{"id":151844,"date":"2010-06-01T12:00:00","date_gmt":"2010-06-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2010\/06\/weder-6\/"},"modified":"2023-08-24T00:58:38","modified_gmt":"2023-08-23T22:58:38","slug":"weder-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2010\/06\/weder-6\/","title":{"rendered":"La mondialisation menace-t-elle en Suisse les personnes peu qualifi\u00e9es?"},"content":{"rendered":"<p>Dans les pays industrialis\u00e9s, la mondialisation \u2013 d\u00e9finie ici comme l \u2019int\u00e9gration progressive des \u00e9conomies nationales \u00e0 la faveur de leurs \u00e9changes mutuels de biens et de services \u2013 favorise la sp\u00e9cialisation dans des activit\u00e9s impliquant une forte proportion de personnel qualifi\u00e9. Parall\u00e8lement, les branches qui occupent une grande part de travailleurs peu qualifi\u00e9s voient leur importance relative diminuer dans la mesure ou elles transf\u00e8rent leurs activit\u00e9s dans les pays \u00e9mergents pour les faire ex\u00e9cuter \u00e0 meilleur compte. Cette mutation structurelle peut contraindre les personnes peu qualifi\u00e9es \u00e0 s\u2019adapter. En fait, on constate que la situation de ces personnes s\u2019est nettement d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e en Suisse. Le pr\u00e9sent article examine le r\u00f4le que pourrait jouer \u00e0 cet \u00e9gard la mondialisation<br \/>\nLes auteurs remercient le Seco davoir soutenu financi\u00e8rement leur projet de recherche. Le rapport final est disponible au Seco sous la mention Weder, Wyss (2010). Internet: <a href=\"http:\/\/www.seco.admin.ch\">http:\/\/www.seco.admin.ch<\/a>, rubriques \u00abDocumentation\u00bb, \u00abPublications et formulaires\u00bb, \u00abS\u00e9ries de publications\u00bb, \u00abTravail\u00bb.. <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" alt=\"\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201006_05_Weder_01.eps.jpg\" width=\"370\" height=\"247\"><\/p>\n<h2>La th\u00e9orie et la recherche \u00e0 ce jour<\/h2>\n<p>Le fait que dans les pays industrialis\u00e9s, les travailleurs peu qualifi\u00e9s soient soumis \u00e0 des pressions de plus en plus fortes par rapport aux actifs tr\u00e8s qualifi\u00e9s n\u2019est pas une nouveaut\u00e9. Selon le th\u00e9or\u00e8me dit de StolperSamuelson, tir\u00e9 de la th\u00e9orie commerciale internationale, la mondialisation peut avoir pour effet, dans les pays relativement bien dot\u00e9s en ressources humaines, d\u2019accentuer les disparit\u00e9s de salaires entre niveaux de qualification, autrement dit le rapport entre les salaires des personnes peu et tr\u00e8s qualifi\u00e9es.Ayant constat\u00e9 une forte augmentation de ces disparit\u00e9s salariales aux \u00c9tats-Unis dans les ann\u00e9es quatre-vingt, plusieurs chercheurs ont lanc\u00e9 une s\u00e9rie d\u2019\u00e9tudes en vue d\u2019explorer les liens entre la mondialisation et les disparit\u00e9s salariales en fonction des qualifications outre-Atlantique. Un premier cycle de recherches a identifi\u00e9 le principal facteur d\u2019influence dans ce domaine, soit le progr\u00e8s technologique \u00e0 fort coefficient de formation (p. ex. l\u2019automatisation) et non la mondialisation. Ult\u00e9rieurement, la recherche s\u2019est \u00e0 nouveau int\u00e9ress\u00e9e au facteur de la mondialisation suite \u00e0 la multiplication des pratiques de d\u00e9localisation par les entreprises. D\u2019apr\u00e8s <i>Feenstra et Hanson (1999)<\/i>, la progression des disparit\u00e9s salariales en fonction des qualifications, observ\u00e9e dans les ann\u00e9es quatre-vingt aux \u00c9tats-Unis, serait li\u00e9e pour un quart \u00e0 l\u2019augmentation des importations de produits interm\u00e9diaires.S\u2019inspirant du mod\u00e8le anglo-saxon, la recherche helv\u00e9tique s\u2019est attach\u00e9e \u00e0 son tour \u00e0 \u00e9tudier cette corr\u00e9lation (voir, entre autres, <i>Suarez, 1998)<\/i>. Un coup d\u2019\u0153il sur l\u2019\u00e9volution de la situation des actifs peu qualifi\u00e9s sur le march\u00e9 suisse du travail montre, toutefois, que ce facteur pr\u00e9sente pour la Suisse un int\u00e9r\u00eat secondaire. <\/p>\n<h2>La situation sur le march\u00e9 du travail des travailleurs peu qualifi\u00e9s<\/h2>\n<p>Si l\u2019on compare l\u2019\u00e9volution des salaires et du ch\u00f4mage, en fonction des disparit\u00e9s li\u00e9es aux qualifications (exprim\u00e9es par le rapport hautes qualifications \/ faibles qualifications), il appara\u00eet qu\u2019en Suisse \u2013 \u00e0 l\u2019inverse des \u00c9tats-Unis \u2013 la situation relative des travailleurs peu qualifi\u00e9s sur le march\u00e9 du travail s\u2019est surtout d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e en termes de ch\u00f4mage<br \/>\nPour ce qui suit, voir Wyss (2008).. Le <i>graphique 1<\/i>, qui met en parall\u00e8le l\u2019\u00e9volution, en fonction des qualifications, de la disparit\u00e9 salariale et du taux de ch\u00f4mage, montre que le salaire brut m\u00e9dian entre personnes tr\u00e8s et peu qualifi\u00e9es est rest\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s constant entre 1991 et 2007, avec une variation moyenne ne d\u00e9passant pas 0,2%, alors que l\u2019\u00e9cart des taux de ch\u00f4mage entre travailleurs peu et tr\u00e8s qualifi\u00e9s s\u2019est creus\u00e9 de 3,5% en moyenne annuelle. Ce sch\u00e9ma s\u2019observe pour l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9conomie et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, dans les secteurs secondaire et tertiaire.Quand on le compare \u00e0 la situation g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019OCDE, le cas helv\u00e9tique est frappant \u00e0 deux titres. D\u2019abord, les pays o\u00f9 la disparit\u00e9 des taux de ch\u00f4mage progresse en fonction de la qualification font \u00e9tat, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, d\u2019une augmentation parall\u00e8le des disparit\u00e9s salariales en fonction des qualifications (par exemple l\u2019Allemagne). Or cela ne se v\u00e9rifie pas pour la Suisse. Ensuite, dans aucun pays de l\u2019OCDE l\u2019\u00e9cart des taux de ch\u00f4mage entre travailleurs peu et tr\u00e8s qualifi\u00e9s n\u2019a progress\u00e9 aussi vite que dans le n\u00f4tre. De 1991 \u00e0 2005, la Suisse a d\u00e9pass\u00e9 \u00e0 ce titre 12 pays de l\u2019OCDE et elle se situe d\u00e9sormais au milieu du classement de cette organisation (11e rang sur 24). Elle est donc moins bien plac\u00e9e sur ce point que lorsque l\u2019OCDE compare les taux de ch\u00f4mage nationaux.L\u2019\u00e9volution mise en \u00e9vidence par le graphique 1 indique que la situation des actifs peu qualifi\u00e9s s\u2019est pr\u00e9caris\u00e9e en termes absolus. C\u2019est ainsi qu\u2019entre 1991 et 2007, la proportion des ch\u00f4meurs non qualifi\u00e9s a progress\u00e9 sensiblement, soit de 7% en moyenne annuelle, alors que le salaire m\u00e9dian brut en valeur r\u00e9elle des actifs peu qualifi\u00e9s ne s\u2019est gu\u00e8re modifi\u00e9, accusant un recul moyen de seulement 0,1% par an. En 2007, environ un actif peu qualifi\u00e9 sur quinze \u00e9tait au ch\u00f4- mage.Cette \u00e9volution est indiscutablement pr\u00e9occupante pour les politiques sociale ou financi\u00e8re; il convient donc de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 ses causes. Les responsabilit\u00e9s se partagent entre l\u2019offre de travail (par exemple l\u2019immigration) et la demande de travail (par exemple le progr\u00e8s technologique, la mondialisation). Notre recherche se concentre sur le r\u00f4le de la mondialisation.<\/p>\n<h2>La mondialisation et les mutations structurelles: les groupes \u00e0 risque<\/h2>\n<p>Sur la base d\u2019\u00e9tudes de cas, nous avons voulu savoir dans un premier temps s\u2019il peut y avoir un lien \u2013 et sous quelle forme \u2013 entre la mondialisation et une d\u00e9t\u00e9rioration tant relative qu\u2019absolue de la situation des travailleurs peu qualifi\u00e9s. C\u2019est \u00e0 cette fin que <i>Wyss (2009)<\/i> analyse l\u2019impact qu\u2019ont eu sur l\u2019emploi et les salaires les licenciements massifs dues explicitement \u00e0 la mondialisation. Les six \u00e9tudes de cas qui ont \u00e9t\u00e9 retenues<br \/>\nLe fabricant de v\u00e9hicules ferroviaires Bombardier, le fabricant de v\u00eatements Calida, les soci\u00e9t\u00e9s de sp\u00e9cialit\u00e9s chimiques Ciba et Clariant, le fabricant de jouets Lego et l\u2019entreprise pharmaceutique Roche. englobent aussi bien des industries fortement exportatrices qu\u2019importatrices. Elles totalisent plusieurs milliers d\u2019observations.Ces \u00e9tudes montrent, en effet, que la pr\u00e9carisation en termes tant relatifs qu\u2019absolus des travailleurs peu qualifi\u00e9s pourrait \u00eatre li\u00e9e \u00e0 la mondialisation. Dans de nombreux cas (p. ex. Calida et Lego), la concurrence import\u00e9e de pays \u00e9mergents joue un r\u00f4le important en mena\u00e7ant directement ou indirectement des emplois par l\u2019effet de l\u2019automatisation et des d\u00e9localisations. Apr\u00e8s les licenciements ainsi provoqu\u00e9s, les entreprises interrog\u00e9es ont d\u00e9clar\u00e9 s\u2019\u00eatre adapt\u00e9es en engageant davantage d\u2019actifs hautement qualifi\u00e9s, au d\u00e9triment de leurs effectifs peu qualifi\u00e9s. Dans les \u00e9tudes de cas prises ici en consid\u00e9ration, la mondialisation a donc eu pour effet d\u2019accro\u00eetre la demande relative de travailleurs tr\u00e8s qualifi\u00e9s.En terme de reclassement, on peut d\u2019abord dire qu\u2019un certain nombre de personnes licenci\u00e9es, mais pas toutes (loin de l\u00e0), font partie des perdants. Elles ne courent, en outre, pas toutes le m\u00eame risque de figurer parmi ces derniers. Dans les \u00e9tudes de cas consid\u00e9r\u00e9es, les enqu\u00eates montrent que 70 \u00e0 90% des demandeurs d\u2019emploi concern\u00e9s ont retrouv\u00e9 un travail un \u00e0 deux ans apr\u00e8s leur licenciement et quelque 60 \u00e0 70% d\u2019entre eux avec un salaire \u00e9gal ou sup\u00e9rieur \u00e0 celui de leur pr\u00e9c\u00e9dent poste. Autrement dit, 50 \u00e0 60% de ces demandeurs d\u2019emplois ne font pas partie des \u00abperdants de la mondialisation\u00bb. C\u2019est le cas, en revanche, selon les \u00e9tudes en question, pour 40 \u00e0 50% des personnes \u00e0 la recherche d\u2019un travail. L\u2019analyse montre en effet qu\u2019un \u00e0 deux ans apr\u00e8s le licenciement, quelque 30 \u00e0 40% des actifs touch\u00e9s ont subi des pertes de salaire et 10 \u00e0 30% d\u2019entre eux se retrouvent au ch\u00f4mage. Il ne faut donc pas banaliser ces co\u00fbts de r\u00e9ajustement. Les cons\u00e9quences des pertes de salaire et du ch\u00f4mage peuvent peser lourdement sur celles et ceux qui les subissent.<\/p>\n<h2>Davantage de risques pour les travailleurs \u00e2g\u00e9s et la main-d\u2019\u0153uvre peu qualifi\u00e9e<\/h2>\n<p>L\u2019analyse montre en outre que le risque de rester au ch\u00f4mage ou de voir son salaire r\u00e9duit n\u2019est pas le m\u00eame pour tous. Il ressort du <i>tableau 1<\/i>, conform\u00e9ment aux th\u00e9ories du commerce international et du capital humain, que les travailleurs \u00e2g\u00e9s et la main-d\u2019\u0153uvre peu qualifi\u00e9e constituent le groupe le plus expos\u00e9 en cas de licenciements collectifs.Le risque de rester au ch\u00f4mage est bien plus \u00e9lev\u00e9 pour les personnes de plus de 55 ans concern\u00e9es par un licenciement que pour les autres salari\u00e9s. Ce r\u00e9sultat n\u2019est pas en contradiction avec le constat d\u00e9gag\u00e9 par la recherche qui veut que le risque de ch\u00f4mage diminue avec l\u2019\u00e2ge. Les \u00e9tudes de cas montrent, toutefois, que le ch\u00f4mage prolong\u00e9 est un risque qui guette tout particuli\u00e8rement les personnes de plus de 55 ans en cas de licenciement collectif. \u00c0 la diff\u00e9rence des travailleurs \u00e2g\u00e9s, les actifs peu qualifi\u00e9s sont beaucoup plus expos\u00e9s que leurs coll\u00e8gues tr\u00e8s qualifi\u00e9s aux r\u00e9ductions de salaire (environ sept fois) et au danger du ch\u00f4mage (environ six fois).Comme la main-d\u2019\u0153uvre licenci\u00e9e ne repr\u00e9sente qu\u2019une proportion relativement faible de la population active totale, le risque accru d\u2019une r\u00e9duction de salaire auquel les travailleurs peu qualifi\u00e9s sont confront\u00e9s ne contredit pas le r\u00e9sultat du graphique 1. En d\u2019autres termes, si l\u2019on consid\u00e8re l\u2019ensemble des personnes peu qualifi\u00e9es et non pas uniquement celles qui ont \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9es, l\u2019effet de ch\u00f4mage est manifestement dominant.En r\u00e9sum\u00e9, nos \u00e9tudes de cas confirment qu\u2019il peut exister une corr\u00e9lation positive entre la mondialisation et la discrimination aussi bien relative qu\u2019absolue des personnes peu qualifi\u00e9es en Suisse. La question se pose de savoir si ce rapport ne concerne que les cas isol\u00e9s que nous avons choisis ou s\u2019il s\u2019agit d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. Ce premi\u00e8re article de recherche se concentre sur la concurrence import\u00e9e, identifi\u00e9e comme une valeur importante dans les \u00e9tudes de cas.<\/p>\n<h2>Influence de la concurrence import\u00e9e sur le risque de ch\u00f4mage<\/h2>\n<p>Dans le cadre d\u2019une analyse partielle de l\u2019industrie suisse, nous avons cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9terminer si la concurrence import\u00e9e toujours plus vive pouvait \u00eatre une cause de fragilisation des personnes peu qualifi\u00e9es face au ch\u00f4mage. Une attention particuli\u00e8re a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e au risque de ch\u00f4mage prolong\u00e9. Selon la th\u00e9orie du commerce international, les importations de (certains) produits interm\u00e9diaires et finis peuvent \u00e9vincer la main-d\u2019\u0153uvre des branches concurrenc\u00e9es par les produits import\u00e9s et entra\u00eener soit une \u00e9rosion des salaires, soit du ch\u00f4mage l\u00e0 o\u00f9 les salaires sont incompressibles. Lorsque cela se v\u00e9rifie dans la r\u00e9alit\u00e9, le lien entre le risque de ch\u00f4mage qu\u2019encourt cette main-d\u2019\u0153uvre et la concurrence import\u00e9e devrait \u00eatre positif.Les r\u00e9sultats de cette analyse micro\u00e9conomique pour les ann\u00e9es 1991 \u00e0 2008 pr\u00e9sent\u00e9s par <i>Wyss (2010)<\/i> sugg\u00e8rent que la concurrence import\u00e9e dans l\u2019industrie suisse <i>n\u2019est pas<\/i> un facteur majeur de discrimination des personnes peu qualifi\u00e9es face au ch\u00f4mage. Ce r\u00e9sultat est surprenant. Dans l\u2019analyse descriptive, la concurrence import\u00e9e conforte, certes, le risque de ch\u00f4mage des personnes peu qualifi\u00e9es. Toutefois, d\u00e8s qu\u2019on prend en compte les effets simultan\u00e9s et diverses variables explicatives, il appara\u00eet que l\u2019influence de la concurrence import\u00e9e (des produits interm\u00e9diaires et finis) sur le risque de ch\u00f4mage des personnes peu qualifi\u00e9es n\u2019est pas suffisamment marqu\u00e9e, dans l\u2019\u00e9chantillon de 33&nbsp;000 observations sur 18 ans \u00e9tudi\u00e9 ici, pour que l\u2019on puisse parler d\u2019effet statistique prouv\u00e9 (voir <i>tableau 2<\/i>). De m\u00eame, dans notre analyse, les variables sociod\u00e9mographiques cit\u00e9es ordinairement dans la litt\u00e9rature \u2013 comme l\u2019\u00e2ge, le taux d\u2019occupation, l\u2019\u00e9tat civil ou les ann\u00e9es de service \u2013 contribuent de fa\u00e7on significative \u00e0 expliquer le risque de ch\u00f4mage.L\u2019\u00e9tude sugg\u00e8re que la main-d\u2019\u0153uvre dont les qualifications professionnelles et linguistiques sont insuffisantes (personnes sans formation et \u00e9trangers) est particuli\u00e8rement menac\u00e9e sur le march\u00e9 suisse du travail aujourd\u2019hui. Il ressort des \u00e9tudes de cas que la concurrence import\u00e9e peut accro\u00eetre, ici ou l\u00e0, le ch\u00f4mage de ce type de main-d\u2019\u0153uvre. Elle n\u2019a, cependant, pas de valeur explicative suppl\u00e9mentaire significative dans l\u2019\u00e9chantillon analys\u00e9 par Wyss (2010), ni dans l\u2019estimation \u00e9conom\u00e9trique.Ce r\u00e9sultat doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 avec une certaine retenue. En effet, la concurrence import\u00e9e ne peut pas \u00eatre mesur\u00e9e avec la m\u00eame pr\u00e9cision (il s\u2019en faut de beaucoup) que certains param\u00e8tres sociod\u00e9mographiques individuels comme la qualification scolaire, ce qui est un inconv\u00e9nient. En outre, les r\u00e9sultats ci-dessus se rapportent \u00e0 la concurrence import\u00e9e dans le secteur secondaire. Ni le commerce des services ni l\u2019\u00e9change de main-d\u2019\u0153uvre ne sont donc pris en compte. Par cons\u00e9quent, on ne peut exclure que la mondialisation ait tout de m\u00eame une certaine influence sur le ch\u00f4mage des personnes peu qualifi\u00e9es. Selon nos analyses, cet effet n\u2019est cependant pas tr\u00e8s important dans une \u00e9conomie telle que la Suisse.<\/p>\n<h2>Perspectives<\/h2>\n<p>\u00c0 court et \u00e0 moyen termes, l\u2019augmentation du ch\u00f4mage parmi les personnes peu qualifi\u00e9es \u2013 qui forment actuellement un cinqui\u00e8me environ de la population active en Suisse \u2013 constitue pour la soci\u00e9t\u00e9 et les assurances sociales un d\u00e9fi \u00e0 prendre au s\u00e9rieux et qui doit \u00eatre examin\u00e9 de pr\u00e8s. \u00c0 long terme, l\u2019importance quantitative du ch\u00f4mage parmi les personnes peu qualifi\u00e9es diminuera en raison de l\u2019am\u00e9lioration de la formation des g\u00e9n\u00e9rations suivantes et des nouveaux immigrants. En attendant, la politique \u00e9conomique devra s\u2019employer \u00e0 r\u00e9soudre ce probl\u00e8me.Sur la base des r\u00e9sultats pr\u00e9sent\u00e9s ici, il para\u00eet judicieux de se concentrer sur la cause premi\u00e8re du risque qui menace particuli\u00e8rement les personnes peu qualifi\u00e9es en mati\u00e8re de ch\u00f4mage, c\u2019est-\u00e0-dire sur l\u2019am\u00e9lioration de leurs connaissances professionnelles et linguistiques. Chercher \u00e0 r\u00e9duire la pression de la mondialisation \u2013 que ce soit par un protectionnisme s\u00e9lectif ou par des mesures particuli\u00e8res destin\u00e9es \u00e0 p\u00e9renniser les structures de l\u2019\u00e9conomie \u2013 engendrerait non seulement des co\u00fbts \u00e9conomiques suppl\u00e9mentaires qu\u2019il n\u2019est pas question d\u2019\u00e9voquer ici, mais n\u2019aurait pour la Suisse, d\u2019apr\u00e8s nos analyses, que des effets imperceptibles sur le ch\u00f4mage des personnes peu qualifi\u00e9es.<\/p>\n<p>Graphique 1: \u00ab\u00c9volution moyenne des disparit\u00e9s salariales et des taux de ch\u00f4mage en fonction des qualifications (\u00e9conomie nationale), 1991\u20132007\u00bb<\/p>\n<p>Tableau 1: \u00abGroupes \u00e0 risque: travailleurs \u00e2g\u00e9s, personnes peu qualifi\u00e9es\u00bb<\/p>\n<p>Tableau 2: \u00abFacteurs de risque de ch\u00f4mage\u00bb<\/p>\n<p>Encadr\u00e9 1: Bibliographie<\/p>\n<p>\u2013 Feenstra R.C. et Hanson G.H., \u00abThe Impact of Outsourcing and High-Technology Capital on Wages: Estimates for the U.S. 1979\u20131990\u00bb, <i>Quarterly Journal of Economics<\/i>, 114, 1999, p. 907\u2013940.\u2013 Suarez J., \u00abThe Employment and Wage Effects of Import Competition in Switzerland\u00bb, <i>International Journal of Manpower,<\/i> 19, 6, 1998, p. 438\u2013448.\u2013 Weder R. et Wyss S., <i>Arbeitslosigkeit unter Niedrigqualifizierten: Die Rolle der Globalisierung<\/i>. Analyse empirique pour la Suisse, division du commerce international et de l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne, facult\u00e9 des sciences \u00e9conomiques de l\u2019universit\u00e9 de B\u00e2le, avril 2010 (mimeo).\u2013 Wyss S., <i>Ist die relative Schlechterstellung niedrigqualifizierter Arbeitskr\u00e4fte Mythos oder Realit\u00e4t?<\/i> Analyse descriptive des disparit\u00e9s suisses entre les salaires et le taux de ch\u00f4mage, \u00e9tude WWZ, 06-2008.\u2013 Wyss S., <i>Stellenverlust und Lohneinbusse durch die Globalisierung?<\/i> Etude de cas, \u00e9tude WWZ, 05-2009.\u2013 Wyss S., <i>Erh\u00f6ht die Importkonkurrenz das Arbeitslosigkeitsrisiko der Niedrigqualifizierten?<\/i> Analyse empirique pour l\u2019industrie suisse, \u00e9tude WWZ, 01-2010.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans les pays industrialis\u00e9s, la mondialisation \u2013 d\u00e9finie ici comme l \u2019int\u00e9gration progressive des \u00e9conomies nationales \u00e0 la faveur de leurs \u00e9changes mutuels de biens et de services \u2013 favorise la sp\u00e9cialisation dans des activit\u00e9s impliquant une forte proportion de personnel qualifi\u00e9. 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