{"id":153195,"date":"2008-12-01T12:00:00","date_gmt":"2008-12-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2008\/12\/rohner-8\/"},"modified":"2023-08-24T01:08:24","modified_gmt":"2023-08-23T23:08:24","slug":"rohner-8","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2008\/12\/rohner-8\/","title":{"rendered":"La crise financi\u00e8re et le facteur temps"},"content":{"rendered":"<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/200812_08_Rohner_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"247\" \/>&#13;<\/p>\n<h2>Un retour de balancier<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nNous en avons une fois de plus la confirmation: ce qui, pendant une longue p\u00e9riode, ne fait qu&#8217;\u00e9voluer dans une seule direction (vers le haut) s&#8217;arr\u00eate t\u00f4t ou tard et subit le retour du balancier. Apr\u00e8s le krach boursier de 2000\/2002, on s&#8217;attendait un peu partout \u00e0 une longue \u00e9volution en dents de scie. Le march\u00e9 des actions, stimul\u00e9 essentiellement par la politique de l&#8217;argent bon march\u00e9 des banques centrales, s&#8217;est, toutefois, repris plus t\u00f4t et plus fortement que pr\u00e9vu. La longue phase de faiblesse des taux d&#8217;int\u00e9r\u00eat (voir graphique 1) s&#8217;est traduite par une forte demande de pr\u00eats, que les \u00e9tablissements financiers ont g\u00e9n\u00e9reusement accord\u00e9s. La recherche de meilleurs rendements s&#8217;est, de plus, accompagn\u00e9e d&#8217;une prise de risques plus importante, encourag\u00e9e par une volatilit\u00e9 des march\u00e9s historiquement basse. Les signaux d&#8217;alarme \u00e9taient pr\u00e9sents partout, y compris du c\u00f4t\u00e9 de certains instituts d&#8217;\u00e9mission; ils s&#8217;\u00e9touffaient toutefois sous la bonne ambiance r\u00e9gnante. Ceux qui les actionnaient ont, de leur c\u00f4t\u00e9, \u00e9t\u00e9 surpris par la multiplicit\u00e9 et la violence du choc; m\u00eame ceux qui ont su garder la t\u00eate froide ont \u00e9t\u00e9 le plus souvent emport\u00e9s par les \u00e9v\u00e9nements et parfois par la panique.\u00a0La fin de quinze ann\u00e9es de \u00abboom\u00bb immobilier am\u00e9ricain et l&#8217;accroissement des risques qui en est r\u00e9sult\u00e9 avec l&#8217;affaire des \u00absubprimes\u00bb a conduit le Credit Suisse (CS) \u00e0 r\u00e9duire son exposition \u00e0 partir de novembre 2006. La banque est, toutefois, rest\u00e9e vuln\u00e9rable lorsque la crise a pris de plus fortes proportions et que l&#8217;\u00e9conomie am\u00e9ricaine a amorc\u00e9 un brusque ralentissement. De ce fait, les affaires portant sur des immeubles commerciaux ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 affect\u00e9es. Il en va de m\u00eame pour les op\u00e9rations de financement \u00e0 effet de levier (\u00ableveraged finance\u00bb) en cours d&#8217;ex\u00e9cution et qui se rapportent \u00e0 des reprises de grandes entreprises.&#13;<\/p>\n<h2>Avoir le temps et pouvoir attendre<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa r\u00e9solution du probl\u00e8me soul\u00e8ve une question centrale: qui peut se permettre d&#8217;attendre des temps meilleurs pour sortir du march\u00e9 les actifs dont le prix a fortement baiss\u00e9 et qui sont m\u00eame devenus illiquides? \u00c0 titre d&#8217;exemple, le graphique 2 montre l&#8217;\u00e9volution des cours des valeurs \u00absubprime\u00bb AAA et BBB. Les instituts financiers ne peuvent pas attendre. L&#8217;\u00e9tablissement des comptes, qui s&#8217;est progressivement affin\u00e9 au fil des ans, exige que les positions soient \u00e9valu\u00e9es \u00e0 la valeur la plus proche du march\u00e9, avec comme corollaire imm\u00e9diat des provisions et des pertes correspondantes. Un retour au r\u00e9gime historique des \u00abr\u00e9serves latentes\u00bb n&#8217;est pas imaginable ni d&#8217;ailleurs n\u00e9cessaire. Il convient toutefois de repenser dans un esprit critique le concept, en soi judicieux, de juste valeur (\u00abfair value\u00bb) dans les cas o\u00f9 le march\u00e9 est tr\u00e8s volatile ou illiquide. Les mesures d&#8217;urgence actuelles s&#8217;en sont, cependant, d\u00e9j\u00e0 \u00e9cart\u00e9es ici et l\u00e0.\u00a0De fait, seul l&#8217;\u00c9tat (banque centrale comprise) dispose du temps n\u00e9cessaire. L&#8217;exp\u00e9rience montre en effet que les moyens engag\u00e9s ne sont pas tout simplement perdus ou mis \u00e0 la charge du contribuable. En cas d&#8217;\u00e9volution favorable, il peut m\u00eame en r\u00e9sulter un b\u00e9n\u00e9fice pour l&#8217;\u00c9tat. Un grand danger menace toutefois: celui de l&#8217;al\u00e9a moral, \u00e0 savoir le risque de compter de mani\u00e8re un peu trop irr\u00e9fl\u00e9chie sur l&#8217;intervention de l&#8217;\u00c9tat et de prendre des risques encore plus importants. En cas d&#8217;urgence, il est fondamental que l&#8217;\u00c9tat r\u00e9agisse au bon moment. S&#8217;il lance la bou\u00e9e de sauvetage trop t\u00f4t, il \u00e9met de faux signaux. Si l&#8217;intervention arrive trop tard, c&#8217;est l&#8217;embrasement g\u00e9n\u00e9ral qui menace. Les actions d&#8217;abord isol\u00e9es puis coordonn\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e9chelon mondial sont, au vu de la situation actuelle, intervenues \u00e0 point nomm\u00e9. La gestion de la crise assur\u00e9e par les gouvernements et les banques centrales a permis d&#8217;\u00e9viter le pire. Cependant, le fait que ces instances aient finalement d\u00fb intervenir parce que les march\u00e9s du cr\u00e9dit et des capitaux perdaient pied est d\u00e9j\u00e0 suffisamment grave en soi.&#13;<\/p>\n<h2>Prendre le recul n\u00e9cessaire pour r\u00e9agir<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nOn dit que le temps arrangerait bien les choses, ce qui est certainement vrai. La crise financi\u00e8re actuelle laissera toutefois derri\u00e8re elle des s\u00e9quelles plus profondes et plus durables que les pr\u00e9c\u00e9dentes. Cela se v\u00e9rifiera \u00e0 plus d&#8217;un \u00e9gard, mais surtout en ce qui concerne la r\u00e9glementation et la surveillance du secteur financier. Ici aussi, il est important de prendre les mesures qui s&#8217;imposent avec le recul n\u00e9cessaire, tout en ayant constamment \u00e0 l&#8217;esprit l&#8217;efficacit\u00e9 de la r\u00e9glementation. Dans cette optique, il y a lieu de revoir &#8211; rapidement mais sans pr\u00e9cipitation &#8211; les conditions-cadres l\u00e9gales et de les adapter de mani\u00e8re cibl\u00e9e. Dans ce contexte, les mesures \u00e0 prendre vis-\u00e0-vis de la crise doivent \u00eatre clairement dissoci\u00e9es du r\u00e9agencement \u00abappropri\u00e9\u00bb des r\u00e8gles du jeu. Pour g\u00e9rer la crise, il faut des r\u00e8gles qui endiguent et r\u00e9parent les dommages caus\u00e9s. Quant \u00e0 la nouvelle conception des r\u00e8gles du jeu, il s&#8217;agit de d\u00e9terminer \u00e0 l&#8217;avance comment limiter la probabilit\u00e9 et l&#8217;\u00e9tendue d&#8217;une situation de crise et donc de prendre des mesures pr\u00e9ventives.\u00a0Globalement, la r\u00e9glementation permettra d&#8217;am\u00e9liorer le contr\u00f4le des risques. Elle ne doit, cependant, pas entraver la facult\u00e9 innovatrice et la comp\u00e9titivit\u00e9 des banques, donc de la place financi\u00e8re. Il existe, en outre, un principe qui n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 autant d&#8217;actualit\u00e9: il n&#8217;y a pas de solution unique; ce qui est identique doit \u00eatre r\u00e9glement\u00e9 de mani\u00e8re identique et ce qui est diff\u00e9rent doit l&#8217;\u00eatre de mani\u00e8re diff\u00e9renci\u00e9e. Il faut \u00e9galement davantage veiller \u00e0 ce que les lignes directrices soient harmonis\u00e9es au niveau international. Il s&#8217;agit l\u00e0 d&#8217;une pr\u00e9occupation majeure pour le Credit Suisse. L&#8217;autor\u00e9gulation doit, par ailleurs, continuer d&#8217;occuper une place importante. Les banques elles-m\u00eames sont contraintes d&#8217;am\u00e9liorer leur gestion des risques. Il faut, par exemple, que les risques inh\u00e9rents aux affaires conclues soient \u00e9valu\u00e9s de fa\u00e7on ad\u00e9quate et que les mod\u00e8les de risque soient contr\u00f4l\u00e9s de mani\u00e8re plus intensive quant \u00e0 leur exactitude, \u00e0 l&#8217;aide de sc\u00e9narios de stress. Les banques doivent, en outre, repenser leurs syst\u00e8mes d&#8217;incitation &#8211; cette r\u00e9flexion vaut aussi pour l&#8217;innovation financi\u00e8re &#8211; et les adapter lorsque cela est indiqu\u00e9.&#13;<\/p>\n<h2>Le moment de modifier les strat\u00e9gies?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe moment est venu pour nombre d&#8217;\u00e9tablissements financiers de modifier leur strat\u00e9gie. Cela concerne surtout les banques actives au plan international, voire global. Apr\u00e8s la conversion de Goldman Sachs et de Morgan Stanley en banques universelles, le mod\u00e8le de la banque d&#8217;investissement classique n&#8217;existe plus. La banque universelle rena\u00eet, d&#8217;une part, avec une capacit\u00e9 financi\u00e8re renforc\u00e9e et, d&#8217;autre part, avec une base de refinancement plus large: les avoirs de la client\u00e8le repr\u00e9sentent un avantage autrement plus solide que le march\u00e9 interbancaire. Cela ne signifie pas pour autant que la banque d&#8217;investissement ne soit plus n\u00e9cessaire. L&#8217;emprise de la crise financi\u00e8re actuelle rec\u00e8le la menace d&#8217;une stigmatisation effective &#8211; et vou\u00e9e \u00e0 l&#8217;\u00e9chec &#8211; de ce domaine d&#8217;affaires tout entier. Si l&#8217;on se livre \u00e0 une analyse approfondie, l&#8217;origine de l&#8217;incendie peut \u00eatre localis\u00e9 de mani\u00e8re assez pr\u00e9cise dans certains segments sp\u00e9cifiques de la banque d&#8217;investissement. Or, celle-ci se compose de multiples facettes et est d&#8217;un apport essentiel au fonctionnement des march\u00e9s des capitaux et des \u00e9conomies nationales, comme c&#8217;est le cas pour la Suisse.\u00a0Il convient d&#8217;utiliser les multiples prestations de la banque d&#8217;investissement de mani\u00e8re cibl\u00e9e et dans un complexe plus g\u00e9n\u00e9ral. Le Credit Suisse a franchi le pas vers la banque int\u00e9gr\u00e9e il y a d\u00e9j\u00e0 trois ans. Les synergies r\u00e9alis\u00e9es sont importantes. L&#8217;id\u00e9e n&#8217;est cependant pas de simplement \u00abamortir\u00bb la volatilit\u00e9 des affaires trait\u00e9es par la banque d&#8217;investissement en faisant appel aux autres unit\u00e9s. Le but doit \u00eatre de rendre cette institution moins volatile. Cela r\u00e9ussira lorsqu&#8217;elle sera moins ax\u00e9e sur les affaires pour compte propre et qu&#8217;elle servira principalement les besoins croissants de la client\u00e8le de la banque globale. Le segment des \u00abUltra High Net Worth Individuals\u00bb dans les nouveaux espaces \u00e9conomiques prend ici une importance particuli\u00e8re. M\u00eame apr\u00e8s les revers subis sur les march\u00e9s financiers, les besoins de ces particuliers tr\u00e8s ais\u00e9s &#8211; le plus souvent des entrepreneurs ind\u00e9pendants ou des personnes d\u00e9tenant une participation dans des entreprises &#8211; demeurent extr\u00eamement sp\u00e9cifiques, complexes et globaux. Le conseil global qui, en plus de la gestion de fortune proprement dite, comprend \u00e9galement les questions successorales, immobili\u00e8res et fiscales, devient de plus en plus la norme. En impliquant la banque d&#8217;investissement, nous pouvons vraiment leur proposer des solutions globales.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes mois et les ann\u00e9es \u00e0 venir diront si la crise financi\u00e8re actuelle a effectivement sonn\u00e9 le d\u00e9but d&#8217;une nouvelle \u00e8re. Je pense que c&#8217;est le cas, m\u00eame pour les banques qui traitent principalement des affaires de port\u00e9e nationale. R\u00e9ussir \u00e0 se trouver \u00e0 l&#8217;interface avec la client\u00e8le est certes d\u00e9cisif, mais ne suffit pas \u00e0 long terme. Il devient en effet de plus en plus important d&#8217;organiser le traitement int\u00e9gral de la cha\u00eene de valeur ajout\u00e9e &#8211; y compris la technologie de l&#8217;information et pour ainsi dire en arri\u00e8re-plan &#8211; de mani\u00e8re rentable et de concert avec des partenaires.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1 \u00abTentation forte: des taux bas et une faible volatilit\u00e9\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2 \u00abChute des prix sur les titres \u00absubprime\u00bb (MBS)\u00bb<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#13; Un retour de balancier &#13; Nous en avons une fois de plus la confirmation: ce qui, pendant une longue p\u00e9riode, ne fait qu&#8217;\u00e9voluer dans une seule direction (vers le haut) s&#8217;arr\u00eate t\u00f4t ou tard et subit le retour du balancier. 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Les causes en sont largement connues, les cons\u00e9quences sont complexes et leur \u00e9tendue ne peut pas encore \u00eatre d\u00e9finitivement appr\u00e9hend\u00e9e. Tous les acteurs se sont enrichis d'exp\u00e9riences incitant \u00e0 la r\u00e9flexion. M\u00eame si la crise est \u00e0 moiti\u00e9 r\u00e9solue, les diff\u00e9rents aspects de son \u00e9volution historique m\u00e9ritent qu'on y jette un regard. 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