{"id":152439,"date":"2009-10-01T12:00:00","date_gmt":"2009-10-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2009\/10\/gerber-8\/"},"modified":"2023-08-24T01:03:00","modified_gmt":"2023-08-23T23:03:00","slug":"gerber-8","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2009\/10\/gerber-8\/","title":{"rendered":"Tour d&#8217;horizon de la politique \u00e9conomique ext\u00e9rieure suisse: un entretien avec Jean-Daniel Gerber, directeur du Seco"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa r\u00e9daction de La Vie \u00e9conomique a demand\u00e9 \u00e0 Jean-Daniel Gerber, directeur du SECO, de dresser un bilan et d&#8217;\u00e9voquer les perspectives de la politique \u00e9conomique ext\u00e9rieure suisse aux plans bilat\u00e9ral et multilat\u00e9ral. Certains sujets ont \u00e9t\u00e9 plus particuli\u00e8rement \u00e9voqu\u00e9s comme les dangers du pro-tectionnisme suite \u00e0 la crise, les avantages et les inconv\u00e9nients des accords de libre-\u00e9change, ainsi que les d\u00e9bats qui entourent les r\u00e8gles de l&#8217;OMC. On retiendra principalement que le protectionnisme commercial traditionnel devrait constituer une menace bien moindre que celui qui s&#8217;applique aux mouvements financiers et aux investissements. L&#8217;espoir d&#8217;une conclusion du cycle de Doha semble, enfin, se concr\u00e9tiser si on s&#8217;en r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la volont\u00e9 exprim\u00e9e par le G20.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa Vie \u00e9conomique: En g\u00e9n\u00e9ral, les crises \u00e9conomiques accentuent la tendance au protectionnisme, ce qui entrave la libert\u00e9 du commerce mondial. Quel est actuellement, selon vous, le risque que le protectionnisme se propage sur la plan\u00e8te?&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nJean-Daniel Gerber: La r\u00e9ponse varie d&#8217;un domaine \u00e0 l&#8217;autre. S&#8217;agissant du commerce, il est r\u00e9jouissant de constater que les digues \u00e9rig\u00e9es contre le protectionnisme nont pas compl\u00e8tement c\u00e9d\u00e9. Nous sommes bien loin du protectionnisme commercial des ann\u00e9es trente et de ses cons\u00e9quences d\u00e9vastatrices sur l&#8217;\u00e9conomie mondiale.\u00a0Il en va diff\u00e9remment dans le secteur financier, qui compte beaucoup moins de r\u00e8gles contraignantes. Les \u00c9tats s&#8217;y livrent, h\u00e9las, \u00e0 une v\u00e9ritable course au protectionnisme. Ainsi, les prestataires suisses ne peuvent plus proposer de produits financiers en Allemagne sans y poss\u00e9der de filiale. C&#8217;est regrettable si l&#8217;on pense aux efforts d\u00e9ploy\u00e9s dans les ann\u00e9es soixante et septante au sein de l&#8217;OCDE pour parvenir \u00e0 l&#8217;\u00e9tablissement d&#8217;un march\u00e9 libre des capitaux.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Et qu&#8217;en est-il des investissements?\u00a0J.-D. Gerber: En mati\u00e8re d&#8217;investissements, la situation n&#8217;est pas id\u00e9ale non plus: de nombreux \u00c9tats ont adopt\u00e9 &#8211; ou s&#8217;appr\u00eatent \u00e0 le faire &#8211; des l\u00e9gislations pr\u00e9voyant que les capitaux investis \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger sont d\u00e9savantag\u00e9s sur le plan fiscal. Une pression s&#8217;exerce ainsi sur les entreprises, afin qu&#8217;elles investissent \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du pays et ne d\u00e9localisent pas des emplois \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger. On en trouve deux illustrations parfaites dans le \u00abStop Tax Haven Abuse Act\u00bb (loi visant \u00e0 mettre un terme aux abus des paradis fiscaux), introduit aux \u00c9tats-Unis par les s\u00e9nateurs Levin, Coleman et Obama, ainsi que dans une loi pr\u00e9occupante adopt\u00e9e par l&#8217;Allemagne pour lutter contre l&#8217;\u00e9vasion fiscale.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, le nombre d&#8217;ALE a consid\u00e9rablement augment\u00e9 \u00e0 travers le monde, alors que les n\u00e9gociations sur un nouveau trait\u00e9 multilat\u00e9ral sont toujours au point mort. La conclusion du cycle de Doha a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises, sans pour autant enregistrer de progr\u00e8s tangibles. Quel est votre sentiment sur la situation actuelle et sur l&#8217;espoir que ce processus aboutisse? \u00a0J.-D. Gerber: Un d\u00e9lai doit \u00eatre fix\u00e9 pour l&#8217;ach\u00e8vement des n\u00e9gociations. Sans cela, le dossier risque fort d&#8217;\u00eatre repouss\u00e9 aux calendes grecques. Sur le plan politique, la conclusion d&#8217;un accord d\u00e9pend dans une large mesure de l&#8217;attitude des \u00c9tats-Unis. Or, les signaux que ceux-ci nous ont adress\u00e9s jusqu&#8217;ici n&#8217;\u00e9taient gu\u00e8re positifs. Il faut donc consid\u00e9rer avec un grand int\u00e9r\u00eat la d\u00e9claration finale du sommet du G20, qui s&#8217;est tenu les 24 et 25 septembre derniers \u00e0 Pittsburgh (\u00c9tats-Unis) et qui a exprim\u00e9 la volont\u00e9 de conclure le cycle de Doha d&#8217;ici fin 2010.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Quel rapport voyez-vous entre les ALE et le multilat\u00e9ralisme?\u00a0J.-D. Gerber: Le multilat\u00e9ralisme pr\u00e9sente des avantages ind\u00e9niables, puisque, selon la clause de la nation la plus favoris\u00e9e, une concession accord\u00e9e par un \u00c9tat est valable pour la totalit\u00e9 des pays et que les proc\u00e9dures de conciliation fonctionnent. De surcro\u00eet, les r\u00e8gles multilat\u00e9rales sont beaucoup plus simples \u00e0 appliquer. L&#8217;inconv\u00e9nient d&#8217;un tel syst\u00e8me est lextr\u00eame difficult\u00e9 \u00e0 mettre d&#8217;accord 150 pays qui poursuivent des int\u00e9r\u00eats tr\u00e8s divergents. C&#8217;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le cas durant les cycles de Tokyo et d&#8217;Uruguay. Il est plus facile de conclure des ALE. En effet, les parties contractantes ne sont g\u00e9n\u00e9ralement que deux, ce qui permet de r\u00e9pondre plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats respectifs. Jamais un accord multilat\u00e9ral ne peut \u00eatre taill\u00e9 sur mesure. En outre, les concessions faites dans le cadre des ALE ont un impact plus limit\u00e9, justement parce qu&#8217;elles ne s&#8217;appliquent qu&#8217;aux pays partenaires. C&#8217;est pourquoi les r\u00e8gles de l&#8217;OMC, dont la port\u00e9e est d\u00e9j\u00e0 quasi universelle, suscitent de grandes inqui\u00e9tudes. On craint que le libre-\u00e9change ne constitue une menace pour les entreprises nationales.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Il y a plusieurs raisons pour lesquelles on cherche \u00e0 conclure des ALE. Quelles sont les plus importantes, selon vous? \u00a0J.-D. Gerber: La raison principale est incontestablement la volont\u00e9 d&#8217;\u00e9viter les discriminations. L&#8217;exportateur suisse doit pouvoir lutter \u00e0 armes \u00e9gales. S&#8217;il est d\u00e9savantag\u00e9 par rapport \u00e0 ses concurrents allemands, fran\u00e7ais ou autrichiens, les choses seront tr\u00e8s difficiles pour lui. Nous avons d\u00e9j\u00e0 des produits relativement chers. Si ceux-ci sont de surcro\u00eet p\u00e9nalis\u00e9s par des taxes douani\u00e8res \u00e9lev\u00e9es, nos exportateurs risquent fort de ne plus pouvoir op\u00e9rer. C&#8217;est ce que montre l&#8217;exemple de la Tunisie. Lorsque ce pays a sign\u00e9 un ALE avec l&#8217;UE, nous n&#8217;\u00e9tions pas encore li\u00e9s \u00e0 lui par un tel arrangement. Nos exportations vers la Tunisie ont alors plong\u00e9 de 30%. Au milieu de l&#8217;ann\u00e9e 2005, nous avons conclu, nous aussi, un ALE avec Tunis. Depuis lors, le volume de nos exportations s&#8217;est de nouveau accru de mani\u00e8re substantielle. \u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: La strat\u00e9gie de la Suisse en mati\u00e8re de politique \u00e9conomique ext\u00e9rieure a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e par le Conseil f\u00e9d\u00e9ral au d\u00e9but de 2005. O\u00f9 en est aujourd&#8217;hui sa mise en oeuvre?\u00a0J.-D. Gerber: Nous sommes en tr\u00e8s bonne voie et je peux le d\u00e9montrer. Lorsque le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a adopt\u00e9 la strat\u00e9gie de politique \u00e9conomique ext\u00e9rieure, la Suisse avait moins d&#8217;ALE que l&#8217;UE. Actuellement, c&#8217;est l&#8217;inverse, et cela gr\u00e2ce \u00e0 la nouvelle tactique adopt\u00e9e. Auparavant, nous entamions des n\u00e9gociations avec des \u00c9tats tiers seulement lorsque ces derniers avaient conclu un accord avec l&#8217;UE. Aujourd&#8217;hui, nous pr\u00e9c\u00e9dons Bruxelles, comme dans le cas de la Cor\u00e9e du Sud, du Japon et du Canada. Nous discutons, en outre, avec l&#8217;Inde et la Russie pour que des pourparlers soient engag\u00e9s dans ce domaine.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: La Suisse a \u00e9galement conclu un ALE avec le Conseil de coop\u00e9ration du Golfe (CCG). Quelles sont les caract\u00e9ristiques de cet accord?\u00a0J.-D. Gerber: Dans les \u00c9tats du Golfe, il existe une client\u00e8le au pouvoir d&#8217;achat tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9, qui s&#8217;int\u00e9resse en particulier aux produits de luxe. L&#8217;accord lui-m\u00eame se caract\u00e9rise par le fait que notre partenaire est une union douani\u00e8re. En outre, il a \u00e9t\u00e9 conclu avec une rapidit\u00e9 impressionnante, soit apr\u00e8s seulement deux ans de n\u00e9gociations. Les pourparlers de l&#8217;UE avec le CCG, entam\u00e9s il y a seize ans, n&#8217;ont toujours pas abouti. Les r\u00e8gles concernant les march\u00e9s publics sont \u00e9galement sp\u00e9ciales dans cet ALE. Cela provient du fait que les l\u00e9gislations varient au sein des \u00c9mirats arabes unis, une situation comparable \u00e0 notre f\u00e9d\u00e9ralisme cantonal. L&#8217;ALE entre la Suisse et le CCG est un accord de large port\u00e9e qui couvre les marchandises, les services, les march\u00e9s publics et la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Vous revenez d&#8217;un voyage exploratoire en Chine, pays avec lequel la Suisse a convenu de mener une \u00e9tude de faisabilit\u00e9 en vue d&#8217;un \u00e9ventuel ALE. \u00c0 quel stade en sont ces travaux d&#8217;\u00e9valuation? Et quelles sont les perspectives?\u00a0J.-D. Gerber: Un nouvel atelier r\u00e9unissant des entreprises chinoises et suisses doit se tenir en octobre prochain. La premi\u00e8re rencontre de ce type avait eu lieu en Chine. Nos interlocuteurs ont \u00e9mis certaines r\u00e9serves au sujet d&#8217;un ALE, parce que nous sommes tr\u00e8s comp\u00e9titifs \u00e0 leurs yeux dans la fabrication de machines et d&#8217;\u00e9quipements, ainsi que dans les produits pharmaceutiques et l&#8217;horlogerie. C&#8217;est pourquoi des entrepreneurs chinois ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s en Suisse afin d&#8217;\u00e9valuer la situation sur place. Nous esp\u00e9rons que les Chinois prendront une d\u00e9cision sur l&#8217;\u00e9tude de faisabilit\u00e9; le mandat pourrait ainsi \u00eatre attribu\u00e9 en f\u00e9vrier ou en mars 2010. J&#8217;ai confiance dans le processus. \u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Une \u00e9tude de faisabilit\u00e9 a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e afin d&#8217;\u00e9valuer les chances d&#8217;un ALE entre les \u00c9tats-Unis et la Suisse. Dans ce cas, des divergences portant essentiellement sur diff\u00e9rents aspects de la politique agricole ont emp\u00each\u00e9 l&#8217;ouverture de n\u00e9gociations. En revanche, la Suisse et les \u00c9tats-Unis ont mis sur pied un forum de coop\u00e9ration. Sur quels th\u00e8mes portent les discussions ou les pourparlers qui ont lieu dans ce cadre?\u00a0J.-D. Gerber: Comme son nom l&#8217;indique, il s&#8217;agit en premier lieu d&#8217;une plate-forme de discussion, o\u00f9 nous pouvons exposer nos pr\u00e9occupations r\u00e9ciproques ou conc\u00e9der certains all\u00e8gements de mani\u00e8re autonome. Le forum a aussi donn\u00e9 quelques modestes r\u00e9sultats au plan contractuel. L&#8217;un d&#8217;eux est l&#8217;accord sur la simplification du commerce \u00e9lectronique, qui a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 par Susan Schwab, alors repr\u00e9sentante am\u00e9ricaine au commerce, et la conseill\u00e8re f\u00e9d\u00e9rale Doris Leuthard. Je le reconnais toutefois volontiers, nous sommes tr\u00e8s loin des r\u00e9sultats que nous aurions pu attendre d&#8217;un ALE entre la Suisse et les Etats-Unis et le forum ne pourra pas les satisfaire.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Apparemment, c&#8217;est seulement en \u00e9change de concessions agricoles substantielles de la part de la Suisse &#8211; que ce soit sur le plan bilat\u00e9ral ou multilat\u00e9ral &#8211; que ses entreprises peuvent obtenir un meilleur acc\u00e8s aux march\u00e9s et commercialiser leurs produits, en particulier les services. Comment voulez-vous convaincre les paysans suisses de la n\u00e9cessit\u00e9 de l&#8217;ouverture internationale?\u00a0J.-D. Gerber: Les agriculteurs suisses comptent parmi les meilleurs d&#8217;Europe sur le plan du savoir-faire et de la qualit\u00e9 des produits. Quant \u00e0 l&#8217;ouverture des march\u00e9s, j&#8217;esp\u00e8re que l&#8217;opinion \u00e0 ce sujet \u00e9voluera, surtout parmi les jeunes paysans. Le monde change. Les pays en d\u00e9veloppement veulent \u00e9couler leurs produits et r\u00e9clament une lib\u00e9ralisation du commerce agricole. Les paysans suisses ont d&#8217;excellents produits, dont quelques-uns sont parfaitement comp\u00e9titifs. Je pense par exemple au go\u00fbt extraordinaire de nos fromages, \u00e0 l&#8217;\u00e9norme am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 des vins suisses et aux produits issus de l&#8217;agriculture biologique. L&#8217;Autriche, la Bavi\u00e8re, le Jura fran\u00e7ais et la Bourgogne, qui sont soumis aux lois de la concurrence, s&#8217;en sortent tr\u00e8s bien. Je ne vois pas pourquoi nous devrions continuer \u00e0 verrouiller nos fronti\u00e8res.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Quel chemin l&#8217;agriculture suisse a-t-elle d\u00e9j\u00e0 parcouru vers l&#8217;ouverture des march\u00e9s?\u00a0J.-D. Gerber: Bien que l&#8217;agriculture suisse se soit d\u00e9j\u00e0 largement ouverte au cours des deux ou trois derni\u00e8res d\u00e9cennies, notre niveau d&#8217;auto-approvisionnement n&#8217;a pas diminu\u00e9. Il correspond approximativement \u00e0 celui que la Suisse affichait apr\u00e8s la \u00abbataille des champs\u00bb durant la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, la population est pass\u00e9e dans l&#8217;intervalle de 4 \u00e0 7 millions d&#8217;habitants. Cela prouve que la productivit\u00e9 a \u00e9norm\u00e9ment augment\u00e9. Et je ne vois pas pourquoi cela ne devrait pas \u00eatre le cas \u00e0 l&#8217;avenir. Bien entendu, il ne faut pas ouvrir d&#8217;un seul coup la vanne des importations. Nous devons, toutefois, \u00eatre honn\u00eates et dire clairement que l&#8217;assainissement structurel va continuer et s&#8217;acc\u00e9l\u00e9rer. Aujourd&#8217;hui, quelque 2% des exploitations agricoles disparaissent chaque ann\u00e9e. Compar\u00e9e aux adaptations dans l&#8217;industrie et les services, cette \u00e9volution structurelle ne semble pas particuli\u00e8rement intense. Cela ne signifie, en outre, pas que la production agricole recule dans la m\u00eame proportion. En effet, les terres sont reprises par d&#8217;autres exploitants qui peuvent am\u00e9liorer leur productivit\u00e9, puisqu&#8217;ils disposent ainsi de plus grandes surfaces.\u00a0La Vie \u00e9conomique: Qu&#8217;en est-il des paysans de montagne, dont on peut supposer qu&#8217;ils ne seront jamais vraiment comp\u00e9titifs? \u00a0J.-D. Gerber: Il faudra continuer de les subventionner fortement si nous voulons maintenir une agriculture dans les r\u00e9gions de montagne et je suppose que tel est le cas. Ce ne sont, toutefois, pas eux le probl\u00e8me principal, car ils ne repr\u00e9sentent qu&#8217;une faible partie de l&#8217;ensemble de l&#8217;agriculture.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Les r\u00e8gles d&#8217;origine sont un inconv\u00e9nient majeur des ALE &#8211; en comparaison avec les dispositions de l&#8217;OMC &#8211; et peuvent m\u00eame constituer une entrave au commerce. Elles sont souvent complexes et peu transparentes &#8211; surtout pour les petites et moyennes entreprises (PME). Il arrive que l&#8217;ALE ne soit pas mis en oeuvre ou alors qu&#8217;il ne favorise pas une extension du commerce, parce que les co\u00fbts engendr\u00e9s par l&#8217;obtention d&#8217;informations, l&#8217;administration et le d\u00e9douanement sont trop \u00e9lev\u00e9s. Quel soutien les entreprises peuvent-elles obtenir en Suisse?\u00a0J.-D. Gerber: La solution future r\u00e9side dans la mise sur pied d&#8217;un service \u00e9lectronique. L&#8217;utilisateur n&#8217;aura qu&#8217;\u00e0 cliquer sur le produit \u00e0 exporter et sur le pays de destination pour faire appara\u00eetre le montant de la taxe \u00e0 payer. Il pourra m\u00eame imprimer dans la foul\u00e9e le certificat d&#8217;origine. Nous devons encore faire des progr\u00e8s dans ce domaine pour all\u00e9ger la charge administrative des entreprises, celle des PME en particulier. Je me permets, toutefois, de douter que ce fardeau soit si lourd qu&#8217;il fasse perdre tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 des exon\u00e9rations de droits de douane. L&#8217;\u00e9tude pr\u00e9sent\u00e9e dans le th\u00e8me du mois (voir article pp. 4ss) montre que les entreprises utilisent les avantages des ALE malgr\u00e9 la charge administrative.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Les ALE de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration incluent \u00e9galement les services, ce qui peut empi\u00e9ter sur les comp\u00e9tences nationales. Quelle est la marge de manoeuvre effective? \u00a0J.-D. Gerber: Dans les domaines des services et des march\u00e9s publics, nous n&#8217;allons pas au-del\u00e0 de ce qui est autoris\u00e9 par notre l\u00e9gislation nationale. Mais cela d\u00e9passe g\u00e9-n\u00e9ralement ce que permettent les lois en vigueur chez nos partenaires. Les conces-sions sont donc faites le plus souvent par les autres; nous nous trouvons en l&#8217;occurrence dans une position offensive, contrairement aux n\u00e9gociations sur l&#8217;agriculture, par exemple. C&#8217;est pourquoi nous n&#8217;avons pas de grands probl\u00e8mes concernant les services. Quant aux march\u00e9s publics, ils sont g\u00e9n\u00e9ralement soumis aux directives de l&#8217;OMC, lesquelles concordent avec la l\u00e9gislation suisse. Le domaine dans lequel nous rencontrons les plus gros obstacles &#8211; en dehors de l&#8217;agriculture &#8211; est celui des migrations. L\u00e0, nous sommes tr\u00e8s restrictifs. Un certain nombre de pays souhaitent que nous \u00e9largissions nos conditions d&#8217;acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;emploi. De cette mani\u00e8re, leurs entreprises pourraient envoyer en Suisse des collaborateurs charg\u00e9s d&#8217;accompagner les investissements qu&#8217;elles y r\u00e9alisent; elles pourraient \u00e9galement offrir leurs services.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Revenons \u00e0 la question du bilat\u00e9ralisme et du multilat\u00e9ralisme. Comment voyez-vous l&#8217;avenir?\u00a0J.-D. Gerber: Selon toute vraisemblance, il y aurait eu beaucoup moins d&#8217;ALE si les n\u00e9gociations du cycle de Doha avaient progress\u00e9 normalement. En ce sens, les ALE sont des pis-aller. La Suisse n&#8217;est de loin pas le seul pays qui conclut de tels accords; le Chili, l&#8217;Inde, la Chine et bien d&#8217;autres \u00c9tats le font aussi. On utilise l&#8217;image d&#8217;une \u00abassiette de spaghettis\u00bb pour d\u00e9crire la situation actuelle. Nous devons nous demander s&#8217;il ne faudrait pas, lors du prochain cycle de l&#8217;OMC, chercher \u00e0 d\u00e9terminer quel est le d\u00e9nominateur commun entre tous les ALE. Il s&#8217;av\u00e9rerait alors probablement que ces derniers couvrent une part consid\u00e9rable du commerce mondial. Dans ce cas, pour-quoi ne pas simplement r\u00e9gler au niveau multilat\u00e9ral ce qui existe d\u00e9j\u00e0 au plan bilat\u00e9ral? Au lieu d&#8217;un plat de spaghettis enchev\u00eatr\u00e9s, nous aurions alors une d\u00e9licieuse mousse au chocolat bien homog\u00e8ne. C&#8217;est ainsi que je me repr\u00e9sente l&#8217;avenir &#8211; non pas aujourd&#8217;hui ou demain, mais apr\u00e8s-demain.\u00a0La Vie \u00e9conomique: \u00cates-vous confiant dans l&#8217;avenir de l&#8217;\u00e9conomie suisse? Pensez-vous qu&#8217;elle restera un exemple de r\u00e9ussite?\u00a0J.-D. Gerber: Dans les ann\u00e9es nonante, nous avons peu progress\u00e9 et notre croissance \u00e9conomique occupait la derni\u00e8re place au classement de l&#8217;OCDE. Le vent a tourn\u00e9 en 2004: tout \u00e0 coup, nos taux de croissance ont augment\u00e9 et les d\u00e9ficits des finances publiques se sont r\u00e9sorb\u00e9s. Tout cela n&#8217;est pas tomb\u00e9 du ciel. C&#8217;\u00e9tait le fruit des r\u00e9formes entreprises. Les n\u00e9gociations bilat\u00e9rales avec l&#8217;UE et l&#8217;intensification de la concurrence int\u00e9rieure en faisaient partie. Si nous poursuivons dans cette voie, nous resterons comp\u00e9titifs. Si nous renon\u00e7ons et d\u00e9clarons forfait, nous stagnerons comme dans les ann\u00e9es nonante. C&#8217;est pourquoi j&#8217;appelle \u00e0 ne pas ajourner les r\u00e9formes en raison de la mauvaise conjoncture \u00e9conomique.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Selon le professeur Reiner Eichenberger, l&#8217;essor des ann\u00e9es 2004-2008 a \u00e9t\u00e9 un simple ph\u00e9nom\u00e8ne migratoire. Autrement dit, il aurait \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9 uniquement par l&#8217;immigration. Que pensez-vous de cette th\u00e8se?\u00a0J.-D. Gerber: Je ne la conteste pas fondamentalement, mais la migration \u00e9tait un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 parmi d&#8217;autres. N&#8217;oublions pas l&#8217;important d\u00e9ficit d\u00e9mographique de la Suisse. Nous pouvons compenser ce manque soit par une augmentation de la productivit\u00e9 soit par l&#8217;immigration d&#8217;une main-d&#8217;oeuvre qualifi\u00e9e. Nous aurons besoin des deux.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Monsieur Gerber, je vous remercie de cet entretien. Direction de l&#8217;entretien et r\u00e9daction: Geli Spescha, r\u00e9dacteur en chef de La Vie \u00e9conomique&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTranscription: Simon D\u00e4llenbach, r\u00e9dacteur de La Vie \u00e9conomique<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp;&#13; &#13; La r\u00e9daction de La Vie \u00e9conomique a demand\u00e9 \u00e0 Jean-Daniel Gerber, directeur du SECO, de dresser un bilan et d&#8217;\u00e9voquer les perspectives de la politique \u00e9conomique ext\u00e9rieure suisse aux plans bilat\u00e9ral et multilat\u00e9ral. 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