{"id":153410,"date":"2008-10-01T12:00:00","date_gmt":"2008-10-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2008\/10\/strahm-4\/"},"modified":"2023-08-24T01:10:04","modified_gmt":"2023-08-23T23:10:04","slug":"strahm-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2008\/10\/strahm-4\/","title":{"rendered":"La formation professionnelle en ligne de mire: un entretien avec Stefan Wolter et Rudolf Strahm"},"content":{"rendered":"<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/200810_15_Strahm_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"246\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa Vie \u00e9conomique: M. Strahm, vous avez publi\u00e9 cette ann\u00e9e un ouvrage intitul\u00e9 Warum wir so reich sind (\u00abPourquoi nous sommes si riches\u00bb), qui soutient que notre bien-\u00eatre trouve sa source principale dans le syst\u00e8me dual de formation professionnelle. Qu&#8217;est-ce qui vous permet une telle affirmation?\u00a0Rudolf Strahm: Mon analyse r\u00e9v\u00e8le que tous les facteurs qui contribuent \u00e0 la richesse de notre pays ont un lien direct avec la formation professionnelle. Je pense ici au niveau \u00e9lev\u00e9 de la productivit\u00e9, aux co\u00fbts salariaux unitaires relativement favorables et \u00e0 la grande qualit\u00e9 du travail. Si l&#8217;on se r\u00e9f\u00e8re uniquement \u00e0 la th\u00e9orie \u00e9conomique, la Suisse ne devrait pas \u00eatre comp\u00e9titive sur le plan international, en raison justement de ses salaires \u00e9lev\u00e9s. Toutefois, comme notre formation professionnelle nous permet de proposer des solutions sur mesure, une qualit\u00e9 pouss\u00e9e et des produits de niche, nous pouvons exiger des prix sup\u00e9rieurs pour nos produits et les exporter avec succ\u00e8s. La comp\u00e9titivit\u00e9 de notre \u00e9conomie provient beaucoup plus de notre formation professionnelle que de nos fili\u00e8res acad\u00e9miques, tout comme la qualit\u00e9 typiquement suisse de notre travail, si d\u00e9cisive pour l&#8217;exportation. Enfin, la formation duale contribue fortement \u00e0 l&#8217;employabilit\u00e9 des apprentis et \u00e0 la faiblesse du ch\u00f4mage en Suisse. Elle permet d&#8217;int\u00e9grer tr\u00e8s t\u00f4t les plus faibles dans l&#8217;exercice d&#8217;un m\u00e9tier, ce qui est primordial en politique sociale.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: M. Wolter, l&#8217;\u00e9tude scientifique et \u00e9conomique de la formation fournit-elle des r\u00e9sultats fond\u00e9s qui prouvent ou remettent en cause les atouts mentionn\u00e9s de la formation professionnelle?\u00a0Stefan C. Wolter: Chaque pays a un syst\u00e8me diff\u00e9rent de formation duale ou de formation compl\u00e8te en \u00e9cole professionnelle. Les comparaisons ne sont donc gu\u00e8re possibles. C&#8217;est pourquoi il n&#8217;existe pratiquement pas de r\u00e9sultats fond\u00e9s scientifiquement qui mettent en avant les avantages \u00e9conomiques de l&#8217;un ou de l&#8217;autre.\u00a0Depuis quelque temps, cependant, on dispose d&#8217;une \u00e9tude tr\u00e8s int\u00e9ressante et scientifiquement valable sur les effets des deux syst\u00e8mes en Roumanie. Apr\u00e8s la fin du communisme, soit au d\u00e9but des ann\u00e9es nonante, ce pays a op\u00e9r\u00e9 un changement radical et a remplac\u00e9 la formation duale par une formation en \u00e9cole professionnelle \u00e0 plein temps (Epat). Deux chercheurs \u00e9tasuniens ont \u00e9tudi\u00e9 les effets de l&#8217;une et de l&#8217;autre et sont arriv\u00e9s aux conclusions suivantes: dans les m\u00e9tiers couverts habituellement par la formation duale, on trouve moins de dipl\u00f4m\u00e9s Epat; en termes d&#8217;employabilit\u00e9 et de salaire, ces derniers ne pr\u00e9sentent pas le moindre avantage. D&#8217;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, nous savons en revanche que l&#8217;int\u00e9gration au march\u00e9 du travail est plus simple pour les jeunes ayant suivi la formation duale, ce qui a l&#8217;avantage d&#8217;un faible ch\u00f4mage des jeunes. La formation duale a toutefois pour inconv\u00e9nient qu&#8217;un nombre nettement moindre d&#8217;individus suivent des cours de formation continue par rapport \u00e0 ceux issus des Epat. \u00a0En Suisse, il s&#8217;av\u00e8re que d\u00e8s qu&#8217;un individu a fr\u00e9quent\u00e9 une haute \u00e9cole sp\u00e9cialis\u00e9e (HES) ou une \u00e9cole professionnelle sup\u00e9rieure (EPS), l&#8217;int\u00e9r\u00eat pour la formation continue est le m\u00eame que celui des personnes issues des Epat. \u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: De nos jours, 90% des jeunes en Suisse ont suivi la scolarit\u00e9 post-obligatoire. Les milieux politiques voudraient m\u00eame que ce pourcentage passe \u00e0 95% d&#8217;ici 2015. Ce but est-il r\u00e9aliste? Comme est-il possible de l&#8217;atteindre, \u00e0 votre avis?\u00a0S. Wolter: 10 \u00e0 15% des \u00e9l\u00e8ves qui auraient fait autrefois les meilleurs apprentis fr\u00e9quentent aujourd&#8217;hui le gymnase; ils ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par des apprentis qui n&#8217;auraient pas suivi de scolarit\u00e9 post-obligatoire il y a 25 ans. La formation professionnelle effectue donc ici une prouesse d&#8217;int\u00e9gration; mais un jour, sa capacit\u00e9 d&#8217;int\u00e9gration sera \u00e9puis\u00e9e. \u00a0Il sera donc d\u00e9cisif de voir pour quelles raisons les 5% de plus qui doivent \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s ne suivent pas aujourd&#8217;hui de scolarit\u00e9 post-obligatoire. Nous savons que, tr\u00e8s souvent, cela n&#8217;est pas d\u00fb \u00e0 des probl\u00e8mes scolaires. Or, la mission de la formation professionnelle ne saurait \u00eatre de r\u00e9soudre les cas sociaux. Elle ne peut ni ne doit adapter ses normes simplement pour que les plus faibles y acc\u00e8dent. Les r\u00e8gles sont plut\u00f4t dict\u00e9es par l&#8217;\u00e9conomie, la mission finale de la formation professionnelle \u00e9tant de permettre aux apprentis de s&#8217;ins\u00e9rer sur le march\u00e9 du travail. \u00a0Pour atteindre la cible des 95%, il faut en tout cas d\u00e9velopper les formations initiales de deux ans avec attestation f\u00e9d\u00e9rale, qui sont d\u00e9j\u00e0 introduites dans certains m\u00e9tiers, et les \u00e9tendre \u00e0 d&#8217;autres branches.\u00a0R. Strahm: Les \u00e9coliers les plus faibles ont tr\u00e8s souvent des capacit\u00e9s techniques et manuelles qui passent entre toutes les mailles du syst\u00e8me de s\u00e9lection des Epat. J&#8217;ai connu des gens dot\u00e9s d&#8217;une pr\u00e9cision \u00e9tonnante et d&#8217;un flair particulier pour les questions pratiques, mais qui \u00e9taient incapables d&#8217;aligner une phrase correcte. C&#8217;est ici que le syst\u00e8me de la formation professionnelle peut aider et que les fili\u00e8res de deux ans \u00e0 attestation f\u00e9d\u00e9rale ont un sens. Il faut, toutefois, g\u00e9rer chaque cas s\u00e9par\u00e9ment et offrir un suivi individuel. Cela contribue fortement \u00e0 guider les \u00e9coliers les plus faibles vers le bon m\u00e9tier. Encore une remarque: la formation professionnelle paie! Les anciens apprentis gagnent en effet quelque 1000 francs de plus par mois que les jeunes sans formation, et ceux qui ont suivi une formation initiale avec attestation f\u00e9d\u00e9rale \u00e0 peu pr\u00e8s 500 francs de plus. Autre chose: le risque de devenir ch\u00f4meur est trois fois moindre que pour les jeunes sans formation.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Les jeunes qui ne trouvent pas de place d&#8217;apprentissage apr\u00e8s la scolarit\u00e9 obligatoire ont diverses possibilit\u00e9s d&#8217;occuper leur temps jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;entr\u00e9e dans une formation professionnelle. \u00c0 votre avis, quelles solutions interm\u00e9diaires ont fait leurs preuves?\u00a0R. Strahm: Les jeunes \u00e9trangers ont souvent des r\u00eaves professionnels assez peu r\u00e9alistes. Leurs parents immigr\u00e9s viennent de pays o\u00f9 il n&#8217;y a pas de syst\u00e8me de formation professionnelle. D&#8217;apr\u00e8s un sondage aupr\u00e8s des orienteurs professionnels que je forme, le meilleur moyen pour rapprocher les voeux des parents et des jeunes de la r\u00e9alit\u00e9 est la gestion des cas avec suivi individuel. Cela n&#8217;exclut pas qu&#8217;un stage professionnel, un semestre de motivation ou une 10e ann\u00e9e scolaire puissent aussi rendre service.\u00a0S. Wolter: Il n&#8217;y a pratiquement pas aujourd&#8217;hui de constat scientifique fiable quant \u00e0 l&#8217;effet des diff\u00e9rentes solutions transitoires. Les \u00e9tudes existantes se sont av\u00e9r\u00e9es peu probantes, car les int\u00e9r\u00eats personnels des \u00e9valuateurs s&#8217;y croisaient. Si la gestion des cas a tant d&#8217;importance, c&#8217;est que le parall\u00e9lisme des offres et des instances impliqu\u00e9es\u00a0&#8211; office du travail, service des \u00e9coles, OFFT, office AI et, depuis peu, centre d&#8217;aide sociale &#8211; aboutit \u00e0 ce que les jeunes sont pratiquement trimball\u00e9s d&#8217;une instance \u00e0 l&#8217;autre sans recevoir d&#8217;aide v\u00e9ritable.\u00a0Je suis d&#8217;accord avec M. Strahm pour dire que le suivi est l&#8217;outil primordial, mais la plupart du temps, il intervient malheureusement trop tard. Il devrait commencer d\u00e8s la 7e ann\u00e9e scolaire.\u00a0R. Strahm: Je suis d&#8217;accord. Un autre d\u00e9faut est que les instances ne collaborent souvent pas entre elles. Mais je voudrais quand m\u00eame citer un exemple positif: le canton de Soleure, o\u00f9 les diff\u00e9rentes instances ont \u00e9t\u00e9 regroup\u00e9es g\u00e9ographiquement et o\u00f9 la collaboration fonctionne. \u00c0 l&#8217;\u00e9chelon f\u00e9d\u00e9ral, en revanche, la coop\u00e9ration interinstitutionnelle est une belle parole, mais qui doit \u00eatre suivie d&#8217;actes.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Une \u00e9tude r\u00e9v\u00e8le que presque un quart des dipl\u00f4m\u00e9s sortant d&#8217;un apprentissage de trois ans sont mal employ\u00e9s un an apr\u00e8s leur dipl\u00f4me. O\u00f9 voyez-vous des am\u00e9liorations n\u00e9cessaires?\u00a0S. Wolter: Dans cette \u00e9tude, \u00abmal employ\u00e9\u00bb signifie soit \u00absans emploi\u00bb, soit \u00abemploy\u00e9 dans un autre m\u00e9tier que le m\u00e9tier appris\u00bb. Il importait de le pr\u00e9ciser. \u00a0Il existera toujours des professions o\u00f9 un employ\u00e9 sans formation gagnera plus qu&#8217;un employ\u00e9 form\u00e9 actif dans un autre m\u00e9tier. L&#8217;exemple typique est la fleuriste ou la couturi\u00e8re dipl\u00f4m\u00e9e, qui gagnerait plus comme vendeuse non qualifi\u00e9e. Pour les hommes, l&#8217;\u00e9cart est parfois encore plus scandaleux: dans des secteurs comme la construction, les activit\u00e9s non qualifi\u00e9es sont relativement bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es; certains apprentissages ne sont donc plus comp\u00e9titifs. \u00a0De nombreux jeunes se laissent malheureusement s\u00e9duire par le court terme et choisissent une place o\u00f9 ils gagnent momentan\u00e9ment 200 francs de plus. Ils n&#8217;envisagent pas les cons\u00e9quences que cela peut avoir sur leur vie future: s&#8217;ils \u00e9taient rest\u00e9s dans leur m\u00e9tier de base et avaient suivi une formation continue, ils auraient d&#8217;autres perspectives de carri\u00e8re et de gain.\u00a0Comme leurs a\u00een\u00e9s, les jeunes tiennent compte du rendement de la formation. En d&#8217;autres termes: si la formation ne rapporte pas, l&#8217;\u00e9conomie ne devra pas s&#8217;\u00e9tonner de manquer, dans certains cas, de main-d&#8217;oeuvre sp\u00e9cialis\u00e9e. \u00a0R. Strahm: M. Wolter vient de mettre fortement l&#8217;accent sur le c\u00f4t\u00e9 demande. Je voudrais aborder maintenant l&#8217;offre de places d&#8217;apprentissage. Tout en d\u00e9fendant le syst\u00e8me de la formation duale, il me faut en souligner une faiblesse: la ventilation par secteur des places d&#8217;apprentissage n&#8217;a pratiquement pas chang\u00e9 depuis vingt ans! Elle est donc en retard sur la mutation structurelle. Par cons\u00e9quent, le secteur secondaire forme plus de gens qu&#8217;il ne peut en absorber (j&#8217;\u00e9vite \u00e0 dessein de dire \u00abtrop de gens\u00bb), tandis que, dans plusieurs domaines, le secteur tertiaire n&#8217;en forme pas assez pour ses besoins. Il faut plus de formation dans des m\u00e9tiers comme l&#8217;informatique, la t\u00e9l\u00e9matique, les soins secondaires, mais aussi dans des nouveaux m\u00e9tiers des loisirs comme le \u00abfitness\u00bb, le \u00abwellness\u00bb, etc. Ici, il nous faut des mesures sp\u00e9cifiques, par domaine, pour promouvoir les places d&#8217;apprentissage.\u00a0S. Wolter: L&#8217;argument de la \u00abmauvaise\u00bb formation aurait du poids si la mobilit\u00e9 professionnelle \u00e9tait vraiment faible pour les gens issus de la formation duale, mais la chose n&#8217;est pas prouv\u00e9e. \u00a0Nous savons seulement qu&#8217;en Suisse, la mobilit\u00e9\u00a0&#8211; aussi bien vers le haut que vers le bas\u00a0&#8211; des gens issus de la formation duale est exactement la m\u00eame que celle des personnes form\u00e9es en Epat ou celle des travailleurs d&#8217;autres pays. Jusqu&#8217;\u00e0 preuve du contraire, notre syst\u00e8me de formation duale est donc en mesure d&#8217;assurer aux gens la mobilit\u00e9 professionnelle requise dans la vie active.\u00a0R. Strahm: Toute personne issue de la pratique le confirmera intuitivement: si quelqu&#8217;un travaille avec pr\u00e9cision comme m\u00e9canicien, il fera de m\u00eame comme sp\u00e9cialiste en technique m\u00e9dicale. Le formalisme des tests de savoir scolaire n&#8217;est pas automatiquement f\u00e9cond en ce qui concerne la qualit\u00e9 du travail.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Dans le d\u00e9bat sur la politique de la formation, et plus particuli\u00e8rement \u00e0 propos du projet \u00abPaysage suisse des hautes \u00e9coles\u00bb, on parle beaucoup d&#8217;\u00abacad\u00e9misation de la formation\u00bb? Qu&#8217;en pensez-vous?\u00a0R. Strahm: Il n&#8217;y a rien qui ne soit aussi \u00e9loign\u00e9 du march\u00e9 du travail que l&#8217;universit\u00e9. Si je me permets ce jugement, c&#8217;est que j&#8217;ai aussi un pied dans le monde acad\u00e9mique R. Strahm forme des orienteurs professionnels (NABB, universit\u00e9s de Fribourg-Berne-Zurich) et s&#8217;occupe de la formation continue d&#8217;enseignants en \u00e9cole professionnelle (Institut f\u00e9d\u00e9ral des hautes \u00e9tudes en formation professionnelle, IFFP).. Cette faiblesse a encore \u00e9t\u00e9 accentu\u00e9e par le formalisme de Bologne. Rien que la s\u00e9lection des professeurs sur la base des publications est \u00e9trang\u00e8re au monde du travail. Et \u00e0 l&#8217;exception des EPF et de Saint-Gall, le march\u00e9 du travail r\u00e9mun\u00e8re aujourd&#8217;hui les dipl\u00f4m\u00e9s HES mieux que les universitaires. \u00a0Je crains d\u00e9sormais qu&#8217;avec le projet \u00abPaysage suisse des hautes \u00e9coles\u00bb, les HES, que le l\u00e9gislateur consid\u00e8re comme \u00abde m\u00eame valeur, mais diff\u00e9rentes\u00bb, ne soient ramen\u00e9es au niveau des universit\u00e9s, c&#8217;est-\u00e0-dire \u00e9loign\u00e9es du march\u00e9 du travail. C&#8217;est pourquoi je milite \u00e9nergiquement pour que le caract\u00e8re distinctif des HES &#8211; soit leur acc\u00e8s non acad\u00e9mique\u00a0&#8211; ne soit pas sacrifi\u00e9. L&#8217;acc\u00e8s aux HES ne devrait \u00eatre possible que par un apprentissage ou au moins par un stage professionnel structur\u00e9 d&#8217;un an. Sinon, nous assisterons \u00e0 une d\u00e9valorisation des HES suisses.\u00a0S. Wolter: Si par \u00abacad\u00e9misation de la formation\u00bb, on entend augmenter la part de la population jouissant d&#8217;une formation tertiaire et que cela r\u00e9ponde aux besoins du march\u00e9 du travail, je n&#8217;ai pas d&#8217;objection. Cependant, si les motifs sous-jacents sont le statut social ou les avantages de ceux qui d\u00e9fendent des int\u00e9r\u00eats personnels dans les \u00e9tablissements de formation, l&#8217;\u00abacad\u00e9misation\u00bb doit \u00eatre combattue.\u00a0Derri\u00e8re ce terme se dissimule souvent le reproche selon lequel les \u00e9coles professionnelles mettent de plus en plus l&#8217;accent sur la culture g\u00e9n\u00e9rale ou les langues \u00e9trang\u00e8res, au d\u00e9triment de l&#8217;apprentissage du m\u00e9tier. Mais comme les connaissances deviennent toujours plus importantes dans le monde du travail, cette tendance ne peut \u00eatre simplement stigmatis\u00e9e et combattue en parlant d&#8217;\u00abacad\u00e9misation\u00bb.\u00a0La r\u00e9forme de Bologne et le nouveau positionnement des HES sont souvent li\u00e9s dans cette \u00abacad\u00e9misation\u00bb. Je me demande pourquoi toutes les HES veulent devenir des mini-universit\u00e9s. Comme l&#8217;a dit M. Strahm, le march\u00e9 du travail sanctionne le succ\u00e8s du mod\u00e8le HES sous la forme de meilleurs salaires. C&#8217;est pourquoi je ne comprends pas pour quelles raisons il faudrait sacrifier ce mod\u00e8le \u00e9prouv\u00e9. Est-ce seulement pour obtenir le prestige de la formation acad\u00e9mique? Si les HES se laissent entra\u00eener dans une comp\u00e9tition acad\u00e9mique avec les universit\u00e9s, elles ne pourront pas gagner. Leur statut n&#8217;en sortira nullement am\u00e9lior\u00e9 et leurs dipl\u00f4m\u00e9s n&#8217;en retireront aucun avantage. C&#8217;est ce type d&#8217;acad\u00e9misation que je refuse \u00e9nergiquement.\u00a0R. Strahm: Si les HES ne valorisent pas sp\u00e9cialement leur caract\u00e8re distinctif, qui est d&#8217;exiger une formation professionnelle lors de l&#8217;admission, elles sombreront. Les universit\u00e9s consid\u00e8rent en effet les HES comme une structure d&#8217;accueil pour leur trop-plein, ce qui est injuste. Quand je vois que la loi sur les hautes \u00e9coles sp\u00e9cialis\u00e9es (LHES), qui vient tout juste d&#8217;\u00eatre r\u00e9vis\u00e9e, est pratiquement abrog\u00e9e dans le projet \u00abPaysage suisse des hautes \u00e9coles\u00bb pour \u00eatre int\u00e9gr\u00e9e dans la nouvelle loi sur l&#8217;aide aux hautes \u00e9coles et la coordination dans le domaine suisse des hautes \u00e9coles (LAHE), j&#8217;estime que c&#8217;est une r\u00e9gression, parce que ce rattachement signifie la suj\u00e9tion au syst\u00e8me universitaire. La LHES est un mod\u00e8le couronn\u00e9 de succ\u00e8s, parce que la Conf\u00e9d\u00e9ration est impliqu\u00e9e dans sa direction. Elle a pu d\u00e9finir par exemple sept r\u00e9gions HES, ce qui n&#8217;aurait jamais \u00e9t\u00e9 possible dans un r\u00e9gime f\u00e9d\u00e9raliste. Le nouveau \u00abPaysage suisse des hautes \u00e9coles\u00bb pr\u00e9voit un Conseil des hautes \u00e9coles, o\u00f9 un repr\u00e9sentant de la Conf\u00e9d\u00e9ration si\u00e9gera en face de quatorze repr\u00e9sentants des cantons. Cela n&#8217;est rien d&#8217;autre qu&#8217;un retour \u00e0 la Restauration! Les EPF, elles, ont au moins insist\u00e9 pour garder leur loi sp\u00e9ciale. Je voudrais lancer un appel au Parlement: n&#8217;abrogez la LHES pour rien au monde, au nom du Ciel! \u00a0S. Wolter: On peut en dire autant des universit\u00e9s, bien qu&#8217;elles semblent moins s&#8217;en soucier. Il est tout aussi faux de pr\u00e9tendre que le bachelor est une fili\u00e8re de pr\u00e9paration professionnelle et que le vrai travail scientifique ne commence qu&#8217;avec le mast\u00e8re. Il faut que l&#8217;universit\u00e9 continue \u00e0 assumer sa mission acad\u00e9mique et ne joue pas les HES. La confusion entre universit\u00e9s et HES an\u00e9antira ces deux mod\u00e8les \u00e9prouv\u00e9s.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: M. Wolter, les questions abord\u00e9es ici font aussi l&#8217;objet d&#8217;\u00e9tudes scientifiques. O\u00f9 en est la Suisse en comparaison internationale? \u00a0S. Wolter: D&#8217;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, il faut d&#8217;abord relever que la Suisse n&#8217;est pas la seule \u00e0 n&#8217;\u00eatre qu&#8217;au d\u00e9but de la recherche sur la formation professionnelle; tous les pays sont dans le m\u00eame cas. Sous l&#8217;\u00e9gide de son premier directeur, M. Sieber, l&#8217;Office f\u00e9d\u00e9ral de la formation professionnelle et de la technologie (OFFT) a bien fait d&#8217;admettre qu&#8217;il \u00e9tait n\u00e9cessaire de disposer d&#8217;une infrastructure de recherche pour piloter le syst\u00e8me de la formation professionnelle et se situer aussi au plan international. Sous son actuelle directrice, Mme Renold, l&#8217;OFFT a mis sur pied le syst\u00e8me de recherche des \u00abLeading Houses\u00bb et peut d\u00e9sormais proclamer ses premiers succ\u00e8s. La recherche suisse est aussi de plus en plus reconnue \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, ce qui contribue \u00e0 faire conna\u00eetre notre syst\u00e8me de formation professionnelle. Ainsi, l&#8217;OCDE a d\u00e9cid\u00e9 de remettre le \u00abVocational Education and Training\u00bb \u00e0 son programme, apr\u00e8s presque vingt ans d&#8217;arr\u00eat, et de consacrer autant d&#8217;attention \u00e0 la formation professionnelle qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9ducation g\u00e9n\u00e9rale. Il y a donc un regain d&#8217;int\u00e9r\u00eat pour les syst\u00e8mes de formation professionnelle. La science en profite, certes, mais la formation professionnelle devrait aussi y gagner par le simple fait que la science s&#8217;int\u00e9resse de nouveau \u00e0 elle\u00a0&#8211; une situation \u00abgagnant-gagnant\u00bb, donc!\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 surveillant des prix, M. Strahm, vous vous tournez avec beaucoup d&#8217;enthousiasme vers la formation professionnelle. Qu&#8217;en attendez-vous?\u00a0R. Strahm: Je me f\u00e9licite que M. Wolter mette maintenant sur pied un syst\u00e8me de protection scientifique rapproch\u00e9e en faveur de la formation professionnelle. Celle-ci est n\u00e9cessaire pour convaincre les \u00e9lites suisses et \u00e9trang\u00e8res de la valeur de notre syst\u00e8me. Avec mon exp\u00e9rience plus que trentenaire, je voudrais montrer l&#8217;importance de la formation professionnelle: c&#8217;est un instrument indispensable pour r\u00e9duire les charges sociales et le taux de ch\u00f4mage, augmenter le taux d&#8217;activit\u00e9 et am\u00e9liorer des param\u00e8tres tels que les co\u00fbts salariaux unitaires, la productivit\u00e9, la comp\u00e9titivit\u00e9 et l&#8217;adaptabilit\u00e9 \u00e0 la mutation structurelle. Je consid\u00e8re que ce sera une t\u00e2che gratifiante de rappeler aux milieux politiques et au monde acad\u00e9mique des questions qui ont \u00e9t\u00e9 longtemps n\u00e9glig\u00e9es dans le d\u00e9bat sur la formation.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Messieurs, nous vous remercions de cet entretien.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEntretien et r\u00e9daction: Geli Spescha, r\u00e9dacteur en chef de La Vie \u00e9conomique\u00a0Transcription de l&#8217;entretien: Simon D\u00e4llenbach, r\u00e9dacteur \u00e0 La Vie \u00e9conomique&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Des incitations financi\u00e8res pour les places d&#8217;apprentissage? La Vie \u00e9conomique: Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, on a souvent reproch\u00e9 aux entreprises d&#8217;offrir trop peu de places d&#8217;apprentissage. Des voix se sont donc fait entendre pour demander des incitations financi\u00e8res qui encourageraient les entreprises \u00e0 en offrir. Est-ce judicieux? S. Wolter: Nous avons effectu\u00e9 des simulations et constat\u00e9 que ce serait une erreur: avec les incitations financi\u00e8res, trop d&#8217;argent va aux mauvaises entreprises. Dans celles qui s&#8217;engageraient \u00e0 former des apprentis uniquement pour l&#8217;argent, on n&#8217;aurait pas non plus la garantie que la qualit\u00e9 de l&#8217;apprentissage soit suffisante. Pourquoi? Quand une entreprise re\u00e7oit des aides financi\u00e8res, il n&#8217;y a pas d&#8217;incitation \u00e0 engager les apprentis de fa\u00e7on productive. R. Strahm: La premi\u00e8re ann\u00e9e d&#8217;apprentissage est la plus ch\u00e8re; c&#8217;est pourquoi il est raisonnable de la soutenir. Du c\u00f4t\u00e9 des apprentis, cette premi\u00e8re ann\u00e9e est aussi la plus difficile. Si l&#8217;ann\u00e9e initiale d&#8217;apprentissage pouvait \u00eatre consacr\u00e9e \u00e0 acqu\u00e9rir des notions de base en informatique, par exemple, ou en anglais, on y aurait beaucoup gagn\u00e9. Il faut sans doute nous pr\u00e9parer \u00e0 admettre que, dans certains m\u00e9tiers du secteur tertiaire, les incitations financi\u00e8res seront tout simplement n\u00e9cessaires. S. Wolter: Nous avons \u00e9tudi\u00e9 l&#8217;ann\u00e9e initiale d&#8217;apprentissage et ses effets. Si nous comparons les m\u00eames fili\u00e8res entre elles, les r\u00e9sultats sont d\u00e9cevants: les entreprises avec ann\u00e9e initiale d&#8217;apprentissage ne se distinguent en rien de celles qui n&#8217;en proposent pas; les co\u00fbts et b\u00e9n\u00e9fices sont les m\u00eames. Les \u00e9tablissements professionels sans ann\u00e9e initiale d&#8217;apprentissage n&#8217;ont pas non plus le sentiment de s&#8217;en tirer moins bien. J&#8217;en conclus que les entreprises doivent avoir le choix d&#8217;envoyer leurs apprentis suivre l&#8217;ann\u00e9e initiale d&#8217;apprentissage ou non. Il serait faux que l&#8217;\u00c9tat prescrive ou promeuve l&#8217;un ou l&#8217;autre syst\u00e8me. R. Strahm: Les incitations financi\u00e8res sont utiles, c&#8217;est \u00e9vident. Il faut, toutefois, un syst\u00e8me de choix pragmatique, avec des mesures d&#8217;encouragement diverses, justement parce que les diff\u00e9rences entre entreprises sont \u00e9normes. Celles qui misent fortement sur des sp\u00e9cialistes sont moins en mesure de former des apprentis. D&#8217;autres entreprises peuvent en revanche tr\u00e8s bien offrir des places d&#8217;apprentissage.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 2: Bibliographie &#8211; Rudolf H. Strahm, Warum wir so reich sind, hep-Bildungsverlag, Berne, 2008.- Samuel M\u00fchlemann, Stefan C. Wolter, Marc Fuhrer, Adrian W\u00fcest: Lehrlingsausbildung &#8211; \u00f6konomisch betrachtet, R\u00fcegger Verlag, Zurich\/Coire, 2007.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#13; &#13; La Vie \u00e9conomique: M. 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