{"id":152700,"date":"2009-06-01T12:00:00","date_gmt":"2009-06-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2009\/06\/cocca-2\/"},"modified":"2023-08-24T01:04:43","modified_gmt":"2023-08-23T23:04:43","slug":"cocca-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2009\/06\/cocca-2\/","title":{"rendered":"Le secret bancaire en mutation: cons\u00e9quences et perspectives pour la gestion de fortune priv\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p>Haut lieu de la gestion de fortune priv\u00e9e, la Suisse va sans doute subir en profondeur les cons\u00e9quences du changement de r\u00e8gles qui s&#8217;est impos\u00e9 dans le domaine de l&#8217;\u00e9change international d&#8217;informations fiscales. Le sc\u00e9nario tablant sur l&#8217;imminence d&#8217;un exode massif de capitaux est invraisemblable. \u00c0 long terme, il s&#8217;agit cependant d&#8217;appliquer une strat\u00e9gie qui vise le respect de toutes les normes internationales en mati\u00e8re de taxation et qui ne tol\u00e8re aucune transgression ni zone grise En plus de son activit\u00e9 d&#8217;enseignement \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 Kepler, l&#8217;auteur donne des cours sur le \u00abprivate banking\u00bb \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 de Zurich et \u00e0 la haute \u00e9cole sup\u00e9rieure du Liechtenstein. De nationalit\u00e9 suisse, Teodoro D. Cocca est \u00e9galement membre de la facult\u00e9 de formation continue des dirigeants, cr\u00e9\u00e9e par le Swiss Finance Institute..<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/200906_05_Cocca_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"242\" \/>&#13;<\/p>\n<h2>Les clients vont-ils \u00e9migrer?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe Conseil f\u00e9d\u00e9ral a d\u00e9cid\u00e9 de retirer la r\u00e9serve qu&#8217;il avait formul\u00e9e ant\u00e9rieurement \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de l&#8217;art. 26 du mod\u00e8le de convention de l&#8217;OCDE. C&#8217;est un pas historique dans l&#8217;\u00e9volution du secret bancaire, tel qu&#8217;il est pratiqu\u00e9 en Suisse. Ce n&#8217;est qu&#8217;avec le recul que l&#8217;on pourra juger si cette d\u00e9cision a permis de mettre fin aux pressions sur la Suisse. Cela d\u00e9pendra dans une large mesure du comportement futur du Conseil f\u00e9d\u00e9ral et de la place financi\u00e8re.\u00a0La question cruciale est de savoir s&#8217;il y a lieu de craindre un exode imminent de capitaux dans le domaine de la gestion de fortune priv\u00e9e (\u00abprivate banking\u00bb). \u00c0 ce sujet, plusieurs r\u00e9flexions s&#8217;imposent: \u00a01. D&#8217;autres centres \u00aboffshore\u00bb ont fait les m\u00eames concessions que la Suisse. On voit ainsi se dessiner des normes communes dans le domaine de l&#8217;assistance internationale administrative en mati\u00e8re fiscale. Les capitaux allergiques \u00e0 l&#8217;imp\u00f4t ne seront plus tent\u00e9s de se d\u00e9placer d&#8217;une place financi\u00e8re \u00e0 une autre pour se prot\u00e9ger du fisc. Dans l&#8217;imm\u00e9diat, rien n&#8217;incite donc les clients \u00e0 retirer leur avoir des banques suisses. \u00a02. L&#8217;argent non d\u00e9clar\u00e9 aux imp\u00f4ts n&#8217;est pas tr\u00e8s mobile, \u00e9tant donn\u00e9 que toute transaction \u00e9lectronique laisse des traces et qu&#8217;elle augmente donc la probabilit\u00e9 d&#8217;une incrimination. Quant aux mouvements d&#8217;argent liquide, ils ne permettent pas de transf\u00e9rer des montants volumineux. Ces deux arguments contredisent le sc\u00e9nario d&#8217;un exode imminent de capitaux.\u00a03. La client\u00e8le internationale du \u00abprivate banking\u00bb attendra de conna\u00eetre le d\u00e9tail des r\u00e9glementations qui seront introduites en Suisse lors de la r\u00e9vision des conventions de double imposition. Si le Conseil f\u00e9d\u00e9ral n&#8217;accepte aucun effet r\u00e9troactif et n\u00e9gocie de longues p\u00e9riodes transitoires, comme il en a exprim\u00e9 l&#8217;intention, cela pourra endiguer consid\u00e9rablement un \u00e9ventuel exode de capitaux.\u00a04. La Suisse figure d\u00e9sormais &#8211; en compagnie d&#8217;autres pays &#8211; sur une liste de l&#8217;OCDE qualifi\u00e9e de \u00abgrise\u00bb. Il faut relever un point essentiel \u00e0 ce propos: le sommet du G20, r\u00e9uni \u00e0 Londres le 2 avril 2009, n&#8217;a pas pr\u00e9vu de sanctions automatiques pour le cas o\u00f9 un pays resterait trop longtemps sur la liste grise ou figurerait sur la liste noire. \u00a05. \u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, la loi allemande contre la soustraction fiscale, approuv\u00e9e le 22 avril 2009 par la grande coalition gouvernementale, appara\u00eet un peu plus pr\u00e9occupante. Les personnes physiques et morales devront \u00e0 l&#8217;avenir fournir des renseignements d\u00e9taill\u00e9s sur leurs activit\u00e9s dans ce que l&#8217;on appelle les paradis fiscaux. Sinon, elles risquent de perdre certains avantages au niveau de leur propre imposition. De plus, les autorit\u00e9s financi\u00e8res disposeront de droits de contr\u00f4le \u00e9largis. Le ministre aura la possibilit\u00e9 de prononcer des sanctions contre tel ou tel pays.\u00a06. On a pu \u00e9loigner le spectre de l&#8217;\u00e9change automatique d&#8217;informations. C&#8217;est l\u00e0 une \u00e9volution positive. \u00a07. Les retraits de capitaux \u00e9trangers ou le tarissement de l&#8217;afflux d&#8217;argent frais dans les grandes banques du Liechtenstein montrent que la client\u00e8le du \u00abprivate banking\u00bb est tr\u00e8s sensible aux campagnes m\u00e9diatiques et \u00e0 la perspective de modifications l\u00e9gislatives. Certes, l&#8217;ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne n&#8217;est pas pr\u00e9occupante, mais certains craignent d\u00e9j\u00e0 que la marche des affaires ne s&#8217;en trouve paralys\u00e9e. \u00a08. Le nombre \u00e9lev\u00e9 de clients qui ont quitt\u00e9 l&#8217;UBS depuis l&#8217;aggravation de ses d\u00e9m\u00eal\u00e9s avec le fisc am\u00e9ricain souligne le danger inh\u00e9rent \u00e0 la lev\u00e9e du secret bancaire pour une place financi\u00e8re sp\u00e9cialis\u00e9e dans la gestion de fortune priv\u00e9e. \u00a09. Dans le litige fiscal entre l&#8217;UBS et les autorit\u00e9s am\u00e9ricaines, les doutes \u00e9mis au sujet de la s\u00e9curit\u00e9 juridique ont jet\u00e9 le discr\u00e9dit sur la proc\u00e9dure. Il s&#8217;agit de les corriger avec la plus grande clart\u00e9. De tels doutes pourraient, selon les cas, peser plus lourd que les concessions accord\u00e9es dans le domaine de l&#8217;entraide administrative.\u00a0 \u00a0En fin de compte, ces raisons font qu&#8217;il n&#8217;y a pas lieu de craindre \u00e0 court terme &#8211; c&#8217;est-\u00e0-dire dans les douze prochains mois &#8211; un exode massif de l&#8217;argent d\u00e9pos\u00e9 par des clients \u00e9trangers sur des comptes bancaires en Suisse. Le principal danger pourrait se pr\u00e9senter le jour o\u00f9 des pays comme la France ou l&#8217;Allemagne comprendront qu&#8217;ils peuvent rapatrier une grande partie de ces capitaux par le biais d&#8217;amnisties fiscales attrayantes. Comme l&#8217;a montr\u00e9 le \u00abscudo fiscale\u00bb (bouclier fiscal) introduit en 2001 par le gouvernement italien, une telle mesure peut d\u00e9clencher des mouvements massifs de capitaux. \u00c0 moyen terme, on saura en outre ce qu&#8217;il faut entendre exactement par \u00absoup\u00e7on fond\u00e9\u00bb et comment cette notion doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e dans la proc\u00e9dure d&#8217;entraide administrative. Il ne fait aucun doute que cela peut conduire \u00e0 des d\u00e9cisions discr\u00e9tionnaires, voire \u00e0 des usages diff\u00e9rents d&#8217;un \u00c9tat \u00e0 l&#8217;autre. L&#8217;avenir montrera aussi de quelle mani\u00e8re les pays \u00e0 fiscalit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e utiliseront l&#8217;instrument de l&#8217;assistance administrative. On ne doit pas n\u00e9cessairement s&#8217;attendre \u00e0 une avalanche de demandes d&#8217;entraide. Par souci d&#8217;efficacit\u00e9, les autorit\u00e9s fiscales \u00e9trang\u00e8res pourraient en effet se concentrer sur les affaires les plus importantes et les plus \u00e9videntes, ce qui reviendrait \u00e0 \u00e9tablir \u00e0 nouveau une distinction entre soustraction fiscale (cas mineurs ou peu clairs) et fraude fiscale (cas importants et clairs). Les d\u00e9tails de ces proc\u00e9dures d\u00e9termineront si l&#8217;entraide administrative doit \u00e9voluer dans la pratique et si oui, comment. C&#8217;est pourquoi il semble encore un peu t\u00f4t pour en juger.&#13;<\/p>\n<h2>Importance g\u00e9n\u00e9rale des activit\u00e9s bancaires \u00aboffshore\u00bb<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes banques suisses qui appliquent un mod\u00e8le de \u00abprivate banking\u00bb transfrontalier (ou \u00aboffshore\u00bb) pourraient avoir de plus en plus de mal \u00e0 attirer de nouveaux fonds. Ce secteur d&#8217;activit\u00e9 est sans doute celui qui a le plus contribu\u00e9 au succ\u00e8s de la Suisse dans la gestion de fortune priv\u00e9e. Contrairement \u00e0 une opinion largement r\u00e9pandue, \u00aboffshore\u00bb n&#8217;est pas synonyme de d\u00e9lit fiscal. La client\u00e8le fortun\u00e9e peut aussi avoir des raisons parfaitement l\u00e9gales et l\u00e9gitimes de pr\u00e9f\u00e9rer la discr\u00e9tion d&#8217;une place financi\u00e8re \u00e9trang\u00e8re. On doit, cependant, partir de l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;une grande partie des capitaux \u00e9trangers d\u00e9pos\u00e9s en Suisse ne sont pas d\u00e9clar\u00e9s au fisc (il n&#8217;est pas possible de formuler une estimation pr\u00e9cise \u00e0 cet \u00e9gard). Malgr\u00e9 les ajustements internationaux en mati\u00e8re d&#8217;entraide administrative, il serait faux de penser que toutes les possibilit\u00e9s d&#8217;optimisation fiscale vont dispara\u00eetre. Dans le domaine de l&#8217;imposition des entreprises en particulier, il existe toujours d&#8217;importants mais d\u00e9licats moyens d&#8217;exploiter des niches fiscales \u00e0 travers, par exemple, des places financi\u00e8res comme le Delaware, Jersey ou Panama. Jusqu&#8217;ici, ce secteur n&#8217;a pas vraiment \u00e9t\u00e9 un th\u00e8me de discussion. Pourtant, il rec\u00e8le un grand potentiel de risque, puisque de tels canaux permettent non seulement de commettre des d\u00e9lits fiscaux, mais \u00e9galement de blanchir de l&#8217;argent \u00e0 grande \u00e9chelle.&#13;<\/p>\n<h3>Importance croissante des activit\u00e9s bancaires \u00abonshore\u00bb<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nBien que le domaine \u00aboffshore\u00bb ait rev\u00eatu historiquement une tr\u00e8s grande importance pour la Suisse, on a observ\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es une tendance toujours plus nette des banques \u00e0 pratiquer la gestion priv\u00e9e \u00abonshore\u00bb. Du point de vue des clients, plusieurs raisons expliquent cette \u00e9volution. En voici les principales: \u00a0&#8211; dans certains des pays o\u00f9 r\u00e9sident les clients du \u00abprivate banking\u00bb, les taux d&#8217;imposition ont baiss\u00e9; cela a r\u00e9duit le potentiel d&#8217;\u00e9conomies fiscales que le contribuable peut r\u00e9aliser en soustrayant sa fortune ou ses revenus au fisc;\u00a0&#8211; la stabilit\u00e9 politique s&#8217;est am\u00e9lior\u00e9e dans des pays de r\u00e9sidence qui avaient jusqu&#8217;ici la r\u00e9putation d&#8217;\u00eatre peu s\u00fbrs (Am\u00e9rique latine, Proche et Moyen-Orient, Asie);\u00a0&#8211; des possibilit\u00e9s d&#8217;investissement attrayantes sont apparues dans les pays de r\u00e9sidence des clients (notamment les \u00c9tats du Bric), ce qui a favoris\u00e9 les placements \u00abonshore\u00bb;\u00a0&#8211; la pression internationale croissante pour lutter contre la soustraction fiscale et le blanchiment d&#8217;argent augmente le risque d&#8217;\u00eatre d\u00e9couvert par le fisc et diminue l&#8217;attrait de l&#8217;\u00e9vasion fiscale;\u00a0&#8211; de plus en plus de clients \u00aboffshore\u00bb traditionnels se tournent vers la consommation; or, des fonds plac\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger ne se pr\u00eatent pas n\u00e9cessairement \u00e0 ce genre d&#8217;op\u00e9rations (l&#8217;achat d&#8217;un yacht augmente la visibilit\u00e9 de la fortune &#8211; y compris pour les enqu\u00eateurs du fisc);\u00a0&#8211; d&#8217;une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l&#8217;autre, les priorit\u00e9s se modifient: les h\u00e9ritiers des comptes rapatrient les capitaux pour les g\u00e9rer activement, les investir ou simplement les d\u00e9penser.\u00a0\u00a0Du c\u00f4t\u00e9 des banques, les raisons de cette \u00e9volution sont les suivantes:\u00a0&#8211; les r\u00e9glementations ne cessent de se renforcer et sont mises en oeuvre de mani\u00e8re toujours plus rigoureuse; il para\u00eet donc trop risqu\u00e9 d&#8217;op\u00e9rer dans la zone grise;\u00a0&#8211; les banques sont de plus en plus sensibles aux risques que pr\u00e9sente la gestion de fortune transfrontali\u00e8re (le d\u00e9ficit d&#8217;image, par exemple);\u00a0&#8211; l&#8217;am\u00e9lioration du contexte politique et \u00e9conomique facilite l&#8217;implantation de filiales \u00abonshore\u00bb pour les \u00e9tablissements qui disposent de ressources financi\u00e8res suffisantes.\u00a0\u00a0Depuis le d\u00e9but du mill\u00e9naire, les grandes banques suisses et quelques autres priv\u00e9es importantes se sont attach\u00e9es avec toujours plus de force \u00e0 d\u00e9velopper la gestion priv\u00e9e \u00abonshore\u00bb. Elles ont \u00e9largi leurs prestations dans ce secteur, qu&#8217;elles con\u00e7oivent comme une protection strat\u00e9gique pour le cas o\u00f9 leurs activit\u00e9s \u00aboffshore\u00bb iraient en diminuant. Le graphique 1 montre les taux de croissance de deux groupes de banques suisses et liechtensteinoises qui se concentrent sur l&#8217;un ou l&#8217;autre des deux mod\u00e8les, \u00abonshore\u00bb ou \u00aboffshore\u00bb. Quelques \u00e9tablissements ayant opt\u00e9 pour la premi\u00e8re strat\u00e9gie offraient d\u00e9j\u00e0 d&#8217;importants services \u00abonshore\u00bb dans d&#8217;autres secteurs d&#8217;activit\u00e9 (en particulier la banque d&#8217;investissement). Cette adaptation des mod\u00e8les d&#8217;affaires a entra\u00een\u00e9 un subtil changement de strat\u00e9gie, qui est pass\u00e9 pratiquement inaper\u00e7u: plus une banque suisse d\u00e9veloppe ses activit\u00e9s \u00abonshore\u00bb, moins elle manifeste un attachement fondamentale au secret bancaire national. L&#8217;attitude de l&#8217;UBS, dans son litige avec le fisc \u00e9tasunien, l&#8217;illustre de mani\u00e8re exemplaire: si la banque a accept\u00e9 au d\u00e9but de 2009 de communiquer aux \u00c9tats-Unis les noms de certains clients, c&#8217;est parce qu&#8217;elle \u00e9tait menac\u00e9e de se voir retirer sa licence bancaire dans ce pays.\u00a0Ceci montre clairement qu&#8217;en Suisse les diff\u00e9rents types d&#8217;\u00e9tablissements n&#8217;accordent pas la m\u00eame importance au secret bancaire. Son r\u00f4le est certainement moins crucial pour les grandes institutions que pour les petites banques priv\u00e9es qui se concentrent sur les activit\u00e9s extraterritoriales. Les temps s&#8217;annoncent difficiles pour les op\u00e9rateurs de \u00abprivate banking\u00bb qui se sont sp\u00e9cialis\u00e9s dans les juteuses affaires \u00aboffshore\u00bb, impliquant une proportion \u00e9lev\u00e9e de capitaux non d\u00e9clar\u00e9s. S&#8217;ils n&#8217;ont pas la taille critique et le savoir-faire n\u00e9cessaire pour une expansion internationale (nombre d&#8217;entre eux sont dans ce cas), ils se trouveront pris dans un pi\u00e8ge strat\u00e9gique.&#13;<\/p>\n<h2>Tol\u00e9rance z\u00e9ro pour le salut de la place financi\u00e8re<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDans l&#8217;hypoth\u00e8se o\u00f9 d&#8217;autres convoitises poindraient du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;OCDE ou du G20 (\u00e9change direct de renseignements), il faut que la Suisse ait de bons arguments pour se d\u00e9fendre, apr\u00e8s sa capitulation de mars dernier. M\u00eame si l&#8217;UE en fait toujours son objectif, l&#8217;\u00e9change automatique d&#8217;informations ne trouvera pas tellement de d\u00e9fenseurs au sein de l&#8217;OCDE ou du G20, car cette vision d&#8217;un \u00abcitoyen transparent\u00bb est loin de faire l&#8217;unanimit\u00e9. La discussion pourrait m\u00eame bient\u00f4t \u00e9voluer dans l&#8217;autre sens: plus l&#8217;\u00c9tat devient influent (ce qui est le cas en raison de la crise financi\u00e8re), plus on demande \u00e0 ce que cette influence soit brid\u00e9e. La protection de la sph\u00e8re priv\u00e9e pourrait alors devenir un argument de poids. Certes, ce d\u00e9bat ne conduira pas \u00e0 un renforcement du secret bancaire, mais il pourrait redonner sa l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 la position de la Suisse en ce domaine.\u00a0Dans les critiques adress\u00e9es \u00e0 la Suisse, on retrouve l&#8217;opposition classique entre l\u00e9galit\u00e9 et l\u00e9gitimit\u00e9. Pour que l&#8217;activit\u00e9 d&#8217;une entreprise soit reconnue, il ne suffit pas qu&#8217;elle se situe dans le cadre de la l\u00e9galit\u00e9. La l\u00e9gitimit\u00e9 s&#8217;acquiert en respectant non seulement les exigences juridiques, mais \u00e9galement les r\u00e8gles \u00e9thiques de bonne conduite. En d&#8217;autres termes, la question est de savoir si un \u00c9tat se comporte en \u00abbon citoyen\u00bb au sein de la communaut\u00e9 internationale. Une place financi\u00e8re voit la cr\u00e9dibilit\u00e9 de sa strat\u00e9gie na\u00eetre et mourir avec la l\u00e9gitimit\u00e9 de son action. La force de sa position se mesure \u00e0 celle de son autorit\u00e9 morale. C&#8217;est pourquoi il convient, \u00e0 long terme, de poursuivre une strat\u00e9gie qui vise le respect de toutes les normes internationales en mati\u00e8re de taxation et qui ne tol\u00e8re aucune transgression ni zone grise. Comme la client\u00e8le internationale classique du \u00abprivate banking\u00bb changera de comportement pour s&#8217;adapter \u00e0 l&#8217;\u00e9volution des conditions-cadres dans la gestion de fortune transfrontali\u00e8re, les banques devront concevoir de nouvelles strat\u00e9gies pour la satisfaire.&#13;<\/p>\n<h2>La Suisse pourrait redevenir un abri s\u00fbr<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nSi l&#8217;instabilit\u00e9 g\u00e9opolitique augmente en raison de la crise, comme il faut s&#8217;y attendre, la Suisse pourrait retrouver pleinement sa fonction d&#8217;abri s\u00fbr. La mani\u00e8re dont le franc a \u00e9volu\u00e9 au plus fort des turbulences financi\u00e8res permet de conclure que les investisseurs le consid\u00e8rent toujours comme une monnaie refuge. M\u00eame quand le risque de d\u00e9faillance des grandes banques a augment\u00e9 &#8211; d&#8217;apr\u00e8s les marges des CDS -, le franc s&#8217;est maintenu \u00e0 un niveau \u00e9lev\u00e9. Cela indique que le march\u00e9 n&#8217;a pas dout\u00e9 de la capacit\u00e9 de la Suisse \u00e0 sauver sa place financi\u00e8re le cas \u00e9ch\u00e9ant. De plus, \u00e9tant donn\u00e9 que les monnaies fortes de places concurrentes sont d\u00e9j\u00e0 sous pression (livre britannique) ou pourraient l&#8217;\u00eatre prochainement (dollar US, euro), le franc restera une devise recherch\u00e9e. L&#8217;analyse macro\u00e9conomique montre par ailleurs que notre pays a su ma\u00eetriser ses finances publiques, gr\u00e2ce \u00e0 une suite de mesures conjoncturelles raisonnables. En outre, la Banque nationale suisse a gagn\u00e9 en prestige durant cette crise. La stabilit\u00e9 institutionnelle et macro\u00e9conomique de notre pays, de m\u00eame que son intervention \u00e9tatique limit\u00e9e sur le march\u00e9 bancaire, pourraient suffire \u00e0 lui rendre son statut de refuge dans le contexte international &#8211; m\u00eame si le secret bancaire ne prot\u00e8ge plus du fisc. Dans le monde de l&#8217;apr\u00e8s-crise, qui verra des \u00c9tats surendett\u00e9s et des syst\u00e8mes bancaires pratiquement nationalis\u00e9s, la Suisse pourrait passer pour le dernier bastion d&#8217;un univers bancaire libre aux yeux de clients fortun\u00e9s dont le but premier est de pr\u00e9server leur capital.&#13;<\/p>\n<h2>Combler des lacunes g\u00e9ostrat\u00e9giques<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa principale t\u00e2che de la Suisse consiste \u00e0 d\u00e9finir sa place au sein de la communaut\u00e9 internationale, une question qu&#8217;elle a n\u00e9glig\u00e9e depuis la chute du mur de Berlin. Rester \u00e0 l&#8217;\u00e9cart du monde, alors que celui-ci resserre ses liens de partout, ne peut plus \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme de la neutralit\u00e9. Au contraire, cela \u00e9veille de plus en plus la suspicion et marque un manque de solidarit\u00e9 avec le bien commun global. Cela ne fait pas l&#8217;ombre d&#8217;un doute qu&#8217;une pression massive s&#8217;exercerait \u00e0 nouveau sur la Suisse si cette derni\u00e8re devait tarder \u00e0 mettre en oeuvre le mod\u00e8le de convention de l&#8217;OCDE. Il importe d&#8217;\u00e9viter une telle situation, car le poids politique de la Suisse sur la sc\u00e8ne internationale n&#8217;a aucun rapport avec l&#8217;importance de sa place financi\u00e8re. Ainsi que l&#8217;a montr\u00e9 le d\u00e9bat sur le secret bancaire, les fondements de la place financi\u00e8re, mais \u00e9galement la Suisse elle-m\u00eame, souffrent d&#8217;une \u00e9norme faiblesse strat\u00e9gique. Il convient de tirer les enseignements des \u00e9v\u00e9nements survenus ces derniers mois: la Suisse doit se montrer plus active sur le plan politique, afin de pouvoir compter sur des alli\u00e9s forts en cas de crise.&#13;<\/p>\n<h2>Faire preuve de clairvoyance strat\u00e9gique<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nIl est faux de r\u00e9duire la place financi\u00e8re \u00e0 un secret bancaire tourn\u00e9 vers le fisc. Ce n&#8217;est pas l&#8217;ensemble de la gestion de fortune priv\u00e9e qui est en jeu. N&#8217;oublions pas que la prestation principale de la place financi\u00e8re suisse est une fonction transversale. C&#8217;est seulement l&#8217;interaction de nombreux intervenants &#8211; experts en investissements, d\u00e9veloppeurs de produits, fiscalistes, juristes, sp\u00e9cialistes en assurances, etc. &#8211; qui permet de cr\u00e9er une qualit\u00e9 particuli\u00e8re, ce fameux \u00abswiss banking\u00bb pour lequel la Suisse voudrait \u00eatre connue dans le monde entier. Voil\u00e0 ce qui fait la force de notre place financi\u00e8re. Il faut continuer \u00e0 promouvoir pr\u00e9cis\u00e9ment ce faisceau d&#8217;acteurs et en faire une strat\u00e9gie. C&#8217;est seulement ainsi que la Suisse parviendra \u00e0 compenser par un nouvel avantage comp\u00e9titif celui qu&#8217;elle a perdu. Cependant, on ne peut ignorer que le comportement des clients traverse un processus de modification, dans lequel l&#8217;abolition du secret bancaire en mati\u00e8re fiscale n&#8217;est que l&#8217;un des nombreux facteurs d&#8217;influence. Les banques suisses devraient se pr\u00e9parer \u00e0 ce changement, afin de pouvoir r\u00e9agir de mani\u00e8re ad\u00e9quate.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1 \u00abTaux de croissance des mod\u00e8les d&#8217;affaires \u00abonshore\u00bb et \u00aboffshore\u00bb\u00bb<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Haut lieu de la gestion de fortune priv\u00e9e, la Suisse va sans doute subir en profondeur les cons\u00e9quences du changement de r\u00e8gles qui s&#8217;est impos\u00e9 dans le domaine de l&#8217;\u00e9change international d&#8217;informations fiscales. Le sc\u00e9nario tablant sur l&#8217;imminence d&#8217;un exode massif de capitaux est invraisemblable. \u00c0 long terme, il s&#8217;agit cependant d&#8217;appliquer une strat\u00e9gie qui [&hellip;]<\/p>","protected":false},"author":3288,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"ep_exclude_from_search":false,"footnotes":""},"post__type":[83],"post_opinion":[],"post_serie":[],"post_content_category":[229],"post_content_subject":[],"acf":{"seco_author":3288,"seco_co_author":null,"author_override":"","seco_author_post_ocupation_year":"","seco_author_post_occupation_de":"Professor f\u00fcr Asset Management, Johannes-Kepler-Universit\u00e4t, Linz","seco_author_post_occupation_fr":"Professeur de gestion d'actifs, universit\u00e9 Johannes Kepler, Linz (Autriche)","seco_co_authors_post_ocupation":null,"short_title":"","post_lead":"","post_hero_image_description":"","post_hero_image_description_copyright_de":"","post_hero_image_description_copyright_fr":"","post_references_literature":"","post_kasten":null,"post_notes_for_print":"","first_teaser_header_de":"","first_teaser_header_fr":"","first_teaser_text_de":"","first_teaser_text_fr":"","second_teaser_header_de":"","second_teaser_header_fr":"","second_teaser_text_de":"","second_teaser_text_fr":"","kseason_de":"","kseason_fr":"","post_in_pdf":152703,"main_focus":null,"serie_email":null,"frontpage_slider_bild":"","artikel_bild-slider":null,"legacy_id":"7986","post_abstract":"","magazine_issue":null,"seco_author_reccomended_post":null,"redaktoren":null,"korrektor":null,"planned_publication_date":null,"original_files":null,"external_release_for_author":"19700101","external_release_for_author_time":"00:00:00","link_for_external_authors":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/exedit\/55a77a7e9d92c"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/152700"}],"collection":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3288"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=152700"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/152700\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":189699,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/152700\/revisions\/189699"}],"acf:user":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3288"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=152700"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post__type","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post__type?post=152700"},{"taxonomy":"post_opinion","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_opinion?post=152700"},{"taxonomy":"post_serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_serie?post=152700"},{"taxonomy":"post_content_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_category?post=152700"},{"taxonomy":"post_content_subject","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_subject?post=152700"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}