{"id":151464,"date":"2010-11-01T12:00:00","date_gmt":"2010-11-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2010\/11\/bretschger-4\/"},"modified":"2023-08-24T00:55:42","modified_gmt":"2023-08-23T22:55:42","slug":"bretschger-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2010\/11\/bretschger-4\/","title":{"rendered":"L\u00e9volution du prix des ressources naturelles"},"content":{"rendered":"<p>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es n\u2019ont pas seulement \u00e9t\u00e9 tumultueuses pour les march\u00e9s financiers; ceux des mati\u00e8res premi\u00e8res ont \u00e9galement subi de nombreux changements et soubresauts. Les fortes fluctuations de prix font douter de la capacit\u00e9 des march\u00e9s libres \u00e0 g\u00e9rer au mieux la consommation de mati\u00e8res premi\u00e8res dans une \u00e9conomie. Le pr\u00e9sent article donne un aper\u00e7u de la th\u00e9orie et des connaissances empiriques concernant les march\u00e9s des ressources et met en lumi\u00e8re les divers facteurs qui influencent l\u2019\u00e9volution des prix \u00e0 court et \u00e0 long terme.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nComme pour tous les march\u00e9s, l\u2019\u00e9volution des prix des ressources est dict\u00e9e par l\u2019offre et la demande. La diff\u00e9rence essentielle par rapport aux autres march\u00e9s tient \u00e0 la p\u00e9nurie naturelle de l\u2019offre: une ressource renouvelable (bois, poisson, etc.) peut se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer dans l\u2019espace d\u2019un d\u00e9lai \u00ab\u00e9conomiquement raisonnable\u00bb, si bien qu\u2019il y aura toujours une offre, pourvu que la ressource ne soit pas exploit\u00e9e au-del\u00e0 de son potentiel de reproduction. Pour les ressources non renouvelables (p\u00e9trole, charbon, etc.), il n\u2019y aura en revanche plus d\u2019offre une fois que tous les gisements auront \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9s, m\u00eame si les prix croissent ind\u00e9finiment. En cons\u00e9quence, c\u2019est la capacit\u00e9 de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration des ressources qui dicte leur extraction id\u00e9ale et le cours optimal des prix.Pour analyser l\u2019\u00e9volution des prix sur les march\u00e9s des ressources, il faut encore distinguer entre le court et le long terme. \u00c0 court terme, l\u2019offre et la demande sont faiblement \u00e9lastiques, ce qui favorise les grands \u00e9carts de prix. \u00c0 long terme, la p\u00e9nurie absolue des ressources naturelles devient le facteur dominant, pour autant que les agents \u00e9conomiques soient en mesure d\u2019anticiper les limites de l\u2019offre naturelle. Dans ce qui suit, nous d\u00e9crivons les diff\u00e9rents effets et m\u00e9canismes qui affectent les ressources non renouvelables et les repr\u00e9sentons sch\u00e9matiquement dans le <i>graphique 1<\/i>. Le cas des ressources renouvelables sera trait\u00e9 en fin d\u2019article.&#13;<\/p>\n<h2>L\u00e9volution des prix \u00e0 court terme<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\n\u00c0 court terme, les march\u00e9s des ressources non renouvelables se caract\u00e9risent par de fortes fluctuations de prix. Des augmentations de prix r\u00e9els de l\u2019ordre de 80% en moins de deux mois ne sont pas rares, dans l\u2019histoire. De 2003 \u00e0 2008, la tendance haussi\u00e8re a, cependant, \u00e9t\u00e9 la plus durable et la plus forte de l\u2019histoire. Ainsi, le prix du p\u00e9trole a quadrupl\u00e9, passant de 32 USD en juillet 2003 \u00e0 118 USD en juillet 2008. Une \u00e9volution comparable a eu lieu sur presque tous les march\u00e9s des ressources non renouvelables&#13;<br \/>\nLivernois (2009).\u00c0 court terme, les prix subissent linflu-ence de nombreux facteurs (voir graphique 1, fl\u00e8ches bleues). Retenons qu\u2019\u00e0 la base loffre et la demande sont relativement rigides. L\u2019in\u00e9lasticit\u00e9 de l\u2019offre r\u00e9sulte avant tout de la chert\u00e9 et de la dur\u00e9e de la mise en place d\u2019installations complexes d\u2019exploitation et de distribution. Du c\u00f4t\u00e9 de la demande, en revanche, le probl\u00e8me consiste dans l\u2019interchangeabilit\u00e9 limit\u00e9e des ressources. La moindre variation d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ou de l\u2019autre provoque donc des fluctuations relativement fortes des prix, ce qui explique \u2013 du moins en partie \u2013 les cas spectaculaires cit\u00e9s plus haut. L\u2019usage multiple des mati\u00e8res premi\u00e8res dans les diff\u00e9rentes industries du monde entier complique les pr\u00e9visions qui concernent l\u2019\u00e9volution de la demande, donc la planification de futures infrastructures d\u2019exploitation. Or il importe de planifier \u00e0 temps, que ce soit pour l\u2019industrie d\u2019extraction elle-m\u00eame, pour toutes les autres (les industries demandeuses), enfin pour l\u2019\u00c9tat, qui fixe les conditions g\u00e9n\u00e9rales et influence de fa\u00e7on importante la mise en place des infrastructures d\u2019exploitation et de distribution.&#13;<\/p>\n<h2>Le haut degr\u00e9 de corr\u00e9lation du prix des ressources<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nIl est, par ailleurs, frappant de constater que les prix affich\u00e9s par les ressources les plus diverses, et qui semblent n\u2019avoir aucun lien entre elles, pr\u00e9sentent un tr\u00e8s haut degr\u00e9 de corr\u00e9lation. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne, connu des sp\u00e9cialistes sous le nom de mouvement joint excessif (\u00abexcess co-movement\u00bb)&#13;<br \/>\nPindyck (1987), peut avoir deux origines:1. Le march\u00e9 des ressources pr\u00e9sente des <i>caract\u00e9ristiques<\/i> qui le rend <i>particuli\u00e8rement sensibles \u00e0 la sp\u00e9culation<\/i>. Plus un march\u00e9 est opaque et la valeur fondamentale de la ressource vendue difficile \u00e0 d\u00e9terminer, plus il aura tendance \u00e0 former une bulle&#13;<br \/>\nBaker et Wurgler (2007). Cette r\u00e9flexion semblent pr\u00e9cis\u00e9ment s\u2019appliquer aux ressources non renouve-lables, en raison de l\u2019incertitude qui r\u00e8gne d\u00e9j\u00e0 sur la plupart des march\u00e9s quant aux r\u00e9serves disponibles. Or, sil semble fortement probable que le haut degr\u00e9 de corr\u00e9lation entre des ressources tr\u00e8s diverses soit attis\u00e9 par la sp\u00e9culation et puisse \u00eatre attribu\u00e9 en derni\u00e8re analyse \u00e0 un manque d\u2019informations (meilleures et fond\u00e9es), il n\u2019est pas clairement prouv\u00e9 que cette m\u00eame sp\u00e9culation ait influenc\u00e9 la r\u00e9cente \u00e9volution des prix.2. Le haut degr\u00e9 de corr\u00e9lation tient \u00e9galement au <i>changement dans la disposition au risque chez les investisseurs<\/i>. Alors que l\u2019on sait depuis quelque temps que certains individus ont tendance \u00e0 sous-estimer les risques et \u00e0 se tromper sur leur intuition, ce n\u2019est que r\u00e9cemment que l\u2019on a d\u00e9montr\u00e9 que l\u2019exp\u00e9rience de r\u00e9cessions pouvait pousser les investisseurs \u00e0 une forte r\u00e9ticence. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne peut affecter les comportements \u00e9conomiques pendant des d\u00e9cennies&#13;<br \/>\nMalmendier (2010). Alors qu\u2019\u00e0 la veille d\u2019une crise, un nombre particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9 d\u2019investisseurs se montrent dispos\u00e9s \u00e0 prendre des risques et \u00e0 investir dans des instruments financiers \u00e0 risques, leur effectif diminue fortement pendant ou apr\u00e8s une r\u00e9cession, ce qui est une autre explication du mouvement uniforme des prix.Investir dans les capacit\u00e9s de production est une op\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ral procyclique, ce qui peut encore renforcer les \u00e9carts de prix. Ainsi, en p\u00e9riode de gains \u00e9lev\u00e9s, on investira dans la d\u00e9couverte et la viabilisation de sources de p\u00e9trole, alors qu\u2019en p\u00e9riode de prix faibles, ces activit\u00e9s seront mises en veilleuse ou limit\u00e9es. Ce principe s\u2019applique particuli\u00e8rement aux investissements pendant la derni\u00e8re r\u00e9cession: comme la disponibilit\u00e9 de cr\u00e9dits s\u2019\u00e9tait amoindrie du fait de la crise financi\u00e8re et que le prix des ressources chutait, de nombreux projets destin\u00e9s \u00e0 \u00e9largir les capacit\u00e9s de production ont \u00e9t\u00e9 stopp\u00e9s. Les nouveaux prix, relativement \u00e9lev\u00e9s, des ressources pourraient trouver ici leur origine, du moins partiellement.&#13;<\/p>\n<h2>Autres facteurs affectant l\u2019\u00e9volution du prix des ressources<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe taux d\u2019int\u00e9r\u00eat joue un r\u00f4le particulier sur les march\u00e9s des ressources. On admet g\u00e9n\u00e9ralement que le prix de ces derni\u00e8res augmente lorsque le premier baisse; c\u2019est la raison pour laquelle la politique de faibles taux d\u2019int\u00e9r\u00eat suivie par les \u00c9tats-Unis peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un autre facteur d\u00e9terminant. En effet, si les taux baissent, des producteurs comme l\u2019Arabie saoudite ressentent moins l\u2019int\u00e9r\u00eat de produire du p\u00e9trole ou du gaz. Les obligations d\u2019\u00c9tat perdent, pour leur part, de leur attrait, d\u2019o\u00f9 un d\u00e9placement des investissements vers d\u2019autres secteurs, comme les produits de base (\u00abcommodities\u00bb). \u00c0 titre d\u2019exemple, on citera la strat\u00e9gie actuelle de placement des caisses de retraite suisses: d\u2019apr\u00e8s une enqu\u00eate, celles-ci ont relev\u00e9 la moyenne de leurs placements en produits de base de 0% (2004) \u00e0 28,1% (2007)&#13;<br \/>\nSource: Complementa (2008). Enfin les entreprises qui se chargent de g\u00e9rer les stocks ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 accumuler les ressources quand les taux sont bas, car les co\u00fbts d\u2019opportunit\u00e9 du capital li\u00e9 sont relativement faibles. Des donn\u00e9es concernant les stocks \u00e9tasuniens indiquent, certes, que ceux-ci n\u2019ont pas augment\u00e9 pendant la phase de taux d\u2019int\u00e9r\u00eat faible, mais qu\u2019ils sont tomb\u00e9s en dessous de la moyenne \u00e0 long terme. Il est, cependant, douteux que ces donn\u00e9es soient repr\u00e9sentatives des stocks mondiaux.La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une institution officielle qui recueille les informations ad\u00e9quates, les traite et les mette \u00e0 disposition du march\u00e9 a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 reconnue en 1973 et mise en \u0153uvre en 2001 avec la fondation de l\u2019Agence internationale de l\u2019\u00e9nergie (AIE) et de la <i>Joint Oil Data Initiative<\/i> (pour le march\u00e9 p\u00e9trolier). Les derniers mouvements montrent, toutefois, que ces d\u00e9cisions ne suffisent peut-\u00eatre pas \u00e0 assurer une planification suffisante des infrastructures d\u2019exploitation. En Chine, par exemple, le volume de p\u00e9trole demand\u00e9 en 2007 d\u00e9passait de 870&nbsp;000 barils par jour le niveau de 2005. Comme l\u2019offre n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9e \u00e0 temps, la hausse des prix a r\u00e9duit la demande en p\u00e9trole en Europe, aux \u00c9tats-Unis et au Japon de 2005 \u00e0 2007&#13;<br \/>\nHamilton (2009).Les troubles politiques dans les pays fournisseurs inqui\u00e8tent les investisseurs et peuvent provoquer de forts \u00e9carts de prix. \u00c0 titre d\u2019exemples r\u00e9cents, citons la guerre en Irak, les \u00e9meutes au Nigeria ou le programme nucl\u00e9aire iranien. Comme il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 tout r\u00e9cemment, la hausse des prix a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9e dans chacun de ces cas par des achats pr\u00e9ventifs \u2013 donc des r\u00e9actions de crainte de la part des investisseurs \u2013 et non par une rar\u00e9faction effective de l\u2019offre&#13;<br \/>\nKilian (2010). Pour la forte tendance haussi\u00e8re des prix entre 2001 et 2008, ces \u00e9v\u00e9nements politiques ne jouent toutefois qu\u2019un r\u00f4le subalterne. Les capacit\u00e9s effectives de production sont rest\u00e9es constantes, si bien que les prix n\u2019ont augment\u00e9 que bri\u00e8vement pour s\u2019assagir en quelques jours&#13;<br \/>\nHamilton (2009).&#13;<\/p>\n<h2>L\u00e9volution des prix \u00e0 long terme<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\n\u00c0 observer les prix dans la dur\u00e9e (<i>graphique 1<\/i> , trait orange), il appara\u00eet que les forces agissant \u00e0 court terme perdent de leur efficacit\u00e9 avec le temps. Le <i>graphique 2<\/i> prend lexemple du cuivre, de lindium et du p\u00e9trole et montre que la croissance relative des prix ne s\u2019\u00e9loigne pas du z\u00e9ro de fa\u00e7on significative: \u00e0 long terme, le cours de ces ressources non renouvelables ne monte ni ne descend suivant un rythme propre. Sur la dur\u00e9e, l\u2019\u00e9volution des prix des ressources naturelles devrait \u00eatre dict\u00e9e par leur p\u00e9nurie absolue. <i>Hotelling<\/i> a d\u00e9crit d\u00e8s 1931 la meilleure mani\u00e8re pour le propri\u00e9taire d\u2019une ressource non renouvelable d\u2019exploiter son gisement pour maximiser ses gains: vendre \u00e0 chaque p\u00e9riode juste assez pour que le gain progresse \u00e0 un taux analogue \u00e0 celui qu\u2019il aurait obtenu sur d\u2019autres investissements de la m\u00eame classe de risque (r\u00e8gle dite de Hotelling). \u00c0 tout instant, le propri\u00e9taire d\u2019un gisement a, en effet, deux options: soit extraire aujourd\u2019hui une unit\u00e9 de plus, la vendre et placer son gain, soit laisser son gisement en friche, attendre un certain temps, et vendre ensuite l\u2019unit\u00e9 extraite sur le march\u00e9. Pour qu\u2019il y ait \u00e9quilibre, le propri\u00e9taire doit \u00eatre indiff\u00e9rent \u00e0 l\u2019option choisie. Si les termes de l\u2019alterna-tive ne sont pas \u00e9gaux, le propri\u00e9taire pourrait toujours obtenir un gain sup\u00e9rieur en augmentant ou en r\u00e9duisant le volume extrait.&#13;<\/p>\n<h2>Implications de la r\u00e8gle de Hotelling<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nCette r\u00e8gle ne d\u00e9termine pas seulement la libert\u00e9 d\u2019arbitrage des march\u00e9s des ressources, elle d\u00e9crit en m\u00eame temps un r\u00e9- sultat optimal du point de vue macro\u00e9conomique. Contrairement aux autres march\u00e9s, en effet, le volume total disponible donn\u00e9 par la nature d\u2019une ressource constitue une rente pour le propri\u00e9taire; cette derni\u00e8re justifie une hausse du prix au-del\u00e0 des co\u00fbts marginaux. L\u2019existence d\u2019une telle rente est caract\u00e9ristique de l\u2019\u00e9volution des prix des ressources non renouvelables et distingue ces derni\u00e8res des autres march\u00e9s.D\u2019apr\u00e8s la th\u00e9orie, on pourrait supposer que les prix tendent \u00e0 progresser \u00e0 long terme: ce n\u2019est pas ce que l\u2019on observe. Les prix ne seraient-ils alors pas optimaux? Pas n\u00e9cessairement, car le gain n\u2019est pas d\u00e9termin\u00e9 uniquement par le prix, mais aussi par les co\u00fbts et le volume disponible. Pour juger si le prix d\u2019une ressource est optimal, il faut analyser la hausse du \u00abgain net\u00bb ou, autrement dit, de la rente qui lui est associ\u00e9e.Analyser cette rente s\u2019est av\u00e9r\u00e9 particuli\u00e8rement difficile, pour les sp\u00e9cialistes, \u00e0 cause du grand nombre de facteurs susceptibles de l\u2019influencer. On peut classer ces facteurs selon qu\u2019ils concernent les co\u00fbts d\u2019extraction, la raret\u00e9 de la ressource ou le pouvoir de march\u00e9 \u2013 et donc le prix exigible. Parmi les facteurs modifiant les co\u00fbts d\u2019extraction, on citera les progr\u00e8s de la technologie (baisse des co\u00fbts marginaux), la diminution croissante de la qualit\u00e9 du produit extrait et l\u2019acc\u00e8s toujours plus ardu aux gisements (hausse des co\u00fbts marginaux). Dans la pratique, d\u00e9terminer les co\u00fbts marginaux d\u2019extraction s\u2019av\u00e8re d\u00e9j\u00e0 difficile, \u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019on dispose de tr\u00e8s peu de donn\u00e9es.Dans l\u2019analyse du syst\u00e8me optimal, le volume absolu disponible joue en outre un r\u00f4le important. La d\u00e9couverte de nouveaux gisements r\u00e9duit la raret\u00e9 d\u2019une ressource (chute des prix, voir t<i>1<\/i> sur le graphique 1) et prolonge l\u2019horizon temporel jusqu\u2019\u00e0 la fin de son extraction. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le volume connu des ressources n\u2019a cess\u00e9 de cro\u00eetre, si bien qu\u2019il aurait fallu adapter le plan d\u2019extraction optimal \u00e0 la raret\u00e9 effective de la ressource. Les premi\u00e8res \u00e9tudes n\u2019ont, cependant, pas prouv\u00e9 jusqu\u2019ici que le prix du p\u00e9trole ait r\u00e9agi \u00e0 la d\u00e9couverte de nouveaux gisements&#13;<br \/>\nLeinert (2010). La structure des march\u00e9s a \u00e9galement une influence sur le plan d\u2019exploitation, et donc sur l\u2019\u00e9volution des prix d\u2019une ressource. Dans un monopole (voire un oligopole), le prix sera plus \u00e9lev\u00e9 au d\u00e9but qu\u2019en p\u00e9riode de concurrence totale, et il cro\u00eetra moins fortement avec le temps.&#13;<\/p>\n<h2>Incertitudes des propri\u00e9taires de ressources<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa forme simplifi\u00e9e de la r\u00e8gle de Hotelling pr\u00e9sent\u00e9e plus haut d\u00e9crit le syst\u00e8me d\u2019extraction optimal dans un monde parfaitement inform\u00e9. La pratique expose, toutefois, les propri\u00e9taires de ressources \u00e0 une foule d\u2019incertitudes: ils ignorent comment progresseront la technologie et les produits de substitution (d\u00e9veloppement d\u2019autos propuls\u00e9es par batterie, par exemple), si d\u2019autres ressources seront trouv\u00e9es (comme le gisement p\u00e9trolier de Tupi, au Br\u00e9sil), ou si leurs droits de propri\u00e9t\u00e9 seront assur\u00e9s dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. \u00c9tant donn\u00e9 le grand nombre de ces incertitudes, il para\u00eet rationnel de ne pas chercher \u00e0 maximiser son gain sur l\u2019ensemble de la dur\u00e9e de vie de la ressource exploit\u00e9e, mais de raccourcir ce d\u00e9lai. Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, on a ainsi d\u00e9montr\u00e9 que les volumes de p\u00e9trole extraits par l\u2019Arabie saoudite ressortaient d\u2019une telle strat\u00e9gie. En comparaison avec la strat\u00e9gie optimale, celle-ci n\u00e9cessite toutefois des taux d\u2019extraction trop \u00e9lev\u00e9s, qui contribuent \u00e0 la fois \u00e0 d\u00e9t\u00e9riorer le climat et l\u2019environnement, et \u00e0 aggraver l\u2019injustice interg\u00e9n\u00e9rationnelle&#13;<br \/>\nVoir aussi Bretschger et al. (2010).&#13;<\/p>\n<h2>Les ressources naturelles renouvelables<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes ressources renouvelables b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration naturelle, autrement dit d\u2019une croissance dict\u00e9e par la nature. Elles peuvent donc \u00eatre exploit\u00e9es durablement pour autant que le taux de pr\u00e9l\u00e8vement ne d\u00e9passe pas celui de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration. Dans ce cas, le volume trait\u00e9 est constant et le prix (r\u00e9el) ne varie pas dans le temps. Dans le <i>graphique 1,<\/i> la courbe des prix \u00e0 long terme serait ainsi plate et la d\u00e9couverte de nouveaux gisements ne cr\u00e9erait pas de rupture structurelle.L\u2019\u00e9quilibre optimal du march\u00e9 des ressources renouvelables \u2013 contrairement aux autres \u2013 ne conduit pas forc\u00e9ment \u00e0 une exploitation durable et \u00e9quitable pour les g\u00e9n\u00e9rations futures. M\u00eame si les march\u00e9s fonctionnent en r\u00e9gime optimal, on ne peut exclure l\u2019\u00e9puisement d\u2019une ressource renouvelable si l\u2019impatience \u2013 et par l\u00e0 le taux d\u2019escompte \u2013 est trop grande pour \u00e9valuer correctement l\u2019avenir. Pour plusieurs ressources renouvelables, comme les r\u00e9serves de poissons oc\u00e9aniques, les droits de propri\u00e9t\u00e9 ne sont en outre pas d\u00e9finis clairement. Au lieu d\u2019une exploitation id\u00e9ale, le libre acc\u00e8s aux ressources provoque une surexploitation pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement. Une telle situation peut \u00eatre pr\u00e9venue par l\u2019attribution de droits de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9s ou par le rench\u00e9rissement officiel de l\u2019exploitation de la ressource.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1: \u00abTendance des prix des ressources non renouvelables\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2: \u00abEvolution des prix \u00e0 long terme, 1955\u20132007\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Bibliographie&#13;<\/p>\n<h3>Bibliographie<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n\u2212 Baker M. et Wurgler J., \u00abInvestor Sentiment in the Stock Market\u00bb, <i>Journal of Economic Perspectives,<\/i> 21(2), 2007, p. 129\u2013152.\u2212 Bretschger L. et al., <i>Preisentwicklung bei nat\u00fcrlichen Ressourcen. Vergleich von Theorie und Empirie,<\/i> Umwelt-Wissen 1001, Office f\u00e9d\u00e9ral de l\u2019environnement, Berne 2010.\u2212 Complementa Risiko Check-up 2008, <i>Zur aktuellen Lage schweizerischer Pensionskassen<\/i>. Internet: <i><a href=\"http:\/\/www.live.complementa.ch\">http:\/\/www.live.complementa.ch<\/a><\/i>, rubriques \u00abRisiko Check-up\u00bb, \u00abArchiv\u00bb.\u2212 Hamilton J.D., <i>Causes and Consequences of the Oil Shock of 2007\u20132008,<\/i> Brookings Papers on Economic Activity, printemps 2009, Conference Draft.\u2212 Hotelling H., \u00abThe Economics of Exhaustible Resources\u00bb, <i>Journal of Political Economy<\/i>, 1931, 30, p. 137\u2013175.\u2212 Kilian L., \u00abNot All Oil Price Shocks Are Alike: Disentangling Demand and Supply Shocks in the Crude Oil Market\u00bb, <i>American Economic Review<\/i>, vol. 99(3), 2009, p. 1053-69. \u2212 Leinert L., <i>How Do Unanticipated Discoveries of Oil Fields Affect the Oil Price?,<\/i> CER-ETH Working Paper Series, 10\/140, 2010.\u2212 Livernois J., \u00abOn the Empirical Significance of the Hotelling Rule\u00bb, <i>Review of Environmental Economics and Policy<\/i>, 3 (1), 2009, p. 22\u201341.\u2212 Malmendier U., \u00abDepression Babies: Do Macroeconomic Experiences Affect Risk Taking?\u00bb, <i>Quarterly Journal of Economics<\/i>, \u00e0 para\u00eetre en 2010. \u2212 Pindyck R.S., Rotemberg J.J. \u00abThe Excess Co-Movement of Commodity Prices\u00bb, The <i>Economic Journal<\/i>, 100, 403, 1990, p. 1173\u20131189.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es n\u2019ont pas seulement \u00e9t\u00e9 tumultueuses pour les march\u00e9s financiers; ceux des mati\u00e8res premi\u00e8res ont \u00e9galement subi de nombreux changements et soubresauts. Les fortes fluctuations de prix font douter de la capacit\u00e9 des march\u00e9s libres \u00e0 g\u00e9rer au mieux la consommation de mati\u00e8res premi\u00e8res dans une \u00e9conomie. Le pr\u00e9sent article donne un aper\u00e7u [&hellip;]<\/p>","protected":false},"author":3187,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"ep_exclude_from_search":false,"footnotes":""},"post__type":[83],"post_opinion":[],"post_serie":[],"post_content_category":[106],"post_content_subject":[],"acf":{"seco_author":3187,"seco_co_author":[3519,0],"author_override":"","seco_author_post_ocupation_year":"","seco_author_post_occupation_de":"Professor f\u00fcr \u00d6konomie\/ Ressourcen\u00f6konomie am CER-ETH Center of Economic Research, Departement Management, Technologie und \u00d6konomie (MTEC), ETH Z\u00fcrich","seco_author_post_occupation_fr":"Professeur d'\u00e9conomie\/\u00e9conomie des ressources au CER-ETH Center of Economic Research, d\u00e9partement Management, technologie et \u00e9conomie (MTEC), EPF Zurich","seco_co_authors_post_ocupation":[{"seco_co_author":3519,"seco_co_author_post_occupation_year":"","seco_co_author_post_occupation_de":"Institut f\u00fcr \u00d6konomie\/Ressourcen\u00f6konomie, Center of Economic Research, ETH Z\u00fcrich","seco_co_author_post_occupation_fr":"Institut d\u2019\u00e9conomie et d\u2019\u00e9conomie des ressources, Centre de recherches \u00e9conomiques, EPF Zurich"}],"short_title":"","post_lead":"","post_hero_image_description":"","post_hero_image_description_copyright_de":"","post_hero_image_description_copyright_fr":"","post_references_literature":"","post_kasten":null,"post_notes_for_print":"","first_teaser_header_de":"","first_teaser_header_fr":"","first_teaser_text_de":"","first_teaser_text_fr":"","second_teaser_header_de":"","second_teaser_header_fr":"","second_teaser_text_de":"","second_teaser_text_fr":"","kseason_de":"","kseason_fr":"","post_in_pdf":151467,"main_focus":null,"serie_email":null,"frontpage_slider_bild":"","artikel_bild-slider":null,"legacy_id":"8502","post_abstract":"","magazine_issue":null,"seco_author_reccomended_post":null,"redaktoren":null,"korrektor":null,"planned_publication_date":null,"original_files":null,"external_release_for_author":"19700101","external_release_for_author_time":"00:00:00","link_for_external_authors":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/exedit\/559cef8a7cf21"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/151464"}],"collection":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3187"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=151464"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/151464\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":189447,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/151464\/revisions\/189447"}],"acf:user":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/0"},{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3519"},{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3187"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=151464"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post__type","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post__type?post=151464"},{"taxonomy":"post_opinion","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_opinion?post=151464"},{"taxonomy":"post_serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_serie?post=151464"},{"taxonomy":"post_content_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_category?post=151464"},{"taxonomy":"post_content_subject","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_subject?post=151464"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}