{"id":151539,"date":"2010-10-01T12:00:00","date_gmt":"2010-10-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2010\/10\/arvanitis-10\/"},"modified":"2023-08-24T00:56:16","modified_gmt":"2023-08-23T22:56:16","slug":"arvanitis-10","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2010\/10\/arvanitis-10\/","title":{"rendered":"Les effets de l\u2019internationalisation de la R&#038;D sur l\u2019\u00e9conomie suisse"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019internationalisation des activit\u00e9s de recherche et de d\u00e9veloppement (R&amp;D) des entreprises \u00e9tablies en Suisse s\u2019est consid\u00e9rablement accentu\u00e9e ces 20 derni\u00e8res ann\u00e9es. Le pr\u00e9sent article passe en revue les caract\u00e9ristiques fondamentales et les divers motifs des investissements suisses en R&amp;D op\u00e9r\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Il examine aussi les effets de ces investissements sur les performances (innovation, productivit\u00e9) des maisons-m\u00e8res et de l\u2019\u00e9conomie suisse en g\u00e9n\u00e9ral. Il permet du m\u00eame coup de porter un jugement sur la th\u00e8se populaire qui veut que les investissements en R&amp;D \u00e0 l\u2019\u00e9tranger progressent au d\u00e9triment de la place \u00e9conomique et technologique suisse.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nL\u2019importance de ses investissements directs \u00e0 l\u2019\u00e9tranger classe la Suisse parmi les pays les plus internationalis\u00e9s. Pendant longtemps, la mise sur pied d\u2019unit\u00e9s de production et de canaux de distribution a \u00e9t\u00e9 prioritaire. Depuis quelques temps, nos entreprises investissent aussi de plus en plus dans la R&amp;D. Celle effectu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tranger repr\u00e9sentait au milieu des ann\u00e9es quatre-vingt 38% des d\u00e9penses consenties par l\u2019\u00e9conomie suisse en ce domaine; en 2008, cette proportion \u00e9tait de 57%, avec en parall\u00e8le une \u00e9norme progression de l\u2019ensemble des d\u00e9penses de R&amp;D (voir <i>tableau 1<\/i>). Une grande partie de ces investissements (pr\u00e8s de 70% en 2008) revient, toutefois, \u00e0 la chimie\/pharmacie.Si l\u2019on prend comme mesure du degr\u00e9 d\u2019internationalisation de la R&amp;D non pas le volume des investissements, mais le nombre d\u2019entreprises faisant de la R&amp;D \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, l\u2019importance de la chimie\/pharma appara\u00eet nettement moins marqu\u00e9e. Les autres branches technologiques de pointe (\u00e9lectronique, construction \u00e9lectrique, construction de machines) recouvrent, en effet, une forte proportion d\u2019entreprises pratiquant la R&amp;D dans le pays comme \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Le constat est le m\u00eame pour certaines branches \u00e0 fort coefficient de connaissances (p. ex. les services informatiques). Sur l\u2019ensemble des entreprises engag\u00e9es dans la R&amp;D, la quote-part de celles qui la pratiquent aussi \u00e0 l\u2019\u00e9tranger a sensiblement progress\u00e9, passant de 10 \u00e0 18% entre 2000\/02 et 2006\/08.&#13;<\/p>\n<h2>Taille des entreprises et r\u00e9gions cibles<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes grandes soci\u00e9t\u00e9s investissent bien plus fr\u00e9quemment dans la R&amp;D \u00e0 l\u2019\u00e9tranger que les petites et moyennes entreprises (PME): ce qui n\u2019a rien de surprenant. Les ann\u00e9es nonante ont, toutefois, vu la part de ces derni\u00e8res augmenter fortement. En 2006\/08, 16% des entreprises de 5 \u00e0 49 employ\u00e9s \u00e9taient pr\u00e9sentes \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et 19% de celles occupant entre 50 et 249 personnes.La principale zone de R&amp;D \u00e0 l\u2019\u00e9tranger est l\u2019UE: la quasi-totalit\u00e9 des entreprises suisses ainsi engag\u00e9es y sont pr\u00e9sentes (voir <i>tableau 2<\/i>). Suivent loin derri\u00e8re l\u2019Am\u00e9rique du Nord et l\u2019ensemble Chine\/Inde. Cette pr\u00e9sence suisse \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u2013 dont l\u2019importance sexprime dans le total des colonnes, sup\u00e9rieur \u00e0 100% en raison des r\u00e9ponses multiples \u2013 atteint le niveau remarquable de 172%. L\u2019aire g\u00e9ographique couverte par la R&amp;D des petites entreprises est sensiblement plus restreinte que celle des grandes. L\u2019Am\u00e9rique du nord est une r\u00e9gion privil\u00e9gi\u00e9e essentiellement pour les moyennes et grandes entreprises. La Chine et l\u2019Inde le sont aussi, mais uniquement pour les grandes. Les capacit\u00e9s financi\u00e8res et de gestion limit\u00e9es des PME font de la distance g\u00e9ographique et de la \u00abcomplexit\u00e9\u00bb des sites d\u2019activit\u00e9 tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s des obstacles difficilement surmontables.&#13;<\/p>\n<h2>Les strat\u00e9gies d\u2019internationalisation<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe cadre th\u00e9orique dont on se sert pour \u00e9tudier les d\u00e9terminants et les strat\u00e9gies relatifs \u00e0 l\u2019internationalisation de la R&amp;D et pour mesurer son impact sur les performances des maisons-m\u00e8res est le paradigme OLI, de Dunning (2000). Il r\u00e9unit la plupart des th\u00e9ories explicatives des investissements \u00e0 l\u2019\u00e9tranger dans un sch\u00e9ma d\u2019interpr\u00e9tation g\u00e9n\u00e9ral qui distingue trois groupes de facteurs d\u00e9terminants: \u2013 <i>avantages sp\u00e9cifiques \u00e0 l\u2019entreprise (Ownership-specific Advantages \u2013O\u2013):<\/i> avantages de l\u2019entreprise par rapport \u00e0 ses concurrents de la r\u00e9gion cible, consistant essentiellement en atouts immat\u00e9riels, tels que la capacit\u00e9 d\u2019innovation, les brevets, le potentiel technologique, l\u2019insertion dans les r\u00e9seaux du savoir, etc.;\u2013 <i>d\u00e9savantages sp\u00e9cifiques au pays de domicile (Location-specific Disadvantages \u2013L\u2013):<\/i> d\u00e9savantages par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9tranger concernant des facteurs li\u00e9s \u00e0 la R&amp;D, tels que ses co\u00fbts, la r\u00e9glementation des march\u00e9s, les restrictions affectant le d\u00e9veloppement technologique, etc.;\u2013 <i>avantages d\u2019internalisation (Internalising Advantages \u2013I\u2013):<\/i> avantages d\u00e9coulant du fait qu\u2019une entreprise int\u00e8gre \u00e0 son organisation interne des transactions op\u00e9r\u00e9es sur des march\u00e9s technologiques souvent instables, p. ex. en acqu\u00e9rant un fournisseur de produits interm\u00e9diaires complexes pour se m\u00e9nager une garantie de qualit\u00e9.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLes motifs \u00e9num\u00e9r\u00e9s au <i>tableau 3<\/i> sont \u00e9troitement li\u00e9s au paradigme OLI. Pour le type L, le d\u00e9savantage que constituent les co\u00fbts suisses pousse lentreprise \u00e0 s\u2019engager davantage \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Lorsque le march\u00e9 est primordial, cette derni\u00e8re pratique la R&amp;D \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour adapter des produits d\u00e9velopp\u00e9s essentiellement dans le pays d\u2019origine aux pr\u00e9f\u00e9rences et caract\u00e9ristiques des march\u00e9s cibles afin de travailler plus facilement. Dans ce dernier cas, la r\u00e9partition des activit\u00e9s en R&amp;D entre le si\u00e8ge principal et la filiale \u00e9trang\u00e8re se d\u00e9termine en fonction des avantages \u00abO\u00bb qu\u2019en retire la maison-m\u00e8re. Le motif du savoir recouvre des avantages de type I et O. Souvent l\u2019acc\u00e8s au savoir disponible \u00e0 l\u2019\u00e9tranger s\u2019obtient plus facilement sur place, gr\u00e2ce aux relations entretenues avec des sources de connaissances \u00e9trang\u00e8res (laboratoires de recherche, entreprises tr\u00e8s innovantes) \u00e0 la faveur de coop\u00e9rations en R&amp;D ou d\u2019acquisitions (avantages de type I). Il en va de m\u00eame pour le motif des ressources, qui vise l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des d\u00e9tenteurs de savoir sp\u00e9cialis\u00e9s. Tant le motif du savoir que celui des ressources impliquent que l\u2019entreprise soit un partenaire int\u00e9ressant, autrement dit qu\u2019elle fasse sur place de la R&amp;D de grande valeur.Le <i>tableau 3<\/i> montre que le march\u00e9 est le premier motif d&#8217;investissement en R&amp;D \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Le savoir rev\u00eat, toutefois, une grande importance \u2013 surtout s\u2019il rapproche des r\u00e9seaux d\u2019entreprises innovantes \u2013 tout comme les ressources. Les avantages \u00abO\u00bb et \u00abI\u00bb se situent donc au premier plan. Le motif des co\u00fbts \u2013 autrement dit la recherche d\u2019un acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger en raison de d\u00e9savantages de type L en Suisse joue un r\u00f4le mineur. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le motif du savoir a gagn\u00e9 en force et celui des co\u00fbts s\u2019est affaibli. Ajoutons \u00e0 cela le fait que, depuis quelque temps, on trouve de plus en plus de personnel sp\u00e9cialis\u00e9 en R&amp;D \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Pour les grandes entreprises, qui dominent quantitativement le domaine des investissements en R&amp;D \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, le motif du march\u00e9 l\u2019emporte nettement sur les autres. Elles attachent aussi beaucoup de prix au facteur des ressources. En revanche, la question des co\u00fbts est surtout d\u00e9terminante pour les petites entreprises. Constat surprenant: le motif du savoir ne compte pas davantage pour les grandes entreprises que pour les petites.&#13;<\/p>\n<h2>Strat\u00e9gies d\u2019internationalisation<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes entreprises ob\u00e9issent souvent \u00e0 plusieurs motifs \u00e0 la fois. En leur appliquant diff\u00e9rents taux de pond\u00e9ration, il est possible d\u2019identifier des groupements d\u2019entreprises pr\u00e9sentant une combinaison analogue de motifs pr\u00e9f\u00e9rentiels et suivant une strat\u00e9gie d\u2019internationalisation semblable sur le plan de la R&amp;D. D\u2019apr\u00e8s <i>Hollenstein (2009)<\/i>, les donn\u00e9es de l\u2019enqu\u00eate du KOF de 2005 sur l\u2019innovation permettent de distinguer quatre strat\u00e9gies.<i>La<\/i> premi\u00e8re strat\u00e9gie est celle des entreprises qui ont de larges objectifs, autrement dit pour lesquelles la plupart des sept motifs individuels du <i>tableau 3<\/i> ont de l\u2019importance. Pour elles, le savoir (surtout la coop\u00e9ration avec les hautes \u00e9coles) et l\u2019acc\u00e8s \u00e0 du personnel qualifi\u00e9 en R&amp;D est d\u2019une grande importance. Les entreprises de cette cat\u00e9gorie poss\u00e8dent des avantages \u00abO\u00bb tr\u00e8s marqu\u00e9s (activit\u00e9s extr\u00eamement innovantes; intense utilisation de savoir-faire ext\u00e9rieur de nature scientifique; haut potentiel technologique, etc.). On est \u00e9galement frapp\u00e9 par les d\u00e9savantages \u00abL\u00bb de la place helv\u00e9tique \u2013 en particulier la r\u00e9glementation restrictive du march\u00e9 et le manque de personnel tr\u00e8s qualifi\u00e9 qui poussent les investisseurs en R&amp;D \u00e0 regarder \u00e0 l\u00e9tranger. Les entreprises exportatrices de taille moyenne, souvent jeunes, sont particuli\u00e8rement nombreuses \u00e0 suivre cette strat\u00e9gie. <i>La<\/i> deuxi\u00e8me strat\u00e9gie est celle des entreprises pour lesquelles le motif du savoir est pr\u00e9pond\u00e9rant. Elle prend la forme d\u2019une participation \u00e0 des r\u00e9seaux d\u2019entreprises novatrices, combin\u00e9e \u00e0 un transfert de savoir substantiel vers la maison-m\u00e8re. Ces soci\u00e9t\u00e9s se distinguent par leurs avantages de type O et I. Elles sont tr\u00e8s orient\u00e9es sur la recherche et b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019excellentes perspectives de march\u00e9. Les d\u00e9savantages \u00abL\u00bb de la Suisse ne jouent pour elles aucun r\u00f4le. \u00c0 l\u2019\u00e9vidence, ce ne sont pas des conditions domestiques d\u00e9favorables qui les poussent \u00e0 d\u00e9velopper la R&amp;D \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, mais la volont\u00e9 d\u2019enrichir leurs connaissances. Ce type de strat\u00e9gie est suivi par de nombreuses petites entreprises, souvent jeunes, mais aussi, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9, par quelques grandes multinationales pharmaceutiques. <i>La<\/i> troisi\u00e8me strat\u00e9gie est celle des entreprises tr\u00e8s ax\u00e9es sur la R&amp;D et qui vise presque exclusivement \u00e0 am\u00e9liorer leur position sur les march\u00e9s cibles. Les avantages \u00abO\u00bb de ces entreprises se situent avant tout dans leurs activit\u00e9s de d\u00e9veloppement, si bien que chez elles, les nouveaut\u00e9s fondamentales sont plut\u00f4t rares. Les excellentes perspectives de la demande sont le principal moteur de leurs investissements, alors que le potentiel technologique semble plut\u00f4t limit\u00e9. Les d\u00e9savantages de type L existent, mais ne p\u00e8sent pas trop dans la balance. Les adeptes les plus nombreux de cette strat\u00e9gie sont les grandes entreprises industrielles bien \u00e9tablies (et anciennes), fortement exportatrices. <i>La<\/i> quatri\u00e8me strat\u00e9gie concerne les entreprises dont les objectifs sont \u00e9troitement cibl\u00e9s et principalement ax\u00e9s sur les co\u00fbts. Le pays concern\u00e9 leur offre non seulement des co\u00fbts de R&amp;D amoindris, mais aussi une offre abondante de personnel sp\u00e9cialis\u00e9. Ces entreprises nont g\u00e9n\u00e9ralement que peu davantages \u00abO\u00bb (nouveaut\u00e9s incr\u00e9mentales conceptuelles, utilisation de savoir ext\u00e9rieur provenant d\u2019entreprises appartenant \u00e0 la m\u00eame cha\u00eene de valeur ajout\u00e9e). Ici, la R&amp;D n\u2019est pas stimul\u00e9e par la demande, car les march\u00e9s concern\u00e9s grandissent peu et sont tr\u00e8s sensibles aux prix. De fa\u00e7on surprenante, les d\u00e9savantages \u00abL\u00bb de la Suisse ne jouent pas un r\u00f4le majeur dans cette 4e strat\u00e9gie. Celle-ci est surtout suivie par des entreprises de taille r\u00e9duite, le plus souvent anciennes, aux activit\u00e9s exportatrices peu marqu\u00e9es. Une premi\u00e8re analyse fond\u00e9e sur les derni\u00e8res donn\u00e9es disponibles (enqu\u00eate de 2008 sur l\u2019innovation) montre que les strat\u00e9gies 1 et 2 se sont rapproch\u00e9es l\u2019une de l\u2019autre. D\u00e9sormais, on ne distingue plus que <i>trois strat\u00e9gies<\/i>: la premi\u00e8re, \u00e0 large base, o\u00f9 l\u2019\u00e9l\u00e9ment du savoir joue le r\u00f4le principal; la deuxi\u00e8me, presque exclusivement centr\u00e9e sur le motif du march\u00e9; enfin la troisi\u00e8me, certes anim\u00e9e essentiellement par le motif des co\u00fbts, mais dans laquelle la question des ressources (utilisation dun abondant capital humain) joue aussi un plus grand r\u00f4le.&#13;<\/p>\n<h2>Effets directs pour la Suisse&#8230;<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes effets directs se mesurent aux retomb\u00e9es des investissements en R&amp;D \u00e0 l\u2019\u00e9tranger sur la maison-m\u00e8re en Suisse. Le <i>tableau 4<\/i> montre les r\u00e9sultats d\u2019\u00e9valuations \u00e9conom\u00e9triques pour un panel d\u2019entreprises; ceux-ci ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis \u00e0 partir des donn\u00e9es de quatre enqu\u00eates sur l\u2019innovation&#13;<br \/>\nArvanitis et Hollenstein (2010). effectu\u00e9es sur la p\u00e9riode 1996\u20132008. Il ne met en \u00e9vidence que le sens (sous forme de signe) des variables explicatives et non leur intensit\u00e9. On remarque d\u2019abord les effets des variables li\u00e9es aux motifs sur les capacit\u00e9s innovantes (succ\u00e8s commercial de produits novateurs) et sur la productivit\u00e9 du travail des entreprises. Les autres variables servent \u00e0 compl\u00e9ter le mod\u00e8le ou \u00e0 signaler les effets non sp\u00e9cifi\u00e9s. Pour des raisons techniques d\u2019\u00e9valuation, les trois groupes de motifs (celui des co\u00fbts \u00e9tant r\u00e9uni \u00e0 celui des ressources) \u2013 qui correspondent approximativement aux trois strat\u00e9gies d\u2019internationalisation \u2013 ne peuvent \u00eatre introduits que s\u00e9par\u00e9ment dans les deux colonnes qui r\u00e9unissent les effets sur les performances (calculs \u00e9quationnels 1 \u00e0 3 et 4 \u00e0 6).Il ressort du tableau que les investissements en R&amp;D \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ont pour la maison-m\u00e8re des effets variables selon le groupe de motifs consid\u00e9r\u00e9. Les investissements motiv\u00e9s par le savoir am\u00e9liorent les performances innovantes de la maison-m\u00e8re, mais n\u2019ont aucune influence sur la productivit\u00e9 du travail. Les strat\u00e9gies en R&amp;D r\u00e9pondant \u00e0 des motifs de march\u00e9 et de co\u00fbts produisent exactement l\u2019effet inverse: ils augmentent la productivit\u00e9 de la maison-m\u00e8re, mais pas ses performances en mati\u00e8re d\u2019innovation. Dans l\u2019ensemble, les r\u00e9sultats mettent en \u00e9vidence des effets directs positifs.&#13;<\/p>\n<h2>\u2026 et effets indirects<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes effets directs positifs peuvent \u00eatre amplifi\u00e9s par les retomb\u00e9es en termes de savoir ou de productivit\u00e9 des maisons-m\u00e8res sur le reste de l\u2019\u00e9conomie suisse. D\u2019apr\u00e8s <i>Blomstr\u00f6m et Kokko (1998)<\/i>, les effets indirects positifs sont particuli\u00e8rement prononc\u00e9s lorsque les b\u00e9n\u00e9ficiaires potentiels poss\u00e8dent une forte capacit\u00e9 d\u2019absorption du savoir ext\u00e9rieur \u00e0 l\u2019entreprise et que les entreprises qui font de la R&amp;D \u00e0 l\u2019\u00e9tranger sont bien int\u00e9gr\u00e9es au syst\u00e8me d\u2019innovation domestique.La capacit\u00e9 d\u2019absorption des entreprises suisses est tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e en comparaison internationale. D\u2019une part, les bases du savoir sont largement r\u00e9pandues gr\u00e2ce \u00e0 une forte proportion de PME innovantes&#13;<br \/>\nVoir notamment Arvanitis (2010).; d\u2019autre part, selon les chiffres de l\u2019OCDE, la proportion d\u2019employ\u00e9s bien form\u00e9s (en sciences naturelles et techniques), et donc amen\u00e9s \u00e0 jouer un r\u00f4le cl\u00e9 dans l\u2019absorption de savoir ext\u00e9rieur, est tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e. La Suisse devrait \u00e9galement faire bonne figure en ce qui concerne l\u2019int\u00e9gration des entreprises investissant dans la R&amp;D sur sol \u00e9tranger. Le syst\u00e8me suisse d\u2019innovation se caract\u00e9rise, en effet, par un r\u00e9seau intellectuel tr\u00e8s dense en comparaison internationale, et le transfert du savoir entre les hautes \u00e9coles et l\u2019\u00e9conomie priv\u00e9e fonctionne tr\u00e8s bien dans notre pays&#13;<br \/>\nVoir notamment Arvanitis (2006)..L\u2019on d\u00e9duit de tout cela que les effets indirects de l\u2019internationalisation de la R&amp;D sont \u00e9galement positifs pour la Suisse. <i>Ben Hamida et Piscitello (2008)<\/i> fournissent des \u00e9l\u00e9ments qui justifient cette appr\u00e9ciation.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes activit\u00e9s en R&amp;D de l\u2019\u00e9conomie suisse sur des sites \u00e9trangers ont fortement augment\u00e9 ces 20 derni\u00e8res ann\u00e9es, tant du point de vue des entreprises impliqu\u00e9es que du volume des ressources mobilis\u00e9es. On constate aussi que les PME sont de plus en plus impliqu\u00e9es dans ces investissements. Les r\u00e9gions \u00e9conomiquement tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9es, poss\u00e9dant une large base de savoir et de vastes march\u00e9s (UE, Am\u00e9rique du Nord), sont \u00e0 cet \u00e9gard les cibles les plus pris\u00e9es, mais la Chine et l\u2019Inde int\u00e9ressent de plus en plus les grandes soci\u00e9t\u00e9s helv\u00e9tiques. Malgr\u00e9 les progr\u00e8s de l\u2019internationalisation, la grande majorit\u00e9 des entreprises engag\u00e9es dans la R&amp;D continuent, toutefois, d\u2019appliquer une strat\u00e9gie orient\u00e9e exclusivement sur le march\u00e9 int\u00e9rieur. Les entreprises qui font de la R&amp;D \u00e0 l\u2019\u00e9tranger appliquent des strat\u00e9gies d\u2019internationalisation qui se diff\u00e9rencient les unes des autres en fonction de la pond\u00e9ration des motifs. Leurs cons\u00e9quences sont \u00e9galement diff\u00e9rentes \u2013 mais toujours positives \u2013 sur les performances de la maison-m\u00e8re. Les strat\u00e9gies ax\u00e9es sur le savoir am\u00e9liorent les performances innovantes de l\u2019entreprise, mais pas sa productivit\u00e9. La strat\u00e9gie la plus r\u00e9pandue, celle portant sur le march\u00e9, est tr\u00e8s centr\u00e9e. Cest aussi valable, dans une moindre mesure, pour la strat\u00e9gie ax\u00e9e sur les co\u00fbts. Ces deux strat\u00e9gies renforcent la productivit\u00e9 de la maison-m\u00e8re, sans am\u00e9liorer pour autant ses capacit\u00e9s innovantes. Les effets positifs de l\u2019internationalisation de la R&amp;D sur les maisons-m\u00e8res (effets directs) sont accentu\u00e9s par les retomb\u00e9es technologiques et de productivit\u00e9 sur d\u2019autres entreprises (effets indirects). Les r\u00e9sultats observ\u00e9s contredisent la th\u00e8se selon laquelle la progression des investissements en R&amp;D s\u2019op\u00e8rerait au d\u00e9triment de la place \u00e9conomique suisse (effet de substitution). Les activit\u00e9s en R&amp;D dans le pays et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger doivent, au contraire, \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme compl\u00e9mentaires.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 1: \u00abD\u00e9penses de R&amp;D des entreprises suisses \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, 1975\u20132008 (en millions de francs)\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 2: \u00abR\u00e9gions-cibles des activit\u00e9s de R&amp;D en fonction de la taille des entreprises Pourcentage d\u2019entreprises pr\u00e9sentes dans chaque r\u00e9gion; r\u00e9ponses multiples\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 3: \u00abMotifs des activit\u00e9s de R&amp;D \u00e0 l\u2019\u00e9tranger en fonction des tailles d\u2019entreprises Pourcentage d\u2019entreprises accordant beaucoup d\u2019importance au motif mentionn\u00e9\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 4: \u00abInfluence de chacun des motifs d\u2019activit\u00e9s en R&amp;D \u00e0 l\u2019\u00e9tranger sur les performances de l\u2019entreprise\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Bibliographie&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n\u2013 Arvanitis S., Bolli T., Hollenstein H., Ley M. et W\u00f6rter M., <i>Innovationsaktivit\u00e4ten in der Schweizer Wirtschaft. Eine Analyse der Ergebnisse der Innovationserhebung 2008,<\/i> Strukturberichterstattung n\u00b0 46, Berne, 2010, Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019\u00e9conomie (Seco).\u2013 Arvanitis S. et Hollenstein H., <i>How Do Different Motives for R&amp;D Investment in Foreign Locations Affect Domestic Firm Performance? An Analysis Based on Swiss Micro Data,<\/i> KOF Swiss Economic Institute, Working Papers n\u00b0 258, Zurich, 2010.\u2013 Arvanitis S., Kubli U., Sydow N. et W\u00f6rter M., \u00abKnowledge and Technology Transfer between Universities and Private Enterprises in Switzerland \u2013 an Analysis Based on Firm and Institutional Data\u00bb, <i>Konjunktur<\/i>, 69(9), 2006, A1\u2013A32.\u2013 Ben Hamida L. et Piscitello L., <i>The Relationship Between Overseas and Domestic R&amp;D Activities: Evidence for Switzerland,<\/i> Paper Presented at the 33th Annual Conference of the European International Business Academy (EIBA), Tallin, 2008.\u2013 Blomstr\u00f6m M. et Kokko A., \u00abMultinational Corporations and Spillovers\u00bb, <i>Journal of Economic Surveys,<\/i> 12, 1998, p. 247\u2013277.\u2013 Dunning J.H., \u00abThe Eclectic Paradigm as an Envelope for Economic and Business Theories of MNE Activity\u00bb, <i>International Business Review,<\/i> 9, 2000, p. 163\u2013190. \u2013 Hollenstein H., \u00abCharacteristics of Foreign R&amp;D Strategies of Swiss Firms: Implications for Policy\u00bb, dans D. Foray (\u00e9d.), <i>The New Economics of Technology Policy,<\/i> Cheltenham, 2009, Edward Elgar, p. 248\u2013271.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019internationalisation des activit\u00e9s de recherche et de d\u00e9veloppement (R&amp;D) des entreprises \u00e9tablies en Suisse s\u2019est consid\u00e9rablement accentu\u00e9e ces 20 derni\u00e8res ann\u00e9es. Le pr\u00e9sent article passe en revue les caract\u00e9ristiques fondamentales et les divers motifs des investissements suisses en R&amp;D op\u00e9r\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. 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