{"id":154568,"date":"2007-04-01T12:00:00","date_gmt":"2007-04-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2007\/04\/bianchi-6\/"},"modified":"2023-08-24T01:18:15","modified_gmt":"2023-08-23T23:18:15","slug":"bianchi-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2007\/04\/bianchi-6\/","title":{"rendered":"Les conditions de travail en Suisse: discussion entre partenaires sociaux"},"content":{"rendered":"<p>Dans leur entretien, les deux repr\u00e9sentantes des employeurs et des syndicats tirent un bilan globalement positif des r\u00e9sultats de la Suisse en mati\u00e8re de conditions de travail, tels qu&#8217;ils ressortent de la comparaison europ\u00e9enne entreprise dans l&#8217;\u00e9tude dite de Dublin. M\u00eame si les analyses et les commentaires des partenaires sociaux se recoupent parfois de fa\u00e7on \u00e9tonnante, il n&#8217;en subsiste pas moins des diff\u00e9rences saillantes. \u00c0 part l&#8217;\u00e9tude susmentionn\u00e9e, les deux interlocutrices abordent des questions g\u00e9n\u00e9rales de compr\u00e9hension entre les partenaires sociaux \u00e0 propos des conditions de travail, mais aussi des dossiers d&#8217;actualit\u00e9 comme l&#8217;ordonnance sur l&#8217;\u00e2ge de protection l\u00e9gal \u00e0 18 ans et la protection des jeunes travailleurs ou la nouvelle directive MSST.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa Vie \u00e9conomique: Quelle importance les partenaires sociaux attachent-ils \u00e0 de bonnes conditions de travail?\u00a0Ruth Derrer Balladore: Pour les employeurs, les bonnes conditions de travail occupent une place cruciale. Seuls des employ\u00e9s satisfaits et en bonne sant\u00e9 fournissent la qualit\u00e9 de travail dont la place \u00e9conomique suisse a besoin face \u00e0 la concurrence mondiale.\u00a0Doris Bianchi: La lutte pour de bonnes conditions de travail et le plein-emploi font partie des raisons d&#8217;\u00eatre des syndicats. Nous sommes convaincus que ces deux objectifs primordiaux ne s&#8217;excluent pas, au contraire.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Sur quel point les employeurs et les syndicats tombent-ils le plus facilement d&#8217;accord en mati\u00e8re de conditions de travail?\u00a0D. Bianchi: Plus le sujet est concret et plus l&#8217;approche est technique, plus l&#8217;entente sera facile, m\u00eame si cela prend un certain temps. La r\u00e9vision de la directive MSST en est un bon exemple. Je vois aussi souvent un terrain d&#8217;entente dans les questions de formation ou d&#8217;instruction et d&#8217;information des employ\u00e9s, o\u00f9 les deux parties ont tout \u00e0 gagner. Le besoin qu&#8217;a la soci\u00e9t\u00e9 de trouver une solution sur certains sujets, comme la compatibilit\u00e9 entre travail et famille, facilite l&#8217;entente entre les partenaires sociaux.\u00a0R. Derrer Balladore: Je suis d&#8217;accord.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: O\u00f9 est-il le plus difficile de s&#8217;entendre?\u00a0R. Derrer Balladore: L&#8217;entente est plus difficile l\u00e0 o\u00f9 l&#8217;on peut \u00eatre d&#8217;un avis diff\u00e9rent en toute bonne foi, comme dans les questions salariales, mais aussi dans le domaine que j&#8217;aimerais intituler \u00abl&#8217;entreprise: un atelier de r\u00e9paration des probl\u00e8mes sociaux\u00bb. L&#8217;employeur a parfois l&#8217;impression de devoir \u00eatre sur tous les fronts! En mati\u00e8re de sant\u00e9 au travail, par exemple, il existe un risque de tout lier \u00e0 l&#8217;activit\u00e9 professionnelle.\u00a0D. Bianchi: L&#8217;entente est plus difficile quand on parle d&#8217;horaires de travail et d&#8217;assouplissement. Bien que personne, peut-\u00eatre, ne soit satisfait du r\u00e9gime actuel, trouver un terrain d&#8217;entente s&#8217;av\u00e8re difficile, parce que personne ne sait exactement qui profitera de la formule propos\u00e9e et dans quelle mesure.\u00a0La Vie \u00e9conomique: La Suisse a particip\u00e9 pour la premi\u00e8re fois \u00e0 l&#8217;enqu\u00eate europ\u00e9enne sur les conditions de travail r\u00e9alis\u00e9e par la Fondation europ\u00e9enne pour l&#8217;am\u00e9lioration des conditions de vie et de travail, dont le si\u00e8ge est \u00e0 Dublin. Quelle utilit\u00e9 fonci\u00e8re voyez-vous \u00e0 de telles \u00e9tudes? Quelles sont les forces et faiblesses de celle-ci?\u00a0D. Bianchi: Nous manquons tr\u00e8s nettement en Suisse de donn\u00e9es sur les conditions de travail en g\u00e9n\u00e9ral, et sur le travail et la sant\u00e9 en particulier. C&#8217;est la raison pour laquelle nous nous sommes engag\u00e9s d&#8217;embl\u00e9e en faveur de cette \u00e9tude et de son financement. Elle repr\u00e9sente une solide base de donn\u00e9es.\u00a0Les atouts de l&#8217;\u00e9tude r\u00e9sident dans l&#8217;ampleur des sujets abord\u00e9s et la fiabilit\u00e9 de la m\u00e9thode. Mais ses r\u00e9sultats ne sauraient \u00eatre un palmar\u00e8s de pays, un \u00abhit-parade\u00bb. La voir ainsi constituerait une premi\u00e8re faiblesse. Une autre carence r\u00e9side dans les questions pos\u00e9es, qui exigent des comp\u00e9tences linguistiques \u00e9lev\u00e9es. Il \u00e9tait donc difficile pour les travailleurs \u00e9trangers d&#8217;y participer et comme la Suisse en emploie une forte proportion, les r\u00e9sultats peuvent facilement \u00eatre fauss\u00e9s.\u00a0R. Derrer Balladore: Les employeurs approuvent fonci\u00e8rement la participation \u00e0 l&#8217;\u00e9tude. Nous consid\u00e9rons que la comparaison avec les autres \u00c9tats europ\u00e9ens est judicieuse, pour autant qu&#8217;elle ne s&#8217;effectue pas de fa\u00e7on isol\u00e9e. Les s\u00e9ries temporelles nous int\u00e9ressent particuli\u00e8rement, car elles permettent d&#8217;observer dans quelle direction les choses \u00e9voluent.\u00a0S&#8217;il faut \u00eatre prudent dans l&#8217;interpr\u00e9tation, c&#8217;est surtout quand des fractions de pour-cent d\u00e9cident de tel ou tel classement. \u00c0 cause des questions pos\u00e9es, on obtient parfois des r\u00e9sultats \u00e9tonnants. Dans le d\u00e9pouillement, il faut nous concentrer sur les questions importantes, celles qui font avancer la discussion. C&#8217;est pourquoi je me f\u00e9licite que l&#8217;\u00e9valuation de l&#8217;\u00e9tude ait \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e \u00e0 une haute \u00e9cole sp\u00e9cialis\u00e9e, ce qui garantit la rigueur scientifique n\u00e9cessaire.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: \u00c0 quel point estimez-vous que les r\u00e9sultats de cette \u00e9tude affecteront la politique des partenaires sociaux? \u00a0D. Bianchi: Cette \u00e9tude est une analyse parmi d&#8217;autres, qui r\u00e9v\u00e8le la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;agir dans certains domaines; elle peut donc servir d&#8217;argumentaire. Je ne crois, toutefois, pas que l&#8217;on va envisager maintenant des mesures concr\u00e8tes sur cette base.\u00a0R. Derrer Balladore: L&#8217;\u00e9tude confirme que nous parlons des bonnes questions. Je ne pense pas que nous allons nous en lancer les chiffres \u00e0 la figure. Ce ne serait d&#8217;ailleurs pas dans son esprit.\u00a0D. Bianchi: L&#8217;\u00e9tude est la plus approfondie dans des domaines qui vont prendre de plus en plus d&#8217;importance pour l&#8217;avenir du march\u00e9 suisse du travail, comme l&#8217;employabilit\u00e9 ou la compatibilit\u00e9 entre vie professionnelle et familiale. Ces analyses d\u00e9taill\u00e9es pourraient fournir des \u00e9l\u00e9ments importants pour une politique de l&#8217;emploi.\u00a0R. Derrer Balladore: La question de l&#8217;employabilit\u00e9 sera aussi cruciale pour nous \u00e0 l&#8217;avenir.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Avez-vous \u00e9t\u00e9 surprises du bon classement de la Suisse ou non? \u00c0 quoi l&#8217;attribuez-vous?\u00a0R. Derrer Balladore: L&#8217;\u00e9tude confirme que la qualit\u00e9 des rapports entre les partenaires sociaux d\u00e9bouche sur des conditions de travail raisonnables. Nous ne sommes, certes, que rarement les premiers de la classe, mais nous ne sommes nulle part rel\u00e9gu\u00e9s au fond non plus. La constance dans tous les domaines est nettement plus pr\u00e9cieuse que d&#8217;\u00eatre champions dans certains, mais derniers dans d&#8217;autres.\u00a0D. Bianchi: Le bon classement de la Suisse, qui ne nous a pas surpris, d\u00e9coule largement de la structure de notre \u00e9conomie, mais aussi de la situation favorable de l&#8217;emploi. On le voit particuli\u00e8rement \u00e0 l&#8217;indice \u00abSatisfaction au travail\u00bb. Les pays qui font aussi bien que nous ont tous un taux d&#8217;emploi stable. Une analyse diff\u00e9renci\u00e9e laisse, toutefois, para\u00eetre des zones d&#8217;ombre.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: La Suisse a des r\u00e9sultats particuli\u00e8rement bons sur le plan de l&#8217;autonomie au travail. Comment l&#8217;expliquez-vous?\u00a0R. Derrer Balladore: L\u00e0 aussi, c&#8217;est une affaire de structures. Compar\u00e9e \u00e0 ses voisins, la Suisse est le pays o\u00f9 le secteur tertiaire est le plus fort et le secondaire le plus faible. Or dans ce dernier, les processus sont nettement plus dict\u00e9s par des machines et des automates que dans celui des services.\u00a0D. Bianchi: En mati\u00e8re d&#8217;autonomie au travail, nous sommes m\u00eame parmi ceux qui font office de r\u00e9f\u00e9rence. Le rapport constate que c&#8217;est dans le secteur financier qu&#8217;elle est la plus pouss\u00e9e; or, on sait que celui-ci est fortement pr\u00e9sent chez nous. Je trouve moins positif que la Suisse se classe aussi largement en t\u00eate pour le rythme de travail et l&#8217;urgence des d\u00e9lais. C&#8217;est une chose qu&#8217;il faut mentionner quand on souligne l&#8217;autonomie au travail \u00e9lev\u00e9e des employ\u00e9s suisses.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Une chose r\u00e9jouissante\u00a0&#8211; mais tout de m\u00eame surprenante\u00a0&#8211; est le taux \u00e9lev\u00e9 de Suisses actifs qui s&#8217;estiment satisfaits quant \u00e0 la \u00abcompatibilit\u00e9 des horaires de travail avec les obligations familiales ou sociales\u00bb. Comment interpr\u00e9tez-vous ce r\u00e9sultat?\u00a0R. Derrer Balladore: La question pos\u00e9e n&#8217;\u00e9tait pas, disons, \u00abJugez-vous que la compatibilit\u00e9 entre travail et famille est satisfaisante?\u00bb, mais \u00ab\u00c0 quel point vos horaires de travail peuvent-ils s&#8217;accorder \u00e0 vos obligations familiales ou sociales?\u00bb. La r\u00e9ponse \u00e0 cette question d\u00e9pend une nouvelle fois de l&#8217;organisation du travail et de l&#8217;autonomie. Quand un t\u00e9l\u00e9phone vous pr\u00e9vient qu&#8217;un enfant est malade, beaucoup d&#8217;employ\u00e9s suisses peuvent faire rapidement un saut \u00e0 la maison ou y emporter du travail, ce qui n&#8217;est pas possible si vous travaillez par \u00e9quipe ou que le fonctionnement de machines d\u00e9pend directement d&#8217;une personne. La Suisse obtient, en outre, de bonnes notes en mati\u00e8re d&#8217;horaire mobile, d&#8217;o\u00f9 le taux \u00e9lev\u00e9 de satisfaction, mais cela n&#8217;a, au fond, qu&#8217;un rapport marginal avec la v\u00e9ritable compatibilit\u00e9 entre travail et famille.\u00a0D. Bianchi: \u00c0 mes yeux, cette note en mati\u00e8re de compatibilit\u00e9 entre travail et famille refl\u00e8te surtout notre taux \u00e9lev\u00e9 d&#8217;emplois \u00e0 temps partiel. La femme qui travaille \u00e0 40% peut r\u00e9pondre plus facilement que la vie de famille est compatible avec le travail.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Y a-t-il d&#8217;autres r\u00e9sultats positifs que vous aimeriez souligner?\u00a0D. Bianchi: Une chose qui para\u00eet tr\u00e8s positive \u00e0 premi\u00e8re vue est le taux \u00e9lev\u00e9 de formation continue, o\u00f9 la Suisse est pratiquement en t\u00eate: 45% des personnes interrog\u00e9es b\u00e9n\u00e9ficient d&#8217;une formation continue pay\u00e9e, et une grande partie d&#8217;entre elles exercent des m\u00e9tiers qualifi\u00e9s. Soulignons que nous comptons parmi les pays o\u00f9 un taux tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 d&#8217;employ\u00e9s paient leur perfectionnement de leur poche. Or, pour l&#8217;avenir de l&#8217;emploi, il importe que les personnes non qualifi\u00e9es aient acc\u00e8s \u00e0 une formation continue pay\u00e9e. Sur ce point, les notes de la Suisse ne sont de loin pas aussi bonnes qu&#8217;il le faudrait.\u00a0R. Derrer Balladore: Nous pourrions entamer une longue discussion pour savoir qui est responsable de l&#8217;employabilit\u00e9 des personnes non qualifi\u00e9es, mais ce n&#8217;est pas le sujet qui nous int\u00e9resse ici.\u00a0M\u00eame si tout n&#8217;est pas parfait et qu&#8217;il y a encore du travail \u00e0 faire, la Suisse est sur la bonne voie en mati\u00e8re de formation continue. Il est \u00e9galement positif, \u00e0 notre avis, que l&#8217;\u00e9tude ait d\u00e9montr\u00e9 que les nouvelles connaissances scientifiques de la psychologie du travail ont \u00e9t\u00e9 assimil\u00e9es dans le quotidien des entreprises.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: La Suisse se classe mal en ce qui concerne le taux de femmes cadres. Comment proc\u00e9der, d&#8217;apr\u00e8s vous, pour am\u00e9liorer la pr\u00e9sence f\u00e9minine dans les \u00e9tages directoriaux de l&#8217;\u00e9conomie suisse?\u00a0R. Derrer Balladore: Il arrive souvent, en Suisse, que des femmes fassent un d\u00e9but tr\u00e8s prometteur dans la carri\u00e8re, mais qu&#8217;elles se mettent \u00e0 leur compte \u00e0 un certain moment ou qu&#8217;elles se fixent d&#8217;autres priorit\u00e9s. C&#8217;est tr\u00e8s regrettable. Les femmes en Suisse n&#8217;attribuent manifestement gu\u00e8re de prestige \u00e0 l&#8217;avancement professionnel. Tant que cette mentalit\u00e9 pr\u00e9dominera, nous aurons de la peine \u00e0 am\u00e9liorer le taux de cadres f\u00e9minins.\u00a0D. Bianchi: Pour moi, les deux facteurs pr\u00e9dominants tiennent aux conditions g\u00e9n\u00e9rales. Primo: la Suisse est un des pays qui a mis\u00e9 sur le travail \u00e0 temps partiel pour les femmes. Or il s&#8217;av\u00e8re que ce cadre freine plus leur carri\u00e8re qu&#8217;on ne s&#8217;y serait attendu. Secundo: la situation en mati\u00e8re de compatibilit\u00e9 entre travail et famille est mauvaise. Tant que la garde des enfants sera consid\u00e9r\u00e9e comme une affaire priv\u00e9e et que les femmes devront recourir \u00e0 la calculette pour savoir \u00e0 quel taux partiel travailler pour que les frais de garde restent supportables, rien ne changera.\u00a0R. Derrer Balladore: Ce qui me frappe est que l&#8217;on entend seulement ces r\u00e9flexions dans la bouche de femmes, m\u00eame quand le niveau salarial des partenaires est \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame. Je n&#8217;ai encore jamais entendu parler d&#8217;un homme qui aurait r\u00e9duit son horaire de travail de 20% parce que sa femme augmentait le sien de 20%. Je pense donc que nous autres femmes devons nous \u00e9manciper encore un peu plus et ne pas faire de l&#8217;engagement familial une question exclusivement f\u00e9minine.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Il est aussi peu r\u00e9jouissant qu&#8217;en Suisse, 31% des personnes actives estiment que leur sant\u00e9 est menac\u00e9e par le travail: un r\u00e9sultat surprenant si l&#8217;on consid\u00e8re les bonnes notes en mati\u00e8re de sant\u00e9. Comment interpr\u00e9tez-vous la chose?\u00a0D. Bianchi: Sur ce point, nous nous situons effectivement dans la moyenne. Il faut aussi agir en mati\u00e8re d&#8217;employabilit\u00e9 des personnes \u00e2g\u00e9es. D&#8217;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, le bin\u00f4me travail\/sant\u00e9 devrait \u00eatre pris davantage en consid\u00e9ration.\u00a0R. Derrer Balladore: L\u00e0 encore, il faut examiner de plus pr\u00e8s les questions pos\u00e9es et les r\u00e9ponses possibles avant de tirer des conclusions.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Les questions suivantes concernent les conditions de travail li\u00e9es \u00e0 des dossiers d&#8217;actualit\u00e9. Comment interpr\u00e9tez-vous les r\u00e9sultats qui portent sur les risques physiques mena\u00e7ant la sant\u00e9 et auxquels la r\u00e9vision r\u00e9cente de la directive MSST fait pendant?\u00a0D. Bianchi: Il s&#8217;av\u00e8re que chez nous aussi, il y a toujours d&#8217;innombrables postes de travail qui pr\u00e9sentent un risque accru de maladie ou d&#8217;accident professionnel. Dans ces branches \u00e0 risque, il est payant de renforcer la pr\u00e9vention. Je trouve surtout tr\u00e8s positif qu&#8217;en Suisse, les employ\u00e9s soient bien inform\u00e9s des dangers. C&#8217;est sans doute la raison pour laquelle les atteintes \u00e0 la sant\u00e9 ne sont pas plus nombreuses, malgr\u00e9 l&#8217;importance des risques.\u00a0R. Derrer Balladore: Savoir si tel travail exige le port d&#8217;un v\u00eatement ou d&#8217;un \u00e9quipement protecteurs ne dit rien de la protection effective. \u00c9tant donn\u00e9 la taille relativement consid\u00e9rable de notre industrie chimique, il est par exemple \u00e9vident que de nombreuses personnes manipulent des substances chimiques ou ont avec elles des contacts cutan\u00e9s. Il est beaucoup plus important de conna\u00eetre le niveau des normes de s\u00e9curit\u00e9. Or cela n&#8217;appara\u00eet pas dans l&#8217;enqu\u00eate de Dublin.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Madame Derrer, \u00eates-vous satisfaite du r\u00e9sultat de la r\u00e9vision de la directive MSST?\u00a0R. Derrer Balladore: Du point de vue patronal, nous pouvons en \u00eatre satisfaits. La charge administrative est r\u00e9duite sans que cela porte atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 des travailleurs.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Et vous, Madame Bianchi, du point de vue syndical?\u00a0D. Bianchi: Toute la discussion sur la directive MSST est partie d&#8217;une sorte de pol\u00e9mique au centre de laquelle se trouvait le poids des charges administratives, ce d&#8217;autant plus que beaucoup d&#8217;entreprises \u00e9taient d\u00e9nu\u00e9es de risque. Or l&#8217;\u00e9tude de Dublin r\u00e9v\u00e8le que beaucoup de travaux pr\u00e9sentent des dangers qu&#8217;on ne per\u00e7oit pas forc\u00e9ment au premier abord. C&#8217;est pourquoi il faut qu&#8217;une entreprise commence par v\u00e9rifier si des risques existent et comment y rem\u00e9dier. C&#8217;est la raison d&#8217;\u00eatre de la directive MSST. Elle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9vis\u00e9e pour \u00eatre plus facilement applicable, m\u00eame par des gens qui ne sont pas des sp\u00e9cialistes de la s\u00e9curit\u00e9 au travail. La compr\u00e9hensibilit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 am\u00e9lior\u00e9e et l&#8217;on s&#8217;est concentr\u00e9 sur certains aspects essentiels du risque, ce qui profite en fin de compte aux deux camps, employ\u00e9s et patrons.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Un autre dossier d&#8217;actualit\u00e9 en mati\u00e8re de conditions de travail est celui qui concerne l&#8217;\u00e2ge de protection l\u00e9gal \u00e0 18 ans et l&#8217;ordonnance sur la protection des jeunes travailleurs (OLT 5). \u00cates-vous satisfaites des r\u00e9sultats obtenus?\u00a0D. Bianchi: Les syndicats n&#8217;ont pas appr\u00e9ci\u00e9 l&#8217;abaissement \u00e0 18 ans de l&#8217;\u00e2ge de protection l\u00e9gal des jeunes travailleurs, mais la loi est l\u00e0! Il s&#8217;agit maintenant de bien prot\u00e9ger les employ\u00e9s de moins de 18 ans dans l&#8217;ordonnance correspondante (OLT 5). La solution propos\u00e9e n&#8217;est pas encore parfaite. Le travail de nuit pour les moins de 18 ans ne devrait \u00eatre autoris\u00e9 que dans les cas o\u00f9 il est indispensable pour l&#8217;apprentissage du m\u00e9tier.\u00a0R. Derrer Balladore: Nous sommes fonci\u00e8rement satisfaits de la direction prise. Il nous para\u00eet important que les jeunes gens b\u00e9n\u00e9ficient de la souplesse n\u00e9cessaire \u00e0 leur formation professionnelle, ce qui est le cas dans le projet d&#8217;ordonnance. On voit, par exemple, dans l&#8217;informatique \u00e0 quel point il est n\u00e9cessaire d&#8217;\u00eatre flexible et de travailler \u00e9ventuellement la nuit, car c&#8217;est un domaine o\u00f9 les nouveaut\u00e9s doivent souvent \u00eatre install\u00e9es \u00e0 ce moment-l\u00e0 ou le week-end. Exclure les apprentis de moins de 18 ans qui ont particip\u00e9 aux pr\u00e9paratifs d&#8217;une installation &#8211; une exp\u00e9rience int\u00e9ressante &#8211; en invoquant l&#8217;interdiction du travail de nuit n&#8217;est pas compatible avec la motivation qu&#8217;ils d\u00e9ploient. Il en va de m\u00eame de l&#8217;attitude face au risque: l\u00e0 aussi, l&#8217;exp\u00e9rience est importante.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Dans le climat de concurrence universelle croissante, est-il r\u00e9aliste d&#8217;imaginer que les conditions de travail puissent s&#8217;am\u00e9liorer en Suisse?\u00a0R. Derrer Balladore: Il sera crucial, \u00e0 l&#8217;avenir, d&#8217;offrir des emplois dot\u00e9s de bonnes conditions de travail, ne serait-ce que parce que l&#8217;\u00e9volution d\u00e9mographique continuera de nous obliger \u00e0 recruter \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger. Cependant, la qualit\u00e9 des conditions de travail n&#8217;est pas un but en soi, elle doit participer d&#8217;un contexte global et \u00eatre aussi rentable. Il serait absurde d&#8217;offrir des conditions de travail parfaites \u00e0 tel corps de m\u00e9tier si les co\u00fbts obligent \u00e0 d\u00e9localiser la production \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, o\u00f9 elle s&#8217;effectuera alors dans des circonstances bien pires.\u00a0D. Bianchi: Une chose \u00e0 laquelle les employeurs peuvent\u00a0&#8211; et devraient\u00a0&#8211;\u00a0certainement proc\u00e9der, ce sont des investissements dans l&#8217;employabilit\u00e9, autrement dit la formation continue. Pour ce qui est des cadres, nous sommes sur la bonne voie, mais il y encore d&#8217;autres employ\u00e9s \u00e0 ne pas oublier. Ceux-ci doivent aussi avoir l&#8217;occasion de s&#8217;adapter aux nouvelles conditions. Les travailleurs particuli\u00e8rement peu qualifi\u00e9s doivent \u00eatre form\u00e9s en cons\u00e9quence. Un autre sujet d&#8217;avenir est la promotion professionnelle des femmes et l&#8217;exploitation du potentiel disponible. Un troisi\u00e8me objectif serait la possibilit\u00e9 de mener une vie saine et compatible avec le travail, lequel doit souvent \u00eatre effectu\u00e9 \u00e0 une cadence \u00e9lev\u00e9e et sous la pression des d\u00e9lais. Il convient de veiller \u00e0 ce que les employ\u00e9s n&#8217;en souffrent pas dans leur sant\u00e9. C&#8217;est de toute fa\u00e7on un luxe que notre \u00e9conomie ne pourrait se payer \u00e0 long terme!\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Mesdames, je vous remercie de cet entretien.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nDirection des d\u00e9bats et r\u00e9daction: Geli Spescha, r\u00e9dacteur en chef de La Vie \u00e9conomique&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTranscription: Simon D\u00e4llenbach, r\u00e9dacteur \u00e0 La Vie \u00e9conomique<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans leur entretien, les deux repr\u00e9sentantes des employeurs et des syndicats tirent un bilan globalement positif des r\u00e9sultats de la Suisse en mati\u00e8re de conditions de travail, tels qu&#8217;ils ressortent de la comparaison europ\u00e9enne entreprise dans l&#8217;\u00e9tude dite de Dublin. 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