{"id":153986,"date":"2007-12-01T12:00:00","date_gmt":"2007-12-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2007\/12\/baur-6\/"},"modified":"2023-08-24T01:13:40","modified_gmt":"2023-08-23T23:13:40","slug":"baur-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2007\/12\/baur-6\/","title":{"rendered":"Les facteurs d\u00e9terminant la r\u00e9partition internationale des revenus"},"content":{"rendered":"<p>Durant ces deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, on a observ\u00e9 un retournement de tendance dans l&#8217;\u00e9volution de la r\u00e9partition internationale des revenus. En effet, tant dans certains pays industrialis\u00e9s que dans divers pays en d\u00e9veloppement (PED), l&#8217;\u00e9cart entre les revenus s&#8217;est de nouveau creus\u00e9, alors qu&#8217;il s&#8217;\u00e9tait (parfois fortement) amenuis\u00e9 durant les d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes. Les scientifiques ont identifi\u00e9 une s\u00e9rie de facteurs qui peuvent \u00eatre responsables de cette \u00e9volution et permettraient d&#8217;expliquer les in\u00e9galit\u00e9s entre nations. Parmi ces facteurs, on citera notamment la structure \u00e9conomique et son \u00e9volution, les conditions institutionnelles et, enfin, les diff\u00e9rences politiques en mati\u00e8re fiscale, sociale et d&#8217;\u00e9ducation.<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/200712_04_Baur_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"256\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nDepuis qu&#8217;elle existe, l&#8217;\u00e9conomie s&#8217;attache \u00e0 examiner les questions de r\u00e9partition des revenus entre les groupes sociaux et entre les classes sociales ainsi que les probl\u00e8mes (qui y sont li\u00e9s) de la pauvret\u00e9 et du d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Si les \u00e9conomistes \u00abclassiques\u00bb, comme David Ricardo et Karl Marx, se sont d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9occup\u00e9s des questions de r\u00e9partition, ces derni\u00e8res occupent actuellement une place pr\u00e9pond\u00e9rante, notamment dans la recherche en mati\u00e8re d&#8217;\u00e9conomie du d\u00e9veloppement, dans le cadre de la th\u00e9orie de la croissance et dans le domaine de la nouvelle \u00e9conomie politique.\u00a0La recherche moderne en mati\u00e8re de r\u00e9partition ne se penche plus tant sur la r\u00e9partition des revenus entre les diff\u00e9rents groupes sociaux ou entre les classes sociales que sur celle qui affecte les personnes. Cette derni\u00e8re peut \u00eatre mesur\u00e9e \u00e0 l&#8217;aune de diff\u00e9rents instruments, les plus r\u00e9pandus \u00e9tant le coefficient de Gini et les quantiles de revenu (voir\u00a0 encadr\u00e9 1 Les m\u00e9thodes de mesure de la distribution des revenus&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLe coefficient de Gini&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLe coefficient de Gini mesure la concentration relative des revenus ou, en d\u2019autres termes, leur in\u00e9galit\u00e9. Sa valeur \u00e9volue entre 0 (r\u00e9partition \u00e9gale) et 1 (in\u00e9galit\u00e9 de r\u00e9partition maximale). Le coefficient de Gini se base sur la courbe de Lorenz, qui met en relation les groupes de m\u00e9nages (en partant des plus faibles revenus) et leur participation \u00e0 l\u2019ensemble des revenus. En d\u2019autres termes, cette courbe repr\u00e9sente la partie des revenus que r\u00e9alise une certaine proportion de la population. Si la r\u00e9partition des revenus \u00e9tait parfaitement \u00e9gale, la courbe de Lorenz serait une droite lin\u00e9aire avec une pente de 45 degr\u00e9s (courbe de la r\u00e9partition parfaite). Le coefficient de Gini permet de mesurer l\u2019\u00e9cart entre la courbe de la r\u00e9partition parfaite et celle de Lorenz. C\u2019est pourquoi, en cas de r\u00e9partition parfaite, le coefficient de Gini vaut z\u00e9ro; de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, si la totalit\u00e9 des revenus sont concentr\u00e9s sur une seule personne (r\u00e9partition la plus in\u00e9gale), le coefficient de Gini vaut 1. Par cons\u00e9quent, si celui-ci augmente, cela signifie que l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des revenus augmente \u00e9galement. Malgr\u00e9 diff\u00e9rentes limites, le coefficient de Gini est l\u2019indicateur le plus souvent utilis\u00e9 dans la plupart des pays pour chiffrer la r\u00e9partition des revenus; toutes les organisations internationales l\u2019utilisent.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLes quantiles de revenu&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nIls indiquent le pourcentage d\u2019un certain groupe de revenus par rapport au revenu global, par exemple le pourcentage par rapport au revenu global que r\u00e9alisent les 10% touchant les revenus les plus \u00e9lev\u00e9s. Enfin, la valeur 90\/10 indique le rapport entre le revenu total des 10% les mieux r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s et celui des 10% les moins bien lotis. Ce rapport figure souvent dans les statistiques internationales \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du coefficient de Gini.).&#13;<\/p>\n<h2>Les donn\u00e9es concernant la r\u00e9partition \u00e0 la Banque mondiale<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa Banque mondiale r\u00e9colte depuis de nombreuses ann\u00e9es, et dans un grand nombre de pays, des donn\u00e9es relatives \u00e0 la r\u00e9partition des revenus. Des normes de qualit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9finies pour permettre leur comparaison. En g\u00e9n\u00e9ral, les coefficients de Gini sont calcul\u00e9s sur la base d&#8217;\u00e9tudes de m\u00e9nages et se fondent sur le revenu de ces derniers. Faute de donn\u00e9es relatives \u00e0 certains PED, on a calcul\u00e9 leur coefficient de Gini d&#8217;apr\u00e8s la consommation et non pas le revenu. Le tableau 1 pr\u00e9sente un choix de donn\u00e9es relatives \u00e0 la r\u00e9partition des revenus, tir\u00e9 du World Development Report 2006 de la Banque mondiale; on a choisi pour chaque r\u00e9gion le pays pr\u00e9sentant la plus faible in\u00e9galit\u00e9 dans la r\u00e9partition de ses revenus, celui souffrant de la plus forte in\u00e9galit\u00e9 ainsi que quelques autres pays.\u00a0\u00c0 l&#8217;\u00e9chelle mondiale, les pays pr\u00e9sentant la plus faible in\u00e9galit\u00e9 dans la r\u00e9partition de leurs revenus sont la Hongrie et Taiwan, dont les coefficients de Gini sont de 0,24. C&#8217;est en Namibie que la disparit\u00e9 entre les revenus est la plus flagrante avec un coefficient de Gini de 0,70. Il est, par ailleurs, int\u00e9ressant de relever qu&#8217;\u00e0 Taiwan, les 10% les plus riches per\u00e7oivent au total un revenu \u00e0 peine 3 fois sup\u00e9rieur \u00e0 celui des 10% les plus pauvres tandis que, dans le m\u00eame temps, les 10% les plus riches en Ha\u00efti (le World Development Report 2006 ne fait pas mention des quantiles de revenu en Namibie) touchent plus de 45 fois le revenu des 10% les plus pauvres. En ce qui concerne les diff\u00e9rences de revenus entre les pays, d&#8217;une part, et en leur sein m\u00eame, d&#8217;autre part, elles sont les plus faibles dans les pays occidentaux industrialis\u00e9s et dans les \u00c9tats (anciennement communistes) d&#8217;Europe de l&#8217;Est. En Asie, ces diff\u00e9rences sont aussi relativement faibles. C&#8217;est entre les pays (et au sein des pays) d&#8217;Afrique, d&#8217;Am\u00e9rique latine et des Cara\u00efbes que l&#8217;on observe les plus grandes in\u00e9galit\u00e9s entre les revenus.&#13;<\/p>\n<h2>\u00c9volution de la r\u00e9partition mondiale des revenus<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nQuant \u00e0 l&#8217;\u00e9volution historique (observ\u00e9e sur plusieurs ann\u00e9es) de la r\u00e9partition des revenus au sein des nations, elle ne peut \u00eatre \u00e9tudi\u00e9e de mani\u00e8re approfondie que depuis quelque temps, gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;existence de donn\u00e9es temporelles d\u00e9taill\u00e9es. On a analys\u00e9 cette \u00e9volution pour une s\u00e9rie de pays industrialis\u00e9s Voir Piketty T., \u00abIncome Inequality in France 1901-1998\u00bb, Journal of Political Economy, 111, 2003, p. 1004-1042; Piketty T. et Saez E., \u00abIncome Inequality in the United States, 1913-1998\u00bb, Quarterly Journal of Economics, 118\/1 2003; Atkinson A.B., Income Inequality in OECD Countries: Data and Explanations, CESifo Working Paper 881, f\u00e9vrier 2003; Dell F., Piketty, T. et Saez, E.: Income and Wealth Concentration in Switzerland over the 20th Century, CEPR Discussion Paper No. 5090, 2005.. Selon ces \u00e9tudes, l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 entre les revenus a fortement baiss\u00e9 au sein de tous les pays consid\u00e9r\u00e9s, durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle. Ainsi, en France et aux \u00c9tats-Unis, le pour cent le plus riche de la population gagnait pr\u00e8s de 20% de la masse totale des revenus du pays au d\u00e9but du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent; jusqu&#8217;\u00e0 la fin des ann\u00e9es septante, ce rapport avait fondu jusqu&#8217;\u00e0 environ 8%. Dans d&#8217;autres pays, comme le Canada, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, l&#8217;\u00e9volution historique de la r\u00e9partition des revenus \u00e9tait comparable: comme l&#8217;a observ\u00e9 Simon Kuznets en 1955, elle dessinait, pour tous ces pays, une courbe en \u00abU invers\u00e9\u00bb (voir encadr\u00e9 2 En 1955, Simon Kuznets a pos\u00e9 comme hypoth\u00e8se qu&#8217;il existait une relation en \u00abU invers\u00e9\u00bb entre la croissance \u00e9conomique et la r\u00e9partition des revenus. Se fondant sur les donn\u00e9es empiriques relatives \u00e0 plusieurs pays, il est arriv\u00e9 \u00e0 la conclusion que, durant une p\u00e9riode de d\u00e9veloppement, l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 de la r\u00e9partition des revenus dans un pays se divisait en trois phases: une augmentation, une stabilisation au sommet et, enfin, une diminution. Il expliquait ces phases par l&#8217;\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 du secteur primaire traditionnel vers le secteur de l&#8217;industrie moderne. Pendant la phase de d\u00e9veloppement, deux effets se conjuguent: les in\u00e9galit\u00e9s entre ces secteurs augmentent et le poids du secteur industriel s&#8217;accro\u00eet alors que la r\u00e9partition des revenus de subsistance en son sein est in\u00e9gale, puisqu&#8217;ils d\u00e9pendent du produit marginal du travail. D&#8217;apr\u00e8s Kuznets, l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 entre les revenus ne diminue que lorsque tous les acteurs du secteur secondaire sont int\u00e9gr\u00e9s dans les structures politiques et \u00e9conomiques d&#8217;un pays et qu&#8217;ils exercent une influence politique. La diminution des in\u00e9galit\u00e9s est alors, entre autres, r\u00e9gie par des r\u00e9glementations plus strictes (conventions tarifaires, organisations en syndicats, prescriptions l\u00e9gales) et par les mesures de redistributions que prennent les \u00c9tats.).\u00a0Cette tendance s&#8217;est, toutefois, invers\u00e9e entre la fin des ann\u00e9es septante et le d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt. Plusieurs \u00e9tudes montrent en effet une augmentation de l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 des revenus, tout d&#8217;abord aux \u00c9tats-Unis et en Grande-Bretagne, mais un peu plus tard \u00e9galement en Australie, en France, au Japon, aux Pays-Bas, en Norv\u00e8ge et en Su\u00e8de Gottschalk P. et Smeeding, M., \u00abEmpirical Evidence on Income Inequality in Industrial Countries\u00bb, dans Atkinson A.B. et Bourguignon, F. (\u00e9d.), Handbook of Income Distribution, vol. 1, Handbooks in Economics, 16, Amsterdam 2000, p. 261-308; Atkinson (2003); Fran\u00e7ois J.F. et Rojas-Romagosa, H., The Construction and Interpretation of Combined Cross-Section and Time-Series Inequality Datasets, World Bank Policy Research Working Paper 3748, octobre 2005.. De r\u00e9centes \u00e9tudes indiquent \u00e9galement des tendances comparables dans les PED, par exemple en Inde, o\u00f9 la quote-part des revenus les plus \u00e9lev\u00e9s a d\u00e9cru depuis le d\u00e9but du XXe si\u00e8cle jusqu&#8217;aux ann\u00e9es quatre-vingt, pour augmenter de nouveau fortement durant les deux d\u00e9cennies suivantes Banque mondiale, Equity and Development. World Deve-lopment Report 2006, Oxford, 2006; Bertola G., Foellmi R. et Zweim\u00fcller. J., Income Distribution in Macroeconomic Models, Princeton\/Oxford, 2006.. C&#8217;est la raison pour laquelle les auteurs scientifiques parlent d&#8217;une \u00abcourbe en U\u00bb, ce qui signifie que les in\u00e9galit\u00e9s dans la r\u00e9partition des revenus des pays industrialis\u00e9s et de certains PED, apr\u00e8s avoir continuellement diminu\u00e9 depuis 1945, augmentent de nouveau depuis la fin des ann\u00e9es septante ou le d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt Fran\u00e7ois et Rojas-Romagosa (2005)..\u00a0Si l&#8217;on observe l&#8217;\u00e9volution de la r\u00e9partition des revenus \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle internationale, on constate que, depuis le d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, la signification relative de l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 a \u00e9volu\u00e9: tandis qu&#8217;elle \u00e9tait manifeste au sein m\u00eame des pays \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, on observe actuellement surtout des diff\u00e9rences entre les nations. Au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, les diff\u00e9rences de revenu \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle mondiale \u00e9taient surtout dues \u00e0 des in\u00e9galit\u00e9s au sein des pays. L&#8217;industrialisation a ensuite fortement accentu\u00e9 l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 entre les pays, et ce, jusque dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle. Durant les deux derni\u00e8res d\u00e9cennies de celui-ci, cette in\u00e9galit\u00e9 a diminu\u00e9 (un ph\u00e9nom\u00e8ne surtout d\u00fb au d\u00e9veloppement de la Chine et de l&#8217;Inde) alors que, dans le m\u00eame temps, elle augmentait de nouveau au sein m\u00eame des pays Heshmati A., The Relationship between Income Inequality and Globalization, The United Nations University, avril 2003.. Au d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle, l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 entre les revenus \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle mondiale provient \u00e0 quelque 60% des diff\u00e9rentes in\u00e9galit\u00e9s internationales et \u00e0 40% environ de celles existant au sein des pays Bertola et al. (2006)..&#13;<\/p>\n<h2>\u00c9tat de d\u00e9veloppement et r\u00e9partition des revenus<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDepuis la moiti\u00e9 des ann\u00e9es cinquante, l&#8217;\u00e9tude de la corr\u00e9lation entre la r\u00e9partition des revenus et la croissance a enregistr\u00e9 un v\u00e9ritable \u00abboom\u00bb en raison de l&#8217;hypoth\u00e8se de Kuznets, d&#8217;une part, et de l&#8217;acc\u00e8s facilit\u00e9 aux donn\u00e9es relatives \u00e0 la r\u00e9partition des revenus, d&#8217;autre part. Tandis que les \u00e9tudes transversales men\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e9poque tendaient encore \u00e0 prouver la justesse du \u00abU invers\u00e9\u00bb de Kuznets, les travaux plus r\u00e9cents, fond\u00e9s sur des donn\u00e9es de meilleure qualit\u00e9, n&#8217;ont pas permis d&#8217;aboutir \u00e0 un r\u00e9sultat aussi clair Deininger K. et Squire L., \u00abA New Data Set Measuring Income Inequality\u00bb, World Bank Economic Review, 10\/3, 1996, p. 565-591.. Les sp\u00e9cialistes ont cependant r\u00e9ussi \u00e0 identifier certains facteurs influant sur la r\u00e9partition des revenus: il s&#8217;agit, entre autres, de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re, du degr\u00e9 de formation et de la croissance d\u00e9mographique. La plupart des auteurs estiment, par ailleurs, que la r\u00e9partition des revenus ne d\u00e9pend pas tant du niveau de d\u00e9veloppement d&#8217;un pays que de sa structure \u00e9conomique, de ses patrimoines g\u00e9ographique et historique et, surtout, de sa politique (en mati\u00e8re sociale, fiscale et d&#8217;\u00e9ducation) Kanbur R., \u00abIncome Distribution and Development\u00bb, dans Atkinson A.B. et Bourguignon F. (\u00e9d.), Handbook of Income Distribution, vol. 1. Handbooks in Economics, 16, Amsterdam, 2000, p. 791-841..\u00a0Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, l&#8217;int\u00e9r\u00eat pour la courbe de Kuznets a baiss\u00e9 et on analyse la corr\u00e9lation entre la r\u00e9partition des revenus et la croissance \u00e9conomique sous un angle nouveau. Plusieurs scientifiques ont en effet commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier l&#8217;influence de la r\u00e9partition des revenus sur le taux de croissance Pour avoir un aper\u00e7u de la question, voir Perotti, R., \u00abGrowth, Income Distribution and Democracy: What the Data Say\u00bb, Journal of Economic Growth, 1, 1996, p. 149-187; Bertola et al. (2006).. Leurs travaux ont permis de d\u00e9couvrir diff\u00e9rentes relations entre ces deux r\u00e9alit\u00e9s. Par exemple, une r\u00e9partition in\u00e9gale des revenus peut avoir des effets n\u00e9gatifs sur la croissance parce que les d\u00e9penses de l&#8217;\u00c9tat et les imp\u00f4ts qui les accompagnent entra\u00eenent des distorsions dans les d\u00e9cisions prises en mati\u00e8re d&#8217;inves-tissement et d&#8217;\u00e9pargne. On peut aussi \u00e9tudier l&#8217;interaction entre l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 des revenus, la stabilit\u00e9 des droits de propri\u00e9t\u00e9 et la croissance \u00e9conomique: une plus forte in\u00e9galit\u00e9 entre les revenus peut avoir, par effet de polarisation sociale, une influence n\u00e9gative sur la stabilit\u00e9 des droits de propri\u00e9t\u00e9 et, de ce fait, ralentir la croissance. D&#8217;autres facteurs influant sur la croissance \u00e9conomique ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s, notamment la formation, le taux de fertilit\u00e9, les lacunes des march\u00e9s de capitaux, les investissements dans les ressources humaines et les effets li\u00e9s \u00e0 la demande des consommateurs.\u00a0Pour la plupart des \u00e9tudes, une r\u00e9partition plus \u00e9gale des revenus aurait une influence favorable sur le taux de croissance d&#8217;une \u00e9conomie publique, au contraire d&#8217;une r\u00e9partition in\u00e9gale. Ces r\u00e9sultats \u00e9taient, dans une certaine mesure, contraires \u00e0 l&#8217;opinion dominante \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, d&#8217;apr\u00e8s laquelle l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 dans la r\u00e9partition des revenus \u00e9tait une condition n\u00e9cessaire \u00e0 la croissance, car elle seule pouvait fournir les bonnes incitations en mati\u00e8re de travail, d&#8217;\u00e9pargne et d&#8217;investissement.&#13;<\/p>\n<h2>La mondialisation entra\u00eene-t-elle une augmentation des in\u00e9galit\u00e9s dans la r\u00e9partition des revenus?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nPour quelles raisons les in\u00e9galit\u00e9s dans la r\u00e9partition des revenus ont-elles de nouveau augment\u00e9 durant ces deux derni\u00e8res d\u00e9cennies dans plusieurs pays industrialis\u00e9s et en d\u00e9veloppement, et ce contrairement aux pr\u00e9visions de Kuznets? On a essay\u00e9 d&#8217;expliquer cette inversion de tendance par l&#8217;acc\u00e9l\u00e9ration de la mondialisation, d\u00e9finie comme l&#8217;int\u00e9gration des \u00e9conomies et des soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 travers les flux internationaux d&#8217;informations, d&#8217;id\u00e9es, d&#8217;activit\u00e9s, de technologies, de biens, de services, de capitaux et de ressources humaines. De nombreuses recherches ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9es aux effets de la mondialisation sur la r\u00e9partition des revenus.\u00a0D&#8217;apr\u00e8s ces \u00e9tudes, la mondialisation, \u00e0 elle seule, n&#8217;a pas de retomb\u00e9es sur la r\u00e9partition des revenus. En d&#8217;autres termes, il n&#8217;existe pas de corr\u00e9lation syst\u00e9matique entre les indices de la mondialisation (commerce, investissements \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger et flux financiers) et ceux concernant la r\u00e9partition des revenus Heshmati (2003)\u00a0; Glaeser E.L., Inequality, HIER Discussion Paper 2078, juillet 2005.; Nollmann G., \u00abErh\u00f6ht Globalisierung die Ungleichheit der Einkommen?\u00bb K\u00f6lner Zeitschrift f\u00fcr Soziologie und Sozialpsychologie, 58\/4, 2006, p. 638-659., Harjes T., Globalization and Income Inequality: A European Perspective, IMF Working Paper 169, juillet 2007.. Les nouvelles in\u00e9galit\u00e9s de salaires et de revenus observ\u00e9es dans les pays industrialis\u00e9s s&#8217;expliquent surtout par l&#8217;av\u00e8nement de la technologie moderne, qui privil\u00e9gie les ressources humaines qualifi\u00e9es par rapport aux autres. Autrement dit, on attribue la croissance de l&#8217;\u00e9cart entre les revenus observ\u00e9e dans les pays industrialis\u00e9s \u00e0 l&#8217;augmentation de la demande de travail qualifi\u00e9, \u00e0 l&#8217;\u00e9volution de la technologie, \u00e0 l&#8217;acc\u00e9l\u00e9ration du commerce international et de la mondialisation, au changement structurel de la soci\u00e9t\u00e9 (glissement du secteur secondaire vers le tertiaire), \u00e0 la diminution du pouvoir des syndicats (notamment aux \u00c9tats-Unis et en Grande-Bretagne), \u00e0 une \u00e9volution des normes sociales et, enfin, \u00e0 des mesures de privatisation et de d\u00e9r\u00e9glementation. Il est, par ailleurs, apparu que les \u00e9changes commerciaux internationaux, les investissements \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger et la migration ne permettaient d&#8217;expliquer qu&#8217;une tr\u00e8s faible partie de l&#8217;augmentation de l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 des revenus Glaeser (2005), Harjes (2007) et Nollmann (2006).. Bien que la plupart des causes \u00e9num\u00e9r\u00e9es ci-dessus permettent \u00e9galement d&#8217;expliquer en partie la croissance de cette in\u00e9galit\u00e9 dans les PED et les pays \u00e9mergents, on l&#8217;attribue surtout aux mesures de r\u00e9adaptation structurelle et de lib\u00e9ralisation qui ont \u00e9t\u00e9 prises dans ces pays au cours des 20 derni\u00e8res ann\u00e9es Cornia (2003)..\u00a0\u00c0 en croire les scientifiques, la mondialisation n&#8217;a donc qu&#8217;une faible influence sur la r\u00e9partition des revenus: l&#8217;\u00e9volution technologique et les changements structurels li\u00e9s au passage d&#8217;une \u00e9conomie fond\u00e9e sur l&#8217;industrie \u00e0 une autre fond\u00e9e sur les services &#8211; avec toutes les transformations que cela implique au niveau du travail, qu&#8217;on l&#8217;observe sous l&#8217;angle de l&#8217;offre, de la demande ou du march\u00e9 &#8211; sont bien plus importants que la mondialisation. En fin de compte, ce sont surtout les mesures politiques que prend un pays (comme les r\u00e9formes agraires, les efforts consentis dans le domaine de l&#8217;\u00e9ducation, les mesures en mati\u00e8re de politique r\u00e9gionale, fiscale et sociale) qui permettent de contr\u00f4ler les cons\u00e9quences de l&#8217;\u00e9volution technologique sur la disparit\u00e9 des revenus.&#13;<\/p>\n<h2>Quel est le r\u00f4le de la politique?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes mesures politiques influent sur la r\u00e9partition des revenus et la croissance. Les gouvernements sont charg\u00e9s non seulement de mettre des biens publics et des services \u00e0 la disposition de la population, mais \u00e9galement de g\u00e9rer la r\u00e9partition des revenus au moyen de transferts, d&#8217;imp\u00f4ts et de mesures l\u00e9gislatives. La th\u00e9orie normative de la redistribution et les principes fondamentaux de l&#8217;\u00c9tat-providence moderne encouragent la redistribution des biens entre les riches et les pauvres; autrement dit, des mesures politiques doivent \u00eatre prises pour assurer une redistribution plus \u00e9quitable des revenus. Les premiers mod\u00e8les politico-\u00e9conomiques de redistribution, comme celui de l&#8217;\u00e9lecteur m\u00e9dian, ont tent\u00e9 d&#8217;expliquer cette n\u00e9cessit\u00e9 de mani\u00e8re positive. En r\u00e9alit\u00e9, la redistribution des biens entre les riches et les pauvres ne constitue qu&#8217;une petite partie des mesures de redistribution existantes Mueller D.C., Public Choice III, Cambridge, 2004; Tullock G., Economics of Income Distribution, 2nd edition, Dordrecht, 1997..\u00a0Certains mod\u00e8les politico-\u00e9conomiques voient la redistribution comme le r\u00e9sultat d&#8217;un bras de fer politique entre les \u00e9lecteurs rationnels et pragmatiques, les groupes d&#8217;int\u00e9r\u00eats, les politiciens et les bureaucrates. Ils consid\u00e8rent que la plus grande partie des biens transf\u00e9r\u00e9s revient \u00e0 des groupes bien organis\u00e9s et ayant une forte influence politique, aux d\u00e9pens de ceux qui sont le moins \u00e0 m\u00eame de lutter contre les transferts Tullock (1997).. Le potentiel d&#8217;influence politique s&#8217;acquiert en s&#8217;engageant dans le monde politique et en organisant des groupes d&#8217;int\u00e9r\u00eats. Des \u00e9tudes empiriques montrent que la plupart des programmes gouvernementaux s&#8217;adressent \u00e0 des groupes sociaux bien organis\u00e9s et influents sur le plan politique Tullock (1997).. D&#8217;apr\u00e8s ces mod\u00e8les politico-\u00e9conomiques, ce sont donc surtout la r\u00e9partition des pouvoirs au sein de la soci\u00e9t\u00e9 et la participation de la population aux processus politiques qui jouent un r\u00f4le d\u00e9terminant dans le domaine de la r\u00e9partition des revenus.\u00a0Les \u00e9tudes en mati\u00e8re de r\u00e9partition des revenus n&#8217;ont pas seulement port\u00e9 sur l&#8217;influence du processus politique en tant que tel, mais aussi sur le r\u00f4le des institutions et des conditions-cadres Pour avoir un aper\u00e7u de ces \u00e9tudes, voir Baur M., Einkommensverteilung: Konzepte, Fakten und Theorien, Arbeitspapier der ESTV, Berne, 2007.. Leurs auteurs se sont notamment concentr\u00e9s sur l&#8217;influence des droits de propri\u00e9t\u00e9, des march\u00e9s libres, des id\u00e9ologies, des religions, des mesures de d\u00e9mocratisation historiques, de l&#8217;engagement politique (participation aux \u00e9lections ou organisation de groupes d&#8217;int\u00e9r\u00eat) ou encore de diff\u00e9rents syst\u00e8mes politiques (d\u00e9mocratie ou dictature, scrutin majoritaire ou proportionnel, syst\u00e8me pr\u00e9sidentiel ou parlementaire, d\u00e9mocratie directe ou repr\u00e9sentative). Toutes ces \u00e9tudes montrent que les institutions jouent, d&#8217;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, un r\u00f4le important dans le cadre de la r\u00e9partition des revenus. Il est int\u00e9ressant de mentionner \u00e0 ce propos que celles qui ont analys\u00e9 les cons\u00e9quences de masses d\u00e9mocratiques agr\u00e9g\u00e9es sur la r\u00e9partition des revenus n&#8217;ont pas donn\u00e9 des r\u00e9sultats clairs, tandis que celles qui ont trait\u00e9 des aspects sp\u00e9cifiques de la d\u00e9mocratie, comme l&#8217;\u00e9galit\u00e9 des chances ou l&#8217;implication de la population dans les processus politiques, ont donn\u00e9 des r\u00e9sultats plus convaincants.\u00a0On retiendra en substance que les conditions politiques et l&#8217;engagement de la population (sous la forme de participation aux \u00e9lections ou d&#8217;organisation de groupes d&#8217;int\u00e9r\u00eat) semblent jouer un r\u00f4le important dans le cadre de la r\u00e9partition des revenus.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDurant de nombreuses ann\u00e9es, l&#8217;id\u00e9e a domin\u00e9 que la r\u00e9partition des revenus \u00e9voluait (au moins dans les pays industrialis\u00e9s) suivaient une courbe de Kuznets et s&#8217;accroissait r\u00e9guli\u00e8rement. Des \u00e9tudes plus r\u00e9centes ont, cependant, montr\u00e9 que, dans de nombreux pays industrialis\u00e9s et dans certains PED, l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 entre les revenus a de nouveau augment\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Les raisons de cette \u00e9volution se trouvent nettement moins dans la mondialisation que dans les modifications structurelles de la soci\u00e9t\u00e9 (glissement du secteur secondaire vers le tertiaire) et les changements politiques qui en d\u00e9coulent.\u00a0M\u00eame si la recherche empirique n&#8217;a pas permis de d\u00e9couvrir avec certitude les facteurs d\u00e9terminant r\u00e9ellement la r\u00e9partition des revenus, les scientifiques sont tout de m\u00eame parvenus \u00e0 identifier certains facteurs qui pourraient avoir une influence sur cette r\u00e9partition. En ce qui concerne les in\u00e9galit\u00e9s de revenus \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle internationale, elles sont dues, en plus des patrimoines g\u00e9ographique et historique des pays, \u00e0 des facteurs tels que la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re, le degr\u00e9 de formation, la croissance d\u00e9mographique, l&#8217;\u00e9volution technologique, les changements structurels et, enfin, les conditions politiques (degr\u00e9 d&#8217;implication de la population dans les choix politiques et politiques men\u00e9es dans le cadre de la fiscalit\u00e9, de la soci\u00e9t\u00e9 et de l&#8217;\u00e9ducation). Des \u00e9tudes ont, en outre, montr\u00e9 qu&#8217;une r\u00e9partition \u00e9quilibr\u00e9e des revenus peut avoir des retomb\u00e9es favorables sur la croissance \u00e9conomique. En tout \u00e9tat de cause, ces r\u00e9sultats donnent \u00e0 penser qu&#8217;il n&#8217;existe pas forc\u00e9ment une corr\u00e9lation n\u00e9gative entre la redistribution des revenus et la croissance \u00e9conomi-que.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 1 \u00abR\u00e9partition des revenus dans 50 pays\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Les m\u00e9thodes de mesure de la distribution des revenus Le coefficient de Gini&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLe coefficient de Gini mesure la concentration relative des revenus ou, en d\u2019autres termes, leur in\u00e9galit\u00e9. Sa valeur \u00e9volue entre 0 (r\u00e9partition \u00e9gale) et 1 (in\u00e9galit\u00e9 de r\u00e9partition maximale). Le coefficient de Gini se base sur la courbe de Lorenz, qui met en relation les groupes de m\u00e9nages (en partant des plus faibles revenus) et leur participation \u00e0 l\u2019ensemble des revenus. En d\u2019autres termes, cette courbe repr\u00e9sente la partie des revenus que r\u00e9alise une certaine proportion de la population. Si la r\u00e9partition des revenus \u00e9tait parfaitement \u00e9gale, la courbe de Lorenz serait une droite lin\u00e9aire avec une pente de 45 degr\u00e9s (courbe de la r\u00e9partition parfaite). Le coefficient de Gini permet de mesurer l\u2019\u00e9cart entre la courbe de la r\u00e9partition parfaite et celle de Lorenz. C\u2019est pourquoi, en cas de r\u00e9partition parfaite, le coefficient de Gini vaut z\u00e9ro; de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, si la totalit\u00e9 des revenus sont concentr\u00e9s sur une seule personne (r\u00e9partition la plus in\u00e9gale), le coefficient de Gini vaut 1. Par cons\u00e9quent, si celui-ci augmente, cela signifie que l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des revenus augmente \u00e9galement. Malgr\u00e9 diff\u00e9rentes limites, le coefficient de Gini est l\u2019indicateur le plus souvent utilis\u00e9 dans la plupart des pays pour chiffrer la r\u00e9partition des revenus; toutes les organisations internationales l\u2019utilisent.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLes quantiles de revenu&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nIls indiquent le pourcentage d\u2019un certain groupe de revenus par rapport au revenu global, par exemple le pourcentage par rapport au revenu global que r\u00e9alisent les 10% touchant les revenus les plus \u00e9lev\u00e9s. Enfin, la valeur 90\/10 indique le rapport entre le revenu total des 10% les mieux r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s et celui des 10% les moins bien lotis. Ce rapport figure souvent dans les statistiques internationales \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du coefficient de Gini.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 2: La courbe de Kuznets En 1955, Simon Kuznets a pos\u00e9 comme hypoth\u00e8se qu&#8217;il existait une relation en \u00abU invers\u00e9\u00bb entre la croissance \u00e9conomique et la r\u00e9partition des revenus. Se fondant sur les donn\u00e9es empiriques relatives \u00e0 plusieurs pays, il est arriv\u00e9 \u00e0 la conclusion que, durant une p\u00e9riode de d\u00e9veloppement, l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 de la r\u00e9partition des revenus dans un pays se divisait en trois phases: une augmentation, une stabilisation au sommet et, enfin, une diminution. Il expliquait ces phases par l&#8217;\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 du secteur primaire traditionnel vers le secteur de l&#8217;industrie moderne. Pendant la phase de d\u00e9veloppement, deux effets se conjuguent: les in\u00e9galit\u00e9s entre ces secteurs augmentent et le poids du secteur industriel s&#8217;accro\u00eet alors que la r\u00e9partition des revenus de subsistance en son sein est in\u00e9gale, puisqu&#8217;ils d\u00e9pendent du produit marginal du travail. D&#8217;apr\u00e8s Kuznets, l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 entre les revenus ne diminue que lorsque tous les acteurs du secteur secondaire sont int\u00e9gr\u00e9s dans les structures politiques et \u00e9conomiques d&#8217;un pays et qu&#8217;ils exercent une influence politique. La diminution des in\u00e9galit\u00e9s est alors, entre autres, r\u00e9gie par des r\u00e9glementations plus strictes (conventions tarifaires, organisations en syndicats, prescriptions l\u00e9gales) et par les mesures de redistributions que prennent les \u00c9tats.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 3: Mise en garde sur les comparaisons d&#8217;\u00e9tudes internationales Pour que des comparaisons entre pays soient possibles, la Banque mondiale ne consid\u00e8re, pour ses tableaux internationaux, que les \u00e9tudes nationales individuelles qui r\u00e9pondent \u00e0 certaines normes de qualit\u00e9 (Deininger et Squire 1996, Francois et Rojas-Romagosa 2005). Les donn\u00e9es ainsi r\u00e9unies doivent \u00eatre plus ou moins comparables l&#8217;une \u00e0 l&#8217;autre. En cas de confrontation avec des donn\u00e9es provenant d&#8217;autres organisations, il est conseill\u00e9 d&#8217;agir avec prudence, car le coefficient de Gini qui en r\u00e9sultera d\u00e9pendra fortement de l&#8217;architecture de l&#8217;\u00e9tude. Il faudra donc accorder la priorit\u00e9 aux questions suivantes:- en quelle ann\u00e9e l&#8217;\u00e9tude a-t-elle \u00e9t\u00e9 entreprise?- sont-ce les individus ou les m\u00e9nages qui ont \u00e9t\u00e9 pris en consid\u00e9ration?- s&#8217;agit-il d&#8217;une \u00e9tude budg\u00e9taire? des donn\u00e9es fiscales sont-elles exploit\u00e9es ou bien les chiffres proviennent-ils des comptes de la nation?- l&#8217;\u00e9tude utilise-t-elle un \u00e9chantillonage repr\u00e9sentatif de l&#8217;ensemble de la population ou ne consid\u00e8re-t-elle qu&#8217;une certaine partie de celle-ci (comme les citadins\/campagnards, contribuables, actifs)?- consid\u00e8re-t-on le revenu ou la consommation? Comment d\u00e9finit-on la notion de revenu (Brut ou net, avec ou sans les transferts et les retraites, revenu salarial\/du capital, travail salari\u00e9\/ind\u00e9pendant, avec ou sans les avantages non mon\u00e9taires, etc.)?<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Durant ces deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, on a observ\u00e9 un retournement de tendance dans l&#8217;\u00e9volution de la r\u00e9partition internationale des revenus. En effet, tant dans certains pays industrialis\u00e9s que dans divers pays en d\u00e9veloppement (PED), l&#8217;\u00e9cart entre les revenus s&#8217;est de nouveau creus\u00e9, alors qu&#8217;il s&#8217;\u00e9tait (parfois fortement) amenuis\u00e9 durant les d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes. 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