{"id":151759,"date":"2010-07-01T12:00:00","date_gmt":"2010-07-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2010\/07\/zimmermann-2\/"},"modified":"2023-08-24T00:57:33","modified_gmt":"2023-08-23T22:57:33","slug":"zimmermann-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2010\/07\/zimmermann-2\/","title":{"rendered":"Une crise \u00e9conomique co\u00fbteuse et des interventions \u00e0 risque"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019\u00e9clatement de la bulle immobili\u00e8re am\u00e9ricaine en 2007 a plong\u00e9 le monde dans une profonde crise \u00e9conomique et financi\u00e8re. Pour \u00e9viter une d\u00e9pression comme celle des ann\u00e9es trente, les \u00c9tats, les banques centrales et les organisations internationales ont mis\u00e9 sur des interventions massives. Les mesures fiscales et mon\u00e9taires qui ont \u00e9t\u00e9 prises ont permis de stabiliser l\u2019\u00e9conomie mondiale et les march\u00e9s financiers \u00e0 court terme. Cependant, les risques et les effets secondaires des interventions et les cons\u00e9quences \u00e0 long terme de la crise se font sentir de plus en plus nettement&#13;<br \/>\nLe pr\u00e9sent article refl\u00e8te uniquement l\u2019opinion personnelle de l\u2019auteur. Ce dernier d\u00e9bat \u00e9galement des mesures prises en mati\u00e8re de politique commerciale et des investissements adopt\u00e9es pour lutter contre la crise dans un texte intitul\u00e9 <i>The Dangerous Rise of Economic Interventionism; www.zimmermann-thomas.ch,<\/i> rubrique \u00abVer\u00f6ffentlichungen\u00bb..<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201007_14_Zimmermann_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"247\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nL\u2019\u00e9clatement de la bulle immobili\u00e8re aux \u00c9tats-Unis en 2007 et la d\u00e9stabilisation du secteur financier qu\u2019il a provoqu\u00e9e mena\u00e7aient de faire sombrer l\u2019\u00e9conomie mondiale dans une crise profonde. C\u2019est surtout la faillite de la banque am\u00e9ricaine Lehman Brothers en automne 2008 qui a sem\u00e9 la panique sur les march\u00e9s financiers. Press\u00e9s d\u2019augmenter leurs liquidit\u00e9s et de diminuer leur niveau d\u2019endettement, nombreux sont ceux qui ont \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de vendre des avoirs, ce qui a fortement pes\u00e9 sur les prix de l\u2019immobilier, les titres de cr\u00e9ances immobili\u00e8res, les actions et les mati\u00e8res premi\u00e8res. De son c\u00f4t\u00e9, la baisse des prix des avoirs a renforc\u00e9 la pression sur les bilans des banques et sur les budgets, qui \u00e9taient de plus en plus menac\u00e9s de surendettement, alors que les dettes nominales n\u2019avaient pas chang\u00e9. \u00c0 son tour, ce ph\u00e9nom\u00e8ne a frein\u00e9 l\u2019octroi de cr\u00e9dits par les banques, ralentissant la consommation des m\u00e9nages priv\u00e9s et, par cons\u00e9quent, la demande. Pour sortir de ce cercle vicieux d\u00e9flationniste, les \u00c9tats, les banques centrales et les organisations internationales ont eu recours \u00e0 des interventions massives de diff\u00e9rentes natures.&#13;<\/p>\n<h2>Un assouplissement rapide de la politique mon\u00e9taire<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa politique mon\u00e9taire a tr\u00e8s vite r\u00e9agi devant la d\u00e9t\u00e9rioration de la situation \u00e9co-nomique. D\u00e8s le milieu de l\u2019ann\u00e9e 2007, bon nombre de banques centrales ont vite r\u00e9duit leurs taux d\u2019int\u00e9r\u00eats mon\u00e9taires \u00e0 un niveau tr\u00e8s bas. Ainsi, la Banque d\u2019Angleterre a baiss\u00e9 son taux directeur \u00e0 0,5%, soit \u00e0 son niveau le plus bas depuis sa fondation en 1694.Les int\u00e9r\u00eats n\u2019\u00e9tant pas particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9s avant le d\u00e9but de la crise, leur potentiel de baisse s\u2019est rapidement \u00e9puis\u00e9. Quelques banques centrales, dont celles des \u00c9tats-Unis, d\u2019Angleterre et de Suisse, ont opt\u00e9 pour des mesures d\u2019assouplissement quantitatif. Elles ont achet\u00e9, par exemple, des papiersvaleurs de d\u00e9biteurs publics ou priv\u00e9s, ce qui a normalement entra\u00een\u00e9 une expansion de la masse mon\u00e9taire et parfois aussi une multiplication des sommes inscrites au bilan des banques centrales. L\u2019\u00e9volution de la base mon\u00e9taire \u00e0 long terme aux \u00c9tats-Unis (voir <i>graphique 1<\/i>) est impressionnante \u00e0 cet \u00e9gard; celle-ci est brusquement pass\u00e9e de 871 milliards d\u2019USD en ao\u00fbt 2008 \u00e0 2141 milliards en f\u00e9vrier 2010 pour ne redescendre que l\u00e9g\u00e8rement depuis (2033 milliards d\u2019USD le 1er mai 2010).D\u2019autres assouplissements ont \u00e9t\u00e9 instaur\u00e9s sous la forme d\u2019une modification des r\u00e9serves et en changeant la fr\u00e9quence et les conditions des op\u00e9rations sur le march\u00e9 libre (\u00abopen market\u00bb): les dur\u00e9es ont notamment \u00e9t\u00e9 allong\u00e9es et les exigences amoindries quant aux garanties mises en gage. Au niveau international, des facilit\u00e9s de swaps ont \u00e9t\u00e9 instaur\u00e9es ou \u00e9tendues entre les banques centrales pour garantir les liquidit\u00e9s \u00e9trang\u00e8res. De plus, les moyens du Fonds mon\u00e9taire international (FMI) ont \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9s et le march\u00e9 des devises a fait lobjet dinterventions.&#13;<\/p>\n<h2>Une politique budg\u00e9taire en forte expansion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nOutre la politique mon\u00e9taire, la politique budg\u00e9taire a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement mise \u00e0 contribution pour lutter contre la crise. Cela s\u2019est principalement traduit par des programmes de relance de l\u2019\u00e9conomie et des op\u00e9rations de sauvetage du secteur financier et des industries \u00e9branl\u00e9es.Du c\u00f4t\u00e9 des d\u00e9penses, les infrastructures ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019investissements suppl\u00e9mentaires ou anticip\u00e9s et certains secteurs ont re\u00e7u des aides sp\u00e9cifiques, comme des primes \u00e0 la \u00abcasse\u00bb pour les voitures ou des soutiens aux propri\u00e9taires de maisons. De plus, les programmes de transfert ont \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9s ou \u00e9largis, par exemple en prolongeant la r\u00e9duction de l\u2019horaire de travail. Les recettes ont \u00e9t\u00e9 affect\u00e9es par des aides octroy\u00e9es aux entreprises et aux m\u00e9nages sous la forme d\u2019all\u00e8gements d\u2019imp\u00f4ts. Toutefois, ce sont moins ces mesures discr\u00e9tionnaires qui ont soutenu l\u2019\u00e9conomie que les stabilisateurs automatiques, la crise ayant fait reculer les recettes fiscales et les primes des assurances sociales, tout en augmentant les d\u00e9penses de ces derni\u00e8res.La politique budg\u00e9taire n\u2019a pas seulement eu pour but de stabiliser la conjoncture, elle devait surtout soutenir le secteur financier. Dans les pays industrialis\u00e9s, des fonds consid\u00e9rables ont \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9s et les risques ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s du secteur financier vers l\u2019\u00c9tat. Parmi ces instruments, outre la garantie que ce dernier a accord\u00e9 aux engagements des banques, on trouve l\u2019achat de papiers-valeurs illiquides et les participations \u00e9tatiques au capital des instituts financiers, ainsi que d\u2019autres mesures prises en partie avec la collaboration des banques centrales. Dans les pays \u00e9mergents, les fonds n\u00e9cessaires \u00e0 la stabilisation du secteur financier ont \u00e9t\u00e9 minimes.Les estimations actuelles du FMI&#13;<br \/>\nVoir FMI, <i>Fiscal Monitor,<\/i> mai 2010, p. 85. partent de l\u2019id\u00e9e que l\u2019endettement brut des pays industrialis\u00e9s du G20 passera de 78% \u00e0 117% du PIB entre 2007 et 2015, un niveau d\u2019endettement encore jamais atteint en temps de paix. De cette augmentation de 39,1 points de pourcentage, environ 19,2 points proviennent des baisses de recettes (d\u00e9pr\u00e9ciation des actifs et diminution des b\u00e9n\u00e9fices), 8,2 points du diff\u00e9rentiel entre la croissance et le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, 4,5 points des programmes de relance de l\u2019\u00e9conomie, 4 points de l\u2019octroi de cr\u00e9dits et 3,2 points des mesures de soutien au secteur financier ayant un impact direct sur le budget de l\u2019\u00c9tat. Les passifs \u00e9ventuels des garanties de cr\u00e9dit accord\u00e9s par l\u2019\u00c9tat qui \u00e9taient sans incidences sur les d\u00e9penses jusqu\u2019ici n\u2019en font pas partie.En plus des mesures budg\u00e9taires et mon\u00e9taires, les normes de comptabilit\u00e9 et les r\u00e8gles commerciales ont chang\u00e9. Quelques \u00c9tats ont aussi recouru \u00e0 des mesures de politiques commerciale et d\u2019investissement (voir <i>encadr\u00e9 1<\/i>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nD\u2019autres mesures ont \u00e9t\u00e9 prises par diverses instances pendant la crise afin de stabiliser les march\u00e9s.Dans le domaine des normes de comptabilit\u00e9, les organes internationaux comp\u00e9tents IASB et FASB ont d\u00e9cid\u00e9, au point culminant de la crise, d\u2019assouplir la r\u00e8gle qui veut qu\u2019une \u00e9valuation se fasse au prix du march\u00e9; les \u00e9tablissements financiers doivent normalement y souscrire lors de l\u2019inscription des papiers-valeurs. Soumis \u00e0 des amortissements massifs, \u00e0 des ventes d\u2019urgence et \u00e0 la baisse des prix, les titres illiquides devenus toxiques \u2013 tels que les titres obligataires garantis par l\u2019immobilier \u2013 avaient \u00e9t\u00e9 entra\u00een\u00e9s dans une spirale baissi\u00e8re, d\u00e9t\u00e9riorant les bilans bancaires. L\u2019assouplissement de la r\u00e8gle de l\u2019\u00e9valuation au prix du march\u00e9 instaur\u00e9 sous la pression politique a permis de neutraliser la pression \u00e0 la vente et sur les prix, de m\u00eame que la d\u00e9gradation des bilans des banques sur le papier.On a, en outre, essay\u00e9 de freiner la spirale baissi\u00e8re des march\u00e9s financiers par des interdictions commerciales concernant certaines ventes \u00e0 d\u00e9couvert.On a, enfin, tent\u00e9 de stabiliser l\u2019\u00e9conomie avec des mesures relevant des politiques commerciales et des investissements, qui n\u2019\u00e9taient pas exemptes de relents protectionnistes.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n).&#13;<\/p>\n<h2>Succ\u00e8s de la stabilisation \u00e0 court terme\u2026<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nBien qu\u2019il soit beaucoup trop t\u00f4t pour faire un bilan d\u00e9finitif, on peut dire que les mesures prises ont contribu\u00e9, en peu de temps, \u00e0 stabiliser les march\u00e9s et \u00e0 redynamiser l\u2019\u00e9conomie \u00e0 court terme; pour le moment, on a pu sortir du cercle vicieux d\u00e9flationniste fait de ventes d\u2019urgence, d\u2019actifs en baisse et d\u2019insolvabilit\u00e9. L\u2019effondrement des prix de l\u2019immobilier, des actions, des mati\u00e8res premi\u00e8res et des titres de cr\u00e9ances a \u00e9t\u00e9 contenu et m\u00eame parfois invers\u00e9. Le d\u00e9veloppement \u00e9conomique s\u2019est stabilis\u00e9 et la r\u00e9cession a \u00e9t\u00e9 ma\u00eetris\u00e9e dans la plupart des pays. M\u00eame le ch\u00f4mage n\u2019a augment\u00e9 que de mani\u00e8re relativement mod\u00e9r\u00e9e. Les \u00e9changes n\u2019ont pas non plus \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, \u00e0 une escalade incontr\u00f4l\u00e9e du protectionnisme. Tout cela ne va pas de soi.&#13;<\/p>\n<h2>\u2026 avec des co\u00fbts et des risques \u00e0 long terme<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nCes interventions, pour b\u00e9n\u00e9fiques qu\u2019elles aient \u00e9t\u00e9, comportent des co\u00fbts et des risques consid\u00e9rables \u00e0 long terme \u00e0 plusieurs niveaux: micro\u00e9conomique, macro\u00e9conomique et politique. La crise \u00e9conomique et financi\u00e8re a \u00e9galement des effets \u00e0 long terme qui apparaissent de plus en plus nettement. On ne peut pas non plus exclure une nouvelle aggravation de la situation.&#13;<\/p>\n<h2>Risques micro\u00e9conomiques: des incitations \u00e0 des comportements erron\u00e9s<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDu point de vue micro\u00e9conomique, les mesures conjoncturelles ont souvent repouss\u00e9 les adaptations structurelles n\u00e9cessaires, surtout l\u00e0 o\u00f9 les aides ont \u00e9t\u00e9 sectorielles et ont cibl\u00e9 des branches en \u00e9tat de surcapacit\u00e9s chroniques (l\u2019industrie automobile p. ex.). On peut supposer que cela a caus\u00e9 des distorsions et une perte d\u2019efficacit\u00e9 dans la production, la consommation et l\u2019allocation des ressources; la croissance de la productivit\u00e9 a \u00e9galement pu en \u00eatre frein\u00e9e. L\u2019intervention croissante de l\u2019\u00c9tat dans les entreprises va de pair avec des risques li\u00e9s \u00e0 l\u2019influence politique et avec des probl\u00e8mes de gestion.Les op\u00e9rations de sauvetage du secteur financier ont aggrav\u00e9 les risques d\u2019al\u00e9a moral. Les \u00e9tablissements financiers qui, pendant les ann\u00e9es de \u00abboom\u00bb, ont augment\u00e9 all\u00e8grement leurs taux d\u2019endettement et le total de leurs bilans gr\u00e2ce \u00e0 la faiblesse des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat ont acquis entretemps une \u00abimportance syst\u00e9mique\u00bb. Comme leur perte pourrait menacer des \u00e9conomies enti\u00e8res \u2013 probl\u00e8me du \u00abtrop grand pour faire faillite\u00bb (\u00abtoo big to fail\u00bb) \u2013, ils disposent aujourd\u2019hui d\u2019une garantie implicite de l\u2019\u00c9tat. La perspective de r\u00e9aliser des b\u00e9n\u00e9fices importants pendant que l\u2019\u00c9tat assume en m\u00eame temps les risques et les pertes \u2013 \u00e0 laquelle sajoute un syst\u00e8me de r\u00e9mun\u00e9rations vivement critiqu\u00e9 \u2013 amplifie la propension \u00e0 prendre des risques financiers qui vont au-del\u00e0 de lefficacit\u00e9 \u00e9conomique. Un probl\u00e8me comparable, dimportance macro\u00e9conomique, est celui de l\u2019al\u00e9a moral que pose le renflouement de fait de la Gr\u00e8ce pour la discipline budg\u00e9taire de l\u2019UE.&#13;<\/p>\n<h2>Risques macro\u00e9conomiques: le grand probl\u00e8me de la dette publique<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa forte augmentation de la dette publique comporte des risques consid\u00e9rables au plan macro\u00e9conomique. Les mesures de stimulation et de sauvetage de l\u2019\u00e9conomie \u00e9taient encore relativement avantageuses lorsque la crise a \u00e9clat\u00e9 et elles pouvaient \u00eatre financ\u00e9es par de nouvelles dettes; maintenant, les investisseurs sont sceptiques quant \u00e0 leur remboursement. Les craintes d\u2019une faillite de l\u2019\u00c9tat se sont exprim\u00e9es sous la forme d\u2019une augmentation rapide des rendements des emprunts publics des pays de la zone euro du sud de l\u2019Europe, en particulier la Gr\u00e8ce. \u00c9tant donn\u00e9 le risque de contagion et l\u2019incertitude qui p\u00e8se sur l\u2019Union mon\u00e9taire europ\u00e9enne, la crise grecque est devenue rapidement la \u00abcrise de l\u2019euro\u00bb avec un cours en forte baisse sur les march\u00e9s des devises. De son c\u00f4t\u00e9, la crise europ\u00e9enne de la dette a engendr\u00e9 de nouvelles interventions, dont la transformation de la zone euro en une union de transfert encore impensable il y a quelque temps (voir <i>encadr\u00e9 2<\/i>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nAu printemps 2010, les pr\u00e9occupations cr\u00e9\u00e9es par l\u2019importante dette publique de certains \u00c9tats du sud de l\u2019Europe (Portugal, Italie, Gr\u00e8ce et Espagne) ont provoqu\u00e9 des turbulences sur les march\u00e9s des obligations. En particulier, la crainte d\u2019une insolvabilit\u00e9 de la Gr\u00e8ce, dont les d\u00e9ficits embellis ont largement \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9valu\u00e9s, a fortement abaiss\u00e9 la valeur des titres de l\u2019\u00c9tat grec. Les conditions de financement se sont aggrav\u00e9es. Par crainte de contagion, le taux des titres d\u2019autres \u00c9tats a aussi augment\u00e9, de m\u00eame que la pression sur l\u2019euro.Les \u00c9tats de l\u2019UE se sont d\u00e8s lors lanc\u00e9s dans des op\u00e9rations de sauvetage. Ainsi, en avril, l\u2019UE a \u00e9labor\u00e9, avec le FMI, un plan de sauvetage de la Gr\u00e8ce fortement endett\u00e9e. Selon certaines critiques, ces mesures repr\u00e9sentent une violation de la r\u00e8gle interdisant de prendre en charge les engagements financiers d\u2019un \u00c9tat, contenue dans les trait\u00e9s de l\u2019UE.En mai, \u00e9tant donn\u00e9 la pression constante des march\u00e9s financiers sur la zone euro, l\u2019UE a fait un pas suppl\u00e9mentaire en adoptant une s\u00e9rie de mesures en faveur des \u00c9tats financi\u00e8rement faibles de l\u2019UE. Pour ce faire, elle a \u00e9tendu l\u2019aide d\u00e9j\u00e0 existante destin\u00e9e aux pays de l\u2019UE situ\u00e9s en-dehors de la zone euro aux membres de l\u2019union mon\u00e9taire et a augment\u00e9 en parall\u00e8le l\u2019enveloppe financi\u00e8re de 50 \u00e0 60 milliards d\u2019euros. En outre, une soci\u00e9t\u00e9 de portage plac\u00e9e sous la surveillance de la Commission europ\u00e9enne doit recueillir de l\u2019argent sur les march\u00e9s financiers au nom des 16 pays de l\u2019euro et le transmettre sous forme de cr\u00e9dit aux \u00c9tats membres financi\u00e8rement faibles. Une enveloppe financi\u00e8re de 440 milliards d\u2019euros est pr\u00e9vue \u00e0 cet effet. Par ailleurs, le Fonds mon\u00e9taire international (FMI), qui devrait plut\u00f4t soccuper daide \u00e0 la balance des paiements que d\u2019aide budg\u00e9taire, avancerait jusqu\u2019\u00e0 250 milliards d\u2019euro. En contrepartie, le Portugal et l\u2019Espagne doivent redoubler d\u2019efforts pour assainir leurs budget. La Banque centrale europ\u00e9enne (BCE) soutient ces efforts en proclamant sa volont\u00e9 d\u2019acheter des emprunts.\u00c0 maints \u00e9gards, les mesures prises repr\u00e9sentent un revirement par rapport aux principes assign\u00e9s jusqu\u2019ici \u00e0 la zone euro, puisque la BCE est pr\u00eate \u00e0 acheter des emprunts et que le principe de non-renflouement est abandonn\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019union mon\u00e9taire. Sur ce dernier point, on encourage \u00abseulement\u00bb le relachement budg\u00e9taire, comme par le pass\u00e9: ainsi, lors de leur adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019union mon\u00e9taire, certains pays se sont conform\u00e9s aux crit\u00e8res de Maastricht en usant dartifices. Le pacte de stabilit\u00e9 et de croissance tant vant\u00e9 a \u00e9t\u00e9 mis en pratique avec beaucoup de souplesse. Les \u00c9tats ont trop souvent fait preuve d\u2019indulgence les uns envers les autres face \u00e0 leurs erreurs en mati\u00e8re de politique budg\u00e9taires.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n).La situation de la dette est devenue pr\u00e9caire non seulement dans certains pays de la zone euro, mais aussi dans d\u2019autres pays industrialis\u00e9s comme le Japon, la Grande-Bretagne ou les \u00c9tats-Unis. Certes, ces \u00c9tats d\u00e9tiennent certains avantages, dont une politique mon\u00e9taire adaptable aux besoins nationaux. De plus, les \u00c9tats-Unis profitent du statut de r\u00e9serve et de refuge de l\u2019USD et du seigneuriage qui y est li\u00e9. Le Japon profite de sa faible dette ext\u00e9rieure et la Grande-Bretagne tire des avantages de la longue dur\u00e9e de vie de ses obligations. En m\u00eame temps, on ne peut pas exclure une r\u00e9action n\u00e9gative des march\u00e9s financiers vis-\u00e0-vis des dettes et de la monnaie de ces pays.D\u2019ici \u00e0 2050, le FMI estime qu\u2019une hausse de la moyenne de la dette publique des pays industrialis\u00e9s du G20 \u00e9quivalant \u00e0 quelque 300% de leur PIB est concevable&#13;<br \/>\nVoir FMI, <i>Fiscal Implications of the Global Economic and Financial Crisis,<\/i> p. 39.. La responsabilit\u00e9 en incombe principalement aux d\u00e9penses suppl\u00e9mentaires auxquelles il faut s\u2019attendre dans les domaines de la sant\u00e9 et des retraites. On estime que la valeur actuelle des d\u00e9penses suppl\u00e9mentaires dues au vieillissement sera dix fois plus \u00e9lev\u00e9e que les co\u00fbts de la lutte contre la crise \u00e9conomique et financi\u00e8re&#13;<br \/>\nVoir FMI, <i>Strategies for Fiscal Consolidation in the Post-Crisis World,<\/i> p. 18..&#13;<\/p>\n<h2>Quelles sont les options \u00e0 disposition pour r\u00e9duire la dette?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nOn s\u2019interroge sur la fa\u00e7on de r\u00e9duire \u00e0 long terme la montagne des dettes publiques et priv\u00e9es dans les pays industrialis\u00e9s. Certes, on affirme vivement de toutes parts que la mon\u00e9tisation et la r\u00e9duction par l\u2019inflation ne sont pas une option, mais on ne sait pas non plus vraiment quelles sont les alternatives; il ne faut notamment pas s\u2019attendre \u00e0 des miracles en mati\u00e8re de croissance dans les pays industrialis\u00e9s. Mises \u00e0 part les exportations vers les pays \u00e9mergents, qui sont en hausse, dautres \u00e9l\u00e9ments de la demande, tels la consommation et les investissements, devraient progresser avec prudence compte tenu de l\u2019\u00e9volution d\u00e9mographique, de l\u2019assainissement du bilan des banques et des m\u00e9nages, de m\u00eame que des surcapacit\u00e9s industrielles. L\u2019\u00c9tat devrait \u00e9galement diminuer son soutien \u00e0 la demande, s\u2019il veut assainir ses finances par le biais dune r\u00e9duction des d\u00e9penses; d\u2019autant plus si cela se produit dans plusieurs grandes \u00e9conomies au m\u00eame moment&#13;<br \/>\nLa litt\u00e9rature a, cependant, d\u00e9montr\u00e9 que la consolidation des budgets entra\u00eenait des effets non-keyn\u00e9siens. Dans ce cas, les mesures d\u2019\u00e9conomie ne diminuent pas, mais stabilisent ou m\u00eame augmentent les revenus; voir Ardagna Silvia, \u00abFiscal Stabilizations: When Do They Work and Why\u00bb, <i>European Economic Review,<\/i> vol. 48, n\u00b0 5, 2004, p. 1047\u20131074.. Les augmentations d\u2019imp\u00f4t, quant \u00e0 elles, paralyseraient l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique. Un \u00abboom\u00bb particulier pourrait, toutefois, se d\u00e9clencher dans les pays exportateurs et tr\u00e8s productifs de la zone euro comme l\u2019Allemagne, gr\u00e2ce \u00e0 la faiblesse \u00e0 la fois du taux d\u2019int\u00e9r\u00eat unique qui y est pratiqu\u00e9 et du cours de l\u2019euro; toutefois, ce ph\u00e9nom\u00e8ne comporterait de nouveaux risques.&#13;<\/p>\n<h2>Le plus grand d\u00e9fi: la consolidation budg\u00e9taire<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nSi les pays industrialis\u00e9s veulent atteindre un taux d\u2019endettement \u00e9quivalent \u00e0 60% du PIB (crit\u00e8re de Maastricht) d\u2019ici \u00e0 2030, il faudrait, selon le FMI, une am\u00e9lioration de la balance primaire des budgets publics de 8,7 points de PIB en moyenne entre 2010 et 2020, ainsi qu\u2019une stabilisation pendant la d\u00e9cennie suivante&#13;<br \/>\nLa balance primaire exclut le paiement d\u2019int\u00e9r\u00eats sur les dettes existantes. En moyenne, il faudrait que la balance primaire s\u2019am\u00e9liore, entre 2010 et 2020, pour passer d\u2019un d\u00e9ficit moyen de l\u2019ordre de 4,9% \u00e0 un exc\u00e9dent moyen de 3,8%. Voir FMI, <i>Fiscal Monitor,<\/i> p. 28.. Cela serait possible uniquement en r\u00e9duisant les d\u00e9penses pour la s\u00e9curit\u00e9 sociale, la pr\u00e9voyance vieillesse et la maladie; il faudrait \u00e9galement couper dans d\u2019autres postes et subventions, tout en \u00e9largissant l\u2019assiette de l\u2019imp\u00f4t pour augmenter les recettes fiscales. \u00c0 long terme, il faudrait aussi appliquer des m\u00e9canismes comme le frein \u00e0 l\u2019endettement. Maintenant, il faut savoir si un rem\u00e8de de cheval tel que celui-ci est possible \u00e0 long terme du point de vue politique; en effet, la faible popularit\u00e9, un possible fl\u00e9chissement de la conjoncture pendant la p\u00e9riode de consolidation, le paysage d\u00e9mographique et le risque des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat constituent autant de freins \u00e0 un tel programme.\u00c9tant donn\u00e9 les circonstances, la m\u00e9fiance augmente \u00e0 l\u2019\u00e9gard du syst\u00e8me actuel de papier-monnaie et de cr\u00e9dit. On craint que la question des dettes publique et priv\u00e9e ne soit r\u00e9gl\u00e9e par une politique inflationniste. En plus, on n\u2019entrevoit pas clairement les effets secondaires de lassouplissement mon\u00e9taire sans pr\u00e9c\u00e9dent qui a eu lieu. Si se passer de ce soutien conjoncturel mon\u00e9taire est techniquement possible, on peut se demander si les grands pays industrialis\u00e9s feront preuve de la volont\u00e9 et de la coordination n\u00e9cessaire&#13;<br \/>\nEn ce qui concerne la politique mon\u00e9taire de sortie de crise, voir: FMI, <i>Exiting from Crisis Intervention Policies,<\/i> 2010, et FMI, <i>Exiting from Monetary Crisis Intervention Measures,<\/i> Background Paper, 2010..&#13;<\/p>\n<h2>Cons\u00e9quences politiques de la crise<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa crise a aussi des cons\u00e9quences politiques. Les risques directs pour la stabilit\u00e9 politique apparaissent dans les pays o\u00f9 des mesures impopulaires doivent \u00eatre prises. Comme il n\u2019est plus possible de d\u00e9valuer au sud de l\u2019Europe, le r\u00e9tablissement de la comp\u00e9titivit\u00e9 passe par des mesures internes et se traduit par une pression douloureuse sur les salaires et les prix. La r\u00e9duction des services publics et l\u2019augmentation des imp\u00f4ts causent des privations suppl\u00e9mentaires. On ne sait pas si les gouvernements concern\u00e9s disposent de suffisamment de soutien politique pour surmonter la p\u00e9riode n\u00e9cessaire \u00e0 la consolidation.La crise s\u2019accompagne aussi de tensions politiques au niveau international. Cela vaut d\u2019abord pour la zone euro: l\u2019union \u00e9conomique et mon\u00e9taire risque de demeurer durablement sous pression avec l\u2019intensification des rivalit\u00e9s tournant autour de la redistribution. En fait, c\u2019est sur l\u2019ensemble de la plan\u00e8te que les luttes pourraient s\u2019aggraver.Il faut s\u2019attendre \u00e0 ce que le clivage se creuse entre les pays \u00e9mergents et industrialis\u00e9s tant que la forte croissance des premiers \u2013 moins endett\u00e9s et plus dynamiques du point de vue d\u00e9mographique \u2013 se poursuivra. \u00c0 partir de l\u00e0, le r\u00e9sultat \u00e0 long terme devrait \u00eatre un d\u00e9placement des forces politiques de l\u2019ouest vers l\u2019est et du nord vers le sud. De nouveaux probl\u00e8mes \u00e9conomiques pourraient en r\u00e9sulter pour les pays industrialis\u00e9s, comme dans le cas d\u2019une \u00e9rosion du pouvoir d\u2019achat des devises occidentales ou en ce qui concerne l\u2019acc\u00e8s aux mati\u00e8res premi\u00e8res. Pour finir, il faut aussi tenir compte des cons\u00e9quences politiques indirectes de la crise: la confiance dans l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 a \u00e9t\u00e9 fortement \u00e9branl\u00e9e pendant la crise \u00e9conomique et financi\u00e8re, malgr\u00e9 le fait que l\u00c9tat, par ses d\u00e9faillances, soit aussi lourdement responsable de la situation (voir <i>encadr\u00e9 3<\/i>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nPour le public, la crise a surtout \u00e9t\u00e9 caus\u00e9e par les op\u00e9rations \u00e0 risque des banques d\u2019investissement et des \u00absp\u00e9culateurs\u00bb, la politique des cr\u00e9dits dans le secteur immobilier am\u00e9ricain, la d\u00e9faillance des agences de notation et les syst\u00e8mes de r\u00e9mun\u00e9rations dans le secteur financier. Il s\u2019agit ici incontestablement d\u2019une d\u00e9route des march\u00e9s et de leurs acteurs. Les accusations unilat\u00e9rales sont, toutefois, d\u00e9plac\u00e9es, puisque les politiques \u00e9tatiques ont en partie favoris\u00e9 la crise, quand elles n\u2019en ont pas \u00e9t\u00e9 les premi\u00e8res responsables. Il sera n\u00e9cessaire d\u00e9tudier si les erreurs du pass\u00e9 pourront \u00eatre \u00e9vit\u00e9es \u00e0 lavenir. Selon l\u2019angle adopt\u00e9 en politique \u00e9conomique, on peut compter les \u00abdysfonctionnements \u00e9tatiques\u00bb suivants parmi les \u00e9l\u00e9ments qui ont contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9clencher la crise:\u2212 taux d\u2019int\u00e9r\u00eat maintenus \u00e0 un niveau tr\u00e8s bas apr\u00e8s l\u2019\u00e9clatement de la bulle technologique;\u2212 impossibilit\u00e9 pour la politique mon\u00e9taire men\u00e9e dans la zone euro de s\u2019adapter aux conditions nationales avec pour cons\u00e9quences une bulle immobili\u00e8re (p. ex. en Espagne) et un exc\u00e8s d\u2019endettement (p. ex. en Gr\u00e8ce);\u2212 avantages fiscaux accord\u00e9s au financement en fonds \u00e9trangers au d\u00e9triment des fonds propres dans de nombreux pays avec pour cons\u00e9quence un surendettement (p. ex. dans le financement de l\u2019immobilier et des entreprises);\u2212 aide politique \u00e0 la construction de logements aux \u00c9tats-Unis;\u2212 garantie implicite de l\u2019\u00c9tat aux deux organismes de refinancement hypoth\u00e9caire Fannie Mae et Freddie Mac;\u2212 fragmentation de la surveillance des march\u00e9s financiers aux \u00c9tats-Unis;\u2212 accroissement de l\u2019endettement de l\u2019\u00c9tat dans de nombreux pays industrialis\u00e9s;\u2212 non-application \u00abcartellaire\u00bb du pacte de stabilit\u00e9 dans la zone de l\u2019euro, y compris l\u2019application g\u00e9n\u00e9reuse des crit\u00e8res de Maastricht lors des adh\u00e9sions;\u2212 comp\u00e9tition entre places financi\u00e8res en mati\u00e8re de r\u00e9glementation;\u2212 parit\u00e9 de la devise des pays exc\u00e9dentaires (en particulier la Chine et les \u00c9tats du Golfe) avec l\u2019USD, ce qui a entra\u00een\u00e9 des d\u00e9s\u00e9quilibres internationaux;\u2212 engagement de l\u2019\u00c9tat dans le secteur financier.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n). La perte de confiance dans les lois du march\u00e9 a notamment pour origine les \u00e9v\u00e8nements survenus dans le secteur financier: si on privatise les gains et quon \u00e9tatise les pertes par les crises et les op\u00e9rations de sauvetage, on viole la notion de responsabilit\u00e9 et de justice, deux principes fondamentaux qui conditionnent le succ\u00e8s \u00e9conomique \u00e0 long terme et une politique \u00e9conomique qui atteigne son objectif. De lourdes hypoth\u00e8ques psychologiques p\u00e8sent sur les r\u00e9formes qu\u2019il faudra mettre en place ces prochaines ann\u00e9es.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1: \u00ab\u00c9volution de la base mon\u00e9taire: l\u2019exemple des \u00c9tats-Unis, 1er janvier 1918 \u2013 1er mai 2010\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Autres mesures pour lutter contre la crise&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nD\u2019autres mesures ont \u00e9t\u00e9 prises par diverses instances pendant la crise afin de stabiliser les march\u00e9s.Dans le domaine des normes de comptabilit\u00e9, les organes internationaux comp\u00e9tents IASB et FASB ont d\u00e9cid\u00e9, au point culminant de la crise, d\u2019assouplir la r\u00e8gle qui veut qu\u2019une \u00e9valuation se fasse au prix du march\u00e9; les \u00e9tablissements financiers doivent normalement y souscrire lors de l\u2019inscription des papiers-valeurs. Soumis \u00e0 des amortissements massifs, \u00e0 des ventes d\u2019urgence et \u00e0 la baisse des prix, les titres illiquides devenus toxiques \u2013 tels que les titres obligataires garantis par l\u2019immobilier \u2013 avaient \u00e9t\u00e9 entra\u00een\u00e9s dans une spirale baissi\u00e8re, d\u00e9t\u00e9riorant les bilans bancaires. L\u2019assouplissement de la r\u00e8gle de l\u2019\u00e9valuation au prix du march\u00e9 instaur\u00e9 sous la pression politique a permis de neutraliser la pression \u00e0 la vente et sur les prix, de m\u00eame que la d\u00e9gradation des bilans des banques sur le papier.On a, en outre, essay\u00e9 de freiner la spirale baissi\u00e8re des march\u00e9s financiers par des interdictions commerciales concernant certaines ventes \u00e0 d\u00e9couvert.On a, enfin, tent\u00e9 de stabiliser l\u2019\u00e9conomie avec des mesures relevant des politiques commerciales et des investissements, qui n\u2019\u00e9taient pas exemptes de relents protectionnistes.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 2: La crise de l\u2019euro et les interventions&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nAu printemps 2010, les pr\u00e9occupations cr\u00e9\u00e9es par l\u2019importante dette publique de certains \u00c9tats du sud de l\u2019Europe (Portugal, Italie, Gr\u00e8ce et Espagne) ont provoqu\u00e9 des turbulences sur les march\u00e9s des obligations. En particulier, la crainte d\u2019une insolvabilit\u00e9 de la Gr\u00e8ce, dont les d\u00e9ficits embellis ont largement \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9valu\u00e9s, a fortement abaiss\u00e9 la valeur des titres de l\u2019\u00c9tat grec. Les conditions de financement se sont aggrav\u00e9es. Par crainte de contagion, le taux des titres d\u2019autres \u00c9tats a aussi augment\u00e9, de m\u00eame que la pression sur l\u2019euro.Les \u00c9tats de l\u2019UE se sont d\u00e8s lors lanc\u00e9s dans des op\u00e9rations de sauvetage. Ainsi, en avril, l\u2019UE a \u00e9labor\u00e9, avec le FMI, un plan de sauvetage de la Gr\u00e8ce fortement endett\u00e9e. Selon certaines critiques, ces mesures repr\u00e9sentent une violation de la r\u00e8gle interdisant de prendre en charge les engagements financiers d\u2019un \u00c9tat, contenue dans les trait\u00e9s de l\u2019UE.En mai, \u00e9tant donn\u00e9 la pression constante des march\u00e9s financiers sur la zone euro, l\u2019UE a fait un pas suppl\u00e9mentaire en adoptant une s\u00e9rie de mesures en faveur des \u00c9tats financi\u00e8rement faibles de l\u2019UE. Pour ce faire, elle a \u00e9tendu l\u2019aide d\u00e9j\u00e0 existante destin\u00e9e aux pays de l\u2019UE situ\u00e9s en-dehors de la zone euro aux membres de l\u2019union mon\u00e9taire et a augment\u00e9 en parall\u00e8le l\u2019enveloppe financi\u00e8re de 50 \u00e0 60 milliards d\u2019euros. En outre, une soci\u00e9t\u00e9 de portage plac\u00e9e sous la surveillance de la Commission europ\u00e9enne doit recueillir de l\u2019argent sur les march\u00e9s financiers au nom des 16 pays de l\u2019euro et le transmettre sous forme de cr\u00e9dit aux \u00c9tats membres financi\u00e8rement faibles. Une enveloppe financi\u00e8re de 440 milliards d\u2019euros est pr\u00e9vue \u00e0 cet effet. Par ailleurs, le Fonds mon\u00e9taire international (FMI), qui devrait plut\u00f4t soccuper daide \u00e0 la balance des paiements que d\u2019aide budg\u00e9taire, avancerait jusqu\u2019\u00e0 250 milliards d\u2019euro. En contrepartie, le Portugal et l\u2019Espagne doivent redoubler d\u2019efforts pour assainir leurs budget. La Banque centrale europ\u00e9enne (BCE) soutient ces efforts en proclamant sa volont\u00e9 d\u2019acheter des emprunts.\u00c0 maints \u00e9gards, les mesures prises repr\u00e9sentent un revirement par rapport aux principes assign\u00e9s jusqu\u2019ici \u00e0 la zone euro, puisque la BCE est pr\u00eate \u00e0 acheter des emprunts et que le principe de non-renflouement est abandonn\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019union mon\u00e9taire. Sur ce dernier point, on encourage \u00abseulement\u00bb le relachement budg\u00e9taire, comme par le pass\u00e9: ainsi, lors de leur adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019union mon\u00e9taire, certains pays se sont conform\u00e9s aux crit\u00e8res de Maastricht en usant dartifices. Le pacte de stabilit\u00e9 et de croissance tant vant\u00e9 a \u00e9t\u00e9 mis en pratique avec beaucoup de souplesse. Les \u00c9tats ont trop souvent fait preuve d\u2019indulgence les uns envers les autres face \u00e0 leurs erreurs en mati\u00e8re de politique budg\u00e9taires.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 3: La crise est-elle due \u00e0 un dysfonctionnement du march\u00e9 ou de l\u2019\u00c9tat?&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nPour le public, la crise a surtout \u00e9t\u00e9 caus\u00e9e par les op\u00e9rations \u00e0 risque des banques d\u2019investissement et des \u00absp\u00e9culateurs\u00bb, la politique des cr\u00e9dits dans le secteur immobilier am\u00e9ricain, la d\u00e9faillance des agences de notation et les syst\u00e8mes de r\u00e9mun\u00e9rations dans le secteur financier. Il s\u2019agit ici incontestablement d\u2019une d\u00e9route des march\u00e9s et de leurs acteurs. Les accusations unilat\u00e9rales sont, toutefois, d\u00e9plac\u00e9es, puisque les politiques \u00e9tatiques ont en partie favoris\u00e9 la crise, quand elles n\u2019en ont pas \u00e9t\u00e9 les premi\u00e8res responsables. Il sera n\u00e9cessaire d\u00e9tudier si les erreurs du pass\u00e9 pourront \u00eatre \u00e9vit\u00e9es \u00e0 lavenir. Selon l\u2019angle adopt\u00e9 en politique \u00e9conomique, on peut compter les \u00abdysfonctionnements \u00e9tatiques\u00bb suivants parmi les \u00e9l\u00e9ments qui ont contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9clencher la crise:\u2212 taux d\u2019int\u00e9r\u00eat maintenus \u00e0 un niveau tr\u00e8s bas apr\u00e8s l\u2019\u00e9clatement de la bulle technologique;\u2212 impossibilit\u00e9 pour la politique mon\u00e9taire men\u00e9e dans la zone euro de s\u2019adapter aux conditions nationales avec pour cons\u00e9quences une bulle immobili\u00e8re (p. ex. en Espagne) et un exc\u00e8s d\u2019endettement (p. ex. en Gr\u00e8ce);\u2212 avantages fiscaux accord\u00e9s au financement en fonds \u00e9trangers au d\u00e9triment des fonds propres dans de nombreux pays avec pour cons\u00e9quence un surendettement (p. ex. dans le financement de l\u2019immobilier et des entreprises);\u2212 aide politique \u00e0 la construction de logements aux \u00c9tats-Unis;\u2212 garantie implicite de l\u2019\u00c9tat aux deux organismes de refinancement hypoth\u00e9caire Fannie Mae et Freddie Mac;\u2212 fragmentation de la surveillance des march\u00e9s financiers aux \u00c9tats-Unis;\u2212 accroissement de l\u2019endettement de l\u2019\u00c9tat dans de nombreux pays industrialis\u00e9s;\u2212 non-application \u00abcartellaire\u00bb du pacte de stabilit\u00e9 dans la zone de l\u2019euro, y compris l\u2019application g\u00e9n\u00e9reuse des crit\u00e8res de Maastricht lors des adh\u00e9sions;\u2212 comp\u00e9tition entre places financi\u00e8res en mati\u00e8re de r\u00e9glementation;\u2212 parit\u00e9 de la devise des pays exc\u00e9dentaires (en particulier la Chine et les \u00c9tats du Golfe) avec l\u2019USD, ce qui a entra\u00een\u00e9 des d\u00e9s\u00e9quilibres internationaux;\u2212 engagement de l\u2019\u00c9tat dans le secteur financier.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u00e9clatement de la bulle immobili\u00e8re am\u00e9ricaine en 2007 a plong\u00e9 le monde dans une profonde crise \u00e9conomique et financi\u00e8re. 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