{"id":154011,"date":"2007-12-01T12:00:00","date_gmt":"2007-12-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2007\/12\/gerber-22\/"},"modified":"2023-08-24T01:13:52","modified_gmt":"2023-08-23T23:13:52","slug":"gerber-22","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2007\/12\/gerber-22\/","title":{"rendered":"La politique \u00e9conomique entre efficacit\u00e9 et \u00e9quit\u00e9: entretien avec Jean-Daniel Gerber sur la r\u00e9partition des richesses"},"content":{"rendered":"<p>Face \u00e0 la bonne sant\u00e9 actuelle de l&#8217;\u00e9conomie, la population se demande de plus en plus \u00e0 qui celle-ci profite. Une politique \u00e9conomique r\u00e9ussie ne doit pas rester aveugle \u00e0 l&#8217;impact que peut avoir la r\u00e9partition des richesses; c&#8217;est en ce sens que le responsable du SECO, Jean-Daniel Gerber, s&#8217;exprime dans ces pages. Il traite \u00e9galement de l&#8217;\u00e9quilibre entre gagnants et perdants de la mondialisation, que ce soit au plan national ou international. Les besoins sont palpables dans les domaines de la formation, de la fiscalit\u00e9 et de la politique sociale ainsi qu&#8217;en mati\u00e8re d&#8217;aide \u00e9conomique au d\u00e9veloppement. Pour Jean-Daniel Gerber, une r\u00e9partition \u00e9quilibr\u00e9e des richesses et la participation \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique sont des \u00e9l\u00e9ments de croissance importants.<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/200712_09_Gerber_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"245\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa Vie \u00e9conomique: Quelle importance attachez-vous au partage de la prosp\u00e9rit\u00e9? Est-ce une question de politique \u00e9conomique plus que d&#8217;\u00e9thique?\u00a0Jean-Daniel Gerber: La question a d&#8217;abord une grande importance \u00e9thique, car il est difficile d&#8217;\u00eatre vraiment satisfait de la vie si votre prochain se d\u00e9bat dans les besoins. Des guerres ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es et des r\u00e9volutions d\u00e9clench\u00e9es parce que la richesse \u00e9tait mal partag\u00e9e. C&#8217;est une source de tensions sociales et d&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 publique qui a toujours pr\u00e9occup\u00e9 l&#8217;humanit\u00e9, non seulement sur le plan politique\u00a0&#8211; voyez les nombreuses votations suisses sur les imp\u00f4ts\u00a0-, mais aussi sur le plan religieux\u00a0&#8211; pensez au commandement surl&#8217;amour du prochain! Des philosophes comme John Locke, Jean-Jacques Rousseau et, tout r\u00e9cemment, John Rawls, dans sa Th\u00e9orie de la justice, exigent donc un v\u00e9ritable \u00abcontrat social\u00bb.\u00a0Du point de vue \u00e9conomique, la question n&#8217;est pas moins pertinente, parce qu&#8217;une participation aussi large que possible de la population \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale renforce aussi son sentiment d&#8217;\u00abappropriation\u00bb du syst\u00e8me \u00e9conomique. Les gens sont plus dispos\u00e9s \u00e0 accepter des r\u00e9formes douloureuses si celles-ci sont n\u00e9cessaires pour am\u00e9liorer la comp\u00e9titivit\u00e9 du pays. La r\u00e9partition \u00e9quitable des biens devient ainsi source de nouvelle croissance et de nouvelle prosp\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Sur le plan de la distribution des revenus, la Suisse figure dans la moiti\u00e9 la plus avanc\u00e9e des pays d&#8217;Europe occidentale. Comment expliquez-vous cette position relativement favorable?\u00a0J.-D. Gerber: Je ne pense pas que la Suisse soit beaucoup plus \u00absociale\u00bb que d&#8217;autres pays d&#8217;Europe occidentale. En revanche, notre forte prosp\u00e9rit\u00e9 nous a permis de la r\u00e9partir davantage pour assurer un \u00e9quilibre. Contrairement \u00e0 ses voisins, la Suisse n&#8217;a pas connu la guerre. Nous disposions donc, d\u00e8s la fin des hostilit\u00e9s, d&#8217;un outil de production intact et avons pu profiter \u00e0 fond de la reconstruction ult\u00e9rieure de l&#8217;Europe. Nous avons en outre toujours veill\u00e9 \u00e0 ce que le march\u00e9 du travail reste souple, ce qui favorise un ch\u00f4mage faible.\u00a0Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, toutefois, nous sommes arriv\u00e9s aux limites de nos possibilit\u00e9s financi\u00e8res en mati\u00e8re de social. Il nous faut donc faire attention \u00e0 ne pas perdre le sens des proportions. Les \u00c9tats scandinaves nous ont, en outre, r\u00e9cemment d\u00e9pass\u00e9s dans quelques domaines: en am\u00e9liorant les conditions \u00e9conomiques et en r\u00e9alisant les r\u00e9formes n\u00e9cessaires, ils ont atteint des taux de croissance sup\u00e9rieurs \u00e0 la Suisse. Gr\u00e2ce \u00e0 cela, il leur est aussi plus facile d&#8217;\u00e9tablir un \u00e9quilibre social.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: On note pourtant une quote-part \u00e9lev\u00e9e de l&#8217;\u00c9tat en Scandinavie, ce qui ne passe pas pour stimuler particuli\u00e8rement l&#8217;\u00e9conomie.\u00a0J.-D. Gerber: La quote-part \u00e9lev\u00e9e de l&#8217;\u00c9tat dans les pays scandinaves s&#8217;explique en grande partie par le fait que c&#8217;est lui qui finance les oeuvres sociales. Pour \u00eatre \u00e9quitable, il faut donc comparer ce qui peut l&#8217;\u00eatre: si l&#8217;on ajoute en Suisse les primes de l&#8217;assurance-maladie obligatoire et les frais de dentiste \u00e0 la quote-part de l&#8217;\u00c9tat, nous ne sommes plus tr\u00e8s loin de la Scandinavie.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Quel r\u00f4le jouent des facteurs comme la formation et la pr\u00e9voyance-vieillesse, dans le partage de la prosp\u00e9rit\u00e9?\u00a0J.-D. Gerber: Toutes deux jouent un grand r\u00f4le. Commen\u00e7ons par la formation: c&#8217;est un facteur cl\u00e9 de mobilit\u00e9 sociale et d&#8217;\u00e9galit\u00e9 des chances. Les couches sociales les plus pauvres sont celles qui sont le moins form\u00e9es. Meilleure est la formation et meilleures sont les chances de participer \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9, et vice versa.\u00a0Quant \u00e0 la pr\u00e9voyance-vieillesse, elle a un effet \u00e9galisateur. La pauvret\u00e9 concerne aujourd&#8217;hui beaucoup plus de personnes jeunes, dont les familles monoparentales et les migrants des deux sexes.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Y a-t-il des signes d&#8217;aggravation de la situation? \u00a0J.-D. Gerber: La r\u00e9ponse est non et oui.\u00a0Non, parce que la distribution des revenus n&#8217;a gu\u00e8re chang\u00e9 depuis 1990, m\u00eame si les d\u00e9penses sociales ont fortement augment\u00e9 par rapport au PIB, passant 19,7% en 1990 \u00e0 29,4% en 2004.\u00a0Oui, parce que le public en a une perception diff\u00e9rente. \u00c0 cela, deux raisons: l&#8217;une est que, pendant des ann\u00e9es, la Suisse a souffert d&#8217;une faiblesse de croissance qui ne permettait pas de hausse des salaires r\u00e9els, ou seulement des hausses minimes. Celles-ci \u00e9taient, en outre, largement englouties par le rel\u00e8vement des primes d&#8217;assurance-maladie. L&#8217;autre raison r\u00e9side dans le d\u00e9bat sur les hauts salaires des dirigeants d&#8217;entreprise. Elle donne l&#8217;impression que les riches gagnent beaucoup plus qu&#8217;autrefois. Mais cela n&#8217;est vrai que pour la classe sociale la plus \u00e9lev\u00e9e.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Les salaires exorbitants des dirigeants sont un ph\u00e9nom\u00e8ne qui a souvent fait les manchettes et suscit\u00e9 la grogne de la population et des m\u00e9dias. Sont-ils justifi\u00e9s, ou s&#8217;agit-il vraiment de \u00abpillage\u00bb, comme on le d\u00e9plore souvent? \u00a0J.-D. Gerber: L&#8217;effet psychologique est \u00e9norme, je l&#8217;ai dit. Comment convaincre, par exemple, les syndicats que pour assurer notre comp\u00e9titivit\u00e9, il faut des adaptations structurelles douloureuses et un esprit de sacrifice si, en m\u00eame temps, les salaires de quelques cadres sup\u00e9rieurs prennent l&#8217;ascenseur? De quoi tout cela a-t-il l&#8217;air quand, en plus, les champions de la r\u00e9mun\u00e9ration d\u00e9m\u00e9nagent dans une commune o\u00f9 la fiscalit\u00e9 leur est favorable?\u00a0Par rapport \u00e0 cela, le tort mat\u00e9riel direct est insignifiant. N&#8217;oublions pas que les riches fournissent une contribution disproportionn\u00e9e \u00e0 la recette fiscale globale\u00a0&#8211; en particulier gr\u00e2ce \u00e0 la progressivit\u00e9 de l&#8217;imp\u00f4t f\u00e9d\u00e9ral direct\u00a0&#8211; et donc au financement de prestations publiques qui profitent \u00e0 tout le monde.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Y a-t-il malgr\u00e9 tout des mesures \u00e0 prendre contre les salaires abusifs des cadres? Et que peut faire l&#8217;\u00c9tat? \u00a0J.-D. Gerber: La discussion sur les salaires des cadres, dans les m\u00e9dias, a d\u00e9j\u00e0 port\u00e9 des fruits. Personne n&#8217;aime \u00eatre clou\u00e9 au pilori et s&#8217;entendre dire que ses millions de salaire sont injustifi\u00e9s. \u00a0Dans un syst\u00e8me d&#8217;\u00e9conomie de march\u00e9 qui conna\u00eet la libert\u00e9 de contracter, l&#8217;\u00c9tat ne peut, cependant, avoir pour t\u00e2che de fixer les salaires des cadres. Ce r\u00f4le incombe aux conseils d&#8217;administration et aux assembl\u00e9es d&#8217;actionnaires, mais le manque d&#8217;impartialit\u00e9 et la transparence insuffisante des comit\u00e9s de r\u00e9mun\u00e9ration leur compliquent la t\u00e2che. De nouvelles obligations de transparence et de nouveaux droits introduits dans la foul\u00e9e de la r\u00e9vision du droit des soci\u00e9t\u00e9s anonymes devraient y rem\u00e9dier. \u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: \u00c0 l&#8217;autre bout de l&#8217;\u00e9chelle, nous avons les travailleurs pauvres? Est-ce un probl\u00e8me en Suisse?\u00a0J.-D. Gerber: Tous les pays connaissent le probl\u00e8me des travailleurs pauvres. La Suisse n&#8217;est pas une exception. Les milieux les plus touch\u00e9s sont les familles monoparentales, les familles nombreuses, les personnes peu form\u00e9es, enfin les migrants.\u00a0Le meilleur antidote est la croissance \u00e9conomique et la cr\u00e9ation d&#8217;emplois \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e. La conjoncture actuelle le montre bien: rien qu&#8217;entre le deuxi\u00e8me trimestre 2006 et le deuxi\u00e8me trimestre 2007, l&#8217;emploi a cr\u00fb de 75&nbsp;400 postes \u00e9quivalents plein temps. Or, malgr\u00e9 cette augmentation, le taux des places \u00e0 bas salaire &#8211; celles qui sont r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es moins de 3500 francs par mois \u00e0 plein temps &#8211; est tomb\u00e9 de 10,9% en 2000 \u00e0 6,2% en 2006. Nous sommes donc sur la bonne voie.\u00a0Comme autre rem\u00e8de, citons la formation: meilleure elle sera, moins il y aura de risque de devenir un travailleur pauvre. En troisi\u00e8me lieu, il faut cr\u00e9er des structures de jour pour les familles monoparentales, afin que les parents puissent reprendre leur activit\u00e9. Pour les migrants, les cours d&#8217;int\u00e9gration\u00a0&#8211; en langue, par exemple\u00a0&#8211; sont un moyen indiqu\u00e9. Il faut enfin doser correctement les incitations. L&#8217;aide sociale ne doit pas procurer un revenu net qui rende le travail inint\u00e9ressant.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: La Suisse a ouvert son march\u00e9 du travail vis-\u00e0-vis de l&#8217;UE. La concurrence des salaires qui en r\u00e9sulte n&#8217;accro\u00eet-elle pas les in\u00e9galit\u00e9s?\u00a0J.-D. Gerber: \u00c0 quelques exceptions pr\u00e8s, il n&#8217;y a pas actuellement de pression sur les salaires, sinon vers le haut, ce qui provient certainement de la bonne conjoncture. De nombreuses entreprises sont plut\u00f4t confront\u00e9es \u00e0 un manque de main-d&#8217;oeuvre. Les mesures d&#8217;accompagnement ont fait leurs preuves. \u00a0\u00c7\u00e0 et l\u00e0, l&#8217;adaptation est toujours en cours. Les entreprises doivent \u00eatre encore mieux inform\u00e9es et les contr\u00f4les renforc\u00e9s. Il est vrai qu&#8217;on demande d\u00e9j\u00e0 de nouvelles mesures et nous les examinons. Il ne s&#8217;agit, toutefois, pas d&#8217;\u00e9lever des barri\u00e8res suppl\u00e9mentaires. Nos voisins du Vorarlberg et du Bade-W\u00fcrttemberg nous reprochent d\u00e9j\u00e0 d&#8217;appliquer les mesures d&#8217;accompagnement de fa\u00e7on trop bureaucratique.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Le d\u00e9bat sur la mondialisation est \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 la question de la r\u00e9partition des richesses. Les partisans de la mondialisation soulignent son effet positif sur la croissance, ses adversaires l&#8217;augmentation des in\u00e9galit\u00e9s. \u00c9tant donn\u00e9 votre longue exp\u00e9rience dans la coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement \u00e9conomique, y compris \u00e0 la Banque mondiale, comment voyez-vous la question? Y a-t-il des pays qui ont r\u00e9ussi \u00e0 se moderniser et \u00e0 s&#8217;int\u00e9grer dans l&#8217;\u00e9conomie mondiale sans aggraver significativement les in\u00e9galit\u00e9s sociales?\u00a0J.-D. Gerber: De 1995 \u00e0 nos jours, tous les pays en d\u00e9veloppement\u00a0&#8211; pauvres, riches ou moyennement fortun\u00e9s &#8211; ont connu une croissance plus marqu\u00e9e que les \u00c9tats industrialis\u00e9s. La Chine et l&#8217;Inde, en particulier, sont des champions de la croissance, mais il faut relever que m\u00eame l&#8217;Afrique conna\u00eet des taux r\u00e9jouissants en ce domaine.\u00a0Ce qui l&#8217;est moins est que, dans ces pays, les revenus les plus faibles profitent nettement moins de la croissance que les autres. On voit appara\u00eetre une corr\u00e9lation fatale: plus un pays est pauvre, plus le nombre de personnes qui profitent de la croissance est limit\u00e9. L&#8217;explication de ce ph\u00e9nom\u00e8ne est simple: les pays pauvres ne disposent pas de syst\u00e8mes sociaux et fiscaux qui favorisent un r\u00e9\u00e9quilibrage social comme chez nous.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: O\u00f9 faut-il intervenir dans les pays en d\u00e9veloppement pour qu&#8217;une plus grande partie de la population b\u00e9n\u00e9ficie de la croissance?\u00a0J.-D. Gerber: Le levier doit manifestement \u00eatre ax\u00e9 sur la formation et les syst\u00e8mes social et fiscal, et ancr\u00e9 dans le principe de \u00abbonne gouvernance\u00bb. On entend par l\u00e0 de bonnes conditions macro\u00e9conomiques, le respect de l&#8217;\u00c9tat de droit et la transparence. Si ces trois \u00e9l\u00e9ments sont pr\u00e9sents, l&#8217;\u00e9conomie de march\u00e9 fonctionne g\u00e9n\u00e9ralement pour le bien de tous.\u00a0Des exceptions isol\u00e9es confirment la r\u00e8gle. Malgr\u00e9 des gouvernements relativement bons, quelques pays pauvres n&#8217;ont pas progress\u00e9. Dans ces cas, la coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement joue un r\u00f4le d\u00e9cisif. Je compare leur situation avec nos communes montagnardes: m\u00eame avec la meilleure volont\u00e9 du monde, nos paysans de montagne ne seront pas en mesure de se procurer un revenu convenable sans subventions. \u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: \u00c0 votre avis, la mondialisation est-elle plut\u00f4t positive ou plut\u00f4t n\u00e9gative, en mati\u00e8re de r\u00e9partition des richesses?\u00a0J.-D. Gerber: Commen\u00e7ons par rappeler que la mondialisation est un fait et non une option. \u00c0 court terme, elle peut entra\u00eener des adaptations structurelles difficiles, susceptibles de frapper durement des entreprises ou des personnes et d&#8217;entra\u00eener le ch\u00f4mage.\u00a0Cependant, la bonne r\u00e9ponse aux probl\u00e8mes de la mondialisation n&#8217;est certainement pas le protectionnisme, qui reporte seulement les adaptations douloureuses et les aggrave. Je ne connais pas de r\u00e9ussite \u00e9conomique qui ait pu se soustraire \u00e0 la mondialisation. La Chine a essay\u00e9, mais Deng Xiaoping a mis fin \u00e0 l&#8217;exp\u00e9rience et a ouvert le pays. L&#8217;Inde \u00e9tait, autrefois, tr\u00e8s protectionniste et s&#8217;ouvre d\u00e9sormais de plus en plus. La croissance qui en r\u00e9sulte n&#8217;aurait pas \u00e9t\u00e9 atteinte sans la mondialisation et sans le recours \u00e0 des technologies nouvelles, sources d&#8217;une productivit\u00e9 accrue. \u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: De la r\u00e9partition des revenus, passons \u00e0 celle de la fortune. Sur ce point, l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 est nettement plus grande en Suisse qu&#8217;ailleurs. Est-ce un probl\u00e8me? \u00a0J.-D. Gerber: Qu&#8217;est-ce qui vaut mieux, une r\u00e9partition \u00e9gale ou in\u00e9gale de la fortune? Les \u00e9conomistes ne sont pas d&#8217;accord sur la r\u00e9ponse. Pour les uns, la r\u00e9partition in\u00e9gale a l&#8217;avantage d&#8217;accro\u00eetre l&#8217;\u00e9pargne, ce qui est une des conditions pr\u00e9alables aux investissements suppl\u00e9mentaires et \u00e0 la croissance. Un argument en faveur d&#8217;une r\u00e9partition plus \u00e9gale est que les revenus moyens ont plut\u00f4t tendance \u00e0 \u00eatre des piliers de l&#8217;\u00c9tat et qu&#8217;ils militent pour que les conditions-cadres demeurent satisfaisantes, parce qu&#8217;ils en profitent directement. Je me range plut\u00f4t parmi les partisans de la seconde hypoth\u00e8se.\u00a0Je doute, cependant, que la majorit\u00e9 de nos compatriotes partagent mon point de vue. La plupart des citoyens veulent prot\u00e9ger la fortune de l&#8217;emprise de l&#8217;\u00c9tat et ont vot\u00e9 dans ce sens ces derni\u00e8res ann\u00e9es. C&#8217;est ainsi que l&#8217;imp\u00f4t sur la fortune a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit et l&#8217;imp\u00f4t successoral aboli dans plusieurs cantons pour le conjoint ou les descendants en ligne directe. D&#8217;apr\u00e8s une \u00e9tude du Fonds national, l&#8217;h\u00e9ritage est consid\u00e9r\u00e9 comme une affaire priv\u00e9e et non comme une fortune imm\u00e9rit\u00e9e; 85% de la population n&#8217;y voit pas d&#8217;injustice. En outre, seul un quart de la population trouve juste qu&#8217;il faille payer des imp\u00f4ts pour h\u00e9riter, bien qu&#8217;un tiers des h\u00e9ritiers ne touchent rien et qu&#8217;au sommet de la pyramide, 10% d&#8217;entre eux touchent les trois quarts du montant global.\u00a0La r\u00e9partition in\u00e9gale de la fortune persistera en Suisse et pourrait m\u00eame s&#8217;accentuer du fait de la r\u00e9duction de l&#8217;imp\u00f4t successoral. La Constitution f\u00e9d\u00e9rale de 1848 avait aboli tous les privil\u00e8ges. Les Suisses sont-ils sur le point de remplacer la noblesse de naissance par l&#8217;argent de la filiation? Est-ce justifi\u00e9, \u00e9thiquement parlant? Le citoyen a d\u00e9j\u00e0 r\u00e9pondu \u00e0 la question, du moins au niveau cantonal. Notons cependant que plusieurs de ces lois cantonales pourraient avoir \u00e9t\u00e9 accept\u00e9es parce que les citoyens craignaient que les contribuables fortun\u00e9s n&#8217;\u00e9migrent dans des cantons sans imp\u00f4t successoral.\u00a0Autre question: on sait que la Suisse pratique un imp\u00f4t f\u00e9d\u00e9ral fortement progressif, ce qui freine son rendement. Or cette progressivit\u00e9 pourrait \u00eatre att\u00e9nu\u00e9e en introduisant un imp\u00f4t successoral qui compense les pertes fiscales. Du point de vue de l&#8217;\u00e9galit\u00e9 mat\u00e9rielle des chances et de l&#8217;\u00e9quit\u00e9, l&#8217;imp\u00f4t successoral est sans doute le plus \u00abjuste\u00bb. Pourquoi une personne serait-elle d\u00e9barrass\u00e9e de tout souci financier gr\u00e2ce \u00e0 une manne tomb\u00e9e automatiquement du ciel, alors qu&#8217;une autre ne peut profiter d&#8217;un cadeau pareil et est encore tondue par la forte progressivit\u00e9 de l&#8217;imp\u00f4t sur son revenu?\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Malgr\u00e9 le verdict des urnes, l&#8217;imposition forfaitaire d&#8217;\u00e9trangers fortun\u00e9s continue d&#8217;agiter l&#8217;opinion publique. Comment jugez-vous cette question?\u00a0J.-D. Gerber: J&#8217;avoue n&#8217;avoir pas de r\u00e9ponse toute faite. La question a deux aspects. Demandez au citoyen moyen s&#8217;il est juste que Roger Federer soit oblig\u00e9 de payer plus d&#8217;imp\u00f4ts que Johnny Hallyday, il r\u00e9pondra non. Demandez-lui, inversement, s&#8217;il vaut mieux que Johnny Hallyday paie ses imp\u00f4ts ici plut\u00f4t qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9tranger et il vous r\u00e9pondra oui. Sur l&#8217;imposition forfaitaire, la plupart des Suisses sentent deux \u00e2mes en eux, et c&#8217;est pourquoi la question restera controvers\u00e9e.\u00a0La Vie \u00e9conomique: Certains cantons avaient d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;introduire des syst\u00e8mes fiscaux d\u00e9gressifs pour attirer plus de contribuables riches. On parle aussi d&#8217;une taxe \u00e0 taux unique, ce qui repr\u00e9sente une simplification radicale du syst\u00e8me fiscal. Que pensez-vous de ces r\u00e9formes?\u00a0J.-D. Gerber: Dans son arr\u00eat du 1er juin 2007, le Tribunal f\u00e9d\u00e9ral s&#8217;est prononc\u00e9 contre les syst\u00e8mes fiscaux d\u00e9gressifs, donc contre la baisse du taux d&#8217;imposition quand le revenu cro\u00eet. Ces syst\u00e8mes contreviendraient aux principes constitutionnels de l&#8217;\u00e9galit\u00e9 des droits et de l&#8217;imposition en fonction de la capacit\u00e9 \u00e9conomique. Les cantons concern\u00e9s en ont tir\u00e9 les cons\u00e9quences et projettent de remplacer l&#8217;imp\u00f4t d\u00e9gressif par un imp\u00f4t \u00e0 taux unique. \u00a0Celui-ci \u00e9vite l&#8217;\u00e9l\u00e9ment contest\u00e9 de la d\u00e9gressivit\u00e9. Une certaine progressivit\u00e9 est m\u00eame atteinte en pr\u00e9voyant des franchises. Nous saurons en principe dans quelle mesure un taux d&#8217;imposition constant quel que soit le revenu r\u00e9pond \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de l&#8217;\u00e9quit\u00e9 fiscale, apr\u00e8s que les citoyens obwaldiens auront vot\u00e9 en d\u00e9cembre. Je vous prie enfin de songer que, m\u00eame sans imp\u00f4t \u00e0 taux unique, on pourrait obtenir des gains d&#8217;efficacit\u00e9 notables en simplifiant radicalement notre syst\u00e8me fiscal. Cela ne le bouleverserait pas de fond en comble, du moins pas au niveau f\u00e9d\u00e9ral. \u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Avez-vous personnellement une vision d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9thiquement juste?\u00a0J.-D. Gerber: Oui: le pr\u00e9ambule de la Constitution f\u00e9d\u00e9rale, qui correspond \u00e0 mes id\u00e9es. \u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Monsieur Gerber, nous vous remercions de cet entretien.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Face \u00e0 la bonne sant\u00e9 actuelle de l&#8217;\u00e9conomie, la population se demande de plus en plus \u00e0 qui celle-ci profite. Une politique \u00e9conomique r\u00e9ussie ne doit pas rester aveugle \u00e0 l&#8217;impact que peut avoir la r\u00e9partition des richesses; c&#8217;est en ce sens que le responsable du SECO, Jean-Daniel Gerber, s&#8217;exprime dans ces pages. Il traite [&hellip;]<\/p>","protected":false},"author":12,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"ep_exclude_from_search":false,"footnotes":""},"post__type":[83],"post_opinion":[],"post_serie":[],"post_content_category":[105],"post_content_subject":[],"acf":{"seco_author":12,"seco_co_author":null,"author_override":"","seco_author_post_ocupation_year":"","seco_author_post_occupation_de":"","seco_author_post_occupation_fr":"","seco_co_authors_post_ocupation":null,"short_title":"","post_lead":"","post_hero_image_description":"","post_hero_image_description_copyright_de":"","post_hero_image_description_copyright_fr":"","post_references_literature":"","post_kasten":null,"post_notes_for_print":"","first_teaser_header_de":"","first_teaser_header_fr":"","first_teaser_text_de":"","first_teaser_text_fr":"","second_teaser_header_de":"","second_teaser_header_fr":"","second_teaser_text_de":"","second_teaser_text_fr":"","kseason_de":"","kseason_fr":"","post_in_pdf":154014,"main_focus":null,"serie_email":null,"frontpage_slider_bild":"","artikel_bild-slider":null,"legacy_id":"9744","post_abstract":"","magazine_issue":null,"seco_author_reccomended_post":null,"redaktoren":null,"korrektor":null,"planned_publication_date":null,"original_files":null,"external_release_for_author":"19700101","external_release_for_author_time":"00:00:00","link_for_external_authors":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/exedit\/55b9c20dd7554"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/154011"}],"collection":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=154011"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/154011\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":189959,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/154011\/revisions\/189959"}],"acf:user":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=154011"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post__type","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post__type?post=154011"},{"taxonomy":"post_opinion","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_opinion?post=154011"},{"taxonomy":"post_serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_serie?post=154011"},{"taxonomy":"post_content_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_category?post=154011"},{"taxonomy":"post_content_subject","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_subject?post=154011"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}