On sait aussi ce que signifie le rench\u00e9rissement des denr\u00e9es alimentaires pour les populations pauvres d\u2019Afrique subsaharienne ou d\u2019Am\u00e9rique latine. Je pars, toutefois, de l\u2019id\u00e9e qu\u2019en raison des prix \u00e9lev\u00e9s de l\u2019alimentation, la production agricole recommencera d\u2019augmenter \u00e0 long terme, \u00e0 condition que le climat le permette. Une offre plus importante aurait pour effet d\u2019amortir les prix. Il est encore trop t\u00f4t pour sp\u00e9culer sur les suites de la catastrophe japonaise et sur ses cons\u00e9quences pour l\u2019\u00e9conomie mondiale. Je suppose, cependant, que les prix de l\u2019\u00e9nergie auront tendance \u00e0 grimper \u00e0 moyen terme.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Y a-t-il d\u2019autres dangers que la conjoncture mondiale pourrait nous faire courir?<b>J.-D. Gerber:<\/b> Qu\u2019on le veuille ou non, la conjoncture mondiale d\u00e9pend, certes moins qu\u2019avant mais toujours tr\u00e8s fortement, des \u00c9tats-Unis. Or, ce pays a tendance \u00e0 r\u00e9soudre ses probl\u00e8mes int\u00e9rieurs aux d\u00e9pens du reste du monde. \u00c9tant donn\u00e9 que le dollar a \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019ici de loin la devise la plus importante de la plan\u00e8te, une flamb\u00e9e inflationniste aux Etats-Unis lui serait dommageable et il continuerait \u00e0 d\u00e9gringoler. D\u00e8s lors, une partie du probl\u00e8me de la dette am\u00e9ricaine se reporterait sur les autres pays, car ceux-ci recevraient moins d\u2019argent qu\u2019escompt\u00e9. En outre, une d\u00e9valuation du dollar pourrait pousser les autres banques centrales \u00e0 revoir \u00e9galement \u00e0 la baisse la valeur de leur monnaie.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Revenons aux d\u00e9fis que la Suisse peut r\u00e9soudre de mani\u00e8re autonome. Quels sont les grands chantiers qui l\u2019attendent, selon vous? <b>J.-D. Gerber:<\/b> Les principaux d\u00e9fis sont l\u2019assainissement des assurances sociales et la ma\u00eetrise des co\u00fbts de la sant\u00e9. Dans le domaine des caisses de retraite, le taux de conversion est trop \u00e9lev\u00e9. En ce qui concerne l\u2019AVS, il importe que cette grande assurance sociale retrouve sa stabilit\u00e9. La solution serait un m\u00e9canisme de correction automatique, comparable au frein \u00e0 l\u2019endettement qui a redress\u00e9 nos budgets. Cela existe d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019assurance-ch\u00f4mage (AC): en cas de d\u00e9s\u00e9quilibre, des r\u00e8gles correctrices se mettent en place automatiquement. La Su\u00e8de a dot\u00e9 son AVS d\u2019un tel m\u00e9canisme, qui se base sur la flexibilisation de l\u2019\u00e2ge de la retraite et des rentes. Nos retrait\u00e9s, par contre, vivent en partie sur le dos des g\u00e9n\u00e9rations futures. L\u2019introduction dans la loi de stabilisateurs automatiques pr\u00e9senterait deux avantages: les man\u0153uvres politiques seraient \u00e9limin\u00e9es et les adaptations n\u00e9cessaires se feraient selon une formule rationnelle, \u00e9tablie \u00e0 l\u2019avance.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Existe-t-il d\u2019autres chantiers?<b>J.-D. Gerber:<\/b> Le domaine des infrastructures est un chantier important. Le rapport du Conseil f\u00e9d\u00e9ral sur ce th\u00e8me affirme que les investissements \u00e0 engager dans les prochaines ann\u00e9es seront de l\u2019ordre de 55 milliards de francs. Ce financement n\u2019est pas assur\u00e9. Il ne s\u2019agit pas seulement de lancer de nouveaux projets, mais \u00e9galement d\u2019entretenir les infrastructures existantes. La stabilisation des march\u00e9s financiers est un autre chantier, qui inclut la lutte contre le blanchiment d\u2019argent et la probl\u00e9matique \u00abtoo big to fail\u00bb des deux grandes banques. En comparaison avec les autres pays, nous sommes bien avanc\u00e9s dans ce domaine, mais les travaux ne sont pas termin\u00e9s.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Que pensez-vous de la politique agricole?<b>J.-D. Gerber:<\/b> C\u2019est \u00e9galement un grand chantier, certes moins significatif que les autres sur le plan \u00e9conomique, mais d\u2019autant plus sensible politiquement: en Suisse aussi, nous avons nos vaches sacr\u00e9es. Nous ne les abattons que quand la pression ext\u00e9rieure devient insoutenable. C\u2019est pourquoi nous devons absolument donner \u00e0 nos paysans, qui sont d\u2019ailleurs excellents, la possibilit\u00e9 de s\u2019adapter avant d\u2019\u00eatre confront\u00e9s \u00e0 de vastes restructurations. Il est utile \u00e0 cet \u00e9gard d\u2019am\u00e9liorer la productivit\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 c\u2019est encore possible. Le taux d\u2019auto-approvisionnement de la Suisse est aujourd\u2019hui \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame que durant la Seconde Guerre mondiale, alors que notre population a augment\u00e9 de 3 millions d\u2019habitants et que les surfaces cultiv\u00e9es se sont r\u00e9duites.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>En tant que directeur de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral des migrations d\u2019abord, puis du Seco, vous avez chapeaut\u00e9 dix votations populaires et vous les avez toutes gagn\u00e9es. Quelle est votre recette?<b>J.-D. Gerber:<\/b> Un projet de loi doit refl\u00e9ter des propositions \u00e9quilibr\u00e9es. Il passe d\u00e8s lors. La r\u00e9vision de l\u2019AC en est un bon exemple. Nous sommes parvenus \u00e0 l\u2019assainir en augmentant les cotisations d\u2019environ 600 millions de francs et en r\u00e9duisant les prestations \u00e9galement peu ou prou de la m\u00eame somme. Si l\u2019assainissement s\u2019\u00e9tait bas\u00e9 uniquement sur les recettes ou sur les d\u00e9penses, le projet aurait \u00e9t\u00e9 vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec. Un frein \u00e0 l\u2019endettement dans les assurances sociales doit \u00e9galement pr\u00e9voir une compensation sociale.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Vous percevez cet \u00e9quilibre permanent entre les diff\u00e9rents int\u00e9r\u00eats comme une force institutionnelle de la Suisse, qui emp\u00eache une couche sociale d\u2019imposer ses vues aux autres. Notre syst\u00e8me politique pr\u00e9sente-t-il \u00e9galement des faiblesses institutionnelles \u00e0 vos yeux?<b>J.-D. Gerber:<\/b> Les faiblesses institutionnelles sont inh\u00e9rentes au syst\u00e8me. L\u2019\u00e9quilibre des pouvoirs repr\u00e9sente un avantage pour la Suisse; c\u2019est \u00e9galement un inconv\u00e9nient. En d\u2019autres termes, les grands ouvrages ne sont g\u00e9n\u00e9ralement entrepris que sur pression ext\u00e9rieure, comme on l\u2019a vu avec le secret bancaire. Si nous voulons changer quelque chose de notre propre initiative, nous devons proc\u00e9der pas \u00e0 pas, plut\u00f4t qu\u2019en frappant un grand coup. Cela tient d\u2019un c\u00f4t\u00e9 au f\u00e9d\u00e9ralisme, de l\u2019autre \u00e0 la d\u00e9mocratie directe \u2013 autrement dit au fait que nous n\u2019avons ni une pr\u00e9sidence forte ni un v\u00e9ritable parti gouvernemental flanqu\u00e9 d\u2019une opposition. En temps de crise, c\u2019est un point faible, car nous ne sommes alors pas en mesure d\u2019agir rapidement. Je crois, toutefois, pouvoir affirmer, avec le recul, que les avantages de ce syst\u00e8me pr\u00e9valent nettement sur ses inconv\u00e9nients. C\u2019est peut-\u00eatre l\u2019une des raisons qui expliquent que la Suisse reste unie et qu\u2019elle ne connaisse pas les probl\u00e8mes de la Belgique ou de l\u2019ex-Yougoslavie. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Durant toute votre carri\u00e8re, vous avez \u00e9t\u00e9 au service de la collectivit\u00e9. Y a-t-il quelque chose dont vous \u00eates particuli\u00e8rement fier?<b>J.-D. Gerber:<\/b> Fier n\u2019est pas le mot juste. \u00c0 l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral des migrations puis au Seco, je me suis occup\u00e9 ces quatorze derni\u00e8res ann\u00e9es des deux th\u00e8mes qui arrivent toujours en t\u00eate des sondages sur les inqui\u00e9tudes des Suisses: la migration et la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019emploi. Avec mes cadres et mes collaborateurs, nous devions \u00e9laborer et mettre en \u0153uvre presque chaque jour des r\u00e9ponses \u00e0 ces deux grands d\u00e9fis. Ce travail m\u2019a apport\u00e9 une grande satisfaction. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Quelle est la meilleure recette que vous pourriez conseiller \u00e0 l\u2019homme \u2013 ou d\u00e9sormais la femme \u2013 qui dirige le Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019\u00e9conomie pour renforcer la volont\u00e9 de r\u00e9forme en Suisse?<b>J.-D. Gerber:<\/b> Ma devise est \u00abut melius fiat\u00bb (en qu\u00eate du meilleur). Je ne veux pas donner de conseils \u00e0 celle qui me succ\u00e8de, Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch. Je suis persuad\u00e9 qu\u2019elle trouvera sa propre voie et qu\u2019elle pourra compter, comme moi, sur le soutien de ses cadres et de ses collabora-teurs. Il n\u2019y a pas de meilleures conditions pr\u00e9alables. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Jean-Daniel Gerber, merci de cet entretien. Nous vous souhaitons beaucoup de succ\u00e8s et de satisfaction dans vos futures activit\u00e9s professionnelles ainsi que dans votre vie priv\u00e9e.<\/i><i> <\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: L\u2019itin\u00e9raire professionnel de Jean-Daniel Gerber&#13;<\/p>\n<h3>L\u2019itin\u00e9raire professionnel de Jean-Daniel Gerber<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n2004\u20132011: secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat et directeur du Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019\u00e9conomie (Seco); 1997\u20132004: directeur de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral des migrations (ex-ODR);1993\u20131997: directeur ex\u00e9cutif au sein du Groupe de la Banque mondiale;1973\u20131993: divers postes au Seco (ex-OFAEE) dans les domaines de la coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement, du conseil et du droit ainsi que dans la diplomatie \u00e9conomique (OMC \u00e0 Gen\u00e8ve et ambassade de Suisse \u00e0 Washington).&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 2: Un risque de blocage politique?&#13;<\/p>\n<h3>Un risque de blocage politique?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<i>La Vie \u00e9conomique:<\/i> Comment jugez-vous le risque de blocage politique en Suisse?J.-D. Gerber: Au cours des cinq ou six derni\u00e8res ann\u00e9es, il s\u2019est pass\u00e9 beaucoup de choses du point de vue \u00e9conomique, malgr\u00e9 tous les blocages. Prenons l\u2019exemple de l\u2019assurance-ch\u00f4mage. Ce que le peuple a fait en approuvant sa r\u00e9vision n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible dans bien d\u2019autres pays: les Suisses se sont prononc\u00e9s pour son assainissement et de facto pour une hausse des imp\u00f4ts, qui prendra la forme d\u2019une d\u00e9duction sur leur fiche de paie. Les citoyens sont pr\u00eats \u00e0 approuver les innovations n\u00e9cessaires si on leur explique clairement la situation, si la pression est forte et s\u2019ils la ressentent. Je suppose que, dans les assurances sociales, la pression n\u2019est pas encore assez grande. Et en mati\u00e8re de sant\u00e9, les incitations sont telles que chacun y trouve son compte: les patients, dont les soins sont rembours\u00e9s, les m\u00e9decins qui en vivent, les h\u00f4pitaux parce qu\u2019ils remplissent leurs lits, les pharmacies et l\u2019industrie pharmaceutique parce qu\u2019elles peuvent vendre leurs produits, enfin, les caisses-maladie qui se financent par l\u2019augmentation des primes. Il importe de corriger ces fausses incitations. Le plus t\u00f4t sera le mieux, car nous n\u2019avons tout simplement plus les moyens de les financer.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean-Daniel Gerber a dirig\u00e9 le Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019\u00e9conomie (Seco) du 1er avril 2004 au 31 mars 2011. Les principales \u00e9tapes de sa longue et brillante carri\u00e8re ont \u00e9t\u00e9 les suivantes: il a \u00e9t\u00e9 le premier directeur ex\u00e9cutif de la Suisse au sein du Groupe de la Banque mondiale, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 cette institution [&hellip;]<\/p>","protected":false},"author":3394,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"ep_exclude_from_search":false,"footnotes":""},"post__type":[80],"post_opinion":[],"post_serie":[],"post_content_category":[],"post_content_subject":[],"acf":{"seco_author":3394,"seco_co_author":null,"author_override":"","seco_author_post_ocupation_year":"","seco_author_post_occupation_de":"Chefredaktor Die Volkswirtschaft 2000 - 2013","seco_author_post_occupation_fr":"R\u00e9dacteur en chef de La Vie \u00e9conomique 2000 - 2013","seco_co_authors_post_ocupation":null,"short_title":"","post_lead":"","post_hero_image_description":"","post_hero_image_description_copyright_de":"","post_hero_image_description_copyright_fr":"","post_references_literature":"","post_kasten":null,"post_notes_for_print":"","first_teaser_header_de":"","first_teaser_header_fr":"","first_teaser_text_de":"","first_teaser_text_fr":"","second_teaser_header_de":"","second_teaser_header_fr":"","second_teaser_text_de":"","second_teaser_text_fr":"","kseason_de":"","kseason_fr":"","post_in_pdf":151167,"main_focus":null,"serie_email":null,"frontpage_slider_bild":"","artikel_bild-slider":null,"legacy_id":"7486","post_abstract":"","magazine_issue":"20110401","seco_author_reccomended_post":null,"redaktoren":null,"korrektor":null,"planned_publication_date":null,"original_files":null,"external_release_for_author":"19700101","external_release_for_author_time":"00:00:00","link_for_external_authors":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/exedit\/54f5bab294490"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/151164"}],"collection":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3394"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=151164"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/151164\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":189388,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/151164\/revisions\/189388"}],"acf:user":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3394"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=151164"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post__type","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post__type?post=151164"},{"taxonomy":"post_opinion","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_opinion?post=151164"},{"taxonomy":"post_serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_serie?post=151164"},{"taxonomy":"post_content_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_category?post=151164"},{"taxonomy":"post_content_subject","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_subject?post=151164"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}