{"id":152479,"date":"2009-10-01T12:00:00","date_gmt":"2009-10-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2009\/10\/schmid-6\/"},"modified":"2023-08-24T01:02:46","modified_gmt":"2023-08-23T23:02:46","slug":"schmid-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2009\/10\/schmid-6\/","title":{"rendered":"D\u00e9bat: le travail salari\u00e9 est-il un privil\u00e8ge pour les b\u00e9n\u00e9ficiaires de l&#8217;aide sociale?"},"content":{"rendered":"<p>L&#8217;aide sociale est un th\u00e8me r\u00e9current depuis quelques ann\u00e9es. Les abus suppos\u00e9s ou r\u00e9els dont elle fait l&#8217;objet, ainsi que l&#8217;insuffisance, voire l&#8217;inexistence, d&#8217;incitations \u00e0 reprendre une activit\u00e9 lucrative ou \u00e0 l&#8217;\u00e9largir ont aliment\u00e9 un d\u00e9bat permanent sur cette question dans les m\u00e9dias et le monde politique. Les \u00e9conomistes critiquent plus particuli\u00e8rement le fait que les diverses sources &#8211; parfois ind\u00e9pendantes &#8211; de l&#8217;\u00c9tat social maintiennent pour des raisons rationnelles ses b\u00e9n\u00e9ficiaires dans un \u00e9tat de d\u00e9pendance. Pour augmenter l&#8217;efficacit\u00e9 du syst\u00e8me, on voudrait d\u00e9velopper le mod\u00e8le de \u00abl&#8217;aide sociale active\u00bb. Il est d&#8217;autant plus surprenant de constater que, dans cet entretien tr\u00e8s factuel, le repr\u00e9sentant du patronat et celui des services sociaux n&#8217;affichent que tr\u00e8s peu de divergences de vue sur l&#8217;aide sociale.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa Vie \u00e9conomique: Selon l&#8217;\u00e9tude du Seco pr\u00e9sent\u00e9e dans cette \u00e9dition, environ un tiers des nouveaux b\u00e9n\u00e9ficiaires de l&#8217;aide sociale ont pu se r\u00e9ins\u00e9rer durablement sur le march\u00e9 du travail. Un autre tiers fait la navette entre des emplois temporaires et l&#8217;aide sociale (effet dit du tourniquet). Ce r\u00e9sultat vous surprend-il? \u00a0Walter Schmid: La r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue par les services sociaux montre qu&#8217;une r\u00e9int\u00e9gration n&#8217;est de loin pas possible dans tous les cas. Ils savent par exp\u00e9rience que la proportion de leurs b\u00e9n\u00e9ficiaires qui ne trouvent du travail que par intervalles est passablement \u00e9lev\u00e9e. Vus sous cet angle, les chiffres mentionn\u00e9s ne me surprennent pas. \u00a0Thomas Daum: Je ne suis pas non plus \u00e9tonn\u00e9 de ce r\u00e9sultat. Ce qui est r\u00e9jouissant, c&#8217;est qu&#8217;un tiers des personnes reviennent tout de m\u00eame sur le march\u00e9 du travail. On ne peut probablement pas \u00e9viter une certaine alternance entre emploi et aide sociale. Dans l&#8217;ensemble, je consid\u00e8re ce r\u00e9sultat comme une invitation \u00e0 faire encore mieux. Il y a de l&#8217;espoir. Dans l&#8217;assurance-invalidit\u00e9 \u00e9galement, les efforts d&#8217;activation et de r\u00e9insertion professionnelle n&#8217;ont \u00e9t\u00e9 entrepris que r\u00e9cemment. Trop longtemps, l&#8217;aide sociale a seulement \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme un appui financier.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Cet autre r\u00e9sultat de l&#8217;\u00e9tude n&#8217;est gu\u00e8re surprenant non plus: c&#8217;est aux seniors, aux travailleurs sans formation et aux personnes ayant des difficult\u00e9s linguistiques que la r\u00e9int\u00e9gration professionnelle pose le plus de probl\u00e8mes.\u00a0W. Schmid: En effet, les personnes sans formation et celles qui ont des difficult\u00e9s linguistiques sont fortement repr\u00e9sent\u00e9es au sein de l&#8217;aide sociale. Pour elles, la recherche d&#8217;un emploi s&#8217;av\u00e8re particuli\u00e8rement ardue. C&#8217;est la base du probl\u00e8me. Voil\u00e0 pourquoi l&#8217;aide sociale s&#8217;efforce d&#8217;offrir des possibilit\u00e9s de formation \u00e0 ses assujettis socialement d\u00e9favoris\u00e9s et d&#8217;am\u00e9liorer l&#8217;int\u00e9gration des migrants.\u00a0Th. Daum: Au fond, ce r\u00e9sultat confirme tout ce que nous savions d\u00e9j\u00e0, \u00e0 savoir que la langue et la formation jouent un r\u00f4le d\u00e9terminant. La qualification professionnelle passe par la langue. Celle-ci a \u00e9galement une grande influence sur l&#8217;int\u00e9gration dans les r\u00e9seaux sociaux. Elle v\u00e9hicule la culture et les normes comportementales. De nombreux b\u00e9n\u00e9ficiaires de l&#8217;aide sociale &#8211; en particulier les migrants &#8211; souffrent d&#8217;un lourd d\u00e9ficit sur ce plan. Les r\u00e9sultats de l&#8217;\u00e9tude d\u00e9signent donc les secteurs dans lesquels il faut agir. Ils montrent aussi que la politique de migration et d&#8217;int\u00e9gration doit redoubler d&#8217;attention sur ces questions.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: \u00c0 votre avis, quels sont les principaux facteurs qui ont contribu\u00e9 \u00e0 faire augmenter le taux d&#8217;aide sociale?\u00a0Th. Daum: Au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, les exigences pos\u00e9es aux travailleurs se sont profond\u00e9ment modifi\u00e9es, au m\u00eame titre que le march\u00e9 du travail. Beaucoup de gens n&#8217;ont pas pu combler les lacunes qui sont alors apparues dans leur qualification professionnelle. \u00c0 cela s&#8217;ajoutent les transformations de la soci\u00e9t\u00e9, telles que la forte augmentation du taux de divorce et le nombre croissant de m\u00e8res \u00e9levant seules leurs enfants. Cette combinaison de diff\u00e9rentes causes, en interaction les unes avec les autres, complique la t\u00e2che de l&#8217;aide sociale. Il y a encore un autre facteur qui conduit les gens vers cette institution: de nombreuses personnes sont victimes de la culture et des attraits du \u00abtout est permis\u00bb et de la \u00abconsommation imm\u00e9diate\u00bb. Beaucoup d&#8217;adolescents veulent gagner de l&#8217;argent le plus vite possible, au lieu de suivre une formation, et ils ne pensent pas aux cons\u00e9quences de leurs actes.\u00a0W. Schmid: La question de l&#8217;endettement et la possibilit\u00e9 d&#8217;obtenir rapidement des cr\u00e9dits sont un autre aspect de cette probl\u00e9matique. Nombreuses sont les personnes qui arrivent \u00e0 l&#8217;aide sociale en croulant sous une montagne de dettes. De notre point de vue, une meilleure protection contre le petit cr\u00e9dit serait un instrument utile pour emp\u00eacher les gens de tomber dans le pi\u00e8ge de l&#8217;endettement. Permettez-moi de revenir sur le taux d&#8217;aide sociale: c&#8217;est un chiffre qui ne dit pas grand-chose en soi, parce que les cantons et les communes accordent d\u00e9j\u00e0 diff\u00e9rents types de prestations suivant les besoins, avant qu&#8217;elle n&#8217;intervienne. Les prestations compl\u00e9mentaires et les allocations de logement retardent donc son apparition. Ainsi, le taux d&#8217;aide sociale est moindre lorsque ces instruments suppl\u00e9mentaires existent. Il est d&#8217;ailleurs influenc\u00e9, le plus banalement du monde, par la possibilit\u00e9 de d\u00e9m\u00e9nager, g\u00e9n\u00e9ralement de la campagne vers la ville.\u00a0La Vie \u00e9conomique: Dans quelle mesure la crise conjoncturelle actuelle a-t-elle d\u00e9j\u00e0 entrav\u00e9 la r\u00e9int\u00e9gration de b\u00e9n\u00e9ficiaires de l&#8217;aide sociale sur le march\u00e9 du travail?\u00a0Th. Daum: Durant les deux prochaines ann\u00e9es, l&#8217;aide sociale va certainement subir, dans une large mesure, l&#8217;\u00e9volution sur le march\u00e9 du travail. Pour le moment, ce n&#8217;est pas encore le cas. \u00a0W. Schmid: Je partage cette appr\u00e9ciation sur le fond. J&#8217;apporterais simplement une pr\u00e9cision: de plus en plus de gens vont d\u00e9j\u00e0 directement \u00e0 l&#8217;aide sociale, sans passer par un Office r\u00e9gional de placement (ORP). La plupart d&#8217;entre eux occupaient auparavant des emplois pr\u00e9caires &#8211; contrats de travail \u00e0 dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e, travail sur appel, etc. &#8211; qui ne leur ont pas donn\u00e9 droit \u00e0 l&#8217;ouverture d&#8217;un d\u00e9lai-cadre d&#8217;indemnisation. \u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Qu&#8217;appeleriez-vous des objectifs r\u00e9alistes en mati\u00e8re d&#8217;aide sociale?\u00a0W. Schmid: \u00c9tant donn\u00e9 que les b\u00e9n\u00e9ficiaires de l&#8217;aide sociale forment une population h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, on peut seulement formuler des objectifs sp\u00e9cifiques pour les diff\u00e9rents groupes qui la composent. Dans le cas d&#8217;un m\u00e9nage monoparental, par exemple, offrir aux enfants une bonne \u00e9ducation pourrait \u00eatre un but suffisant. Pour un autre b\u00e9n\u00e9ficiaire, ce pourrait \u00eatre de trouver un emploi malgr\u00e9 son handicap psychique. Pour un toxicomane, un objectif r\u00e9aliste serait que sa situation ne se d\u00e9t\u00e9riore pas. Dans le cas d&#8217;un adolescent, on peut chercher \u00e0 ce qu&#8217;il ne tra\u00eene pas dans la rue et qu&#8217;il entreprenne une formation. \u00a0Th. Daum: Je consid\u00e8re tout de m\u00eame que l&#8217;aide sociale doit poursuivre des objectifs strat\u00e9giques: assurer aux b\u00e9n\u00e9ficiaires une autonomie maximale et la meilleure int\u00e9gration possible dans la soci\u00e9t\u00e9, donc aussi sur le march\u00e9 du travail. Cependant, nous devons apprendre \u00e0 fixer des objectifs r\u00e9alistes. Vouloir que l&#8217;aide sociale r\u00e9ins\u00e8re d\u00e9finitivement tous ses assujettis dans la vie active n&#8217;est pas, dans bien des cas, une id\u00e9e r\u00e9aliste. \u00a0W. Schmid: L&#8217;aide sociale est subsidiaire. Celui qui s&#8217;adresse \u00e0 ses services s&#8217;est souvent pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 d&#8217;autres offices, comme les ORP, et bien des choses d\u00e9pendent du fonctionnement des syst\u00e8mes de pr\u00e9voyance situ\u00e9s en amont. Si vous durcissez l&#8217;AI, vous aurez des malades psychiques priv\u00e9s de rente, mais qui doivent tout de m\u00eame survivre et qui ne sont pas les bienvenus sur le march\u00e9 du travail. Aucun employeur ne se presse pour les engager. Certaines personnes aboutissent \u00e0 l&#8217;aide sociale parce que leur cas ne rel\u00e8ve pas d&#8217;un syst\u00e8me de pr\u00e9voyance et qu&#8217;elles n&#8217;ont aucune chance sur le march\u00e9 du travail.\u00a0Th. Daum: On peut multiplier les exemples: il y a effectivement beaucoup de groupes diff\u00e9rents et l&#8217;aide sociale collabore \u00e9troitement avec les syst\u00e8mes standardis\u00e9s (AC, AI). Il faut en chercher les causes jusque dans les politiques \u00e9ducatives, car le manque de qualifications constitue un important facteur de risque. C&#8217;est pourquoi tout doit \u00eatre mis en oeuvre au niveau de la formation pour exploiter le potentiel des individus et leur faire acqu\u00e9rir un maximum de comp\u00e9tences, le but \u00e9tant toujours de rendre aux b\u00e9n\u00e9ficiaires la plus grande autonomie possible.\u00a0 \u00a0La Vie \u00e9conomique: Quelle valeur attribuez-vous aux programmes d&#8217;emploi temporaire? Ont-ils un quelconque effet de tremplin? \u00a0Th. Daum: M\u00eame s&#8217;ils n&#8217;ont pas un effet de tremplin, je suis profond\u00e9ment convaincu que de bons programmes d&#8217;emploi temporaire peuvent emp\u00eacher les gens de s&#8217;\u00e9loigner toujours plus du monde du travail et de perdre tout lien avec la r\u00e9alit\u00e9 professionnelle. Naturellement, rien ne garantit que les b\u00e9n\u00e9ficiaires pourront sortir du ch\u00f4mage et de l&#8217;aide sociale. Nous ne devons, toutefois, pas rel\u00e2cher nos efforts dans ce domaine. \u00a0W. Schmid: La question n&#8217;est pas seulement l&#8217;effet de tremplin; elle inclut \u00e9galement l&#8217;int\u00e9gration sociale. Le monde politique a toujours \u00e9t\u00e9 pr\u00eat \u00e0 soutenir des programmes qui visent l&#8217;int\u00e9gration professionnelle, rarement malheureusement ceux destin\u00e9s \u00e0 l&#8217;int\u00e9gration sociale. Il consid\u00e8re, en effet, que l&#8217;une a un int\u00e9r\u00eat et pas l&#8217;autre. \u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Selon les auteurs de l&#8217;\u00e9tude, les mesures de r\u00e9int\u00e9gration ont donn\u00e9 des r\u00e9sultats d\u00e9cevants. \u00c0 votre avis, les services d&#8217;aide sociale font-ils fausse route par moment ou, pour formuler la question autrement, travaillent-ils selon des objectifs suffisamment clairs?\u00a0Th. Daum: Lorsque je parle avec des politiciens qui ne sont pas directement confront\u00e9s \u00e0 la question, je constate qu&#8217;ils assimilent presque syst\u00e9matiquement l&#8217;aide sociale au versement d&#8217;argent. Pourtant, elle est beaucoup plus qu&#8217;une simple prestation financi\u00e8re. L&#8217;assistance personnelle est au moins aussi importante. Les milieux politiques devraient accorder plus de poids \u00e0 cet aspect qui nous oblige \u00e0 diff\u00e9rencier les groupes. Cela ne veut pas dire que l&#8217;aide sociale doive devenir une sorte de cocon douillet. Il s&#8217;agit plut\u00f4t de se concentrer sur les caract\u00e9ristiques que pr\u00e9sente chaque cas. Certaines personnes ont v\u00e9ritablement besoin en priorit\u00e9 d&#8217;un appui financier, \u00e9ventuellement compl\u00e9t\u00e9 par un mentorat ou des mesures analogues. D&#8217;autres sont principalement tributaires de prestations non mon\u00e9taires. Le monde politique devrait mener une r\u00e9flexion plus approfondie sur cette diversit\u00e9 et sur l&#8217;engagement des diff\u00e9rents instruments. Cela permettrait aussi d&#8217;assigner aux services sociaux les bons objectifs.\u00a0W. Schmid: Je suis tr\u00e8s heureux d&#8217;entendre ces propos. Les fameuses normes Csias, qui d\u00e9finissent la mani\u00e8re dont l&#8217;aide sociale doit \u00eatre dispens\u00e9e, en sont une illustration \u00e9clatante: alors que ces recommandations tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9es occupent un classeur entier, une seule page contient les tarifs des prestations de base allou\u00e9es aux assujettis. Une grande partie du texte traite de l&#8217;int\u00e9gration. Il serait tr\u00e8s utile que les politiciens aient une vision un peu plus large de la question. Cela ne signifie pas que les services sociaux prennent toujours les bonnes d\u00e9cisions. Ils sont, toutefois, cens\u00e9s faire partie de ceux qui apprennent le plus vite, en raison de la pression de la soci\u00e9t\u00e9. L&#8217;\u00e9change intensif de savoir et d&#8217;exp\u00e9riences entre eux au sein de la Csias renforce consid\u00e9rablement leur capacit\u00e9 de d\u00e9couvrir des choses nouvelles, des pratiques couronn\u00e9es de succ\u00e8s, et de les reprendre \u00e0 leur compte.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Vous n&#8217;\u00eates donc pas d&#8217;avis qu&#8217;il existe dans le domaine des services sociaux un besoin de formation ou d&#8217;\u00e9change de bonnes pratiques?\u00a0Th. Daum: L&#8217;accompagnement des b\u00e9n\u00e9ficiaires s&#8217;est \u00e9norm\u00e9ment professionnalis\u00e9, si on compare avec la situation qui pr\u00e9valait dans les ann\u00e9es quatre-vingt. Je peux en juger, car je m&#8217;occupais d&#8217;aide sociale \u00e0 l&#8217;\u00e9poque dans le cadre de mon activit\u00e9 politique au niveau communal. Nous n&#8217;avons toujours pas r\u00e9solu, me semble-t-il, la question de l&#8217;organisation de l&#8217;aide sociale dans les petites communes. Ces derni\u00e8res ne disposent toujours pas de collaborateurs professionnels. Il faut aussi tenir compte de l&#8217;autre partie, \u00e0 savoir le pouvoir politique, qui assure une fonction de surveillance et de pilotage. Il est tr\u00e8s important, \u00e0 mon sens, que la direction strat\u00e9gique de l&#8217;aide sociale soit organis\u00e9e selon un syst\u00e8me de milice. Cependant, j&#8217;attendrais de ses autorit\u00e9s qu&#8217;elles fassent davantage d&#8217;efforts pour intensifier le dialogue entre les services sociaux professionnels et l&#8217;opinion publique. C&#8217;est essentiel, car il s&#8217;agit en fin de compte d&#8217;engager des montants substantiels provenant de l&#8217;argent du contribuable.\u00a0W. Schmid: Ce qui manque le plus \u00e0 l&#8217;aide sociale, c&#8217;est du personnel en nombre suffisant. C&#8217;est notamment le fait de le lui refuser qui co\u00fbte le plus cher, car elle fait un travail b\u00e2cl\u00e9, avec toutes les cons\u00e9quences qui en d\u00e9coulent. Pendant longtemps, nombre de politiciens n&#8217;ont pas per\u00e7u ce lien. Dans la crise actuelle, j&#8217;ai l&#8217;impression que les responsables des services sociaux ont moins de peine \u00e0 faire entendre leurs arguments en faveur d&#8217;une augmentation du personnel. Le fait que l&#8217;aide sociale soit bien souvent du ressort des communes conduit \u00e0 une forte politisation de cette institution, ce qui repr\u00e9sente \u00e9galement un probl\u00e8me. On le voit bien par comparaison avec la Suisse romande, o\u00f9 l&#8217;aide sociale est r\u00e9gl\u00e9e au niveau cantonal. Les d\u00e9bats y sont nettement moins houleux, parce que ce th\u00e8me n&#8217;est pas diss\u00e9qu\u00e9 jusque dans les derni\u00e8res ramifications de l&#8217;\u00c9tat f\u00e9d\u00e9raliste. Si l&#8217;aide sociale est bien organis\u00e9e, pilot\u00e9e par des professionnels, et qu&#8217;une collaboration s&#8217;\u00e9tablit \u00e9ventuellement au niveau r\u00e9gional, rien ne s&#8217;oppose \u00e0 ce qu&#8217;elle continue de d\u00e9pendre des communes. \u00a0Th. Daum: Je suis un d\u00e9fenseur de l&#8217;aide sociale au niveau des communes. C&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;on peut le mieux comprendre et influencer son \u00e9volution. Un transfert de cette comp\u00e9tence aux cantons ou, pire encore, \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration pr\u00e9senterait des risques: en raison de l&#8217;\u00e9loignement, l&#8217;aide sociale ne ferait plus l&#8217;objet de d\u00e9bat et la m\u00e9diatisation de deux ou trois cas critiques suffirait \u00e0 enflammer brusquement les esprits. Naturellement, il y a aussi dans les communes des discussions d\u00e9sagr\u00e9ables et des attaques parfois totalement injustifi\u00e9es; elles donnent, toutefois, l&#8217;occasion de se pencher sur le th\u00e8me. D&#8217;apr\u00e8s mon exp\u00e9rience, la population est g\u00e9n\u00e9ralement pr\u00eate \u00e0 participer lorsque le d\u00e9bat est s\u00e9rieux et qu&#8217;on l&#8217;informe correctement. Il importe de montrer ce que les prestations de l&#8217;aide sociale repr\u00e9sentent pour la soci\u00e9t\u00e9. En effet, une bonne gestion des diff\u00e9rents types de probl\u00e8mes est de nature \u00e0 d\u00e9charger la population. Durant les quatorze ann\u00e9es de mon mandat politique au niveau communal, je n&#8217;ai jamais eu de probl\u00e8mes pour obtenir les cr\u00e9dits n\u00e9cessaires.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: L&#8217;assurance-ch\u00f4mage (AC) obtient de bons r\u00e9sultats en mati\u00e8re de r\u00e9int\u00e9gration des ch\u00f4meurs. Son principe de base est celui de \u00abl&#8217;obligation mutuelle\u00bb. L&#8217;aide sociale pourrait-elle en tirer certains enseignements?\u00a0Th. Daum: Ce que l&#8217;aide sociale peut apprendre de l&#8217;AC, c&#8217;est la mani\u00e8re de traiter avec les employeurs. Depuis la crise de 2001-2003, on reconna\u00eet que les ORP font du bon travail. L&#8217;aide sociale accuse encore un certain retard, mais elle est sur la bonne voie. Il existe, par ailleurs, des diff\u00e9rences notables entre ces deux syst\u00e8mes sur le plan de la d\u00e9finition des t\u00e2ches: l&#8217;AC s&#8217;occupe principalement de la rupture du lien entre l&#8217;individu et le march\u00e9 du travail; l&#8217;aide sociale, elle, se voit \u00e9galement confront\u00e9e \u00e0 bien d&#8217;autres ruptures qui doivent \u00eatre r\u00e9solues avant de pouvoir envisager un retour \u00e0 la vie active.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Comment fonctionne, selon vous, la collaboration entre l&#8217;aide sociale et l&#8217;AC?\u00a0W. Schmid: Le contact avec les employeurs est, en effet, un probl\u00e8me. \u00c0 la Csias, nous nous demandons d\u00e9j\u00e0 pourquoi trois instances &#8211; l&#8217;AC, l&#8217;AI et l&#8217;aide sociale &#8211; doivent s&#8217;occuper de l&#8217;insertion sur le march\u00e9 du travail. Il nous para\u00eetrait judicieux de confier \u00e0 un seul organe toute l&#8217;interm\u00e9diation avec les employeurs ou la logistique des programmes d&#8217;occupation, peu importe \u00e0 qui revient la comp\u00e9tence d&#8217;assurer la subsistance des personnes concern\u00e9es.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Pourquoi ne pas tenter un grand \u00abd\u00e9gagement par le gardien\u00bb, en int\u00e9grant l&#8217;AC, l&#8217;AI et l&#8217;aide sociale dans une m\u00eame institution sociale?\u00a0W. Schmid: Je ne crois pas au \u00abd\u00e9gagement\u00bb qui pourrait r\u00e9sulter d&#8217;un regroupement de l&#8217;AC, de l&#8217;AI et de l&#8217;aide sociale. Malgr\u00e9 tout, nous devrions avoir la franchise de nous interroger sur ce qui existe aujourd&#8217;hui. Nous constatons que l&#8217;AC fonctionne \u00e0 merveille pour les douze premiers mois de ch\u00f4mage. Vers la fin du d\u00e9lai-cadre, quand on s&#8217;approche de l&#8217;\u00e9puisement du droit aux indemnit\u00e9s, il ne se passe plus grand-chose. En effet, les probl\u00e8mes des gens sont toujours les m\u00eames et ils refont surface au niveau de l&#8217;aide sociale, sinon de l&#8217;AI. Si quelqu&#8217;un ne parvient pas \u00e0 trouver un emploi durant la premi\u00e8re ann\u00e9e de ch\u00f4mage, on devrait recourir \u00e0 d&#8217;autres m\u00e9thodes et \u00e0 d&#8217;autres instruments pour lui venir en aide.\u00a0Th. Daum: Nous avons toujours pr\u00e9conis\u00e9 une limitation raisonnable des prestations de l&#8217;AC. Cette discussion a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e dans les ann\u00e9es nonante, surtout par rapport aux limites entre les diff\u00e9rents syst\u00e8mes. Somme toute, l&#8217;argumentation de M. Schmid revient au m\u00eame: plus le ch\u00f4mage dure longtemps, moins il d\u00e9coule de probl\u00e8mes li\u00e9s au march\u00e9 du travail ou \u00e0 l&#8217;employabilit\u00e9; d&#8217;autres causes sont en jeu, qui peuvent conduire vers l&#8217;aide sociale ou l&#8217;AI. Il conviendrait d&#8217;approcher les ch\u00f4meurs avant l&#8217;\u00e9puisement de leur droit aux indemnit\u00e9s journali\u00e8res, en se basant sur certains crit\u00e8res &#8211; temporels ou autres -, afin de leur proposer des mesures appropri\u00e9es aux causes de leur situation. Avec la 5e r\u00e9vision de l&#8217;AI, on a \u00e9galement commenc\u00e9 de d\u00e9tecter de mani\u00e8re aussi pr\u00e9coce que possible les pi\u00e8ges potentiels de cette institution.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Dans quel domaine toutes les institutions sociales ont-elles des int\u00e9r\u00eats communs?\u00a0W. Schmid: \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 il ne suffit plus d&#8217;envoyer un dossier de candidature pour remettre le pied \u00e0 l&#8217;\u00e9trier, l&#8217;AC, l&#8217;AI et l&#8217;aide sociale partagent plus ou moins les m\u00eames int\u00e9r\u00eats. La Constitution permet, dans une telle situation, d&#8217;apporter une aide sp\u00e9ciale aux ch\u00f4meurs. Le l\u00e9gislateur n&#8217;en a jamais fait usage jusqu&#8217;ici.\u00a0Th. Daum: Le passage de l&#8217;AC vers les autres syst\u00e8mes de s\u00e9curit\u00e9 sociale m\u00e9riterait certainement d&#8217;\u00eatre am\u00e9lior\u00e9. Des coentreprises sont possibles. On ne doit, toutefois, pas en conclure la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;un nouvel allongement de la p\u00e9riode d&#8217;indemnisation, donc un report de la fin de droits. On pourrait tout aussi bien plaider pour que les comp\u00e9tences de l&#8217;AC s&#8217;arr\u00eatent plus t\u00f4t. Cependant, la d\u00e9termination exacte de cette limite ne rev\u00eat qu&#8217;une importance secondaire par rapport \u00e0 la probl\u00e9matique de fond. Manifestement, il existe des probl\u00e8mes de passage entre les syst\u00e8mes et ils doivent \u00eatre abord\u00e9s de mani\u00e8re ind\u00e9pendante.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Messieurs, je vous remercie de cet entretien.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nDirection de l&#8217;entretien et r\u00e9daction: Geli Spescha, r\u00e9dacteur en chef de La Vie \u00e9conomique\u00a0Transcription: Simon D\u00e4llenbach, r\u00e9dacteur de La Vie \u00e9conomique&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: L&#8217;aide sociale active La Vie \u00e9conomique: Que pensez-vous de l&#8217;aide sociale active?W. Schmid: Cette question a \u00e9t\u00e9 trait\u00e9e de mani\u00e8re d\u00e9taill\u00e9e et nuanc\u00e9e lors des Journ\u00e9es de la Csias, qui se sont tenues les 3 et 4 septembre 2009 \u00e0 Soleure, sous le th\u00e8me \u00abPr\u00e9vention, activation et int\u00e9gration en p\u00e9riode de crise \u00e9conomique\u00bb. Environ 200 professionnels \u00e9taient pr\u00e9sentsa. En voici, tr\u00e8s bri\u00e8vement, la conclusion: \u00e9tablir des incitations n&#8217;est pas aussi facile que beaucoup d&#8217;\u00e9conomistes et de politiciens veulent bien le croire. Dans certains cas, les gens se montrent r\u00e9fractaires \u00e0 toute pression et alors la situation est bloqu\u00e9e. Le Csias est actuellement en pleine r\u00e9flexion sur la mani\u00e8re de concevoir une aide sociale efficace. Th. Daum: Comme dans l&#8217;\u00e9ducation, il s&#8217;agit dans l&#8217;aide sociale de trouver le bon dosage entre les exigences et les encouragements. Selon la personne et le groupe, il convient d&#8217;exercer plus ou moins de pression. Cela, aucun professionnel de l&#8217;aide sociale ne le contestera. Il faut, par ailleurs, toujours prendre en consid\u00e9ration la dimension familiale: que se passe-t-il, surtout avec les enfants, lorsqu&#8217;on impose quelque chose \u00e0 un chef de famille? En tant que non-professionnels, nous ne nous int\u00e9ressons trop souvent qu&#8217;\u00e0 des cas isol\u00e9s. Nous ne voyons pas assez toutes les implications qui font la diff\u00e9rence entre la bonne et la mauvaise mani\u00e8re de traiter un dossier relevant de l&#8217;aide sociale.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;aide sociale est un th\u00e8me r\u00e9current depuis quelques ann\u00e9es. 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