{"id":153710,"date":"2008-05-01T12:00:00","date_gmt":"2008-05-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2008\/05\/six-2\/"},"modified":"2023-08-24T01:12:28","modified_gmt":"2023-08-23T23:12:28","slug":"six-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2008\/05\/six-2\/","title":{"rendered":"La D\u00e9claration de Paris et son application"},"content":{"rendered":"<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/200805_07_Six_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"247\" \/>&#13;<\/p>\n<h2>Pourquoi d\u00e9battre aujourd&#8217;hui de l&#8217;efficacit\u00e9?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDe nombreuses raisons conduisent \u00e0 s&#8217;interroger pr\u00e9cis\u00e9ment maintenant sur l&#8217;efficacit\u00e9 de la coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement. Les lendemains de la guerre froide ont \u00e9t\u00e9 empreints d&#8217;un grand optimisme: la fin de la confrontation bipolaire allait permettre de lib\u00e9rer l&#8217;aide internationale &#8211; et donc les objectifs de d\u00e9veloppement, comme la r\u00e9duction durable des diff\u00e9rents aspects de la pauvret\u00e9 &#8211; de toute instrumentalisation politique. L&#8217;histoire semblait offrir \u00e0 la coop\u00e9ration la chance d&#8217;adopter des approches \u00e9quilibr\u00e9es bas\u00e9es sur les principes du partenariat et de contribuer ainsi \u00e0 un d\u00e9veloppement durable au niveau mondial. Pour diff\u00e9rentes raisons, ces espoirs ne se sont pas r\u00e9alis\u00e9s jusqu&#8217;ici. La communaut\u00e9 internationale continue d&#8217;\u00e9laborer des strat\u00e9gies politiques pragmatiques qui doivent l&#8217;aider \u00e0 atteindre ce but.\u00a0Lorsque la politique de d\u00e9veloppement n&#8217;a plus \u00e9t\u00e9 domin\u00e9e par l&#8217;id\u00e9ologie de la guerre froide et face aux r\u00e9sultats d\u00e9cevants, voire catastrophiques, des ajustements structurels des ann\u00e9es nonante, la question du sens m\u00eame de la coop\u00e9ration s&#8217;est pos\u00e9e avec toujours plus d&#8217;acuit\u00e9, surtout parmi les donateurs. Le bilan historique de la coop\u00e9ration, depuis son \u00abinvention\u00bb, est passablement ambivalent. Selon la m\u00e9thode de calcul retenue, entre 1 et 2,3 billions d&#8217;USD ont \u00e9t\u00e9 inject\u00e9s depuis la Seconde Guerre mondiale dans les canaux de financement que l&#8217;OCDE reconna\u00eet comme \u00e9tant de l&#8217;aide publique au d\u00e9veloppement (APD). Durant cette p\u00e9riode, les exemples les plus remarquables de succ\u00e8s \u00e9conomique &#8211; par exemple les \u00abtigres asiatiques\u00bb de la premi\u00e8re et de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9rations ou, plus r\u00e9cemment, la Chine et l&#8217;Inde &#8211; sont ceux de pays qui n&#8217;ont jamais \u00e9t\u00e9 les \u00abchouchous des donateurs\u00bb (si l&#8217;on consid\u00e8re les montants allou\u00e9s par habitant). D&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9, l&#8217;Afrique subsaharienne s&#8217;est taill\u00e9 la part du lion de l&#8217;APD, puisqu&#8217;elle a re\u00e7u 650 milliards d&#8217;USD depuis 1960, avec des r\u00e9sultats modestes jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent. En bref, la question qui demeure en suspens concerne le rapport (positif) entre la r\u00e9duction effective de la pauvret\u00e9 et la coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement. Pour y r\u00e9pondre, tant la communaut\u00e9 des donateurs que les pays b\u00e9n\u00e9ficiaires pr\u00e9conisent d&#8217;am\u00e9liorer l&#8217;efficacit\u00e9 de l&#8217;aide.&#13;<\/p>\n<h2>La D\u00e9claration de Paris, une strat\u00e9gie politique<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe contenu de la D\u00e9claration de Paris a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9 durant plusieurs ann\u00e9es par l&#8217;OCDE, ses \u00c9tats membres, les institutions financi\u00e8res internationales (Banque mondiale, Fonds mon\u00e9taire international), les banques r\u00e9gionales de d\u00e9veloppement et les pays partenaires. Dans le Consensus de Monterrey (2002), il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 question de r\u00e9gler les probl\u00e8mes syst\u00e9miques et les contradictions de l&#8217;\u00e9conomie internationale en augmentant les moyens financiers. Parall\u00e8lement, ce texte invitait les bailleurs de fonds \u00e0 harmoniser leurs proc\u00e9dures op\u00e9rationnelles et cherchait \u00e0 accro\u00eetre la flexibilit\u00e9 de la coop\u00e9ration &#8211; laquelle \u00e9tait appel\u00e9e \u00e0 davantage tenir compte du contexte. La qualit\u00e9 intrins\u00e8que de la D\u00e9claration de Paris r\u00e9side, d&#8217;une part, dans le consensus politique in\u00e9dit et relativement large qu&#8217;elle a r\u00e9uni au sein de la coop\u00e9ration internationale sur les priorit\u00e9s op\u00e9rationnelles et, d&#8217;autre part, dans l&#8217;introduction d&#8217;un suivi des r\u00e9sultats bas\u00e9 sur des indicateurs. Pour la premi\u00e8re fois, les \u00c9tats membres de l&#8217;OCDE se sont mis d&#8217;accord avec (entre-temps) environ 75 pays partenaires ainsi que quelques fondations priv\u00e9es et organisations non gouvernementales (ONG) de d\u00e9veloppement sur un ensemble de douze indicateurs de progr\u00e8s et 21 objectifs-cibles dont certains sont tr\u00e8s concrets. Le m\u00e9canisme ainsi cr\u00e9\u00e9 permet de mesurer l&#8217;am\u00e9lioration de l&#8217;efficacit\u00e9 dans le temps et sur le plan op\u00e9rationnel.\u00a0Depuis que la d\u00e9claration a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9e, l&#8217;OCDE en coordonne l&#8217;application dans le cadre d&#8217;un processus complexe incluant l&#8217;acquisition de donn\u00e9es et l&#8217;\u00e9valuation des progr\u00e8s. Elle a, en outre, lanc\u00e9 avec des ONG internationales un m\u00e9canisme de consultation, qui a \u00e9t\u00e9 institutionnalis\u00e9, notamment par la cr\u00e9ation du Groupe consultatif. La premi\u00e8re \u00e9tape majeure de la mise en oeuvre sera le Forum de haut niveau, en septembre 2008, \u00e0 Accra (Ghana). \u00c0 cette occasion, l&#8217;OCDE, ses \u00c9tats membres et les pays partenaires tireront un bilan interm\u00e9diaire.&#13;<\/p>\n<h2>Analyse critique des ONG<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes ONG ont, elles aussi, travaill\u00e9 en r\u00e9seau sur le th\u00e8me de l&#8217;efficacit\u00e9, afin de d\u00e9finir leur position et de fournir du mat\u00e9riel empirique. De leur point de vue, l&#8217;agenda de la D\u00e9claration de Paris n&#8217;est pas satisfaisant, et cela pour plusieurs raisons. Nous en examinerons ici deux en particulier. Le concept d&#8217;appropriation &#8211; selon lequel les pays partenaires s&#8217;investissent v\u00e9ritablement du premier r\u00f4le dans l&#8217;\u00e9laboration et la mise en oeuvre de leurs politiques et strat\u00e9gies de d\u00e9veloppement &#8211; se concentre sur les gouvernements des pays r\u00e9cipiendaires et laisse de c\u00f4t\u00e9 les questions de repr\u00e9sentativit\u00e9, n\u00e9gligeant les ONG, qui parlent au nom des populations concern\u00e9es. C&#8217;est ainsi que ces m\u00eames organisations ont demand\u00e9, imm\u00e9diatement apr\u00e8s la signature de la d\u00e9claration, que ce terme soit \u00e9largi et remplac\u00e9 par celui d&#8217;appropriation d\u00e9mocratique. Ainsi, les ONG et les autres organismes non \u00e9tatiques seraient reconnus comme des partenaires \u00e0 part enti\u00e8re dans le dialogue sur le d\u00e9veloppement. L&#8217;OCDE a admis le bien-fond\u00e9 de ces pr\u00e9occupations. Dans son projet de plan d&#8217;action pour Accra, \u00e9labor\u00e9 en mars 2008, elle plaide pour une implication accrue des citoyens, des parlements et des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile (OSC) dans les strat\u00e9gies de d\u00e9veloppement, depuis leur conception jusqu&#8217;\u00e0 leur \u00e9valuation finale.\u00a0 Le deuxi\u00e8me point critique n&#8217;est pas moins d\u00e9terminant que le premier, mais nettement plus difficile \u00e0 r\u00e9soudre dans la pratique. Le principe de la responsabilit\u00e9 mutuelle pr\u00e9voit que les donateurs comme les b\u00e9n\u00e9ficiaires de l&#8217;aide doivent rendre compte de ce qu&#8217;ils font ou ne font pas pour atteindre les objectifs de d\u00e9veloppement. Si l&#8217;on vise s\u00e9rieusement \u00e0 fonder la coop\u00e9ration sur un dialogue entre partenaires, il est capital d&#8217;instaurer des m\u00e9canismes de responsabilit\u00e9. Ceux-ci comportent les deux dimensions suivantes:\u00a0&#8211; obligation faite \u00e0 ceux qui sont investis du pouvoir (politique et financier) de justifier leurs d\u00e9cisions et leurs actes;\u00a0&#8211; existence de m\u00e9canismes permettant de sanctionner l&#8217;abus de pouvoir ou l&#8217;insuffisance de prestations.\u00a0\u00a0Comme le montrent les premiers r\u00e9sultats sommaires de la mise en oeuvre de la D\u00e9claration de Paris, de tels m\u00e9canismes sont encore loin de voir le jour. Cela provient surtout du fait que les bailleurs de fonds devraient accepter de sacrifier une partie de leur souverainet\u00e9 au profit des pays b\u00e9n\u00e9ficiaires, lesquels pourraient alors influer sur la politique des donateurs.&#13;<\/p>\n<h2>Bilan interm\u00e9diaire de la mise en oeuvre<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL&#8217;\u00e9valuation des progr\u00e8s accomplis dans la mise en oeuvre de la D\u00e9claration de Paris s&#8217;effectue en deux \u00e9tapes: dans un rapport publi\u00e9 en 2007, l&#8217;OCDE a fourni des donn\u00e9es essentielles sur tous les indicateurs et objectifs-cibles. \u00c0 Accra, ces informations serviront \u00e0 mettre en \u00e9vidence les progr\u00e8s d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9s et les lacunes, puisqu&#8217;elles pourront \u00eatre compar\u00e9es aux r\u00e9sultats d&#8217;une nouvelle \u00e9tude, actuellement en cours de r\u00e9alisation. L&#8217;OCDE et les autres signataires se sont ainsi fix\u00e9 un d\u00e9lai extr\u00eamement court pour pr\u00e9senter des succ\u00e8s visibles. Tous les objectifs de la d\u00e9claration doivent \u00eatre atteints d&#8217;ici 2010.\u00a0Aucun des \u00c9tats donateurs ou b\u00e9n\u00e9ficiaires n&#8217;a \u00e9tabli \u00e0 ce jour de rapport sur les progr\u00e8s de la mise en oeuvre. N\u00e9anmoins, il existe dans les secteurs non \u00e9tatiques d&#8217;int\u00e9ressantes sources d&#8217;information qui permettent de cerner le probl\u00e8me central:\u00a0&#8211; des rapports relatent les exp\u00e9riences faites par les institutions bilat\u00e9rales et multilat\u00e9rales qui m\u00e8nent depuis plusieurs ann\u00e9es des programmes r\u00e9gionaux sp\u00e9cifiques dans les domaines de l&#8217;harmonisation et de l&#8217;alignement; \u00a0&#8211; un r\u00e9cent rapport collectif des ONG, dont la publication a \u00e9t\u00e9 coordonn\u00e9e par le R\u00e9seau europ\u00e9en sur la dette et le d\u00e9veloppement (Eurodad), livre des enseignements empiriques provenant de sept pays r\u00e9cipiendaires sur les cinq domaines cl\u00e9s de la D\u00e9claration de Paris.&#13;<\/p>\n<h3>Am\u00e9lioration de l&#8217;appropriation<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nL&#8217;appropriation est \u00e9troitement li\u00e9e au deuxi\u00e8me principe directeur de la D\u00e9claration de Paris, l&#8217;alignement de l&#8217;aide sur les pays partenaires et sur leurs priorit\u00e9s en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement. Tous deux visent \u00e0 restituer aux pays b\u00e9n\u00e9ficiaires la ma\u00eetrise de leurs processus de d\u00e9veloppement. Le mat\u00e9riel empirique mentionn\u00e9 ci-dessus montre, toutefois, que les bailleurs h\u00e9sitent encore \u00e0 financer des programmes qu&#8217;ils n&#8217;ont pas formul\u00e9s eux-m\u00eames.\u00a0Une observation s&#8217;impose quand on compare les Documents de strat\u00e9gie pour la r\u00e9duction de la pauvret\u00e9 (DSRP), \u00e0 savoir les strat\u00e9gies nationales de d\u00e9veloppement qui doivent servir de base \u00e0 l&#8217;am\u00e9lioration de l&#8217;appropriation: dans de nombreux pays du Sud, ils pr\u00e9sentent des ressemblances frappantes, ce qui refl\u00e8te l&#8217;influence pr\u00e9dominante des institutions et \u00c9tats donateurs sur leur formulation. Ces institutions contr\u00f4lent tout aussi \u00e9troitement le remaniement des DSRP. En mars 2007, quinze collaborateurs du gouvernement du Niger se sont rendus \u00e0 Washington pour \u00e9laborer le deuxi\u00e8me DSRP du pays sous la supervision de la Banque mondiale, du PNUD, de la Belgique et du FMI. Dans certains cas, comme en Sierra Leone, les documents strat\u00e9giques sont formul\u00e9s de mani\u00e8re trop g\u00e9n\u00e9rale, de sorte que les bailleurs de fonds ont la possibilit\u00e9 d&#8217;agir en fonction de leurs propres priorit\u00e9s. Bien souvent, cette situation est imputable au manque de capacit\u00e9s des \u00c9tats b\u00e9n\u00e9ficiaires. C&#8217;est le cas au Niger et au Honduras. Faute de comp\u00e9tences, les gouvernements concern\u00e9s ne peuvent pas assumer le premier r\u00f4le que leur r\u00e9serve la D\u00e9claration de Paris. Compte tenu de l&#8217;important d\u00e9s\u00e9quilibre du pouvoir (financier), il est, en outre, irr\u00e9aliste d&#8217;imaginer que des pays comme la Sierra Leone pourraient refuser des apports d&#8217;aide au cas o\u00f9 les activit\u00e9s pr\u00e9vues seraient en contradiction avec leurs propres priorit\u00e9s de d\u00e9veloppement.\u00a0La question se pose diff\u00e9remment dans les pays mieux lotis sur le plan politique et \u00e9conomique. Le Nicaragua profite, par exemple, de ses liens \u00e9troits avec le Venezuela pour adopter une position relativement forte \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des donateurs traditionnels. Le gouvernement du Cambodge, s&#8217;il n&#8217;est pas all\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 refuser des moyens financiers, a tout de m\u00eame modifi\u00e9 certains projets. Quant au Vietnam, il a formul\u00e9 sa propre d\u00e9claration sur l&#8217;efficacit\u00e9 de l&#8217;aide (\u00abHanoi Core Statement on Aid Effectiveness\u00bb), qui sert de norme \u00e0 la coop\u00e9ration s\u00e9lective du gouvernement. De telles initiatives profitent de l&#8217;attention port\u00e9e \u00e0 cette probl\u00e9matique au plan international depuis l&#8217;adoption de la D\u00e9claration de Paris. Cependant, des obstacles consid\u00e9rables, de nature structurelle et politique, continuent d&#8217;entraver l&#8217;appropriation.&#13;<\/p>\n<h3>La question de la conditionnalit\u00e9<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nUn autre sujet politiquement sensible est celui de la conditionnalit\u00e9. \u00c0 propos du d\u00e9liement de l&#8217;aide, la D\u00e9claration de Paris se contente d&#8217;exiger des bailleurs de fonds qu&#8217;ils poursuivent leurs avanc\u00e9es sur cette voie. Des progr\u00e8s sont perceptibles dans ce domaine qui est un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 de l&#8217;h\u00e9g\u00e9monie des donateurs. On persiste, toutefois, en particulier du c\u00f4t\u00e9 des institutions financi\u00e8res internationales, \u00e0 imposer \u00e0 de nombreux pays partenaires de longues listes de conditions, d&#8217;abord pour r\u00e9duire les risques li\u00e9s \u00e0 la gestion financi\u00e8re, mais \u00e9galement pour d\u00e9terminer l&#8217;orientation de la politique \u00e9conomique nationale. En 2005, lors d&#8217;un atelier de la Banque islamique de d\u00e9veloppement consacr\u00e9 au Proche-Orient et \u00e0 l&#8217;Afrique du Nord, les \u00c9tats participants \u00e9taient d&#8217;avis que la coordination des donateurs \u00e9tait insuffisante \u00e0 cet \u00e9gard. Pour \u00e9largir la marge de manoeuvre politique, il est tout \u00e0 fait possible de recourir \u00e0 l&#8217;aide budg\u00e9taire, un instrument qui a fait ses preuves en la mati\u00e8re. Au Vietnam, on est parvenu \u00e0 all\u00e9ger sensiblement la conditionnalit\u00e9 gr\u00e2ce aux Cr\u00e9dits \u00e0 l&#8217;appui de la r\u00e9duction de la pauvret\u00e9, une forme d&#8217;appui budg\u00e9taire. En Tanzanie, le gouvernement a publi\u00e9 d\u00e8s 2002 la Strat\u00e9gie d&#8217;aide \u00e0 la Tanzanie (TAS) qui lui permettait d&#8217;assumer r\u00e9ellement le premier r\u00f4le et de coordonner une aide internationale tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. La TAS, une initiative couronn\u00e9e de succ\u00e8s, a \u00e9t\u00e9 prolong\u00e9e par la strat\u00e9gie Mkukuta qui oblige les donateurs \u00e0 mieux s&#8217;accorder avec le gouvernement. Cependant, l&#8217;appui budg\u00e9taire ne d\u00e9bouche pas n\u00e9cessairement sur une aide non li\u00e9e. Au Honduras, par exemple, il reste soumis aux conditions impos\u00e9es par le FMI et la Banque mondiale. L&#8217;agence su\u00e9doise de d\u00e9veloppement a constat\u00e9 r\u00e9cemment qu&#8217;au Nicaragua, la conditionnalit\u00e9 a fait de l&#8217;aide budg\u00e9taire une sorte de programme du FMI, qui restreint encore davantage la marge de manoeuvre du gouvernement b\u00e9n\u00e9ficiaire.\u00a0 La conditionnalit\u00e9 fait donc partie des points de d\u00e9tail les plus difficiles \u00e0 r\u00e9gler pour mettre en oeuvre la D\u00e9claration de Paris. Certes, cet instrument est susceptible d&#8217;emp\u00eacher une mauvaise utilisation des fonds, mais il renforce simultan\u00e9ment le pouvoir des donateurs, servant ainsi des int\u00e9r\u00eats qui n&#8217;ont rien \u00e0 voir avec les objectifs du d\u00e9veloppement. L&#8217;appropriation et l&#8217;alignement sur les pays partenaires pr\u00e9supposent, cependant, que les gouvernements r\u00e9cipiendaires aient la possibilit\u00e9 d&#8217;exercer activement le premier r\u00f4le. Or, de nombreux obstacles structurels et politiques s&#8217;y opposent encore. Ils seront au centre des d\u00e9bats lors du forum d&#8217;Accra en septembre 2008.&#13;<\/p>\n<h3>Responsabilit\u00e9 mutuelle<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLe principe de la responsabilit\u00e9 mutuelle, contenu dans la D\u00e9claration de Paris, constitue un autre point d&#8217;achoppement. La notion de responsabilit\u00e9, qui traditionnellement n&#8217;existait que du c\u00f4t\u00e9 des donateurs, a d&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9largie avec succ\u00e8s dans quelques cas particuliers. Le Mozambique en est un bel exemple. Un Cadre d&#8217;\u00e9valuation des performances a \u00e9t\u00e9 instaur\u00e9 d\u00e8s 2004, afin de mesurer les prestations des bailleurs de fonds dans le domaine de l&#8217;appui budg\u00e9taire. Fonctionnant sous la pression du groupe, ce m\u00e9canisme permet d&#8217;\u00e9tablir un classement des donateurs. Les lanternes rouges &#8211; l&#8217;Allemagne et la France en 2006 &#8211; sont invit\u00e9es \u00e0 am\u00e9liorer leurs proc\u00e9dures en ce qui concerne la pr\u00e9visibilit\u00e9 de l&#8217;aide ainsi que d&#8217;autres indicateurs.\u00a0L&#8217;exemple de la Sierra Leone illustre aussi le probl\u00e8me fondamental de l&#8217;asym\u00e9trie du pouvoir, qui pose la question de savoir comment le partenaire le plus faible d&#8217;une coop\u00e9ration peut amener le plus fort \u00e0 rendre des comptes. En 2006, quatre pays allouant une aide budg\u00e9taire ont conclu avec le gouvernement un accord visant \u00e0 am\u00e9liorer la gestion des affaires publiques et la responsabilit\u00e9. S&#8217;agissant des engagements \u00e0 tenir par la Sierra Leone, ce texte \u00e9num\u00e8re dix points d\u00e9taill\u00e9s en mati\u00e8re de r\u00e9forme de la gouvernance ainsi que 35 objectifs sp\u00e9cifiques assortis de d\u00e9lais. Du c\u00f4t\u00e9 des donateurs, en revanche, il se contente de r\u00e9p\u00e9ter les engagements tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9raux d\u00e9j\u00e0 pris dans la D\u00e9claration de Paris, sans formuler de prescriptions concr\u00e8tes relatives \u00e0 des cas sp\u00e9cifiques. De plus, ses dispositions sur la transparence et la garantie de l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;information restent largement insuffisantes; or, il s&#8217;agit l\u00e0 de conditions essentielles pour satisfaire \u00e0 l&#8217;obligation de rendre compte.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1 \u00abAPD allou\u00e9e aux pays b\u00e9n\u00e9ficiaires, 2005\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 1 \u00abPrincipes et mesures de la D\u00e9claration de Paris\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<b>Encadr\u00e9 1: Bibliographie<\/b>&#13;<br \/>\n&#8211; De Renzio Paulo, Promoting Mutual Accountability in Aid Relationships, ODI, Briefing Paper, avril 2006, Londres. <a href=\"http:\/\/www.odi.org\">www.odi.org<\/a> .uk\/publications\/briefing\/bp_april06_mutual_accountability.pdf &#8211; Eurodad, Turning the Tables. Aid and accountability under the Paris framework. A civil society report, Bruxelles, 2008. <a href=\"http:\/\/www.eurodad.org\/uploadedFiles\/Whats_New\/Reports\/Turning_the_Tables\">www.eurodad.org\/uploadedFiles\/Whats_New\/Reports\/Turning_the_Tables<\/a> .pdf &#8211; Roodman David, Macro Aid Effectiveness Research. A Guide for the Perplexed, Center for Global Development, Working Paper 134, d\u00e9cembre 2007. <a href=\"http:\/\/www.cgdev.org\/files\/15003_file_Guide_Perplexed\">www.cgdev.org\/files\/15003_file_Guide_Perplexed<\/a> .pdf &#8211; Six Clemens, Harmonisierung und Anpassung als Strategien f\u00fcr wirksamere Hilfe? Bisherige Erfahrungen mit bi- und multilateralen Gebern in Asien und Afrika, \u00d6FSE Working Paper 15, d\u00e9cembre 2006. <a href=\"http:\/\/www.oefse.at\/Downloads\/publikationen\/Harmonisation\">www.oefse.at\/Downloads\/publikationen\/Harmonisation<\/a> .pdf &#8211; Six Clemens, Langthaler Margarita et Obrovsky Michael, Die Pariser Erkl\u00e4rung und ihre bisherige Umsetzung. (Irr-)Wege zu mehr Wirksamkeit in der EZA, \u00d6FSE Working Paper 17, mai 2007. <a href=\"http:\/\/www.oefse.at\/Downloads\/publikationen\/WP_Pariser_Erklaerung\">www.oefse.at\/Downloads\/publikationen\/WP_Pariser_Erklaerung<\/a> .pdf<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#13; Pourquoi d\u00e9battre aujourd&#8217;hui de l&#8217;efficacit\u00e9? &#13; De nombreuses raisons conduisent \u00e0 s&#8217;interroger pr\u00e9cis\u00e9ment maintenant sur l&#8217;efficacit\u00e9 de la coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement. Les lendemains de la guerre froide ont \u00e9t\u00e9 empreints d&#8217;un grand optimisme: la fin de la confrontation bipolaire allait permettre de lib\u00e9rer l&#8217;aide internationale &#8211; et donc les objectifs de d\u00e9veloppement, comme la [&hellip;]<\/p>","protected":false},"author":3156,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"ep_exclude_from_search":false,"footnotes":""},"post__type":[83],"post_opinion":[],"post_serie":[],"post_content_category":[],"post_content_subject":[],"acf":{"seco_author":3156,"seco_co_author":null,"author_override":"","seco_author_post_ocupation_year":"","seco_author_post_occupation_de":"\u00d6sterreichische Forschungsstiftung f\u00fcr Internationale Entwicklung \u00d6FSE, Wien","seco_author_post_occupation_fr":"Fondation autrichienne pour la recherche et l'aide au d\u00e9veloppement (\u00d6FSE), Vienne","seco_co_authors_post_ocupation":null,"short_title":"","post_lead":"La communaut\u00e9 internationale, et plus particuli\u00e8rement les pays donateurs occidentaux regroup\u00e9s au sein de l'OCDE, s'emploient actuellement \u00e0 mettre en oeuvre la D\u00e9claration de Paris sur l'efficacit\u00e9 de l'aide. Cet accord conclu en mars 2005 repr\u00e9sente le premier point culminant d'un processus de plusieurs ann\u00e9es qui a progressivement focalis\u00e9 l'attention de la coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement sur la question de l'efficacit\u00e9. Son adoption a permis de placer ce th\u00e8me au centre des pr\u00e9occupations de la communaut\u00e9 internationale, par-del\u00e0 les structures de l'OCDE, afin d'apporter des r\u00e9ponses appropri\u00e9es aux questions de d\u00e9veloppement durable. Le sommet d'Accra, en septembre 2008, montrera les progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s \u00e0 ce jour par les signataires dans la mise en oeuvre de la D\u00e9claration de Paris.","post_hero_image_description":"","post_hero_image_description_copyright_de":"","post_hero_image_description_copyright_fr":"","post_references_literature":"","post_kasten":null,"post_notes_for_print":"","first_teaser_header_de":"","first_teaser_header_fr":"","first_teaser_text_de":"","first_teaser_text_fr":"","second_teaser_header_de":"","second_teaser_header_fr":"","second_teaser_text_de":"","second_teaser_text_fr":"","kseason_de":"","kseason_fr":"","post_in_pdf":153713,"main_focus":null,"serie_email":null,"frontpage_slider_bild":"","artikel_bild-slider":null,"legacy_id":"8792","post_abstract":"","magazine_issue":null,"seco_author_reccomended_post":null,"redaktoren":null,"korrektor":null,"planned_publication_date":null,"original_files":null,"external_release_for_author":"19700101","external_release_for_author_time":"00:00:00","link_for_external_authors":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/exedit\/55b71e47327cb"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/153710"}],"collection":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3156"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=153710"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/153710\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":189914,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/153710\/revisions\/189914"}],"acf:user":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3156"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=153710"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post__type","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post__type?post=153710"},{"taxonomy":"post_opinion","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_opinion?post=153710"},{"taxonomy":"post_serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_serie?post=153710"},{"taxonomy":"post_content_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_category?post=153710"},{"taxonomy":"post_content_subject","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_subject?post=153710"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}