{"id":151394,"date":"2010-12-01T12:00:00","date_gmt":"2010-12-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2010\/12\/jaeggi-2\/"},"modified":"2023-08-24T00:55:31","modified_gmt":"2023-08-23T22:55:31","slug":"jaeggi-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2010\/12\/jaeggi-2\/","title":{"rendered":"Introduction \u00e0 la probl\u00e9matique TBTF"},"content":{"rendered":"<p>Que ce soit par des injections de capitaux, des nationalisations, des fusions forc\u00e9es ou l\u2019externalisation d\u2019actifs illiquides dans des structures de d\u00e9faisance, laide publique a pr\u00e9serv\u00e9 de nombreuses banques du naufrage. Les experts du monde entier sont partis du principe que ces \u00e9tablissements \u00e9taient \u00abtoo big to fail\u00bb (TBTF). Ils ne voulaient pas dire par l\u00e0 que leur puissance \u00e9conomique emp\u00eache les grandes entreprises de sombrer, mais que des gouvernements responsables ne peuvent pas infliger aux citoyens la faillite des g\u00e9ants bancaires. Le pr\u00e9sent article analyse ce que cache une telle attitude du point de vue \u00e9conomique et pr\u00e9sente les raisons pour lesquelles les autorit\u00e9s ont tant de mal \u00e0 r\u00e9soudre enti\u00e8rement le probl\u00e8me. <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201012_04_Jaeggi_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"243\" \/>&#13;<\/p>\n<h2>Les exp\u00e9riences de la Grande D\u00e9pression<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nIl est int\u00e9ressant de consulter les livres d\u2019histoire am\u00e9ricains pour approfondir cette question. Dans les ann\u00e9es vingt, le march\u00e9 des actions \u00e9tait d\u00e9cha\u00een\u00e9 et on pouvait r\u00e9aliser des gains spectaculaires \u00e0 Wall Street. Entre mai 1928 et septembre 1929, le cours moyen des titres a bondi de plus de 40% \u00e0 la Bourse de New York. Un nombre croissant de particuliers et d\u2019entreprises ont voulu profiter de ce \u00abboom\u00bb. Ils ont de plus en plus recouru au cr\u00e9dit pour financer l\u2019achat d\u2019actions, dans l\u2019espoir que la hausse continue des cours leur permettrait de payer facilement les int\u00e9r\u00eats de leur dette. Il semblait m\u00eame que les actions allaient se maintenir durablement \u00e0 ce niveau \u00e9lev\u00e9.La f\u00eate s\u2019est arr\u00eat\u00e9e brutalement \u00e0 l\u2019au-tomne 1929. Dans les derniers jours d\u2019octobre, les cours se sont effondr\u00e9s \u00e0 Wall Street et la bulle a \u00e9clat\u00e9. Les banques qui avaient octroy\u00e9 des cr\u00e9dits \u00e0 court terme pour financer des achats d\u2019actions ont \u00e9t\u00e9 les premi\u00e8res \u00e0 chanceler. La pression sur les instituts financiers a encore augment\u00e9 quand l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle, qui avait d\u00e9j\u00e0 pris le chemin de la r\u00e9cession avant le krach, a connu des d\u00e9fauts de paiement. Les craintes naissantes quant \u00e0 la solidit\u00e9 des bilans ont entra\u00een\u00e9 une premi\u00e8re ru\u00e9e vers les banques \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e. Face aux risques d\u2019insolvabilit\u00e9, de nombreux investisseurs ont tent\u00e9 de sauver pr\u00e9cipitamment leurs avoirs. Comme les banques ne disposent normalement pas d\u2019assez de liquidit\u00e9s pour rembourser tous leurs clients, la panique bancaire a provoqu\u00e9 une vague de faillites. Par la suite, des \u00e9tablissements sains ont \u00e9t\u00e9 emport\u00e9s, eux aussi, dans la tourmente. Trois ans apr\u00e8s l\u2019\u00e9clatement de la Grande D\u00e9pression, quelque 10000 banques \u2013 soit pr\u00e8s d\u2019une sur deux \u2013 avaient fait faillite aux \u00c9tats-Unis.Les dysfonctionnements du syst\u00e8me bancaire ont entra\u00een\u00e9 de graves probl\u00e8mes pour le reste de l\u2019\u00e9conomie. Les instruments de la politique mon\u00e9taire, tributaires du bon fonctionnement du syst\u00e8me financier, se sont av\u00e9r\u00e9s largement inefficaces. L\u2019offre de monnaie, essentielle pour l\u2019approvisionnement en cr\u00e9dit de l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle, s\u2019est fortement repli\u00e9e bien que la Banque centrale n\u2019ait pas tard\u00e9 \u00e0 baisser fortement ses taux d\u2019int\u00e9r\u00eat. La multiplication des faillites bancaires avait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9duit consid\u00e9rablement le volume des cr\u00e9dits.M\u00eame si d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments ont probablement contribu\u00e9 au d\u00e9clenchement de la Grande D\u00e9pression, la plupart des experts s\u2019accordent \u00e0 reconna\u00eetre l\u2019influence des facteurs mon\u00e9taires. Le d\u00e9labrement du syst\u00e8me bancaire a r\u00e9duit l\u2019approvisionnement en cr\u00e9dit de l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle. Les cons\u00e9quences de la crise ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9vastatrices: un Am\u00e9ricain sur quatre a perdu son emploi, la production industrielle et le revenu moyen ont \u00e9t\u00e9 divi-s\u00e9s par deux. Le monde entier a connu l\u2019une des pires crises \u00e9conomiques des temps modernes.&#13;<\/p>\n<h2>Pourquoi les banques sont-elles vuln\u00e9rables?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nApr\u00e8s ces \u00e9v\u00e9nements, il n\u2019\u00e9tait plus possible d\u2019ignorer que les perturbations du syst\u00e8me financier peuvent avoir de lourdes retomb\u00e9es sur l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle. Depuis lors, de nombreux pays industrialis\u00e9s attachent une grande importance \u00e0 la stabilit\u00e9 du syst\u00e8me financier. Cela se traduit par une r\u00e9gulation relativement stricte du secteur bancaire, compar\u00e9 \u00e0 d\u2019autres branches. Alors, pourquoi les r\u00e8gles adopt\u00e9es n\u2019ont-elles pas r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9carter un danger que l\u2019on conna\u00eet manifestement depuis pr\u00e8s de cent ans? La r\u00e9ponse, un peu d\u00e9courageante, se trouve dans les particularit\u00e9s de l\u2019activit\u00e9 bancaire. Pour simplifier, les banques r\u00e9unissent des \u00e9pargnants et des investisseurs. Les premiers peuvent renoncer provisoirement \u00e0 leur argent, tandis que les seconds ont besoin de cr\u00e9dits pour une certaine p\u00e9riode. Sur des march\u00e9s parfaits, un interm\u00e9diaire ne serait pas n\u00e9cessaire, car \u00e9pargnants et investisseurs seraient directement en relation. Les banques n\u2019auraient alors aucune raison d\u2019exister. En pratique, trois probl\u00e8mes principaux viennent, toutefois, compliquer cette interaction et rendent n\u00e9cessaire l\u2019interm\u00e9diation d\u2019un institut bancaire:1. Les cr\u00e9dits dont une entreprise a besoin sont, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, sup\u00e9rieurs aux \u00e9conomies de Mme Dupont. La banque doit cumuler les d\u00e9p\u00f4ts de diff\u00e9rents \u00e9pargnants ou les fractionner pour obtenir le volume de cr\u00e9dit demand\u00e9.2. La demande de cr\u00e9dits d\u00e9passe habituellement l\u2019\u00e9pargne globale. La banque doit donc identifier les projets les plus prometteurs. Pour ce faire, il lui faut engager des ressources dans la recherche d\u2019informations.3. Mme Dupont voudrait pouvoir retirer son argent en tout temps. De son c\u00f4t\u00e9, M. Dubois a conclu son hypoth\u00e8que, financ\u00e9e par les fonds de Mme Dupont, pour une dur\u00e9e de cinq ans; il ne serait donc pas en mesure de la rembourser imm\u00e9diatement. Une banque ne peut pas respecter compl\u00e8tement la r\u00e8gle d\u2019or du bilan, selon laquelle les \u00e9ch\u00e9ances des actifs et des passifs doivent concorder. Pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019elle doit assumer les fonctions mentionn\u00e9es ci-dessus. L\u2019un des r\u00f4les \u00e9conomiques des banques consiste \u00e0 transformer une partie des fonds d\u2019\u00e9pargne \u00e0 court terme en cr\u00e9dits \u00e0 long terme \u2013 par exemple en hypoth\u00e8ques. Cela entra\u00eene presque in\u00e9vitablement une discordance dans les \u00e9ch\u00e9ances du bilan. Si un grand nombre d\u2019\u00e9pargnants veulent retirer leurs fonds en m\u00eame temps, la banque aura forc\u00e9ment des probl\u00e8mes. Elle ne peut pas convertir imm\u00e9diatement en argent liquide des hypoth\u00e8ques, des cr\u00e9dits ou d\u2019autres actifs \u00e0 long terme et souvent une telle op\u00e9ration engendre des pertes.Le premier rempart contre ces dangers consiste pour la banque \u00e0 diversifier ses placements et \u00e0 accumuler un volume suffisant de liquidit\u00e9s. Assurer les fonds d\u2019\u00e9pargne permet d\u2019augmenter encore la confiance. Si les clients acqui\u00e8rent la conviction que leur argent ne risque pas de se volatiliser, la probabilit\u00e9 d\u2019une panique bancaire sera moindre. En cas de besoin, les banques peuvent \u00e9galement obtenir une aide de la banque centrale. Cette derni\u00e8re leur avance alors suffisamment de fonds pour qu\u2019elles puissent au moins faire face \u00e0 leurs engagements \u00e0 court terme.D\u2019autres raisons expliquent la fragilit\u00e9 du syst\u00e8me bancaire. En premier lieu, tout le monde est sur le m\u00eame bateau. La plupart des banques sont soumises aux m\u00eames conditions-cadres. L\u2019\u00e9volution des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, des titres et de la conjoncture est essentielle pour la marche de leurs affaires. Lors d\u2019une r\u00e9cession, par exemple, elles seront toutes affect\u00e9es par le nombre croissant de d\u00e9biteurs en rupture de paiement. En second lieu, les banques s\u2019entraident habituellement en se fournissant des liquidit\u00e9s \u00e0 court terme ou en proc\u00e9dant \u00e0 d\u2019autres transactions. Ces \u00e9changes interbancaires cr\u00e9ent une forte interd\u00e9pendance entre les instituts. Par cons\u00e9quent, il peut arriver que des clients anxieux soient pr\u00e9occup\u00e9s par la situation de leur propre banque, pourtant parfaitement solvable, simplement parce qu\u2019une autre conna\u00eet des probl\u00e8mes. Un seul institut en difficult\u00e9 peut ainsi provoquer une r\u00e9action en cha\u00eene, contaminer d\u2019autres banques et d\u00e9stabiliser tout le syst\u00e8me.&#13;<\/p>\n<h2>\u00abToo big to fail\u00bb: la question de l\u2019importance syst\u00e9mique<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nJusqu\u2019ici, deux choses sont claires. Premi\u00e8rement, une crise du syst\u00e8me financier peut avoir de tr\u00e8s graves cons\u00e9quences pour l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle. En effet, la plupart des entreprises ont des liens \u00e9troits avec le monde bancaire du fait qu\u2019elles d\u00e9pendent du cr\u00e9dit. Deuxi\u00e8mement, ce syst\u00e8me est par nature relativement vuln\u00e9rable. \u00c0 l\u2019extr\u00eame, de simples rumeurs sur la solvabilit\u00e9 d\u2019une banque peuvent affecter d\u2019autres instituts. Comme la soci\u00e9t\u00e9 a int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce que le syst\u00e8me financier reste stable, les banques font l\u2019objet d\u2019une r\u00e9gulation stricte en comparaison avec d\u2019autres secteurs.Cependant, toutes les banques ne sont pas trait\u00e9es de la m\u00eame mani\u00e8re. Alors que la plupart des \u00e9conomies supportent g\u00e9n\u00e9ralement sans probl\u00e8me la faillite d\u2019un petit institut, celle d\u2019un seul grand \u00e9tablissement peut d\u00e9stabiliser tout le syst\u00e8me financier. On dit, dans ce cas, qu\u2019il est d\u2019importance syst\u00e9mique. Les gouvernements conscients de leurs responsabilit\u00e9s ne laisseront en principe pas s\u2019effondrer une telle banque en raison des dommages potentiels que cela entra\u00eenerait pour l\u2019\u00e9conomie; elle est trop grande pour faire fallite: \u00abtoo big to fail\u00bb.Cette d\u00e9finition de l\u2019importance syst\u00e9mique peut para\u00eetre un peu acad\u00e9mique. Comment distinguer dans la pratique les banques qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre sauv\u00e9es et les autres? Quelle devrait \u00eatre la taille des premi\u00e8res et leurs liens avec le reste de l\u2019\u00e9conomie? Il n\u2019existe malheureusement pas de r\u00e9ponse universelle \u00e0 ces questions. Outre la dimension de l\u2019institut, son implication dans le reste de l\u2019\u00e9conomie et son importance rela-tive pour certaines fonctions du syst\u00e8me financier sont autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui participent de l\u2019importance syst\u00e9mique. Dans bien des cas, le seul moyen de clarifier ces points serait de laisser vraiment la banque faire faillite.En guise d\u2019aide pratique, la Commission suisse d\u2019experts TBTF a d\u00e9fini quelques crit\u00e8res qui doivent \u00eatre r\u00e9unis. Ainsi, une banque d\u2019importance syst\u00e9mique doit d\u00e9tenir une part \u00e9lev\u00e9e du march\u00e9 int\u00e9rieur du cr\u00e9dit. Le rapport entre le total de son bilan et le produit int\u00e9rieur brut de la Suisse entre aussi en consid\u00e9ration. Cependant, m\u00eame avec cette d\u00e9finition, il est clair que la d\u00e9cision sur l\u2019importance syst\u00e9mique d\u2019un institut d\u00e9pendra toujours de la situation concr\u00e8te et de l\u2019\u00e9valuation qu\u2019en feront les autorit\u00e9s.&#13;<\/p>\n<h2>Les co\u00fbts de la garantie implicite de l\u2019\u00c9tat<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nNous avons montr\u00e9 ci-dessus que la stabilit\u00e9 du syst\u00e8me financier est dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la population. Il s\u2019agit donc d\u2019un bien public. Cela signifie que toutes les banques profitent de cette stabilit\u00e9 (aucune ne peut en \u00eatre exclue), mais aussi qu\u2019aucune d\u2019entre elles n\u2019est dispos\u00e9e \u00e0 y contribuer. On a donc affaire \u00e0 une probl\u00e9matique classique dite du \u00abpassager clandestin\u00bb. Pour maintenir ce bien public quest la stabilit\u00e9 du syst\u00e8me financier, l\u2019\u00c9tat soutient les banques d\u2019importance syst\u00e9mique. Ces op\u00e9rations de sauve-tage ont entra\u00een\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent une privatisation des b\u00e9n\u00e9fices et un report partiel des pertes sur les contribuables. Le probl\u00e8me serait relativement simple \u00e0 r\u00e9soudre. Une taxe sur les grandes banques permettrait de compenser en quelque sorte cette garantie et d\u2019imputer ult\u00e9rieurement les co\u00fbts \u00e0 ceux qui ont engendr\u00e9 l\u2019instabilit\u00e9. En cas de crise, le contribuable ne ferait alors qu\u2019avancer les fonds n\u00e9cessaires au sauvetage.Les v\u00e9ritables co\u00fbts \u00e9conomiques de cette obligation implicite de sauvetage par l\u2019\u00c9tat se trouvent, toutefois, ailleurs et ne sont pas tellement \u00e9vidents \u00e0 premi\u00e8re vue:1. Il serait important, pour assurer la bonne marche \u00e0 long terme de l\u2019\u00e9conomie et garantir en particulier l\u2019utilisation efficace de ressources limit\u00e9es, que les entreprises improductives quittent le march\u00e9 et soient remplac\u00e9es par d\u2019autres. Si ce <i>changement structurel<\/i> est indispensable \u00e0 une croissance durable, il ne se produit pas pour les entreprises d\u2019importance syst\u00e9mique. Ne pouvant pas \u00eatre \u00e9ject\u00e9es du march\u00e9, ces derni\u00e8res entravent les mutations g\u00e9n\u00e9ratrices de prosp\u00e9rit\u00e9.2. Les banques d\u2019importance syst\u00e9mique b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un <i>rabais sur le co\u00fbt des capitaux emprunt\u00e9s.<\/i> Puisque l\u2019\u00c9tat sauvera ces entreprises en cas de crise, les investisseurs ne doivent pas \u00eatre d\u00e9dommag\u00e9s pour le risque encouru. Formul\u00e9 de mani\u00e8re quelque peu caricaturale, cela \u00e9quivaut \u00e0 une protection des d\u00e9p\u00f4ts sur la totalit\u00e9 du capital. La banque en est d\u2019ailleurs bien consciente: cette garantie implicite l\u2019am\u00e8nera, en fin de compte, \u00e0 prendre des risques plus \u00e9lev\u00e9s qu\u2019il ne serait \u00e9conomiquement opportun. Si de nombreuses banques adoptent le m\u00eame comportement, la menace augmente sur tout le syst\u00e8me. Il en r\u00e9sulte \u2013 comme on l\u2019a vu lors de la Grande D\u00e9pression \u2013 des co\u00fbts exorbitants pour l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle et la population. Ce rabais est aussi probl\u00e9matique sur le plan de la concurrence. En effet, les banques d\u2019importance syst\u00e9mique peuvent se refinancer \u00e0 des conditions plus favorables que les autres. \u00c0 recettes \u00e9gales, elles engrangent ainsi des b\u00e9n\u00e9fices sup\u00e9rieurs. Dans un cas extr\u00eame, une banque pourrait aspirer \u00e0 grandir uniquement pour b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une garantie \u00e9tatique et des co\u00fbts avantageux de refinancement qui en d\u00e9coulent. Une telle subvention est inefficace, fausse la concurrence et engendre des co\u00fbts pour l\u2019\u00e9conomie.3. Les <i>petits pays<\/i> comme la Suisse ont encore un autre probl\u00e8me. Dans le pire des cas, les pertes d\u2019une banque d\u2019importance syst\u00e9mique pourraient d\u00e9passer la capacit\u00e9 financi\u00e8re du pays. Il serait alors pratiquement impossible de la sauver sans aide ext\u00e9rieure. L\u2019exemple de l\u2019Islande a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 brutalement les deux termes de l\u2019alternative: soit l\u2019\u00c9tat d\u00e9rive vers l\u2019insolvabilit\u00e9 \u00e0 cause des engagements qu\u2019il a pris, soit il est forc\u00e9 de mettre en \u0153uvre des r\u00e9formes s\u00e9v\u00e8res en contrepartie d\u2019une aide internationale, renon\u00e7ant ainsi de facto \u00e0 une partie de sa souverainet\u00e9. Aucune de ces deux perspectives n\u2019est r\u00e9jouissante pour un pays ind\u00e9pendant.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes crises bancaires ont de graves cons\u00e9quences pour l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle. De plus, le syst\u00e8me financier est expos\u00e9 par sa nature m\u00eame \u00e0 un danger latent. La soci\u00e9t\u00e9 souhaite donc quil soit aussi stable que possible. Il en r\u00e9sulte que les gouvernements responsables d\u00e9cident, dans la plupart des cas, de sauver une grande banque en difficult\u00e9. Les \u00e9tablissements d\u2019importance syst\u00e9mique et leurs clients comptent d\u2019ailleurs sur l\u2019intervention des pouvoirs publics et profitent de cet avantage. Cependant, la garantie implicite de l\u2019\u00c9tat entra\u00eene des co\u00fbts pour l\u2019\u00e9conomie. De plus, des pertes tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es peuvent solliciter excessivement la capacit\u00e9 financi\u00e8re d\u2019un petit pays. La r\u00e9cente crise financi\u00e8re a rappel\u00e9 que ce danger est bien r\u00e9el en Suisse.Une r\u00e9gulation efficace est extr\u00eamement difficile dans de telles conditions. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il faudrait \u00e9liminer les co\u00fbts \u00e9conomiques d\u00e9coulant de l\u2019importance syst\u00e9mique. De l\u2019autre, cela n\u2019est pratiquement pas possible en raison de la fragilit\u00e9 du syst\u00e8me bancaire. En outre, il existe un risque d\u2019incitations erron\u00e9es. Comme on le voit avec la garantie des d\u00e9p\u00f4ts, les r\u00e9gulations efficaces ont presque toujours des effets secondaires ind\u00e9sirables. Il peut tr\u00e8s bien arriver qu\u2019une r\u00e9gulation justifi\u00e9e en soi provoque des comportements inappropri\u00e9s et potentiellement nuisibles.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 1: \u00abLes grandes banques et l\u2019aide de l\u2019\u00c9tat\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Risques et effets secondaires: l\u2019exemple de la protection des d\u00e9posants&#13;<\/p>\n<h3>Risques et effets secondaires: l\u2019exemple de la protection des d\u00e9posants<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLes r\u00e9gulations efficaces produisent malheureusement presque toujours des effets secondaires ind\u00e9sirables du point de vue \u00e9conomique. Cela peut notamment jouer un grand r\u00f4le dans le cas des banques. Le syst\u00e8me de protection des d\u00e9posants illustre bien les cons\u00e9quences ambivalentes d&#8217;une telle r\u00e9gulation.Aux \u00c9tats-Unis, l\u2019introduction en 1933 d\u2019une garantie des d\u00e9p\u00f4ts par l\u2019\u00c9tat a constitu\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment central de la stabilisation du syst\u00e8me financier. Elle a permis d\u2019\u00e9viter de nouvelles paniques bancaires. Les \u00e9tablissements rescap\u00e9s ont pu se stabiliser. Depuis lors, la protection des d\u00e9posants repr\u00e9sente un pan important de la r\u00e9gulation bancaire dans diff\u00e9rents pays.Comme beaucoup de m\u00e9dicaments efficaces, cette protection a, cependant, des effets secondaires potentiellement dommageables. Certes, une s\u00e9curit\u00e9 accrue r\u00e9duit en premier lieu la probabilit\u00e9 d\u2019une ru\u00e9e sur les banques. Cependant, elle peut aussi produire le r\u00e9sultat inverse: sachant que leur \u00e9pargne est prot\u00e9g\u00e9e, les clients ne sont plus incit\u00e9s \u00e0 examiner la solidit\u00e9 de leur banque. Ils peuvent sans souci rechercher les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat les plus \u00e9lev\u00e9s (dans un article du 4 juin 2008 consacr\u00e9 \u00e0 la Kaupthing Bank, la NZZ d\u00e9crit le cas typique d\u2019une situation \u00abgagnant-gagnant\u00bb pour l\u2019institut et ses clients \u2013 \u00abWinwin\u00bb-Situation f\u00fcr die Kaupthing Bank und ihre Kunden). Les d\u00e9p\u00f4ts \u00e9tant prot\u00e9g\u00e9s, l\u2019\u00e9pargne nest plus r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e en fonction des risques. Les banques peuvent donc l\u2019utiliser pour des sp\u00e9culations hasardeuses, puisque la garantie leur \u00e9vite de devoir d\u00e9dommager de mani\u00e8re correcte les risques encourus. La protection des d\u00e9posants incite donc les banques \u00e0 investir davantage dans des actifs plus risqu\u00e9s, car elles ne doivent pas en assumer totalement les co\u00fbts. Par cons\u00e9quent, une protection \u00e9conomiquement raisonnable des d\u00e9p\u00f4ts devrait \u00eatre assez \u00e9lev\u00e9e pour rendre n\u00e9gligeable la probabilit\u00e9 d\u2019une panique bancaire, tout en maintenant les incitations probl\u00e9matiques \u00e0 un niveau supportable. En pratique, il est \u2013 comme souvent \u2013 difficile de d\u00e9terminer le niveau optimal.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 2: Quelle est la situation dans d\u2019autres branches?&#13;<\/p>\n<h3>Quelle est la situation dans d\u2019autres branches?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nSelon la d\u00e9finition donn\u00e9e par la commission d\u2019experts, le probl\u00e8me du TBTF ne se pose pas dans les autres branches. Certes, la faillite d\u2019une grande entreprise industrielle aurait de lourdes cons\u00e9quences pour ses employ\u00e9s ainsi que pour quelques fournisseurs et clients, mais ses effets sur le reste de l\u2019\u00e9conomie resteraient limit\u00e9s, en raison principalement du manque d&#8217;interconnexions avec les autres \u00e9tablissements actifs \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur comme \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la branche. Le probl\u00e8me serait un peu plus complexe pour les entreprises d\u2019infrastructures. L\u2019\u00e9lectricit\u00e9, le gaz, les transports et les t\u00e9l\u00e9communications sont aujourd\u2019hui indispensables pour la production de nombreux biens. S\u2019ils venaient \u00e0 manquer compl\u00e8tement, cela aurait de graves retomb\u00e9es sur le reste de l\u2019\u00e9conomie. Contrairement au secteur ban-caire, la faillite d\u2019une entreprise d\u2019infrastructures aurait cependant des effets tr\u00e8s limit\u00e9s dans la pratique, gr\u00e2ce surtout \u00e0 la structure de son bilan (beaucoup d\u2019actifs immobilis\u00e9s). En effet, une soci\u00e9t\u00e9 reprenante pourrait en maintenir l\u2019exploitation sans grands frais. Il n\u2019y aurait donc pas lieu de craindre un arr\u00eat des prestations.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 3: Bibliographie&#13;<\/p>\n<h3>Bibliographie<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n\u2212 Friedman Milton et Schwartz Anna, <i>A Monetary History of the United States, 1867\u20131960,<\/i> National Bureau of Economic Research (NBER), Princeton University Press, 1963.\u2212 Rochet Jean-Charles, <i>Why Are There So Many Banking Crises? The Politics and Policy of Bank Regulation,<\/i> Princeton University Press, 2008.\u2212 Freixas Xavier et Rochet Jean-Charles, <i>Microeconomics of Banking,<\/i> MIT Press, 2008.\u2212 Reinhart Carmen M. et Rogoff Kenneth S., <i>This Time is Different: A Panoramic View of Eight Centuries of Financial Crises,<\/i> NBER Working Paper 13882, 2008.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Que ce soit par des injections de capitaux, des nationalisations, des fusions forc\u00e9es ou l\u2019externalisation d\u2019actifs illiquides dans des structures de d\u00e9faisance, laide publique a pr\u00e9serv\u00e9 de nombreuses banques du naufrage. Les experts du monde entier sont partis du principe que ces \u00e9tablissements \u00e9taient \u00abtoo big to fail\u00bb (TBTF). 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