{"id":151789,"date":"2010-06-01T12:00:00","date_gmt":"2010-06-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2010\/06\/daum-4\/"},"modified":"2023-08-24T00:57:42","modified_gmt":"2023-08-23T22:57:42","slug":"daum-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2010\/06\/daum-4\/","title":{"rendered":"D\u00e9bat: la libre circulation des personnes et les mesures d\u2019accompagnement"},"content":{"rendered":"<p>Depuis quelques ann\u00e9es, la libre circulation des personnes compte parmi les principaux atouts de la place \u00e9conomique suisse. Elle permet aux entreprises de couvrir leurs besoins en main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e. L\u2019accord avec l\u2019Union europ\u00e9enne (UE) s\u2019est montr\u00e9 nettement plus efficace que des r\u00e8gles unilat\u00e9rales d\u2019acc\u00e8s au march\u00e9 suisse du travail. Dans l\u2019ensemble, la libre circulation des personnes a \u00e9galement fait ses preuves durant la crise. Ce n\u2019est pas tant ce principe qui constitue la pomme de discorde entre Thomas Daum, directeur de l\u2019Union patronale suisse, et Daniel Lampart, \u00e9conomiste en chef de l\u2019Union syndicale suisse, que les mesures d\u2019accompagnement destin\u00e9es \u00e0 en att\u00e9nuer les effets n\u00e9gatifs sur les travailleurs suisses.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Comment jugez-vous les r\u00e9percussions de la libre circulation des personnes sur l\u2019emploi et le ch\u00f4mage en Suisse? <\/i><b>Thomas Daum:<\/b> Les rapports que l\u2019Observatoire sur la libre circulation des personnes a publi\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es donnent une image tr\u00e8s pr\u00e9cise du march\u00e9 suisse du travail. Sur la base des donn\u00e9es fournies, une conclusion s\u2019impose: la libre circulation des personnes a finalement eu de bons, voire de tr\u00e8s bons effets sur l\u2019\u00e9conomie nationale, aussi bien par rapport \u00e0 l\u2019emploi et \u00e0 la croissance que sur le plan du ch\u00f4mage. <b>Daniel Lampart:<\/b> Il faut appr\u00e9cier la libre circulation des personnes dans le contexte g\u00e9n\u00e9ral des accords bilat\u00e9raux avec l\u2019UE. En regardant une carte d\u2019Europe, on comprend imm\u00e9diatement pourquoi un petit pays comme la Suisse doit entretenir de bonnes relations avec le reste du continent. La libre circulation des personnes fait partie des accords bilat\u00e9raux. Elle comporte, toutefois, des aspects n\u00e9gatifs, sur lesquels nous reviendrons. On a promis \u00e0 la population que l\u2019ouverture du march\u00e9 du travail n\u2019aurait pas de cons\u00e9quences n\u00e9gatives. Il s\u2019agit maintenant de s\u2019attaquer aux probl\u00e8mes r\u00e9currents.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Pouvez-vous pr\u00e9ciser cette notion de libre circulation des personnes?<b>Th. Daum:<\/b> Lorsque la discussion sur les accords bilat\u00e9raux a commenc\u00e9, la libre circulation \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme une concession faite \u00e0 certains \u00c9tats de l\u2019UE. Aujourd\u2019hui, les entreprises la consid\u00e8re comme le principal avantage des accords bilat\u00e9raux. Cela montre qu\u2019il \u00e9tait tr\u00e8s important pour la Suisse d\u2019ouvrir le march\u00e9 du travail en direction de l\u2019UE. <b>D. Lampart:<\/b> Gr\u00e2ce \u00e0 la libre circulation des personnes, les conditions de r\u00e9sidence en Suisse sont moins pr\u00e9caires qu\u2019auparavant pour les ressortissants de l\u2019UE. Par cons\u00e9quent, beaucoup de travailleurs hautement qualifi\u00e9s sont pr\u00eats aujourd\u2019hui \u00e0 venir travailler dans notre pays. Cela nous aide \u00e0 repourvoir des emplois qui, sinon, resteraient vacants. Cependant, la libre circulation cr\u00e9e \u00e9galement des probl\u00e8mes sur le march\u00e9 de l\u2019emploi. On ne peut pas le nier. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Avez-vous le sentiment que la libre circulation des personnes a \u00e9vinc\u00e9 de la main-d\u2019\u0153uvre indig\u00e8ne du march\u00e9 du travail?<b>D. Lampart:<\/b> Si les entreprises doivent engager les \u00e9trangers aux m\u00eames conditions que les Suisses, elles se tournent de pr\u00e9f\u00e9rence vers ces derniers qui connaissent bien les particularit\u00e9s locales. En revanche, si elles peuvent engager des \u00e9trangers \u00e0 de meilleures conditions, il est possible que des Suisses soient \u00e9vinc\u00e9s. \u00c0 cet \u00e9gard, certaines branches posent probl\u00e8me. Elles sont d\u2019ailleurs mentionn\u00e9es dans les rapports. Nos analyses ont en outre montr\u00e9 que, dans l\u2019industrie, les salaires vers\u00e9s aux nouveaux employ\u00e9s \u00e9taient plus bas en 2008 qu\u2019en 2006. Dans les branches qui n\u2019ont pas de salaires minimaux, on ne peut rien garantir en ce domaine.<b>Th. Daum:<\/b> Le dernier rapport de l\u2019Observatoire na constat\u00e9 aucune diminution de salaires lors de nouvelles embauches. Je connais l\u2019\u00e9tude de l\u2019USS. Elle se base sur des donn\u00e9es provenant de l\u2019Enqu\u00eate 2008 sur la structure des salaires. Par contre, si l\u2019on observe l\u2019\u00e9volution globale des branches industrielles concern\u00e9es, il n\u2019existe aucun indice solide d\u2019une sous-ench\u00e8re salariale syst\u00e9matique lors de nouveaux contrats. Les donn\u00e9es fournies par les branches sont plus fiables que celles recueillies par les enqu\u00eates sur les salaires qui sont tr\u00e8s agr\u00e9g\u00e9es. Cela ne veut, toutefois, pas dire qu\u2019il faut cesser d\u2019analyser les branches critiques. <b>D. Lampart:<\/b> Les branches les plus probl\u00e9matiques sont l\u2019\u00e9conomie domestique, le nettoyage et le travail temporaire. Elles sont actuellement surveill\u00e9es de pr\u00e8s par les commissions tripartites. Un contrat-type de travail (CTT) imposant des salaires minimaux est sur le point d\u2019\u00eatre \u00e9dict\u00e9 dans le domaine de l\u2019\u00e9conomie domestique. Les travailleurs temporaires ont absolument besoin d\u2019une convention collective de travail (CCT). Sinon, il faudra interdire ce secteur aux \u00e9trangers. Dans le rapport de l\u2019Observatoire, certains \u00e9l\u00e9ments indiquent que l\u2019industrie a des difficult\u00e9s \u00e0 maintenir le niveau des salaires. Il importe que la commission tripartite nationale suive cela de pr\u00e8s, afin de prendre des mesures au cas o\u00f9 ces indices se confirment.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Monsieur Lampart, vous mettez le doigt sur les incidences n\u00e9gatives de la libre circulation des personnes. Pourquoi?<b>D. Lampart:<\/b> Pour nous, la libre circulation est acceptable uniquement parce que des mesures d\u2019accompagnement ont \u00e9t\u00e9 introduites lors de louverture du march\u00e9 du travail. Dans les secteurs o\u00f9 il existe des salaires minimaux et o\u00f9 ceux-ci sont v\u00e9ritablement appliqu\u00e9s, nous avons les outils n\u00e9cessaires pour emp\u00eacher un nivellement par le bas. Les branches critiques sont celles qui n\u2019ont pas fix\u00e9 de salaires minimaux ou qui peinent \u00e0 les appliquer. La construction souffre du fait qu\u2019elle emploie beaucoup de travailleurs temporaires et qu\u2019elle compte un nombre \u00e9lev\u00e9 de faux ind\u00e9pendants \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire de salari\u00e9s qui se d\u00e9clarent ind\u00e9pendants pour ne pas avoir \u00e0 respecter les conditions de travail. Par ailleurs, la situation est probl\u00e9matique dans les secteurs o\u00f9 beaucoup de soci\u00e9t\u00e9s \u00e9trang\u00e8res pratiquent la sous-ench\u00e8re aupr\u00e8s des entreprises suisses. Il est impossible de demander des comptes \u00e0 ces sous-traitants.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Monsieur Daum, quel regard portez-vous sur les effets n\u00e9gatifs qui viennent d\u2019\u00eatre \u00e9voqu\u00e9s?<b>Th. Daum:<\/b> Je ne vois aucun nivellement par le bas. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui ressort aussi bien des donn\u00e9es fournies par les rapports de l\u2019Observatoire que des statistiques sur les diff\u00e9rents secteurs d\u2019activit\u00e9s. La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la situation dans la construction illustre bien le contraste entre l\u2019appr\u00e9ciation faite par les syndicats et celle de la branche elle-m\u00eame. Les statistiques de la construction montrent clairement que les salaires ont augment\u00e9 et que leur niveau se situe nettement au-dessus des taux minimaux. Ce tableau ne correspond absolument pas aux constats \u00e9mis par les commissions paritaires. Je ne pr\u00e9tends, toutefois, pas que ceux-ci soient erron\u00e9es. En ce qui concerne les autres mesures d\u2019accompagnement, je suis convaincu qu\u2019elles fonctionnent bien en g\u00e9n\u00e9ral. Au sein de la Commission tripartite de la Conf\u00e9d\u00e9ration, nous avons d\u00e9fini les branches qu\u2019il convient d\u2019examiner de plus pr\u00e8s. Nous partageons les pr\u00e9occupations relatives aux faux ind\u00e9pendants. Quant au probl\u00e8me des sous-traitants, je ne pense pas qu\u2019il soit tel que les syndicats le d\u00e9crivent. Ces soci\u00e9t\u00e9s sont soumises exactement aux m\u00eames r\u00e8gles que les entrepreneurs contractants. Je consid\u00e8re qu\u2019il est dangereux de vouloir imposer des r\u00e9glementations suppl\u00e9mentaires dans ce domaine. <b>D. Lampart:<\/b> Les probl\u00e8mes sont particuli\u00e8rement aigus dans le second \u0153uvre, \u00e0 savoir dans des professions comme celles des peintres, des pl\u00e2triers, des ferblantiers ou des carreleurs. L\u00e0, nous avons beaucoup d\u2019informations faisant \u00e9tat de faux ind\u00e9pendants. Apparemment, certains profitent des lacunes cr\u00e9\u00e9es par la crise pour offrir leurs services sur le march\u00e9 \u00e0 des prix inf\u00e9rieurs \u00e0 ceux des entreprises suisses. Il faut absolument r\u00e9agir, sinon nous ne pourrons pas tenir la promesse que j\u2019ai mentionn\u00e9e tout \u00e0 l\u2019heure. <b>Th. Daum:<\/b> Ce qui me manque dans cette analyse, c\u2019est la proportionnalit\u00e9. Selon les rapports de la Conf\u00e9d\u00e9ration, les personnes au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une autorisation de courte dur\u00e9e accomplissent environ 0,5% du volume total de travail, calcul\u00e9 en \u00e9quivalents plein-temps. Il est possible que certains points diff\u00e9rent de ce que souhaitent les syndicats, mais cela ne remet pas en question l\u2019appr\u00e9ciation globalement positive de la situation.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Voyez-vous des progr\u00e8s dans la mise en \u0153uvre des mesures d\u2019accompagnement?<b>Th. Daum:<\/b> Nous avons commenc\u00e9 \u00e0 mettre en \u0153uvre ce syst\u00e8me il y a cinq ans et nous avons rencontr\u00e9 certaines difficult\u00e9s au d\u00e9part. Pour les entreprises qui d\u00e9tachent des travailleurs, il est assez difficile de s\u2019y retrouver dans l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des CCT; il faut, toutefois, noter qu\u2019il a subi des am\u00e9liorations. En outre, les contr\u00f4les ont \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9s dans la perspective de la libre circulation compl\u00e8te des personnes entre la Suisse et les \u00c9tats de l\u2019UE8 \u00e0 partir de mai 2011. Nous sommes toujours en phase d\u2019apprentissage. Les mesures d\u2019accompagnement remplissent \u00e9galement une importante fonction de pr\u00e9vention. Il existe quelques points faibles, comme celui des faux ind\u00e9pendants dont nous venons de parler. Dans le petit secteur du nettoyage, on a encore besoin d\u2019observations et d\u2019analyses pour savoir comment les choses \u00e9voluent r\u00e9ellement sur le terrain. Un contrat-type de travail pour l\u2019\u00e9conomie domestique est maintenant sur la table, mais les opinions divergent \u00e0 ce sujet. Nous pensons que les conditions l\u00e9gales ne sont pas r\u00e9unies. Il appartiendra au Conseil f\u00e9d\u00e9ral de d\u00e9cider.<b>D. Lampart:<\/b> Dans l\u2019\u00e9conomie domestique, les probl\u00e8mes li\u00e9s aux conditions de travail sont l\u00e9gion et ne cessent d\u2019augmenter, car un nombre croissant d\u2019employ\u00e9s de maison ou d\u2019aides familiales viennent des nouveaux pays membres de l\u2019UE. Il faut fixer des salaires minimaux et pr\u00e9voir des sanctions, afin que les autorit\u00e9s cantonales puissent imposer les conditions de travail usuelles.<b>Th. Daum:<\/b> Il est possible de faire appliquer les contrats de travail dans l\u2019\u00e9conomie domestique par les moyens du droit civil. Depuis quelques ann\u00e9es, la mode est d\u2019introduire des dispositions p\u00e9nales partout, mais cela va \u00e0 l\u2019encontre de la doctrine.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Que pensez-vous de la politique de l\u2019emploi pratiqu\u00e9e par la Conf\u00e9d\u00e9ration durant la crise conjoncturelle?<b>Th. Daum:<\/b> Tant le Conseil f\u00e9d\u00e9ral que la Banque nationale suisse (BNS) ont fait du bon travail. En ce qui concerne cette derni\u00e8re, ce constat unanime s\u2019applique aussi bien \u00e0 sa ma\u00eetrise de la crise financi\u00e8re qu\u2019au suivi de la d\u00e9pression conjoncturelle. Je pars de l\u2019id\u00e9e que la BNS fera tout ce qui est en son pouvoir pour freiner l\u2019appr\u00e9ciation du franc et compenser la faiblesse de l\u2019euro. M. Lampart, qui si\u00e8ge au Conseil de banque, est mieux plac\u00e9 que moi pour juger de l\u2019ampleur des moyens \u00e0 sa disposition. <b>D. Lampart:<\/b> Nous n\u2019avons pas encore surmont\u00e9 la crise. Ma conclusion provisoire est que la politique conjoncturelle est efficace, si on veut bien la mettre en \u0153uvre. Il est tout \u00e0 fait possible d\u2019atteindre les objectifs fix\u00e9s. Si l\u2019on s\u2019en r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l\u2019histoire, le bilan de la crise actuelle est meilleur que celui des pr\u00e9c\u00e9dentes, m\u00eame si la Suisse se montre plus restrictive que d\u2019autres pays en mati\u00e8re de politique conjoncturelle. Le plus dur reste, toutefois, \u00e0 faire. Le ch\u00f4mage partiel doit \u00eatre maintenu. Il est \u00e0 craindre que l\u2019on doive encore y recourir, notamment en raison de l\u2019appr\u00e9ciation du franc, qui doit \u00eatre combattue, vis-\u00e0-vis de l\u2019euro. Il faut affirmer clairement que cette \u00e9volution est une exag\u00e9ration du march\u00e9 et que le cours devrait plut\u00f4t se situer vers 1,5 franc, comme nous le savons sur la base de diff\u00e9rentes statistiques. Il est aussi important d\u2019anticiper la baisse du pouvoir d\u2019achat et de prendre des mesures contre la prochaine explosion des primes d\u2019assurance-maladie et d\u2019autres charges. En outre, l\u2019ann\u00e9e prochaine, 500 millions de francs en moins seront redistribu\u00e9s sur les recettes de la taxe sur le CO<i>2<\/i>.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Quels sont \u00e0 votre avis les chances, mais aussi les risques li\u00e9s \u00e0 une prolongation de la p\u00e9riode d\u2019indemnisation en cas de ch\u00f4mage partiel?<b>Th. Daum:<\/b> Il est \u00e9vident que le ch\u00f4mage partiel ne doit pas servir \u00e0 maintenir des structures, mais ce risque, comme l\u00e9ventualit\u00e9 de fausser le march\u00e9, est tr\u00e8s faibles dans le marasme conjoncturel actuel. En effet, la majeure partie du ch\u00f4mage partiel concerne le pan de l\u2019\u00e9conomie qui affronte depuis des ann\u00e9es une f\u00e9roce concurrence internationale. Il est faux de croire que cet instrument permet de conserver des structures devenues obsol\u00e8tes, parce que l\u2019on n\u2019a pas suffisamment agi sur les co\u00fbts. En outre, le ch\u00f4mage partiel n\u2019est pas gratuit pour les employeurs. Cela incite \u00e0 y recourir avec mod\u00e9ration. L\u2019industrie des machines, des \u00e9quipements \u00e9lectriques et des m\u00e9taux (MEM), directement concern\u00e9e, en est un bon exemple. Elle a d\u00fb proc\u00e9der \u00e0 des adaptations structurelles massives d\u2019abord dans les ann\u00e9es nonante, puis au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Par la suite, elle a renou\u00e9 avec le succ\u00e8s sur les march\u00e9s internationaux, ce qui se refl\u00e8te dans ses r\u00e9sultats. Depuis l\u2019automne 2008, l\u2019industrie MEM est confront\u00e9e \u00e0 une chute vertigineuse de la demande, qu\u2019elle tente de surmonter en recourant au ch\u00f4mage partiel. Si la conjoncture devait rester faible encore longtemps, de nouveaux assainissements seraient in\u00e9vitables. Prolonger encore une fois la dur\u00e9e du ch\u00f4mage partiel, au-del\u00e0 des 24 mois d\u00e9cid\u00e9s en mars dernier par le Conseil f\u00e9d\u00e9ral, ne servirait plus \u00e0 grand-chose.<b>D. Lampart:<\/b> Le ch\u00f4mage partiel est un mod\u00e8le qui a donn\u00e9 de bon r\u00e9sultats durant cette crise. Il n\u2019y a rien de pire que les licenciements. Une fois que les gens sont au ch\u00f4mage, ils ont beaucoup plus de mal \u00e0 trouver un nouvel emploi. Il est beaucoup plus facile de trouver un poste lorsqu\u2019on est encore li\u00e9 par un contrat de travail. M\u00eame si une entreprise a des probl\u00e8mes structurels, nous devrions veiller \u00e0 ce que ses employ\u00e9s puissent garder leur contrat aussi longtemps que possible. Depuis quelque temps, nous devons malheureusement constater que le ch\u00f4mage progresse chez les travailleurs \u00e2g\u00e9s et que ces derniers ont toujours plus de mal \u00e0 r\u00e9int\u00e9grer le march\u00e9 du travail. Ces ch\u00f4meurs-l\u00e0 courent de grands risques d\u2019\u00e9puiser leurs droits aux indemnit\u00e9s journali\u00e8res. Il n\u2019y a pas de danger, selon moi, que le ch\u00f4mage partiel devienne un moyen on\u00e9reux de financer le maintien de certaines structures \u00e0 moyen terme. Au contraire, ce r\u00e9gime peut permettre d\u2019att\u00e9nuer les effets des mutations structurelles et de garder les salari\u00e9s concern\u00e9s dans l\u2019entreprise jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils aient trouv\u00e9 un nouvel emploi. <b>Th. Daum:<\/b> Nous sommes en principe daccord en ce qui concerne la prolongation de la dur\u00e9e du ch\u00f4mage partiel, m\u00eame si, ici et l\u00e0, certains font \u00e9tat de leur scepticisme. Nous opposons la pratique r\u00e9elle aux \u00e9conomistes de la th\u00e9orie pure. Dans la situation exceptionnelle que nous traversons actuellement, les entreprises recourant au ch\u00f4mage partiel sont surtout celles qui le consid\u00e8rent comme un moyen ad\u00e9quat de poursuivre leur d\u00e9veloppement strat\u00e9gique. Il faut, toutefois, tenir compte d\u2019un autre \u00e9l\u00e9ment: le ch\u00f4mage partiel peut lier \u00e0 leur entreprise des personnes qualifi\u00e9es qui ne sont d\u00e8s lors pas disponibles sur le march\u00e9. Ce risque de mauvaise allocation des ressources n\u2019existe, toutefois, que si le ch\u00f4mage partiel dure trop longtemps. \u00c0 vrai dire, une telle situation devrait \u00eatre relativement rare, ne serait-ce que parce qu\u2019il est tr\u00e8s difficile pour une entreprise de g\u00e9rer sa production \u00e0 long terme dans un r\u00e9gime de ch\u00f4mage partiel.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Que faudrait-il mettre \u00e0 l\u2019agenda politique pour que la Suisse continue sur de bonnes bases?<b>D. Lampart:<\/b> Il faut cr\u00e9er les conditions n\u00e9cessaires pour que le ch\u00f4mage soit aussi r\u00e9duit que possible. En d\u2019autres termes, nous devons viser une reprise conjoncturelle et la soutenir au moyen de la politique mon\u00e9taire, afin que l\u2019\u00e9conomie exportatrice ne soit pas \u00e9trangl\u00e9e par l\u2019appr\u00e9ciation du franc. Deuxi\u00e8mement, il importe de maintenir les m\u00e9canismes de protection dans le domaine de l\u2019assurance-ch\u00f4mage (AC), comme le ch\u00f4mage partiel, la prolongation de la dur\u00e9e des indemnit\u00e9s journali\u00e8res, etc. Le but est de maintenir les ch\u00f4meurs dans le syst\u00e8me de l\u2019AC et d\u2019\u00e9viter qu\u2019ils arrivent en fin de droits. Ainsi, les personnes concern\u00e9es auront moins de peine \u00e0 se r\u00e9ins\u00e9rer et pourront maintenir leur niveau de vie. D\u00e8s que la reprise se confirmera, il faudra tout faire pour que le ch\u00f4mage se r\u00e9sorbe et pour briser la tendance inqui\u00e9tante, observ\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es, \u00e0 l\u2019augmentation du ch\u00f4mage structurel. Nous risquons, dans le cas contraire, d\u2019\u00eatre rel\u00e9gu\u00e9s au milieu du classement europ\u00e9en. La Suisse \u00e9tait autrefois r\u00e9put\u00e9e pour la qualit\u00e9 de son march\u00e9 de l\u2019emploi. Nous devrons retrouver cette situation. Par rapport \u00e0 la libre circulation des personnes, cela veut dire qu\u2019il faut appliquer les mesures d\u2019accompagnement, autrement dit prot\u00e9ger les salaires et les conditions de travail pour pr\u00e9venir une \u00e9viction des travailleurs suisses. En ce qui concerne les contingents des \u00c9tats tiers, il faut imposer une pr\u00e9f\u00e9rence nationale, comme le pr\u00e9conise d\u2019ailleurs la strat\u00e9gie du Conseil f\u00e9d\u00e9ral en mati\u00e8re de politique migratoire. <b>Th. Daum:<\/b> Nos objectifs sont les m\u00eames. Nous aussi, nous voulons que le ch\u00f4mage se replie rapidement et surtout que le ch\u00f4mage structurel reste aussi faible que possible. Il existe, toutefois, des divergences sur les mesures \u00e0 prendre. Il est probable que nos positions se rejoignent aussi dans une large mesure sur la politique mon\u00e9taire. En ce qui concerne l\u2019assurance-ch\u00f4mage, nous sommes d\u2019avis que, m\u00eame apr\u00e8s la quatri\u00e8me r\u00e9vision de la LACI, elle fournira toujours d\u2019excellentes prestations en comparaison internationale et restera pleinement op\u00e9rationnelle. Il faut toujours consid\u00e9rer l\u2019AC par rapport \u00e0 l\u2019aide sociale et aux autres aspects de la s\u00e9curit\u00e9 sociale. Nous pensons que les corrections actuelles sont \u00e9galement justifi\u00e9es de ce point de vue. Sur un plan plus fondamental, il faut maintenir la r\u00e9gulation mod\u00e9r\u00e9e des salaires et des conditions de travail, ainsi que l\u2019ouverture du march\u00e9 de l\u2019emploi par le biais de la libre circulation des personnes. Ce sont des atouts pour la Suisse; ils ont fait leurs preuves dans les phases d\u2019expansion \u00e9conomique comme durant les r\u00e9cessions. De nombreux exemples \u00e9trangers montrent que des march\u00e9s du travail scl\u00e9ros\u00e9s comportent des risques importants \u00e0 moyen et long termes pour tous les acteurs concern\u00e9s, en particuliers pour les employ\u00e9s. Dernier \u00e9l\u00e9ment, mais non des moindres: nos finances publiques de m\u00eame que nos assurances sociales sont dans une bien meilleure situation que dans beaucoup d\u2019autres \u00c9tats. Nous devons en profiter pour r\u00e9gler rapidement les probl\u00e8mes qui sont sur la table, surtout dans le domaine des assurances sociales, et ne pas les repousser ind\u00e9finiment. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Messieurs, je vous remercie de cet entretien.<\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Le march\u00e9 suisse du travail en comparaison internationale&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Comment jugez-vous la situation actuelle sur le march\u00e9 suisse du travail, en comparaison avec les pays voisins?<b>D. Lampart:<\/b> Gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9duction du temps de travail et \u00e0 d\u2019autres mesures, le ch\u00f4mage n\u2019a pas autant augment\u00e9 en Suisse qu\u2019on pouvait le craindre au d\u00e9but de la crise. Nous avons, toutefois, d\u00fb nous battre avec acharnement pour que des mesures soient prises. Par ailleurs, il faut malheureusement constater que le ch\u00f4mage structurel s\u2019est accru en Suisse ces derni\u00e8res ann\u00e9es, contrairement \u00e0 ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans la plupart des pays europ\u00e9ens. Cela doit nous faire r\u00e9fl\u00e9chir. Nous devons tout mettre en \u0153uvre pour que non seulement il cesse de progresser, mais qu\u2019il se r\u00e9sorbe.<b>Th. Daum:<\/b> Mon constat tranche avec l\u2019habitude suisse de toujours g\u00e9mir et se plaindre: jusqu\u2019ici, nous avons tr\u00e8s bien ma\u00eetris\u00e9 la crise \u00e9conomique, en comparaison internationale. Malgr\u00e9 la crise grecque et la faiblesse de l\u2019euro, nous restons persuad\u00e9s que le ch\u00f4mage va plut\u00f4t diminuer qu\u2019augmenter \u00e0 long terme. Il y a encore une ann\u00e9e, tout le monde tablait sur un taux de ch\u00f4mage de l\u2019ordre de 5%. Avec le recul, le choix du Conseil f\u00e9d\u00e9ral de proc\u00e9der par \u00e9tapes s\u2019est av\u00e9r\u00e9 \u00eatre le bon.<\/i><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis quelques ann\u00e9es, la libre circulation des personnes compte parmi les principaux atouts de la place \u00e9conomique suisse. Elle permet aux entreprises de couvrir leurs besoins en main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e. L\u2019accord avec l\u2019Union europ\u00e9enne (UE) s\u2019est montr\u00e9 nettement plus efficace que des r\u00e8gles unilat\u00e9rales d\u2019acc\u00e8s au march\u00e9 suisse du travail. 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