{"id":151619,"date":"2010-09-01T12:00:00","date_gmt":"2010-09-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2010\/09\/rodewald-2\/"},"modified":"2023-08-24T00:57:11","modified_gmt":"2023-08-23T22:57:11","slug":"rodewald-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2010\/09\/rodewald-2\/","title":{"rendered":"Oui \u00e0 la strat\u00e9gie, non \u00e0 la croissance \u00e0 tout prix!"},"content":{"rendered":"<p>Inciter \u00e0 davantage de croissance est certes s\u00e9duisant, mais c\u2019est un raisonnement trop court, car la croissance pour elle-m\u00eame n\u2019a pas de sens. Le paysage est une ressource touristique limit\u00e9e et la poursuite de sa destruction aurait des cons\u00e9quences \u00e9conomiques fatales. S\u2019il est vrai que le tourisme a besoin d\u2019une strat\u00e9gie, celle-ci doit se pr\u00e9occuper avant tout de rattraper les erreurs du pass\u00e9, par exemple en mati\u00e8re d\u2019am\u00e9nagement du territoire.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nCes derniers mois, les lecteurs de la presse touristique n\u2019ont re\u00e7u que de bonnes nouvelles! Ainsi la F\u00e9d\u00e9ration suisse de tourisme (FST) pr\u00e9voyait une augmentation des nuit\u00e9es de 1,9% au cours de l\u2019ann\u00e9e \u00e0 venir. En se basant sur les chiffres de l\u2019h\u00f4tellerie de luxe, la NZZ concluait que \u00abmalgr\u00e9 la gravit\u00e9 de la crise \u00e9conomique mondiale, les excellents r\u00e9sultats de l\u2019hiver 2008\/09 seront de nouveau atteints en plus d\u2019un lieu\u00bb. Des titres r\u00e9cents comme \u00abAfflux de vacanciers indiens en Suisse\u00bb et \u00abLe tourisme a retrouv\u00e9 le sourire\u00bb prouvent la r\u00e9sistance relative du secteur, malgr\u00e9 la faiblesse de l\u2019euro et la crise mondiale des march\u00e9s financiers. Dans de nombreux domaines, la brochure 2009 de la FST \u00abLe tourisme suisse en chiffres\u00bb pr\u00e9sente des recettes en augmentation, \u00e0 l\u2019exception certes du secteur important de l\u2019h\u00f4tellerie-restauration, qui a subi un recul notable du chiffre d\u2019affaires en 2008, pour se reprendre ensuite. La FST en d\u00e9duit que \u00able pire semble pass\u00e9\u00bb.&#13;<\/p>\n<h2>La croissance, une incantation dangereuse<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nQuelle n\u2019a donc pas \u00e9t\u00e9 ma surprise de lire, dans un communiqu\u00e9 du Conseil f\u00e9d\u00e9ral de mars 2010, que celui-ci chargeait le DFE d\u2019\u00e9laborer une strat\u00e9gie de croissance pour le tourisme suisse! Entre-temps, la r\u00e9vision de la loi sur l\u2019innovation dans le tourisme (Innotour) est devenue r\u00e9alit\u00e9. Il faut regretter, d\u00e9clare le Conseil f\u00e9d\u00e9ral, que la Suisse n\u2019appartienne plus aux premi\u00e8res destinations touristiques et ait r\u00e9trograd\u00e9 \u00e0 la 27e place dans le monde pour les arriv\u00e9es de l\u2019\u00e9tranger et \u00e0 la 17e pour les recettes dues aux visiteurs \u00e9trangers; une offensive de croissance cibl\u00e9e sav\u00e8re donc n\u00e9cessaire. Cette argumentation contredit les communiqu\u00e9s r\u00e9cents du secteur touristique, qui, comme on l\u2019a vu, affirment exactement le contraire! Les remont\u00e9es m\u00e9caniques suisses n\u2019annon\u00e7aient-elles d\u2019ailleurs pas, en avril 2010, avoir connu une bonne saison d\u2019hiver malgr\u00e9 la m\u00e9t\u00e9o et la crise financi\u00e8re? \u00c0 quoi bon donc une strat\u00e9gie nationale de croissance? Croit-on vraiment que la magie du terme sera suffisante pour arr\u00eater les crises financi\u00e8res mondiales et les variations des cours de change aux fronti\u00e8res nationales?Quarante ans apr\u00e8s la publication du rapport du Club de Rome Les limites de la croissance, cette derni\u00e8re reste un mythe et fait toujours partie du r\u00e9pertoire des hommes politiques et des h\u00e9rauts de l\u2019\u00e9conomie. N\u2019est-elle pas cens\u00e9e \u00e9liminer le ch\u00f4mage, assurer la prosp\u00e9rit\u00e9 et garantir la protection de l\u2019environnement? L\u2019absence de croissance serait alors in\u00e9vitablement une r\u00e9gression, le retour \u00e0 la pauvret\u00e9. Or la question devrait \u00eatre: \u00abQu\u2019est-ce qui est cens\u00e9 cro\u00eetre: les exigences des consommateurs, la circulation, les co\u00fbts de la sant\u00e9, les zones constructibles?\u00bb, car tout cela contribue \u00e0 la croissance \u00e9conomique. Ainsi, dans leur ouvrage <i>Das Geschw\u00e4tz vom Wachstum<\/i> (\u00abLes balivernes de la croissance\u00bb, 2004), Urs. P. Gasche et Hanspeter Guggenb\u00fchl calculent les cons\u00e9quences d\u2019une croissance du PIB de 3% par an (pr\u00e9visions du Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019\u00e9conomie Seco pour 2010: 1,4%): la production de biens et services doublerait en l\u2019espace de 23 ans et demi, puisqu\u2019on sait que la croissance, exprim\u00e9e en pour-cent, a des effets exponentiels. Qu\u2019on imagine seulement: deux fois plus de remont\u00e9es m\u00e9caniques, de centres de bien-\u00eatre, d\u2019hypermarch\u00e9s et de maisons de vacances, deux fois plus de trafic, deux fois plus d\u2019\u00e9nergie et d\u2019eau consomm\u00e9es! Vouloir tout cela sans entamer les ressources naturelles comme le sol et le paysage, qui n\u2019augmentent pas, eux, est une contradiction \u00e0 la limite du paradoxe.Invoquer la croissance est donc dangereux, d\u2019autant plus que la satisfaction des humains ne doublerait sans doute pas et que la nature en subirait les cons\u00e9quences. Je suis d\u2019avis que les limites de la croissance sont d\u00e9j\u00e0 atteintes \u2013 voire d\u00e9pass\u00e9es \u2013 un peu partout dans le tourisme. Qu\u2019on songe seulement aux vill\u00e9giatures urbanis\u00e9es, aux pistes surcharg\u00e9es, \u00e0 la forte circulation touristique et \u00e0 l\u2019\u00e9norme consommation des ressources que sont l\u2019eau, l\u2019\u00e9nergie et le paysage. Au lieu de se demander comment cro\u00eetre encore davantage, on ferait mieux de s\u2019attaquer aux probl\u00e8mes du non-sens \u00e9conomique des r\u00e9sidences secondaires et des zones constructibles surdimensionn\u00e9es, ou de s\u2019inqui\u00e9ter des atteintes \u00e0 la nature et au paysage. On aurait aussi attendu du Conseil f\u00e9d\u00e9ral qu\u2019il mise sur les forces du tourisme indig\u00e8ne et ne s\u2019inspire pas d\u2019un classement douteux, d\u2019autant plus que toute comparaison entre une industrie touristique vieille de 250 ans et l\u2019espace extr\u00eame-oriental ou est-europ\u00e9en est absurde.&#13;<\/p>\n<h2>Il faut une strat\u00e9gie, certes\u2026<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nIl n\u2019en reste pas moins que le tourisme suisse a besoin d\u2019une vision strat\u00e9gique. Du point de vue de la protection du paysage, le programme Innotour a eu jusqu\u2019ici des effets tout \u00e0 fait positifs. Des projets comme SuisseMobile, le village de vacances d\u2019Urn\u00e4sch et sa bonne int\u00e9gration, ou encore les diff\u00e9rents labels de qualit\u00e9, favorisent un tourisme qui mise sur la qualit\u00e9, l\u2019int\u00e9gration sociale, culturelle et territoriale, et l\u2019accueil de visiteurs suisses et \u00e9trangers au porte-monnaie plus ou moins bien garni. Le programme Innotour m\u00e9rite donc parfaitement d\u2019\u00eatre prolong\u00e9 et l\u2019on peut m\u00eame se demander si le cr\u00e9dit d\u2019engagement de 20 millions de francs pour quatre ans ne devrait pas \u00eatre relev\u00e9. En revanche, le nouveau programme souffre d\u2019une absence de ligne th\u00e9matique claire. Faute d\u2019objectifs pr\u00e9cis et de r\u00e9alisations concr\u00e8tes, l\u2019allusion au d\u00e9veloppement durable sonne creux et sans conviction. Ainsi, l\u2019encouragement des projets touristiques r\u00e9gionaux ou locaux (art. 3, al. 2b de la r\u00e9vision projet\u00e9e), qui devraient, par exemple, d\u00e9boucher sur des strat\u00e9gies d\u2019adaptation au changement climatique, constitue une bouteille \u00e0 l\u2019encre. On se demande tout de suite s\u2019il s\u2019agit de subventionner des canons \u00e0 neige ou d\u2019ouvrir des domaines skiables en haute montagne, ce qui n\u2019aurait plus rien \u00e0 voir avec la durabilit\u00e9 tant invoqu\u00e9e. En continuant \u00e0 d\u00e9velopper les infrastructures touristiques au d\u00e9triment des sites construits et naturels, on gagnera peut-\u00eatre quelques rangs par rapport \u00e0 la Chine, mais l\u2019on d\u00e9couragera les touristes.&#13;<\/p>\n<h2>\u2026 mais ax\u00e9e sur l\u2019am\u00e9nagement du territoire, la nature et le paysage<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa strat\u00e9gie touristique ferait mieux de viser des objectifs concrets et les fonds d\u2019encouragement devraient \u00eatre allou\u00e9s de fa\u00e7on coh\u00e9rente, sur la base de programmes pluriannuels. L\u2019un des principaux d\u00e9fis, \u00e0 mon avis, consiste \u00e0 pr\u00e9server la qualit\u00e9 de deux biens touristiques primordiaux, la nature et le paysage. Or, de nombreuses stations de vacances abritent de v\u00e9ritables bombes \u00e0 retardement, telles que les zones constructibles surdimensionn\u00e9es et le dynamisme actuel de la construction; ce dernier concerne surtout le domaine des complexes touristiques, qui sont souvent autant de projets hautement sp\u00e9culatifs et qui reposent sur les r\u00e9sidences secondaires, des promesses d\u2019exploitation incertaines et une architecture banale. Si tous ceux pr\u00e9vus (comme celui d\u2019Aminona, en Valais) \u00e9taient r\u00e9alis\u00e9s et que les zones constructibles surdimensionn\u00e9es \u00e9taient effectivement construites, le capital de base du tourisme \u00e0 savoir le paysage serait atteint de fa\u00e7on irr\u00e9versible. Comme il est probable que le tourisme d\u2019\u00e9t\u00e9 gagne d\u00e9sormais en importance par rapport au tourisme d\u2019hiver en Suisse, et qu\u2019il faudra donc attirer des visiteurs plus sensibles \u00e0 l\u2019environnement et au paysage, la branche doit s\u2019engager plus activement dans l\u2019am\u00e9nagement du territoire et d\u2019autres domaines politiques. La politique des ressources doit devenir un pilier de la politique officielle du tourisme. Une bonne strat\u00e9gie devrait donc soutenir les mesures en faveur d\u2019un redimensionnement des zones constructibles dans les r\u00e9gions touristiques et d\u2019une restriction s\u00e9v\u00e8re de la construction de r\u00e9sidences secondaires. Innotour devrait en outre soutenir des projets exemplaires, qui s\u2019attaquent au changement climatique (exemple: r\u00e9seau des communes glaciaires de Suisse), favorisent la promotion de la diversit\u00e9 paysag\u00e8re et culturelle des parcs naturels, permettent de mettre en \u0153uvre la Convention des Alpes, valorisent les voies de communication historiques et, enfin, freinent le b\u00e9tonnage et l\u2019asphaltage regrettables des routes d\u2019alpage et des sentiers de randonn\u00e9e.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Inciter \u00e0 davantage de croissance est certes s\u00e9duisant, mais c\u2019est un raisonnement trop court, car la croissance pour elle-m\u00eame n\u2019a pas de sens. Le paysage est une ressource touristique limit\u00e9e et la poursuite de sa destruction aurait des cons\u00e9quences \u00e9conomiques fatales. 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