{"id":153945,"date":"2008-01-01T12:00:00","date_gmt":"2008-01-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2008\/01\/meister-6\/"},"modified":"2023-08-24T01:13:23","modified_gmt":"2023-08-23T23:13:23","slug":"meister-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2008\/01\/meister-6\/","title":{"rendered":"Le r\u00f4le du commerce international dans l&#8217;avenir de l&#8217;approvisionnement suisse en \u00e9lectricit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>La Suisse de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 n&#8217;est pas une \u00eele. Non seulement elle d\u00e9pend de plus en plus des importations, mais ses entreprises profitent aussi du commerce transfrontalier de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9, lequel va encore gagner en importance avec la lib\u00e9ralisation du march\u00e9. Les strat\u00e9gies cens\u00e9es combler les insuffisances de l&#8217;approvisionnement \u00e9lectrique doivent donc \u00eatre examin\u00e9es dans le contexte international. \u00c0 long terme, il serait plus judicieux que la Suisse dispose de ses propres grandes centrales (en particulier nucl\u00e9aires) \u00e0 co\u00fbts marginaux faibles, afin de ne pas d\u00e9pendre enti\u00e8rement des importations d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 en ruban.<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/200801_07_Meister_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"249\" \/>&#13;<\/p>\n<h2>La Suisse est d\u00e9j\u00e0 une importatrice nette de courant<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nEn 2005, pour la premi\u00e8re fois depuis le d\u00e9but de la statistique de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 (1910), les importations suisses de courant ont \u00e9t\u00e9 sup\u00e9rieures aux exportations. Cet exc\u00e9dent a \u00e9t\u00e9 justifi\u00e9 par les mauvaises conditions hydrologiques affectant la production hydro-\u00e9lectrique et par l&#8217;arr\u00eat durant plusieurs mois de la centrale nucl\u00e9aire de Leibstadt. \u00c9tonnamment, la Suisse est aussi rest\u00e9e importatrice nette en 2006, malgr\u00e9 une production record des centrales nucl\u00e9aires. Face \u00e0 une production indig\u00e8ne nette de 59,4 milliards de kWh et une consommation nationale de 62,1 milliards, les importations ont \u00e9t\u00e9 de 48,8 milliards de kWh, les exportations de 46,1 milliards. Le fait qu&#8217;auparavant, on ait plus export\u00e9 qu&#8217;import\u00e9 ne saurait faire oublier que la Suisse d\u00e9pend des importations depuis de nombreuses ann\u00e9es. C&#8217;est en particulier le cas l&#8217;hiver o\u00f9 l&#8217;\u00e9nergie hydro\u00e9lectrique est rare. En 2006, la production locale n&#8217;a d\u00e9pass\u00e9 la demande int\u00e9rieure que pendant six mois, et en 2005 pendant quatre seulement Voir Ofen (2007) et (2006)..\u00a0Le volume consid\u00e9rable des importations et des exportations indique aussi l&#8217;importance du commerce transfrontalier et des transits. Si l&#8217;on d\u00e9finit ces derniers comme la valeur minimum des deux grandeurs \u00abimportation\u00bb et \u00abexportation\u00bb, ils ont \u00e9t\u00e9 de 46,1 milliards de kWh en 2006, ce qui repr\u00e9sente grosso modo les trois quarts de la consommation suisse. Il s&#8217;agit principalement de fourniture d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 l&#8217;Italie, o\u00f9 les prix de gros ont augment\u00e9 massivement entre 1987 et 1990 du fait de l&#8217;abandon progressif du nucl\u00e9aire. De tels prix ne peuvent, toutefois, \u00eatre attribu\u00e9s uniquement \u00e0 l&#8217;insuffisance de la production nationale, mais aussi \u00e0 sa structure: l&#8217;Italie produit actuellement son \u00e9lectricit\u00e9 dans des centrales \u00e0 gaz et \u00e0 mazout, soit par des technologies \u00e0 co\u00fbts marginaux \u00e9lev\u00e9s, alors que ceux des centrales nucl\u00e9aires fran\u00e7aises ou des centrales \u00e0 charbon allemandes sont faibles, ce qui rend int\u00e9ressante l&#8217;exportation des exc\u00e9dents vers l&#8217;Italie. Les gestionnaires suisses de r\u00e9seaux de transport de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 (RTE) ne profitent pas seulement de leur activit\u00e9 d&#8217;interm\u00e9diaires, mais aussi de la revalorisation du courant: pendant la nuit, l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 en ruban import\u00e9e de France ou d&#8217;Allemagne\u00a0&#8211; o\u00f9 elle est produite en continu dans des centrales nucl\u00e9aires ou \u00e0 charbon\u00a0&#8211; est utilis\u00e9e pour pomper de l&#8217;eau dans les lacs d&#8217;accumulation; ainsi stock\u00e9e, elle est ensuite revendue \u00e0 un prix plus \u00e9lev\u00e9 le jour, pendant les p\u00e9riodes de pointe. Pour les entreprises suisses d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9, l&#8217;exc\u00e9dent b\u00e9n\u00e9ficiaire 2006 des \u00e9changes ext\u00e9rieurs est estim\u00e9 \u00e0 quelque 1,07 milliard de francs Voir Ofen (2007), p. 47..&#13;<\/p>\n<h2>Le commerce international est le moteur de la concurrence<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa lib\u00e9ralisation des march\u00e9s europ\u00e9ens de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 a accru l&#8217;importance de son commerce. Les \u00e9changes de courant ne sont, en effet, plus seulement des moyens de combler les insuffisances sp\u00e9cifiques de la production d&#8217;un pays; l&#8217;interp\u00e9n\u00e9tration des march\u00e9s suscite aussi une concurrence transfrontali\u00e8re d&#8217;autant plus importante que plusieurs march\u00e9s nationaux sont domin\u00e9s par un petit nombre d&#8217;entreprises. Dans la pratique, il est difficile pour de nouveaux producteurs in-d\u00e9pendants d&#8217;entrer sur le march\u00e9, faute de sites pour construire de nouvelles centrales. En revanche, il serait possible d&#8217;entrer sur le march\u00e9 avec une strat\u00e9gie internationale d&#8217;approvisionnement: un fournisseur d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 peut se procurer du courant \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger et le distribuer \u00e0 des clients finals suisses. L&#8217;\u00e9loignement entre le lieu de production et le client final n&#8217;est pas n\u00e9cessairement un obstacle, d&#8217;autant plus qu&#8217;entre les membres de l&#8217;Association europ\u00e9enne des gestionnai-res de r\u00e9seau de transport d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 (Etso), les tarifs appliqu\u00e9s ne sont plus li\u00e9s \u00e0 la distance. En effet, les taxes d&#8217;importation, d&#8217;exportation et de transit ont \u00e9t\u00e9 abolies en Europe au cours du \u00abprocessus de Florence\u00bb, lanc\u00e9 pour \u00e9liminer le probl\u00e8me du \u00abpancaking\u00bb, c&#8217;est-\u00e0-dire le cumul de taxes de r\u00e9seau li\u00e9es \u00e0 la distance entre producteur et consommateur. \u00c0 l&#8217;instar du timbre-poste pour le courrier int\u00e9rieur, on applique d\u00e9sormais aux \u00e9changes transfrontaliers d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 un syst\u00e8me de tarification ind\u00e9pendant de la distance: les taxes par transaction pour l&#8217;importation, l&#8217;exportation et le transit sont remplac\u00e9es par un fonds europ\u00e9en de compensation entre gestionnaires de RTE, qui rembourse aux \u00c9tats les co\u00fbts occasionn\u00e9s par les transits physiques d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9. Les encaissements et paiements du fonds ne se basent donc pas sur des transactions contractuelles, mais sur le mesurage des flux physiques d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9.&#13;<\/p>\n<h2>Les goulets d&#8217;\u00e9tranglement aux fronti\u00e8res emp\u00eachent la convergence internationale des prix<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDans la pratique, l&#8217;effet de \u00abpancaking\u00bb n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement \u00e9limin\u00e9, car l&#8217;exploitation des capacit\u00e9s de transport transfrontalier, dites aussi \u00abcapacit\u00e9s frontali\u00e8res\u00bb, continue \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer des co\u00fbts li\u00e9s \u00e0 la distance. Ces capacit\u00e9s ayant \u00e9t\u00e9 dimensionn\u00e9es trop faiblement entre la plupart des pays, pour des raisons historiques, il se produit souvent des goulets d&#8217;\u00e9tranglement. L&#8217;adjudication des capacit\u00e9s disponibles se fait alors aux ench\u00e8res. Autrement dit, en cas de p\u00e9nurie, les courtiers en \u00e9lectricit\u00e9 doivent acheter des capacit\u00e9s frontali\u00e8res et les co\u00fbts agissent comme des taxes d&#8217;importation ou d&#8217;exportation \u00e0 la transaction. La Suisse proc\u00e8de, elle aussi, \u00e0 des mises aux ench\u00e8res inspir\u00e9es des directives europ\u00e9ennes, mais ce syst\u00e8me s&#8217;est limit\u00e9 en 2007 aux \u00e9changes avec l&#8217;Allemagne et l&#8217;Autriche. Les ench\u00e8res de capacit\u00e9s sont effectu\u00e9es par les gestionnaires de RTE; elles se d\u00e9roulent donc ind\u00e9pendamment du courtage d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 pratiqu\u00e9 sur les march\u00e9s \u00abspot\u00bb (ench\u00e8res dites explicites).\u00a0Depuis d\u00e9but 2007, l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 destin\u00e9e au march\u00e9 suisse est n\u00e9goci\u00e9e \u00e0 la Bourse europ\u00e9enne de l&#8217;\u00e9nergie EEX (Leipzig). C&#8217;est surtout pendant les mois d&#8217;hiver que l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 n\u00e9goci\u00e9e pour la Suisse est plus ch\u00e8re que celle destin\u00e9e aux march\u00e9s austro-allemand ou fran\u00e7ais. En effet, la production des centrales hydro\u00e9lectriques suisses diminue durant cette p\u00e9riode et la Suisse doit s&#8217;en remettre aux importations, ce qui entra\u00eene la rar\u00e9faction des capacit\u00e9s frontali\u00e8res et n\u00e9cessite des ench\u00e8res. Au premier semestre 2007, l&#8217;utilisation de la station de couplage \u00e0 la fronti\u00e8re germano-suisse a co\u00fbt\u00e9 en moyenne 6 euros\/MWh; en janvier, le prix moyen \u00e9tait de 15 euros\/MWh, mais il est retomb\u00e9 \u00e0 pratiquement z\u00e9ro \u00e0 partir d&#8217;avril. Dans le sens inverse (exportation vers l&#8217;Allemagne), les prix ne sont pratiquement jamais positifs, car les capacit\u00e9s de transport sont suffisantes. Il s&#8217;av\u00e8re que le montant des ench\u00e8res en direction de la Suisse \u00e9volue parall\u00e8lement \u00e0 la diff\u00e9rence de prix entre les deux march\u00e9s. L&#8217;explication en est simple: l&#8217;int\u00e9r\u00eat du courtier est d&#8217;exporter du courant depuis l&#8217;Allemagne vers la Suisse tant que son prix est sup\u00e9rieur sur ce dernier march\u00e9. Ajoutons que la demande en capacit\u00e9s frontali\u00e8res d\u00e9passe l&#8217;offre tant que le prix aux ench\u00e8res est inf\u00e9rieur \u00e0 la diff\u00e9rence des tarifs du march\u00e9. En situation d&#8217;\u00e9quilibre, le prix aux ench\u00e8res \u00e9quivaut \u00e0 la diff\u00e9rence des prix du march\u00e9 (voir graphiques 1 et 2).\u00a0Le fait que la Suisse accuse un niveau de prix \u00abitalien\u00bb en hiver vient aussi de ce que les capacit\u00e9s frontali\u00e8res au nord ne sont pas requises uniquement pour des importations, mais aussi pour des transits vers le sud. L&#8217;accroissement des besoins du c\u00f4t\u00e9 suisse entre donc en concurrence avec ceux de l&#8217;Italie, d&#8217;o\u00f9 une hausse de la demande au nord. En hiver 2005\/2006, les exportations nettes du territoire suisse vers l&#8217;Italie se sont \u00e9lev\u00e9es \u00e0 presque 10 milliards de kWh, soit \u00e0 peu pr\u00e8s un sixi\u00e8me de la consommation annuelle de notre pays. On peut illustrer cet effet simplement: les capacit\u00e9s d&#8217;importation aux fronti\u00e8res fran\u00e7aise et allemande, soit 5500 MW, permettraient th\u00e9oriquement d&#8217;importer plus de 48 milliards de kWh par an Voir IfnE (2007), p. 21., ce qui repr\u00e9sente pratiquement 80% de la consommation suisse. Si ces importations n&#8217;\u00e9taient utilis\u00e9es qu&#8217;\u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur, il y aurait moins de goulets d&#8217;\u00e9tranglement \u00e0 la fronti\u00e8re nord, donc un prix moindre pour les capacit\u00e9s frontali\u00e8res. Cela revient \u00e0 dire que, sans les transits, la Suisse pourrait importer du courant meilleur march\u00e9. Par contre, les gestionnaires suisses de RTE ne r\u00e9aliseraient pas de b\u00e9n\u00e9fices.&#13;<\/p>\n<h2>Un facteur strat\u00e9gique: le d\u00e9veloppement du r\u00e9seau<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDans le contexte d&#8217;une panne \u00e9ventuelle de l&#8217;approvisionnement \u00e9lectrique, ce fait a des cons\u00e9quences sur la planification du d\u00e9veloppement du r\u00e9seau. L&#8217;insuffisance croissante de la production indig\u00e8ne s&#8217;accompagne d&#8217;une hausse des prix qui pourrait \u00eatre contrebalanc\u00e9e par le commerce international. D\u00e9velopper les capacit\u00e9s de transport vers la France et l&#8217;Allemagne permettrait \u00e0 la Suisse de diminuer ses prix de gros, surtout en hiver. En revanche, d\u00e9velopper les capacit\u00e9s de r\u00e9seau vers le sud tout en laissant celles vers le nord en l&#8217;\u00e9tat favorise une croissance des prix qui se rapproche alors du niveau italien.\u00a0Autrement dit, pour diminuer le prix de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 en Suisse, il faut encourager le d\u00e9veloppement des capacit\u00e9s de r\u00e9seau en direction des pays qui connaissent des prix de gros faibles. Dans la pratique, il y a en effet un risque que les gestionnaires de RTE int\u00e9gr\u00e9s verticalement &#8211; c&#8217;est-\u00e0-dire ceux actifs \u00e0 la fois dans la production et le transport\u00a0&#8211; lorgnent avant tout vers les pays \u00e0 prix \u00e9lev\u00e9s, les capacit\u00e9s suppl\u00e9mentaires permettant de gagner de nouveaux d\u00e9bouch\u00e9s. En revanche, une extension vers les pays \u00e0 prix faibles implique le risque d&#8217;une augmentation de la concurrence internationale; c&#8217;est pour cela que cette option est laiss\u00e9e de c\u00f4t\u00e9. La commission allemande des monopoles a eu r\u00e9cemment la preuve de ce comportement: bien que les prix de gros polonais soient nettement inf\u00e9rieurs aux allemands, il n&#8217;y a que peu d&#8217;\u00e9changes d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 entre les deux pays. La commission conclut: \u00abIl existe manifestement un goulet d&#8217;\u00e9tranglement entre l&#8217;Allemagne et la Pologne, mais on ne voit nulle part les gestionnaires de RTE s&#8217;efforcer d&#8217;y rem\u00e9dier\u00bb Voir Deutsche Monopolkommission (2007), p. 103.. Un r\u00e9gulateur devrait obliger les entreprises int\u00e9gr\u00e9es verticalement \u00e0 axer le d\u00e9veloppement de leurs capacit\u00e9s frontali\u00e8res sur l&#8217;optimum macro\u00e9conomique.&#13;<\/p>\n<h2>Les limites de la strat\u00e9gie d&#8217;importation<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa Suisse peut-elle pallier d&#8217;\u00e9ventuelles insuffisances en important de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9? Cela d\u00e9pend en partie du nombre de pays europ\u00e9ens disposant de capacit\u00e9s de production pour l&#8217;exportation. \u00c0 l&#8217;heure qu&#8217;il est, la Suisse a deux exportateurs de poids \u00e0 sa porte: la France et l&#8217;Allemagne. Quant \u00e0 savoir si l&#8217;Allemagne restera exportatrice \u00e0 long terme, cela d\u00e9pend en particulier de sa d\u00e9cision concernant un \u00e9ventuel abandon du nucl\u00e9aire. Aujourd&#8217;hui, la France est la plus grande exportatrice nette d&#8217;Europe. En 2006, elle a export\u00e9 71,9 milliards de kWh et n&#8217;en a import\u00e9 que 8,5 milliards. En construisant la nouvelle centrale nucl\u00e9aire Flamanville 3, consid\u00e9r\u00e9e comme le pr\u00e9curseur de toute une s\u00e9rie de nouveaux r\u00e9acteurs \u00e0 eau pressuris\u00e9e de la troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, la France manifeste son intention de rester active sur le march\u00e9 international de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9.\u00a0Si elle arr\u00eate progressivement ses centrales nucl\u00e9aires, la Suisse d\u00e9pendra largement des importations \u00e0 partir de 2020 environ. \u00c0 l&#8217;heure qu&#8217;il est, ses centrales nucl\u00e9aires produisent quelque 26 milliards de kWh par an. Du point de vue purement technique, la France, fortement ax\u00e9e sur le nucl\u00e9aire, serait un fournisseur appropri\u00e9 en cas d&#8217;insuffisance de la production en ruban suisse. Du point de vue \u00e9conomique, en revanche, d\u00e9pendre unilat\u00e9ralement des importations fran\u00e7aises serait peu r\u00e9jouissant. Electricit\u00e9 de France (EDF) jouit actuellement d&#8217;une position de quasi-monopole sur le march\u00e9 fran\u00e7ais. Si des pays comme la Suisse, l&#8217;Allemagne ou l&#8217;Italie d\u00e9pendent davantage des importations, la position d&#8217;EDF continuera \u00e0 se renforcer dans le commerce international. Les prix d&#8217;EDF pourraient alors se r\u00e9f\u00e9rer davantage \u00e0 ceux des technologies de substitution disponibles \u00e0 court terme qu&#8217;aux co\u00fbts marginaux des centrales nucl\u00e9aires. Or il s&#8217;agit en particulier de centrales \u00e0 gaz, surtout exploit\u00e9es aujourd&#8217;hui pour produire de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 en p\u00e9riode de charge moyenne et de pointe, \u00e9tant donn\u00e9 que leurs co\u00fbts marginaux sont sup\u00e9rieurs. Toutefois, comme elles pourraient \u00eatre construites relativement vite, les centrales \u00e0 gaz repr\u00e9sentent \u00e0 court terme une solution de rechange aux importations.\u00a0On peut en conclure que, dans le cadre d&#8217;une solution transitoire, le march\u00e9 europ\u00e9en est parfaitement en mesure d&#8217;assurer une partie de l&#8217;approvisionnement de la Suisse. Les technologies de transition comme les centrales \u00e0 gaz ne vaudront, cependant, gu\u00e8re \u00e0 la Suisse des prix de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 plus favorables que le commerce international. \u00c0 long terme, il serait plus judicieux que la Suisse dispose de ses propres grandes centrales (en particulier nucl\u00e9aires) \u00e0 co\u00fbts marginaux faibles, afin de ne pas d\u00e9pendre enti\u00e8rement des importations d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 en ruban.&#13;<\/p>\n<h2>Bouleversement du contexte international<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL&#8217;int\u00e9gration croissante de la Suisse dans le march\u00e9 europ\u00e9en de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 cr\u00e9e une nouvelle situation. Ainsi, les capacit\u00e9s de transport vers l&#8217;Italie seront adjug\u00e9es par ench\u00e8res au plus offrant et, dans le cadre des n\u00e9gociations bilat\u00e9rales, il sera d\u00e9cid\u00e9 si les gestionnaires de RTE suisses peuvent revendiquer les capacit\u00e9s frontali\u00e8res vers la France pour leur usage exclusif ou si celles-ci doivent \u00eatre ouvertes aux ench\u00e8res. Pour les fournisseurs suisses d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9, l&#8217;abolition de l&#8217;usage exclusif des capacit\u00e9s frontali\u00e8res diminue les potentiels de vente et de courtage; d\u00e9sormais, des producteurs allemands pourraient exporter de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 en Italie m\u00eame sans interm\u00e9diaire. Toutefois, le r\u00f4le de plaque tournante de la Suisse dans le commerce europ\u00e9en de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 pourrait aussi changer pour d&#8217;autres raisons: par exemple au cas o\u00f9 les capacit\u00e9s de transport entre l&#8217;Italie et ses voisins se d\u00e9velopperaient, ou suite \u00e0 la construction forc\u00e9e de centrales suppl\u00e9mentaires en Italie m\u00eame. La Suisse pourrait donc perdre graduellement son r\u00f4le essentiel de pays de transit. Le potentiel de rendement du courtage fondrait, mais les importations pour la consommation int\u00e9rieure pourraient aussi devenir plus favorables suite \u00e0 la diminution des goulets d&#8217;\u00e9tranglement au nord.\u00a0Une nouvelle situation survient aussi en Europe du fait des interconnexions physiques qui relient d\u00e9sormais des march\u00e9s autrefois s\u00e9par\u00e9s, comme le c\u00e2ble sous-marin de 580 km entre les Pays-Bas et la Norv\u00e8ge. Le d\u00e9veloppement des interconnexions physiques augmente aussi l&#8217;interp\u00e9n\u00e9tration \u00e9conomique des march\u00e9s. Les m\u00e9thodes de gestion des goulets d&#8217;\u00e9tranglement s&#8217;am\u00e9liorent; elles simplifient et int\u00e8grent le commerce et les capacit\u00e9s de transport de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9. \u00c0 moyen terme, la Suisse devra r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la mani\u00e8re dont elle entend participer \u00e0 cette \u00e9volution et aux cons\u00e9quences que cela aura sur la planification de nouvelles grandes centrales ou le d\u00e9veloppement des capacit\u00e9s de transport. Il y a longtemps que la Suisse de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 n&#8217;est plus une \u00eele!&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1 \u00abPrix de gros de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 en ruban, janvier-octobre 2007\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2 \u00abPrix des capacit\u00e9s frontali\u00e8res Allemagne &#8211; Suisse (2007)\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Indications bibliographiques &#8211; OFEN, Statistique suisse de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 2006, Berne 2007.- OFEN, Statistique suisse de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 2005, Berne 2006.- Deutsche Monopolkommission, Strom und Gas 2007: Wettbewerbsdefizite und z\u00f6gerliche Regulierung, p. 103.- IfnE, Ingenieurb\u00fcro f\u00fcr neue Energien, Ermittlung des Stromgrosshandelspreises im Schweizer Strommarkt, Teltow, 2007, \u00e0 la demande de l&#8217;Ofen.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Suisse de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 n&#8217;est pas une \u00eele. 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