{"id":154387,"date":"2007-07-01T12:00:00","date_gmt":"2007-07-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2007\/07\/schubert-4\/"},"modified":"2023-08-24T01:16:34","modified_gmt":"2023-08-23T23:16:34","slug":"schubert-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2007\/07\/schubert-4\/","title":{"rendered":"Ind\u00e9pendance \u00e9conomique des immigrants: existe-t-il des diff\u00e9rences entre les g\u00e9n\u00e9rations?"},"content":{"rendered":"<p>En Suisse, la vie professionnelle n&#8217;est plus concevable sans l&#8217;activit\u00e9 des immigrants , mais le syst\u00e8me des travailleurs \u00e9trangers appartient au pass\u00e9. D\u00e9sormais, les immigrants actifs ne travaillent plus exclusivement comme salari\u00e9s, ils s&#8217;imposent aussi en tant qu&#8217;entrepreneurs. L&#8217;article ci-dessous se penche sur les ind\u00e9pendants d&#8217;origine \u00e9trang\u00e8re qui gagnent leur vie en Suisse. La question essentielle est de savoir comment l&#8217;entrepreneuriat de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration se distingue de celui de la deuxi\u00e8me, et ce qui peut justifier ces diff\u00e9rences.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nCes derni\u00e8res ann\u00e9es, le nombre d&#8217;immigrants travaillant en Suisse comme ind\u00e9pendants a nettement augment\u00e9; c&#8217;est ce ph\u00e9nom\u00e8ne qui a fait l&#8217;objet du projet de recherche \u00abEthnic Business\u00bb. Les principales questions abord\u00e9es \u00e9taient \u00abQuelles sont les raisons qui poussent les personnes d&#8217;origine \u00e9trang\u00e8re \u00e0 choisir une activit\u00e9 ind\u00e9pendante?\u00bb et \u00abQuelles cons\u00e9quences l&#8217;esprit d&#8217;entreprise entra\u00eene-t-il?\u00bb.\u00a0Rattach\u00e9 au Programme national de recherche 51 \u00abInt\u00e9gration et exclusion\u00bb (voir encadr\u00e9 1), notre projet s&#8217;attachait avant tout au r\u00f4le de l&#8217;activit\u00e9 ind\u00e9pendante des immigrants. L&#8217;article se concentrera sur les r\u00e9sultats qui concernent les diff\u00e9rences entre la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration et la deuxi\u00e8me. Nous examinerons en particulier pourquoi plus de personnes travaillent comme ind\u00e9pendantes \u00e0 la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration qu&#8217;\u00e0 la premi\u00e8re (voir encadr\u00e9 2).&#13;<\/p>\n<h2>Que d&#8217;obstacles avant l&#8217;ind\u00e9pendance \u00e9conomique<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nJusqu&#8217;au milieu des ann\u00e9es soixante, la Suisse connut une flamb\u00e9e \u00e9conomique qui n\u00e9cessitait l&#8217;embauche d&#8217;une main-d&#8217;oeuvre ext\u00e9rieure suppl\u00e9mentaire, les \u00abtravailleurs \u00e9trangers\u00bb. L&#8217;octroi de permis de s\u00e9jour \u00e9tait toujours fortement dict\u00e9 par les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques: les travailleurs \u00e9trangers \u00e9taient des \u00abamortisseurs conjoncturels\u00bb, qui recevaient un permis de s\u00e9jour limit\u00e9 dans le temps afin qu&#8217;ils puissent \u00eatre renvoy\u00e9s lorsqu&#8217;on n&#8217;aurait plus besoin d&#8217;eux. Ils \u00e9taient donc engag\u00e9s comme salari\u00e9s; il n&#8217;\u00e9tait pas du tout pr\u00e9vu qu&#8217;ils s&#8217;engagent dans une activit\u00e9 ind\u00e9pendante. \u00a0Aujourd&#8217;hui encore, l&#8217;exercice d&#8217;une activit\u00e9 ind\u00e9pendante est r\u00e9serv\u00e9 en principe aux citoyens suisses et aux \u00e9trangers b\u00e9n\u00e9ficiaires d&#8217;un permis d&#8217;\u00e9tablissement. Piguet (1999) rel\u00e8ve que la l\u00e9gislation suisse sur les \u00e9trangers a pour but principal de limiter l&#8217;activit\u00e9 ind\u00e9pendante. Les ressortissants des pays hors UE et AELE qui n&#8217;ont pas de permis d&#8217;\u00e9tablissement ne peuvent exercer d&#8217;activit\u00e9 ind\u00e9pendante que dans des cas exceptionnels et particuliers. Les autres \u00e9trangers sans permis d&#8217;\u00e9tablissement &#8211; notamment les ressortissants de l&#8217;UE &#8211; doivent demander une d\u00e9rogation en remplissant une requ\u00eate \u00e9crite et d\u00fbment fond\u00e9e. L&#8217;int\u00e9r\u00eat pr\u00e9pond\u00e9rant est ici l&#8217;\u00e9conomie du canton.&#13;<\/p>\n<h2>L&#8217;entrepreneuriat des immigrants \u00e9tablis en Suisse<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nEn Suisse, le nombre des personnes d&#8217;origine \u00e9trang\u00e8re travaillant comme ind\u00e9pendantes a augment\u00e9 de fa\u00e7on remarquable ces derni\u00e8res ann\u00e9es. En 1990, seuls 4,7% Source: OFS, recensements 1990 et 2000. des \u00e9trangers actifs \u00e9taient ind\u00e9pendants (moins de 35000 personnes); dix ans apr\u00e8s, ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 8% (plus de 65&nbsp;000 personnes). \u00c0 titre de comparaison, le taux de citoyens suisses ind\u00e9pendants \u00e9tait de 12% en 1990 et de 14,7% en 2000. Le taux d&#8217;immigrants travaillant comme ind\u00e9pendants a donc presque doubl\u00e9 en dix ans.\u00a0La proportion d&#8217;ind\u00e9pendants varie selon les origines. Alors que les Italiens et les Allemands sont nombreux \u00e0 se mettre \u00e0 leur compte, d&#8217;autres groupes &#8211; comme les Portugais &#8211; sont plut\u00f4t \u00e0 la tra\u00eene (voir tableau 1).\u00a0L&#8217;entrepreneuriat des immigrants est tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. Les ind\u00e9pendants privil\u00e9gi\u00e9s viennent d&#8217;Europe septentrionale et occidentale, ou encore des \u00c9tats-Unis. Ils ont de meilleurs dipl\u00f4mes que les autres (y compris les Suisses), gagnent plus et travaillent dans des secteurs dont le prestige professionnel est relativement \u00e9lev\u00e9. Les ind\u00e9pendants non privil\u00e9gi\u00e9s viennent surtout d&#8217;Europe m\u00e9ridionale et orientale. Ils travaillent dans des secteurs moins prestigieux que les autres (commerce, r\u00e9parations, industries de transformation, construction, etc.), gagnent moins qu&#8217;eux et n&#8217;ont en g\u00e9n\u00e9ral que des dipl\u00f4mes inf\u00e9rieurs.&#13;<\/p>\n<h2>Diff\u00e9rences selon le sexe et la g\u00e9n\u00e9ration<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLongtemps, les femmes entrepreneurs issues de l&#8217;immigration ont \u00e9t\u00e9 num\u00e9riquement sous-repr\u00e9sent\u00e9es par rapport \u00e0 leurs confr\u00e8res, ce qui n&#8217;est gu\u00e8re surprenant, puisqu&#8217;en Suisse, les femmes travaillent en g\u00e9n\u00e9ral moins comme ind\u00e9pendantes que les hommes. Le taux d&#8217;\u00e9trang\u00e8res dans ce cas-l\u00e0 est l\u00e9g\u00e8rement inf\u00e9rieur \u00e0 celui des Suissesses; d&#8217;apr\u00e8s l&#8217;Enqu\u00eate suisse sur la population active (Espa) 2003, 36% des travailleurs ind\u00e9pendants \u00e9trangers sont des femmes, contre 41% pour les Suisses. Ces deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, l&#8217;activit\u00e9 ind\u00e9pendante des immigrantes a, cependant, cr\u00fb plus vite que celle des immigrants; dans les classes d&#8217;\u00e2ge les plus jeunes, le taux de femmes augmente fortement (voir tableau 2), un ph\u00e9nom\u00e8ne qui s&#8217;explique par des diff\u00e9rences de structure dans les pyramides des \u00e2ges: la population \u00e9trang\u00e8re est en moyenne plus jeune que la suisse; il en est de m\u00eame des femmes immigr\u00e9es par rapport aux hommes.\u00a0Bien qu&#8217;il soit usuel, dans les recherches sur les migrations, de distinguer les membres de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration de ceux de la deuxi\u00e8me, ce n&#8217;est que dans des enqu\u00eates r\u00e9centes que l&#8217;on a pr\u00eat\u00e9 attention \u00e0 l&#8217;appartenance des \u00abentrepreneurs immigr\u00e9s\u00bb \u00e0 telle ou telle g\u00e9n\u00e9ration. Il est int\u00e9ressant de constater que, selon l&#8217;Espa 2003, les membres de la premi\u00e8re et de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9rations d&#8217;\u00e9trangers travaillent pratiquement \u00e0 parts \u00e9gales comme ind\u00e9pendants, soit 12,8% et 13,3%. Comme la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration est en moyenne nettement plus jeune que la premi\u00e8re et que la probabilit\u00e9 de devenir ind\u00e9pendant cro\u00eet avec l&#8217;\u00e2ge, il faut en d\u00e9duire que cette deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration se met de facto plus souvent \u00e0 son compte que la premi\u00e8re.\u00a0Le travail ind\u00e9pendant de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9sente encore d&#8217;autres caract\u00e9ristiques que celui de la premi\u00e8re. Ses membres ont, en g\u00e9n\u00e9ral, re\u00e7u une formation sup\u00e9rieure \u00e0 celle de leurs a\u00een\u00e9s (cela vaut surtout pour les ressortissants d&#8217;Europe m\u00e9ridionale et orientale). La deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration ne travaille plus dans les secteurs \u00abtraditionnels\u00bb (commerce et r\u00e9parations), qui \u00e9taient ceux de la premi\u00e8-re, mais s&#8217;engage davantage dans des domaines comme l&#8217;informatique, l&#8217;immobilier et la location, qui exigent un bagage culturel et financier relativement \u00e9lev\u00e9. Par rapport \u00e0 la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, la deuxi\u00e8me a donc gagn\u00e9 en mobilit\u00e9 sociale tout en devenant ind\u00e9pendante.&#13;<\/p>\n<h2>Raisons et cons\u00e9quences de l&#8217;activit\u00e9 ind\u00e9pendante<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nComme l&#8217;ont montr\u00e9 nos entretiens biographiques, on retrouve les diff\u00e9rences de sexe2 et de g\u00e9n\u00e9ration dans les motifs et les cons\u00e9quences du travail ind\u00e9pendant. On peut dire en principe que la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration associe l&#8217;ind\u00e9pendance \u00e9conomique \u00e0 une r\u00e9action n\u00e9gative \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du statut d&#8217;immigrant. La discrimination \u00e0 l&#8217;emploi, le blocage de la mobilit\u00e9 sociale et l&#8217;absence de reconnaissance de la soci\u00e9t\u00e9 ou \u00e0 titre formel (par exemple par le d\u00e9ni d&#8217;une formation reconnue) renforcent ce d\u00e9sir de reconnaissance et d&#8217;autonomie, et peuvent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s comme des motifs d&#8217;aspiration \u00e0 l&#8217;ind\u00e9pendance professionnelle. Ce d\u00e9sir d&#8217;autonomie et de reconnaissance sociale se retrouve dans la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, qui a, elle aussi, subi la stigmatisation ou l&#8217;exclusion3; par contre, l&#8217;entrepreneuriat na\u00eet souvent ici de possibilit\u00e9s particuli\u00e8res, de cr\u00e9neaux commerciaux et d&#8217;aptitudes sp\u00e9ciales qu&#8217;il est plus facile de d\u00e9velopper dans sa propre entreprise. La deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration applique tr\u00e8s souvent une strat\u00e9gie qui tendra \u00e0 suivre le courant dominant pour \u00e9chapper aux discriminations (voir encadr\u00e9 3). L&#8217;ind\u00e9pendance \u00e9conomique ne se gagne plus dans des niches r\u00e9serv\u00e9es aux \u00e9trangers, elle ne se distingue plus gu\u00e8re de celle des Suisses. Dans ces cas-l\u00e0, l&#8217;origine \u00e9trang\u00e8re sera affich\u00e9e tout au plus comme argument de marketing ou comme symbole ethnique.\u00a0Parall\u00e8lement, on d\u00e9c\u00e8le aussi un lien entre les g\u00e9n\u00e9rations. Ainsi, pour les membres de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, le choix de l&#8217;ind\u00e9pendance, en tant que voie vers la mobilit\u00e9 sociale, peut souvent s&#8217;interpr\u00e9ter comme la continuation du projet des parents: ceux-ci, n&#8217;ayant pas acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la mobilit\u00e9 sociale en Suisse, d\u00e9l\u00e8guent cet objectif \u00e0 leurs enfants. Gr\u00e2ce \u00e0 son int\u00e9gration dans la soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;accueil et \u00e0 sa meilleure position sociale, la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration r\u00e9ussit son ascension professionnelle, une voie qui n&#8217;\u00e9tait pas ouverte aux parents du fait de discriminations officielles et officieuses. L&#8217;ind\u00e9pendance ne s&#8217;est r\u00e9alis\u00e9e pour ainsi dire qu&#8217;au terme d&#8217;une lign\u00e9e; dans plusieurs cas, c&#8217;est un projet de plusieurs g\u00e9n\u00e9rations.\u00a0Quant aux cons\u00e9quences, les entretiens montrent que l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;ind\u00e9pendance vaut aux entrepreneurs reconnaissance sociale et autonomie, et que les projets d&#8217;ind\u00e9pendance sont souvent de v\u00e9ritables projets d&#8217;\u00e9mancipation. Cela peut m\u00eame\u00a0&#8211; ou surtout\u00a0&#8211; \u00eatre le cas\u00a0lorsque l&#8217;activit\u00e9 entrepreneuriale n&#8217;est pas particuli\u00e8rement payante du point de vue \u00e9conomique.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes immigrants de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration consid\u00e8rent l&#8217;ind\u00e9pendance \u00e9conomique comme le r\u00e9sultat d&#8217;une pouss\u00e9e (\u00abpush factor\u00bb), tandis que la deuxi\u00e8me parle plut\u00f4t d&#8217;attraction (\u00abpull factor\u00bb). L&#8217;ind\u00e9pendance de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration semble \u00eatre plus volontaire que celle de la premi\u00e8re, parce que les enfants se trouvent dans une meilleure situation sociale que leurs parents et qu&#8217;ils disposent ainsi d&#8217;autres ressources (formation sup\u00e9rieure, h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des r\u00e9seaux, meilleure comp\u00e9tence linguistique, meilleure connaissance du monde de l&#8217;entreprise). L&#8217;ind\u00e9pendance de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration se fonde donc sur un ensemble de possibilit\u00e9s diff\u00e9rent de celui des parents.\u00a0Il existe parall\u00e8lement des points communs entre les g\u00e9n\u00e9rations. Pour les femmes des deux g\u00e9n\u00e9rations, l&#8217;id\u00e9e de cr\u00e9er leur entreprise provient fr\u00e9quemment du souhait de mieux \u00e9quilibrer vies familiale et professionnelle. L&#8217;analyse des r\u00e9seaux personnels montre en outre que les ind\u00e9pendants interrog\u00e9s entretiennent des contacts relativement nombreux avec les Suisses, et qu&#8217;ils en re\u00e7oivent un savoir-faire et un soutien social ou financier utiles pour l&#8217;activit\u00e9 entrepreneuriale. \u00c0 leur tour, les ind\u00e9pendants \u00e9trangers assument le soutien d&#8217;autres immigrants, \u00e0 qui ils fournissent un acc\u00e8s aux informations et procurent aussi souvent des emplois. Ils exercent, ainsi, une fonction de \u00abcharni\u00e8re sociale\u00bb, qui joue un r\u00f4le important dans les processus d&#8217;int\u00e9gration.\u00a0Dans l&#8217;ensemble, les r\u00e9sultats pr\u00e9sent\u00e9s ici r\u00e9v\u00e8lent que les \u00abentrepreneurs immigr\u00e9s\u00bb forment un groupe h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. Les diff\u00e9rences entre \u00e9trangers et Suisses ne sont donc pas plus significatives que celles au sein du groupe des immigrants. Les analyses de l&#8217;Espa montrent d&#8217;ailleurs que les variables sp\u00e9cifiques \u00e0 l&#8217;immigration ou \u00e0 l&#8217;origine ne sont pas corr\u00e9l\u00e9es \u00e9troitement avec l&#8217;ind\u00e9pendance, mais que celle-ci peut largement s&#8217;expliquer par des facteurs structurels (capital humain, situation mat\u00e9rielle et secteur \u00e9conomique, en particulier). L&#8217;obtention de la nationalit\u00e9 suisse et le mariage avec un partenaire qui la poss\u00e8de ont en outre une importance d\u00e9cisive pour l&#8217;ind\u00e9pendance des immigrants \u00e9tablis dans notre pays.\u00a0Les recherches et mesures politiques futures devront donc tenir compte des diff\u00e9rences entre les g\u00e9n\u00e9rations et de la situation sp\u00e9cifique des ind\u00e9pendants potentiels. Pour la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, il s&#8217;agit avant tout de faciliter l&#8217;acc\u00e8s aux \u00abressources suisses\u00bb (informations sur le monde de l&#8217;entreprise, r\u00e9seaux de relations importants, capitaux, etc.). La deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration peut, en revanche, b\u00e9n\u00e9ficier de programmes d&#8217;encouragement g\u00e9n\u00e9raux, qui ne sont pas sp\u00e9cifiquement destin\u00e9s aux \u00e9trangers. \u00c9tant donn\u00e9 qu&#8217;en Suisse, les petites et moyennes entreprises (PME) ont une grande importance \u00e9conomique et que les ind\u00e9pendants immigr\u00e9s fournissent une contribution majeure \u00e0 l&#8217;int\u00e9gration du fait de leur r\u00f4le de charni\u00e8re, il faudrait continuer \u00e0 promouvoir le travail ind\u00e9pendant, en prenant des initiatives pour am\u00e9liorer le cadre entrepreneurial.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 1 \u00abTravailleurs ind\u00e9pendants en Suisse: nombre et taux pour quelques pays d&#8217;origine\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 2 \u00abInd\u00e9pendants par g\u00e9n\u00e9ration, sexe et classe d&#8217;\u00e2ge Donn\u00e9es pond\u00e9r\u00e9es (sauf n), sans le secteur agricole, en&nbsp;%\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<b>Encadr\u00e9 1: Le PNR 51 \u00abInt\u00e9gration et exclusion\u00bb<\/b>&#13;<br \/>\nLe Programme national de recherche (PNR) 51 \u00abInt\u00e9gration et exclusion\u00bb se concentre sur des th\u00e8mes-cl\u00e9s concernant l&#8217;\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9 en Suisse. Plus de cent chercheurs r\u00e9partis sur 37 projets \u00e9tudient, \u00e0 partir d&#8217;une probl\u00e9matique concr\u00e8te, les m\u00e9canismes sociaux, institutionnels, culturels et \u00e9conomiques de l&#8217;int\u00e9gration et de l&#8217;exclusion.Les chercheurs du PNR 51 \u00e9laborent les bases scientifiques permettant d&#8217;analyser de mani\u00e8re critique le rapport des Suisses \u00e0 la diff\u00e9rence, de d\u00e9tecter \u00e0 temps les tendances \u00e0 l&#8217;exclusion, de promouvoir la tol\u00e9rance envers les minorit\u00e9s et d&#8217;aider les individus et les groupes exclus \u00e0 se r\u00e9int\u00e9grer.Les projets se r\u00e9partissent en six modules th\u00e9matiques:- travail social et politique;- pratiques scolaires et voies de formation;- repr\u00e9sentations et mod\u00e8les de sant\u00e9;- emploi, travail salari\u00e9 et protection sociale;- constructions de l&#8217;identit\u00e9 et de la diff\u00e9rence;- espaces publics et positionnement social.Le PNR 51 pr\u00e9voit pour 2007 cinq publications th\u00e9matiques, qui para\u00eetront sous forme de livres broch\u00e9s aux \u00e9ditions Seismo, Zurich. Les contributions des chercheurs et des auteurs invit\u00e9s seront publi\u00e9es dans leur langue d&#8217;origine avec un r\u00e9sum\u00e9 dans l&#8217;autre langue (all. ou fr.). Les informations sur les publications se trouvent sous <a href=\"http:\/\/www.nfp51.ch\/publikationen\">www.nfp51.ch\/publikationen<\/a> .Pour plus de renseignements, contacter Wolfgang Wettstein, charg\u00e9 de valorisation, courriel: wwettstein@access.ch, t\u00e9l.: 044&nbsp;420 18 60.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<b>Encadr\u00e9 2: Concept de recherche<\/b>&#13;<br \/>\nEn plus d&#8217;une analyse secondaire des donn\u00e9es de l&#8217;Enqu\u00eate suisse sur la population active (Espa) 2003, des entretiens biographiques ainsi que des analyses des r\u00e9seaux personnels ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9s avec 35 immigrants travaillant comme ind\u00e9pendants. Pour saisir les diff\u00e9rences selon la g\u00e9n\u00e9ration et l&#8217;\u00e9poque de l&#8217;immigration, on a interrog\u00e9 des hommes et des femmes de la premi\u00e8re et de la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9rations, d&#8217;origine italienne, turque, yougoslave et tamoule. Les secteurs \u00e9conomiques choisis \u00e9taient ceux o\u00f9 travaillaient la majorit\u00e9 des membres du groupe respectif. On a, enfin, veill\u00e9 \u00e0 ce que les personnes interrog\u00e9es se trouvent \u00e0 des phases diff\u00e9rentes de leur projet d&#8217;entrepreneur. Ainsi, ce ne sont pas seulement celles qui \u00e9taient ind\u00e9pendantes le jour de l&#8217;entretien qui ont \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9es, mais aussi celles qui envisageaient de le devenir et d&#8217;autres qui avaient cess\u00e9 de l&#8217;\u00eatrea.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<b>Encadr\u00e9 3: Carla Astorinaa, entrepreneure de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration<\/b>&#13;<br \/>\nCarla Astorina na\u00eet en Suisse de parents italiens. Apr\u00e8s le certificat d&#8217;\u00e9tudes secondaires, elle travaille d&#8217;abord quelque temps comme employ\u00e9e temporaire, puis rattrape sa maturit\u00e9. Elle finance alors ses \u00e9tudes par diff\u00e9rents travaux de publication assist\u00e9e par ordinateur. Cette activit\u00e9 professionnelle lui r\u00e9ussit si bien qu&#8217;elle finit par approfondir ce deuxi\u00e8me m\u00e9tier et devient administratrice professionnelle de sites Web apr\u00e8s ses \u00e9tudes. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de son travail d&#8217;employ\u00e9e dans un hebdomadaire, elle assume de plus en plus de mandats priv\u00e9s et finit par acc\u00e9der graduellement \u00e0 l&#8217;ind\u00e9pendance.Carla Astorina d\u00e9crit son parcours d&#8217;entrepreneure d&#8217;une part comme une \u00e9volution logique (\u00ab\u00e7a s&#8217;est trouv\u00e9 comme \u00e7a\u00bb), de l&#8217;autre comme un d\u00e9sir d&#8217;autonomie (\u00abpouvoir d\u00e9cider librement pour qui l&#8217;on travaille\u00bb). Elle souligne s&#8217;\u00eatre sentie au fond heureuse dans son travail d&#8217;employ\u00e9e, mais avoir vu dans l&#8217;ind\u00e9pendance une meilleure chance de se r\u00e9aliserb. Bien qu&#8217;elle ne parle pas de discrimination \u00e0 propos de son parcours professionnel, celle-ci constitue quand m\u00eame un sujet sensible. Comme enfant et adolescente, Carla Astorina est tr\u00e8s consciente de son statut d&#8217;Italienne parmi les Suisses et souffre de sa diff\u00e9rence. Cela va si loin qu&#8217;elle rejette l&#8217;italien \u00e0 l&#8217;adolescence et refuse par exemple de le parler \u00e0 la maison ou d&#8217;aller \u00e0 l&#8217;\u00e9cole du dimanche italienne. Ce n&#8217;est qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e2ge adulte qu&#8217;elle peut faire une place \u00e0 ses origines. Cela tient peut-\u00eatre \u00e0 ce que, du fait de la branche qu&#8217;elle a choisie (le domaine des TIC), elle d\u00e9couvre que sa qualit\u00e9 de femme est un obstacle, alors que ses racines italiennes ne jouent aucun r\u00f4le. La double lutte pour la reconnaissance en tant que femme et \u00e9trang\u00e8re n&#8217;est pas plus simple, mais elle r\u00e9ussit. \u00abIl y a eu dans ma vie trois \u00e9tapes dont j&#8217;ai le sentiment qu&#8217;elles ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s bonnes pour mon amour-propre. Comme adolescente, celui-ci \u00e9tait faible, parce que j&#8217;\u00e9tais Italienne de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration. J&#8217;ai d\u00fb lutter pour me faire une place et \u00eatre reconnue. Avec la maturit\u00e9, j&#8217;ai tr\u00e8s nettement \u00e9prouv\u00e9 un mieux-\u00eatre accompagn\u00e9 de davantage de s\u00e9curit\u00e9. Ensuite, il y a eu les \u00e9tudes. Je crois que l&#8217;ind\u00e9pendance a aussi un effet positif sur l&#8217;amour-propre.\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<b>Encadr\u00e9 4: Bibliographie<\/b>&#13;<br \/>\n&#8211; Handschin Martin, \u00abKultur der Selbst\u00e4ndigkeit. Beruflich selbst\u00e4ndige Secondas als Unternehmerinnen ihrer selbst\u00bb, Soz:mag, 9, 2006, p. 22-25.- Hettlage Raphaela, \u00abVon Gastarbeiterinnen zu Gr\u00fcnderinnen: Migrantinnen als Unternehmerinnen in der Schweiz\u00bb, dans Michaela Fenske et Tatjana Eggeling (\u00e9d.), Frauen- und Geschlechterforschung der Deutschen Gesellschaft f\u00fcr Volkskunde, G\u00f6ttingen 2004, Schmerse Verlag, p. 97-118.- Juhasz Anne, \u00abAutonomie und Risiko statt Unsicherheit. Die selbst\u00e4ndige Erwerbst\u00e4tigkeit als Weg zur Bearbeitung biographischer Unsicherheiten in der Migration\u00bb, Sozialersinn, 6, 2005, 1, p. 93-109.- Piguet Etienne (1999), Les migrations cr\u00e9atrices (pr\u00e9face de Georges Tapinos). Paris, L&#8217;Harmattan.- Suter Christian, Schubert Renate, Juhasz Anne et Hettlage Raphaela, Der Weg zur Integration? Die Rolle der selbst\u00e4ndigen Erwerbst\u00e4tigkeit von Migrantinnen und Migranten in der Schweiz. Schlussbericht zuhanden des Schweizerischen Nationalfonds (r\u00e9sum\u00e9s des principaux r\u00e9sultats sous le titre La voie de l&#8217;int\u00e9gration? Le r\u00f4le du travail ind\u00e9pendant dans les processus d&#8217;int\u00e9gration des immigrants en Suisse sur Internet \u00e0 l&#8217;adresse <a href=\"http:\/\/www.nfp51.ch\">www.nfp51.ch<\/a> , rubrique \u00abModules et projets: emploi, travail salari\u00e9 et protection sociale\u00bb), Berne, 2006.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En Suisse, la vie professionnelle n&#8217;est plus concevable sans l&#8217;activit\u00e9 des immigrants , mais le syst\u00e8me des travailleurs \u00e9trangers appartient au pass\u00e9. D\u00e9sormais, les immigrants actifs ne travaillent plus exclusivement comme salari\u00e9s, ils s&#8217;imposent aussi en tant qu&#8217;entrepreneurs. L&#8217;article ci-dessous se penche sur les ind\u00e9pendants d&#8217;origine \u00e9trang\u00e8re qui gagnent leur vie en Suisse. 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