{"id":153415,"date":"2008-09-01T12:00:00","date_gmt":"2008-09-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2008\/09\/bretschger-6\/"},"modified":"2023-08-24T01:09:43","modified_gmt":"2023-08-23T23:09:43","slug":"bretschger-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2008\/09\/bretschger-6\/","title":{"rendered":"Rar\u00e9faction des ressources, innovation et d\u00e9veloppement durable"},"content":{"rendered":"<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/200809_11_Bretschger_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"267\" \/>&#13;<\/p>\n<h2>Prix des ressources et r\u00e9cessions<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa hausse r\u00e9cente des prix du p\u00e9trole a provoqu\u00e9 une inqui\u00e9tude g\u00e9n\u00e9rale quant aux perspectives de croissance \u00e0 long terme de l&#8217;\u00e9conomie mondiale. L&#8217;\u00e9volution des derni\u00e8res d\u00e9cennies semble en effet montrer que la rar\u00e9faction des ressources et les prix \u00e9lev\u00e9s de l&#8217;\u00e9nergie ont des effets n\u00e9gatifs sur l&#8217;essor \u00e9conomique. Ainsi, les bonds des prix du p\u00e9trole de 1973\/74, 1978\/80 et 1989\/90 ont entra\u00een\u00e9 &#8211; avec un l\u00e9ger d\u00e9calage &#8211; des r\u00e9cessions dans le monde entier. C&#8217;est pour cela que les ministres des Finances du G8 qualifient r\u00e9guli\u00e8rement les cours \u00e9lev\u00e9s du p\u00e9trole de menace pour le d\u00e9veloppement de l&#8217;\u00e9conomie mondiale et incitent les pays concern\u00e9s \u00e0 augmenter leur niveau de production.\u00a0Dans les ann\u00e9es septante, la flamb\u00e9e du prix du p\u00e9trole frappait une soci\u00e9t\u00e9 qui s&#8217;\u00e9tait habitu\u00e9e depuis la guerre \u00e0 une croissance r\u00e9guli\u00e8re. Les \u00e9conomies nationales s&#8217;en trouvaient rapidement d\u00e9stabilis\u00e9es. Si l&#8217;on compare ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 ce qui s&#8217;est pass\u00e9 au d\u00e9but du troisi\u00e8me mill\u00e9naire, on voit bien qu&#8217;il y a des diff\u00e9rences nettes entre les deux \u00e9poques.\u00a0En effet, l&#8217;\u00e9conomie mondiale a g\u00e9n\u00e9ralement tr\u00e8s bien absorb\u00e9 la hausse massive du prix des mati\u00e8res premi\u00e8res entre 2003 et 2008. Parmi les raisons invoqu\u00e9es, on rel\u00e8vera particuli\u00e8rement les suivantes:\u00a0&#8211; la p\u00e9riode de progression des prix a dur\u00e9 plus longtemps;\u00a0&#8211; l&#8217;efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique de toute l&#8217;\u00e9conomie s&#8217;est nettement am\u00e9lior\u00e9e;\u00a0&#8211; la structure de l&#8217;\u00e9conomie a \u00e9volu\u00e9 en direction des services;\u00a0&#8211; les relations \u00e9conomiques se sont diversifi\u00e9es vers l&#8217;Est;\u00a0&#8211; les ann\u00e9es septante connaissaient encore d&#8217;autres turbulences, sur les march\u00e9s des devises et des exportations notamment, ce qui se refl\u00e9tait sur l&#8217;\u00e9volution de l&#8217;\u00e9conomie.&#13;<\/p>\n<h2>La consommation des ressources en comparaison internationale<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nEn mati\u00e8re de consommation des ressources, la dur\u00e9e joue un r\u00f4le crucial. La mise au point de nouvelles technologies pour am\u00e9liorer le rendement \u00e9nerg\u00e9tique prend du temps; il en est de m\u00eame de la conqu\u00eate de march\u00e9s suppl\u00e9mentaires et de la diversification. Aussi ne faudrait-il pas analyser la rar\u00e9faction des ressources (ou les prix \u00e9lev\u00e9s de l&#8217;\u00e9nergie) sur le seul court terme. \u00c0 part les analyses historiques, la comparaison internationale (entre les diff\u00e9rents pays) permet d&#8217;en \u00e9tablir les effets \u00e0 long terme. On sait que les prix des ressources d\u00e9pendent fortement du syst\u00e8me fiscal de chaque pays; et comme les diff\u00e9rences entre taux d&#8217;imposition restent g\u00e9n\u00e9ralement constantes d&#8217;un pays \u00e0 l&#8217;autre, la comparaison internationale permet de voir comment les \u00e9conomies nationales s&#8217;adaptent aux prix, faibles ou forts, de l&#8217;\u00e9nergie sur le long terme.\u00a0\u00c0 examiner notre \u00e9chantillon de plus pr\u00e8s, on constate que divers pays o\u00f9 l&#8217;\u00e9nergie est co\u00fbteuse, comme le Japon, ont connu un succ\u00e8s \u00e9conomique appr\u00e9ciable, alors que d&#8217;autres o\u00f9 elle est bon march\u00e9\u00a0&#8211; en particulier des pays p\u00e9troliers moins d\u00e9velopp\u00e9s comme le Nigeria ou le Venezuela\u00a0&#8211; pr\u00e9sentent des taux de croissance constamment faibles. Le graphique 1 montre la corr\u00e9lation entre croissance et consommation d&#8217;\u00e9nergie par habitant dans 37 pays leaders \u00e9conomiques (moyenne 2000-2004). La juxtaposition des donn\u00e9es pr\u00e9sente une dispersion des observations, alors que la corr\u00e9lation simple (moyenne) entre croissance et consommation d&#8217;\u00e9nergie est l\u00e9g\u00e8rement n\u00e9gative. Il faut, toutefois, relever que les corr\u00e9lations \u00e9conomiques sont toujours pluridimensionnelles: cela signifie, dans ce cas, qu&#8217;il y a d&#8217;autres facteurs (parfois plus importants) que l&#8217;\u00e9nergie pour expliquer les diff\u00e9rences de croissance d&#8217;un pays \u00e0 l&#8217;autre. L&#8217;une des raisons de la corr\u00e9lation n\u00e9gative obtenue est par exemple que quelques \u00e9conomies nationales \u00e0 fort potentiel de rattrapage et donc \u00e0 forte croissance, comme l&#8217;Inde et la Chine, ont consomm\u00e9 moins d&#8217;\u00e9nergie par habitant que des pays plus riches. Le graphique montre en tout cas que la simple \u00e9quation \u00abmoins d&#8217;\u00e9nergie = moins de croissance\u00bb ne peut \u00eatre vraie.&#13;<\/p>\n<h2>Sc\u00e9narios de croissance<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa croissance est d\u00e9termin\u00e9e fonci\u00e8rement par l&#8217;accumulation de capital, lequel se compose de capital physique (machines, \u00e9quipements, b\u00e2timents), de capital humain et de savoir Voir Bretschger (1999).. Ces 200 derni\u00e8res ann\u00e9es, l&#8217;augmentation du capital disponible a provoqu\u00e9 dans de nombreux pays un accroissement spectaculaire de la prosp\u00e9rit\u00e9. Les donn\u00e9es devraient donc mettre en \u00e9vidence une influence positive des investissements et des innovations sur la croissance. On consid\u00e8re, en revanche, qu&#8217;atteindre des taux de croissance \u00e9lev\u00e9s est normalement d&#8217;autant plus difficile que le niveau des revenus d&#8217;un pays est \u00e9lev\u00e9. \u00a0Le graphique 2 montre l&#8217;influence des taux d&#8217;investissement sur les taux de croissance dans les 37 m\u00eames pays quand les autres param\u00e8tres (d\u00e9penses de recherche et niveau des revenus) restent constants. Cette analyse pluridimensionnelle s&#8217;effectue par une m\u00e9thode statistique dite \u00e0 r\u00e9gression multiple. Le graphique montre que, dans l&#8217;hypoth\u00e8se admise, l&#8217;influence des investissements sur la croissance est nettement positive. Toutefois, ce r\u00e9sultat est de nouveau une moyenne internationale; autrement dit, l&#8217;effet peut \u00eatre plus ou moins prononc\u00e9 selon les endroits.\u00a0Quel est alors le lien entre accumulation du capital (et des diff\u00e9rents types de capital), d&#8217;une part, et consommation des ressources, de l&#8217;autre? Un recours moindre aux ressources modifiera-t-il le taux de croissance? En principe, deux sc\u00e9narios sont concevables. Le premier se fonde sur l&#8217;hypoth\u00e8se que l&#8217;\u00e9nergie co\u00fbteuse et les \u00e9conomies d&#8217;\u00e9nergie accro\u00eetront la formation de capital, d&#8217;o\u00f9 un d\u00e9couplage croissant de l&#8217;\u00e9volution des revenus d&#8217;avec la consommation des ressources. Dans ce cas, le capital &#8211; et surtout le savoir sp\u00e9cialis\u00e9\u00a0&#8211; peut remplacer efficacement les ressources naturelles. \u00c0 titre d&#8217;exemple, citons la maison Minergie ou les voitures \u00e9conomes. Les effets peuvent cependant \u00eatre beaucoup plus prononc\u00e9s, par exemple si les syst\u00e8mes de logement, les structures sectorielles ou les flux commerciaux s&#8217;adaptent \u00e0 la chert\u00e9 de l&#8217;\u00e9nergie. Dans les ann\u00e9es septante, d&#8217;importantes possibilit\u00e9s d&#8217;adaptation aux prix de l&#8217;\u00e9nergie ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvertes, y compris aux \u00c9tats-Unis, mais les efforts se sont fortement rel\u00e2ch\u00e9s quand ceux-ci sont retomb\u00e9s et que la situation \u00e9conomique s&#8217;est am\u00e9lior\u00e9e. Alors que le mode de vie dispendieux \u00e9tait encore qualifi\u00e9 de \u00abnon n\u00e9gociable\u00bb par certains groupes politiques il n&#8217;y a pas si longtemps, la mentalit\u00e9 a d\u00e9sormais chang\u00e9, notamment en Californie, \u00c9tat qui a d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9 souvent les pr\u00e9curseurs en mati\u00e8re de politique de l&#8217;environnement.\u00a0Le second sc\u00e9nario postule une \u00e9conomie moins souple. On pr\u00e9voit alors que capital et revenus \u00e9voluent parall\u00e8lement \u00e0 la consommation des ressources et qu&#8217;ils diminuent dans la mesure o\u00f9 celles-ci se rar\u00e9fient. La principale raison invoqu\u00e9e est que des ressources ch\u00e8res occasionnent de fortes d\u00e9penses pour se les procurer, d&#8217;o\u00f9 une diminution des moyens n\u00e9cessaires aux investissements. Cette id\u00e9e refl\u00e8te les pr\u00e9visions du Club de Rome en son temps Voir Meadows et al. (1972).. Ce dernier concluait que chaque jour de croissance rapproche le syst\u00e8me mondial de ses limites incompressibles. Faute de mod\u00e9ration de la part de l&#8217;\u00e9conomie, le danger d&#8217;effondrement augmente. On postule donc une interchangeabilit\u00e9 limit\u00e9e du capital naturel et du capital accumul\u00e9, soit une r\u00e9action n\u00e9gative des investissements en capital, quand la consommation de ressources diminue.&#13;<\/p>\n<h2>Les investissements induits<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nOutre le capital physique, le capital humain et le savoir prennent de plus en plus d&#8217;importance dans la croissance des \u00e9conomies modernes. Les nouvelles connaissances s&#8217;\u00e9difient sur les anciennes, le savoir-faire technique s&#8217;allie de fa\u00e7on sp\u00e9cifique, au cas par cas, avec les sciences de l&#8217;organisation et des institutions. Contrairement aux mati\u00e8res premi\u00e8res, les r\u00e9serves de savoir ne s&#8217;\u00e9puisent pas. Les \u00e9changes, en ce domaine, ne fonctionnent pas de la m\u00eame mani\u00e8re que pour les biens: plusieurs personnes peuvent, en effet, engager simultan\u00e9ment et avec profit les m\u00eames connaissances. Il n&#8217;y a pas actuellement d&#8217;indication que leur accumulation continuelle puisse se heurter \u00e0 une limite g\u00e9n\u00e9rale.\u00a0Dans le d\u00e9bat sur les ressources et la formation du savoir, une attention particuli\u00e8re doit \u00eatre port\u00e9e aux investissements induits. D\u00e8s les ann\u00e9es trente, sir John Hicks avait \u00e9labor\u00e9 la th\u00e9orie du changement technologique induit Voir Hicks (1932). en postulant que toute modification des prix relatifs des facteurs de production cr\u00e9ait une incitation \u00e0 intensifier les efforts d&#8217;innovation sur le facteur de production ayant rench\u00e9ri. Dans le contexte actuel, cela signifierait que l&#8217;augmentation des prix de l&#8217;\u00e9nergie devrait d\u00e9boucher sur une am\u00e9lioration suppl\u00e9mentaire du rendement \u00e9nerg\u00e9tique gr\u00e2ce aux innovations induites.\u00a0Le graphique 3 montre sch\u00e9matiquement la d\u00e9pendance de la production d&#8217;une \u00e9conomie nationale vis-\u00e0-vis des intrants en \u00e9nergie, travail et capital (ce dernier sous ses trois formes). La comparaison entre deux p\u00e9riodes (aujourd&#8217;hui et demain) fait appara\u00eetre une diminution de l&#8217;\u00e9nergie consomm\u00e9e. Si le recours moindre \u00e0 l&#8217;\u00e9nergie induit des investissements, il en r\u00e9sulte une augmentation de capital, r\u00e9partie entre les diff\u00e9rents types de capitaux en fonction des incitations du march\u00e9. Au final, la production de demain sera plus intensive en capital et plus extensive en \u00e9nergie que celle d&#8217;aujourd&#8217;hui, ce qui permet d&#8217;en maintenir le niveau, voire de l&#8217;accro\u00eetre (mais sans garantie). L&#8217;intensit\u00e9 des diff\u00e9rents effets doit \u00eatre calcul\u00e9e par des proc\u00e9d\u00e9s empiriques appropri\u00e9s.\u00a0En comparaison internationale, que r\u00e9v\u00e8le la corr\u00e9lation entre consommation d&#8217;\u00e9nergie et investissements? Si l&#8217;on ne tient pas compte d&#8217;autres d\u00e9terminants des taux d&#8217;investissement, la fourchette de dispersion est relativement large et l&#8217;on ne per\u00e7oit pas de corr\u00e9lation nette; mais si l&#8217;on tient compte du fait que le niveau des revenus, l&#8217;intensit\u00e9 de la recherche et la taille d&#8217;une \u00e9conomie exercent \u00e9galement une influence sur les investissements, la corr\u00e9lation s&#8217;av\u00e8re l\u00e9g\u00e8rement n\u00e9gative (voir graphique 4). En d&#8217;autres termes, si l&#8217;on maintient les autres param\u00e8tres \u00e0 un niveau constant, les investissements augmentent l\u00e9g\u00e8rement d\u00e8s que l&#8217;\u00e9nergie se rar\u00e9fie Pour des r\u00e9sultats statistiques d\u00e9taill\u00e9s, voir Bretschger (2006)..\u00a0On peut obtenir des r\u00e9sultats statistiques identiques pour le capital humain et le savoir. Si les autres effets sont maintenus \u00e0 un niveau constant, les corr\u00e9lations de tous les types d&#8217;investissement de capitaux avec la consommation d&#8217;\u00e9nergie sont l\u00e9g\u00e8rement n\u00e9gatives. Les exemples tir\u00e9s de la pratique aident \u00e9galement \u00e0 \u00e9valuer le progr\u00e8s technique induit. L&#8217;Agence internationale de l&#8217;\u00e9nergie (AIE) souligne, par exemple, qu&#8217;il existe un potentiel consid\u00e9rable d&#8217;am\u00e9lioration des rendements, notamment dans les activit\u00e9s \u00e9nergivores Voir AIE (2008).. Les effets des prix de l&#8217;\u00e9nergie sur les innovations applicables \u00e0 ces secteurs sensibles sont illustr\u00e9s par la Hongrie, l&#8217;un des rares pays \u00e0 disposer de donn\u00e9es d\u00e9taill\u00e9es sur la recherche: lors de la hausse des prix des agents \u00e9nerg\u00e9tiques, entre 2001 et 2005, les d\u00e9penses de recherche concernant ce domaine ont augment\u00e9 de 300%, donc bien plus que celles g\u00e9n\u00e9ralement allou\u00e9es \u00e0 la recherche, ce qui confirme l&#8217;hypoth\u00e8se des investissements induits de Hicks; pourtant, les effets ne sont gu\u00e8re marqu\u00e9s, en moyenne internationale. Cela pourrait d\u00e9pendre de ce que, depuis les ann\u00e9es septante, le probl\u00e8me de l&#8217;\u00e9nergie a \u00e9t\u00e9 quelque peu rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 l&#8217;arri\u00e8re-plan et n&#8217;a regagn\u00e9 en importance qu&#8217;\u00e0 partir de 2003\/04. Il faut donc continuer \u00e0 en observer l&#8217;\u00e9volution.&#13;<\/p>\n<h2>Que produit le march\u00e9?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nChaque jour, les \u00e9conomies modernes pilotent des milliards de processus d&#8217;allocation par le m\u00e9canisme des prix. La loi de l&#8217;offre et de la demande, selon laquelle un bien se vendra en moindre quantit\u00e9 \u00e0 prix \u00e9lev\u00e9 qu&#8217;\u00e0 prix faible, est bien confirm\u00e9e empiriquement, et notamment en mati\u00e8re de consommation des ressources. Pourtant, l&#8217;efficacit\u00e9 des march\u00e9s est souvent mise en doute. Comme l&#8217;\u00e9nergie est un intrant tr\u00e8s sensible dans la vie de tous les jours, on comprend ce voeu latent qu&#8217;elle soit disponible en tout temps, en quantit\u00e9 suffisante et de fa\u00e7on s\u00fbre. Or, aux yeux de certains, la r\u00e9gulation normale de l&#8217;offre et de la demande par les prix du march\u00e9 et l&#8217;internationalisation pouss\u00e9e des \u00e9changes ne sont pas suffisantes. Pourtant, il est av\u00e9r\u00e9 que la demande r\u00e9agit syst\u00e9matiquement aux prix, y compris pour l&#8217;\u00e9nergie, et ce aussi exactement que le pr\u00e9dit la th\u00e9orie. D&#8217;ailleurs, le commerce de l&#8217;\u00e9nergie est devenu un secteur florissant, en particulier en Suisse; les fluctuations des prix et les arbitrages qu&#8217;on observe tous les jours permettent de conclure \u00e0 l&#8217;existence d&#8217;un march\u00e9 qui fonctionne tr\u00e8s bien.\u00a0Le d\u00e9bat sur l&#8217;\u00e9nergie a engendr\u00e9, depuis quelque temps, des mythes concernant le comportement du march\u00e9, mais ils ne r\u00e9sistent pas \u00e0 un examen un peu approfondi. On peut ainsi d\u00e9montrer que, face aux ressources naturelles, les individus se comportent exactement comme dans d&#8217;autres domaines, autrement dit qu&#8217;ils ne font pas preuve d&#8217;une incons\u00e9quence particuli\u00e8re. Il faut tenir compte de ce que, comme tous les biens, les produits les plus gourmands en \u00e9nergie (les grosses voitures, par exemple) poss\u00e8dent aussi toujours des propri\u00e9t\u00e9s qui peuvent \u00eatre particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9es des consommateurs. Il n&#8217;est pas non plus plausible, en g\u00e9n\u00e9ral, de postuler qu&#8217;une diminution de la production indig\u00e8ne d&#8217;\u00e9nergie entra\u00eenerait des p\u00e9nuries et diminuerait la s\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;approvisionnement. Les investissements induits le sont \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du pays. En outre, l&#8217;\u00e9conomie est tr\u00e8s fortement internationalis\u00e9e dans de nombreux domaines et n&#8217;en est pas moins aliment\u00e9e sans faille et de fa\u00e7on s\u00fbre. Les conditions d\u00e9cisives d&#8217;un bon approvisionnement sont surtout la diversification et la souplesse.\u00a0Les march\u00e9s ne peuvent toutefois fonctionner correctement s&#8217;il existe des externalit\u00e9s, c&#8217;est-\u00e0-dire si des non-participants sont l\u00e9s\u00e9s ou avantag\u00e9s par des activit\u00e9s sans qu&#8217;il y ait indemnisation par le march\u00e9. Les externalit\u00e9s sont un exemple classique de faillite du march\u00e9. On a pu pr\u00e9tendre \u00e0 bon droit que le probl\u00e8me mondial du climat est \u00e0 ce jour l&#8217;exemple le plus important de l&#8217;\u00e9chec du march\u00e9. Or, de tels probl\u00e8mes ne peuvent \u00eatre surmont\u00e9s qu&#8217;en internalisant les effets externes. Dans le cas du climat, cette prouesse devra \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e par des instances et des coop\u00e9rations \u00e9tatiques, voire supranationales.&#13;<\/p>\n<h2>Et le d\u00e9veloppement durable?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nUne des exigences principales, dans le d\u00e9bat sur la durabilit\u00e9, est que les conditions d&#8217;existence des g\u00e9n\u00e9rations futures \u00e9quivalent au moins \u00e0 celles d&#8217;aujourd&#8217;hui Voir Pittel (2002).. Il s&#8217;agit donc d&#8217;une clause d&#8217;\u00e9quit\u00e9. Les conditions d&#8217;existence r\u00e9sultent d&#8217;une combinaison d&#8217;\u00e9l\u00e9ments divers, o\u00f9 pr\u00e9dominent la prosp\u00e9rit\u00e9 mat\u00e9rielle et la qualit\u00e9 de l&#8217;environnement. L&#8217;augmentation du prix des ressources contribue \u00e0 m\u00e9nager la nature et favorise l&#8217;adaptation \u00e0 une production parcimonieuse. Elle incite les chercheurs \u00e0 redoubler d&#8217;efforts et am\u00e9liore les chances de transfert de savoir entre pays riches et pauvres, cr\u00e9ant ainsi des impulsions qui profitent au d\u00e9veloppement et \u00e0 la r\u00e9partition des richesses. Les prix \u00e9lev\u00e9s de l&#8217;\u00e9nergie sont, cependant, consid\u00e9r\u00e9s souvent comme injustes, sous pr\u00e9texte qu&#8217;ils gr\u00e8vent apparemment davantage la population pauvre. Or, le constat empirique est tout autre: en comparaison internationale, la r\u00e9partition des revenus et de la richesse n&#8217;est pas plus \u00e9quitable dans les pays o\u00f9 l&#8217;\u00e9nergie et les mati\u00e8res premi\u00e8res sont bon march\u00e9 qu&#8217;ailleurs. C&#8217;est m\u00eame plut\u00f4t le contraire. \u00a0Les innovations induites par les p\u00e9nuries \u00e9cologiques qui agissent sur les prix du march\u00e9 peuvent aboutir \u00e0 d\u00e9coupler la croissance \u00e9conomique de la consommation des ressources. Les limites de rendement de l&#8217;\u00e9conomie sont d\u00e9termin\u00e9es non seulement par la disponibilit\u00e9 des intrants, mais surtout par leur productivit\u00e9, laquelle ne peut cro\u00eetre que gr\u00e2ce aux innovations techniques. Les \u00e9nergies fossiles ne doivent pas forc\u00e9ment \u00eatre remplac\u00e9es par de nouveaux vecteurs comme les biocarburants; dans de nombreux cas, il est plus efficace de recourir au capital (scientifique). La croissance d\u00e9mographique devient alors beaucoup moins mena\u00e7ante pour la durabilit\u00e9 qu&#8217;on ne l&#8217;admet g\u00e9n\u00e9ralement, parce que le savoir indispensable \u00e0 la durabilit\u00e9 r\u00e9sulte de processus tr\u00e8s gourmands en travail. C&#8217;est pourquoi celui-ci a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9 de ressource ultime.&#13;<\/p>\n<h2>La rar\u00e9faction des ressources, un moteur \u00e9ventuel<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\n\u00c0 long terme, il nous faudra de toute fa\u00e7on nous contenter de moins de ressources qu&#8217;aujourd&#8217;hui, puisque les \u00e9nergies fossiles s&#8217;\u00e9puisent peu \u00e0 peu. Pourtant, la baisse de la consommation des ressources ne sera pas n\u00e9cessairement un obstacle. Elle pourrait, au contraire, se r\u00e9v\u00e9ler un ressort puissant du d\u00e9veloppement \u00e0 long terme, pour autant qu&#8217;elle active de mani\u00e8re appropri\u00e9e l&#8217;accumulation de capital et qu&#8217;elle continue ensuite \u00e0 l&#8217;alimenter. Le d\u00e9veloppement durable doit imp\u00e9rativement s&#8217;accompagner d&#8217;un volume suffisant d&#8217;investissements induits. L&#8217;\u00e9valuation m\u00eame tr\u00e8s prudente des donn\u00e9es empiriques disponibles ne d\u00e9c\u00e8le aucun effet n\u00e9gatif sur la formation de capital lors de la baisse des quantit\u00e9s d&#8217;\u00e9nergie. Ce constat vaut aussi bien pour le capital physique que pour le capital humain et le savoir. On peut donc consid\u00e9rer comme favorables les perspectives d&#8217;une nouvelle croissance sous le signe de l&#8217;\u00e9cologie.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1 \u00abComparaison de la consommation d&#8217;\u00e9nergie par habitant et de la croissance dans 37 pays, 2000-2004\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2 \u00abInfluence du taux d&#8217;investissement sur la croissance dans 37 pays, 2000-2004\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 3 \u00abTh\u00e9orie de la formation induite du capital\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 4 \u00abInfluence de la consommation d&#8217;\u00e9nergie par habitant sur le taux d&#8217;investissement dans 37 pays,2000-2004\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<b>Encadr\u00e9 1: Bibliographie<\/b>&#13;<br \/>\n&#8211; Bretschger Lucas, Growth Theory and Sustainable Development, Cheltenham, R.-U., et Northampton, MA, \u00c9tats-Unis, Edward Elgar, 1999.- Bretschger Lucas, Energy Prices, Growth, and the Channels in Between: Theory and Evidence, Economics Working Paper Series 06\/47, EPF Zurich, 2006.- Heston Alan, Summers Robert et Aten Bettina, Penn World Table Version 6.2, Center for International Comparisons of Production, Income and Prices at the University of Pennsylvania, 2006.- Hicks John, The Theory of Wages, Macmillan, Londres, 1932.- AIE, Energy Technology Perspectives: Scenarios &amp; Strategies to 2050, 2008. Internet: <a href=\"http:\/\/www.iea.org\">www.iea.org<\/a> .- Meadows Donella, Meadows Dennis L., Randers J\u00f8rgen et Behrens William W. III, Halte \u00e0 la croissance? Enqu\u00eate pour le Club de Rome. Rapport sur les limites de la croissance, Paris, Fayard, 1972.- OCDE, D\u00e9penses int\u00e9rieures brutes de recherche et d\u00e9veloppement, http:\/\/puck.sourceoecd.org.- Pittel Karen, Sustainability and Endogenous Growth, Cheltenham, R.-U. et Northampton, MA, \u00c9tats-Unis, Edward Elgar, 2002.- Banque mondiale, Indicateurs de d\u00e9veloppement dans le monde. Internet: http:\/\/web.worldbank.org.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#13; Prix des ressources et r\u00e9cessions &#13; La hausse r\u00e9cente des prix du p\u00e9trole a provoqu\u00e9 une inqui\u00e9tude g\u00e9n\u00e9rale quant aux perspectives de croissance \u00e0 long terme de l&#8217;\u00e9conomie mondiale. 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