{"id":152177,"date":"2010-01-01T12:00:00","date_gmt":"2010-01-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2010\/01\/straumann-2\/"},"modified":"2023-08-24T01:00:55","modified_gmt":"2023-08-23T23:00:55","slug":"straumann-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2010\/01\/straumann-2\/","title":{"rendered":"Pourquoi la Suisse est-elle riche? L\u2019histoire \u00e9conomique nous r\u00e9pond"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019histoire nous apprend qu\u2019il est quasiment impossible de r\u00e9ussir sans des circonstances favorables. Cela sapplique \u00e9galement \u00e0 l\u2019histoire \u00e9conomique suisse de ces 90 derni\u00e8res ann\u00e9es. Trois facteurs exog\u00e8nes ont eu un effet particuli\u00e8rement favorable dans cette r\u00e9ussite: une paix permanente, la croissance de nos grands voisins \u00e0 partir de 1945 et la structure \u00e9conomique h\u00e9rit\u00e9e du XIXe si\u00e8cle. L\u2019histoire nous montre aussi que pour r\u00e9ussir il faut savoir saisir la balle au bond. Parmi les atouts suisses, on trouve l\u2019excellente qualit\u00e9 de son capital humain et une politique \u00e9conomique ax\u00e9e sur la stabilit\u00e9. En d\u2019autres termes, la chance et l\u2019intelligence sont \u00e0 l\u2019origine de la r\u00e9ussite de l\u2019\u00e9conomie suisse des 90 derni\u00e8res ann\u00e9es. Nous analysons ci-apr\u00e8s ce m\u00e9lange singulier. <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201001_04_Straumann_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"235\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n\u00c0 notre \u00e9poque, 90 ans d\u2019histoire \u00e9conomique repr\u00e9sentent presque une \u00e9ternit\u00e9. En 1920, le revenu moyen \u00e9tait cinq fois plus bas que maintenant et la Suisse comptait moiti\u00e9 moins d\u2019habitants. Les deux tiers des personnes actives travaillaient soit dans l\u2019agriculture (26%), soit dans l\u2019artisanat et l\u2019industrie (44%), alors que ces secteurs en emploient actuellement \u00e0 peine plus d\u2019un quart. Avant, la vie \u00e9tait plus dure, plus courte et plus dangereuse. La grippe espagnole qui a s\u00e9vi entre 1918 et 1919 a fait 25&nbsp;000 victimes en Suisse et l\u2019esp\u00e9rance de vie moyenne se situait autour des 60 ans.En mati\u00e8re de politique \u00e9conomique, deux mondes s\u00e9parent 1920 de l\u2019\u00e9poque actuelle. Les relations entre les patrons et la classe ouvri\u00e8re ont \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment d\u00e9stabilis\u00e9es par la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de novembre 1918. Les partis bourgeois et de gauche avaient des positions tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9es. Lors de son congr\u00e8s de 1920, le parti socialiste suisse (PSS) a vot\u00e9 un nouveau programme qui condamnait la d\u00e9mocratie bourgeoise et pr\u00e9voyait la dictature du prol\u00e9tariat apr\u00e8s l\u2019obtention de la majorit\u00e9 parlementaire. Certaines factions des partis bourgeois souhaitaient, en revanche, un retour \u00e0 l\u2019autoritarisme afin de faire plier le mouvement des travailleurs. Il a fallu attendre les ann\u00e9es trente pour que la gauche et la droite commencent \u00e0 se comprendre. Le PSS a obtenu son premier si\u00e8ge au Conseil f\u00e9d\u00e9ral en 1943.Si l\u2019on compare l\u2019\u00e9poque actuelle avec le pass\u00e9, ce ne sont pas les diff\u00e9rences qui ont besoin d\u2019\u00eatre expliqu\u00e9es, bien qu\u2019elles sautent aux yeux. L\u2019histoire \u00e9conomique de notre pays est davantage marqu\u00e9e par la constance, puisqu\u2019il comptait d\u00e9j\u00e0, \u00e0 cette \u00e9poque, parmi les plus florissants au monde. Comment cela s\u2019explique-t-il?&#13;<\/p>\n<h2>La croissance gr\u00e2ce \u00e0 la paix<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa Suisse n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 envahie durant les 90 derni\u00e8res ann\u00e9es. Certes, la chance a jou\u00e9 un grand r\u00f4le, personne ne le conteste. Si l\u2019arm\u00e9e allemande, au printemps 1940, n\u2019avait pas progress\u00e9 aussi rapidement, elle aurait vraisemblablement ouvert un deuxi\u00e8me front pour p\u00e9n\u00e9trer en France et celui-ci serait pass\u00e9 par la Suisse. La plupart des autres petits \u00c9tats de l\u2019Europe occidentale qui, comme nous, faisaient valoir leur neutralit\u00e9 en cas de conflit ont eu moins de chance. Attaqu\u00e9e par les troupes allemandes pendant la Premi\u00e8re et la Seconde Guerre mondiale, la Belgique a essuy\u00e9 de tr\u00e8s lourdes pertes, surtout dans les ann\u00e9es vingt lorsqu\u2019elle a souffert, d\u2019une part, des dommages dus \u00e0 la guerre et, d\u2019autre part, des conflits politico-financiers qui ont frein\u00e9 sa croissance.\u00c0 l\u2019oppos\u00e9, apr\u00e8s les deux guerres mondiales, la Suisse est entr\u00e9e sur les march\u00e9s mondiaux avec un appareil productif intact. Cette paix chanceuse a \u00e9t\u00e9 un crit\u00e8re important de la croissance spectaculaire de la gestion de fortune au XXe si\u00e8cle. D\u00e9j\u00e0 \u00e0 la fin des ann\u00e9es vingt, c\u2019est-\u00e0-dire avant l\u2019introduction du secret bancaire en 1935, la Suisse \u00e9tait le leader europ\u00e9en de la gestion de fortune. Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, le montant des fortunes \u00e9trang\u00e8res a continu\u00e9 \u00e0 cro\u00eetre parce que de nombreux citoyens europ\u00e9ens craignaient ou une nouvelle guerre, ou l\u2019inflation ou la confiscation. Le fait que les banques \u00e9taient \u00e0 m\u00eame d\u2019offrir une protection particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9e de la sph\u00e8re priv\u00e9e a favoris\u00e9 indubitablement ce processus, \u00e0 moins qu\u2019il ne l\u2019ait m\u00eame d\u00e9clench\u00e9. La stabilit\u00e9 politique et \u00e9conomique d\u2019une Suisse \u00e9pargn\u00e9e par la guerre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminante.&#13;<\/p>\n<h2>\u00c0 la remorque des grands voisins<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nIl faut dire aussi que la Suisse, qui a une \u00e9conomie nationale ouverte mais de faible ampleur, est entour\u00e9e de voisins \u00e9conomiquement puissants, surtout l\u2019Allemagne qui a connu une sorte de renaissance apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. De m\u00eame, la demande venant de France et d\u2019Italie du Nord a stimul\u00e9 l\u2019industrie exportatrice suisse apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. Au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, l\u2019importance du march\u00e9 europ\u00e9en s\u2019est relativis\u00e9e mais les trois quarts de nos exportations s\u2019\u00e9coulent toujours dans les pays voisins. Si l\u2019Allemagne a des probl\u00e8mes, les exportations suisses en souffrent imm\u00e9diatement, comme le prouve la crise \u00e9conomique actuelle.Outre les exportations, les activit\u00e9s financi\u00e8res et le tourisme ont aussi profit\u00e9 de la prosp\u00e9rit\u00e9 croissante de nos grands voisins. \u00c0 cela s\u2019ajoute que l\u2019immigration d\u2019ing\u00e9nieurs et de scientifiques a permis de r\u00e9soudre le probl\u00e8me de la rel\u00e8ve indig\u00e8ne, laquelle \u00e9tait trop modeste dans les domaines o\u00f9 la Suisse excelle. La chimie b\u00e2loise et les grandes entreprises de l\u2019industrie des machines, par exemple, n\u2019auraient pas pu se d\u00e9velopper de la sorte sans sp\u00e9cialistes venus de l\u2019\u00e9tranger. Autre motif et non des moindres: la politique mon\u00e9taire de la Banque centrale allemande s\u2019est av\u00e9r\u00e9e extr\u00eamement efficace. Alors que les autres banques centrales europ\u00e9ennes d\u00e9clenchaient des inflations et d\u2019importants mouvements de capitaux qui poussaient le taux de change r\u00e9el du franc temporairement vers le haut, les gardiens de la devise de notre principal partenaire commercial veillaient \u00e0 la stabilit\u00e9. La situation s\u2019est encore am\u00e9lior\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 la Banque centrale europ\u00e9enne. Sans l\u2019euro, la derni\u00e8re crise financi\u00e8re aurait provoqu\u00e9 \u00e0 coup s\u00fbr un effondrement de la monnaie encore plus grave en Europe, ce qui aurait sensiblement affaibli la comp\u00e9titivit\u00e9 de l\u2019industrie exportatrice suisse.&#13;<\/p>\n<h2>Une structure \u00e9conomique flexible<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa structure \u00e9conomique h\u00e9rit\u00e9e du pass\u00e9 doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une immense chance. La combinaison entre une agriculture orient\u00e9e vers l\u2019exportation, une production industrielle de haute qualit\u00e9, le tourisme et les activit\u00e9s financi\u00e8res s\u2019est av\u00e9r\u00e9e extraordinairement flexible au cours des 90 derni\u00e8res ann\u00e9es. Cette conjonction doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme une circonstance favorable, car elle est le r\u00e9sultat d\u2019une longue \u00e9volution et n\u2019a jamais fait partie d\u2019une grande strat\u00e9gie. La vocation exportatrice de notre agriculture remonte au bas Moyen \u00c2ge lorsque les paysans du \u00abpeuple des bergers\u00bb ont abandonn\u00e9 la culture c\u00e9r\u00e9ali\u00e8re au profit de l\u2019\u00e9levage du b\u00e9tail et ont d\u00e9plac\u00e9 leurs troupeaux vers le Nord de l\u2019Italie en empruntant les cols des Alpes. La sp\u00e9cialisation dans l\u2019\u00e9conomie laiti\u00e8re a jet\u00e9 les bases de la production industrielle du lait en poudre et du chocolat. L\u2019industrie suisse plonge ses racines aux XVIe et XVIIe si\u00e8cles lorsque les huguenots chass\u00e9s de France ont apport\u00e9 l\u2019horlogerie en Suisse romande et contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019essor du textile en Suisse al\u00e9manique. Les industries m\u00e9canique, chimique et pharmaceutique sont le fruit de l\u2019industrie textile du XIXe si\u00e8cle. Le tourisme est essentiellement l\u2019invention des visiteurs anglais qui, au XIXe si\u00e8cle, ont d\u00e9couvert les Alpes et en ont fait un lieu de vill\u00e9giature. L\u2019industrialisation de la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle a donn\u00e9 naissance aux grandes banques, aux banques cantonales et aux compagnies d\u2019assurance.La diversification de l\u2019\u00e9conomie suisse et l\u2019insignifiance du secteur des mati\u00e8res premi\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 des facteurs primordiaux. En effet, l\u2019histoire montre que les r\u00e9gions dont le secteur des mati\u00e8res premi\u00e8res est fort ont davantage de difficult\u00e9s \u00e0 changer leurs structures. \u00c0 nouveau, il est int\u00e9ressant de comparer ce ph\u00e9nom\u00e8ne avec la Belgique. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019entre-deux guerres, la Wallonie, riche en mati\u00e8res premi\u00e8res, \u00e9tait prosp\u00e8re. Un d\u00e9clin s\u2019est amorc\u00e9 apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale et la r\u00e9gion ne s\u2019en est pas encore remise aujourd\u2019hui. En science, on parle \u00e0 juste titre de la \u00abmal\u00e9diction des ressources\u00bb. La richesse qui repose sur les mati\u00e8res premi\u00e8res n\u2019est positive qu\u2019\u00e0 court terme. \u00c0 long terme, c\u2019est une hypoth\u00e8que.Le ph\u00e9nom\u00e8ne du \u00abmal hollandais\u00bb fait aussi partie des inconv\u00e9nients provoqu\u00e9s par une dotation importante en ressources naturelles. Les pays qui tirent des recettes \u00e9lev\u00e9es de leurs exportations en mati\u00e8res premi\u00e8res souffrent d\u2019une forte pression \u00e0 la hausse de leur taux de change r\u00e9el; les autres branches exportatrices perdent alors de leur comp\u00e9titivit\u00e9 et se contractent. Ce probl\u00e8me a \u00e9t\u00e9 reconnu pour la premi\u00e8re fois dans les ann\u00e9es septante lorsque les Pays-Bas, en raison de leurs exportations de gaz naturel, ont connu au m\u00eame moment des exc\u00e9dents commerciaux et une crise des secteurs traditionnels d\u2019exportation. L\u2019industrie norv\u00e9gienne des machines, auparavant florissante, a \u00e9galement connu un d\u00e9clin relatif en raison de la d\u00e9couverte du p\u00e9trole. En Suisse aussi, des centres industriels prosp\u00e8res ont perdu de leur importance parce qu\u2019ils ont trop repos\u00e9 sur une seule branche, comme dans les cantons de Glaris, Saint-Gall ou Soleure. Il est, toutefois, moins facile de cr\u00e9er de nouveaux emplois dans une r\u00e9gion d\u00e9di\u00e9e jadis \u00e0 l\u2019industrie mini\u00e8re que dans une autre dont l\u2019atout \u00e9tait l\u2019industrie textile ou horlog\u00e8re. L\u2019essor de la technologie m\u00e9dicale au pied du Jura est \u00e0 cet \u00e9gard embl\u00e9matique.&#13;<\/p>\n<h2>La chance a des limites<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nOn ne saura jamais comment l\u2019histoire \u00e9conomique de la Suisse aurait \u00e9volu\u00e9 sans ces circonstances favorables, le d\u00e9veloppement d\u2019un pays \u00e9tant toujours unique. Cependant, si l\u2019on compare avec d\u2019autres petits \u00c9tats europ\u00e9ens, on voit que la chance n\u2019est pas le seul facteur de succ\u00e8s de l\u2019\u00e9conomie suisse. Il est vrai que la Suisse a profit\u00e9 du fait d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9e par les deux guerres mondiales: \u00e0 la fin des ann\u00e9es vingt et des ann\u00e9es quarante, sa prosp\u00e9rit\u00e9 relative a fortement augment\u00e9. Cet avantage n\u2019\u00e9tait, toutefois, que temporaire. \u00c0 la fin du XXe si\u00e8cle, ce ne sont pas les pays \u00e9pargn\u00e9s par la Seconde Guerre mondiale, comme la Su\u00e8de ou la Suisse, qui affichaient le revenu moyen le plus \u00e9lev\u00e9, mais le Danemark. Notons que la Su\u00e8de n\u2019a pas fait mieux que la Belgique.Le fait que la Suisse soit entour\u00e9e de voisins prosp\u00e8res n\u2019explique pas tout; l\u2019exemple irlandais est l\u00e9gendaire. Alors que son voisin est l\u2019un des pays les plus riches du monde, l\u2019\u00eele verte n\u2019a jamais connu de croissance notable jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment. Son voisinage avec la Grande-Bretagne appara\u00eet davantage comme une mal\u00e9diction que l\u2019inverse. Ce n\u2019est que gr\u00e2ce \u00e0 un changement de cap politico-\u00e9conomique radical que l\u2019\u00e9conomie irlandaise a pu tirer profit de la proximit\u00e9 de la Grande-Bretagne. La simple pr\u00e9sence d\u2019un voisin performant ne suffit pas: c\u2019est bien davantage la mani\u00e8re dont un petit \u00c9tat sait utiliser ses atouts qui prime.Il faut, enfin, relativiser l\u2019importance de la structure \u00e9conomique re\u00e7ue en h\u00e9ritage. Certes, la Suisse a eu l\u2019immense chance de ne pas conna\u00eetre la mal\u00e9diction des ressources. Mais cela n\u2019explique toujours pas pourquoi la chimie b\u00e2loise, par exemple, a r\u00e9ussi \u00e0 transformer ses structures pour \u00e9voluer vers l\u2019industrie pharmaceutique \u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle. Les entreprises allemandes ont eu davantage de probl\u00e8mes dans ce domaine. On ne comprend pas non plus pourquoi le Luxembourg a su cr\u00e9er une place financi\u00e8re florissante malgr\u00e9 des d\u00e9cennies de d\u00e9pendance \u00e0 la sid\u00e9rurgie. Il y a des exceptions qui n\u00e9cessitent des explications.Pour comprendre la r\u00e9ussite de la Suisse, il faut aussi tenir compte de facteurs que l\u2019on ne peut pas attribuer \u00e0 des circonstances favorables. Deux d\u2019entre eux sont \u00e9vidents: la qualit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e du capital humain et une politique \u00e9conomique plac\u00e9e sous le signe de la stabilit\u00e9.&#13;<\/p>\n<h2>Les \u00abvertus suisses\u00bb<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa th\u00e9orie \u00e9conomique affirme que la prosp\u00e9rit\u00e9 d\u2019un pays d\u00e9pend en derni\u00e8re instance de la qualit\u00e9 de son capital humain. Plus le niveau de formation de la main d\u2019\u0153uvre est \u00e9lev\u00e9 et plus son esprit d\u2019entreprise est d\u00e9velopp\u00e9; la probabilit\u00e9 qu\u2019un pays soit riche n\u2019en est d\u00e8s lors que plus grande. En Suisse, les conditions menant \u00e0 l\u2019accumulation du capital humain semblent avoir \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement favorables. D\u2019une part, des vertus telles que l\u2019application, le travail de qualit\u00e9 et l\u2019esprit d\u2019entreprise ont toujours \u00e9t\u00e9 valoris\u00e9es et, d\u2019autre part, la politique et l\u2019\u00e9conomie ont toujours voulu des instituts de formation de bon niveau tant pour les \u00e9lites que pour les \u00e9l\u00e8ves et les apprentis.Il n\u2019est pas simple d\u2019expliquer d\u2019o\u00f9 vient cette valorisation de la formation et du perfectionnement professionnel. Ce qui est s\u00fbr, c\u2019est qu\u2019elle repose sur une longue tradition et qu\u2019elle est si bien enracin\u00e9e que l\u2019on parle parfois de \u00abvertus suisses\u00bb. Les villes du pays \u00e9taient des centres r\u00e9form\u00e9s et ont amen\u00e9 une nouvelle \u00e9thique du travail. Elles ont aussi lib\u00e9r\u00e9 des \u00e9nergies entrepreneuriales en attirant sans cesse des gens de la campagne ou des pays voisins qui cherchaient \u00e0 se distinguer par leurs prestations sp\u00e9cifiques. La Conf\u00e9d\u00e9ration faisait office de pionni\u00e8re au XIXe si\u00e8cle dans l\u2019instruction populaire et la formation technique. L\u2019\u00c9cole polytechnique f\u00e9d\u00e9rale de Zurich a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e en 1854, le Technikum de Winterthur en 1874 et la Conf\u00e9d\u00e9ration a instaur\u00e9 le mod\u00e8le moderne de l\u2019apprentissage \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle.Le niveau \u00e9lev\u00e9 du capital humain est devenu une condition pour que les entreprises suisses se sp\u00e9cialisent dans des produits de niche de haute valeur et qu\u2019elles paient des salaires relativement \u00e9lev\u00e9s \u00e0 leurs employ\u00e9s. C\u2019\u00e9tait en m\u00eame temps un corollaire de la r\u00e9ussite. Les entrepreneurs savaient qu\u2019ils ne pourraient poursuivre leur strat\u00e9gie de niche qu\u2019en soutenant l\u2019\u00e9cole publique, l\u2019enseignement technique sup\u00e9rieur et la formation en entreprise. De leur c\u00f4t\u00e9, les employ\u00e9s ont aussi compris l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019il y avait \u00e0 investir dans leur propre formation parce qu\u2019un meilleur dipl\u00f4me engendrait presque syst\u00e9matiquement un salaire sup\u00e9rieur.&#13;<\/p>\n<h2>L\u2019art d\u2019\u00e9viter les grosses erreurs<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa politique \u00e9conomique de la Suisse constitue un deuxi\u00e8me facteur qui ne provient pas forc\u00e9ment de circonstances favorables. On ne peut pourtant pas parler de politique optimale puisque la Suisse a aussi pris de mauvaises d\u00e9cisions. Pourtant, en comparaison internationale, on remarque qu\u2019en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, les faux pas \u00e9taient moins graves que ceux commis dans les pays voisins. C\u2019est surtout en mati\u00e8re de stabilit\u00e9 que cette politique a r\u00e9ussi.La politique mon\u00e9taire suisse est un exemple caract\u00e9ristique. Certes, la Banque nationale suisse (BNS) a parfois fait des erreurs, puisque la politique de d\u00e9flation men\u00e9e pendant la crise \u00e9conomique mondiale des ann\u00e9es trente, la politique d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 du milieu des ann\u00e9es septante et la politique des taux \u00e9lev\u00e9s du d\u00e9but des ann\u00e9es nonante ont \u00e9t\u00e9 franchement contre-productives. Cependant, pendant 90 ans, la politique mon\u00e9taire suisse a connu un succ\u00e8s exceptionnel. Alors que la plupart des \u00c9tats europ\u00e9ens ont travers\u00e9 au moins une fois une phase de forte inflation voire d\u2019hyperinflation, les prix sont toujours rest\u00e9s relativement stables en Suisse depuis 1920.Les politiques budg\u00e9taire et fiscale suisses constituent un autre exemple. Les taux d\u2019imp\u00f4ts et l\u2019endettement de la Conf\u00e9d\u00e9ration, des cantons et des communes sont rest\u00e9s mod\u00e9r\u00e9s au cours des 90 derni\u00e8res ann\u00e9es. Pendant que les autres pays tentaient de stabiliser la conjoncture apr\u00e8s 1945 en usant de politiques budg\u00e9taire et fiscale d\u00e9bouchant sur un fort endettement, les autorit\u00e9s suisses sont rest\u00e9es plut\u00f4t r\u00e9serv\u00e9es. Cette retenue a eu parfois des effets n\u00e9gatifs \u00e0 court terme comme au milieu des ann\u00e9es septante ou au d\u00e9but des ann\u00e9es nonante, mais elle s\u2019est av\u00e9r\u00e9e b\u00e9n\u00e9fique pour la stabilit\u00e9 des finances publiques \u00e0 long terme.Enfin, le partenariat social, qui s\u2019est form\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es trente et qui est devenu la r\u00e8gle dans la plupart des branches apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, a \u00e9t\u00e9 un facteur important de stabilit\u00e9. Les conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats entre les travailleurs et les employeurs n\u2019ont certes pas disparu, mais la volont\u00e9 de trouver des solutions en commun en cas de crise au lieu de laisser les conflits d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer a cr\u00e9\u00e9 un climat de confiance qui favorise incontestablement la croissance.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nEn substance, on peut dire que la prosp\u00e9rit\u00e9 de la Suisse au cours des 90 derni\u00e8res ann\u00e9es ne provient pas uniquement de circonstances favorables, mais qu\u2019elle repose sur des atouts qu\u2019elle a acquis. Tout laisse \u00e0 penser que notre \u00e9conomie atteindra \u00e0 l\u2019avenir un niveau sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne. Il est, toutefois, impossible de pr\u00e9voir la fin de l\u2019histoire.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Immigration et croissanceAu cours des 90 derni\u00e8res ann\u00e9es, le taux moyen d\u2019immigration a \u00e9t\u00e9 nettement sup\u00e9rieur \u00e0 celui de l\u2019\u00e9migration, mais cette \u00e9volution ne s\u2019est pas faite de mani\u00e8re lin\u00e9aire. Si, \u00e0 d\u00e9faut de meilleures donn\u00e9es, nous prenons comme indicateur le taux d\u2019\u00e9trangers dans la population r\u00e9sidante permanente, on distingue quatre \u00e9tapes: de 1920 \u00e0 1945, la part de la population \u00e9trang\u00e8re r\u00e9sidante a diminu\u00e9 de moiti\u00e9 pour passer de 10 \u00e0 5%. Cela provient de la politique d\u2019immigration rigoureuse qui avait \u00e9t\u00e9 instaur\u00e9e et de la Seconde Guerre mondiale. Une premi\u00e8re grande vague d\u2019immigration a eu lieu pendant la phase de haute conjoncture qui a dur\u00e9 de 1945 jusqu\u2019\u00e0 la grande r\u00e9cession du milieu des ann\u00e9es septante, durant laquelle la part de la population \u00e9trang\u00e8re r\u00e9sidante est pass\u00e9e de 5 \u00e0 17%. Apr\u00e8s une forte diminution de courte dur\u00e9e (14%) due au renvoi par la Suisse de plus de 150&nbsp;000 saisonniers \u00e9trangers afin de lutter contre le ch\u00f4mage, une deuxi\u00e8me grosse vague d\u2019immigration, qui se prolonge encore aujourd\u2019hui, a commenc\u00e9 dans les ann\u00e9es quatre-vingt.L\u2019immigration et la prosp\u00e9rit\u00e9 sont les deux c\u00f4t\u00e9s dune m\u00eame m\u00e9daille. Une \u00e9conomie de petite taille et ouverte comme celle de la Suisse ne peut cro\u00eetre r\u00e9guli\u00e8rement que si elle recrute de la main d\u2019\u0153uvre \u00e9trang\u00e8re. L\u2019immigration \u2013 qu\u2019elle soit appr\u00e9hend\u00e9e en termes de taux ou de gestion \u2013 est d\u2019abord une question politique. D\u2019un point de vue \u00e9conomique, il importe qu\u2019elle ne serve pas seulement \u00e0 repourvoir des postes vacants, mais qu\u2019elle contribue \u00e0 augmenter la productivit\u00e9. Cela n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 le cas tout au long de l\u2019histoire \u00e9conomique de ces 90 derni\u00e8res ann\u00e9es. C\u2019est surtout pendant la p\u00e9riode de haute conjoncture de l\u2019apr\u00e8s-guerre que les branches structurellement faibles ont recrut\u00e9 de la main-d\u2019\u0153uvre \u00e9trang\u00e8re, appliquant en cela une strat\u00e9gie des bas salaires dans le but de diff\u00e9rer leur in\u00e9luctable d\u00e9clin. Il en a r\u00e9sult\u00e9 un effondrement particuli\u00e8rement dramatique dans les ann\u00e9es septante. En revanche, la Suisse a toujours attir\u00e9 une main d\u2019\u0153uvre hautement qualifi\u00e9e. Sans cet atout, l\u2019histoire \u00e9conomique de la Suisse des 90 derni\u00e8res ann\u00e9es aurait \u00e9volu\u00e9 tout autrement.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 2: Bibliographie\u2013 Bergier, Jean-Fran\u00e7ois, <i>Histoire \u00e9conomique de la Suisse,<\/i> Zurich\/Cologne, 1983, Benziger Verlag.\u2013 <i>Statistique historique de la Suisse,<\/i> publi\u00e9e par Heiner Ritzmann-Blickenstorfer, sous la direction de Hansj\u00f6rg Siegenthaler, Zurich, 1996, Chronos.\u2013 Maddison Angus, <i>L\u2019\u00e9conomie mondiale: une perspective mill\u00e9naire,<\/i> Paris, 2001, OCDE.\u2013 Banque nationale suisse (\u00e9d.), <i>Banque nationale suisse 1907\u20132007,<\/i> Zurich, 2007, NZZ Libro.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019histoire nous apprend qu\u2019il est quasiment impossible de r\u00e9ussir sans des circonstances favorables. Cela sapplique \u00e9galement \u00e0 l\u2019histoire \u00e9conomique suisse de ces 90 derni\u00e8res ann\u00e9es. Trois facteurs exog\u00e8nes ont eu un effet particuli\u00e8rement favorable dans cette r\u00e9ussite: une paix permanente, la croissance de nos grands voisins \u00e0 partir de 1945 et la structure \u00e9conomique h\u00e9rit\u00e9e [&hellip;]<\/p>","protected":false},"author":3395,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"ep_exclude_from_search":false,"footnotes":""},"post__type":[83],"post_opinion":[],"post_serie":[],"post_content_category":[],"post_content_subject":[],"acf":{"seco_author":3395,"seco_co_author":null,"author_override":"","seco_author_post_ocupation_year":"","seco_author_post_occupation_de":"Titularprofessor f\u00fcr Wirtschaftsgeschichte an der Universit\u00e4t Z\u00fcrich","seco_author_post_occupation_fr":"Professeur d\u2019histoire \u00e9conomique, universit\u00e9 de Zurich","seco_co_authors_post_ocupation":null,"short_title":"","post_lead":"","post_hero_image_description":"","post_hero_image_description_copyright_de":"","post_hero_image_description_copyright_fr":"","post_references_literature":"","post_kasten":null,"post_notes_for_print":"","first_teaser_header_de":"","first_teaser_header_fr":"","first_teaser_text_de":"","first_teaser_text_fr":"","second_teaser_header_de":"","second_teaser_header_fr":"","second_teaser_text_de":"","second_teaser_text_fr":"","kseason_de":"","kseason_fr":"","post_in_pdf":152180,"main_focus":null,"serie_email":null,"frontpage_slider_bild":"","artikel_bild-slider":null,"legacy_id":"8242","post_abstract":"","magazine_issue":null,"seco_author_reccomended_post":null,"redaktoren":null,"korrektor":null,"planned_publication_date":null,"original_files":null,"external_release_for_author":"19700101","external_release_for_author_time":"00:00:00","link_for_external_authors":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/exedit\/55373bcde8321"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/152177"}],"collection":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3395"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=152177"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/152177\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":189597,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/152177\/revisions\/189597"}],"acf:user":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3395"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=152177"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post__type","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post__type?post=152177"},{"taxonomy":"post_opinion","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_opinion?post=152177"},{"taxonomy":"post_serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_serie?post=152177"},{"taxonomy":"post_content_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_category?post=152177"},{"taxonomy":"post_content_subject","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_subject?post=152177"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}