{"id":152660,"date":"2009-07-01T12:00:00","date_gmt":"2009-07-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2009\/07\/leuthard-4\/"},"modified":"2023-08-24T01:05:11","modified_gmt":"2023-08-23T23:05:11","slug":"leuthard-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2009\/07\/leuthard-4\/","title":{"rendered":"Entretien avec la conseill\u00e8re f\u00e9d\u00e9rale Doris Leuthard, cheffe du DFE, sur les mesures de stabilisation"},"content":{"rendered":"<p>Les perspectives de l&#8217;\u00e9conomie suisse se sont de nouveau d\u00e9grad\u00e9es. Face \u00e0 cette situation, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a d\u00e9cid\u00e9 un nouveau train de mesures pour 2010, qui se chiffrera \u00e0 400 millions de francs. Cette troisi\u00e8me phase &#8211; \u00e0 l&#8217;image des deux premiers plans de stabilisation d\u00e9j\u00e0 vot\u00e9s &#8211; respecte les principes du frein \u00e0 l&#8217;endettement et est surtout destin\u00e9e \u00e0 soutenir le march\u00e9 du travail. Il s&#8217;agit de lutter contre la hausse du ch\u00f4mage de longue dur\u00e9e afin d&#8217;\u00e9viter les arriv\u00e9es en fin de droits. La conseill\u00e8re f\u00e9d\u00e9rale Doris Leuthard, cheffe du D\u00e9partement f\u00e9d\u00e9ral de l&#8217;\u00e9conomie (DFE), explique dans un entretien \u00e0 La Vie \u00e9conomique les raisons qui ont amen\u00e9 le Conseil f\u00e9d\u00e9ral \u00e0 cette d\u00e9cision.<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/200907_09_Leuthard_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"245\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa Vie \u00e9conomique: Le 17 juin dernier, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a approuv\u00e9 un troisi\u00e8me train de mesures qui s&#8217;inscrit dans son plan de stabilisation conjoncturelle. En bref, quels sont les crit\u00e8res qui ont motiv\u00e9 sa d\u00e9cision?\u00a0Doris Leuthard: \u00c9tant donn\u00e9 les perspectives \u00e9conomiques peu r\u00e9jouissantes, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral n&#8217;avait pas d&#8217;autre choix que de d\u00e9clencher la troisi\u00e8me phase des mesures de stabilisation conjoncturelle, conform\u00e9ment \u00e0 sa volont\u00e9 de proc\u00e9der par \u00e9tapes. Certes, la Suisse ne se porte pas si mal, en comparaison avec d&#8217;autres pays. Cependant, le Groupe d&#8217;experts de la Conf\u00e9d\u00e9ration a une nouvelle fois nettement revu \u00e0 la baisse ses pr\u00e9visions pour 2010, si bien qu&#8217;il s&#8217;est av\u00e9r\u00e9 n\u00e9cessaire d&#8217;adopter ce troisi\u00e8me train de mesures. On s&#8217;attend \u00e0 une recrudescence du ch\u00f4mage, qui devrait atteindre l&#8217;ann\u00e9e prochaine 5,5% en moyenne.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: C&#8217;est la raison pour laquelle ces mesures mettent l&#8217;accent sur le march\u00e9 du travail&#8230;\u00a0D. Leuthard: Dans ce domaine, il s&#8217;agit d&#8217;apaiser les maux dus \u00e0 la crise et de permettre aux ch\u00f4meurs d&#8217;esp\u00e9rer. Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral est \u00e9galement pr\u00e9occup\u00e9 par l&#8217;affaiblissement du pouvoir d&#8217;achat des consommateurs. Celui-ci sera en effet entam\u00e9 par les hausses annonc\u00e9es des primes d&#8217;assurance-maladie, du prix de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 et de la taxe sur le CO2, mais aussi par les mesures d&#8217;assainissement qu&#8217;une partie des caisses de pension doivent prendre. En lan\u00e7ant ce programme de stabilisation, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral entend contribuer \u00e0 att\u00e9nuer la r\u00e9cession.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Dans ce nouveau programme conjoncturel, une bonne partie des mesures relatives au march\u00e9 du travail s&#8217;adressent aux jeunes adultes. Pourquoi?\u00a0D. Leuthard: Rien n&#8217;est plus d\u00e9moralisant pour les jeunes adultes que de ne pas pouvoir entrer dans le monde du travail alors qu&#8217;ils viennent de terminer leur formation. Il faut doubler le nombre de stages professionnels, les faire passer de 2000 \u00e0 4000. La Conf\u00e9d\u00e9ration elle-m\u00eame doit assumer une responsabilit\u00e9 accrue en la mati\u00e8re et offrir davantage de places de stage. Nous pr\u00e9voyons \u00e9galement des contributions au salaire pour les jeunes qui traversent une longue p\u00e9riode de ch\u00f4mage \u00e0 l&#8217;issue de leur apprentissage et qui \u00e9prouvent des difficult\u00e9s \u00e0 trouver un emploi. Cette mesure, limit\u00e9e dans le temps, devrait faciliter leur insertion professionnelle. Il faut aussi que les jeunes aient la possibilit\u00e9 d&#8217;obtenir un cofinancement de la Conf\u00e9d\u00e9ration pour suivre des formations continues, par exemple des cours de langue ou d&#8217;informatique. Durant les p\u00e9riodes de ch\u00f4mage partiel, la Conf\u00e9d\u00e9ration soutiendra d\u00e9sormais des formations continues organis\u00e9es par l&#8217;entreprise ou cibl\u00e9es sur la branche. Les participants seront ainsi bien pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 affronter le march\u00e9 du travail lorsque l&#8217;\u00e9conomie red\u00e9marrera. \u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: On fait beaucoup d&#8217;efforts pour aider les jeunes sans emploi \u00e0 s&#8217;ins\u00e9rer dans la vie professionnelle. Les ch\u00f4meurs \u00e2g\u00e9s vont-ils passer \u00e0 la trappe?\u00a0D. Leuthard: Non, non. Sur les 350 millions de francs au total qui financent les mesures prises dans le domaine du march\u00e9 du travail, 253 millions sont destin\u00e9s \u00e0 l&#8217;int\u00e9gration des ch\u00f4meurs de longue dur\u00e9e, et cela ind\u00e9pendamment de leur \u00e2ge. Ces mesures rev\u00eatent pour nous une importance particuli\u00e8re, car il y a toujours un risque que les ch\u00f4meurs de longue dur\u00e9e deviennent tributaires de l&#8217;aide sociale une fois qu&#8217;ils ont \u00e9puis\u00e9 leur droit aux indemnit\u00e9s journali\u00e8res. Arriv\u00e9s en fin de droits, ils ont encore moins de revenus et peuvent donc encore moins consommer. Il est absurde de les transf\u00e9rer aux services sociaux, car cela signifie un d\u00e9placement des d\u00e9penses vers les communes. C&#8217;est ce que nous voulons \u00e9viter dans la mesure du possible. Pour les ch\u00f4meurs de longue dur\u00e9e et les personnes en fin de droits, nous pr\u00e9voyons des engagements dans des r\u00e9seaux d&#8217;emploi aupr\u00e8s d&#8217;institutions \u00e0 but non lucratif et des t\u00e2ches sp\u00e9ciales dans les domaines de la sant\u00e9, du tourisme, de la nature et de la jeunesse.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Combien co\u00fbteront au total les mesures que la Conf\u00e9d\u00e9ration compte prendre pour stabiliser l&#8217;\u00e9conomie en 2010?\u00a0D. Leuthard: Les impulsions conjoncturelles des phases I et II, qui d\u00e9ploieront leurs effets en 2010, repr\u00e9sentent quelque quatre milliards de francs. Pour les mesures relatives au march\u00e9 du travail, les d\u00e9penses pr\u00e9vues totalisent 350 millions de francs. Dans le but de renforcer le pouvoir d&#8217;achat, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a d\u00e9j\u00e0 approuv\u00e9 en mai dernier le versement d&#8217;une contribution sp\u00e9ciale de 200 millions de francs pour l&#8217;all\u00e9gement des primes d&#8217;assurance-maladie. D&#8217;autre part, le Parlement a d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;avancer \u00e0 d\u00e9but 2010 l&#8217;entr\u00e9e en vigueur de la r\u00e9forme de la TVA, ce qui repr\u00e9sente une baisse dimp\u00f4ts de 150 millions de francs. Enfin, la r\u00e9vision de l&#8217;imposition des couples mari\u00e9s all\u00e9gera de 650 millions de francs la charge fiscale des m\u00e9nages. Ce n&#8217;est pas rien.\u00a0La Vie \u00e9conomique: Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a consacr\u00e9 238 millions de francs \u00e0 des actions de dur\u00e9e limit\u00e9e dans des r\u00e9seaux d&#8217;emploi. C&#8217;est un montant \u00e9norme, si l&#8217;on consid\u00e8re qu&#8217;il touchera seulement 6800 personnes. Cela vous vaudra certainement des critiques de la part des parlementaires oppos\u00e9s aux mesures de stabilisation. Comment r\u00e9agirez-vous \u00e0 ces objections qui viendront de la droite?\u00a0D. Leuthard: Le plus sereinement du monde, car j&#8217;ai des arguments. Cette mesure s&#8217;adresse pr\u00e9cis\u00e9ment aux personnes qui sont sur le point de perdre leur droit aux indemnit\u00e9s journali\u00e8res, avec toutes les cons\u00e9quences n\u00e9fastes que je viens d&#8217;\u00e9voquer. La d\u00e9t\u00e9rioration de la consommation int\u00e9rieure d\u00e9passerait largement les moyens engag\u00e9s pour maintenir les ch\u00f4meurs en fin de droits dans le r\u00e9seau d&#8217;assurances. Si ces 6800 personnes peuvent conserver plus ou moins le m\u00eame niveau de vie, l&#8217;argent aura \u00e9t\u00e9 bien investi. Naturellement, c&#8217;est une mesure qui co\u00fbte cher. Cest, toutefois, le prix \u00e0 payer pour ne pas faire concurrence au march\u00e9 du travail primaire. Voil\u00e0 pourquoi nous avons choisi les r\u00e9seaux d&#8217;emploi, pour que les personnes qui ont du travail ne courent pas le risque de le perdre.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Les mesures li\u00e9es au march\u00e9 du travail devraient profiter \u00e0 22000 personnes en 2010. Or, la Suisse comptera quelque 220000 ch\u00f4meurs l&#8217;an prochain. C&#8217;est pourquoi les syndicats et les partis de gauche r\u00e9clament des programmes de stabilisation qui portent sur huit milliards de francs. Que r\u00e9pondez-vous \u00e0 ces critiques?\u00a0D. Leuthard: Le nombre de ch\u00f4meurs sera effectivement \u00e9lev\u00e9, ce qui constitue pour la Suisse une situation extraordinaire. Mais, Dieu merci, nous avons l&#8217;assurance-ch\u00f4mage pour y faire face. C&#8217;est un bon instrument qui garantit le versement de 70 \u00e0 80% du gain assur\u00e9. Parall\u00e8lement, l&#8217;\u00c9tat peut essayer de maintenir des emplois en prenant des mesures cibl\u00e9es pour soutenir le march\u00e9 int\u00e9rieur. C&#8217;est ce que nous avons fait avec les phases I et II des mesures de stabilisation, qui ont profit\u00e9 \u00e0 la branche de la construction, en particulier dans le domaine de l&#8217;\u00e9nergie. Les effets ainsi obtenus se r\u00e9percuteront sur le march\u00e9 du travail. H\u00e9las, nous n&#8217;avons pas pu faire grand-chose en faveur du secteur des exportations, qui emploie environ la moiti\u00e9 de la main-d&#8217;oeuvre en Suisse. Ce domaine \u00e9chappe malheureusement \u00e0 notre influence.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a examin\u00e9 une autre mesure, sans l&#8217;adopter: la redistribution anticip\u00e9e du produit de la taxe sur le CO2. Pourquoi y a-t-il renonc\u00e9?\u00a0D. Leuthard: Dans le syst\u00e8me actuel, la redistribution n&#8217;intervient que deux ans apr\u00e8s le pr\u00e9l\u00e8vement. Du point de vue conjoncturel, il serait judicieux de percevoir la taxe et de reverser son produit la m\u00eame ann\u00e9e; techniquement, c&#8217;est tout \u00e0 fait possible. Cependant, le syst\u00e8me est diff\u00e9rent aujourd&#8217;hui. Si nous avions d\u00fb le modifier pour 2010, cela aurait repr\u00e9sent\u00e9 une charge budg\u00e9taire suppl\u00e9mentaire et, par cons\u00e9quent, une augmentation du d\u00e9ficit. C&#8217;est ce que le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a voulu \u00e9viter.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Que r\u00e9pondez-vous \u00e0 ceux qui affirment que les mesures du Conseil f\u00e9d\u00e9ral ne contiennent strictement rien d&#8217;innovant et d\u00e9plorent que le \u00abGreen Deal\u00bb en soit totalement absent?\u00a0D. Leuthard: Je ne peux pas laisser dire \u00e7a. Si l&#8217;on prend en compte les trois phases du programme, 323 millions de francs vont au domaine de l&#8217;\u00e9nergie et de l&#8217;environnement. Ce montant vient s&#8217;ajouter aux budgets d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9vus, qui ont eux-m\u00eames augment\u00e9. De plus, quinze millions de francs seront allou\u00e9s \u00e0 la formation de la main-d&#8217;oeuvre qualifi\u00e9e dans le secteur \u00e9nerg\u00e9tique. En effet, les plus grands investissements ne servent \u00e0 rien si l&#8217;on ne trouve pas un couvreur capable de poser des panneaux solaires ou une entreprise qui puisse effectuer la r\u00e9novation thermique d&#8217;une fa\u00e7ade. N&#8217;oublions pas que le programme de 200 millions de francs pour l&#8217;assainissement \u00e9nerg\u00e9tique des b\u00e2timents sera mis en oeuvre en 2010; il en va de m\u00eame pour la contribution des cantons. Il faut d&#8217;abord dig\u00e9rer toutes ces mesures. En outre, le secteur de la construction n&#8217;a pas besoin d&#8217;aides \u00e9tatiques suppl\u00e9mentaires: ses carnets de commandes sont bien remplis. Bref, nous faisons ce qu&#8217;il est judicieux de faire. C&#8217;est pourquoi nous avons renonc\u00e9 \u00e0 un programme s\u00e9duisant \u00e0 premi\u00e8re vue, mais qui ne peut pas \u00eatre mis en oeuvre.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: La Suisse ne soutient pas certaines branches, contrairement \u00e0 d&#8217;autres pays. L&#8217;Allemagne et les \u00c9tats-Unis, par exemple, subventionnent massivement leur industrie automobile. Comment s&#8217;expliquent ces diff\u00e9rences?\u00a0D. Leuthard: Ces deux pays poss\u00e8dent une importante industrie automobile, ce qui n&#8217;est pas le cas du n\u00f4tre. Heureusement, car ce domaine est durement frapp\u00e9 par la crise. Nous avons en Suisse d&#8217;importants fournisseurs de la branche automobile, qui peinent \u00e0 exporter leur production, mais, par principe, nous ne voulons pas cibler notre aide sur certains secteurs. L&#8217;\u00c9tat a toujours eu des difficult\u00e9s \u00e0 d\u00e9signer les \u00abbranches d&#8217;avenir\u00bb. Dans le cas de l&#8217;industrie automobile, on peut se demander si elle ne souffre pas en r\u00e9alit\u00e9 de probl\u00e8mes structurels que la situation conjoncturelle a simplement accentu\u00e9s. Nous ne voulons pas d\u00e9penser pour soutenir des mesures inefficaces qui ne feraient qu&#8217;augmenter la dette publique. Tout autour de nous, les pays industrialis\u00e9s se sont massivement endett\u00e9s. Ils auront du mal \u00e0 surmonter ce probl\u00e8me apr\u00e8s la crise. Nous ne voulons pas d&#8217;une telle perspective pour la Suisse.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Avec son train de mesures, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral veut soutenir la demande finale et stabiliser le march\u00e9 du travail. Compte tenu de ces deux objectifs, comment se justifie la d\u00e9cision d&#8217;all\u00e9ger les primes de l&#8217;assurance-maladie?\u00a0D. Leuthard: Cette r\u00e9duction soulagera les m\u00e9nages qui sont contraints de se serrer la ceinture pour payer des primes d&#8217;assurance-maladie major\u00e9es de 10 ou 15%, voire plus. Pour beaucoup de gens, cette hausse est probl\u00e9matique en soi. Elle tombe de surcro\u00eet \u00e0 un moment tr\u00e8s d\u00e9favorable. Gr\u00e2ce \u00e0 la contribution sp\u00e9ciale de la Conf\u00e9d\u00e9ration, les m\u00e9nages pourront consacrer davantage d&#8217;argent \u00e0 d&#8217;autres d\u00e9penses. Cette mesure limit\u00e9e dans le temps permettra au moins d&#8217;adoucir leur situation et de stimuler quelque peu la consommation.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Gouverner, c&#8217;est pr\u00e9voir. D&#8217;o\u00f9 cette question: \u00e0 votre avis, qu&#8217;est-ce qui va d\u00e9terminer la vie \u00e9conomique durant les 18 prochains mois?\u00a0D. Leuthard: M\u00eame si tout porte \u00e0 croire aujourd&#8217;hui que la crise a atteint son paroxysme, il faut malheureusement s&#8217;attendre \u00e0 d&#8217;autres vagues de licenciements avant que le march\u00e9 du travail ne se ressaisisse. Malgr\u00e9 toutes les mesures prises, beaucoup de gens vont traverser une phase difficile, car ils perdront leur emploi et n&#8217;en retrouveront pas facilement un autre. Du point de vue financier, certains pays devront s&#8217;interroger sur la mani\u00e8re d&#8217;\u00e9ponger la montagne de dettes suppl\u00e9mentaires qu&#8217;ils ont accumul\u00e9es. Ce probl\u00e8me se r\u00e9percutera sur la demande en produits suisses. Ce ne sera pas facile pour notre pays, bien que nous ayons r\u00e9ussi jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 contenir notre propre dette dans les limites fix\u00e9es par le frein \u00e0 l&#8217;endettement. Il sera d&#8217;autant plus important de pr\u00e9parer la Suisse \u00e0 toutes les \u00e9ventualit\u00e9s en s&#8217;appuyant sur une forte politique de croissance.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Quelle est, selon vous, la probabilit\u00e9 que le Conseil f\u00e9d\u00e9ral d\u00e9clenche une quatri\u00e8me phase de mesures de stabilisation? Dans quelles conditions pourrait-il prendre une telle d\u00e9cision?\u00a0D. Leuthard: Nous venons tout juste de lancer la troisi\u00e8me phase, qui doit encore \u00eatre soumise aux Chambres f\u00e9d\u00e9rales. Nous esp\u00e9rons que les d\u00e9bats seront fructueux et que le Parlement l&#8217;adoptera. Pour l&#8217;ann\u00e9e 2010, nous avons fait tout ce qui \u00e9tait possible, r\u00e9aliste et efficace. J&#8217;en suis convaincue. En ce qui concerne 2011 et au-del\u00e0, il est encore trop t\u00f4t pour proc\u00e9der aux analyses n\u00e9cessaires et prendre des mesures. L&#8217;un des enseignements de la r\u00e9cession actuelle est qu&#8217;il faut toujours \u00eatre pr\u00eat \u00e0 affronter des crises importantes, de longue dur\u00e9e. Nous continuerons d&#8217;accompagner les mesures de stabilisation, afin de v\u00e9rifier si elles sont d\u00e9ploy\u00e9es correctement et si elles d\u00e9bouchent \u00e9ventuellement sur d&#8217;autres champs d&#8217;action que nous ne connaissons pas encore. C&#8217;est l\u00e0 une t\u00e2che permanente du Conseil f\u00e9d\u00e9ral et de l&#8217;administration. Si les choses \u00e9voluent conform\u00e9ment aux pr\u00e9visions \u00e9conomiques, nous conna\u00eetrons \u00e0 nouveau une modeste croissance en 2011.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Si la r\u00e9cession dure plus longtemps que pr\u00e9vu, un quatri\u00e8me train de mesures s&#8217;av\u00e9rera indispensable. En \u00e9laborant ces programmes \u00e9tatiques de stabilisation, quelle importance attachez-vous \u00e0 la stricte application du frein \u00e0 l&#8217;endettement?\u00a0D. Leuthard: Pour la troisi\u00e8me phase de mesures conjoncturelles, nous disposions d&#8217;une marge de manoeuvre suffisante sur le plan financier. Nous avons donc pu agir sans pour autant endetter excessivement la Suisse \u00e0 long terme. Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral y tient absolument. Le m\u00eame souci sous-tendait d\u00e9j\u00e0 la cr\u00e9ation du frein \u00e0 l&#8217;endettement et la r\u00e8gle compl\u00e9mentaire concernant les d\u00e9penses extraordinaires. Nous sommes heureux de n&#8217;avoir pas d\u00fb recourir, en l&#8217;occurrence, \u00e0 de telles d\u00e9penses. Nous esp\u00e9rons qu&#8217;il continuera d&#8217;en \u00eatre ainsi.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Toute crise est \u00e9galement une chance. D&#8217;apr\u00e8s vous, en quoi celle que nous traversons actuellement offre-t-elle \u00e0 la Suisse l&#8217;occasion de se pr\u00e9parer pour le prochain \u00abboom\u00bb conjoncturel?\u00a0D. Leuthard: Nous devons saisir la chance de combattre la crise avec des mesures mod\u00e9r\u00e9es. Sans nous laisser d\u00e9tourner de notre voie, nous devons \u00e9galement travailler \u00e0 am\u00e9liorer les conditions-cadres d&#8217;une croissance durable. Cette crise sera un jour derri\u00e8re nous. Il faudra alors que nous ayons toutes les cartes en main: un endettement limit\u00e9, une main-d&#8217;oeuvre bien form\u00e9e, une r\u00e9glementation mesur\u00e9e et des entreprises innovantes, connues dans le monde entier.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Revenons \u00e0 ces r\u00e9actions parfois tr\u00e8s n\u00e9gatives de la gauche et de la droite au sujet du troisi\u00e8me plan conjoncturel: l&#8217;UDC et le PLR refusent par principe d&#8217;autres mesures de stabilisation; le PS, les Verts et les syndicats, par contre, trouvent votre programme beaucoup trop l\u00e9ger; le PDC est le seul parti qui le d\u00e9fende. Dans ces conditions, comment comptez-vous r\u00e9unir une majorit\u00e9 de voix au Parlement pour faire approuver le troisi\u00e8me train de mesures?\u00a0D. Leuthard: \u00c9coutez, ces fronts \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents durant la premi\u00e8re phase, puis durant la deuxi\u00e8me et maintenant on les retrouve pour la troisi\u00e8me. En fait, les d\u00e9bats au Parlement ont toujours montr\u00e9 qu&#8217;il fallait faire quelque chose, mais sans exag\u00e9rer et en respectant le cadre fix\u00e9 par le frein \u00e0 l&#8217;endettement. Que les uns trouvent ce plan excessif et les autres insuffisant, je l&#8217;admets. Je crois que le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a le devoir de r\u00e9fl\u00e9chir d&#8217;abord \u00e0 long terme et de proposer uniquement des mesures efficaces qui garantissent une certaine durabilit\u00e9. Nous nous concentrons sur le march\u00e9 du travail. Je suis convaincue que le taux de ch\u00f4mage va augmenter fortement apr\u00e8s l&#8217;\u00e9t\u00e9. C&#8217;est pourquoi je ne crois pas que les parlementaires, lors de la session d&#8217;automne, pourront simplement dire aux groupes de personnes concern\u00e9es: \u00abD\u00e9brouillez-vous comme vous pouvez.\u00bb\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Vous \u00eates donc confiante pour l&#8217;issue du vote? Le troisi\u00e8me train de mesures propos\u00e9 devrait r\u00e9unir une majorit\u00e9 au Parlement?\u00a0D. Leuthard: Oui, je suis confiante.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Une question personnelle pour terminer. Vous \u00eates entr\u00e9e en fonction \u00e0 un moment o\u00f9 la conjoncture \u00e9tait meilleure qu&#8217;aujourd&#8217;hui. Maintenant, vous \u00eates confront\u00e9e \u00e0 de forts vents contraires. Ce n&#8217;est certainement pas une situation facile&#8230;\u00a0D. Leuthard: Certes, ce n&#8217;est pas toujours facile, mais cela fait partie de mon travail. J&#8217;ai de tr\u00e8s bons collaborateurs et nous coop\u00e9rons \u00e9troitement avec les milieux \u00e9conomiques, les partenaires sociaux et les cantons. Il est important d&#8217;\u00eatre bien inform\u00e9, de savoir ce qui se passe \u00absur le front\u00bb et de pouvoir anticiper certaines choses. Cela nous aide \u00e9galement \u00e0 \u00e9valuer les demandes qui nous sont adress\u00e9es durant la crise, afin de d\u00e9terminer si elles sont justifi\u00e9es ou si nous devons nous montrer prudents. Ce qui compte, c&#8217;est d&#8217;avoir une ligne claire et de savoir rester ferme quand il le faut, ceci dans l&#8217;int\u00e9r\u00eat de la durabilit\u00e9 et des g\u00e9n\u00e9rations futures.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Madame la Conseill\u00e8re f\u00e9d\u00e9rale, nous vous remercions pour cet entretien.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nDirection de l&#8217;entretien et r\u00e9daction: Geli Spescha, r\u00e9dacteur en chef de La Vie \u00e9conomique&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTranscription de l&#8217;entretien: Simon D\u00e4llenbach, r\u00e9dacteur de La Vie \u00e9conomique&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<b>Encadr\u00e9 1: Des mesures en faveur de la croissance<\/b>&#13;<br \/>\nLa Vie \u00e9conomique: Le programme conjoncturel contient-il aussi des mesures destin\u00e9es \u00e0 stimuler la croissance?D. Leuthard: Je souhaite am\u00e9liorer la structure de la place technologique suisse et donner une impulsion \u00e0 des domaines prometteurs. Dans l&#8217;esprit de la politique de croissance, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral entend soutenir des plateformes de promotions des exportations destin\u00e9es aux entreprises suisses qui poss\u00e8dent un savoir-faire tr\u00e8s sp\u00e9cifique, mais qui n&#8217;ont pas la taille critique pour se faire conna\u00eetre sur les march\u00e9s internationaux. Des PME novatrices pourront cr\u00e9er au sein de leur branche une organisation leur permettant de prospecter ensemble les march\u00e9s \u00e9trangers. Pour que nos entreprises puissent devenir encore plus performantes, nous voulons par ailleurs promouvoir les technologies de l&#8217;information et de la communication. Les mesures prises en faveur de la croissance ont pour but d&#8217;assurer que la Suisse sorte renforc\u00e9e de la crise et qu&#8217;elle puisse profiter pleinement de la reprise. Avec la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me phases des mesures de stabilisation conjoncturelle, nous avons beaucoup investi dans l&#8217;infrastructure lourde, \u00e0 savoir le rail et la route. Nous voulons maintenant proc\u00e9der \u00e0 des investissements dans l&#8217;infrastructure \u00e9lectronique, afin d&#8217;all\u00e9ger la charge administrative qui p\u00e8se sur l&#8217;\u00e9conomie. Ainsi, le d\u00e9veloppement de la signature num\u00e9rique \u00abSwiss Digital Identity\u00bb facilitera le travail des entreprises. Elle leur offrira des possibilit\u00e9s enti\u00e8rement nouvelles.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<b>Encadr\u00e9 2: La Suisse profite-t-elle?<\/b>&#13;<br \/>\nLa Vie \u00e9conomique: Pratiquement aucun pays ne respecte les r\u00e8gles d&#8217;une politique financi\u00e8re durable. C&#8217;est pourquoi certains reprochent \u00e0 la Suisse de prendre des mesures conjoncturelles du bout des doigts, tout en profitant largement des vastes plans de relance mis en place par les \u00c9tats \u00e9trangers. Ces reproches vous g\u00eanent-ils?D. Leuthard: Dans le cadre des efforts men\u00e9s en commun par la communaut\u00e9 internationale, nous nous engageons totalement en faveur d&#8217;un soutien de la demande. Si l&#8217;on inclut \u00e9galement les stabilisateurs automatiques (assurance-ch\u00f4mage, etc.), les trois phases de stabilisation conjoncturelle g\u00e9n\u00e9reront des impulsions pour un montant total de 15,5 milliards de francs en 2009 et 2010. Ce n&#8217;est pas \u00e0 la Suisse qu&#8217;il faut reprocher de faire du tort aux autres, mais aux pays qui ont eu l&#8217;imprudence de s&#8217;endetter de mani\u00e8re d\u00e9mesur\u00e9e. Un jour ou l&#8217;autre, ces \u00c9tats devront r\u00e9soudre leur probl\u00e8me de surendettement. Cela d\u00e9bouchera sur des ralentissements durables de leur croissance. D&#8217;autres pays, dont probablement la Suisse, en p\u00e2tiront \u00e9galement.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les perspectives de l&#8217;\u00e9conomie suisse se sont de nouveau d\u00e9grad\u00e9es. Face \u00e0 cette situation, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a d\u00e9cid\u00e9 un nouveau train de mesures pour 2010, qui se chiffrera \u00e0 400 millions de francs. 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