{"id":154131,"date":"2007-10-01T12:00:00","date_gmt":"2007-10-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2007\/10\/aebischer-2\/"},"modified":"2023-08-24T01:14:22","modified_gmt":"2023-08-23T23:14:22","slug":"aebischer-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2007\/10\/aebischer-2\/","title":{"rendered":"Acad\u00e9mie et \u00e9conomie: une relation \u00e0 renouveler sans cesse"},"content":{"rendered":"<p>Formation, recherche et valorisation coexistent pour se nourrir r\u00e9ciproquement. Que l&#8217;une d&#8217;entre elles s&#8217;affaiblisse et c&#8217;est toute l&#8217;institution qui souffre. L&#8217;innovation doit s&#8217;appuyer sur des d\u00e9couvertes fondamentales, les \u00e9tudiants doivent se confronter aux imp\u00e9ratifs de la recherche et de l&#8217;industrie. Enfin, si les r\u00e9sultats des laboratoires profitent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, nous sommes tous gagnants. Toutefois, pour atteindre cet objectif, il faut que des entreprises transforment les r\u00e9sultats de la science en produits et services disponibles. Le lien entre \u00e9conomie et monde acad\u00e9mique constitue ainsi l&#8217;un des moteurs de notre soci\u00e9t\u00e9. C&#8217;est donc sur celui-ci que le pr\u00e9sent texte se focalise pour pr\u00e9senter les efforts en cours, lesquels ne se d\u00e9veloppent pas au d\u00e9triment, mais bien au b\u00e9n\u00e9fice des autres missions de l&#8217;EPFL.&#13;<\/p>\n<h2>Une progression spectaculaire<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL&#8217;EPFL peut \u00eatre fi\u00e8re de ses r\u00e9sultats. Le Parc scientifique, ouvert en 1991 par le pr\u00e9sident Bernard Vittoz, compte aujourd&#8217;hui plus de 110 jeunes pousses (\u00abstart-up\u00bb) \u00e0 son actif. L&#8217;\u00e9cole a \u00e9galement conclu de grands partenariats de recherche, dont le plus important a d\u00e9but\u00e9 l&#8217;an dernier avec Nestl\u00e9, pour 25 millions de francs r\u00e9partis sur 5 ans. On constate, ainsi, avec plaisir que les entreprises suisses affichent leur int\u00e9r\u00eat \u00e0 investir sur les campus suisses, apr\u00e8s avoir inject\u00e9 des sommes spectaculaires pour la recherche dans des universit\u00e9s hors de nos fronti\u00e8res. Enfin, le nombre de licences et accords de transfert de technologie a plus que doubl\u00e9 au cours des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es. Cet indicateur m\u00e9rite une attention particuli\u00e8re puisqu&#8217;il t\u00e9moigne non seulement de l&#8217;originalit\u00e9 des id\u00e9es, mais aussi de l&#8217;engagement r\u00e9el des partenaires industriels en faveur de l&#8217;innovation.\u00a0On pourrait d\u00e9battre longtemps d&#8217;autres indicateurs, de leur pertinence et de leurs biais. En bref, un observateur externe peut appr\u00e9cier trois points\u00a0essentiels: une tendance g\u00e9n\u00e9rale affich\u00e9e par un faisceau d&#8217;indicateurs, la diversit\u00e9 des pratiques mises en place et un contexte global de travail, pour ne pas dire une culture de l&#8217;innovation.\u00a0En effet, pour qu&#8217;un campus fonctionne en terme de valorisation, pour qu&#8217;il stimule l&#8217;\u00e9conomie d&#8217;un bassin d&#8217;activit\u00e9, on ne peut pas se reposer sur une strat\u00e9gie unique, sur un effet de mode. Il suffit de se souvenir de l&#8217;effet que provoquaient les jeunes pousses. Le discours dominant affirmait qu&#8217;il n&#8217;y avait que cela de vrai en 1999 et de faux en 2002! Or, ces nouvelles venues ont indiscutablement de nombreux avantages, \u00e0 commencer par la forte perspective de cr\u00e9ation de valeur, selon les domaines d&#8217;activit\u00e9. L&#8217;inconv\u00e9nient r\u00e9side dans les efforts n\u00e9cessaires pour cr\u00e9er ex nihilo un appareil complet de management, de financement, de vente et de distribution; donc un temps souvent long pour arriver sur un march\u00e9 qui n&#8217;attend gu\u00e8re. Il convient donc de diversifier les strat\u00e9gies pour apporter une solution efficace et sp\u00e9cifique \u00e0 chaque activit\u00e9. Depuis quelques mois, le Parc scientifique de l&#8217;EPFL accueille ainsi l&#8217;incubateur Logitech. Une petite structure l\u00e9g\u00e8re, flexible et rapide, pr\u00eate \u00e0 investir dans chaque innovation en lien avec les activit\u00e9s de l&#8217;entreprise, avec une capacit\u00e9 extraordinaire d&#8217;int\u00e9grer une innovation dans un produit disponible. C&#8217;est ainsi qu&#8217;en quelques mois, un nouvel algorithme pour limiter l&#8217;\u00e9cho des webcams a quitt\u00e9 les laboratoires de l&#8217;\u00e9cole pour prendre le chemin des rayonnages de la grande distribution et donc du public. L&#8217;inventeur de cette technologie, Christof Faller, a pu ouvrir sa propre soci\u00e9t\u00e9 pour d\u00e9velopper d&#8217;autres technologies innovantes dans la foul\u00e9e.\u00a0La collaboration avec Nestl\u00e9 montre une troisi\u00e8me voie: le partenariat acad\u00e9mique. En effet, une telle soci\u00e9t\u00e9 a besoin d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 la recherche de pointe non seulement pour pr\u00e9parer les bases de nouvelles g\u00e9n\u00e9rations de produits, mais aussi pour inscrire sa production dans un contexte comme celui de la sant\u00e9, notamment sur le th\u00e8me \u00abGood food good life\u00bb (\u00abune nourriture de qualit\u00e9 assure une vie de bien-\u00eatre\u00bb) qui lui est cher. La collaboration avec un campus comme l&#8217;EPFL permet d&#8217;attirer les meilleurs chercheurs en leur donnant une reconnaissance acad\u00e9mique et en les int\u00e9grant dans un environnement ouvert qui foisonne de comp\u00e9tences: ing\u00e9nierie pour imaginer de nouvelles m\u00e9thodes de mesure, informatique pour traiter des donn\u00e9es, math\u00e9matiques pour cr\u00e9er des mod\u00e8les, etc. Pour l&#8217;EPFL, une telle relation constitue un atout majeur puisqu&#8217;elle permet de cr\u00e9er sur le campus de nouveaux groupes de recherche performants, en plein accord avec l&#8217;\u00e9thique et les r\u00e8gles du monde universitaire. Plus largement, c&#8217;est toute la soci\u00e9t\u00e9 qui se retrouve gagnante, puisque leurs d\u00e9couvertes sont publi\u00e9es selon les r\u00e8gles acad\u00e9miques, garantissant la diffusion du savoir.\u00a0Jeunes pousses, incubateur, partenariat, on pourrait citer encore d&#8217;autres formes de collaboration. Notamment celle avec de nombreuses entreprises gr\u00e2ce au soutien de l&#8217;Agence pour la promotion de l&#8217;innovation (CTI), dont le r\u00f4le est fondamental pour les PME. Cette diversit\u00e9 de relations possibles constitue l&#8217;une des cl\u00e9s de la valorisation, car elle \u00e9tablit le lien optimal entre les laboratoires, les entreprises et les march\u00e9s concern\u00e9s.&#13;<\/p>\n<h2>\u00c0 qui la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle est une question qui revient r\u00e9guli\u00e8rement et dont nous avons d\u00e9cid\u00e9 de modifier certaines r\u00e8gles en 2007. Il existe, en effet, trois types de relations financi\u00e8res:\u00a0La premi\u00e8re r\u00e9side dans le brevet d\u00e9tenu par l&#8217;EPFL, lorsque sa recherche fondamentale conduit \u00e0 une innovation majeure. La pratique ne change pas en ce domaine. Les brevets peuvent faire l&#8217;objet d&#8217;une licence ou d&#8217;un \u00e9change avec des parts dans une nouvelle soci\u00e9t\u00e9.\u00a0La seconde est le mandat. Ce type d&#8217;actions demeure limit\u00e9 afin de ne pas concurrencer des bureaux d&#8217;ing\u00e9nieurs ou des entreprises. Les r\u00e9sultats appartiennent au mandant avec des tarifs en cons\u00e9quence. Une telle relation se justifie, par exemple, lorsque nous avons des comp\u00e9tences uniques et des demandes de collectivit\u00e9s publiques.\u00a0La troisi\u00e8me forme de relation, interm\u00e9diaire, correspond \u00e0 un projet de recherche propos\u00e9 par une industrie, avec une composante acad\u00e9mique importante. Durant longtemps, les institutions universitaires ont \u00e9labor\u00e9 des contrats complexes afin de partager la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle r\u00e9sultant d&#8217;un tel travail de recherche conjoint. Ceux-ci sont souvent dict\u00e9s par la peur de voir s&#8217;\u00e9chapper, un jour, les b\u00e9n\u00e9fices d&#8217;un grand succ\u00e8s mondial. Nous avons analys\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 de ces relations. Le constat est alarmant: d&#8217;une part, il est extr\u00eamement difficile, long et co\u00fbteux d&#8217;\u00e9tablir de tels contrats, puis d&#8217;en v\u00e9rifier l&#8217;application. D&#8217;autre part, le retour financier moyen ne couvre pas les frais juridiques n\u00e9cessaires \u00e0 leur \u00e9tablissement. L&#8217;EPFL est-elle un cas particulier? Absolument pas. Il s&#8217;agit d&#8217;une r\u00e9alit\u00e9 internationale, y compris de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;Atlantique. Par cons\u00e9quent, nous avons d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;augmenter la contribution de nos partenaires pour partager davantage les co\u00fbts d&#8217;infrastructure globaux, y compris l&#8217;implication r\u00e9elle d&#8217;\u00e9tudiants sur des projets concrets, mais de leur laisser la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle pour leur domaine d&#8217;activit\u00e9. Cette derni\u00e8re pr\u00e9cision est extr\u00eamement importante. Elle garantit au chercheur de pouvoir poursuivre son activit\u00e9 au-del\u00e0 du partenariat et de valoriser des r\u00e9sultats post\u00e9rieurs dans d&#8217;autres contextes. Le bilan est int\u00e9ressant: l&#8217;EPFL obtient davantage de ressources pour doper la formation et la recherche, et les entreprises gagnent un temps pr\u00e9cieux pour que les projets arrivent sur le march\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 la simplification du processus.\u00a0C&#8217;est ainsi que les campus doivent effectuer un travail constant pour \u00e9tablir les liens les plus efficaces avec l&#8217;\u00e9conomie, faisant parfois fi des pr\u00e9jug\u00e9s, des id\u00e9es re\u00e7ues et des habitudes. Cela permet ensuite de d\u00e9montrer qu&#8217;excellence acad\u00e9mique peut parfaitement se conjuguer avec impact \u00e9conomique gr\u00e2ce \u00e0 un choix adapt\u00e9 des pratiques.&#13;<\/p>\n<h2>Une culture de l&#8217;innovation<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nApr\u00e8s l&#8217;\u00e9vocation des indicateurs et de la diversit\u00e9 des relations, vient le troisi\u00e8me point essentiel de la valorisation: cr\u00e9er un environnement complet pour ne pas dire une culture de l&#8217;innovation. Ce travail a d\u00e9but\u00e9 il y a longtemps sur le campus. Apr\u00e8s la cr\u00e9ation du Parc scientifique, vinrent les premi\u00e8res initiatives de financement pour lancer des entreprises et assurer des services comme le mentorat (\u00abcoaching\u00bb). Au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, cet environnement a pris une ampleur nouvelle avec le d\u00e9veloppement d&#8217;une large palette d&#8217;enseignements li\u00e9s au management de la technologie et de l&#8217;entrepreneuriat. C&#8217;est ainsi que plus d&#8217;un millier d&#8217;\u00e9tudiants suivent aujourd&#8217;hui ces cours, compl\u00e9tant ainsi leur formation polytechnique. Simultan\u00e9ment, nous avons lanc\u00e9 plusieurs partenariats avec l&#8217;universit\u00e9 de Lausanne et des programmes avec l&#8217;IMD. Le dernier effort en date porte sur l&#8217;ing\u00e9nierie financi\u00e8re avec le Swiss Finance Institute, qui a conduit \u00e0 l&#8217;arriv\u00e9e de Peter Bossaerts, l&#8217;un des plus grands sp\u00e9cialistes mondiaux de la discipline, doyen jusqu&#8217;alors au California Institute of Technology (Caltech). De quoi consolider les comp\u00e9tences dans un domaine-cl\u00e9 de notre \u00e9conomie.\u00a0Dans cette effervescence de jeunes entreprises, d&#8217;incubateurs, de laboratoires et d&#8217;enseignements, les investisseurs viennent toujours plus nombreux, avec diff\u00e9rents niveaux de financement. Mieux encore, ils savent que le campus de l&#8217;EPFL offre de r\u00e9elles opportunit\u00e9s: Endoart, une jeune pousse sp\u00e9cialis\u00e9e dans des implants motoris\u00e9s avec transmission d&#8217;\u00e9nergie \u00e0 distance, a \u00e9t\u00e9 revendue ce printemps \u00e0 Allergan pour 120 millions de francs, soit quatre fois l&#8217;investissement initial. Cette nouvelle a cr\u00e9\u00e9 l&#8217;\u00e9v\u00e9nement dans la communaut\u00e9 internationale des investisseurs, renfor\u00e7ant leur int\u00e9r\u00eat pour la Suisse.\u00a0L&#8217;\u00e9volution d\u00e9montre le potentiel que notre pays poss\u00e8de gr\u00e2ce \u00e0 sa ressource premi\u00e8re, le savoir et la connaissance, et qui reste en tr\u00e8s grande partie \u00e0 explorer. Il convient donc de poursuivre les efforts consentis dans l&#8217;enseignement et la recherche, afin de former les innovateurs de demain et de renforcer notre avenir.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Formation, recherche et valorisation coexistent pour se nourrir r\u00e9ciproquement. Que l&#8217;une d&#8217;entre elles s&#8217;affaiblisse et c&#8217;est toute l&#8217;institution qui souffre. L&#8217;innovation doit s&#8217;appuyer sur des d\u00e9couvertes fondamentales, les \u00e9tudiants doivent se confronter aux imp\u00e9ratifs de la recherche et de l&#8217;industrie. Enfin, si les r\u00e9sultats des laboratoires profitent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, nous sommes tous gagnants. 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