{"id":152489,"date":"2009-09-01T12:00:00","date_gmt":"2009-09-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2009\/09\/aeppli-2\/"},"modified":"2023-08-24T01:02:45","modified_gmt":"2023-08-23T23:02:45","slug":"aeppli-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2009\/09\/aeppli-2\/","title":{"rendered":"Les hautes \u00e9coles suisses entre pilotage politique et autonomie institutionnelle"},"content":{"rendered":"<p>Les universit\u00e9s modernes ont des t\u00e2ches multiples: cr\u00e9er du savoir par la recherche scientifique, le transmettre par l&#8217;enseignement, et l&#8217;exploiter en innovant. De nouveaux champs de recherche interdisciplinaires et transversaux se cr\u00e9ent, de m\u00eame que de nouvelles mani\u00e8res de communiquer avec la soci\u00e9t\u00e9, d&#8217;o\u00f9 un renouvellement dans la fa\u00e7on de g\u00e9n\u00e9rer le savoir. Pour bien ma\u00eetriser ces d\u00e9fis, il est indispensable d&#8217;une part de b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;une continuit\u00e9 suffisante, de l&#8217;autre de pouvoir r\u00e9agir avec suffisamment de souplesse. C&#8217;est pourquoi une nouvelle loi doit donner aux entit\u00e9s responsables une marge de manoeuvre politique suffisante afin qu&#8217;elles se sentent responsables de \u00ableur(s)\u00bb haute(s) \u00e9cole(s) sur les plans financier et politique.<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/200909_10_Aeppli_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"248\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nSi les classements universitaires courants qui circulent dans les m\u00e9dias et sont invoqu\u00e9s \u00e0 intervalles r\u00e9guliers ont un point commun, c&#8217;est d&#8217;\u00eatre fond\u00e9s essentiellement sur les travaux de recherche. Ils peuvent certes repr\u00e9senter une partie significative de la palette des activit\u00e9s universitaires\u00a0&#8211; et les \u00e9tablissements suisses qui y figurent en t\u00eate avec une r\u00e9gularit\u00e9 r\u00e9jouissante ont toutes les raisons de se f\u00e9liciter de leur succ\u00e8s\u00a0-, mais ils ne recouvrent qu&#8217;une partie de la r\u00e9alit\u00e9. Il nous manque actuellement un syst\u00e8me qui permette aux universit\u00e9s de se distinguer par une \u00abexcellence\u00bb qui aille au-del\u00e0 du domaine de la recherche fondamentale. Il n&#8217;existe, par exemple, pas encore de palmar\u00e8s international qui rel\u00e8ve si une universit\u00e9 se distingue par son enracinement r\u00e9gional ou si les \u00e9tudiants sont impliqu\u00e9s particuli\u00e8rement t\u00f4t dans la recherche. Quant aux m\u00e9thodes d&#8217;enseignement particuli\u00e8rement novatrices, elles n&#8217;ont toujours pas le moindre effet sur les grands classements universitaires.&#13;<\/p>\n<h2>\u00catre dans le peloton de t\u00eate de la recherche<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDans un tel contexte, le monde universitaire suisse se trouve actuellement sur la sellette. Dans le secteur de la recherche, la Suisse peut se targuer de performances uniques au monde. Tant le classement 2007 de l&#8217;OCDE (Science, Technology and Innovation Scoreboard) que le rapport 2008\/2009 de la Commission europ\u00e9enne (Science, Technology and Competitiveness Key Figures Report) attestent quelle est championne du monde en ce qui concerne le nombre des publications scien-tifiques par habitant. Cette position de pointe prouve la haute qualit\u00e9 du syst\u00e8me suisse de la recherche, qui est assum\u00e9 principalement par les universit\u00e9s et les EPF. Que ses meilleures hautes \u00e9coles sp\u00e9cialis\u00e9es dans des domaines \u00e0 tr\u00e8s forte publication, comme les sciences de la vie ou la physique, aient tendance \u00e0 mieux s&#8217;en tirer dans de telles statistiques que celles qui se vouent plut\u00f4t aux \u00abhumanit\u00e9s\u00bb, c&#8217;est-\u00e0-dire aux sciences humaines et sociales, contribue \u00e0 ce remarquable succ\u00e8s, mais n&#8217;y \u00f4te rien.\u00a0Quelles que puissent \u00eatre les contrari\u00e9t\u00e9s d&#8217;ordre \u00e9conomique, politique ou financier, il s&#8217;agit donc de conserver en Suisse le haut niveau atteint en mati\u00e8re de travail scientifique et de cr\u00e9er les conditions qui feront que nous n&#8217;aurons pas, dans le futur, \u00e0 redouter la comparaison avec les pays concurrents sur le plan du savoir. La Suisse doit faire ses preuves dans l&#8217;interaction entre coop\u00e9ration et concurrence internationale\u00a0&#8211; domaine o\u00f9 cette fameuse \u00abnation n\u00e9e de la volont\u00e9\u00bb ne manque d&#8217;ailleurs pas d&#8217;exp\u00e9rience. Ce n&#8217;est que par des \u00e9changes \u00e9troits avec les personnalit\u00e9s et institutions mondiales de pointe qu&#8217;elle d\u00e9ploiera tout son potentiel. Le r\u00e9sultat est visible: la Suisse b\u00e9n\u00e9ficie d&#8217;un maillage international de premier ordre\u00a0&#8211; meilleur en tout cas au plan scientifique que politique. Au niveau europ\u00e9en, les chercheurs suisses sont des partenaires reconnus et bienvenus dans les projets de recherche de l&#8217;UE. Les coop\u00e9rations avec les \u00c9tats-Unis et l&#8217;Asie sont fortes et portent leurs fruits sous forme de publications ou d&#8217;innovations.&#13;<\/p>\n<h2>Un lien fort entre entit\u00e9 responsable et haute \u00e9cole<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nUn aspect important du maintien et du renforcement de la comp\u00e9titivit\u00e9 de nos universit\u00e9s est leur syst\u00e8me de gouvernance. Or, il n&#8217;existe sans doute pas de domaine politique o\u00f9 les contradictions entre les objectifs institutionnels et les enjeux mondiaux soient aussi manifestes que dans les politiques scientifique et universitaire. La science est un des tous premiers acteurs mondiaux et elle a une vocation internationale depuis le d\u00e9but des temps modernes. Comme institutions, en revanche, les universit\u00e9s sont \u00e9troitement li\u00e9es \u00e0 la politique r\u00e9gionale \u00e0 travers les instances publiques responsables. Enracinement r\u00e9gional et rayonnement international, telle a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s vite leur devise.\u00a0Comme chez nos voisins europ\u00e9ens, la gouvernance de nos hautes \u00e9coles est fortement impr\u00e9gn\u00e9e de f\u00e9d\u00e9ralisme. La Conf\u00e9d\u00e9ration se charge du domaine des EPF, les cantons universitaires de leur universit\u00e9, et de nombreux cantons (\u00e0 eux seuls ou en commun avec d&#8217;autres) de leur haute \u00e9cole sp\u00e9cialis\u00e9e (HES). Les structures complexes qui r\u00e9sultent de cet enchev\u00eatrement de comp\u00e9tences doivent certes \u00eatre simplifi\u00e9es dans un esprit pragmatique, mais cela ne doit pas aller jusqu&#8217;\u00e0 saper la volont\u00e9 de soutenir les hautes \u00e9coles et de d\u00e9fendre leur autonomie. Le f\u00e9d\u00e9ralisme met l&#8217;accent sur la comp\u00e9tence r\u00e9gionale, encourage la prise de responsabilit\u00e9 et l&#8217;identification locale, et exige ainsi lautonomie tant de l&#8217;entit\u00e9 responsable que des hautes \u00e9coles elles-m\u00eames. C&#8217;est dans l&#8217;interaction d&#8217;une certaine proximit\u00e9 entre l&#8217;entit\u00e9 responsable d&#8217;une haute \u00e9cole et son activit\u00e9 scientifique que cette autonomie institutionnelle peut \u00eatre v\u00e9cue dans un esprit de responsabilit\u00e9.\u00a0Au principe de gouvernement d\u00e9centralis\u00e9 qu&#8217;est le f\u00e9d\u00e9ralisme s&#8217;opposent l&#8217;internationalisme, la concurrence mondiale, la chert\u00e9 des infrastructures et les \u00e9conomies d&#8217;\u00e9chelle n\u00e9cessaires. Au temps des \u00abp\u00e8res fondateurs\u00bb, c&#8217;est le Conseil f\u00e9d\u00e9ral\u00a0&#8211; et non le groupe des cantons universitaires\u00a0&#8211; qui a cr\u00e9\u00e9 l&#8217;\u00c9cole polytechnique f\u00e9d\u00e9rale, avec son infrastructure relativement co\u00fbteuse. La raison en \u00e9tait sans doute que les t\u00e2ches nationales, comme la construction des chemins de fer et des routes ou d&#8217;autres projets d&#8217;infrastructure technique attribuaient naturellement ces domaines \u00e0 l&#8217;\u00e9chelon f\u00e9d\u00e9ral. \u00c0 cela s&#8217;ajoutait qu&#8217;on visait comme \u00e9tudiants de l&#8217;\u00e9tablissement les jeunes passionn\u00e9s de technique de toutes les r\u00e9gions du pays.\u00a0De nos jours, le facteur d\u00e9terminant de l&#8217;\u00e9volution non seulement des universit\u00e9s, mais de plus en plus aussi des HES, est la comp\u00e9titivit\u00e9 internationale. L&#8217;orientation mondiale d&#8217;une discipline, les \u00e9changes internationaux au plus haut niveau et les d\u00e9fis communs \u00e0 relever font partie du \u00abr\u00e9pertoire\u00bb de la science moderne, et ce quel que soit le domaine, dans les branches technologiques et \u00e9conomiques aussi bien que dans les sciences sociales, humaines et culturelles.\u00a0Pour bien ma\u00eetriser ces d\u00e9fis, il est indispensable d&#8217;une part de b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;une continuit\u00e9 suffisante, de l&#8217;autre de pouvoir r\u00e9agir avec suffisamment de souplesse. Ces principes valent aussi bien pour les institutions universitaires que pour les personnes qui les incarnent. \u00c0 cet effet, les institutions doivent jouir d&#8217;une grande autonomie et les entit\u00e9s responsables leur accorder une grande confiance. Il leur faut enfin, et ce n&#8217;est pas le moindre, les ressources n\u00e9cessaires.&#13;<\/p>\n<h2>Maintenir l&#8217;\u00e9quilibre entre pilotage et autonomie<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes grandes orientations politiques convenues avec les organes directeurs et les entit\u00e9s responsables doivent permettre aux universit\u00e9s de d\u00e9velopper librement leurs atouts, rem\u00e9dier \u00e0 leurs faiblesses et engager leurs ressources de fa\u00e7on \u00e0 atteindre leurs objectifs. La modification des articles constitutionnels sur la formation, que la grande majorit\u00e9 du peuple suisse a approuv\u00e9e au printemps 2006, pr\u00e9voit \u00e0 cet effet une coordination dans les domaines particuli\u00e8rement on\u00e9reux. Du point de vue de la politique universitaire et budg\u00e9taire, il est en effet judicieux que plusieurs institutions ne s&#8217;\u00e9quipent pas en parall\u00e8le d&#8217;infrastructures co\u00fbteuses, qui ne seront de toute fa\u00e7on pas exploit\u00e9es \u00e0 fond.\u00a0Pour ceux et celles qui \u00e9tudient dans les hautes \u00e9coles suisses, il est important d&#8217;avoir le choix entre diverses fili\u00e8res, m\u00eame pour une seule branche. Les hautes \u00e9coles y r\u00e9pondent en d\u00e9veloppant chacune leur profil. En m\u00eame temps, les \u00e9tudiants demandent davantage de libre-passage \u00e0 la fois entre les divers types de haute \u00e9cole et au sein m\u00eame des fili\u00e8res: tout cela a un prix. En effet, si le passage d&#8217;un syst\u00e8me \u00e0 l&#8217;autre \u00e9tait praticable sans surco\u00fbt, il faudrait en d\u00e9duire que les diff\u00e9rents profils des \u00e9tablissements ne sont pas suffisamment diff\u00e9renci\u00e9s et que la \u00abbouillie unique\u00bb si redout\u00e9e existe effectivement. On ne rendrait alors service ni aux \u00e9tudiants ni aux institutions. Pour faciliter l&#8217;orientation des \u00e9tudiants, la Conf\u00e9rence universitaire suisse (CUS) a compl\u00e9t\u00e9 l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re les directives de Bologne d&#8217;un alin\u00e9a sur le libre-passage dans le syst\u00e8me suisse. Cet article 3a se fonde sur des ententes mat\u00e9rielles entre les Conf\u00e9rences des recteurs des universit\u00e9s, des hautes \u00e9coles p\u00e9dagogiques (HEP) et des HES, et repr\u00e9sente un progr\u00e8s concret et pragmatique de politique acad\u00e9mique.&#13;<\/p>\n<h2>Cr\u00e9er des plateformes scientifiques<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\n\u00c0 Zurich, face aux enjeux internationaux, on pratique depuis plus de vingt ans une coop\u00e9ration pragmatique. L&#8217;universit\u00e9 et l&#8217;EPFZ ont conclu une convention-cadre autorisant une collaboration \u00e9troite; de nombreux accords distincts concernent, en outre, la r\u00e9alisation commune de prestations scientifiques. La bonne vingtaine de chaires communes et le partage d&#8217;appareils et de locaux scientifiques permettent de parler d&#8217;une \u00abplateforme scientifique zurichoise\u00bb, qui facilite et stimule une coop\u00e9ration tr\u00e8s \u00e9troite, par-del\u00e0 les fronti\u00e8res politiques et institutionnelles. Ce syst\u00e8me trouve une application particuli\u00e8re dans le secteur de la recherche m\u00e9dicale, o\u00f9 le \u00abpas de deux\u00bb se transforme m\u00eame en \u00abtriple saut\u00bb gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;int\u00e9gration des cliniques universitaires. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, de nombreuses d\u00e9couvertes, inventions et publications ainsi que des brevets et licences (mise au point de robots de mobilit\u00e9 en parapl\u00e9giologie, projets de recherche en neurologie, recherches sur les prot\u00e9ines, efforts pour d\u00e9celer les agents responsables de l&#8217;ESB, etc.) doivent leur succ\u00e8s \u00e0 cette mise en commun des recherches et des connaissances scientifiques. En ing\u00e9nierie m\u00e9dicale, la bibliom\u00e9trie d\u00e9montre clairement que l&#8217;\u00e9troite imbrication des acteurs de la recherche a entra\u00een\u00e9 une excellence scientifique, qui pourrait encore \u00eatre renforc\u00e9e en p\u00e9rennisant les conditions-cadres et en optimisant les processus et la motivation des participants.\u00a0La collaboration \u00e9troite de l&#8217;EPFZ et de l&#8217;universit\u00e9 de Zurich m\u00e8ne souvent \u00e0 un \u00ableadership\u00bb dans la communaut\u00e9 scientifique mondiale. \u00c0 titre d&#8217;exemple, citons l&#8217;observation internationale des glaciers, lanc\u00e9e en 1984 sur le mod\u00e8le du r\u00e9seau suisse de relev\u00e9s glaciologiques. Aujourd&#8217;hui, le World Glacier Monitoring Service (WGMS), plac\u00e9 sous le patronage de l&#8217;Unesco, du Programme des Nations Unies pour l&#8217;environnement (PNUE), de l&#8217;Organisation m\u00e9t\u00e9orologique mondiale (OMM) et de diverses soci\u00e9t\u00e9s scientifiques internationales, est responsable de la r\u00e9colte et de la publication des donn\u00e9es glaciologiques normalis\u00e9es du monde entier. Domicili\u00e9 \u00e0 l&#8217;Institut de g\u00e9ographie de l&#8217;universit\u00e9 de Zurich, le WGMS entretient un r\u00e9seau mondial de contacts avec des chercheurs locaux et des correspondants nationaux. La surveillance \u00e0 long terme des glaciers fournit des chiffres-cl\u00e9s importants pour les programmes mondiaux d&#8217;observation du climat.\u00a0Ce sont de tels exemples de coop\u00e9ration locale et de rayonnement mondial qui nous confirment dans notre volont\u00e9 de trouver la juste mesure dans le pilotage des hautes \u00e9coles, lors de la mise en oeuvre du nouvel article constitutionnel sur la formation de 2006. La loi doit donner aux entit\u00e9s responsables une marge de manoeuvre politique suffisante pour qu&#8217;elles se sentent responsables de leur(s) \u00e9tablissement(s) aux plans financier et politique. Elle doit donner aux hautes \u00e9coles la confiance dont elles ont besoin pour se d\u00e9velopper dans le cadre des activit\u00e9s scientifiques internationales et stimuler leurs chercheurs et leurs enseignants dans leur cr\u00e9ativit\u00e9 et les inviter \u00e0 donner le meilleur d&#8217;eux-m\u00eames.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les universit\u00e9s modernes ont des t\u00e2ches multiples: cr\u00e9er du savoir par la recherche scientifique, le transmettre par l&#8217;enseignement, et l&#8217;exploiter en innovant. De nouveaux champs de recherche interdisciplinaires et transversaux se cr\u00e9ent, de m\u00eame que de nouvelles mani\u00e8res de communiquer avec la soci\u00e9t\u00e9, d&#8217;o\u00f9 un renouvellement dans la fa\u00e7on de g\u00e9n\u00e9rer le savoir. 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