{"id":153996,"date":"2007-12-01T12:00:00","date_gmt":"2007-12-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2007\/12\/crettaz-2\/"},"modified":"2023-08-24T01:13:18","modified_gmt":"2023-08-23T23:13:18","slug":"crettaz-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2007\/12\/crettaz-2\/","title":{"rendered":"La pauvret\u00e9 des personnes en \u00e2ge de travailler en Suisse"},"content":{"rendered":"<p>En Suisse, environ 1 personne sur 12 \u00e2g\u00e9es de 20 \u00e0 59 ans \u00e9tait affect\u00e9e par la pauvret\u00e9 mon\u00e9taire en 2005, contre un actif sur 24 vivant dans un m\u00e9nage disposant au moins de l&#8217;\u00e9quivalent d&#8217;un emploi \u00e0 plein temps. Le ph\u00e9nom\u00e8ne suit l&#8217;\u00e9volution conjoncturelle entre 2000 et 2005. Certains actifs sont plus expos\u00e9s que d&#8217;autres, notamment les ind\u00e9pendants, les actifs \u00e9levant seuls leurs enfants ou ayant plus de deux enfants, les personnes non qualifi\u00e9es et celles de nationalit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re.<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/200712_08_Crettaz_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"245\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLes pays \u00aboccidentaux\u00bb ont connu apr\u00e8s la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale une croissance \u00e9conomique exceptionnelle qui a eu un fort impact sur les salaires (en Suisse, l&#8217;indice des salaires r\u00e9els est multipli\u00e9 par 2,4 pendant les Trente Glorieuses, entre 1945 et 1975). Cela a notamment permis aux travailleurs peu qualifi\u00e9s de gagner des salaires relativement confortables, gr\u00e2ce \u00e0 des gains de productivit\u00e9 tr\u00e8s importants Esping-Andersen (1999) et Krugman (1990).. En outre, les progr\u00e8s techniques et le d\u00e9veloppement de l&#8217;\u00c9tat social ont renforc\u00e9 l&#8217;impact de cette hausse des salaires r\u00e9els, ce qui a permis d&#8217;\u00e9radiquer la malnutrition et les maladies ais\u00e9ment traitables. Dans une \u00e9conomie moderne, hautement mon\u00e9taris\u00e9e, parler de pauvret\u00e9 revient donc \u00e0 estimer le revenu n\u00e9cessaire pour mener une vie d\u00e9cente et socialement int\u00e9gr\u00e9e. \u00a0Cela s&#8217;av\u00e8re difficile pour plusieurs raisons, li\u00e9es notamment \u00e0 la distribution des revenus. Celle-ci, que ce soit en Suisse ou dans les autres pays \u00e9conomiquement d\u00e9velopp\u00e9s, se caract\u00e9rise par une forte concentration pour les revenus inf\u00e9rieurs \u00e0 la moyenne et un \u00e9talement tr\u00e8s important pour la portion sup\u00e9rieure. Beaucoup de m\u00e9nages ont des revenus se situant dans une fourchette de quelques centaines de francs par ann\u00e9e. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, dans la plupart des pays de l&#8217;OCDE, la part des foyers dont le revenu se situe entre 50% et 60% du revenu \u00e9quivalent m\u00e9dian Le revenu m\u00e9dian est un revenu tel que la moiti\u00e9 de la population a un revenu (\u00e9quivalent) sup\u00e9rieur et l&#8217;autre moiti\u00e9 un revenu \u00e9quivalent inf\u00e9rieur. Afin de pouvoir comparer entre eux des m\u00e9nages de taille diff\u00e9rente, les revenus qui y sont per\u00e7us sont transform\u00e9s en un montant qu&#8217;une personne vivant seule devrait poss\u00e9der pour jouir d&#8217;un niveau de bien-\u00eatre identique. est tr\u00e8s importante; plus de 5% de la population dans la grande majorit\u00e9 des pays a un revenu compris dans cette fourchette; c&#8217;est le cas de la Suisse F\u00f6rster et Mira d&#8217;Ercole (2005).. Cela implique, bien entendu, que seuil et taux de pauvret\u00e9 sont li\u00e9s et qu&#8217;un d\u00e9placement, m\u00eame modeste, de l&#8217;un peut entra\u00eener une variation de l&#8217;autre.&#13;<\/p>\n<h2>Le seuil de pauvret\u00e9<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nEn bref, la difficult\u00e9 de d\u00e9finir un seuil de pauvret\u00e9 en Suisse r\u00e9side dans le fait, d&#8217;une part, qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas de d\u00e9terminer un seuil de survie mat\u00e9rielle, mais un niveau de revenu d\u00e9cent permettant une vie socialement int\u00e9gr\u00e9e, et, d&#8217;autre part, que la distribution des revenus est tr\u00e8s dense dans la zone o\u00f9 on cherche \u00e0 \u00e9tablir un tel niveau de vie d\u00e9cent.\u00a0Afin de ne pas fixer le seuil de fa\u00e7on arbitraire, il nous faut donc une valeur de r\u00e9f\u00e9rence largement accept\u00e9e. L&#8217;une des rares grandeurs ayant du sens pour cette probl\u00e9matique d\u00e9coule des normes de la Conf\u00e9rence suisse des institutions d&#8217;action sociale (Csias). C&#8217;est sur elles que se base l&#8217;attribution des prestations d&#8217;aide sociale au niveau cantonal et communal. Ce qui nous int\u00e9resse plus sp\u00e9cifiquement est que ces crit\u00e8res d\u00e9terminent le montant financier et les prestations n\u00e9cessaires pour vivre de fa\u00e7on d\u00e9cente et socialement int\u00e9gr\u00e9e en Suisse (alimentation, v\u00eatements, logement, soins m\u00e9dicaux, assurances, transports, communication, etc.). Le seuil de pauvret\u00e9 utilisable \u00e0 des fins statistiques d\u00e9rive de ces chiffres. Comme les normes de la Csias n&#8217;ont pas pour but de mesurer la pauvret\u00e9, nous devons formuler un certain nombre d&#8217;hypoth\u00e8ses pour les rendre op\u00e9rationnelles et en d\u00e9river une grandeur statistiquement utilisable. On d\u00e9finit de ce fait un seuil dit absolu, soit un niveau de revenu minimal fixe (maintenu constant en termes r\u00e9els, comme nous le verrons ci-dessous) n\u00e9cessaire pour mener une vie digne et socialement int\u00e9gr\u00e9e en Suisse.\u00a0Compte tenu de la complexit\u00e9 de la t\u00e2che, on a parfois propos\u00e9 des seuils dits relatifs, qui mesurent le risque de pauvret\u00e9, pour utiliser la terminologie de l&#8217;Office statistique de l&#8217;Union europ\u00e9enne Eurostat (2005).; que ce risque se mat\u00e9rialise ou non est une autre question Atkinson et al. (2002).. La grandeur de r\u00e9f\u00e9rence se situe souvent \u00e0 60% du revenu m\u00e9dian Cet indicateur sera publi\u00e9 dans un avenir proche par l&#8217;OFS.. Toutefois, pour avoir une vue d&#8217;ensemble, il est souhaitable de ne pas se concentrer uniquement sur le risque de tomber dans la pauvret\u00e9 (seuil relatif), mais \u00e9galement de savoir qui vit effectivement cette situation (seuil absolu).&#13;<\/p>\n<h2>Le mode de calcul en Suisse<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nPlusieurs \u00e9l\u00e9ments sont d\u00e9finis comme faisant partie du minimum social, notamment: \u00a0&#8211; les co\u00fbts du logement, principalement le loyer, qui doit se situer dans les prix du march\u00e9 immobilier local;\u00a0&#8211; un forfait pour l&#8217;entretien qui concerne les principaux postes de d\u00e9penses: nourriture, boissons, v\u00eatements, chaussures, frais de sant\u00e9, consommation d&#8217;\u00e9nergie, produits d&#8217;entretien, frais de transport, communications \u00e0 distance, soins corporels, formation, quelques loisirs, etc.;\u00a0&#8211; frais m\u00e9dicaux de base, en particulier les primes de caisse-maladie obligatoires.&#13;<\/p>\n<h3>Les loyers<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nAfin de tenir compte des r\u00e9alit\u00e9s du march\u00e9 du logement et des indications fournies par l&#8217;Enqu\u00eate suisse sur la population active (Espa), le loyer moyen (avec charges) est calcul\u00e9 apr\u00e8s suppression des d\u00e9ciles sup\u00e9rieur (logements de \u00abluxe\u00bb) et inf\u00e9rieur (loyers peu, voire pas disponibles sur le march\u00e9). Ces valeurs sont multipli\u00e9es par un indice cantonal, d\u00e9riv\u00e9 de l&#8217;Enqu\u00eate de structure sur les loyers (2003) et variant entre 0,73 et 1,33, pour tenir compte des diff\u00e9rences cantonales. L&#8217;\u00e9volution des prix est prise en consid\u00e9ration en multipliant chaque ann\u00e9e les loyers moyens nationaux par l&#8217;indice des loyers de l&#8217;OFS.&#13;<\/p>\n<h3>Le forfait pour l&#8217;entretien<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nCe montant varie en fonction de la taille du m\u00e9nage. L\u00e0 aussi, pour tenir compte de l&#8217;\u00e9volution des prix, nous avons utilis\u00e9 un sous-indice de l&#8217;indice des prix \u00e0 la consommation qui contient les biens et services pris en compte par la Csias.&#13;<\/p>\n<h3>La prime de caisse-maladie obligatoire<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nNous nous r\u00e9f\u00e9rons aux statistiques de l&#8217;Office f\u00e9d\u00e9ral de la sant\u00e9 publique (OFSP) qui calcule, pour chaque canton, une prime moyenne pour l&#8217;assurance de base obligatoire (pour une franchise s&#8217;\u00e9levant \u00e0 300 francs, avec prestations en cas d&#8217;accident). Ces montants sont donn\u00e9s pour les adultes, les jeunes de 18 \u00e0 25 ans et les enfants. La franchise n&#8217;est pas inclue dans le seuil de pauvret\u00e9.\u00a0En outre, comme nous l&#8217;avons indiqu\u00e9 plus haut, la distribution des revenus est tr\u00e8s dense dans la \u00abzone\u00bb qui nous int\u00e9resse. Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette difficult\u00e9, nous nous proposons de d\u00e9finir un intervalle de pauvret\u00e9. Pour ce faire, on d\u00e9finit une borne inf\u00e9rieure compos\u00e9e du forfait pour l&#8217;entretien, du loyer et de la prime de base de la caisse-maladie. On obtient ainsi ce que nous appelons un seuil de privation mon\u00e9taire s\u00e9v\u00e8re. Pour d\u00e9finir la borne sup\u00e9rieure de cet intervalle de pauvret\u00e9, on ajoute 100 francs par membre du foyer \u00e2g\u00e9 de 16 ans et plus, afin de tenir compte des quelques \u00e9ventuelles d\u00e9penses suppl\u00e9mentaires (par exemple certaines primes d&#8217;assurances non couvertes par les montants ci-dessus). On d\u00e9finit ainsi le seuil de pauvret\u00e9 \u00e0 proprement parler. Celui-ci est adapt\u00e9 d&#8217;une ann\u00e9e \u00e0 l&#8217;autre en recourant \u00e0 l&#8217;indice des prix \u00e0 la consommation de l&#8217;OFS.&#13;<\/p>\n<h2>R\u00e9sultats<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe graphique 1 repr\u00e9sente l&#8217;\u00e9volution du taux de pauvret\u00e9 des personnes en \u00e2ge d&#8217;\u00eatre actives et celle du taux de travailleurs pauvres (personnes actives occup\u00e9es vivant dans un m\u00e9nage cumulant au moins 36 heures de travail par semaine, en anglais \u00abworking poor\u00bb).\u00a0Le taux de pauvret\u00e9 des 20-59 ans a oscill\u00e9 entre 7,2 et 9,1% pendant cette premi\u00e8re moiti\u00e9 de d\u00e9cennie (et le taux de privation mon\u00e9taire s\u00e9v\u00e8re entre 5,9 et 7,5% sur la m\u00eame p\u00e9riode). Le taux de travailleurs pauvres se situe dans une fourchette allant de 3,9 \u00e0 5,0% pour la m\u00eame p\u00e9riode. Apr\u00e8s une baisse prononc\u00e9e entre 2000 et 2002, attribuable en grande partie \u00e0 une conjoncture favorable, le taux de pauvret\u00e9 des personnes en \u00e2ge d&#8217;\u00eatre actives s&#8217;est stabilis\u00e9 aux environs de 8,5 \u00e0 9% et celui des travailleurs pauvres \u00e0 quelque 4-4,5% \u00a0Un taux de pauvret\u00e9 de 8,5% (1 personne sur 12 environ) en 2005 repr\u00e9sente 360000 personnes \u00e2g\u00e9es de 20 \u00e0 59 ans. Un taux de travailleurs pauvres de 4,2% (1 actif sur 24 environ) repr\u00e9sente 125000 personnes actives. Les travailleurs pauvres repr\u00e9sentent ainsi 35% des pauvres dans la tranche d&#8217;\u00e2ge allant de 20 \u00e0 59 ans. Ceci d\u00e9montre qu&#8217;un emploi \u00e0 plein temps (au moins) au sein du m\u00e9nage r\u00e9duit fortement la pauvret\u00e9 mais ne constitue pas un antidote pour une minorit\u00e9 de travailleurs.&#13;<\/p>\n<h2>Les principaux groupes \u00e0 risque parmi les travailleurs pauvres<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nApr\u00e8s avoir quantifi\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne des travailleurs pauvres et d\u00e9crit son \u00e9volution de 2000 \u00e0 2005, il s&#8217;agit encore d&#8217;identifier les groupes \u00e0 risque, c&#8217;est-\u00e0-dire le profil sociod\u00e9mographique et socioprofessionnel des personnes les plus expos\u00e9es \u00e0 la pauvret\u00e9 laborieuse. Les r\u00e9sultats sont pr\u00e9sent\u00e9s dans le graphique 2.\u00a0On constate que les hommes font plus souvent partie des travailleurs pauvres que les femmes, alors m\u00eame que celles-ci ont plus de risques de tomber dans la pauvret\u00e9 entre 20 et 59 ans: 10,0% contre 7,2% pour les hommes Les calculs incluent tous les actifs pauvres ainsi que les non-actifs.. Ce r\u00e9sultat apparemment contre-intuitif s&#8217;explique de la fa\u00e7on suivante: dans les couples o\u00f9 on trouve une femme active occup\u00e9e, le conjoint est en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale actif professionnellement. La situation inverse est moins fr\u00e9quente. Ceci concorde avec le constat d\u00e9j\u00e0 \u00e9mis dans d&#8217;autres pays que le revenu professionnel des femmes est beaucoup plus fr\u00e9quemment un \u00abappoint\u00bb pour le m\u00e9nage, ce qui pose \u00e9videmment la question de l&#8217;ind\u00e9pendance \u00e9conomique des femmes, notamment en cas de s\u00e9paration.\u00a0Avoir des enfants pr\u00e9sente un risque accru: on constate clairement que les travailleurs vivant dans un m\u00e9nage monoparental ont une probabilit\u00e9 nettement plus \u00e9lev\u00e9e d&#8217;\u00eatre expos\u00e9s \u00e0 la pauvret\u00e9 que ceux vivant seuls. Il en va de m\u00eame pour les actifs occup\u00e9s vivant en couple sans enfants dont la probabilit\u00e9 de tomber dans la pauvret\u00e9 est beaucoup plus faible que si des enfants sont pr\u00e9sents. On constate surtout une tr\u00e8s nette augmentation du probl\u00e8me \u00e0 partir du troisi\u00e8me enfant. Donc le divorce, d&#8217;une part, et avoir un troisi\u00e8me enfant, d&#8217;autre part, constituent deux facteurs de risque importants.\u00a0Les personnes de nationalit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re sont 2,9 fois plus expos\u00e9es que les Suisses \u00e0 la pauvret\u00e9 laborieuse. Elles sont, entre autres, beaucoup plus souvent d\u00e9pourvues de formation postobligatoire et elles travaillent plus fr\u00e9quemment dans des branches o\u00f9 les salaires sont bas. Notons que des diff\u00e9rences \u00e9normes existent au sein de la population \u00e9trang\u00e8re: les Europ\u00e9ens du Nord et de l&#8217;Ouest sont moins expos\u00e9s que les Suisses (1,9%), alors que les non-Europ\u00e9ens le sont tr\u00e8s nettement plus (15%).\u00a0Certaines situations professionnelles augmentent la probabilit\u00e9 d&#8217;\u00eatre un travailleur pauvre comme le fait d&#8217;avoir interrompu sa carri\u00e8re professionnelle (7,5%) ou d&#8217;\u00eatre nouveau dans l&#8217;entreprise (5,5%), depuis moins d&#8217;une ann\u00e9e dans les deux cas. Avoir un contrat \u00e0 dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e pour un salari\u00e9 augmente nettement la probabilit\u00e9 d&#8217;\u00eatre un travailleur pauvre: 8,4% contre 3,4% pour l&#8217;ensemble des salari\u00e9s. Ces derniers connaissent un taux de pauvret\u00e9 bien plus faible que les ind\u00e9pendants (9,2%), en particulier ceux sans collaborateurs (12,8%).\u00a0La formation professionnelle joue un r\u00f4le tr\u00e8s important. Le taux de pauvret\u00e9 parmi les actifs occup\u00e9s qui n&#8217;ont achev\u00e9 que la scolarit\u00e9 obligatoire est 2,7 fois plus \u00e9lev\u00e9 que la moyenne (11,4%). \u00c0 titre de comparaison, les personnes ayant obtenu un certificat f\u00e9d\u00e9ral de capacit\u00e9 (apprentissage) ont un taux de travailleurs pauvres dans la moyenne (4,2%), alors que celui des universitaires est tr\u00e8s faible (1,6%).\u00a0Enfin, deux secteurs \u00e9conomiques sont particuli\u00e8rement expos\u00e9s: l&#8217;h\u00f4tellerie-restauration et surtout le travail aupr\u00e8s des m\u00e9nages priv\u00e9s. Le taux de travailleurs pauvres y est nettement sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne (10,5% et 14,9% respectivement). Plus surprenant, le secteur de la construction est aussi touch\u00e9 (7,6%); or il est connu pour avoir un faible taux d&#8217;emplois \u00e0 bas salaire. Ceci signifie donc que ces travailleurs disposent, certes, d&#8217;un assez bon salaire mais celui-ci ne permet pas de couvrir les besoins du m\u00e9nage. Cela provient vraisemblablement du pourcentage tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 d&#8217;hommes dans ce secteur (89,2% selon la Statistique de l&#8217;emploi de l&#8217;OFS); ces derniers \u00e9tant plus touch\u00e9s par la pauvret\u00e9 laborieuse que les femmes, car, comme nous l&#8217;avons expliqu\u00e9 plus haut, le salaire de la femme (si elle exerce une activit\u00e9 r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e) dans le couple constitue plus souvent que celui de l&#8217;homme un appoint.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1 \u00ab\u00c9volution du taux de pauvret\u00e9 des personnes en \u00e2ge d&#8217;\u00eatre actives, du taux de travailleurs pauvres et du taux de ch\u00f4mage (ch\u00f4meurs inscrits), 2000-2005, en&nbsp;%\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2 \u00abTaux de travailleurs pauvres dans les principaux groupes sociod\u00e9mographiques et socioprofessionnels, 2005, en&nbsp;%\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Seuil de pauvret\u00e9: d\u00e9finitions et base de donn\u00e9es Le seuil de pauvret\u00e9 est d\u00e9termin\u00e9 par la somme: Forfait pour l&#8217;entretien + loyer + primes de caisse-maladie + 100 francs par personne ayant 16 ans r\u00e9volus dans le foyer (en supprimant cette derni\u00e8re composante de 100 francs, on obtient un seuil de privation mon\u00e9taire s\u00e9v\u00e8re).\u00c0 titre indicatif, en moyenne nationale pour 2005 (valeur th\u00e9orique, puisque, en fait, on d\u00e9termine un seuil pour chaque canton), on obtient un seuil de 2200 francs pour une personne vivant seule et 4600 francs pour un couple avec deux enfantsa.Toute personne \u00e2g\u00e9e de 20 \u00e0 59 ans vivant dans un m\u00e9nage dont le revenu, apr\u00e8s d\u00e9duction des cotisations d&#8217;assurances sociales (AVS, AI, assurance-ch\u00f4mage, deuxi\u00e8me pilier, APG, etc.) et des imp\u00f4ts, se situe en dessous du seuil de pauvret\u00e9 est consid\u00e9r\u00e9e comme pauvre. Toute personne active occup\u00e9e vivant dans un m\u00e9nage dont le volume cumul\u00e9 de travail de ses membres s&#8217;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 au moins 36 heures par semaine et qui r\u00e9pond aux crit\u00e8re \u00e9nonc\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un actif pauvre.Notons un fait tr\u00e8s important: nos calculs ne peuvent pas \u00eatre appliqu\u00e9s, pour des raisons m\u00e9thodologiques, au secteur primaire (agriculture). Les indicateurs utilis\u00e9s ne refl\u00e8tent pas correctement le niveau de vie de ce secteur particulier, dont la structure des d\u00e9penses est atypique.Les donn\u00e9es utilis\u00e9es sont celles de l&#8217;Enqu\u00eate suisse sur la population active (Espa), r\u00e9alis\u00e9e chaque ann\u00e9e depuis 1991 aupr\u00e8s d&#8217;un \u00e9chantillon repr\u00e9sentatif de la population r\u00e9sidente permanente. En 2005, par exemple, 51791 personnes ont particip\u00e9 \u00e0 l&#8217;Espa, et 17330 ont pu \u00eatre prises en compte, parce qu&#8217;elles remplissaient les crit\u00e8res requis (entre 20 et 59 ans, actives, ayant indiqu\u00e9 le revenu de leur m\u00e9nage).&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 2: R\u00e9f\u00e9rences &#8211; Atkinson Tony, Cantillon Bea, Marlier Eric et Nolan Brian, Social Indicators. The EU and Social Inclusion, Oxford, 2002, Oxford University Press.- Esping-Andersen Gosta, Social Foundations of Postindustrial Economies, Oxford, 1999, Oxford University Press.- Eurostat, Income Poverty and Social Exclusion in the EU25, Statistics in Focus, Issue 13\/2005, Luxembourg, 2005, European Communities. &#8211; F\u00f6rster Michael et Mira d&#8217;Ercole Marco, Income distribution and Poverty in OECD Countries in the Second Half of the 1990s, OECD Social, Employment and Migration Working Papers No 22, Paris, 2005, OCDE.- Krugman Paul, The Age of Diminished Expectations: US Economic Policy in the 1990s, Cambridge Mass., London, 1990, The MIT Press.- Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique, La pauvret\u00e9 des personnes en \u00e2ge de travailler. Taux de pauvret\u00e9 et de working poor parmi les personnes \u00e2g\u00e9es de 20 \u00e0 59 ans, en Suisse, entre 2000 et 2005, Neuch\u00e2tel, 2007.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En Suisse, environ 1 personne sur 12 \u00e2g\u00e9es de 20 \u00e0 59 ans \u00e9tait affect\u00e9e par la pauvret\u00e9 mon\u00e9taire en 2005, contre un actif sur 24 vivant dans un m\u00e9nage disposant au moins de l&#8217;\u00e9quivalent d&#8217;un emploi \u00e0 plein temps. Le ph\u00e9nom\u00e8ne suit l&#8217;\u00e9volution conjoncturelle entre 2000 et 2005. Certains actifs sont plus expos\u00e9s que [&hellip;]<\/p>","protected":false},"author":3086,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"ep_exclude_from_search":false,"footnotes":""},"post__type":[83],"post_opinion":[],"post_serie":[],"post_content_category":[105],"post_content_subject":[],"acf":{"seco_author":3086,"seco_co_author":null,"author_override":"","seco_author_post_ocupation_year":"","seco_author_post_occupation_de":"Bereich Lebensbedingungen, Bundesamt f\u00fcr Statistik BFS, Neuenburg","seco_author_post_occupation_fr":"Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique (OFS), Neuch\u00e2tel","seco_co_authors_post_ocupation":null,"short_title":"","post_lead":"","post_hero_image_description":"","post_hero_image_description_copyright_de":"","post_hero_image_description_copyright_fr":"","post_references_literature":"","post_kasten":null,"post_notes_for_print":"","first_teaser_header_de":"","first_teaser_header_fr":"","first_teaser_text_de":"","first_teaser_text_fr":"","second_teaser_header_de":"","second_teaser_header_fr":"","second_teaser_text_de":"","second_teaser_text_fr":"","kseason_de":"","kseason_fr":"","post_in_pdf":153999,"main_focus":null,"serie_email":null,"frontpage_slider_bild":"","artikel_bild-slider":null,"legacy_id":"9738","post_abstract":"","magazine_issue":null,"seco_author_reccomended_post":null,"redaktoren":null,"korrektor":null,"planned_publication_date":null,"original_files":null,"external_release_for_author":"19700101","external_release_for_author_time":"00:00:00","link_for_external_authors":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/exedit\/55b9c4b276d60"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/153996"}],"collection":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3086"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=153996"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/153996\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":189951,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/153996\/revisions\/189951"}],"acf:user":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3086"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=153996"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post__type","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post__type?post=153996"},{"taxonomy":"post_opinion","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_opinion?post=153996"},{"taxonomy":"post_serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_serie?post=153996"},{"taxonomy":"post_content_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_category?post=153996"},{"taxonomy":"post_content_subject","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_subject?post=153996"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}