{"id":152349,"date":"2009-11-01T12:00:00","date_gmt":"2009-11-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2009\/11\/kirchgaessner-2\/"},"modified":"2023-08-24T01:02:10","modified_gmt":"2023-08-23T23:02:10","slug":"kirchgaessner-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2009\/11\/kirchgaessner-2\/","title":{"rendered":"Le syst\u00e8me de sant\u00e9 suisse: \u00e9volution des co\u00fbts et probl\u00e8mes de fond"},"content":{"rendered":"<p>Le secteur de la sant\u00e9 semble en perp\u00e9tuelle croissance, que ce soit en valeur absolue ou par rapport au produit int\u00e9rieur brut (PIB). Cela se traduit par une hausse continuelle des primes d&#8217;assurance-maladie. Alors que cette progression avait pu \u00eatre frein\u00e9e artificiellement ces derni\u00e8res ann\u00e9es, en puisant dans les r\u00e9serves des assureurs, les caisses-maladie ont annonc\u00e9 pour 2010 des augmentations de primes parfois nettement sup\u00e9rieures \u00e0 10%. C&#8217;est d&#8217;autant plus consternant que, dans le contexte conjoncturel actuel o\u00f9 le ch\u00f4mage ne fait que progresser, cela ne fait qu&#8217;affaiblir la demande priv\u00e9e. M\u00eame si les mesures discut\u00e9es et en partie d\u00e9j\u00e0 prises pour ma\u00eetriser les co\u00fbts &#8211; certaines \u00e9tant pertinentes et d&#8217;autres moins &#8211; devaient porter leurs fruits, elles ne permettraient pas de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes fondamentaux du syst\u00e8me de sant\u00e9 suisse Voir Commission pour les questions conjoncturelles (2006)..<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/200911_04_Kirchgaessner_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"245\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEn principe, il y aurait lieu de se r\u00e9jouir qu&#8217;en p\u00e9riode de crise, un secteur connaisse une croissance particuli\u00e8rement forte, accompagn\u00e9e d&#8217;une progression de l&#8217;emploi. Tel devrait \u00eatre le cas si, dans le secteur de la sant\u00e9 &#8211; comme pour les autres biens et services -, c&#8217;\u00e9tait exclusivement le march\u00e9 qui r\u00e9gulait l&#8217;offre et la demande. Or, certaines r\u00e9alit\u00e9s sociopolitiques viennent ici interf\u00e9rer, \u00e0 commencer par le fait que les prestations ne peuvent \u00eatre ax\u00e9es uniquement sur les pr\u00e9f\u00e9rences individuelles des citoyens et qu&#8217;il s&#8217;agit aussi de garantir une couverture de base ad\u00e9quate en prestations publiques \u00e0 l&#8217;ensemble de la population, m\u00eame \u00e0 ceux de ses membres qui ne sont pas en mesure d&#8217;en assumer les co\u00fbts. La fourniture de soins m\u00e9dicaux est donc un march\u00e9 qui subit des restrictions consid\u00e9rables. Ce n&#8217;est certes pas l\u00e0 l&#8217;unique source de difficult\u00e9s pour le syst\u00e8me de sant\u00e9. Celles-ci r\u00e9sultent de la conjonction de trois probl\u00e8mes:\u00a01. La majorit\u00e9 des prestations fournies dans le domaine de la sant\u00e9 sont r\u00e9gl\u00e9es non pas selon les lois du march\u00e9 (prestations compens\u00e9es par des contreprestations), mais par les assurances, qui en assouplissent le principe. Elles subissent ainsi un risque d&#8217;ordre moral, autrement dit les personnes concern\u00e9es peuvent modifier leur comportement apr\u00e8s avoir conclu une assurance. \u00a02. Comme les primes ne sont pas fix\u00e9es en fonction du risque, il existe un risque de s\u00e9lection n\u00e9gative, qui veut que seuls les patients qui pr\u00e9sentent des risques \u00e9lev\u00e9s conclueront une assurance. L&#8217;obligation de s&#8217;assurer introduite pour rem\u00e9dier \u00e0 ce probl\u00e8me cr\u00e9e des difficult\u00e9s suppl\u00e9mentaires en incitant les assureurs \u00e0 attirer les bons risques plut\u00f4t que de chercher \u00e0 r\u00e9duire les co\u00fbts.\u00a03. Les patients ne sont gu\u00e8re capables de juger des mesures les mieux adapt\u00e9es \u00e0 leur cas. Ce sont donc les m\u00e9decins, en tant que prestataires de soins, qui d\u00e9terminent de mani\u00e8re largement ind\u00e9pendante les prestations fournies (demande induite par le fournisseur).\u00a0\u00a0Il n&#8217;existe pas de rem\u00e8de id\u00e9al \u00e0 cette situation. Pour mettre en oeuvre la meilleure solution possible, il faut combiner des \u00e9l\u00e8ments de concurrence avec une r\u00e9glementation intelligente de l&#8217;\u00c9tat. Notons ici que la Suisse n&#8217;est pas un cas isol\u00e9. Tous les pays sont confront\u00e9s aux m\u00eames probl\u00e8mes.&#13;<\/p>\n<h2>Montant, hausse et structure des co\u00fbts<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe graphique 1 montre que le syst\u00e8me de sant\u00e9 suisse est l&#8217;un des plus chers au monde, tant en valeur absolue (par habitant) que par rapport au PIB. Selon les donn\u00e9es relev\u00e9es en 2006 par l&#8217;OCDE pour 30 pays, la Suisse occupe le troisi\u00e8me rang avec des d\u00e9penses de sant\u00e9 de 4165 USD par habitant, derri\u00e8re les \u00c9tats-Unis (9933 USD) et la Norv\u00e8ge (4507 USD) Les chiffres absolus sont pond\u00e9r\u00e9s en fonction de la parit\u00e9 du pouvoir d&#8217;achat. Source: Eco-Sant\u00e9 OCDE 2009.. Si l&#8217;on rapporte ces d\u00e9penses au PIB, la Suisse est aussi en troisi\u00e8me position (10,8%), pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e des \u00c9tats-Unis (15,8%) et de la France (10,8%). \u00a0En comparaison internationale, le syst\u00e8me de sant\u00e9 suisse est certes cher, mais aussi de tr\u00e8s grande qualit\u00e9. Une \u00e9tude de J\u00fcrges (2007) r\u00e9v\u00e8le que les Suisses seraient m\u00eame, en moyenne, en meilleure sant\u00e9 que les ressortissants des huit autres pays europ\u00e9ens examin\u00e9s dans le cadre de cette \u00e9tude. Il ressort des observations de J\u00fcrges que des d\u00e9penses de sant\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9es se traduisent par une am\u00e9lioration des indicateurs de sant\u00e9 objectifs, comme l&#8217;esp\u00e9rance de vie (voir graphique 2). En 2006, celle-ci \u00e9tait en Suisse de 81,7\u00a0ans (\u00e0 la naissance), ce qui place notre pays en deuxi\u00e8me position derri\u00e8re le Japon dans le classement des 30 pays pris en compte par l&#8217;OCDE. \u00c0 cet \u00e9gard, il convient de souligner que la grande qualit\u00e9 du syst\u00e8me de sant\u00e9 suisse profite \u00e0 tous les citoyens, donc aussi \u00e0 ceux qui ne disposent que d&#8217;un faible revenu. Sur ce point, notre pays se distingue des \u00c9tats-Unis, par exemple, o\u00f9 le syst\u00e8me de sant\u00e9, bien que plus cher que le n\u00f4tre, est loin de profiter \u00e0 l&#8217;ensemble de la population. Cette corr\u00e9lation entre co\u00fbts de la sant\u00e9 et qualit\u00e9 du syst\u00e8me tient jusqu&#8217;\u00e0 un certain point seulement; elle n&#8217;est plus valable \u00e0 partir du moment o\u00f9 les d\u00e9penses de sant\u00e9 exc\u00e8dent 8% du PIB. Compte tenu du haut niveau des co\u00fbts du syst\u00e8me de sant\u00e9 suisse et du fait que d&#8217;autres \u00c9tats dispo-sent d&#8217;un syst\u00e8me de qualit\u00e9 comparable au n\u00f4tre mais nettement moins cher, il faut s&#8217;interroger sur l&#8217;efficience de notre syst\u00e8me et donc sur les r\u00e9formes qu&#8217;il n\u00e9cessite.\u00a0Le graphique 3 montre que la structure des co\u00fbts est rest\u00e9e relativement constante tout au long de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, \u00e0 deux exceptions pr\u00e8s: la part des co\u00fbts des soins ambulatoires a consid\u00e9rablement augment\u00e9 et celle des soins dentaires s&#8217;est nettement r\u00e9duite Calcul effectu\u00e9 sur la base des donn\u00e9es de l&#8217;Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique et de l&#8217;Annuaire statistique de la Suisse 2009 sur CD-ROM.. Les co\u00fbts des traitements hospitaliers n&#8217;ont gu\u00e8re vari\u00e9. Ils \u00e9quivalent toujours \u00e0 pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des co\u00fbts totaux et sont tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s en comparaison internationale. \u00c0 l&#8217;\u00e9tranger, leur part a nettement diminu\u00e9 ces derni\u00e8res d\u00e9cennies. D&#8217;o\u00f9 la conclusion que les traitements hospitaliers occupent en Suisse une place trop importante par rapport aux soins ambulatoires, ce qui &#8211; outre les probl\u00e8mes fondamentaux que nous \u00e9voquons ci-dessous &#8211; est l&#8217;une des explications probables de la chert\u00e9 du syst\u00e8me de sant\u00e9 suisse.\u00a0Les prix et les quantit\u00e9s des prestations ont vraisemblablement \u00e9volu\u00e9 diff\u00e9remment selon les domaines consid\u00e9r\u00e9s. Pour les soins ambulatoires, on constate une nette augmentation en termes de volume, probablement due en partie au nombre croissant de m\u00e9decins, alors qu&#8217;au chapitre des m\u00e9dicaments et des traitements hospitaliers en particulier, on note une hausse des prix. Il convient donc de mettre en oeuvre les mesures de ma\u00eetrise des co\u00fbts en diff\u00e9renciant les domaines.\u00a0L&#8217;\u00e9volution des co\u00fbts observ\u00e9e en Suisse n&#8217;est pas exceptionnelle, mais s&#8217;inscrit dans une tendance internationale de hausse relative des d\u00e9penses de sant\u00e9. Autrement dit, les raisons de cette augmentation ne sont pas forc\u00e9ment inh\u00e9rentes au syst\u00e8me suisse et ne peuvent que difficilement \u00eatre \u00e9limin\u00e9es sans que la qualit\u00e9 n&#8217;en souffre.&#13;<\/p>\n<h2>Probl\u00e8mes fondamentaux de la sant\u00e9 publique<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nComme signal\u00e9 plus haut, les probl\u00e8-mes de financement de la sant\u00e9 publique r\u00e9sultent avant tout du fait que les prestations ne sont pas indemnis\u00e9es par des paiements volontaires sur un march\u00e9, mais par le truchement d&#8217;assurances qui, en contrepartie, exigent le versement de primes ind\u00e9pendantes du risque sp\u00e9cifique \u00e0 l&#8217;assur\u00e9 (contrairement \u00e0 une assurance RC pour v\u00e9hicules lourds par exemple). Cette r\u00e9glementation repose sur un consensus tout \u00e0 fait pertinent, mais cr\u00e9e les probl\u00e8mes que nous commentons bri\u00e8vement ci-dessous.&#13;<\/p>\n<h3>Le risque moral<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nComme les autres assurances, le secteur de la sant\u00e9 est confront\u00e9, lui aussi, au probl\u00e8me du risque moral, \u00e0 savoir qu&#8217;une personne assur\u00e9e qui n&#8217;a pas \u00e0 assumer les co\u00fbts d&#8217;un traitement ne se comporte pas de la m\u00eame mani\u00e8re que si elle n&#8217;a pas d&#8217;assurance et doit financer elle-m\u00eame son traitement. \u00c0 cet \u00e9gard, rappelons que le but de l&#8217;assurance est pr\u00e9cis\u00e9ment d&#8217;obtenir que les patients puissent b\u00e9n\u00e9ficier de prestations qui exc\u00e8dent leurs moyens financiers personnels. Relevons, toutefois, que le risque moral s&#8217;accompagne d&#8217;une demande sup\u00e9rieure \u00e0 ce qu&#8217;elle serait si les patients disposaient des moyens n\u00e9cessaires, pouvaient d\u00e9cider librement des prestations dont ils veulent b\u00e9n\u00e9ficier et en finan\u00e7aient eux-m\u00eames les co\u00fbts. Dans ce cas, ils seraient oblig\u00e9s de comparer les prix et l&#8217;utilit\u00e9 des prestations. Avec une couverture d&#8217;assurance, seuls les avantages sont d\u00e9terminants. Les patients assur\u00e9s qui ne doivent pas r\u00e9gler eux-m\u00eames leurs co\u00fbts m\u00e9dicaux vont plus facilement consulter un m\u00e9decin ou se faire soigner \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital que ceux qui ne b\u00e9n\u00e9ficient d&#8217;aucune couverture d&#8217;assurance.\u00a0Cela ne signifie pas, bien s\u00fbr, que les citoyens\/patients ne devraient pas demander ces prestations. Il ne s&#8217;agit pas ici de porter un jugement moral sur leur attitude, mais de montrer comment l&#8217;assurance-maladie peut changer leur comportement et les inciter \u00e0 solliciter de telles prestations. Tant que cette demande va de pair avec une am\u00e9lioration de l&#8217;\u00e9tat sanitaire de la population, il faut la satisfaire. Par contre, tout ce qui va au-del\u00e0 rel\u00e8ve du gaspillage (pour la soci\u00e9t\u00e9).&#13;<\/p>\n<h3>La s\u00e9lection des risques<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nL&#8217;\u00c9tat exige que les assurances per\u00e7oivent des primes ind\u00e9pendantes du risque individuel, afin d&#8217;\u00e9viter que les personnes qui souffrent d&#8217;infirmit\u00e9s ou pr\u00e9sentent un risque \u00e9lev\u00e9 de maladie &#8211; les personnes \u00e2g\u00e9es en particulier &#8211; soient p\u00e9nalis\u00e9es. Cela incite les assureurs \u00e0 attirer autant que possible les bons risques. Pour rendre cette s\u00e9lection plus difficile, le l\u00e9gislateur n&#8217;a pas seulement oblig\u00e9 la population \u00e0 s&#8217;assurer, il a aussi contraint les assurances \u00e0 accepter tout le monde. Cela ne les emp\u00eache pas, toutefois, de faire la chasse aux bons risques. La seule mani\u00e8re de r\u00e9fr\u00e9ner cette pratique est de proc\u00e9der \u00e0 une judicieuse compensation des risques.&#13;<\/p>\n<h3>La demande induite par le fournisseur<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nComme le patient n&#8217;est g\u00e9n\u00e9ralement pas \u00e0 m\u00eame de d\u00e9terminer la th\u00e9rapie adapt\u00e9e \u00e0 son cas, c&#8217;est quasiment toujours le fournisseur, c&#8217;est-\u00e0-dire le m\u00e9decin, qui d\u00e9cide. Concr\u00e8tement, c&#8217;est donc lui qui d\u00e9finit l&#8217;ampleur des prestations m\u00e9dicales sollicit\u00e9es. Or le m\u00e9decin a un int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique \u00e0 fournir le plus grand nombre de prestations possible. En cas de doute, il prescrira plut\u00f4t en trop qu&#8217;en moins telle analyse ou tel traitement. Cette tendance est encore accentu\u00e9e par le fait qu&#8217;en agissant ainsi, il peut se pr\u00e9munir contre d&#8217;\u00e9ventuelles plaintes ou actions en dommages-int\u00e9r\u00eats.&#13;<\/p>\n<h2>Les vecteurs de hausse des co\u00fbts de la sant\u00e9 publique<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nTous ces effets r\u00e9sultent d&#8217;un comportement rationnel des individus concern\u00e9s, sans que l&#8217;on puisse reprocher \u00e0 l&#8217;un ou l&#8217;autre de commettre sciemment des abus. Ils n&#8217;en occasionnent pas moins des prestations d&#8217;un niveau sup\u00e9rieur et, dans la foul\u00e9e, des co\u00fbts de la sant\u00e9 sup\u00e9rieurs \u00e0 ce qui serait n\u00e9cessaire. Pour autant, ils ne peuvent gu\u00e8re \u00eatre tenus pour responsables d&#8217;une hausse excessive des co\u00fbts de la sant\u00e9. Par cons\u00e9quent, les mesures susceptibles de freiner l&#8217;augmentation des d\u00e9penses de sant\u00e9, tels les syst\u00e8mes de quote-part, de franchises ou de bonus, ont certes le pouvoir d&#8217;induire une baisse (unique) du niveau des primes des caisses-maladie, mais ne sauraient emp\u00eacher leur l\u00e9g\u00e8re progression sur la dur\u00e9e. Cette derni\u00e8re r\u00e9sulte d&#8217;autres facteurs tels ceux \u00e9num\u00e9r\u00e9s ci-apr\u00e8s.\u00a0Les co\u00fbts augmentent en partie avec la modification de la pyramide des \u00e2ges de la population. On sait aujourd&#8217;hui que la majeure partie des co\u00fbts s&#8217;accumule lors des deux derni\u00e8res ann\u00e9es de vie, quel que soit l&#8217;\u00e2ge lors du d\u00e9c\u00e8s Voir par exemple Zweifel et al. (1999).. Cela ne change rien au fait que les personnes \u00e2g\u00e9es &#8211; toutes choses \u00e9gales par ailleurs &#8211; ont besoin d&#8217;une prise en charge m\u00e9dicale plus importante et de prestations de soins nettement plus nombreuses que les jeunes. Par cons\u00e9quent, tant que la population continuera de vieillir, les co\u00fbts de la sant\u00e9 conna\u00eetront une progression disproportionn\u00e9e, ind\u00e9pendamment du fait que la population globale augmente ou diminue.\u00a0\u00c0 cela s&#8217;ajoute le fait que la part que les citoyens sont dispos\u00e9s \u00e0 consacrer aux prestations de sant\u00e9 augmente dans des proportions sup\u00e9rieures \u00e0 leurs revenus (comme c&#8217;est le cas pour les vacances, par exemple). Dans ce sens, la sant\u00e9 appara\u00eet comme un \u00abbien sup\u00e9rieur\u00bb, l&#8217;\u00e9lasticit\u00e9 du revenu \u00e9tant plus \u00e9lev\u00e9e que 1. On en veut pour preuve non seulement le \u00abboom\u00bb des offres de \u00abwellness\u00bb observ\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, mais aussi le fait que les co\u00fbts des soins dentaires qui, en Suisse, ne sont g\u00e9n\u00e9ralement pas couverts par une assurance et sont d\u00e8s lors directement fix\u00e9s par le march\u00e9, ont \u00e9galement progress\u00e9 davantage que les salaires ces derni\u00e8res d\u00e9cennies. Par cons\u00e9quent, aussi longtemps que la sant\u00e9 demeurera un bien sup\u00e9rieur, les primes des caisses-maladie augmenteront plus fortement que les revenus.\u00a0Une autre explication r\u00e9side peut-\u00eatre dans le mod\u00e8le de croissance d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e d\u00e9velopp\u00e9 par Baumol (1967). Selon celui-ci, la hausse des co\u00fbts est plus marqu\u00e9e dans les secteurs qui n\u00e9cessitent beaucoup de main-d&#8217;oeuvre que dans ceux \u00e0 fort coefficient de capitaux, car le progr\u00e8s technique &#8211; susceptible d&#8217;induire une baisse des co\u00fbts &#8211; est g\u00e9n\u00e9ralement li\u00e9 au capital. Les co\u00fbts augmentent donc plus sp\u00e9cialement dans les services, en comparaison avec la production industrielle. Or la sant\u00e9 est typiquement un secteur de services o\u00f9 la demande de prestations est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s (voire compl\u00e8tement) in\u00e9lastique en raison de son financement par l&#8217;assurance-maladie. En outre, le domaine des soins, en particulier, n&#8217;offre gu\u00e8re de possibilit\u00e9s de progr\u00e8s technique.\u00a0Il est vrai que l&#8217;on consid\u00e8re fr\u00e9quemment le progr\u00e8s technique comme l&#8217;une des causes majeures de l&#8217;envol\u00e9e des co\u00fbts de la sant\u00e9. \u00c0 cet \u00e9gard, il faut distinguer entre effets direct et indirect. L&#8217;effet direct est li\u00e9 \u00e0 la m\u00e9decine de haute technologie, qui offre de nouvelles formes d&#8217;examen et de th\u00e9rapie gr\u00e2ce auxquelles il est possible (dans le domaine de la m\u00e9decine de la transplantation par exemple) de gu\u00e9rir des pathologies qui ne pouvaient \u00eatre trait\u00e9es efficacement jusqu&#8217;ici ou, du moins, d&#8217;am\u00e9liorer consid\u00e9rablement l&#8217;\u00e9tat de sant\u00e9 des patients concern\u00e9s. L&#8217;effet indirect r\u00e9sulte du fait que ces nouvelles possibilit\u00e9s de th\u00e9rapie permettent de prolonger la vie et, d\u00e8s lors, favorisent le vieillissement de la population, avec pour corollaire une hausse des co\u00fbts. On peut certes objecter que le progr\u00e8s technique permet de r\u00e9duire les frais de traitement et donc de r\u00e9aliser des \u00e9conomies, mais cet avantage n&#8217;est pas de force \u00e0 compenser les effets d\u00e9crits ci-dessus.\u00a0En r\u00e9sum\u00e9, deux raisons expliquent pour l&#8217;essentiel la hausse continuelle des d\u00e9penses de sant\u00e9: le vieillissement de la soci\u00e9t\u00e9, rendu possible par le progr\u00e8s technique d&#8217;une part, et les pr\u00e9f\u00e9rences des individus d&#8217;autre part. Il faut \u00e9galement tenir compte de l&#8217;\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9, en l&#8217;occurrence du fait que les soins aux personnes \u00e2g\u00e9es sont de moins en moins prodigu\u00e9s au sein de la famille et qu&#8217;ils font donc toujours plus l&#8217;objet d&#8217;une r\u00e9mun\u00e9ration financi\u00e8re. Aussi longtemps que l&#8217;esp\u00e9rance de vie s&#8217;allongera, il faudra s&#8217;attendre \u00e0 une croissance de la quote-part des d\u00e9penses de sant\u00e9 dans le PIB. Malgr\u00e9 cela, il existe toute une s\u00e9rie de r\u00e9formes susceptibles de contribuer si ce n&#8217;est \u00e0 la diminution des co\u00fbts, du moins \u00e0 la ma\u00eetrise temporaire de la hausse des d\u00e9penses dans le syst\u00e8me de sant\u00e9 suisse Voir p. ex. Kirchg\u00e4ssner (2006)..&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1 \u00abLes d\u00e9penses de sant\u00e9 en&nbsp;% du produit int\u00e9rieur brut dans quelques pays, 1970-2007\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2 \u00abD\u00e9penses de sant\u00e9 par rapport au PIB et \u00e0 l&#8217;esp\u00e9rance de vie\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 3 \u00abStructure des d\u00e9penses de sant\u00e9 en Suisse, 1985 et 2006\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<b>Encadr\u00e9 1: Bibliographie<\/b>&#13;<br \/>\n&#8211; Baumol W.J., \u00abMacroeconomics of Unbalanced Growth: The Anatomy of Urban Crises\u00bb, American Economic Review, 57, 1967, pp. 415-426.- J\u00fcrges H., \u00abTrue Health vs. Response Styles: Exploring Cross-Country Differences in Self-reported Health\u00bb, Health Economics, 16, 2007, pp. 163-178.- Kirchg\u00e4ssner G., Probl\u00e8mes de la sant\u00e9 publique en Suisse: vue d&#8217;ensemble et aspects fondamentaux, \u00e9tude de r\u00e9f\u00e9rence relative aux chapitres 1, 3 et 5 du rapport annuel 2006 de la Commission pour les questions conjoncturelles, octobre 2006 ( <a href=\"http:\/\/www.seco.admin.ch\">www.seco.admin.ch<\/a> ).- Commission pour les questions conjoncturelles, R\u00e9forme de la sant\u00e9, Rapport annuel 2006, Berne, 8 septembre 2006. 385e Bulletin, Suppl\u00e9ment de la Revue La Vie \u00e9conomique ( <a href=\"http:\/\/www.seco.admin.ch\">www.seco.admin.ch<\/a> ).- Zweifel P., Felder S. et Meiers M., \u00abAgeing of Population and Health Care Expenditure: A Red Herring?\u00bb, Health Economics, 8, pp. 485-496.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le secteur de la sant\u00e9 semble en perp\u00e9tuelle croissance, que ce soit en valeur absolue ou par rapport au produit int\u00e9rieur brut (PIB). 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