{"id":151339,"date":"2011-01-01T12:00:00","date_gmt":"2011-01-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2011\/01\/schwarz-2\/"},"modified":"2023-08-24T00:54:45","modified_gmt":"2023-08-23T22:54:45","slug":"schwarz-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2011\/01\/schwarz-2\/","title":{"rendered":"Concevoir une politique sociale lib\u00e9rale"},"content":{"rendered":"<p>Concevoir quelque chose dans labstrait est stimulant, mais \u00e9galement dangereux. Cela aide \u00e0 avancer, donc \u00e0 mettre en place les \u00e9l\u00e9ments n\u00e9cessaires, mais on peut \u00e9galement perdre de vue les r\u00e9alit\u00e9s et leurs contraintes. Il vaut mieux se tenir \u00e0 des principes qui peuvent servir de boussole en ces temps turbulents et parfois inqui\u00e9tants. Sur quelles bases doit-on, d\u00e8s lors, orienter une politique sociale lib\u00e9rale?&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nIl faut partir de lid\u00e9e qu\u2019une politique lib\u00e9rale, prenant appui sur l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9, est en elle-m\u00eame sociale dans la mesure o\u00f9 elle correspond \u00e0 l\u2019\u00c9tat de droit, qui prot\u00e8ge la libert\u00e9 des faibles contre l\u2019arbitraire des puissants, et qu\u2019elle peut, davantage que d\u2019autres syst\u00e8mes politiques, produire de la prosp\u00e9rit\u00e9. Le lib\u00e9ralisme doit, toutefois, s\u2019accompagner d\u2019une politique sociale au sens restreint du terme, qui doit prendre deux directions principales: l\u2019aide sociale en cas d\u2019urgence pour les populations qui ne peuvent se prendre en charge et la s\u00e9curit\u00e9 sociale contre les injustices de la vie comme la maladie, l\u2019invalidit\u00e9, le ch\u00f4mage ou les d\u00e9pendances de l\u2019\u00e2ge.&#13;<\/p>\n<h2>Neuf principes pour un concept<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nUne politique sociale lib\u00e9rale doit d\u2019abord s\u2019appuyer sur le principe de <i>subsidiarit\u00e9,<\/i> autrement dit le niveau sup\u00e9rieur n\u2019intervient que si le probl\u00e8me exc\u00e8de les capacit\u00e9s de celui qui lui est subordonn\u00e9. Deuxi\u00e8mement, une telle politique ne signifie pas r\u00e9duire les in\u00e9galit\u00e9s sociales. Il existe, certes, des arguments pour justifier la redistribution, comme celui qui consiste \u00e0 dire que de trop grandes in\u00e9galit\u00e9s peuvent d\u00e9truire une soci\u00e9t\u00e9. Il ne s\u2019agit, toutefois, pas l\u00e0 d\u2019une politique sociale \u00e0 proprement parler. Celle que pr\u00e9conise le lib\u00e9ralisme r\u00e9pond \u00e0 des <i>besoins;<\/i> elle veut donc lutter contre la d\u00e9tresse, urgente ou potentielle, et non \u00e9tablir l\u2019\u00e9galit\u00e9.Troisi\u00e8mement, <i>le principe d\u2019assurance et les paiements de transfert doivent \u00eatre nettement s\u00e9par\u00e9s.<\/i> On trouve certes le mot \u00abAssurance\u00bb dans l\u2019intitul\u00e9 de l\u2019AVS, mais il s\u2019agit surtout d\u2019une imposante machine \u00e0 redistribuer. Une assurance se base sur le principe d\u2019\u00e9quivalence, autrement dit sur une relation actuarielle entre la cotisation et la prestation. C\u2019est pour cette raison que, dans une politique sociale lib\u00e9rale, les paiements de transfert devraient \u00eatre exclusivement financ\u00e9s par l\u2019imp\u00f4t, tandis que les prestations d\u2019assurances devraient l\u2019\u00eatre par des cotisations. L\u2019honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle plaide en retour pour que les personnes qui ne peuvent pas s\u2019offrir une assurance, mais qui devraient le faire, soient directement soutenues et non pas que la prime soit subventionn\u00e9e.Quatri\u00e8mement, m\u00eame une politique sociale lib\u00e9rale n\u00e9chappe pas \u00e0 la notion d<i>obligation.<\/i> Si nous sommes unanimes pour ne pas laisser mourir ceux qui ne veulent pas s\u2019assurer de leur plein gr\u00e9 contre la maladie, il nous reste deux possibilit\u00e9s, aussi peu id\u00e9ales l\u2019une que l\u2019autre: contraindre tout le monde \u00e0 s\u2019assurer ou autoriser des gens \u00e0 se conduire comme des passagers clandestins qui abuseraient du syst\u00e8me en profitant insidieusement de l\u2019argent des autres. L\u2019assis-tance sociale fournie par l\u2019\u00c9tat \u2013 soit la redistribution \u2013 est, en outre, toujours une contrainte, car manifestement l\u2019aide volontaire ne suffit pas. Il est, cependant, clair pour les lib\u00e9raux que les contraintes devraient \u00eatre aussi minimes que possible. C\u2019est pour cette raison que l\u2019obligation de s\u2019assurer devrait s\u2019accompagner d\u2019une aide qui se limiterait \u00e0 pr\u00e9venir toute situation mettant en p\u00e9ril l\u2019existence d\u2019une personne.Cinqui\u00e8mement, une politique sociale lib\u00e9rale doit <i>ob\u00e9ir au principe de la concurrence et offrir le plus grand nombre d\u2019options envisageables.<\/i> Cela s\u2019exprime par la possibilit\u00e9 de choisir entre diff\u00e9rentes formes d\u2019assurances, de se d\u00e9cider pour une franchise \u00e9lev\u00e9e et surtout de faire fonctionner la concurrence plut\u00f4t que de d\u00e9pendre d\u2019un syst\u00e8me social en situation de monopole, qu\u2019il soit d\u2019\u00c9tat ou priv\u00e9. Sixi\u00e8mement, il est particuli\u00e8rement important de veiller au <i>principe de transparence.<\/i> La politique sociale repr\u00e9sente des sommes colossales et touche \u00e0 des milliers de vies. Pour cette raison, il faut que ressorte clairement pour tous ceux qui n\u2019ont pas une expertise approfondie ou ne souffrent pas d\u2019un mal excessif ce qui doit \u00eatre financ\u00e9, dans quel but et \u00e0 quelle hauteur; en d\u00e9duire les prestations et les besoins en redistribution n\u00e9cessaires. Ceci ne rel\u00e8ve pas seulement d\u2019une morale de l\u2019int\u00e9grit\u00e9, mais est une condition pour que chacun puisse choisir et le fasse correctement. Un tel syst\u00e8me ouvre, en outre, les yeux sur les agr\u00e9gats macro\u00e9conomiques (que co\u00fbte une politique sociale?) et le l\u00e9gitime au plan d\u00e9mocratique. C\u2019est pour cette raison que la question du prix figure toujours dans une politique sociale lib\u00e9rale. Septi\u00e8mement, une politique sociale lib\u00e9rale doit toujours <i>aider directement l\u2019individu,<\/i> plut\u00f4t que de r\u00e9duire les co\u00fbts pour certaines personnes ou groupes de population. Les logements subventionn\u00e9s ou les r\u00e9ductions pour retrait\u00e9s ne sont que deux exemples qui posent probl\u00e8me. Les logements subventionn\u00e9s n\u2019h\u00e9bergent pas seulement des personnes qui ne peuvent pas s\u2019offrir un habitat sur le march\u00e9 libre et les retrait\u00e9s ne sont pas sp\u00e9cialement des n\u00e9cessiteux. Toute aide cibl\u00e9e sur lobjet a surtout pour effet de prot\u00e9ger ses b\u00e9n\u00e9ficiaires contre les r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques. Ils ne connaissent plus la valeur de chaque chose et son importance relative s\u2019en trouve d\u00e9form\u00e9e. L\u2019aide \u00e0 la personne qui ne peut s\u2019en passer lui permet de se r\u00e9concilier avec la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique et de ressentir ce qui est relativement cher ou bon march\u00e9.Huiti\u00e8mement, une politique sociale lib\u00e9rale <i>ne d\u00e9l\u00e8gue pas les probl\u00e8mes d\u2019aujourd\u2019hui aux g\u00e9n\u00e9rations de demain.<\/i> Cela ne va pas seulement \u00e0 l\u2019encontre du principe lib\u00e9ral, mais aussi des int\u00e9r\u00eats de la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019expression de \u00abcontrat de g\u00e9n\u00e9ration\u00bb constitue largement, dans ce contexte, un abus de marketing. Ce contrat n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 souscrit, et ne le serait s\u00fbrement pas par les jeunes g\u00e9n\u00e9rations qui en sont la partie perdante. Disons surtout que comme l\u2019assurance-vieillesse n\u2019est pas \u00e9tablie sur une base durable, les niveaux de vie des retrait\u00e9s ne devraient pas \u00eatre tabous. Des solutions devraient plut\u00f4t \u00eatre trouv\u00e9es en int\u00e9grant toutes les composantes. Mentionnons, enfin, un neuvi\u00e8me principe, celui de <i>responsabilit\u00e9.<\/i> Une assurance sociale lib\u00e9rale doit veiller \u00e0 ne pas mettre en place des incitations qui provoquent des dommages ou m\u00eame des situations de d\u00e9tresse. Le ph\u00e9nom\u00e8ne est universellement connu: celui qui s\u2019assure fera quelque peu preuve de n\u00e9gligence ou pensera occasionnellement qu\u2019il doit recourir \u00e0 son assurance en \u00e9change des nombreuses primes vers\u00e9es. C\u2019est pour cette raison que le bonus\/malus ainsi que le syst\u00e8me des franchises sont aussi importants. Les populations s\u2019orienteraient sans cela avec une immense facilit\u00e9 vers le confort que leur conf\u00e8re leur assurance.&#13;<\/p>\n<h2>Une boussole de la politique<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL\u2019objection selon laquelle tous ces principes et concepts sont th\u00e9oriquement loin de la r\u00e9alit\u00e9 politique est \u00e9vidente. Elle est r\u00e9elle. Les politiques ne peuvent, toutefois, pas venir \u00e0 bout du poids de l\u2019\u00e9conomie. Il existe, en outre, un devoir d\u2019int\u00e9grit\u00e9: il faut savoir reconna\u00eetre, d\u00e9signer et viser un id\u00e9al, qui n\u2019est pas le m\u00eame pour un socialiste que pour un lib\u00e9ral. Pour cela, il faut une boussole, qui permette d\u2019en arriver aux conclusions: nous d\u00e9sirons y parvenir, mais nous n\u2019y parvenons pas, car nous ne trouvons pas la majorit\u00e9 d\u00e9mocratique, parce que nous avons besoin de temps, parce que nous sommes heureux d\u2019arriver \u00e0 un compromis qui ne soul\u00e8ve, c\u2019est le moins que l\u2019on puisse dire, aucun enthousiasme. Ne d\u00e9signons, toutefois, pas une politique des assurances sociales comme lib\u00e9rale, alors qu\u2019elle joue beaucoup avec la redistribution et a bien peu \u00e0 faire avec le lib\u00e9ralisme.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Concevoir quelque chose dans labstrait est stimulant, mais \u00e9galement dangereux. Cela aide \u00e0 avancer, donc \u00e0 mettre en place les \u00e9l\u00e9ments n\u00e9cessaires, mais on peut \u00e9galement perdre de vue les r\u00e9alit\u00e9s et leurs contraintes. 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