{"id":153515,"date":"2008-07-01T12:00:00","date_gmt":"2008-07-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2008\/07\/funke-2\/"},"modified":"2023-08-24T01:10:41","modified_gmt":"2023-08-23T23:10:41","slug":"funke-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2008\/07\/funke-2\/","title":{"rendered":"D\u00e9s\u00e9quilibres macro\u00e9conomiques et flux internationaux des capitaux"},"content":{"rendered":"<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/200807_05_Funke_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"249\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nDans le contexte de la crise actuelle des march\u00e9s financiers internationaux, la question des d\u00e9s\u00e9quilibres macro\u00e9conomiques et des flux internationaux des capitaux est revenue au centre du d\u00e9bat public. Le d\u00e9ficit persistant de la balance des paiements courants des \u00c9tats-Unis suscite un int\u00e9r\u00eat particulier. Comme le montre le graphique 1, il a atteint 4,3% du produit int\u00e9rieur brut (PIB) en 2000 et est encore mont\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 atteindre 6,2% en 2006. En 2007, il est retomb\u00e9 \u00e0 5,3%.&#13;<\/p>\n<h2>Un d\u00e9ficit \u00e9tasunien de la balance des paiements sujet \u00e0 controverse<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nComme il indique un endettement de l&#8217;int\u00e9rieur vis-\u00e0-vis de l&#8217;\u00e9tranger, le d\u00e9ficit de la balance des paiements courants (exprim\u00e9 en pourcentage du PIB) est consid\u00e9r\u00e9 habituellement comme un avertissement pr\u00e9coce de crise mon\u00e9taire dans les pays \u00e9mergents. Le seuil d&#8217;alerte se d\u00e9duit des crises mon\u00e9taires ant\u00e9rieures et la litt\u00e9rature \u00e9conomique l&#8217;\u00e9tablit g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 3%. Une fois ce seuil fix\u00e9, trois questions se posent par rapport \u00e0 l&#8217;\u00e9volution d\u00e9crite plus haut:\u00a0&#8211; quel jugement l&#8217;\u00e9conomiste porte-t-il sur le d\u00e9ficit \u00e9tasunien de la balance des paiements courants?\u00a0&#8211; quelles sont les solutions existantes et n\u00e9cessaires pour une correction?\u00a0&#8211; par quel canal de transmission l&#8217;adaptation s&#8217;effectuera-t-elle en priorit\u00e9 et quelle sera son importance?\u00a0\u00a0Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, toutes ces questions sont controvers\u00e9es. Pour ce qui est des causes du d\u00e9ficit de la balance des paiements, on note d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 l&#8217;absence d&#8217;\u00e9pargne aux \u00c9tats-Unis; d&#8217;un autre, on renvoie constamment \u00e0 la politique mon\u00e9taire de plusieurs \u00c9tats asiatiques. La Chine en constitue un exemple remarquable: ce pays a fait de la sous-\u00e9valuation de sa monnaie, le renminbi, une strat\u00e9gie politico-\u00e9cono-mique pour doper ses exportations &#8211; du moins jusqu&#8217;en juillet 2005. La politique chinoise des taux de change a entra\u00een\u00e9 des exportations massives de capitaux, qui ont \u00e9t\u00e9 investis en grande partie dans des obligations d&#8217;\u00c9tat \u00e9tasuniennes. Une nouvelle appr\u00e9ciation du dollar en a r\u00e9sult\u00e9 ainsi que des taux d&#8217;int\u00e9r\u00eat bas et un gonflement du d\u00e9ficit de la balance des paiements cou-rants. Ces deux arguments rendent in\u00e9vitables des changements structurels internes (augmenter la disposition \u00e0 l&#8217;\u00e9pargne aux \u00c9tats-Unis) et une d\u00e9valuation du dollar. On aboutit, en revanche, \u00e0 une interpr\u00e9tation diam\u00e9tralement oppos\u00e9e des chiffres pr\u00e9sent\u00e9s dans le graphique 1 si l&#8217;on postule que ce d\u00e9ficit est un indicateur qui d\u00e9montre la force de l&#8217;\u00e9conomie \u00e9tasunienne. Dans cette perspective, l&#8217;afflux de capitaux aux \u00c9tats-Unis et le d\u00e9ficit cons\u00e9cutif de la balance des paiements expriment une attente: l&#8217;\u00e9conomie des \u00c9tats-Unis continuera \u00e0 conna\u00eetre des taux \u00e9lev\u00e9s de productivit\u00e9 et de croissance du PIB. En termes plus simples, le d\u00e9ficit de la balance des paiements courants n&#8217;est pas un indice de faiblesse, mais de force. Si l&#8217;on pousse le raisonnement jusqu&#8217;au bout, cela signifie que le d\u00e9ficit de la balance des paiements courants pourrait persister \u00e0 long terme.\u00a0\u00c0 part l&#8217;interpr\u00e9tation qualitative controvers\u00e9e du probl\u00e8me, il existe aussi de grandes diff\u00e9rences en ce qui concerne l&#8217;ampleur quantitative des corrections n\u00e9cessaires. L&#8217;adaptation peut-elle \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e avant tout en modifiant le taux de change effectif r\u00e9el, ou peut-elle r\u00e9sulter d&#8217;un diff\u00e9rentiel de croissance entre les \u00c9tats-Unis et le reste du monde? De combien faut-il d\u00e9valuer le cours r\u00e9el du dollar pour corriger le d\u00e9ficit de la balance des paiements courants?&#13;<\/p>\n<h2>Coup d&#8217;oeil \u00e0 l&#8217;histoire<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nPour r\u00e9pondre \u00e0 ces questions qualitatives et quantitatives, il para\u00eet judicieux de consid\u00e9rer l&#8217;\u00e9volution actuelle dans une perspective historique. Combien de pays ont-ils autrefois connu des p\u00e9riodes longues et durables de d\u00e9ficit de la balance des paiements courants, et comment les corrections ont-elles \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9es? Quelles sont les tactiques d&#8217;adaptation identifiables dans les corrections de la balance des paiements courants, toutes diff\u00e9rences nationales confondues, et quels \u00e9taient les ordres de grandeur? Quel a \u00e9t\u00e9 le temps n\u00e9cessaire? Le graphique 2 offre un aper\u00e7u des 42 \u00e9pisodes historiques \u00e9tudi\u00e9s. N&#8217;ont \u00e9t\u00e9 pris en compte que des pays industrialis\u00e9s, les pays \u00e9mergents et les pays exportateurs de p\u00e9trole ayant \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9s de c\u00f4t\u00e9 en raison des diff\u00e9rences structurelles. L&#8217;axe horizontal pr\u00e9sente le d\u00e9ficit de la balance des paiements courants en pourcentage du PIB au d\u00e9but de la correction; l&#8217;axe vertical, l&#8217;ampleur de l&#8217;adaptation.\u00a0Les plus grandes corrections ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9es en Finlande \u00e0 partir de 1991, en Irlande et au Portugal \u00e0 partir de 1981. Au d\u00e9part, les d\u00e9ficits de la balance des paiements courants de ces pays \u00e9taient de 5,4%, de 13,0% et 15,1% du PIB; les corrections se sont \u00e9lev\u00e9es \u00e0 12,9%, \u00e0 16,6% et \u00e0 18,2%. Dans ces trois cas, le d\u00e9ficit s&#8217;est transform\u00e9 en exc\u00e9dent. La derni\u00e8re correction d&#8217;un d\u00e9ficit de la balance des paiements courants aux \u00c9tats-Unis date de 1987. Le d\u00e9ficit initial qui \u00e9tait alors de 3,3% a n\u00e9cessit\u00e9 une correction de 3,4% pour dispara\u00eetre.\u00a0Le graphique 3 r\u00e9pond \u00e0 la question des canaux par lesquels passe la correction des d\u00e9ficits de la balance des paiements courants dans les 42 pays \u00e9tudi\u00e9s. L&#8217;axe horizontal pr\u00e9sente le taux de croissance moyen du PIB apr\u00e8s la p\u00e9riode de correction (1, &#8230;, T), sous d\u00e9duction du taux de croissance avant le d\u00e9but de la phase de correction (-T, &#8230;, 1), l&#8217;axe vertical la modification maximale du taux de change effectif r\u00e9el pendant la correction (-T, &#8230;, T). La r\u00e9gression lin\u00e9aire illustre un compromis (coefficient de corr\u00e9lation = -0,21) entre l&#8217;adaptation du taux de change et une acc\u00e9l\u00e9ration de la croissance du PIB. En moyenne, les pays ayant connu une forte d\u00e9valuation du taux de change r\u00e9el ont subi un recul moindre de leur croissance. L&#8217;ordre de grandeur quantitatif &#8211; ici encore en moyenne des 42 \u00e9pisodes historiques &#8211; r\u00e9v\u00e8le un recul moyen de la croissance de 1,4% et une baisse du taux de change r\u00e9el de 12,2%. La dur\u00e9e moyenne d&#8217;une phase de correction a \u00e9t\u00e9 de 4,6 ans.&#13;<\/p>\n<h2>Quelle doit \u00eatre l&#8217;ampleur des corrections?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nIl s&#8217;agit maintenant de d\u00e9terminer l&#8217;ampleur de l&#8217;adaptation des taux de change r\u00e9els &#8211; et donc la variation de la comp\u00e9titivit\u00e9-prix internationale &#8211; pour aboutir \u00e0 une correction de l&#8217;actuel d\u00e9ficit \u00e9tasunien de la balance des paiements courants. La conclusion qualitative d\u00e9duite des fonctions import\/export estim\u00e9es par les \u00e9conom\u00e8tres sur la base de s\u00e9ries temporelles s&#8217;incarne dans le th\u00e9or\u00e8me des \u00e9lasticit\u00e9s critiques de Marshall-Lerner qui veut qu&#8217;une am\u00e9lioration de la balance commerciale par affaiblissement de la monnaie n&#8217;est possible qu&#8217;\u00e0 long terme. Cela renvoie \u00e0 la fameuse courbe en \u00abJ\u00bb: \u00e0 court terme, la d\u00e9valuation m\u00e8ne \u00e0 un nouveau gonflement du d\u00e9ficit de la balance des paiements courant; \u00e0 long terme, la correction s&#8217;op\u00e8re. Contrairement \u00e0 cette \u00abvue pessimiste de l&#8217;\u00e9lasticit\u00e9\u00bb \u00e9voqu\u00e9e, la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e r\u00e9cente note, toutefois, deux effets de sens oppos\u00e9, qui sont utiles pour estimer l&#8217;\u00e9volution actuelle:\u00a01. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le d\u00e9mant\u00e8lement des barri\u00e8res commerciales et la mondialisation croissante ont intensifi\u00e9 la concurrence internationale. Cela signifie que les flux commerciaux r\u00e9agissent aujourd&#8217;hui \u00e0 des modifications minimes de la comp\u00e9titivit\u00e9-prix et que les \u00e9lasticit\u00e9s des taux de change augmentent avec le temps.\u00a02. Les fonctions import\/export estim\u00e9es par les \u00e9conom\u00e8tres pr\u00e9sentent normalement des non-lin\u00e9arit\u00e9s quant aux taux de change r\u00e9els. Comme les entreprises ont effectu\u00e9 des investissements en partie irr\u00e9versibles pour s&#8217;ouvrir le march\u00e9 des \u00c9tats-Unis, un affaiblissement du dollar implique d&#8217;abord un maintien sur cette base g\u00e9ographique et des revenus moindres. Le r\u00e9ajustement se fait par des corrections en profondeur ou dans le temps du cours des changes. Ces non-lin\u00e9arit\u00e9s impliquent des valeurs seuils pour que les flux commerciaux r\u00e9agissent aux modifications du cours r\u00e9el des changes. Chaque fois que celles-ci sont franchies, on assiste \u00e0 une acc\u00e9l\u00e9ration des \u00e9changes. Si l&#8217;on veut juger l&#8217;actuel d\u00e9ficit \u00e9tasunien de la balance des paiements courants, il faut tenir compte du fait que ces seuils sp\u00e9cifiques d\u00e9pendent de la flexibilit\u00e9 des \u00e9conomies nationales. Celles dont les march\u00e9s des produits et du travail sont flexibles peuvent r\u00e9agir plus rapidement, d&#8217;o\u00f9 des seuils critiques plus bas. Pour les \u00c9tats-Unis, cela signifie que les adaptations n\u00e9cessaires seront plut\u00f4t moindres que pour d&#8217;autres \u00e9conomies. Les graphiques 4 et 5 fournissent les preuves empiriques de cette th\u00e8se: les droites de r\u00e9gression \u00e0 pente n\u00e9gative significative, qui traversent les nuages de points, montrent bien que les pays \u00e0 haut indice de flexibilit\u00e9 &#8211; pour les produits comme pour le travail &#8211; pr\u00e9sentent en moyenne une valeur seuil plus basse. En d&#8217;autres termes, il suffit dans ces pays de variations minimes au niveau des taux de change r\u00e9els, et donc de la comp\u00e9titivit\u00e9-prix internationale, pour que les flux commerciaux internationaux r\u00e9agissent. Un exemple frappant en est donn\u00e9 par les graphiques dans le cas des \u00c9tats-Unis.\u00a0Les estimations \u00e9conom\u00e9triques disponibles ainsi que les facteurs particuliers cit\u00e9s plus haut permettent d&#8217;\u00e9valuer l&#8217;ordre de grandeur de la correction n\u00e9cessaire: les \u00c9tats-Unis ont probablement besoin d&#8217;une d\u00e9valuation effective r\u00e9elle du dollar de 10% pour r\u00e9duire le d\u00e9ficit de la balance commerciale d&#8217;un point de&nbsp;%.&#13;<\/p>\n<h2>La correction des d\u00e9s\u00e9quilibres a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe graphique 6 montre qu&#8217;aux \u00c9tats-Unis, l&#8217;adaptation des taux de changes effectifs (nominal et r\u00e9el) est en route depuis 2002. D&#8217;avril 2002 \u00e0 avril 2008, le taux de change effectif r\u00e9el du dollar a baiss\u00e9 de 24%. Si l&#8217;on tient compte des retards mentionn\u00e9s, on peut dire que la correction des d\u00e9s\u00e9quilibres macro\u00e9conomiques internationaux a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9. Le tournant peut \u00eatre situ\u00e9 \u00e0 la charni\u00e8re de 2005 et 2006.\u00a0L&#8217;\u00e9volution d\u00e9crite plus haut s&#8217;est encore renforc\u00e9e depuis juillet 2005, date \u00e0 laquelle la Chine a d\u00e9croch\u00e9 le renminbi du dollar et lui a substitu\u00e9 un \u00abpanier ferm\u00e9\u00bb, constitu\u00e9 d&#8217;un assez grand nombre de devises faisant l&#8217;objet de pond\u00e9rations variables, un peu \u00e0 l&#8217;instar du syst\u00e8me de Singapour. Comme le montre le graphique 7, cela a abouti, entre juillet 2005 et avril 2008, \u00e0 une appr\u00e9ciation r\u00e9elle (mod\u00e9r\u00e9e) de la monnaie chinoise d&#8217;environ 9%; l&#8217;appr\u00e9ciation face au dollar a \u00e9t\u00e9 encore plus nette.\u00a0Pour r\u00e9sumer, on peut \u00e9galement dire que les corrections n\u00e9cessaires aux d\u00e9s\u00e9quilibres macro-\u00e9conomiques internationaux ont commenc\u00e9 et qu&#8217;elles sont encore soutenues depuis mi-2005 par le nouveau r\u00e9gime de change du renminbi.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1 \u00abD\u00e9ficit \u00e9tasunien de la balance des paiements courants, 1990-2007\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2 \u00abCorrections du d\u00e9ficit de la balance des paiements courants dans les pays industrialis\u00e9s\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 3 \u00abModifications du taux de change effectif r\u00e9el et des taux de croissance du PIB pendant les phases de correction de la balance des paiements courants\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 4 \u00abValeurs seuils dans les fonctions import non lin\u00e9aires estim\u00e9es par \u00e9conom\u00e9trie et indice de flexibilit\u00e9 des march\u00e9s des produits et du travail\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 5 \u00abValeurs seuils dans les fonctions export non lin\u00e9aires estim\u00e9es par \u00e9conom\u00e9trie et indice de flexibilit\u00e9 des march\u00e9s des produits et du travail\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 6 \u00abTaux de change effectif nominal et r\u00e9el par mois en Chine, 1994-2008\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 7 \u00abTaux de change effectif nominal et r\u00e9el par mois aux \u00c9tats-Unis, 1990-2008\u00bb<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#13; &#13; Dans le contexte de la crise actuelle des march\u00e9s financiers internationaux, la question des d\u00e9s\u00e9quilibres macro\u00e9conomiques et des flux internationaux des capitaux est revenue au centre du d\u00e9bat public. 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