{"id":152151,"date":"2010-01-01T12:00:00","date_gmt":"2010-01-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2010\/01\/jordan-6\/"},"modified":"2023-08-24T01:00:55","modified_gmt":"2023-08-23T23:00:55","slug":"jordan-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2010\/01\/jordan-6\/","title":{"rendered":"Inflation et politique mon\u00e9taire de la Banque nationale suisse"},"content":{"rendered":"<p>Nous pr\u00e9sentons dans cet article les fondamentaux de la politique mon\u00e9taire men\u00e9e par la Banque nationale suisse (BNS) et ceux qui ont guid\u00e9 l\u2019\u00e9volution de l\u2019inflation ces cent derni\u00e8res ann\u00e9es. Pour simplifier, nous distinguons trois phases, qui correspondent \u00e0 l\u2019ordre mon\u00e9taire international alors en vigueur: durant la premi\u00e8re phase, l\u2019\u00e9talon-or d\u00e9terminait la politique mon\u00e9taire. Il fut remplac\u00e9 par le syst\u00e8me de Bretton Woods apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. Les taux de change \u00e9taient fixes pendant ces deux phases, alors que la troisi\u00e8me, qui commen\u00e7a au d\u00e9but des ann\u00e9es septante, se caract\u00e9rise par des taux de change flottants. <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201001_07_Jordan_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"302\" \/>&#13;<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9talon-or<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLorsque la BNS d\u00e9buta son activit\u00e9 en 1907, elle se substitua \u00e0 une multitude d\u2019instituts d\u2019\u00e9mission en partie publics, en partie priv\u00e9s, qui se faisaient concurrence pour l\u2019\u00e9mission des billets. La loi sur la banque nationale lui conf\u00e9ra comme t\u00e2ches principales la r\u00e9gulation de la masse mon\u00e9taire en circulation et la facilitation des op\u00e9rations de paiement. Depuis, la BNS est la seule institution habilit\u00e9e \u00e0 \u00e9mettre des billets de banque en francs suisses&#13;<br \/>\nEn 1891, la Constitution f\u00e9d\u00e9rale donna \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration le droit exclusif d\u2019\u00e9mettre des billets de banque, qui fut ensuite transmis \u00e0 la banque nationale. Les instituts d\u2019\u00e9mission priv\u00e9s se retir\u00e8rent de ce secteur jusqu\u2019en 1910 (voir Baltensperger, 2009)..Lors de la cr\u00e9ation de la BNS, l\u2019ordre mon\u00e9taire reposait sur le r\u00e9gime international de l\u2019\u00e9talon-or, qui pr\u00e9voyait que les pays participants d\u00e9finissent le prix de l\u2019or dans leur monnaie, assurent la convertibilit\u00e9 de leurs billets en or et garantissent la libre circulation des capitaux. L\u2019id\u00e9e de base \u00e9tait de permettre \u00e0 chaque pays d\u2019acheter et de vendre de l\u2019or, sans restriction, \u00e0 un prix fixe par rapport \u00e0 sa propre monnaie et ainsi de d\u00e9finir indirectement les taux de change entre les diff\u00e9rentes monnaies. Les d\u00e9s\u00e9quilibres entre deux \u00c9tats \u00e9taient alors compens\u00e9s par les flux d\u2019or. Les r\u00e9serves aurif\u00e8res mondiales d\u00e9terminaient la masse mon\u00e9taire sur le plan international et, par cons\u00e9quent, le niveau des prix.&#13;<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9talon-or est suspendu durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe r\u00e9gime international de l\u2019\u00e9talon-or fut suspendu lorsque la Premi\u00e8re Guerre mondiale \u00e9clata. La Suisse supprima la convertibilit\u00e9-or afin de pr\u00e9server ses r\u00e9serves de m\u00e9tal jaune et introduisit le cours forc\u00e9 des billets de banque. La Conf\u00e9d\u00e9ration fut oblig\u00e9e de contracter des emprunts aupr\u00e8s de la BNS pour couvrir les co\u00fbts de la d\u00e9fense du pays. De plus, comme la banque nationale augmentait consid\u00e9rablement les cr\u00e9dits octroy\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9conomie, la quantit\u00e9 de billets de banque en circulation doubla. L\u2019inflation se d\u00e9veloppa fortement et atteignit un taux annuel de 25% en 1918, soit le plus \u00e9lev\u00e9 jamais observ\u00e9 dans l\u2019histoire de la BNS (voir <i>graphique 1<\/i>). Les salaires nominaux ne suivant pas l\u2019\u00e9volution des prix, le revenu r\u00e9el baissa. L\u2019inflation entra\u00eena d\u2019importantes tensions sociales et la banque nationale fut vivement critiqu\u00e9e. La politique de la BNS donna lieu \u00e0 une vaste controverse et la banque se vit reprocher sa politique d\u2019expansion mon\u00e9taire, qu\u2019on tenait pour responsable du d\u00e9veloppement de l\u2019inflation pendant la guerre. La banque nationale, ancr\u00e9e dans le syst\u00e8me de pens\u00e9e de la monnaie-or, r\u00e9torqua que la cause premi\u00e8re de cette inflation r\u00e9sidait dans la hausse des prix des principales importations, qui rendait n\u00e9cessaire une augmentation du nombre de billets en circulation. Comme on ne pensait pas alors qu\u2019une banque centrale f\u00fbt en mesure d\u2019influer sur le niveau des prix, juguler l\u2019inflation ne pouvait entrer dans ses attributions&#13;<br \/>\nVoir Bordo et James (2007), p. 44 ss..\u00c0 la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, les efforts entrepris pour r\u00e9tablir l\u2019\u00e9talon-or et revenir \u00e0 l\u2019ancienne parit\u00e9-or entra\u00een\u00e8rent une forte d\u00e9flation: en 1922, les prix \u00e0 la consommation diminu\u00e8rent de 18%, ce qui constitue la plus importante variation annuelle n\u00e9gative de l\u2019indice des prix \u00e0 la consommation dans l\u2019histoire de la BNS. Cette d\u00e9flation s\u2019accompagna d\u2019une r\u00e9cession profonde.&#13;<\/p>\n<h2>Une crise \u00e9conomique synonyme de d\u00e9fis majeurs<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDans les ann\u00e9es trente, la crise \u00e9conomique mondiale pla\u00e7a la banque nationale face \u00e0 de nouveaux d\u00e9fis d\u2019envergure. Lorsque la Grande-Bretagne supprima la convertibilit\u00e9-or en 1931 et laissa le cours de la livre s\u2019effondrer, le r\u00e9gime de l\u2019\u00e9talon-or vola en \u00e9clats. Peu \u00e0 peu, la plupart des autres pays suivirent son exemple ou instaur\u00e8rent un contr\u00f4le des mouvements de capitaux. Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral et la banque nationale avaient alors deux options pour r\u00e9tablir la comp\u00e9titivit\u00e9 internationale de la Suisse: d\u00e9valuer le franc ou pratiquer une politique d\u00e9flationniste. Ils choisirent la deuxi\u00e8me solution en d\u00e9cidant de maintenir dans un premier temps la parit\u00e9-or. L\u2019aggravation de la crise amena toutefois le Conseil f\u00e9d\u00e9ral \u00e0 reconsid\u00e9rer sa position en 1936 et \u00e0 d\u00e9valuer le franc de 30%, en accord avec la BNS. Cette d\u00e9valuation cr\u00e9a les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 une reprise conjoncturelle relativement rapide. Si elle avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e plus t\u00f4t, elle aurait vraisemblablement permis \u00e0 la Suisse de sortir des ann\u00e9es de crise avec des pertes moins importantes&#13;<br \/>\nVoir Zurlinden (2003) ainsi que Bordo et James (2007)..&#13;<\/p>\n<h2>Bretton Woods<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe syst\u00e8me mon\u00e9taire mondial cr\u00e9\u00e9 en juillet 1944 \u00e0 la conf\u00e9rence de Bretton Woods reposait \u00e9galement sur des taux de change fixes. Bien que la Suisse ne participa pas \u00e0 la conf\u00e9rence et ne rejoignit les institutions de Bretton Woods que dans les ann\u00e9es nonante, le syst\u00e8me mis alors en place eut des r\u00e9percussions importantes sur la politique mon\u00e9taire suisse jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es septante: il pr\u00e9voyait la fixation d\u2019une parit\u00e9-or du dollar des \u00c9tats-Unis (USD) \u2013 \u00e0 35 USD l\u2019once d\u2019or \u2013 et des parit\u00e9s des autres monnaies par rapport \u00e0 la monnaie de r\u00e9f\u00e9rence qu\u2019\u00e9tait devenue l\u2019USD. \u00c0 l\u2019exception des \u00c9tats-Unis, les \u00c9tats membres \u00e9taient tenus de conserver le cours de ce dernier dans une marge de 1% autour de sa parit\u00e9. Les \u00c9tats-Unis s\u2019engageaient, pour leur part, \u00e0 \u00e9changer avec les autres banques centrales des USD contre de l\u2019or \u00e0 la parit\u00e9 d\u00e9finie. Le maintien d\u2019une parit\u00e9 fixe impliquait donc que les prix domestiques \u00e9taient li\u00e9s au niveau des prix am\u00e9ricains.&#13;<\/p>\n<h2>Les \u00c9tats-Unis adoptent une politique mon\u00e9taire inflationniste<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe syst\u00e8me de Bretton Woods s\u2019accompagna d\u2019une \u00e9volution des prix relativement stable jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es soixante (voir <i>graphique 2<\/i>). Des difficult\u00e9s apparurent cependant lorsque les \u00c9tats-Unis, le pays de la monnaie de r\u00e9f\u00e9rence, adopt\u00e8rent une politique mon\u00e9taire inflationniste entra\u00eenant une faiblesse latente de l\u2019USD. La BNS fut alors oblig\u00e9e d\u2019intervenir en faveur de ce dernier, \u00e0 l\u2019instar d\u2019autres pays industrialis\u00e9s, ce qui entra\u00eena une augmentation de la masse mon\u00e9taire en francs suisses et une hausse de l\u2019inflation dans notre pays. De nombreux pays d\u00e9tenant des r\u00e9serves d\u2019USD de plus en plus importantes \u00e9chang\u00e8rent celles-ci contre de l\u2019or aupr\u00e8s de la banque centrale am\u00e9ricaine, ce qui accentua la pression sur les r\u00e9serves de m\u00e9tal jaune des \u00c9tats-Unis. En ao\u00fbt 1971, le Pr\u00e9sident Nixon mit fin \u00e0 la convertibilit\u00e9-or de l\u2019USD. Alors que ce dernier continuait \u00e0 faiblir, les principaux pays industrialis\u00e9s, la Suisse en t\u00eate, furent contraints de passer \u00e0 un syst\u00e8me de changes flottants. La banque nationale suspendit ses achats d\u2019USD le 23 janvier 1973, avec l\u2019accord du Conseil f\u00e9d\u00e9ral. En renon\u00e7ant \u00e0 soutenir la devise de r\u00e9f\u00e9rence, elle souhaitait pr\u00e9venir un gonflement suppl\u00e9mentaire de la masse mon\u00e9taire et une acc\u00e9l\u00e9ration de l\u2019inflation. Cette mesure sonna le glas du syst\u00e8me des changes fixes. Depuis, l\u2019USD suit une tendance baissi\u00e8re (voir <i>graphique 3<\/i>).&#13;<\/p>\n<h2>Changes flottants<\/h2>\n<p>&#13;<\/p>\n<h2>La gestion de la masse mon\u00e9taire de 1973 \u00e0 1999<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe passage au syst\u00e8me de changes flottants en 1973 constitua un \u00e9v\u00e9nement capital. Pour la premi\u00e8re fois, la banque nationale fut en mesure de concevoir et de mettre en \u0153uvre une politique mon\u00e9taire autonome, ax\u00e9e sur la stabilit\u00e9 des prix. Sa strat\u00e9gie repose sur deux principes&#13;<br \/>\nVoir Peytrignet (2007), p. 255 ss.:\u2013 premi\u00e8rement, l\u2019inflation et la d\u00e9flation sont des <i>ph\u00e9nom\u00e8nes mon\u00e9taires<\/i&gt;;\u2013 deuxi\u00e8mement, les banques centrales devraient <i>s\u2019abstenir de proc\u00e9der \u00e0 un r\u00e9glage fin de l\u2019\u00e9volution conjoncturelle<\/i> \u00e0 l\u2019aide de la politique mon\u00e9taire.Sur la base de ces principes, la BNS fut en 1975 l\u2019une des premi\u00e8res banques centrales \u00e0 appliquer une <i>politique mon\u00e9taire<\/i> visant une stabilit\u00e9 des prix \u00e0 long terme. Elle fixa des objectifs annuels en termes de masse mon\u00e9taire jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es quatre-vingt, puis dans les ann\u00e9es nonante, un objectif interm\u00e9diaire \u00e0 moyen terme, red\u00e9fini tous les cinq ans. Les objectifs mon\u00e9taires furent d\u00e9termin\u00e9s en tenant compte d\u2019une cible de 1% environ en mati\u00e8re d\u2019inflation et d\u2019un potentiel de croissance r\u00e9elle de l\u2019\u00e9conomie estim\u00e9 \u00e0 2%.La BNS profita de son autonomie en mati\u00e8re de politique mon\u00e9taire pour r\u00e9duire rapidement l\u2019inflation, qui atteignait pr\u00e8s de 10% en 1974, en moyenne annuelle. Les efforts d\u00e9ploy\u00e9s pour stabiliser le niveau des prix aggrav\u00e8rent, cependant, la r\u00e9cession d\u00e9clench\u00e9e par la hausse brutale des prix du p\u00e9trole, et la revalorisation durable du franc suisse sur les march\u00e9s des devises compliqua la mise en \u0153uvre de la politique mon\u00e9taire. \u00c0 l\u2019automne 1978, lorsque la valeur du franc s\u2019accrut de nouveau non seulement par rapport \u00e0 l\u2019USD, mais \u00e9galement au mark allemand, l\u2019objectif principal de la banque nationale ne fut plus la masse mon\u00e9taire, mais son cours international. La BNS intervint massivement sur les march\u00e9s des changes et apaisa relativement vite la situation en mati\u00e8re de change. L\u2019\u00e9limination trop h\u00e9sitante de l\u2019exc\u00e9dent de liquidit\u00e9s, due vraisemblablement \u00e0 une sous-estimation de la reprise conjoncturelle amorc\u00e9e&#13;<br \/>\nVoir Kugler et Rich (2002)., et la progression des prix du p\u00e9trole accentu\u00e8rent provisoirement l\u2019inflation, qui atteignit son plus haut niveau \u00e0 l\u2019automne 1981 (7,5%).Lorsque l\u2019inflation fut vaincue, la politique mon\u00e9taire retrouva un caract\u00e8re trop expansionniste dans la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es quatre-vingt: d\u2019une part, la BNS accrut les liquidit\u00e9s apr\u00e8s le krach boursier d\u2019octobre 1987 et, d\u2019autre part, l\u2019introduction du syst\u00e8me de paiement SIC et de nouvelles prescriptions r\u00e9gissant les liquidit\u00e9s pour les banques entra\u00eena un recul d\u2019une ampleur inattendue de la demande de monnaie centrale. En se focalisant sur la masse mon\u00e9taire, la banque nationale n\u2019accorda peut-\u00eatre pas suffisamment d\u2019attention \u00e0 la croissance, entre 1986 et 1987, des cr\u00e9dits et des agr\u00e9gats mon\u00e9taires au sens large, ce qui relan\u00e7a l\u2019inflation. Celle-ci atteignit un sommet de 6,6% au milieu de l\u2019ann\u00e9e 1991. Parall\u00e8lement, une bulle sp\u00e9culative s\u2019\u00e9tait form\u00e9e dans le secteur immobilier \u00e0 la fin des ann\u00e9es quatre-vingt. Son \u00e9clatement aggrava la r\u00e9cession \u00e0 laquelle avaient d\u00e9j\u00e0 contribu\u00e9 les mesures prises en mati\u00e8re de politique mon\u00e9taire pour r\u00e9tablir la stabilit\u00e9 des prix.&#13;<\/p>\n<h2>Nouvelle strat\u00e9gie depuis l\u2019an 2000<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa banque nationale adopta une nouvelle strat\u00e9gie en mati\u00e8re de politique mon\u00e9taire fin 1999. Ce changement est le plus important depuis le passage au r\u00e9gime des changes flottants. La BNS a ainsi r\u00e9agi aux perturbations durables de la demande de monnaie, qui remettaient de plus en plus en question le bien-fond\u00e9 de sa politique d\u2019approche mon\u00e9tariste. La nouvelle strat\u00e9gie, dont les principes sont encore en vigueur aujourd\u2019hui, repose sur trois \u00e9l\u00e9ments&#13;<br \/>\nVoir Jordan, Peytrignet et Rossi (2010).:\u2013 une d\u00e9finition explicite de la stabilit\u00e9 des prix en guise d\u2019ancrage \u00e0 long terme, cette derni\u00e8re \u00e9quivalant \u00e0 une hausse annuelle de moins de 2% de l\u2019indice suisse des prix \u00e0 la consommation; \u2013 une pr\u00e9vision d\u2019inflation servant d\u2019indicateur principal \u00e0 la prise de d\u00e9cisions en mati\u00e8re de politique mon\u00e9taire;\u2013 une marge de fluctuation assign\u00e9e au Libor \u00e0 trois mois en francs comme objectif op\u00e9rationnel pour la mise en \u0153uvre de cette politique (la gestion du Libor s\u2019effectue au moyen de pensions de titres conclues avec les banques&#13;<br \/>\nVoir Jordan (2005) pour de plus amples informations sur la gestion du Libor \u00e0 trois mois par la BNS.).Le bilan de la politique mon\u00e9taire des dix derni\u00e8res ann\u00e9es est, dans l\u2019ensemble, positif. L\u2019inflation, qui \u00e9tait inf\u00e9rieure \u00e0 2% depuis 1994, a certes d\u00e9pass\u00e9 ce niveau en 2008 en raison de la hausse massive du prix du p\u00e9trole entre d\u00e9but 2007 et la mi-2008 et de la politique mon\u00e9taire expansive des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Elle \u00e9tait, toutefois, n\u00e9gative en 2009 \u00e0 la suite du fort recul du prix du brut. De plus, contrairement \u00e0 d\u2019autres pays, la Suisse n\u2019a connu ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es aucun \u00abboom\u00bb du cr\u00e9dit et de l\u2019immobilier suivi d\u2019une chute des activit\u00e9s de cr\u00e9dit. Le fait que la BNS poursuive, avec le Libor \u00e0 trois mois, un objectif op\u00e9rationnel sous forme de taux d\u2019int\u00e9r\u00eat pour les cr\u00e9dits non gag\u00e9s a permis d\u2019\u00e9viter que la hausse des primes de risque pendant la crise financi\u00e8re n\u2019entra\u00eene un durcissement ind\u00e9sirable de la politique mon\u00e9taire. Cela a notamment concouru \u00e0 att\u00e9nuer les effets n\u00e9gatifs de la crise sur l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle. En fin de compte, la politique mon\u00e9taire men\u00e9e par la banque nationale durant la derni\u00e8re d\u00e9cennie a contribu\u00e9 \u00e0 renforcer la stabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie suisse&#13;<br \/>\nVoir Jordan, Peytrignet et Rossi (2010) pour une pr\u00e9sentation et une appr\u00e9ciation d\u00e9taill\u00e9es de la politique mon\u00e9taire des dix derni\u00e8res ann\u00e9es..&#13;<\/p>\n<h2>Appr\u00e9ciation<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa stabilit\u00e9 des prix est une condition sine qua non pour que l\u2019\u00e9conomie puisse se d\u00e9velopper selon son potentiel. De plus, la politique mon\u00e9taire ne peut r\u00e9agir efficacement aux fluctuations conjoncturelles que si les perspectives d\u2019inflation se situent durablement \u00e0 un faible niveau.La Suisse a connu de fortes variations de prix ces cent derni\u00e8res ann\u00e9es, et la restauration de la stabilit\u00e9 des prix s\u2019est toujours sold\u00e9e par un co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 pour l\u2019\u00e9conomie. Le pays a toutefois \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9 par les importantes turbulences mon\u00e9taires qui ont touch\u00e9 plusieurs pays d\u2019Europe au XIXe si\u00e8cle, et les mouvements de l\u2019inflation sont de plus en plus faibles au fil du temps.Ces derniers doivent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s en fonction de l\u2019ordre mon\u00e9taire en vigueur. Les variations annuelles les plus marqu\u00e9es furent observ\u00e9es durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale et dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019apr\u00e8s-guerre, lors du retour au r\u00e9gime de l\u2019\u00e9talon-or avec les parit\u00e9s d\u2019avant-guerre. Les exigences de ce r\u00e9gime pr\u00e9valaient alors sur les objectifs \u00e9conomiques nationaux comme un taux d\u2019inflation faible et stable. Cette phase est, malgr\u00e9 tout, marqu\u00e9e par un niveau des prix relativement stable sur le long terme.Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, les prix augment\u00e8rent constamment, mais cette progression fut moins forte que dans d\u2019autres pays. La politique mon\u00e9taire suisse \u00e9tait ax\u00e9e sur des taux d\u2019inflation faibles. Les discussions engag\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tranger sur d\u2019\u00e9ventuels conflits d\u2019objectifs en mati\u00e8re de politique conjoncturelle ne re\u00e7urent que peu d\u2019\u00e9cho en Suisse. Seul le passage au syst\u00e8me des changes flottants permit toutefois \u00e0 la banque nationale de mener une politique mon\u00e9taire coh\u00e9rente, visant une stabilit\u00e9 des prix \u00e0 l\u2019\u00e9chelle helv\u00e9tique. Dans un premier temps, cette politique ne put freiner la mont\u00e9e de l\u2019inflation, qui atteignit provisoirement des valeurs \u00e9lev\u00e9es au milieu des ann\u00e9es septante ainsi qu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt et nonante. Outre une politique mon\u00e9taire trop souple, les importantes fluctuations de l\u2019inflation enregistr\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et celles des taux de change entrav\u00e8rent la stabilisation de l\u2019inflation \u00e0 un faible niveau.\u00c0 partir de 1975 environ, les objectifs mon\u00e9taires interm\u00e9diaires permirent \u00e0 la BNS d\u2019acqu\u00e9rir une cr\u00e9dibilit\u00e9 et une r\u00e9pu-tation solides. Jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es nonante, les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat se situ\u00e8rent en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 un niveau inf\u00e9rieur de 1,5 \u00e0 2 points aux taux europ\u00e9ens tandis que l\u2019inflation fut en moyenne de 2,8%, ce qui constitue un tr\u00e8s bon r\u00e9sultat sur le plan international&#13;<br \/>\nVoir Peytrignet (2007), p. 273 ss.. Depuis l\u2019introduction de la nouvelle strat\u00e9gie en l\u2019an 2000, la stabilit\u00e9 des prix r\u00e8gne en Suisse. Le rench\u00e9rissement annuel moyen s\u2019\u00e9levait \u00e0 1% \u00e0 peine au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes profondes modifications intervenues au fil des d\u00e9cennies dans l\u2019ordre mon\u00e9taire international ont entra\u00een\u00e9 une vaste r\u00e9vision du cadre l\u00e9gal liant la banque nationale, de ses instruments et de sa strat\u00e9gie en mati\u00e8re de politique mon\u00e9taire. Les appr\u00e9ciations relatives aux possibilit\u00e9s et aux limites de la politique mon\u00e9taire ont consid\u00e9rablement chang\u00e9 au fil du temps: dans les ann\u00e9es vingt, la BNS et d\u2019autres banques centrales pensaient que l\u2019\u00e9talon-or \u00e9tait indispensable au bon fonctionnement de l\u2019\u00e9conomie mondiale et \u00e0 la stabilit\u00e9 des prix. Aujourd\u2019hui, le fait que cette stabilit\u00e9 soit \u00e9galement possible avec un syst\u00e8me de papier-monnaie reposant sur des changes flottants b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un large consensus international. Une banque centrale ind\u00e9pendante et disposant d\u2019un mandat clair pour garantir la stabilit\u00e9 des prix en constitue n\u00e9anmoins la condition incontournable.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1 \u00abTaux d\u2019inflation en Suisse, 1914\u20132009\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2 \u00abNiveau des prix en Suisse, 1914\u20132009\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 3 \u00abCours CHF\/USD, 1946\u20132009\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Bibliographie\u2013 Baltensperger Ernst, <i>W\u00e4hrungsgeschichte der Schweiz im 19. und 20. Jahrhundert,<\/i> documents de cours, 2009.\u2013 Bordo Michael et James Harold, \u00abDe 1907 \u00e0 1946: enfance heureuse ou adolescence difficile?\u00bb, dans <i>Banque nationale suisse 1907\u20132007<\/i>, \u00e9d. Neue Z\u00fcrcher Zeitung, 2007, pp. 29\u2013116.\u2013 Jordan Thomas J., \u00abLa mise en \u0153uvre de la politique mon\u00e9taire suisse\u00bb, <i>La Vie \u00e9conomique,<\/i> avril 2005, pp. 4\u20138.\u2013 Jordan Thomas J., Peytrignet Michel et Rossi Enzo, \u00abTen years\u2019 experience with the Swiss National Bank\u2019s monetary policy strategy\u00bb, <i>Revue suisse d\u2019\u00e9conomie et de statistique,<\/i> \u00e0 para\u00eetre en 2010.\u2013 Kugler Peter et Rich Georg, \u00abMonetary Policy Under Low Interest Rates: The Experience of Switzerland in the late 1970\u2019s\u00bb, <i>Revue suisse d\u2019\u00e9conomie et de statistique,<\/i> 138(3), 2002, pp. 241\u2013269.\u2013 Peytrignet Michel, \u00abLa masse mon\u00e9taire comme objectif interm\u00e9diaire\u00bb, dans Banque nationale suisse 1907\u20132007, \u00e9d. Neue Z\u00fcrcher Zeitung, 2007, pp. 254\u2013274.\u2013 Zurlinden Mathias, \u00abR\u00e9gime de l\u2019\u00e9talon-or, d\u00e9flation et d\u00e9pression: l\u2019\u00e9conomie suisse dans la crise \u00e9conomique mondiale\u00bb, <i>Bulletin trimestriel,<\/i> 2\/2003, Banque nationale suisse, pp. 86\u2013116.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous pr\u00e9sentons dans cet article les fondamentaux de la politique mon\u00e9taire men\u00e9e par la Banque nationale suisse (BNS) et ceux qui ont guid\u00e9 l\u2019\u00e9volution de l\u2019inflation ces cent derni\u00e8res ann\u00e9es. Pour simplifier, nous distinguons trois phases, qui correspondent \u00e0 l\u2019ordre mon\u00e9taire international alors en vigueur: durant la premi\u00e8re phase, l\u2019\u00e9talon-or d\u00e9terminait la politique mon\u00e9taire. 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