{"id":153200,"date":"2008-12-01T12:00:00","date_gmt":"2008-12-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2008\/12\/sjaeggi-2\/"},"modified":"2023-08-24T01:08:46","modified_gmt":"2023-08-23T23:08:46","slug":"sjaeggi-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2008\/12\/sjaeggi-2\/","title":{"rendered":"Effets de la crise financi\u00e8re sur les \u00e9conomies nationales"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n\u00c9valuer les cons\u00e9quences de la crise financi\u00e8re actuelle sur les \u00e9conomies nationales n&#8217;est pas une entreprise ais\u00e9e. Cela tient d&#8217;une part \u00e0 ce que cette crise dure encore; d&#8217;autre part, ses effets sont complexes et peuvent se r\u00e9percuter sur l&#8217;\u00e9conomie r\u00e9elle par diff\u00e9rentes voies. En outre, il semble possible que ce choc momentan\u00e9 n&#8217;appelle pas seulement de nouvelles r\u00e9glementations \u00e9tatiques, mais qu&#8217;il affecte aussi l&#8217;activit\u00e9 future des \u00e9tablissements financiers et provoque une mutation structurelle. On peut penser ici \u00e0 une consolidation du secteur et, en particulier, \u00e0 des changements dans la gestion des risques et la gouvernance des banques, ce qui pourrait avoir \u00e0 son tour des r\u00e9percussions \u00e0 long terme sur les \u00e9conomies nationales. \u00a0 \u00c0 moyen terme, un renforcement de la r\u00e9glementation peut aussi engendrer des co\u00fbts au niveau de l&#8217;\u00e9conomie r\u00e9elle. La plupart des \u00e9conomistes ne discutent pas le fait que les interm\u00e9diaires financiers doivent \u00eatre soumis \u00e0 r\u00e9glementations. Ces derni\u00e8res peuvent toutefois avoir un prix. Il est, par exemple, concevable que des prescriptions plus s\u00e9v\u00e8res en mati\u00e8re de fonds propres produisent un choc analogue \u00e0 une politique mon\u00e9taire restrictive et ass\u00e8chent \u00e9ventuellement l&#8217;offre de cr\u00e9dit. Comme les changements possibles ne sont pas encore suffisamment pr\u00e9visibles, l&#8217;analyse se concentre sur les voies de transmission manifestes de la crise financi\u00e8re, celles qui permettent \u00e0 notre avis une contagion de la conjoncture par les march\u00e9s financiers. En raison, toutefois, de l&#8217;incertitude g\u00e9n\u00e9rale actuelle, nous renon\u00e7ons \u00e0 chiffrer ces effets \u00e9ventuels. \u00a0 Les tassements de l&#8217;\u00e9conomie n&#8217;ont en eux-m\u00eames rien d&#8217;exceptionnel. Depuis toujours, les phases d&#8217;expansion et de contraction de la conjoncture se sont succ\u00e9d\u00e9 sous forme de cycles plus ou moins r\u00e9guliers. Du point de vue th\u00e9orique, il n&#8217;est donc gu\u00e8re surprenant que plusieurs \u00e9conomies nationales doivent affronter une accalmie, apr\u00e8s les ann\u00e9es 2004-2007, marqu\u00e9es par un fort essor conjoncturel. Depuis quelques trimestres d\u00e9j\u00e0, divers pronostiqueurs tablaient sur un ralentissement de l&#8217;\u00e9conomie en 2008-2010. Dans quelques ann\u00e9es, ce sera sans doute une gageure pour les \u00e9conomistes de distinguer r\u00e9trospectivement l&#8217;\u00e9volution intrins\u00e8que de la conjoncture des effets de la crise financi\u00e8re.&#13;<\/p>\n<h2>Analyse des voies de transmission<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDans notre analyse, nous distinguons entre effets directs et indirects de la transmission. Les effets directs , pr\u00e9sent\u00e9s dans la premi\u00e8re partie, comprennent non seulement l&#8217;insolvabilit\u00e9 de quelques \u00e9tablissements financiers, mais aussi l&#8217;impact sur la valeur ajout\u00e9e des banques. Les effets indi.rects sont plus complexes. Ils concernent le resserrement possible du cr\u00e9dit, les effets patrimoniaux, les attentes et les r\u00e9percussions internationales. La seconde partie de l&#8217;analyse propose une discussion sur ces voies de transmission L&#8217;effet de la crise sur les recettes fiscales n&#8217;est pas abord\u00e9 ici..&#13;<\/p>\n<h3>Effets directs: insolvabilit\u00e9, risque syst\u00e9miqu e &#8230;<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nCes derniers mois, la crise financi\u00e8re a contraint toute une s\u00e9rie de banques \u00e0 affronter de s\u00e9rieuses difficult\u00e9s. Si l&#8217;on veut mesurer ses effets sur les \u00e9conomies nationales, il faut donc vouer la plus grande attention \u00e0 l&#8217;insolvabilit\u00e9 \u00e9ventuelle d&#8217;une banque et aux risques que celle-ci fait peser sur la stabilit\u00e9 du syst\u00e8me financier. La chute d&#8217;une petite banque suisse aurait des cons\u00e9quences sans doute limit\u00e9es, quoique regrettables; l&#8217;insolvabilit\u00e9 d&#8217;une grande banque serait d\u00e9sastreuse pour l&#8217;ensemble de l&#8217;\u00e9conomie nationale. Les grandes banques fournissent, en effet, la majeure partie de la valeur ajout\u00e9e du secteur; plus important encore, l&#8217;insolvabilit\u00e9 de l&#8217;une d&#8217;elles pr\u00e9cipiterait tout le syst\u00e8me financier suisse dans une forte tourmente, \u00e9tant donn\u00e9 l&#8217;interd\u00e9pendance des \u00e9tablissements bancaires. Un effondrement aurait sans doute des s\u00e9quelles douloureuses pour toute l&#8217;\u00e9conomie et durerait des ann\u00e9es. Le train de mesures d\u00e9cid\u00e9es pour stabiliser le syst\u00e8me financier suisse indique bien que la Conf\u00e9d\u00e9ration et la Banque nationale consid\u00e9rent un tel \u00e9v\u00e9nement comme trop grave pour que l&#8217;effondrement d&#8217;une grande banque puisse \u00eatre tol\u00e9r\u00e9.&#13;<\/p>\n<h3>&#8230; et valeur ajout\u00e9e des banques<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nComme on l&#8217;a d\u00e9j\u00e0 rappel\u00e9, le secteur financier occupe, dans le produit int\u00e9rieur brut (PIB) suisse, une place sup\u00e9rieure \u00e0 ce qu&#8217;elle est dans les autres pays europ\u00e9ens. En 2007, les interm\u00e9diaires financiers repr\u00e9sentaient 8,2% du PIB (prix courants). Si l&#8217;on con-sid\u00e8re le secteur financier consolid\u00e9 (banques et assurances), cette part monte m\u00eame \u00e0 11,5% de la valeur ajout\u00e9e totale. Ce montant est tout \u00e0 fait respectable, puisque seule l&#8217;\u00e9conomie luxembourgeoise conna\u00eet un secteur financier plus important (voir graphique 1 ). On peut donc admettre qu&#8217;en Suisse, les effets directs de la crise financi\u00e8re auront un impact plus important sur l &#8216; ensemble de la valeur ajout\u00e9e que dans d&#8217;autres pays europ\u00e9ens. \u00a0 Selon la terminologie en vigueur dans les comptes des \u00e9conomies nationales, les banques ont deux possibilit\u00e9s de cr\u00e9er de la valeur ajout\u00e9e: les op\u00e9rations classiques d&#8217;int\u00e9r\u00eats et les op\u00e9rations de commissions. Pour simplifier, disons que les premi\u00e8res cr\u00e9ent de la valeur ajout\u00e9e en jouant sur la diff\u00e9rence entre les int\u00e9r\u00eats vers\u00e9s et per\u00e7us. La valeur ajout\u00e9e des op\u00e9rations de commissions provient, elle, des \u00e9moluments per\u00e7us pour les divers services rendus &#8211; courtage, gestion de fortune, de fonds ou de d\u00e9p\u00f4ts. L&#8217;\u00e9volution de ces deux composantes en Suisse est pr\u00e9sent\u00e9e dans le graphique 2 . \u00a0 Alors qu&#8217;on ne constatait pas encore d&#8217;affaiblissement dans les op\u00e9rations r\u00e9mun\u00e9-r\u00e9es par les diff\u00e9rentiels des taux d&#8217;int\u00e9r\u00eat durant l&#8217;ann\u00e9e en cours, on a pu observer d\u00e8s les deux premiers trimestres de 2008 un tassement de la valeur ajout\u00e9e dans les op\u00e9rations de commissions. \u00c0 court terme, il est pr\u00e9visible que la crise financi\u00e8re freinera le recours aux services bancaires payants, ce qui aura un impact n\u00e9gatif sur les op\u00e9rations de commissions, et donc sur la valeur ajout\u00e9e.&#13;<\/p>\n<h3>Effets indirects: cr\u00e9dits&#8230;<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLe syst\u00e8me financier sert en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 ce que les bailleurs de capitaux puissent placer leurs fonds de mani\u00e8re rentable et les demandeurs financer leurs d\u00e9penses. \u00c9tant donn\u00e9 les diverses imperfections du march\u00e9, ce sont les interm\u00e9diaires financiers &#8211; surtout en Europe continentale &#8211; qui se chargent des op\u00e9rations Pour plus d&#8217;informations sur les syst\u00e8mes financiers, voir Hellwig (2000). . \u00a0 Financer des investissements n\u00e9cessite souvent des montants importants, qui ne peuvent \u00eatre couverts exclusivement par les fonds propres de l&#8217;\u00e9tablissement. C&#8217;est pourquoi tant d&#8217;entreprises d\u00e9pendent de l&#8217;efficacit\u00e9 des politiques de cr\u00e9dit bancaire. L&#8217;asym\u00e9trie de l&#8217;information emp\u00eache les march\u00e9s du cr\u00e9dit d&#8217;\u00eatre parfaits; il imcombe donc aux interm\u00e9diaires financiers de corriger ce d\u00e9s\u00e9quilibre en r\u00e9coltant des informations sur les entreprises et en les \u00e9valuant. Il peut s&#8217;agir d&#8217;informations sur la dotation en fonds propres ou sur les flux de tr\u00e9sorerie escompt\u00e9s. Du fait de la structure de leurs bilans (compos\u00e9s g\u00e9n\u00e9ralement de capital \u00e9tranger \u00e0 court terme, comme les comptes courants, et d&#8217;actifs \u00e0 long terme, comme les cr\u00e9dits hypoth\u00e9caires), les banques sont sensibles aux retraits simultan\u00e9s effectu\u00e9s par plusieurs clients. Dans le pire des cas, une entreprise ne peut rassembler dans l&#8217;imm\u00e9diat suffisamment de liquidit\u00e9s pour honorer tous ses clients. Comme l&#8217;ont montr\u00e9 les turbulences actuelles, les banques cherchent en cas de crise \u00e0 se procurer davantage de liquidit\u00e9s, par peur d&#8217;une panique bancaire On parle de panique bancaire quand plusieurs d\u00e9posants retirent simultan\u00e9ment leurs placements dans une banque. Du fait de la transformation des d\u00e9lais dans le bilan, cette ru\u00e9e peut entra\u00eener l&#8217;insolvabilit\u00e9, m\u00eame si la banque &#8211; dans le meilleur des cas &#8211; fait encore des b\u00e9n\u00e9fices. Voir aussi Freixas et Rochet (1998). , afin d&#8217;\u00eatre en mesure d&#8217;honorer leurs engagements. \u00a0 On peut encore argumenter que dans une telle situation, les co\u00fbts de l&#8217;interm\u00e9diation augmentent g\u00e9n\u00e9ralement et que les banques exigent une prime sup\u00e9rieure pour leurs services On trouvera une argumentation plus compl\u00e8te, bas\u00e9e sur le cas de la Grande D\u00e9pression, chez Bernanke (1983). . Cela peut aboutir \u00e0 une hausse des taux d&#8217;int\u00e9r\u00eat et \u00e0 un resserrement du cr\u00e9dit. Pendant une crise, m\u00eame les clients solvables ne savent plus o\u00f9 se tourner et nombreuses sont les entreprises qui se voient fermer l&#8217;acc\u00e8s habituel aux capitaux \u00e9trangers. Cela n&#8217;affecte pas seulement leurs investissements \u00e9ventuels, mais paralyse l&#8217;ensemble de leurs affaires. Si plusieurs entreprises sont touch\u00e9es de la sorte, il est probable que la conjoncture en p\u00e2tira. \u00a0 Il n &#8216; y avait pas encore de signes tangibles d&#8217;un resserrement du cr\u00e9dit \u00e0 la mi-novembre 2008. Si quelques \u00e9tablissements \u00e9tatsuniens restreignent leur offre depuis le d\u00e9but de l&#8217;ann\u00e9e, rien de tel ne semble appara\u00eetre en Suisse et dans la plupart des autres pays europ\u00e9ens.&#13;<\/p>\n<h3>&#8230; effets patrimoniaux<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nCes dix derni\u00e8res ann\u00e9es, les effets patrimoniaux &#8211; un facteur d&#8217;influence potentiel sur la demande globale &#8211; sont pass\u00e9s graduellement au centre de l&#8217;attention. Ils d\u00e9rivent des fluctuations des march\u00e9s financiers, qui obligent \u00e0 modifier l&#8217;\u00e9valuation des actifs. Ainsi, les hauts et les bas du cours des actions d\u00e9terminent le montant de la fortune en actions, les variations du taux d&#8217;int\u00e9r\u00eat se r\u00e9percutent sur la valeur des titres et celles des taux de change la valeur des placements en monnaie \u00e9trang\u00e8re. Enfin, comme on l&#8217;a, en particulier, vu ces derni\u00e8res ann\u00e9es aux \u00c9tats-Unis, les prix de l&#8217;immobilier peuvent aussi varier fortement en un temps relativement bref. \u00a0 Les effets patrimoniaux peuvent d\u00e9clencher des adaptations dans les d\u00e9penses nationales de consommation et d&#8217;investissement. Or, \u00e9tant donn\u00e9 le volume en jeu, ils atteignent souvent des proportions consid\u00e9rables. Il est en revanche difficile d&#8217;en chiffrer les cons\u00e9quences sur la consommation. Il est probable, par exemple, que les effets patrimoniaux auront plus d&#8217;impact aux \u00c9tats-Unis qu&#8217;en Suisse; la d\u00e9r\u00e9gulation du syst\u00e8me financier y est plus prononc\u00e9e, sans parler des exc\u00e8s sur le march\u00e9 immobilier Pour un bon aper\u00e7u de la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, voir Seco (2008b). .&#13;<\/p>\n<h3>&#8230; attentes<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nUn autre facteur susceptible d &#8216; affecter l&#8217;\u00e9conomie r\u00e9elle est souvent cit\u00e9: l &#8216; \u00e9volution des acteurs du march\u00e9 dans leurs attentes. Dans la th\u00e9orie \u00e9conomique n\u00e9oclassique, ces r\u00e9actions, qui semblent souvent irrationnelles, ne jouent pas de r\u00f4le important par rapport \u00e0 l&#8217;analyse de la conjoncture. Il n&#8217;en reste pas moins que l&#8217;on peut observer des changements d&#8217;humeur chez les acteurs du march\u00e9, qui anticipent souvent l&#8217;\u00e9volution de l&#8217;activit\u00e9 macro\u00e9conomique. \u00a0 La litt\u00e9rature th\u00e9orique pr\u00e9sente deux explications. La plus largement repr\u00e9sent\u00e9e, qui remonte \u00e0 John Maynard Keynes, est celle de l&#8217; instinct Pour une incorporation technique dans la th\u00e9orie n\u00e9oclassique, voir, par exemple, Farmer et Guo (1992). . Dans cette hypoth\u00e8se, les fluctuations de l&#8217;activit\u00e9 macro\u00e9conomique sont dues \u00e0 des vagues d&#8217;optimisme et de pessimisme. La seconde hypoth\u00e8se invoque l&#8217; irr\u00e9versibilit\u00e9 des investissements: si l&#8217;avenir est jug\u00e9 plus incertain, il est concevable que les entreprises suspendent leurs investissements, voire y renoncent tout \u00e0 fait Pour l&#8217;explication formelle de cet effet, voir Bernanke (1983). . En cons\u00e9quence, les capacit\u00e9s ne sont pas d\u00e9velopp\u00e9es, la croissance de la production est \u00e9trangl\u00e9e, on engage moins de personnel qu&#8217;escompt\u00e9 et on repousse \u00e9ventuellement aussi des d\u00e9penses de consommation. \u00a0 Le probl\u00e8me, en analyse conjoncturelle, est que les attentes et les humeurs sont des facteurs \u00abmous\u00bb difficiles \u00e0 mesurer. On s&#8217;efforce alors en g\u00e9n\u00e9ral de les \u00e9valuer en proc\u00e9dant \u00e0 des sondages sur l&#8217;\u00e9volution escompt\u00e9e des affaires ou sur la situation \u00e9conomique, puis en agr\u00e9geant ces r\u00e9ponses. Pour l&#8217;interpr\u00e9tation, l&#8217;analyste renonce souvent \u00e0 la th\u00e9orie sous-jacente &#8211; ne serait-ce qu&#8217;en raison des difficult\u00e9s inh\u00e9rentes \u00e0 de tels sondages &#8211; et argumente de fa\u00e7on relativement pragmatique, en invoquant des notions telles que \u00abcorr\u00e9lation\u00bb, \u00abant\u00e9c\u00e9dent\u00bb et \u00abprocyclicit\u00e9\u00bb. \u00a0 On peut constater que, dans plusieurs pays, les indicateurs du moral des consommateurs se pr\u00eatent plut\u00f4t mal \u00e0 la r\u00e9colte d&#8217;informations sur la situation macro\u00e9conomique en 2008. Il vaut mieux se servir ici des indicateurs sur le climat des affaires Voir Santero et Westerlund (1996). . On ne sera pas surpris d&#8217;apprendre que, face \u00e0 la crise financi\u00e8re actuelle, de nombreux indicateurs de climat &#8211; y compris en Suisse &#8211; refl\u00e8tent depuis septembre 2008 une estimation nettement plus pessimiste du futur. Le graphique 3 compare par exemple l&#8217;indice des directeurs d&#8217;achats avec les variations du PIB suisse r\u00e9el.&#13;<\/p>\n<h3>&#8230; et demande internationale<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nSur le plan \u00e9conomique, la Suisse est tr\u00e8s fortement li\u00e9e \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger; c&#8217;est pourquoi sa conjoncture d\u00e9pend aussi de l&#8217;\u00e9volution de ses principaux partenaires. Un fl\u00e9chissement de croissance dans l&#8217;\u00e9conomie mondiale peut r\u00e9duire la demande \u00e9trang\u00e8re et entra\u00eener du m\u00eame coup un recul des exportations. Bien que nos exportations vers les pays \u00e9mergents aient augment\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, les grands \u00c9tats industrialis\u00e9s, comme l&#8217;Allemagne (21% de toutes les exportations suisses), les \u00c9tats-Unis, l&#8217;Italie et la France (9% chacun) ainsi que la Grande-Bretagne (5%), demeurent nos premiers partenaires. Si ceux-ci devaient subir un fort tassement \u00e9conomique, il faudrait certainement tabler sur une diminution des exportations. En outre, comme plusieurs pays \u00e9mergents &#8211; la Chine, par exemple &#8211; exportent une grande partie de leur production aux \u00c9tats-Unis, cela pourrait aussi signifier indirectement un tassement des exportations suisses vers ces pays. Pour toutes ces raisons, il faut admettre que la conjoncture suisse n&#8217;est pas \u00e0 l&#8217;abri des fluctuations \u00e9conomiques de ses grands partenaires commerciaux Une \u00e9tude du SECO arrive \u00e0 la m\u00eame conclusion; voir Seco (2008a). . \u00a0 On argumente encore souvent qu&#8217;en cas de crise, le franc suisse sert de refuge s\u00fbr aux investisseurs du monde entier. Ces derniers mois, la demande croissante en franc suisse a entra\u00een\u00e9 son appr\u00e9ciation, en particulier vis-\u00e0-vis de l&#8217;euro. Cela pourrait avoir un effet n\u00e9gatif sur la comp\u00e9titivit\u00e9 des exportations suisses, tout en stimulant la consommation de biens import\u00e9s.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes voies de transmission d\u00e9crites plus haut sont complexes et souvent difficiles \u00e0 chiffrer. Il est \u00e9vident que, d\u00e8s le premier semestre 2008, la valeur ajout\u00e9e du secteur financier s&#8217;est r\u00e9duite; cette tendance devrait se poursuivre. Il est \u00e9galement indubitable que, du fait de sa forte int\u00e9gration internationale, l&#8217;\u00e9conomie suisse ne pourra pas \u00e9chapper \u00e0 un tassement mondial de la conjoncture. Les exportateurs, en particulier, devraient souffrir du recul des commandes et du resserrement concomitant de la production. Enfin, les indicateurs de climat annoncent une baisse de la croissance \u00e9conomique en Suisse et \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger. \u00a0 Dans quelle mesure les interm\u00e9diaires financiers suisses vont-ils modifier leur politique des cr\u00e9dits? Voil\u00e0 une question dont la r\u00e9ponse, en revanche, n&#8217;est pas claire. Resserrer l&#8217;offre de cr\u00e9dit entraverait les investissements et aggraverait encore l&#8217;\u00e9volution de la conjoncture. L&#8217;\u00e9tendue des effets patrimoniaux n&#8217;est pas non plus d\u00e9termin\u00e9e. La litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e permet de conclure qu&#8217;en Suisse, leur impact n\u00e9gatif devrait rester limit\u00e9.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1 \u00abValeur ajout\u00e9e du secteur financier dans le PIB: comparaison internationale, 2007\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2 \u00ab\u00c9volution de la valeur ajout\u00e9e des interm\u00e9diaires financiers en Suisse\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 3 \u00abVariation du PIB r\u00e9el par rapport \u00e0 l&#8217;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente et \u00e9volution de l&#8217;indice suisse des directeurs d&#8217;achats (PMI), 2000-2008\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Bibliographie &#8211; Bernanke Ben S., \u00abNonmonetary Effects of the Financial Crisis in Propagation of the Great Depression\u00bb, American Economic Review, vol. 73, n\u00b0 3, 1983.- Bernanke Ben S., \u00abIrreversibility, Uncertainty, and Cyclical Investment\u00bb, The Quarterly Journal of Economics, vol. 98, n\u00b0 1, 1983, pp. 85-106.- Dewatripont Mathias et Tirole Jean, The Prudential Regulation of Banks, MIT Press, Cambridge, Massachusetts, 1999.- Farmer Roger E. A. et Guo Jang Ting, Real Business Cycles and the Animal Spirits Hypothesis, UCLA Department of Economics Working Paper n\u00b0 680, 1992.- Freixas Xavier et Rochet Jean-Charles, Micro-economics of Banking, MIT Press, Cambridge, Massachusetts, 1998.- Hellwig Martin, \u00abDie volkswirtschaftliche Bedeutung des Finanzsystems\u00bb, dans Obst Georg et Hintner Otto, Geld-, Bank- und B\u00f6rsenwesen, sous la direction de J\u00fcrgen von Hagen et Johann Heinrich von Stein, 40e \u00e9d., Sch\u00e4ffer-Poeschel Verlag, Stuttgart, 2000.- Modigliani Franco et Miller Merton, \u00abThe Cost of Capital, Corporation Finance and the Theory of Investment\u00bb, American Economic Review, juin 1958.- Santero Teresa et Westerlund Niels, Confidence Indicators and their Relationship to Changes in Economic Activity, OECD Economics Department Working Papers n\u00b0 170, 1996.- Schwert William G., Business Cycles, Financial Crises and Stock Volatility, NBER Working Paper n\u00b0 2957, 1989.- SECO, \u00abRisque de r\u00e9cession aux \u00c9tats-Unis et d\u00e9couplage \u00e9ventuel des conjonctures europ\u00e9ennes et suisse, un point de vue\u00bb, Tendances conjoncturelles (printemps 2008), SECO, 2008a.- SECO, \u00abEffets de richesse et d\u00e9cisions de consommation, un survol de la litt\u00e9rature et quelques r\u00e9flexions int\u00e9ressant la Suisse\u00bb, Tendances conjoncturelles (\u00e9t\u00e9 2008), SECO, 2008b.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp;&#13; &#13; \u00c9valuer les cons\u00e9quences de la crise financi\u00e8re actuelle sur les \u00e9conomies nationales n&#8217;est pas une entreprise ais\u00e9e. 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On peut, d\u00e8s lors, se demander quels seront ses effets sur la conjoncture suisse. Le pr\u00e9sent article analyse les principales voies de transmission entre les march\u00e9s financiers et l'\u00e9conomie r\u00e9elle. Bien que les r\u00e9percussions soient difficiles \u00e0 chiffrer, on peut admettre que l'\u00e9conomie suisse, fortement imbriqu\u00e9e dans l'\u00e9conomie internationale, ne restera pas \u00e0 l'abri d'un tassement mondial. D'autre part, un resserrement de l'offre de cr\u00e9dit \u00e9tranglerait un peu plus la conjoncture.","post_hero_image_description":"","post_hero_image_description_copyright_de":"","post_hero_image_description_copyright_fr":"","post_references_literature":"","post_kasten":null,"post_notes_for_print":"","first_teaser_header_de":"","first_teaser_header_fr":"","first_teaser_text_de":"","first_teaser_text_fr":"","second_teaser_header_de":"","second_teaser_header_fr":"","second_teaser_text_de":"","second_teaser_text_fr":"","kseason_de":"","kseason_fr":"","post_in_pdf":153203,"main_focus":null,"serie_email":null,"frontpage_slider_bild":"","artikel_bild-slider":null,"legacy_id":"8984","post_abstract":"","magazine_issue":null,"seco_author_reccomended_post":null,"redaktoren":null,"korrektor":null,"planned_publication_date":null,"original_files":null,"external_release_for_author":"19700101","external_release_for_author_time":"00:00:00","link_for_external_authors":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/exedit\/55b08bb43882a"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/153200"}],"collection":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3072"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=153200"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/153200\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":189809,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/153200\/revisions\/189809"}],"acf:user":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3072"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=153200"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post__type","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post__type?post=153200"},{"taxonomy":"post_opinion","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_opinion?post=153200"},{"taxonomy":"post_serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_serie?post=153200"},{"taxonomy":"post_content_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_category?post=153200"},{"taxonomy":"post_content_subject","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_subject?post=153200"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}