{"id":152156,"date":"2010-01-01T12:00:00","date_gmt":"2010-01-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2010\/01\/kappeler-2\/"},"modified":"2023-08-24T01:00:24","modified_gmt":"2023-08-23T23:00:24","slug":"kappeler-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2010\/01\/kappeler-2\/","title":{"rendered":"La transmission des informations \u00e9conomiques \u00e0 l\u2019\u00e8re d\u2019Internet"},"content":{"rendered":"<p>Internet a \u00e9t\u00e9 une v\u00e9ritable r\u00e9volution pour les utilisateurs des informations \u00e9conomiques et pour les praticiens; par ce dernier terme, on entend les journalistes, les entrepreneurs, les administrations publiques, les associations et les profanes qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 ce sujet. Ce bouleversement est de quatre ordres: il a port\u00e9 sur l\u2019acc\u00e8s, le rythme, le volume et, certainement, la qualit\u00e9 du savoir \u00e9conomique. Le canal de transmission, c\u2019est-\u00e0-dire Internet, n\u2019est pas le seul \u00e0 s\u2019imposer puisqu\u2019il faut aussi lui ajouter la num\u00e9risation de toutes les informations, la transparence de la comptabilit\u00e9 et l\u2019acc\u00e8s aux sources \u00e9tatiques garanti par la loi. <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201001_17_Kappeler_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"248\" \/>&#13;<\/p>\n<h2>Comment \u00e9tait-ce dans le temps?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nIl y a vingt ans \u00e0 peine, la recherche d\u2019informations \u00e9conomiques \u00e9tait plus lente et plus difficile. Si l\u2019<i>Herald Tribune<\/i> publiait trois lignes sur une nouvelle loi sur l\u2019environnement en Californie, on allait alors \u00e0 la centrale t\u00e9l\u00e9phonique internationale de la poste principale si on avait la chance dhabiter dans une grande ville pour chercher l\u2019adresse de l\u2019Office de l\u2019environnement dans l\u2019annuaire de Sacramento; puis, on rentrait \u00e0 la maison et on \u00e9crivait une lettre. Six semaines plus tard, avec un peu de chance, on recevait la loi par la poste, \u00e9ventuellement un communiqu\u00e9 \u00e0 ce sujet ou peut-\u00eatre m\u00eame rien. Ce n\u2019\u00e9tait pas grave puisque personne d\u2019autre en Suisse n\u2019avait cette loi, aucun journaliste, aucune association, aucun service officiel. On proc\u00e9dait de la m\u00eame fa\u00e7on pour obtenir des \u00e9tudes de la Banque mondiale ou des universit\u00e9s, pour les rapports annuels des entreprises suisses et \u00e9trang\u00e8res et pour des documents provenant des autorit\u00e9s administratives.Aujourd\u2019hui, si un service officiel, une entreprise ou un journaliste veut se faire une opinion sur le sommet rat\u00e9 de Copenhague qui a eu lieu en 2009 sur le changement climatique, il lui suffit de cliquer sur les sites Internet des diff\u00e9rents pays; m\u00eame la position de la Chine peut \u00eatre consult\u00e9e instantan\u00e9ment et en anglais sur <i><a href=\"http:\/\/www.gov.cn\">http:\/\/www.gov.cn<\/a><\/i>. En une petite heure, on peut se constituer un panorama des positions qui aurait n\u00e9cessit\u00e9 plusieurs semaines il y a 20 ans. La Russie et la Chine seraient rest\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cart de nos recherches ne serait-ce que pour une question de langue.&#13;<\/p>\n<h2>Un labyrinthe, Internet? Il faut savoir trier<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nInternet explose sous le nombre d\u2019informations; nous inclurons le \u00absavoir\u00bb dans ce terme sans nous interroger sur la diff\u00e9rence entre information et savoir. Beaucoup d\u00e9plorent que cette surabondance ait transform\u00e9 Internet en labyrinthe, car, comme dit l\u2019adage, \u00abtrop d\u2019informations tuent l\u2019information\u00bb. Ce constat n\u2019est plus vraiment actuel, puisqu\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9tonnant s\u2019est produit: la hi\u00e9rarchie classique des sources d\u2019informations et de connaissances demeure. Personne ne se risque \u00e0 citer un quelconque blog, une bribe d\u2019opinion sans fondement, le site d\u2019une secte scientifique. Les universit\u00e9s reconnues, les scientifiques, les services officiels ou les organisations internationales restent les r\u00e9f\u00e9rences comme au bon vieux temps de la lecture sur papier. Nous regardons les sources \u00e0 travers le filtre des vrais acteurs de l\u2019\u00e9conomie et de la soci\u00e9t\u00e9. Nous lisons sur le web des articles sur une initiative lanc\u00e9e par la direction d\u2019un parti ou les contributions d\u2019un scientifique sur un sujet br\u00fblant ou le communiqu\u00e9 d\u2019une entreprise sur une fusion.Il y a \u00e9videmment beaucoup de redondances et de d\u00e9chets sur Internet. Mais quiconque s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019\u00e9conomie trie tout cela selon l\u2019importance et les sch\u00e9mas d\u2019interaction sociale qu\u2019il a lui-m\u00eame en t\u00eate, c\u2019est-\u00e0-dire que ses connaissances pr\u00e9alables de l\u2019\u00e9conomie et de la soci\u00e9t\u00e9 le guident dans l\u2019utilisation qu\u2019il fait d\u2019Internet. De cette mani\u00e8re, on peut faire la distinction entre information et savoir; en effet, il faut poss\u00e9der un certain savoir \u00e9conomique pour op\u00e9rer un tri s\u00e9lectif dans le foisonnement d\u2019informations que l\u2019on trouve sur Internet.Ces consid\u00e9rations sont aussi un message rassurant pour les \u00e9coles secondaires et les hautes \u00e9coles. Contrairement \u00e0 ce que beaucoup pensent encore, il serait faux de croire que les \u00e9coliers et les \u00e9tudiants sont d\u2019abord des utilisateurs d\u2019Internet, en encourageant l\u2019informatique sous cette forme. Les jeunes le font d\u00e9j\u00e0 d\u2019eux-m\u00eames \u00e0 la maison. Il est plus important qu\u2019ils apprennent comment la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019\u00e9conomie fonctionnent, o\u00f9 sont les vrais int\u00e9r\u00eats, comment les processus se d\u00e9roulent et qui sont les acteurs. Il vaut \u00e9galement mieux passer pour cela par le tableau noir que par Internet. Les connaissances doivent \u00eatre acquises un stylo \u00e0 la main: elles transitent, en effet, par les yeux et les oreilles avant d\u2019aller au cerveau et elles n\u2019y restent grav\u00e9es que si on les reformule, on les lie par une \u00abexpression\u00bb et les \u00e9taye.&#13;<\/p>\n<h2>Num\u00e9risation du contenu<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nInternet n\u2019est qu\u2019un canal, une forme, un moyen de transporter les connaissances et les informations. Le web n\u2019aurait rien apport\u00e9 de plus s\u2019il s\u2019\u00e9tait simplement ajout\u00e9 au monde du papier et du livre des ann\u00e9es soixante et septante. La r\u00e9volution s\u2019est faite dans un deuxi\u00e8me temps: tous les contenus sont d\u00e9sormais disponibles sous forme num\u00e9rique. On ne peut gu\u00e8re s\u2019imaginer aujourd\u2019hui \u00e0 quel point on avait peu de livres ou d\u2019\u00e9tudes \u00e0 l\u2019\u00e9poque ou comment ces ouvrages \u00e9taient conserv\u00e9s pr\u00e9cieusement dans les biblioth\u00e8ques et ce qu\u2019il fallait payer pour les obtenir. Les offices de la statistique des cantons et de la Conf\u00e9d\u00e9ration tenaient surtout compte de ce qui \u00e9tait subventionn\u00e9 ou servait \u00e0 la taxation. Ils ont aujourd\u2019hui leurs propres programmes de recensement, orient\u00e9s sociologiquement et \u00e9conomiquement. Les \u00e9tudes de la Banque mondiale, de l\u2019OCDE et d\u2019autres organisations \u00e9taient encore de taille raisonnable et on devait les acheter. Les scientifiques ne publiaient que des livres; les documents de travail internes des universit\u00e9s ne sortaient que rarement. Les enqu\u00eates conjoncturelles n\u2019allaient gu\u00e8re au-del\u00e0 d\u2019indices de prix d\u00e9pass\u00e9s et des statistiques du travail et des exportations. Aujourd\u2019hui, les indices de nombreux gestionnaires des achats, les barom\u00e8tres conjoncturels, la publication des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat ou des mati\u00e8res premi\u00e8res clignotent en permanence sur Internet. Avant, on t\u00e9l\u00e9phonait au d\u00e9partement de la bourse de sa banque pour conna\u00eetre la tendance du march\u00e9 ou on se contentait d\u2019\u00e9couter les cours de la Bourse \u00e0 la radio. Aujourd\u2019hui, on peut suivre les cours en temps r\u00e9el dans le monde entier et acheter et vendre en ligne.La mesquinerie qui caract\u00e9risait les vendeurs a disparu. Les \u00e9tudes, les indices, les statistiques et des livres entiers peuvent \u00eatre t\u00e9l\u00e9charg\u00e9s gratuitement. Les mod\u00e8les commerciaux ont chang\u00e9, si bien que les entreprises, les universit\u00e9s, les offices et les auteurs \u00e9talent leurs connaissances et leur savoirfaire, ce qui leur am\u00e8ne des commandes, la notori\u00e9t\u00e9, un statut et un profit indirect mais durable. On rejoint ici Albrecht von Haller qui, dans sa correspondance comptant 17&nbsp;000 lettres, transmettait ses connaissances \u00e0 ses coll\u00e8gues, ses concurrents et les soci\u00e9t\u00e9s scientifiques et recevait en retour celles qu\u2019il voulait. Cette \u00abr\u00e9publique des lettres\u00bb europ\u00e9enne du XVIIIe si\u00e8cle rena\u00eet, mais cette fois \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, en nombre infini et de fa\u00e7on immat\u00e9rielle.&#13;<\/p>\n<h2>Le droit \u00e0 l\u2019information et le devoir d\u2019informer<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nOn arrive \u00e0 la troisi\u00e8me vague de cette r\u00e9volution: le droit d\u2019obtenir des informations \u00e9conomiques. Les citoyens, les entreprises ou les associations ont aujourd\u2019hui le droit de conna\u00eetre toutes les \u00e9tudes, d\u00e9cisions et proc\u00e9dures de l\u2019\u00c9tat. Le \u00abFreedom of Information Act\u00bb de 1966 aux \u00c9tats-Unis s\u2019est r\u00e9pandu dans tous les pays d\u00e9mocratiques.M\u00eame les entreprises sont soumises \u00e0 l\u2019obligation de fournir des renseignements. Le droit des soci\u00e9t\u00e9s anonymes impose une structure minimale des comptes annuels et du bilan. Des associations priv\u00e9es de normalisation vont encore plus loin et toute entreprise digne de ce nom doit satisfaire \u00e0 cette exigence d\u2019information, d\u2019autant plus si elle est cot\u00e9e en Bourse. Des combats h\u00e9ro\u00efques ont \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaires \u00e0 la fin des ann\u00e9es quatre-vingt au sein de diverses commissions f\u00e9d\u00e9rales pour faire comprendre aux repr\u00e9sentants \u00e9conomiques suisses l\u2019importance fondamentale de l\u2019approche capitaliste anglo-saxonne en mati\u00e8re d\u2019obligation de renseigner. L\u2019ancien chef de l\u2019Union suisse du commerce et de l\u2019industrie (Economiesuisse aujourd\u2019hui) aimait dire que l\u2019\u00e9conomie suisse ne peut pas vivre sans r\u00e9serves latentes. Dans son rapport annuel, la multinationale Hoffmann-La Roche communiquait ses recettes et ses d\u00e9penses sur deux ou trois lignes. L\u2019obligation de renseigner ici et dans le monde multiplie des millions de fois l\u2019information et la connaissance des faits et des processus \u00e9conomiques.Avant Internet, comment pouvait-on se procurer les anciens rapports annuels des entreprises suisses? Soit on \u00e9crivait \u00e0 l\u2019entreprise en esp\u00e9rant qu\u2019elle nous r\u00e9pondrait rapidement, soit on se rendait soi-m\u00eame \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale, aux archives \u00e9conomiques de l\u2019universit\u00e9 de B\u00e2le ou, si on faisait partie des privil\u00e9gi\u00e9s, aux archives internes de l\u2019UBS \u00e0 Zurich. Les biblioth\u00e8ques faisaient passer l\u2019effort avant le prix puisqu\u2019il fallait fouiller dans des bo\u00eetes de fiches, remplir des formulaires de commande et attendre les heures de remise des ouvrages. Pour pouvoir emporter les chiffres et les donn\u00e9es, il fallait les recopier ou, si on avait le droit de sortir les documents de la salle de lecture, trouver une photocopieuse \u00e0 proximit\u00e9 tout en ayant la monnaie n\u00e9cessaire. On rentrait, ensuite, chez soi pour travailler en esp\u00e9rant qu\u2019aucun d\u00e9tail important figurant dans une note de bas de page ne renvoie \u00e0 une feuille qu\u2019on n\u2019avait pas photocopi\u00e9e, sous peine de devoir recommencer la proc\u00e9dure.&#13;<\/p>\n<h2>Cons\u00e9quences: de gros gains\u2026<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nCette production de donn\u00e9es et de textes multipli\u00e9e \u00e0 l\u2019envi \u00e9manant des entreprises, des organisations, des universit\u00e9s et des administrations alimente les \u00abesprits synth\u00e9tiseurs\u00bb, qui \u00e9laborent des \u00e9tudes, des statistiques, des sommaires et des articles. Notre soci\u00e9t\u00e9 est devenue extraordinairement riche en connaissances et en synth\u00e8ses. Cette richesse a des cons\u00e9quences mat\u00e9rielles; d\u2019abord, les professions de synth\u00e9tiseurs se sont multipli\u00e9es dans la science, les m\u00e9dias et les conseils; puis, les acteurs de l\u2019\u00e9conomie sont beaucoup mieux inform\u00e9s et prennent des d\u00e9cisions en connaissance de cause, du moins esp\u00e9rons-le. Ces synth\u00e8ses sont pr\u00e9par\u00e9es avec davantage d\u2019efficacit\u00e9, de contrastes et de pluralisme; en un mot: elles sont meilleures. Le bien-\u00eatre mat\u00e9riel et h\u00e9doniste de notre soci\u00e9t\u00e9 augmente nettement&#13;<br \/>\nPar bien-\u00eatre h\u00e9doniste, on entend les am\u00e9liorations que l\u2019on ne peut pas mesurer directement: ici le niveau d\u2019information qui s\u2019est nettement am\u00e9lior\u00e9, le plaisir de comprendre, la passion des sources pluralistes et des d\u00e9bats permanents qui se jouent des fronti\u00e8res.. Le <i>New York Times<\/i> et le <i>Financial Times<\/i> arrivent tous les jours sur mon PC et la <i>BBC, CNN-Money, Finance.Yahoo, Al-Jazeera, China Daily,<\/i> parmi d\u2019autres, figurent dans mes signets. Nous sommes devenus un monde unique, le terme n\u2019est pas exag\u00e9r\u00e9.&#13;<\/p>\n<h2>\u2026 et des sacrifices supportables<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa \u00abcondamnation \u00e0 l\u2019oubli\u00bb reste un facteur quelque peu d\u00e9primant pour tous ceux qui ont v\u00e9cu, pens\u00e9 et \u00e9crit avant l\u2019\u00e8re Internet. Comme pour les empereurs romains d\u00e9chus, on n\u2019\u00e9voque presque plus cette p\u00e9riode, non pas par d\u00e9pit, mais parce que l\u2019on trouvait ce que l\u2019on cherchait seulement par la voie compliqu\u00e9e des biblioth\u00e8ques pour alimenter les d\u00e9bats. Tout ce qui est concept, id\u00e9e, faits se trouve d\u00e9j\u00e0 en de multiples endroits dans le monde redondant d\u2019Internet. M\u00eame s\u2019il se donne la peine de creuser, le praticien n\u2019en retire aucun avantage suppl\u00e9mentaire&#13;<br \/>\nIl en va autrement des historiens; puissent-ils poursuivre leur travail de synth\u00e8se pour nous.. De plus, le texte exhaustif est sacrifi\u00e9. On voit qu\u2019un classement syst\u00e9matique et intelligent en format Wikip\u00e9dia suffit \u00e0 remplacer de nombreux ouvrages sp\u00e9cialis\u00e9s. L\u2019id\u00e9e principale de bon nombre d\u2019\u00e9crits et de textes est rendue tr\u00e8s facilement. Les articles de l\u2019\u00e9conomiste Ronald Coase, prix Nobel, apparaissent sur une bonne douzaine de pages tout au plus; les trois th\u00e8ses d\u2019Albert Einstein de 1905, pourtant extraordinaires, prennent encore moins de place. Certains bons \u00e9conomistes de renomm\u00e9e mondiale livrent leurs id\u00e9es, leurs documents et leur opinion du jour sur leur site. Nous n\u2019avons plus besoin de ces gros bouquins \u00e0 la pr\u00e9sentation pompeuse. Peut-\u00eatre pourrions-nous m\u00eame nous passer des livres traditionnels? En effet, le monde num\u00e9rique prend une nouvelle direction avec le \u00abKindle\u00bb \u2013 la tablette \u00e9lectronique fonctionnant gr\u00e2ce au G3 \u2013 et le t\u00e9l\u00e9phone mobile, qui devient un instrument universel et vers lequel convergent tous les autres appareils et tous les canaux d\u2019information.Le monde n\u2019est pas devenu plus convivial pour autant. Au lieu de fouiller dans les bo\u00eetes de fiches des biblioth\u00e8ques, la personne avide d\u2019informations doit chercher pendant des heures sur tous les sites imaginables d\u2019Internet. On ne peut plus invoquer l\u2019excuse de n\u2019avoir pas trouv\u00e9 ou qu\u2019une demande d\u2019information n\u2019est pas arriv\u00e9e par la poste. Ubiquiste, instantan\u00e9e, mondiale, telle est la r\u00e9alit\u00e9.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Comment s\u2019informait-on sur l\u2019UE en 1988?Au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9 1988, je signalais au r\u00e9dacteur de la Revue syndicale suisse qu\u2019\u00e0 mon avis, l\u2019Europe pourrait devenir un sujet d\u2019actualit\u00e9 en Suisse et pour l\u2019Union syndicale suisse (USS) et que je comptais faire un num\u00e9ro sp\u00e9cial sur ce sujet. Je trouvais mes informations en lisant tous les jours le <i>Financial Times<\/i>, l\u2019<i>Herald Tribune<\/i> et la <i>NZZ<\/i>. Le contenu des articles que je d\u00e9coupais \u00e9tant souvent vague et trop g\u00e9n\u00e9ral, je me suis rendu alors dans les sous-sols du D\u00e9partement de l\u2019\u00e9conomie de l\u2019universit\u00e9 de Berne o\u00f9 quelques \u00e9crits v\u00e9g\u00e9taient. Par l\u2019entremise de la Conf\u00e9d\u00e9ration europ\u00e9enne des syndicats (CES), le secr\u00e9tariat de l\u2019USS recevait des dossiers tr\u00e8s s\u00e9lectifs sur la politique sociale et celle du travail. Je me suis aussi abonn\u00e9 \u00e0 un service de presse de Bruxelles qui donnait deux fois par semaine sur du papier bleu des indications internes sur les directives qui avaient fait l\u2019objet d\u2019une d\u00e9cision ou sur celles qui \u00e9taient pr\u00e9vues. Les ouvrages sp\u00e9cialis\u00e9s sur l\u2019UE avaient d\u00e9j\u00e0 deux ou trois ans d\u2019\u00e2ge et mentionnaient des faits qui, lors de leur r\u00e9daction, avaient d\u00e9j\u00e0 trois ou quatre ans. Si on avait acc\u00e8s aux textes complets des directives de l\u2019UE, il fallait alors rechercher les addenda dans une nomenclature compliqu\u00e9e et les coller pendant des ann\u00e9es. Pour sa part, le Bureau de l\u2019int\u00e9gration de la Conf\u00e9d\u00e9ration fournissait sporadiquement quelques documents qui concernaient la plupart du temps de petits probl\u00e8mes commerciaux. Le num\u00e9ro de la revue est paru \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 1988 sans susciter de r\u00e9action particuli\u00e8re. En janvier 1989, le pr\u00e9sident de la Commission europ\u00e9enne Jacques Delors a lanc\u00e9 le d\u00e9bat sur un Espace \u00e9conomique europ\u00e9en. Ce n\u2019est qu\u2019en 1995 qu\u2019Internet a mis les textes originaux \u00e0 la disposition de tout le monde.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 2: Le pr\u00e9sent article, un exemple de recherche sur Internet Internet a fait des miracles d\u00e9j\u00e0 rien que pour cet article. Apr\u00e8s l\u2019exposition du Mus\u00e9e historique de Berne de 2009, j\u2019avais encore en m\u00e9moire le chiffre de 17&nbsp;000 lettres; je me suis alors ru\u00e9 sur Google o\u00f9 j\u2019ai tap\u00e9 \u00abAlbrecht von Haller 17 000\u00bb et la confirmation est arriv\u00e9e. Le \u00abFreedom of Information Act\u00bb (est-ce la bonne mani\u00e8re de l\u2019\u00e9crire? quand \u00e9tait-ce?) est sorti en quelques secondes. M\u00eame sans poss\u00e9der les nombreux tomes rouges du Recueil syst\u00e9matique du droit f\u00e9d\u00e9ral, on trouve instantan\u00e9ment son \u00e9quivalent helv\u00e9tique sur le site de la Conf\u00e9d\u00e9ration: LTrans, RS 152.3.La recherche de ces trois informations m\u2019aurait certainement pris une demi-journ\u00e9e avant l\u2019\u00e8re d\u2019Internet de sorte que j\u2019aurais choisi la solution habituelle, c\u2019est-\u00e0-dire une formulation plus vague. C\u2019est pourquoi les ouvrages sp\u00e9cialis\u00e9s de l\u2019\u00e9poque \u00e9taient approximatifs, surtout les articles de journaux, qui restaient tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9raux.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 3: La Vie \u00e9conomique, une compagne fid\u00e8le<i>La Vie \u00e9conomique<\/i> est une revue qui m\u2019accompagne depuis mes \u00e9tudes vers la fin des ann\u00e9es soixante. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, elle \u00e9tait publi\u00e9e dans un gris-vert sobre et co\u00fbtait 5 francs par ann\u00e9e. Elle ne contenait pas de messages d\u2019accueil bienveillants sign\u00e9s par des conseillers f\u00e9d\u00e9raux ou des notables, mais juste les statistiques objectives que publiaient la Banque nationale, l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de l\u2019industrie, des arts et m\u00e9tiers et du travail, l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de l\u2019agriculture, la Direction g\u00e9n\u00e9rale des douanes et autres. Les statistiques p\u00e9riodiques comme le recensement de la population ou des logements, l\u2019indice des loyers ou l\u2019enqu\u00eate sur les prix apportaient un peu de vari\u00e9t\u00e9. Comme ces enqu\u00eates servaient souvent pour l\u2019octroi de subventions ou pour la taxation, les colonies d\u2019abeilles et les porcs ont occup\u00e9 une place importante dans ce pays industrialis\u00e9 qu\u2019est la Suisse.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Internet a \u00e9t\u00e9 une v\u00e9ritable r\u00e9volution pour les utilisateurs des informations \u00e9conomiques et pour les praticiens; par ce dernier terme, on entend les journalistes, les entrepreneurs, les administrations publiques, les associations et les profanes qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 ce sujet. 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