{"id":151714,"date":"2010-07-01T12:00:00","date_gmt":"2010-07-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2010\/07\/delbiaggio-4\/"},"modified":"2023-08-24T00:57:16","modified_gmt":"2023-08-23T22:57:16","slug":"delbiaggio-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2010\/07\/delbiaggio-4\/","title":{"rendered":"La propri\u00e9t\u00e9 du logement en Suisse"},"content":{"rendered":"<p>En Suisse, pour bien des m\u00e9nages, poss\u00e9der son logement est un r\u00eave inaccessible. Ce pays pr\u00e9sente en effet un taux de propri\u00e9taires remarquablement bas si on le compare \u00e0 d\u2019autres. 26,4% des m\u00e9nages poss\u00e9daient leur logement en 1970; 38,3% en 2000&#13;<br \/>\nSources des donn\u00e9es&nbsp;: Recensements f\u00e9d\u00e9raux de la population de 1970 \u00e0 2000.. Un tiers de cette hausse concerne les maisons individuelles, les deux autres tiers la propri\u00e9t\u00e9 par \u00e9tage. La progression s\u2019est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e durant la pr\u00e9sente d\u00e9cennie, mais le taux de propri\u00e9taires suisse \u2013 soit le pourcentage de m\u00e9nages vivant dans leur propre appartement ou leur propre maison&#13;<br \/>\nParfois, le taux de propri\u00e9taires n\u2019est pas d\u00e9fini comme ici sur la base des m\u00e9nages poss\u00e9dant leur logement, mais sur celle du nombre d\u2019unit\u00e9s d\u2019habitation poss\u00e9d\u00e9es par les m\u00e9nages. Cette diff\u00e9rence de d\u00e9finition du logement en propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 usage personnel implique \u00e9ventuellement de l\u00e9g\u00e8res diff\u00e9rences de valeurs dans les taux de propri\u00e9taires. \u2013 est toujours le plus bas de tous les pays d\u2019Europe occidentale. Selon l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral du logement (OFL), le pourcentage de propri\u00e9taires s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 83% en Espagne, \u00e0 56% en Autriche, \u00e0 55% en France et \u00e0 43% en Allemagne. <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201007_08_Delbiaggio_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"245\" \/>&#13;<\/p>\n<h2>Taux de propri\u00e9taires et typologies spatiales<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nPlusieurs publications insistent sur ce point&#13;<br \/>\nVoir p. ex. OFL (2005) ou Gerheuser (2004).: le taux de propri\u00e9t\u00e9 diff\u00e8re fortement entre les diff\u00e9rents cantons. Les cantons citadins comme Zurich, B\u00e2le-Ville ou Gen\u00e8ve pr\u00e9sentent les taux les plus faibles, tandis que le Valais, Appenzell Rhodes-Int\u00e9rieures et le Jura pr\u00e9sentent la plus grande proportion de propri\u00e9taires et sont proches des valeurs des pays voisins (voir <i>graphique 1<\/i>).Une analyse de la r\u00e9partition du taux de propri\u00e9taires selon les typologies spatiales permet d\u2019affiner l\u2019id\u00e9e r\u00e9currente d\u2019une Suisse o\u00f9 les propri\u00e9taires sont particuli\u00e8rement peu nombreux par rapport \u00e0 d\u2019autres pays. Il appara\u00eet par exemple que le taux de propri\u00e9taires est d\u2019autant plus \u00e9lev\u00e9 que la taille des communes est faible. Pour les communes comptant moins de 1000 habitants, le taux de propri\u00e9taires \u2013 autrement dit la proportion de m\u00e9nages poss\u00e9dant leur logement \u2013 d\u00e9passe pour l\u2019ann\u00e9e 2000 le seuil des 60%.L\u2019\u00e9volution des taux de propri\u00e9taires durant la p\u00e9riode de 1970 \u00e0 2000 r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement des dynamiques cantonales diff\u00e9rentes. Par exemple, le taux du canton de Neuch\u00e2tel a presque doubl\u00e9 tandis que celui du canton d\u2019Obwald est rest\u00e9 pratiquement inchang\u00e9 (voir <i>graphique 2<\/i>).Si l\u2019on prend en consid\u00e9ration les bassins d\u2019emplois, l\u2019\u00e9volution du taux de propri\u00e9taires demeure tout aussi h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne&#13;<br \/>\nSelon la typologie de l\u2019OFS (2005).. Dans les r\u00e9gions de Gen\u00e8ve, Neuch\u00e2tel, Zurich, B\u00e2le et Lausanne, le taux de propri\u00e9taires a augment\u00e9 de plus de 200% entre 1970 et 2000. \u00c0 l\u2019autre bout de l\u2019\u00e9chelle, on rencontre des r\u00e9gions comme Bellinzona, Coire et Sion, qui pr\u00e9sentent des taux de croissance nettement plus faibles. Contrairement \u00e0 Sion, les taux de propri\u00e9taires dans les deux autres r\u00e9gions sont parmi les plus bas du pays.&#13;<\/p>\n<h2>Quels sont les facteurs qui influencent le taux de propri\u00e9taires?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nUne recherche empirique bas\u00e9e sur les donn\u00e9es des recensements de la population de 1970 \u00e0 2000 a permis de tester divers facteurs d\u00e9terminants pour les variations des taux de propri\u00e9taires dans les cantons suisses&#13;<br \/>\nPour les d\u00e9tails voir Delbiaggio et Wanzenried (2009a).. En suivant l\u2019exemple de Hilber (2007), le mod\u00e8le \u00e9conom\u00e9trique inclut des facteurs sp\u00e9cifiques aux m\u00e9nages, d\u2019autres se rapportent aux b\u00e2timents, d\u2019autres encore aux communes et aux localit\u00e9s, aux cantons et aux r\u00e9gions; un groupe de variables politiques a m\u00eame \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9. Les propri\u00e9taires d\u2019appartement et de maison ont \u00e9t\u00e9 pris en compte aussi bien ensemble que s\u00e9par\u00e9ment.Les facteurs sp\u00e9cifiques aux m\u00e9nages comprennent un large spectre d\u2019informations sociod\u00e9mographiques sur le responsable du m\u00e9nage et son partenaire, ainsi que des facteurs relatifs \u00e0 la mobilit\u00e9, comme par exemple des donn\u00e9es sur les lieux de travail et de domicile. Les donn\u00e9es sp\u00e9cifiques aux b\u00e2timents comprennent des informations sur le type et l\u2019anciennet\u00e9 des logements. Les informations sp\u00e9cifiques aux communes et aux localit\u00e9s incluent des aspects tels le taux de logements vacants, la densit\u00e9 de la population et du b\u00e2ti, le revenu imposable moyen par m\u00e9nage ainsi que des donn\u00e9es sur le type de commune selon <i>Les niveaux g\u00e9ographiques de la Suisse<\/i> de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique (OFS). Enfin, le groupe des variables politiques int\u00e8gre les diverses mesures de soutien au logement prises par les cantons. Il a aussi fallu, lors du choix des nombreux facteurs d\u00e9terminants, veiller \u00e0 ce qu\u2019ils ne soient pas trop fortement corr\u00e9l\u00e9s entre eux, car cela repr\u00e9sente un probl\u00e8me pour la m\u00e9thode utilis\u00e9e d\u2019estimation par les moindres carr\u00e9s. Les tests n\u00e9cessaires ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9s.Dans l\u2019ensemble, les variables saisies dans les diverses sp\u00e9cifications du mod\u00e8le poss\u00e8dent un haut pouvoir explicatif. \u00c9tant donn\u00e9 la complexit\u00e9 du mod\u00e8le, et l\u2019ampleur cons\u00e9cutive des r\u00e9sultats, seule une petite partie d\u2019entre eux sont pr\u00e9sent\u00e9s ici. En ce qui concerne les facteurs sp\u00e9cifiques aux m\u00e9nages, on peut \u00e9crire ce qui suit: plus son responsable est \u00e2g\u00e9, plus la probabilit\u00e9 est \u00e9lev\u00e9e que le m\u00e9nage poss\u00e8de son logement. Les \u00e9trangers sont moins souvent propri\u00e9taires que les Suisses. Les m\u00e9nages avec enfants sont en moyenne moins souvent propri\u00e9taires, bien que cela change avec l\u2019augmentation de l\u2019\u00e2ge de leur responsable. Une formation plus \u00e9lev\u00e9e du chef de m\u00e9nage et de son partenaire n\u2019implique pas automatiquement une probabilit\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9e que le m\u00e9nage poss\u00e8de son logement; mais si l\u2019on prend aussi l\u2019\u00e2ge en consid\u00e9ration, on observe que les personnes \u00e2g\u00e9es pourvues d\u2019une bonne formation tendent \u00e0 \u00eatre propri\u00e9taires.Lorsque l\u2019on consid\u00e8re les facteurs sp\u00e9cifiques aux localit\u00e9s et aux r\u00e9gions, on observe ce qui suit: plus le taux de logements vacants est \u00e9lev\u00e9, plus la possession du logement est probable. \u00c0 l\u2019inverse, une densit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e de population influence n\u00e9gativement le taux de propri\u00e9taires. De fa\u00e7on coh\u00e9rente, le taux de propri\u00e9taires est aussi plus \u00e9lev\u00e9 dans les r\u00e9gions rurales que dans les zones urbaines.&#13;<\/p>\n<h2>Mobilit\u00e9 et propri\u00e9t\u00e9 du logement<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa recherche mentionn\u00e9e \u00e9tudie \u00e9galement l\u2019impact que la mobilit\u00e9 des m\u00e9nages peut avoir sur le taux de propri\u00e9taires. Lorsqu\u2019un m\u00e9nage habite dans la localit\u00e9 o\u00f9 son responsable est n\u00e9, la probabilit\u00e9 est plus grande qu\u2019il soit propri\u00e9taire de son logement. Ce r\u00e9sultat est notamment li\u00e9 au fait que les biens immobiliers demeurent par h\u00e9ritage au sein de la famille, et que beaucoup de gens restent volontiers vivre l\u00e0 o\u00f9 ils ont grandi. Ces derniers repr\u00e9sentent 20% des responsables de m\u00e9nage suisses.Une autre variable rel\u00e8ve si les m\u00e9nages ont d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 ou non durant les cinq derni\u00e8res ann\u00e9es. Ceux qui n\u2019ont pas chang\u00e9 de domicile durant ce laps de temps (74% de l\u2019ensemble) sont plus susceptibles d\u2019\u00eatre propri\u00e9taires que les autres. Cette corr\u00e9lation n\u00e9gative entre mobilit\u00e9 et propri\u00e9t\u00e9 s\u2019explique, entre autres, par le bon fonctionnement du march\u00e9 des logements locatifs en Suisse.Les effets des diff\u00e9rences entre le lieu de domicile et celui du travail ont, enfin, \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9s. Lorsque le responsable du m\u00e9nage habite et travaille dans le m\u00eame bassin d\u2019emplois&#13;<br \/>\nD\u00e9finition selon les typologies spatiales de l\u2019OFS., il est plus probable que le m\u00e9nage soit propri\u00e9taire d\u2019un appartement, mais moins probable qu\u2019il soit propri\u00e9taire d\u2019une maison. Outre les pr\u00e9f\u00e9rences du m\u00e9nage, ce fait est notamment \u00e0 rattacher \u00e0 l\u2019urbanisation et aux emplois qui s\u2019y rattachent. Un m\u00e9nage qui habite dans une r\u00e9gion avec beaucoup de places de travail est \u00e9galement confront\u00e9 \u00e0 des prix de l\u2019immobilier plus \u00e9lev\u00e9s. Comme une maison demande en g\u00e9n\u00e9ral plus de ressources qu\u2019un appartement, il est plus probable que le m\u00e9nage poss\u00e8de un appartement. Cela signifie aussi que les propri\u00e9taires de maison tendent \u00e0 s\u2019accommoder de trajets professionnels plus importants.&#13;<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9pargne-logement, un encouragement de l\u2019\u00c9tat \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 du logement<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL\u2019actualit\u00e9 politique fait que, quand on parle de l\u2019aide que l\u2019\u00c9tat apporte \u00e0 l\u2019accession \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9, on songe d\u2019abord \u00e0 l\u2019\u00e9pargne-logement. Deux initiatives populaires sur la question sont actuellement en suspens devant le Parlement: <i>Acc\u00e9der \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9pargne-logement,<\/i> de l\u2019Association suisse des propri\u00e9taires fonciers, et une initiative de la Soci\u00e9t\u00e9 suisse pour la promotion de l\u2019\u00e9pargne-logement. Les deux initiatives demandent que l\u2019\u00e9pargne-logement soit inscrite dans la loi en tant que placement b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019avantages fiscaux, afin de favoriser l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9. Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a demand\u00e9 au Parlement, dans son message de septembre pass\u00e9, de rejeter les deux initiatives sans contre-projet. Le Conseil national a n\u00e9anmoins d\u00e9cid\u00e9, le 18 mars 2010, sur proposition de la CER-N, de recommander au peuple et aux cantons d\u2019accepter les deux initiatives populaires. Le Conseil des \u00c9tats sest saisi du dossier durant sa session d\u00e9t\u00e9: il a rejet\u00e9 linitiative de la Soci\u00e9t\u00e9 suisse pour la promotion de l\u2019\u00e9pargne-logement et demand\u00e9 quon oppose un contre-projet indirect \u00e0 celle de la Soci\u00e9t\u00e9 suisse pour la promotion de l\u2019\u00e9pargne-logement. Le Conseil des \u00c9tats a donc confi\u00e9 le soin de le r\u00e9diger \u00e0 sa Commission de l\u00e9conomie et des redevances.Dans les cantons de B\u00e2le-Campagne, Zoug, Gen\u00e8ve et Obwald, la propri\u00e9t\u00e9 est depuis longtemps encourag\u00e9e \u00e0 travers l\u2019\u00e9pargne-logement. Ces mod\u00e8les consistent en mesures telles que des all\u00e8gements fiscaux pour les d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 affectation fixe, des conditions sp\u00e9ciales de la part des banques et des paiements plafonn\u00e9s vers\u00e9s directement par le canton. Les instruments sont diff\u00e9rents, mais les mod\u00e8les d\u2019\u00e9pargne-logement de ces quatre cantons ont tous pour but d\u2019encourager l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9. Il n\u2019y a que dans le canton de B\u00e2le-Campagne que les avantages fiscaux concernent la premi\u00e8re acquisition d\u2019un logement \u00e0 usage person-nel, ce que l\u2019on nomme la d\u00e9duction pour l\u2019\u00e9pargne-logement.Les effets de ces mod\u00e8les d\u2019\u00e9pargnelogement ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9s dans le cadre de notre recherche empirique mentionn\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment et bas\u00e9e sur les donn\u00e9es du recensement de 1970 \u00e0 2000&#13;<br \/>\nVoir Delbiaggio et Wanzenried (2009b).. Une analyse \u00e9conom\u00e9trique a permis de tester en particulier si le taux de propri\u00e9taires dans les cantons poss\u00e9dant des mod\u00e8les d\u2019\u00e9pargne-logement avait plus fortement augment\u00e9 que dans les autres cantons \u2013 en contr\u00f4lant les nombreux autres facteurs qui influencent le taux de propri\u00e9taires (facteurs socio\u00e9conomiques, sp\u00e9cifiques aux b\u00e2timents, et caract\u00e9ristiques sp\u00e9cifiques aux communes et aux r\u00e9gions). Un effet significatif de l\u2019\u00e9pargnelogement dans les cantons concern\u00e9s n\u2019a pas pu \u00eatre d\u00e9montr\u00e9. Il faut peut-\u00eatre rechercher l\u2019explication de ce fait dans la minceur de l\u2019enveloppe allou\u00e9e \u00e0 la promotion de l\u2019\u00e9pargne-logement ou dans les conditions restrictives de son octroi.&#13;<\/p>\n<h2>L\u2019acc\u00e8s \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 doit-il vraiment \u00eatre encourag\u00e9 par l\u2019\u00c9tat?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nUn des premiers arguments que font valoir les partisans d\u2019un soutien de l\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019accession \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 est la grande faiblesse du taux moyen de propri\u00e9taires en Suisse. Il s\u2019agit surtout de d\u00e9terminer les conditions dans lesquelles la propri\u00e9t\u00e9 doit \u00eatre encourag\u00e9e par l\u2019\u00c9tat conform\u00e9ment au mandat constitutionnel. Outre le profit \u00e9conomique qu\u2019offre \u00e0 la rigueur une hausse du taux de propri\u00e9taires, on se doit de relever plus particuli\u00e8rement des aspects sociaux tels la satisfaction qu\u2019offre le logement, l\u2019engagement dans la vie de la commune de domicile et l\u2019int\u00e9gration sociale. Il faut, cependant, tenir compte des \u00e9ventuels effets \u00e9conomiques n\u00e9gatifs. Il se peut, par exemple, que la propri\u00e9t\u00e9 du logement restreigne la mobilit\u00e9 de la main d\u2019\u0153uvre et donc une r\u00e9partition efficace du facteur travail. Plusieurs \u00e9tudes ont montr\u00e9 que l\u2019augmentation du taux de propri\u00e9taires peut affaiblir la mobilit\u00e9 et accro\u00eetre le ch\u00f4mage&#13;<br \/>\nVoir p. ex. Oswald (1996), Pehkonen (1999).. Des mesures d\u2019encouragement \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 auraient des effets tout aussi n\u00e9gatifs sur l\u2019\u00e9conomie s\u2019ils acc\u00e9l\u00e9raient le processus de l\u2019\u00e9talement urbain; il faut donc, pour cette raison, que les \u00e9ventuelles mesures d\u2019encouragement distinguent entre les constructions nouvelles et les logements locatifs propos\u00e9s en accession \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9. Malheureusement, la recherche en Suisse est lacunaire sur ces deux questions&#13;<br \/>\nLes premiers r\u00e9sultats sur le lien entre propri\u00e9t\u00e9, mobilit\u00e9 et \u00e9talement urbain peuvent \u00eatre trouv\u00e9s dans Delbiaggio et Wanzenried (2009c)..L\u2019encouragement de l\u2019\u00c9tat \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 doit aussi prendre en compte le fait que le r\u00eave d\u2019\u00eatre propri\u00e9taire peut rapidement se transformer en cauchemar financier. Pour de nombreux m\u00e9nages, poss\u00e9der son logement implique une concentration des risques et une diversification insuffisante des actifs. Une \u00e9tude pour l\u2019Allemagne a, par exemple, montr\u00e9 qu\u2019en 2003 environ 75% de la fortune brute des m\u00e9nages dans les anciens l\u00e4nder (68% dans les nouveaux) consistait en biens immobiliers&#13;<br \/>\nVoir Ammerm\u00fcller et al. (2005), tableau 77.. On sait aussi qu\u2019en Suisse les engagements financiers des m\u00e9nages priv\u00e9s consistent pour 90% en hypoth\u00e8ques&#13;<br \/>\nVoir BNS (2008).. Cette forte pr\u00e9pond\u00e9rance des valeurs immobili\u00e8res dans le portefeuille des m\u00e9nages devient particuli\u00e8rement dangereuse en p\u00e9riode de crise du march\u00e9 de l\u2019immobilier, comme le montrent les r\u00e9cents \u00e9v\u00e9nements aux \u00c9tats-Unis ou en Grande-Bretagne: des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 des niveaux historiquement bas, des politiques d\u2019octroi de cr\u00e9dits g\u00e9n\u00e9reuses de la part des banques de commerce et des perspectives conjoncturelles euphoriques ont fait grimper sans rel\u00e2che, durant une d\u00e9cennie, les prix de l\u2019immobilier et des terrains, au point que la propri\u00e9t\u00e9 du logement est apparue de plus en plus comme un instrument d\u2019investissement et de pr\u00e9voyance (presque) sans risque. \u00c0 la fin de 2007, cependant, le \u00abboom\u00bb immobilier a pris fin, et de nombreux d\u00e9biteurs insolvables ont perdu leur bien immobilier, ce qui a finalement rendu exsangues plusieurs banques de cr\u00e9dit. La Suisse n\u2019a \u00e9t\u00e9 que faiblement contamin\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. Suite aux exp\u00e9riences de la crise immobili\u00e8re des ann\u00e9es nonante, les propri\u00e9taires de logement et les bailleurs de fonds ont su faire preuve de mod\u00e9ration durant la hausse. La politique mon\u00e9taire expansive actuelle de la BNS visant \u00e0 att\u00e9nuer les cons\u00e9quences de la crise financi\u00e8re a, cependant, affect\u00e9 r\u00e9cemment les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat qui sont descendus \u00e0 un niveau tr\u00e8s bas, ce qui accro\u00eet parall\u00e8lement le risque de surinvestissement et de surendettement. Une hausse brutale des taux suite \u00e0 un mouvement inflationniste pourrait alors se r\u00e9v\u00e9ler fatale \u00e0 bien des propri\u00e9taires, toucher durement le syst\u00e8me bancaire et multiplier les risques syst\u00e9miques fragilisant la stabilit\u00e9 du syst\u00e8me financier&#13;<br \/>\nVoir Jordan (2009)..&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1: \u00abPourcentage de propri\u00e9taires par canton, 2000\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2: \u00ab\u00c9volution relative du pourcentage de propri\u00e9taires par canton, 1970\u20132000\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Le taux de propri\u00e9taires&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLe taux de propri\u00e9taires se d\u00e9finit comme le pourcentage de m\u00e9nages vivant dans leur propre appartement ou leur propre maison. L\u2019OFS ne le calcule pas en se basant sur le nombre de m\u00e9nages poss\u00e9dant un logement mais sur les unit\u00e9s d\u2019habitation poss\u00e9d\u00e9es par les m\u00e9nages qui y habitent. Cette d\u00e9finition du logement en propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 usage personnel implique \u00e9ventuellement de l\u00e9g\u00e8res diff\u00e9rences dans les taux de propri\u00e9t\u00e9 qui en r\u00e9sultent.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 2: Bibliographie&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n\u2013 Ammerm\u00fcller A., Weber A. et Westerheide P., <i>Die Entwicklung und Verteilung des Verm\u00f6gens privater Haushalte unter besonderer Ber\u00fccksichtigung des Produktivverm\u00f6gens,<\/i> Centre pour la recherche \u00e9conomique europ\u00e9enne SARL. Rapport de cl\u00f4ture de la mission de recherche du minist\u00e8re f\u00e9d\u00e9ral allemand de la Sant\u00e9 et de la S\u00e9curit\u00e9 sociale, version du 21 juin 2005.\u2013 Office f\u00e9d\u00e9ral du logement OFL, <i>Combien de m\u00e9nages suisses sont-ils propri\u00e9taires de leur logement et pourquoi ne sont-ils pas plus nombreux?,<\/i> r\u00e9union d\u2019information, 2005.\u2013 Delbiaggio K. et Wanzenried G., <i>Homeownership across Swiss Cantons<\/i>, \u00c9cole sup\u00e9rieure de Lucerne \u2013 \u00c9conomie, document de travail, 2009 (a).\u2013 Delbiaggio K. et Wanzenried G., <i>Bausparen: Eine \u00f6konometrische Wirkungsanalyse kantonaler Bausparmodellen,<\/i> \u00e9tude pour le compte de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral du logement OFL, 2009 (b).\u2013 Delbiaggio K. et Wanzenried G., \u00abWohneigentum und Neue Regionalpolitik NRP des Bundes: Erkenntnisse aus einer empirischen Analyse f\u00fcr die Schweiz\u00bb, dans <i>Tagungsband Forschungsmarkt regiosuisse &amp; Tagung Regionalentwicklung 2009 Forschen f\u00fcr die Neue Regionalentwicklung,<\/i> \u00c9cole sup\u00e9rieure de Lucerne \u2013 \u00c9conomie (\u00e9d.), 2009 (c).\u2013 Gerheuser F., <i>Wohnversorgung und Wohnverh\u00e4ltnisse: Entwicklungen 1990-2000,<\/i> Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique, 2004.\u2013 Hilber C., <i>The Determinants of Homesownership across Europe: Panel Data Evidence,<\/i> London School of Economics, mimeo, 2007.\u2013 Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019\u00e9conomie, <i>La politique r\u00e9gionale de la Conf\u00e9d\u00e9ration,<\/i> 2008.\u2013 Jordan T., <i>Tiefe Hypozinsen: Fluch oder Segen?,<\/i> 94e assembl\u00e9e des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de l\u2019APF Suisse, conf\u00e9rence, 19 juin 2009.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En Suisse, pour bien des m\u00e9nages, poss\u00e9der son logement est un r\u00eave inaccessible. Ce pays pr\u00e9sente en effet un taux de propri\u00e9taires remarquablement bas si on le compare \u00e0 d\u2019autres. 26,4% des m\u00e9nages poss\u00e9daient leur logement en 1970; 38,3% en 2000&#13; Sources des donn\u00e9es&nbsp;: Recensements f\u00e9d\u00e9raux de la population de 1970 \u00e0 2000.. 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