{"id":151544,"date":"2010-10-01T12:00:00","date_gmt":"2010-10-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2010\/10\/atteslander-8\/"},"modified":"2023-08-24T00:56:29","modified_gmt":"2023-08-23T22:56:29","slug":"atteslander-8","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2010\/10\/atteslander-8\/","title":{"rendered":"D\u00e9bat sur la mondialisation \u00e9conomique et ses effets"},"content":{"rendered":"<p>Les chances et les risques de la mondialisation \u00e9conomique sont au centre du d\u00e9bat ci-contre entre deux personnalit\u00e9s repr\u00e9sentant l\u2019une l\u2019\u00e9conomie et l\u2019autre les organisations non gouvernementales (ONG). Tandis que Jan Atteslander (economiesuisse) met l\u2019accent sur les avantages de la mondialisation \u2013 en particulier l\u2019am\u00e9lioration de la prosp\u00e9rit\u00e9 \u2013, Thomas Braunschweig (D\u00e9claration de Berne) en souligne les zones d\u2019ombre, notamment la distribution in\u00e9gale des richesses. Le repr\u00e9sentant des ONG ne va pas jusqu\u2019\u00e0 remettre en question le principe m\u00eame de la mondialisation, mais il r\u00e9clame une r\u00e9glementation plus s\u00e9v\u00e8re. Les deux interlocuteurs sont divis\u00e9s sur le moment opportun auquel une \u00e9conomie doit s\u2019ouvrir pour stimuler la croissance, ainsi que sur la n\u00e9cessit\u00e9 de cette derni\u00e8re.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Pour l<\/i>\u00e9conomie, la mondialisation est une chance. M. Atteslander, quels en sont les principaux avantages?<b>J. Atteslander:<\/b> Premi\u00e8rement, la prosp\u00e9rit\u00e9 touche d\u00e9sormais toutes les couches de la population gr\u00e2ce \u00e0 la mondialisation. M\u00eame si ce ph\u00e9nom\u00e8ne se limite pour le moment aux nations industrialis\u00e9es, c\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019il se produit depuis les ann\u00e9es cinquante. Deuxi\u00e8mement, les pays en d\u00e9veloppement ont enregistr\u00e9, pour la premi\u00e8re fois depuis les ann\u00e9es quatre-vingt, une croissance plus rapide que les nations industrialis\u00e9es. Troisi\u00e8mement, la prosp\u00e9rit\u00e9 commence aussi \u00e0 s\u2019\u00e9tendre \u00e0 l\u2019ensemble de la population dans les pays \u00e9mergents. On pr\u00e9voit que ceux-ci \u2013 en particulier l\u2019Asie \u2013 g\u00e9n\u00e9reront 60% du PIB mondial d\u2019ici 2030.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>La mondialisation a aussi ses zones d\u2019ombre. O\u00f9 situez-vous les risques, M. Braunschweig?<b>Th. Braunschweig:<\/b> En tant qu\u2019ONG, nous ne nous opposons pas \u00e0 la mondialisation. D\u2019ailleurs, nous profitons \u00e9norm\u00e9ment de ses aspects culturels et politiques. En revanche, ce ph\u00e9nom\u00e8ne rec\u00e8le des risques importants au plan \u00e9conomique, et c\u2019est bien de cela dont nous parlons ici. J\u2019aimerais d\u2019ailleurs relever un paradoxe int\u00e9ressant: il existe une mondialisation intensive des biens et des capitaux, mais les fronti\u00e8res s\u00e9paississent de plus en plus pour les personnes. Sur le plan politique, la mondialisation est extr\u00eamement lacunaire. Il est pr\u00e9occupant de constater que les in\u00e9galit\u00e9s sociales se creusent \u2013 au niveau national, mais aussi entre les \u00c9tats \u2013 et que la consommation des ressources augmente rapidement.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Disposez-vous de chiffres qui puissent \u00e9tayer ces th\u00e8ses? <b>J. Atteslander:<\/b> En 1870, le revenu moyen d\u2019un citoyen du monde, en parit\u00e9 de pouvoir d\u2019achat, s\u2019\u00e9levait \u00e0 1 USD. En 1950, il \u00e9tait de 2,1 USD et en 2007 de 8,5 USD. Au cours des soixante derni\u00e8res ann\u00e9es, le revenu par habitant a donc quadrupl\u00e9. La forte baisse des taxes douani\u00e8res \u2013 qui sont pass\u00e9es de 40% \u00e0 moins de 5% durant la m\u00eame p\u00e9riode \u2013 a largement contribu\u00e9 \u00e0 cette progression.<b>Th. Braunschweig:<\/b> Cette question est tr\u00e8s controvers\u00e9e. Les scientifiques ne savent pas sil existe une corr\u00e9lation forte entre l\u2019ouverture internationale d\u2019un pays et la croissance. En outre, les statistiques \u00e9tablies par le CEPR&#13;<br \/>\nCenter for Economic and Policy Research. pour 116 pays montrent que le PIB par habitant a augment\u00e9 en moyenne de 3,1% par an entre 1960 et 1980. En revanche, il n\u2019a progress\u00e9 que de 1,4% entre 1980 et 2000, autrement dit durant la p\u00e9riode des grandes lib\u00e9ralisations. Ces chiffres d\u00e9montrent en fait que la large ouverture internationale s\u2019est traduite par un ralentissement de la croissance. Par ailleurs, des enqu\u00eates approfondies, r\u00e9alis\u00e9es par UNU-Wider&#13;<br \/>\nInstitut mondial pour la recherch\u00e9 sur l\u2019\u00e9conomie du d\u00e9veloppement, \u00e9tabli par l\u2019universit\u00e9 des Nations Unies (UNU)., montrent que les disparit\u00e9s sociales se sont accentu\u00e9es depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt dans la plupart des pays. Les auteurs attribuent cette \u00e9volution aux politiques \u00e9conomiques de lib\u00e9ralisation.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Quelles conclusions en tirez-vous concr\u00e8tement?<b>Th. Braunschweig:<\/b> L\u2019exemple des \u00abtigres asiatiques\u00bb montre bien les \u00e9tapes d\u2019une mondialisation r\u00e9ussie. Ces pays ont commenc\u00e9 par r\u00e9former leur \u00e9conomie au niveau national. Ils ont attendu d\u2019\u00eatre en position de force pour s\u2019ouvrir vers l\u2019ext\u00e9rieur. Durant cette premi\u00e8re phase de \u00abr\u00e9armement interne\u00bb, ils ont soutenu fortement leurs industries naissantes et r\u00e9form\u00e9 le secteur agricole. Deux mesures ont notamment \u00e9t\u00e9 prises: la redistribution des terres et la garantie du prix des denr\u00e9es agricoles par l\u2019\u00c9tat. Le succ\u00e8s tient aussi au fait que l\u2019ouverture a eu lieu au bon moment. Les pays industrialis\u00e9s ont, d\u2019ailleurs, \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 soutenir et prot\u00e9ger leurs industries naissantes, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elles soient comp\u00e9titives au niveau international. Ce qui a \u00e9t\u00e9 bon pour nous devrait l\u2019\u00eatre aussi pour les pays en d\u00e9veloppement.<b>J. Atteslander:<\/b> Revenons-en aux faits. Si les tigres asiatiques n\u2019avaient pas eu acc\u00e8s aux march\u00e9s mondiaux, leur expansion fulgurante aurait \u00e9t\u00e9 impossible. La croissance n\u00e9cessite aussi bien des r\u00e9formes de l\u2019\u00e9conomie nationale que la capacit\u00e9 et la volont\u00e9 de s\u2019implanter sur le march\u00e9 mondial. En l\u2019occurrence, elle a aussi b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du grand besoin de rattrapage dans le domaine des infrastructures et des \u00e9normes investissements dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif. C\u2019est aussi ce qui explique les succ\u00e8s remport\u00e9s par l\u2019Inde.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Y a-t-il d\u2019autres facteurs importants de r\u00e9ussite?<b>J. Atteslander:<\/b> Oui, la bonne gouvernance. Pour prosp\u00e9rer, l\u2019\u00e9conomie a besoin de stabilit\u00e9. Il y a aussi la croissance b\u00eata, autrement dit l\u2019\u00e9mergence d\u2019une large classe moyenne. Cest m\u00eame crucial pour le d\u00e9veloppement durable. Les gens qui ne profitent pas de la croissance ne se formeront pas non plus. Autre chose de tr\u00e8s important: l\u2019envie d\u2019innover, qui est profond\u00e9ment enracin\u00e9e dans la mentalit\u00e9 asiatique. <b>Th. Braunschweig:<\/b> Je voudrais \u00e9galement souligner que la stabilit\u00e9 du contexte politique et social est essentielle pour la croissance. Or, nous avons aussi quelques r\u00e9serves sur ce point. L\u2019augmentation des in\u00e9galit\u00e9s sociales, que l\u2019on observe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des pays, engendre de l\u2019instabilit\u00e9. C\u2019est pourquoi tous ceux qui souhaitent une croissance durable devraient faire en sorte que les disparit\u00e9s soient aussi r\u00e9duites que possible. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Quel r\u00f4le jouent les r\u00e8gles internationales dans l\u2019\u00e9conomie mondialis\u00e9e, selon vous?<b>J. Atteslander:<\/b> Tout d\u2019abord, les r\u00e8gles en vigueur au niveau international permettent aux petits \u00c9tats de d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats et de porter plainte contre les grands. Cette possibilit\u00e9 est de plus en plus utilis\u00e9e, comme le montre la multiplication des proc\u00e9dures engag\u00e9es au sein de l\u2019OMC. Gr\u00e2ce \u00e0 ces r\u00e8gles, les investisseurs peuvent \u00e9galement mieux \u00e9valuer les risques politiques qu\u2019ils courent dans les pays en d\u00e9veloppement et \u00e9mergents. <b>Th. Braunschweig:<\/b> Dans un monde de plus en plus interd\u00e9pendant, nous avons r\u00e9ellement besoin de r\u00e8gles internationales, en particulier pour prot\u00e9ger les pays petits et faibles. C\u2019est une question de justice: les m\u00eames r\u00e8gles doivent s\u2019appliquer \u00e0 tous. Par cons\u00e9quent, nous soutenons aussi une organisation capable de r\u00e9glementer le commerce mondial. En revanche, nous sommes pr\u00e9occup\u00e9s par le d\u00e9s\u00e9quilibre du dispositif normatif. Celui-ci est extr\u00eamement d\u00e9velopp\u00e9 dans le domaine \u00e9conomique, mais tr\u00e8s lacunaire sur le plan politique. Il arrive souvent que ces diff\u00e9rences de densit\u00e9 r\u00e9glementaire cr\u00e9ent des probl\u00e8mes.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>\u00c0 quoi faites-vous allusion exactement?<b>Th. Braunschweig:<\/b> Je pense aux droits humains. Les principaux cadres l\u00e9gislatifs dans ce domaine sont les deux pactes de l\u2019ONU sur les droits sociaux et civils. Il n\u2019existe, toutefois, aucune possibilit\u00e9 de sanctions efficaces \u2013 contrairement \u00e0 ce qui se passe au niveau du commerce. Cela cr\u00e9e un d\u00e9s\u00e9quilibre. Les pays tendent dabord \u00e0 respecter les r\u00e8gles \u00e9conomiques et \u00e0 n\u00e9gliger celles en vigueur dans les autres domaines.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>En quoi l\u2019arsenal l\u00e9gislatif international devrait-il \u00eatre am\u00e9lior\u00e9? <b>J. Atteslander:<\/b> En mati\u00e8re de r\u00e8gles commerciales, il est urgent de conclure le cycle de Doha. L\u2019abolition des obstacles aux \u00e9changes Sud-Sud rec\u00e8le un important potentiel de croissance. Les pays en d\u00e9veloppement peuvent d\u00e9j\u00e0 acc\u00e9der aux march\u00e9s du Nord en b\u00e9n\u00e9ficiant de droits de douane tr\u00e8s bas, voire nuls. Le renforcement du protectionnisme est aussi de nature \u00e0 entraver la croissance. Depuis deux ou trois ans, on observe une nouvelle vague de mesures protectionnistes.<b>Th. Braunschweig:<\/b> Pour moi, les r\u00e8gles commerciales ne doivent pas \u00eatre \u00e9largies et intensifi\u00e9es. Il faudrait plut\u00f4t les concevoir de mani\u00e8re plus \u00e9quilibr\u00e9e. \u00c0 l\u2019origine, le cycle de Doha devait \u00eatre d\u00e9di\u00e9 au d\u00e9veloppement. Cet aspect a totalement disparu et c\u2019est certainement la raison principale pour laquelle les n\u00e9gociations, entam\u00e9es il y a presque neuf ans, n\u2019ont toujours pas abouti. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Quel r\u00f4le jouent les taxes douani\u00e8res dans les discussions de Doha?<\/i> <b>J. Atteslander:<\/b> Pour de nombreux pays en d\u00e9veloppement, le secteur agricole est le principal probl\u00e8me. En effet, de fortes restrictions \u2013 que ce soit les taxes exorbitantes sur les importations ou les subventions aux exportations du Nord \u2013 bloquent l\u2019acc\u00e8s de leurs produits au march\u00e9 mondial. Comme le montre l\u2019exemple de l\u2019Afrique occidentale, les entreprises du Sud ne peuvent donc pas profiter des avantages de ce march\u00e9. En ce qui concerne les droits de douane sur les produits industriels, les pays en d\u00e9veloppement b\u00e9n\u00e9ficient des syst\u00e8mes de pr\u00e9f\u00e9rences. <b>Th. Braunschweig:<\/b> Les taxes sur les produits industriels sont l\u2019une des raisons pour lesquelles les pays en d\u00e9veloppement et \u00e9mergents n\u2019ont pas c\u00e9d\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent dans les n\u00e9gociations de Doha. Selon eux, il existe un d\u00e9s\u00e9quilibre entre la r\u00e9duction des taxes douani\u00e8res que l\u2019on exige d\u2019eux et celle qui est demand\u00e9e aux nations industrialis\u00e9es. C\u2019est pareil pour les accords sectoriels, qui mettent en particulier sous pression la Chine, l\u2019Inde et le Br\u00e9sil. Les pays \u00e9mergents s\u2019y sont donc clairement oppos\u00e9s.Les syst\u00e8mes de pr\u00e9f\u00e9rences, quant \u00e0 eux, ne s\u2019appliquent qu\u2019aux pays les plus pauvres, ils sont plut\u00f4t l\u2019exception que la r\u00e8gle. C\u2019est pourquoi il convient d\u2019adopter une approche totalement nouvelle dans les n\u00e9gociations et de faire de cette exception une r\u00e8gle. Si nous parlons d\u2019un \u00abcycle du d\u00e9veloppement\u00bb, il faut que les int\u00e9r\u00eats des pays en d\u00e9veloppement \u2013 y compris ceux des pays \u00e9mergents \u2013 soient au centre du d\u00e9bat. Pourquoi inclure les pays \u00e9mergents? Parce que l\u2019Inde reste le pays qui compte le plus grand nombre de pauvres sur la plan\u00e8te. Plus de 70% de sa population vit au-dessous du seuil de pauvret\u00e9. En Chine, l\u2019\u00e9cart entre la population ais\u00e9e et les pauvres ne cesse de s\u2019\u00e9largir.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Que peut et que doit faire la Conf\u00e9d\u00e9ration suisse pour contribuer, sur le plan international, au succ\u00e8s de la mondialisation?<b>Th. Braunschweig:<\/b> La propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle est un exemple classique: notre pays pourrait se servir de sa position privil\u00e9gi\u00e9e en ce domaine pour faire preuve de solidarit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard des pays les plus pauvres. Il devrait renoncer \u00e0 leur imposer des droits de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle qui ne contribuent pas \u00e0 leur d\u00e9veloppement. Apr\u00e8s tout, la Suisse a, elle-m\u00eame, largement profit\u00e9 pour son industrialisation de la faible protection des brevets sur son territoire. Or, elle tente aujourd\u2019hui tr\u00e8s \u00e9go\u00efstement de prot\u00e9ger ses brevets par le biais des dispositions Adpic de l\u2019OMC quand elle conclut des accords bilat\u00e9raux de libre-\u00e9change (ALE). Elle l\u2019a fait notamment lors des n\u00e9gociations entre l\u2019AELE et l\u2019Inde. Cela a d\u2019ailleurs pouss\u00e9 la Norv\u00e8ge \u00e0 se retirer du processus. Pour des raisons li\u00e9es \u00e0 sa politique de d\u00e9veloppement, ce pays ne voulait pas n\u00e9gocier avec l\u2019Inde le renforcement de la protection des brevets, ce que la Suisse revendiquait explicitement.<b>J. Atteslander:<\/b> En tant que place scientifique, la Suisse a un int\u00e9r\u00eat vital \u00e0 prot\u00e9ger ses brevets, afin que son \u00e9conomie puisse mener des activit\u00e9s de R&amp;D dans le monde entier. Nos entreprises construisent actuellement de grands centres de recherche en Asie. Elles y g\u00e9n\u00e8rent du savoir-faire. L\u2019exploitation de la mati\u00e8re grise locale repr\u00e9sente un \u00e9norme potentiel. Les accords de libre-\u00e9change sont n\u00e9goci\u00e9s en partenariat. Dans cette discussion, il importe de consid\u00e9rer un autre \u00e9l\u00e9ment: actuellement, on assiste \u00e0 un vaste d\u00e9placement des ressources intellectuelles au niveau mondial. L\u2019Inde forme pr\u00e8s de 700&nbsp;000 personnes par an dans les professions techniques et les sciences exactes, et la Chine plus de 500 000; la tendance est, du reste, \u00e0 la hausse. En comparaison, l\u2019UE forme 470&nbsp;000 personnes chaque ann\u00e9e dans ces domaines. Par cons\u00e9quent, une protection efficace des brevets rev\u00eatira bient\u00f4t une importance cruciale en Inde et en Chine. C\u2019est une question de temps. Il faut donc rester objectif. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Dans un autre domaine, comment jugez-vous le r\u00f4le des m\u00e9dias dans le d\u00e9bat sur la mondialisation?<b>J. Atteslander:<\/b> Nous avons connu de grands d\u00e9bats dans les ann\u00e9es soixante sur les activit\u00e9s politiques de certaines multinationales. Une deuxi\u00e8me vague de controverses a eu lieu il y a environ quinze ans. Les critiques formul\u00e9es contre ces entreprises ont port\u00e9 leurs fruits. Plusieurs multinationales ont am\u00e9lior\u00e9 leur dialogue avec les acteurs locaux et internationaux. La communication fonctionne aussi diff\u00e9remment de nos jours: comme c\u2019est le cas dans les rapports financiers, on a \u00e9galement commenc\u00e9 \u00e0 quantifier les effets des activit\u00e9s \u00e9conomiques et \u00e0 les pr\u00e9senter activement. Ce processus n\u2019est pas encore termin\u00e9.<b>Th. Braunschweig:<\/b> Effectivement, les multinationales ont fait de grands progr\u00e8s. Pourquoi? Je pense que ces avanc\u00e9es r\u00e9sultent surtout de la pression qu\u2019ont exerc\u00e9e les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, notamment par le biais de campagnes et de boycotts. L\u2019am\u00e9lioration de la communication et des r\u00e9seaux a jou\u00e9 un r\u00f4le central \u00e0 cet \u00e9gard. Elle a permis de faire conna\u00eetre tr\u00e8s rapidement dans le monde entier les cas de mauvaises pratiques. De ce fait, la pression sur les entreprises a augment\u00e9 rapidement. <b>J. Atteslander:<\/b> \u00c0 mon avis, les progr\u00e8s r\u00e9sultent des nouvelles valeurs introduites dans la gestion, et non de la politique des ONG. La plupart des multinationales, qui op\u00e8rent tr\u00e8s loin de leurs grands march\u00e9s de consommateurs, ne peuvent pas \u00eatre mises sous pression par des campagnes publiques.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Comment jugez-vous, dans ce contexte, les mesures d\u2019autor\u00e9gulation prises par l\u2019\u00e9conomie, comme la responsabilit\u00e9 sociale des entreprises? <b>J. Atteslander:<\/b> La responsabilit\u00e9 sociale des entreprises est fondamentale. Toutefois, on doit bien distinguer deux aspects: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, il existe des directives universelles, \u00e9tablies par des instances politiques comme le Pacte mondial ou l\u2019OCDE; de l\u2019autre, les initiatives lanc\u00e9es par les diverses branches de l\u2019\u00e9conomie cr\u00e9ent une dynamique beaucoup plus importante. G\u00e9n\u00e9ralement, leur principe de base consiste \u00e0 montrer l\u2019exemple. Cela fonctionne surtout quand des acteurs locaux voient qu\u2019une multinationale travaille dans un contexte difficile avec de nouvelles m\u00e9thodes de gestion, qu\u2019elle motive son personnel, utilise des syst\u00e8mes de production ultramodernes et qu\u2019en plus, le retour sur capitaux ou sur investissements s\u2019accro\u00eet.<b>Th. Braunschweig:<\/b> La responsabilit\u00e9 sociale des entreprises est certainement n\u00e9cessaire, mais elle ne suffit pas. L\u2019irresponsabilit\u00e9 des banques impliqu\u00e9es dans la crise financi\u00e8re a montr\u00e9 la fa\u00e7on dont les entreprises fonctionnent encore. Le comportement de BP n\u2019est gu\u00e8re plus reluisant, ni celui de Syngenta, qui continue d\u2019inonder le Sud d\u2019herbicides hautement toxiques en toute connaissance de cause. On peut ainsi d\u00e9rouler \u00e0 l\u2019infini la liste des scandales provoqu\u00e9s par des multinationales. Cela ne les emp\u00eache pas de publier de belles brochures sur papier glac\u00e9, qui vantent les m\u00e9rites de la responsabilit\u00e9 sociale des entreprises. Nous demandons des r\u00e8gles contraignantes en la mati\u00e8re.<b>J. Atteslander:<\/b> Cette approche de la responsabilit\u00e9 des entreprises ne fonctionne pas. Il existe des lois nationales et des r\u00e8gles internationales, que les firmes doivent observer. La t\u00e2che des autorit\u00e9s est de les faire respecter et de d\u00e9terminer rapidement, si besoin est, les comp\u00e9tences respectives des \u00c9tats concern\u00e9s par une catastrophe. Lorsque celle-ci est provoqu\u00e9e par un p\u00e9trolier, il n\u2019est pas acceptable que les autorit\u00e9s nationales perdent des jours entiers \u00e0 discuter pour savoir qui doit ramener le navire au port.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>M. Braunschweig, est-ce que vos r\u00e8gles permettraient d\u2019\u00e9viter ce genre d\u2019accidents? <b>Th. Braunschweig:<\/b> Nos r\u00e8gles ne fournissent pas non plus de garantie. Le discours de M. Atteslander tend, toutefois, \u00e0 minimiser le probl\u00e8me. Le plus souvent, cette th\u00e9orie cache le comportement sans scrupules des entreprises impliqu\u00e9es et leur recherche du profit \u00e0 tout prix. Ce que nous disons, c\u2019est que les firmes seraient oblig\u00e9es d\u2019agir de mani\u00e8re responsable si la responsabilit\u00e9 sociale des entreprises comprenait des r\u00e8gles contraignantes et des m\u00e9canismes de sanction. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Avez-vous encore un message important \u00e0 ajouter, avant que nous arrivions au terme de cet entretien? <b>J. Atteslander:<\/b> Je voudrais ajouter quelque chose sur la politique industrielle. Dans la premi\u00e8re phase de la mondialisation, une marchandise \u00e9tait produite dans un pays, puis commercialis\u00e9e dans le monde. Lors de la deuxi\u00e8me phase, qui a commenc\u00e9 il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, la production sest internationalis\u00e9e. Il faut donc \u00eatre prudent avec les concepts de la premi\u00e8re phase, entre autres celui qui consiste \u00e0 prot\u00e9ger les industries naissantes jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elles puissent affronter le march\u00e9 mondial. En utilisant cette approche aujourd\u2019hui, on risquerait de voir augmenter les prix \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays, ce qui ruinerait la comp\u00e9titivit\u00e9 de l\u2019industrie, voire de toute l\u2019\u00e9conomie. Il existe d\u2019autres concepts, que la Chine et l\u2019Inde appliquent avec succ\u00e8s. Le protectionnisme se traduit par des pertes de croissance. <b>Th. Braunschweig:<\/b> Ce dernier point ne constitue pas, \u00e0 mes yeux, la question principale. Une croissance durable ne peut pas saccompagner dune mondialisation qui passerait par une consommation illimit\u00e9e des ressources et une forte augmentation des in\u00e9galit\u00e9s sociales. Nous devons de toute urgence nous pr\u00e9occuper de ces probl\u00e8mes. Notre vision doit radicalement changer. Le rapport entre prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique et qualit\u00e9 de vie est bien plus important que la croissance aveugle. Cette derni\u00e8re a, jusqu\u2019ici, toujours \u00e9t\u00e9 \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la consommation des ressources et rien n\u2019indique que cela soit en train de changer. Nous ne pourrons tout simplement plus nous le permettre \u00e0 l\u2019avenir. Nous devons d\u00e9sormais mettre l\u2019accent sur les perdants de la mondialisation. Ils sont encore des centaines de millions. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Messieurs, je vous remercie de cet entretien.<\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les chances et les risques de la mondialisation \u00e9conomique sont au centre du d\u00e9bat ci-contre entre deux personnalit\u00e9s repr\u00e9sentant l\u2019une l\u2019\u00e9conomie et l\u2019autre les organisations non gouvernementales (ONG). 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