{"id":154156,"date":"2007-10-01T12:00:00","date_gmt":"2007-10-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2007\/10\/hertig-4\/"},"modified":"2023-08-24T01:15:05","modified_gmt":"2023-08-23T23:15:05","slug":"hertig-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2007\/10\/hertig-4\/","title":{"rendered":"Transfert de savoir avec l&#8217;\u00e9tranger: opportunit\u00e9s, risques et actions n\u00e9cessaires"},"content":{"rendered":"<p>En se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 sa propre exp\u00e9rience, l&#8217;auteur r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 la question du transfert de savoir entre la Suisse et la Chine. Il analyse les opportunit\u00e9s et les risques li\u00e9s \u00e0 la coop\u00e9ration internationale et indique o\u00f9 il faut agir dans le domaine de la recherche appliqu\u00e9e et du d\u00e9veloppement. Il plaide en faveur d&#8217;une sensibilisation des acteurs oeuvrant dans le domaine du savoir et de la technologie. Ces avertissements ne sont pas d\u00e9nu\u00e9s de fondement, comme le montre express\u00e9ment la r\u00e9cente couverture d&#8217;un magazine d&#8217;actualit\u00e9 allemand bien connu.<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/200710_09_Hertig_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"250\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa question qu&#8217;on me pose le plus souvent dans le cadre de l&#8217;activit\u00e9 que j&#8217;exerce actuellement en Chine (voir encadr\u00e9 1 Sur mandat du Secr\u00e9tariat d&#8217;\u00c9tat \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation et \u00e0 la recherche (SER), l&#8217;auteur met en place actuellement en Chine une Maison suisse pour la science, la technologie et la culture. Comme ses soeurs \u00e9tablies \u00e0 Boston, San Francisco et Singapour, Swissnex Shanghai a pour mission de promouvoir la coop\u00e9ration scientifique et de valoriser la recherche suisse, une des plus importantes au monde. Swissnex Shanghai sera inaugur\u00e9 officiellement \u00e0 la fin de l&#8217;ann\u00e9e. D&#8217;autres Swissnex sont pr\u00e9vus en Inde, en Russie et en Afrique du Sud.) est celle des risques auxquels serait expos\u00e9e la Suisse en cas d&#8217;\u00e9changes scientifiques intenses. Qui profite au bout du compte de la coop\u00e9ration financ\u00e9e par les deniers publics? Le transfert de savoir avec l&#8217;Empire du Milieu est-il int\u00e9ressant surtout lorsqu&#8217;on esp\u00e8re en retirer des avantages financiers unilat\u00e9raux? La Suisse n&#8217;est-elle pas exploit\u00e9e?\u00a0Ces questions sont l\u00e9gitimes. Certes, la condition essentielle \u00e0 une collaboration internationale fructueuse est remplie puisque les scientifiques eux-m\u00eames sont int\u00e9ress\u00e9s, comme le montre une enqu\u00eate que la Conf\u00e9rence universitaire suisse a r\u00e9alis\u00e9e r\u00e9cemment aupr\u00e8s des hautes \u00e9coles de notre pays. La Chine est en train de devenir (aussi) une puissance scientifique mondiale. Elle occupe d\u00e9j\u00e0 la premi\u00e8re place dans certains domaines de la recherche. Encore plus int\u00e9ressant: quelques-uns d&#8217;entre eux appartiennent aux options strat\u00e9giques les plus sensibles retenues par la Suisse (p. ex. la nanotechnologie). Toutefois, ce n&#8217;est pas parce qu&#8217;une condition est remplie qu&#8217;elle est suffisante. Les hautes \u00e9coles sont des institutions publiques g\u00e9r\u00e9es avec l&#8217;argent du contribuable. Leurs acteurs doivent pouvoir affirmer que ce qu&#8217;ils font est r\u00e9ellement utile \u00e0 la collectivit\u00e9 publique qui les finance. L&#8217;int\u00e9r\u00eat de la communaut\u00e9 scientifique ne justifie pas \u00e0 lui seul une intensification des relations scientifiques \u00e0 tout prix. Il est un peu l\u00e9ger d&#8217;arguer simplement du fait que la science est justement une affaire internationale qui ne s&#8217;arr\u00eate pas aux fronti\u00e8res du pays.\u00a0En sciences, ce qui est vrai pour l&#8217;une ne l&#8217;est pas forc\u00e9ment pour l&#8217;autre. Les r\u00e9ponses aux questions pos\u00e9es plus haut sont extr\u00eamement diversifi\u00e9es selon le domaine de la recherche, ses objectifs et le contexte juridique (et politique). Ce d\u00e9bat pourrait remplir des livres et il n&#8217;est pas question de l&#8217;aborder ici. On ne peut, toutefois, pas renoncer \u00e0 \u00e9voquer une diff\u00e9rence essentielle, m\u00eame si on est contraint d&#8217;effectuer une analyse superficielle. Il faut, en effet, distinguer entre la recherche fondamentale, qui a pour objectif premier d&#8217;en savoir plus sur nous et sur le monde dans lequel nous vivons, et la recherche appliqu\u00e9e et le d\u00e9veloppement (Ra&amp;D), qui est plus proche du march\u00e9 et vise \u00e0 cr\u00e9er des produits ou \u00e0 aboutir \u00e0 des r\u00e9sultats qui procurent un b\u00e9n\u00e9fice direct. Ces deux types de recherche seront trait\u00e9s s\u00e9par\u00e9ment (voir encadr\u00e9 2 Les recherches fondamentale et appliqu\u00e9e sont des concepts id\u00e9aux, qui se superposent dans la pratique. On ne peut pas dire clairement o\u00f9 commence le transfert international de savoir, qui constitue un domaine sensible. En effet, le chercheur \u00abfondamental\u00bb n&#8217;a pas que la d\u00e9couverte en t\u00eate, puisqu&#8217;il pense tr\u00e8s souvent \u00e0 des applications intelligentes. Il suffirait donc que la coop\u00e9ration internationale perde de sa na\u00efvet\u00e9 en voyant poindre des projets de recherche se rapportant \u00e0 un produit lucratif ou concurrentiel. Les chercheurs feraient aussi bien de r\u00e9fl\u00e9chir aux aspects n\u00e9gatifs \u00e9ventuels pour les anticiper.) ci-apr\u00e8s. On se contentera, en outre, d&#8217;analyser la cr\u00e9ation de savoir soutenue par les fonds publics, puisque la recherche en entreprise ob\u00e9it \u00e0 d&#8217;autres r\u00e8gles.&#13;<\/p>\n<h2>Recherche fondamentale: un domaine sans probl\u00e8me<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nUn article, en tant que produit de la recherche fondamentale, est publi\u00e9 dans la revue scientifique la plus prestigieuse possible. Ce texte \u00e9tant accessible dans le monde entier, le transfert de savoir transfrontalier ne joue aucun r\u00f4le (voir encadr\u00e9 3 En r\u00e9alit\u00e9, le libre acc\u00e8s aux r\u00e9sultats de la recherche fondamentale est un mythe. Les revues scientifiques sont ch\u00e8res et ne sont pas accessibles \u00e0 de nombreux lecteurs potentiels dans les pays pauvres. La langue constitue un autre obstacle. La Chine s&#8217;est mu\u00e9e en un g\u00e9ant de la publication: elle se trouve d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la 5e place dans la liste mondiale des publications scientifiques. Toutefois, comme les trois quarts des articles sont \u00e9crits en mandarin, ils ne sont pas accessibles \u00e0 toute la communaut\u00e9 scientifique suisse.). Que dire, cependant, de ses auteurs? Le spectre de l&#8217;\u00e9migration de brillants scientifiques form\u00e9s en Suisse &#8211; ph\u00e9nom\u00e8ne que l&#8217;on surnomme \u00abfuite des cerveaux\u00bb &#8211; a fait r\u00e9guli\u00e8rement sensation dans la presse helv\u00e9tique ces derni\u00e8res ann\u00e9es: le signal d&#8217;alarme a m\u00eame \u00e9t\u00e9 tir\u00e9. On se plaignait notamment de perdre constamment de jeunes chercheurs prometteurs qui restaient aux \u00c9tats-Unis apr\u00e8s y avoir \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s gr\u00e2ce aux fonds publics &#8211; le plus souvent avec une bourse du Fonds national suisse (FNS). J&#8217;estime que ces critiques ne sont pas fond\u00e9es, pour trois raisons.\u00a0Premi\u00e8rement, le petit pays qu&#8217;est la Suisse n&#8217;a pas d&#8217;autres choix que d&#8217;envoyer ses jeunes talents dans des laboratoires de recherche de pointe \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger pour qu&#8217;ils s&#8217;y forment pendant quelques ann\u00e9es. Dans la plupart des domaines sp\u00e9cialis\u00e9s, nous n&#8217;avons pas la masse critique n\u00e9cessaire \u00e0 une collaboration nationale enrichissante et, ce qui est encore plus important, pour stimuler la concurrence \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de nos fronti\u00e8res. On ne peut pas non plus critiquer le fait que la majorit\u00e9 des boursiers du FNS cit\u00e9s plus haut optent toujours et encore pour un s\u00e9jour aux \u00c9tats-Unis, un pays qui poss\u00e8de les meilleures universit\u00e9s du monde.\u00a0Deuxi\u00e8mement, le simple fait que le solde des migrations avec les \u00c9tats-Unis soit n\u00e9gatif ne signifie pas que les r\u00e9percussions sur le centre de savoir suisse le soient \u00e9galement. C&#8217;est la qualit\u00e9 des personnes \u00e9chang\u00e9es qui importe et non pas leur nombre. Si la majorit\u00e9 reste aux \u00c9tats-Unis, mais que les meilleurs reviennent, et que nous r\u00e9ussissions \u00e0 attirer en Suisse quelques-uns des scientifiques am\u00e9ricains de classe internationale, le bilan s&#8217;av\u00e8re alors extr\u00eamement positif. Les conditions sont bonnes. Il y a quelques ann\u00e9es, le FNS a cr\u00e9\u00e9 un programme attractif de \u00abProfesseurs boursiers\u00bb destin\u00e9 aux scientifiques volontaires au retour. Parall\u00e8lement, nos universit\u00e9s de pointe r\u00e9ussissent toujours \u00e0 attirer les meilleurs experts ext\u00e9rieurs, tout particuli\u00e8rement des \u00c9tats-Unis. La proportion des professeurs \u00e9trangers dans nos universit\u00e9s est une des plus \u00e9lev\u00e9es au monde. Notre excellente qualit\u00e9 de vie, notre long pass\u00e9 de nation du savoir, la place de choix qu&#8217;occupent nos universit\u00e9s dans les classements mondiaux et le faible niveau des tracasseries bureaucratiques &#8211; si on le compare \u00e0 celui pr\u00e9valant dans d&#8217;autres pays &#8211; font de la Suisse un lieu exceptionnellement attrayant pour les chercheurs de pointe.\u00a0Troisi\u00e8mement, il faut savoir que les scientifiques qui restent \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger ne sont pas perdus pour notre pays. Ils tissent un r\u00e9seau qui s&#8217;av\u00e8re extr\u00eamement important en cas de collaboration avec la communaut\u00e9 scientifique locale. Ils entretiennent des partenariats privil\u00e9gi\u00e9s avec les groupes suisses et permettent d&#8217;accoucher de nouvelles coop\u00e9rations avec les scientifiques du pays h\u00f4te. Ils repr\u00e9sentent, en outre, un r\u00e9servoir remarquable o\u00f9 peuvent puiser les entreprises suisses travaillant dans le pays concern\u00e9. D&#8217;ailleurs, il ne faut pas limiter au monde acad\u00e9mique la discussion sur les avantages et les inconv\u00e9nients des \u00e9changes scientifiques internationaux. La recherche fondamentale est une excellente pr\u00e9paration \u00e0 un engagement ult\u00e9rieur dans les diff\u00e9rents secteurs de l&#8217;\u00e9conomie. Les personnalit\u00e9s form\u00e9es \u00e0 la recherche fondamentale constituent le meilleur choix en mati\u00e8re d&#8217;originalit\u00e9, d&#8217;innovation et de diversit\u00e9 des m\u00e9thodes. Elles ma\u00eetrisent leur art et se sentent \u00e0 l&#8217;aise dans la culture suisse et celle de leur pays d&#8217;accueil.\u00a0Il en va de m\u00eame pour toutes les autres formes de transfert du savoir dans le domaine fondamental, que ce soit au travers de projets communs de recherche avec des groupes \u00e9trangers ou dans des grandes institutions ou organisations internationales de recherche, comme le Cern. La politique scientifique suisse doit syst\u00e9matiquement \u00eatre la plus ouverte possible et d\u00e9pourvue de barri\u00e8res artificielles. Notre pays pourra profiter de tels \u00e9changes aussi longtemps qu&#8217;il passera pour une nation scientifique forte, qui compte des scientifiques bien form\u00e9s dans des hautes \u00e9coles de niveau sup\u00e9rieur. Ce qui importe avant tout est que nous r\u00e9ussissions \u00e0 maintenir la qualit\u00e9 existante, et m\u00eame que nous l&#8217;am\u00e9liorions. Il s&#8217;agit finalement d&#8217;une question de volont\u00e9 politique, qu&#8217;on a pu parfois mettre en cause ces derni\u00e8res d\u00e9cennies. Le nouveau cr\u00e9dit-cadre accord\u00e9 \u00e0 la formation, \u00e0 la recherche et \u00e0 l&#8217;innovation pour les ann\u00e9es 2008-2011 et le taux de croissance pr\u00e9vu, que l&#8217;on entraper\u00e7oit \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle internationale, laissent penser \u00e0 un renversement de tendance.&#13;<\/p>\n<h3>Une recherche fondamentale pr\u00e9pond\u00e9rante<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLes chercheurs suisses &#8211; du moins ceux qui agissent avec les fonds publics &#8211; sont traditionnellement plut\u00f4t attach\u00e9s \u00e0 la recherche fondamentale. La Conf\u00e9d\u00e9ration et les cantons, dans leurs raisonnements politiques, ont toujours montr\u00e9 une forte r\u00e9ticence face aux investissements dans la Ra&amp;D et en ont laiss\u00e9 l&#8217;initiative \u00e0 l&#8217;industrie priv\u00e9e. Le budget de l&#8217;Agence pour la promotion de l&#8217;innovation (CTI), comp\u00e9tente pour ce type de recherche, se situe nettement au-dessous de celui du FNS d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la recherche fondamentale. En outre, les scientifiques dans les hautes \u00e9coles suisses sont peu enclins, en comparaison avec ce qui se passe \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, \u00e0 jeter des ponts vers la pratique. Si on prend le cas des chercheurs dans les hautes \u00e9coles am\u00e9ricaines, ceux-ci ne touchent aucun salaire durant les mois d&#8217;\u00e9t\u00e9; ils doivent donc se demander, ne serait-ce que pour des raisons financi\u00e8res, comment transmettre leurs connaissances universitaires au public. Pendant ce temps, leurs coll\u00e8gues suisses sont financi\u00e8rement si bien lotis que, pour eux, de telles r\u00e9flexions passent au second plan. En bref, un transfert de savoir rapide et efficace entre les hautes \u00e9coles et l&#8217;industrie ne fait pas partie de notre syst\u00e8me, quelques exceptions louables mises \u00e0 part. Les int\u00e9ress\u00e9s y montrent peu d&#8217;int\u00e9r\u00eat et n&#8217;ont que peu de pratique. Que les transferts se fassent \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur des fronti\u00e8res suisses ou avec l&#8217;\u00e9tranger ne change pas grand-chose.&#13;<\/p>\n<h2>La Ra&amp;D, un domaine complexe et sensible<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa question de la Ra&amp;D, proche du march\u00e9, est bien plus complexe et sensible que celle de la recherche fondamentale. \u00c0 cet \u00e9gard, on a l&#8217;impression que la communaut\u00e9 scientifique suisse commet un p\u00each\u00e9 et qu&#8217;en g\u00e9n\u00e9ral, elle prend les choses trop \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. Plusieurs raisons sous-tendent cette hypoth\u00e8se.\u00a0La Ra&amp;D financ\u00e9e par les fonds publics est pratiqu\u00e9e en premier lieu dans les hautes \u00e9coles sp\u00e9cialis\u00e9es. Celles-ci ont depuis quelque temps leur propre mandat de recherche. Pour \u00eatre \u00e0 la hauteur, elles doivent s&#8217;internationaliser et coop\u00e9rer davantage avec l&#8217;\u00e9tranger. Elles se meuvent alors sur un territoire relativement nouveau, qu&#8217;elles connaissent moins bien que les hautes \u00e9coles universitaires et qui est beaucoup plus glissant dans le domaine de la Ra&amp;D que dans celui de la recherche fondamentale.\u00a0Cela nous ram\u00e8ne \u00e0 l&#8217;exemple de la Chine. Ce pays est un partenaire extr\u00eamement int\u00e9ressant pour nos hautes \u00e9coles sp\u00e9cialis\u00e9es. \u00c0 part quelques universit\u00e9s de pointe, qui, p\u00e9chant par orgueil, ne flirtent qu&#8217;avec Harvard, le MIT et Standford, les universit\u00e9s chinoises sont tr\u00e8s ouvertes \u00e0 la coop\u00e9ration internationale. Les raisons politiques et bureaucratiques traditionnelles, comme les efforts faits pour ajouter en fin d&#8217;ann\u00e9e quelques noms prestigieux \u00e0 la liste de leurs partenaires, passent au second plan. Les chercheurs eux-m\u00eames redoublent d&#8217;activit\u00e9, ce qui est \u00e0 la fois un atout et une menace. En mati\u00e8re de coop\u00e9ration internationale, les scientifiques chinois marchent autant \u00e0 t\u00e2tons que bon nombre de leurs partenaires potentiels suisses; les probl\u00e8mes sont donc in\u00e9vitables. C&#8217;est surtout la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle qui est en cause. En r\u00e9alit\u00e9, la l\u00e9gislation actuelle telle qu&#8217;elle figure sur le papier est claire si on la compare \u00e0 ce qu&#8217;il se passe au plan international. Le probl\u00e8me se situe dans l&#8217;ex\u00e9cution. \u00a0Il ne fait aucun doute que les relations avec la Chine vont s&#8217;am\u00e9liorer dans ce domaine, l&#8217;int\u00e9r\u00eat de prot\u00e9ger son propre savoir allant en augmentant avec l&#8217;extension des connaissances. D&#8217;autres pays approcheront, toutefois, ce pays et les m\u00eames probl\u00e8mes se poseront. Il faut trouver une strat\u00e9gie globale \u00e0 long terme.&#13;<\/p>\n<h2>Que faire?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa Chine et d&#8217;autres pays \u00e9mergents &#8211; notamment en Asie &#8211; sont, ou deviendront, trop importants pour que nous les ignorions. Il ne s&#8217;agit pas de placer partout des feux rouges, mais de prendre les choses plus au s\u00e9rieux. \u00c0 mon avis, il faut mettre trois \u00e9l\u00e9ments en avant.\u00a0Nos scientifiques doivent \u00eatre mieux form\u00e9s en mati\u00e8re de coop\u00e9ration internationale. Il n&#8217;est pas permis d&#8217;attribuer un mandat de recherche appliqu\u00e9e \u00e0 une haute \u00e9cole sp\u00e9cialis\u00e9e et, en m\u00eame temps, de la pousser \u00e0 coop\u00e9rer au niveau international sans faire d&#8217;efforts, pour donner aux protagonistes un minimum de compr\u00e9hension des conditions-cadres de la coop\u00e9ration internationale avec les pays \u00absensibles\u00bb. On ne pense pas seulement ici aux conseils juridiques. Pour \u00e9liminer les aspects n\u00e9gatifs du transfert international du savoir, ou du moins pour mieux les ma\u00eetriser, il faut augmenter les connaissances g\u00e9n\u00e9rales sur le pays partenaire et mieux conna\u00eetre le contexte culturel, les conditions-cadres \u00e9conomiques, les normes et les comportements-types des personnes sur place. Nos hautes \u00e9coles doivent d\u00e9velopper des enseignements taill\u00e9s sur mesure pour des r\u00e9gions d\u00e9finies du monde. Cela pourrait \u00eatre, par exemple, un cours \u00abAsian Studies\u00bb ax\u00e9 sur les besoins des futurs ing\u00e9nieurs, \u00e0 l&#8217;instar de celui que l&#8217;EPF de Lausanne a int\u00e9gr\u00e9 dans son Coll\u00e8ge des humanit\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es et qui deviendra une mati\u00e8re secondaire l&#8217;ann\u00e9e prochaine.\u00a0Il faut lever le tabou qui entoure le probl\u00e8me. Trop souvent, on oublie d&#8217;\u00eatre critique pour ne se soucier que de la bonne ambiance dans la coop\u00e9ration. Fascin\u00e9s par les h\u00f4tes de ce pays lointain, buvant du th\u00e9 vert (ou autres breuvages), les institutions suisses de recherche et leurs repr\u00e9sentants se lancent souvent dans des aventures auxquelles ils auraient renonc\u00e9 \u00e0 la maison, dans leur environnement familier, \u00e0 t\u00eate repos\u00e9e. Toute coop\u00e9ration internationale doit \u00eatre pr\u00e9par\u00e9e minutieusement et non pas lanc\u00e9e dans la pr\u00e9cipitation. Il est, en outre, recommand\u00e9 de tester le projet. Ce n&#8217;est que si aucun probl\u00e8me fondamental ne se manifeste que des accords institutionnalis\u00e9s avec des programmes \u00e0 long terme au niveau des instituts de recherche ou des hautes \u00e9coles dans leur ensemble pourront \u00eatre instaur\u00e9s.\u00a0La Suisse doit proposer davantage de conseils et d&#8217;expertises sur place. Les attach\u00e9s \u00e9conomiques et culturels de nos ambassades devraient collaborer plus \u00e9troitement. Les Maisons suisses pour la science du Secr\u00e9tariat d&#8217;\u00c9tat \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation et \u00e0 la recherche (SER), r\u00e9unies dans le r\u00e9seau Swissnex qui se met en place actuellement, sont aussi sollicit\u00e9es, en particulier celles de la Chine et de l&#8217;Inde.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nEn mati\u00e8re de recherche fondamentale, la conclusion est simple: pas de barri\u00e8res artificielles, une politique de mobilit\u00e9 active, assortie d&#8217;une offre int\u00e9ressante pour les Suisses qui souhaitent revenir au pays, et des conditions attrayantes pour les \u00e9trangers brillants. Cela fait d\u00e9j\u00e0 partie de la r\u00e9alit\u00e9 suisse et il n&#8217;y a pas l\u00e0 n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;agir. Il en va tout \u00e0 fait autrement dans le domaine de la Ra&amp;D, o\u00f9 tous les acteurs en jeu &#8211; les chercheurs eux-m\u00eames, les hautes \u00e9coles et les repr\u00e9sentations suisses \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger &#8211; doivent mettre la main \u00e0 la p\u00e2te.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Mise en place d&#8217;un Swissnex en Chine Sur mandat du Secr\u00e9tariat d&#8217;\u00c9tat \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation et \u00e0 la recherche (SER), l&#8217;auteur met en place actuellement en Chine une Maison suisse pour la science, la technologie et la culture. Comme ses soeurs \u00e9tablies \u00e0 Boston, San Francisco et Singapour, Swissnex Shanghai a pour mission de promouvoir la coop\u00e9ration scientifique et de valoriser la recherche suisse, une des plus importantes au monde. Swissnex Shanghai sera inaugur\u00e9 officiellement \u00e0 la fin de l&#8217;ann\u00e9e. D&#8217;autres Swissnex sont pr\u00e9vus en Inde, en Russie et en Afrique du Sud.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 2: Recherches fondamentale et appliqu\u00e9e Les recherches fondamentale et appliqu\u00e9e sont des concepts id\u00e9aux, qui se superposent dans la pratique. On ne peut pas dire clairement o\u00f9 commence le transfert international de savoir, qui constitue un domaine sensible. En effet, le chercheur \u00abfondamental\u00bb n&#8217;a pas que la d\u00e9couverte en t\u00eate, puisqu&#8217;il pense tr\u00e8s souvent \u00e0 des applications intelligentes. Il suffirait donc que la coop\u00e9ration internationale perde de sa na\u00efvet\u00e9 en voyant poindre des projets de recherche se rapportant \u00e0 un produit lucratif ou concurrentiel. Les chercheurs feraient aussi bien de r\u00e9fl\u00e9chir aux aspects n\u00e9gatifs \u00e9ventuels pour les anticiper.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 3: Le mythe du libre acc\u00e8s au savoir En r\u00e9alit\u00e9, le libre acc\u00e8s aux r\u00e9sultats de la recherche fondamentale est un mythe. Les revues scientifiques sont ch\u00e8res et ne sont pas accessibles \u00e0 de nombreux lecteurs potentiels dans les pays pauvres. La langue constitue un autre obstacle. La Chine s&#8217;est mu\u00e9e en un g\u00e9ant de la publication: elle se trouve d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la 5e place dans la liste mondiale des publications scientifiques. Toutefois, comme les trois quarts des articles sont \u00e9crits en mandarin, ils ne sont pas accessibles \u00e0 toute la communaut\u00e9 scientifique suisse.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 sa propre exp\u00e9rience, l&#8217;auteur r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 la question du transfert de savoir entre la Suisse et la Chine. Il analyse les opportunit\u00e9s et les risques li\u00e9s \u00e0 la coop\u00e9ration internationale et indique o\u00f9 il faut agir dans le domaine de la recherche appliqu\u00e9e et du d\u00e9veloppement. 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