{"id":154643,"date":"2007-03-01T12:00:00","date_gmt":"2007-03-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2007\/03\/ineichen-4\/"},"modified":"2023-08-24T01:18:53","modified_gmt":"2023-08-23T23:18:53","slug":"ineichen-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2007\/03\/ineichen-4\/","title":{"rendered":"Que faire contre le ch\u00f4mage des jeunes? Un d\u00e9bat politique"},"content":{"rendered":"<p>En Suisse, le ch\u00f4mage des jeunes est l&#8217;un des plus bas d&#8217;Europe. Il n&#8217;en demeure pas moins pr\u00e9occupant, car, malgr\u00e9 la conjoncture favorable, son niveau est nettement plus \u00e9lev\u00e9 que celui de la population en g\u00e9n\u00e9ral. Ce constat est particuli\u00e8rement vrai pour les jeunes issus de l&#8217;immigration. Est-ce un probl\u00e8me de places d&#8217;apprentissage ou de motivation? Quel est le bilan de ces derni\u00e8res ann\u00e9es dans le premier cas? Que faut-il faire pour int\u00e9grer davantage les jeunes concern\u00e9s dans le monde du travail? C&#8217;est de ces questions &#8211; et de bien d&#8217;autres &#8211; que d\u00e9battent ci-apr\u00e8s les conseillers nationaux Otto Ineichen et Paul Rechsteiner.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa Vie \u00e9conomique: Quelle importance attribuez-vous au ch\u00f4mage des jeunes?\u00a0P. Rechsteiner: Le fort ch\u00f4mage des jeunes est un des probl\u00e8mes cruciaux de la Suisse, en particulier celui de longue dur\u00e9e. Pour les jeunes qui en sont victimes, ne pas avoir de perspectives de travail est catastrophique; pour la soci\u00e9t\u00e9, c&#8217;est une bombe \u00e0 retardement.\u00a0O. Ineichen: Je partage cette analyse.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: La Suisse, compar\u00e9e \u00e0 d&#8217;autres pays, s&#8217;en tire relativement bien au niveau du ch\u00f4mage des jeunes. La reprise conjoncturelle a \u00e9galement permis d&#8217;abaisser le nombre de jeunes ch\u00f4meurs. Est-ce d\u00fb \u00e0 la formation duale?\u00a0O. Ineichen: Incontestablement! Tous les pays europ\u00e9ens o\u00f9 elle se pratique connaissent un taux de ch\u00f4mage des jeunes inf\u00e9rieur aux autres. C&#8217;est un indice manifeste des avantages du syst\u00e8me dual.\u00a0P. Rechsteiner: Un des facteurs d\u00e9terminants, en mati\u00e8re de ch\u00f4mage des jeunes, est la conjoncture. C&#8217;est pourquoi il convient de faire en sorte que la reprise \u00e9conomique se perp\u00e9tue \u00e0 long terme. La conjoncture ne r\u00e8gle, toutefois, pas tous les probl\u00e8mes. M\u00eame si elle est bonne, les places d&#8217;apprentissage manquent encore et il est urgent d&#8217;en cr\u00e9er, en particulier dans les villes.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: D&#8217;apr\u00e8s le dernier barom\u00e8tre des places d&#8217;apprentissage, rendu public au mois d&#8217;ao\u00fbt 2006, l&#8217;offre a augment\u00e9 de 1500 places par rapport \u00e0 2005. Comment jugez-vous cette \u00e9volution?\u00a0P. Rechsteiner: Cette am\u00e9lioration est due \u00e0 la pression constante des syndicats et d&#8217;autres milieux. Nous reconnaissons que la Conf\u00e9rence suisse des directeurs cantonaux de l&#8217;instruction publique (CDIP) s&#8217;est davantage investie dans la question. Le D\u00e9partement f\u00e9d\u00e9ral de l&#8217;\u00e9conomie (DFE) a \u00e9galement pris ses responsabilit\u00e9s \u00e0 travers les conf\u00e9rences sur l&#8217;apprentissage. Tous ces efforts ont port\u00e9 leurs fruits, mais le probl\u00e8me n&#8217;est, de loin, pas r\u00e9solu. Il faudra encore de gros efforts.\u00a0O. Ineichen: Que le probl\u00e8me ne soit pas r\u00e9solu tient aussi aux jeunes eux-m\u00eames. \u00c0 Speranza 2000, il ne nous a pas \u00e9t\u00e9 possible de pourvoir un tr\u00e8s grand nombre de places d&#8217;apprentissage. Je suis d\u00e9\u00e7u du manque de souplesse de certains jeunes. Beaucoup d&#8217;entre eux r\u00eavent d&#8217;un m\u00e9tier id\u00e9al et ne sont pas dispos\u00e9s \u00e0 voir la r\u00e9alit\u00e9 en face. Vue ainsi, la question des places d&#8217;apprentissage n&#8217;existe pas en Suisse; c&#8217;est un probl\u00e8me de motivation.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Pourriez-vous donner des exemples concrets?\u00a0O. Ineichen: Speranza 2000 a rendu visite r\u00e9cemment au Lehrverbund Zug, qui s&#8217;occupe de jeunes entre 18 et 20 ans, dont les chances d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 la vie professionnelle sont inexistantes. Le directeur cantonal de l&#8217;\u00e9conomie publique ainsi que tous les d\u00e9cideurs de la formation professionnelle cantonale \u00e9taient pr\u00e9sents. Or la manifestation n&#8217;a attir\u00e9 que dix jeunes. Je leur ai demand\u00e9 sans ambages: \u00abN&#8217;y a-t-il pas trop de jeunes qui refusent d&#8217;entrer sur le march\u00e9 du travail parce que la protection sociale dont ils b\u00e9n\u00e9ficient est trop g\u00e9n\u00e9reuse?\u00bb Sept parmi les dix pr\u00e9sents m&#8217;ont r\u00e9pondu clairement que c&#8217;\u00e9tait bien le cas et qu&#8217;ils connaissaient des exemples.\u00a0P. Rechsteiner: Le discours de M. Ineichen est le m\u00eame que celui que les a\u00een\u00e9s tenaient d\u00e9j\u00e0 au temps des Grecs anciens: les jeunes \u00e9taient paresseux, b\u00eates ou sans motivation. Mettre la faute sur les jeunes, c&#8217;est simplifier \u00e0 l&#8217;extr\u00eame un probl\u00e8me tr\u00e8s grave. Ils sont, en fait, tr\u00e8s motiv\u00e9s, mais leurs perspectives d&#8217;avenir sont bien plus m\u00e9diocres que pour la g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 laquelle M. Ineichen et moi appartenons. Nos chances, en termes de formation et de m\u00e9tier, \u00e9taient nettement sup\u00e9rieures \u00e0 celles des jeunes d&#8217;aujourd&#8217;hui provenant de milieux d\u00e9favoris\u00e9s et qui doivent affronter une grande ins\u00e9curit\u00e9 et des discriminations.\u00a0La Vie \u00e9conomique: M. Rechsteiner, estimez-vous qu&#8217;il n&#8217;y pas de probl\u00e8me de motivation chez les jeunes, y compris ceux issus de l&#8217;immigration?\u00a0P. Rechsteiner: La motivation de la grande majorit\u00e9 des jeunes\u00a0&#8211; y compris de ceux issus de l&#8217;immigration\u00a0&#8211; est forte, mais leurs perspectives se sont d\u00e9t\u00e9rior\u00e9es, sauf pour ceux qui proviennent de milieux privil\u00e9gi\u00e9s. Telle est l&#8217;exp\u00e9rience que doivent faire de nombreux \u00e9coliers \u00e0 la sortie du primaire. D&#8217;apr\u00e8s une enqu\u00eate Pisa, trois \u00e9coliers issus des milieux privil\u00e9gi\u00e9s sur quatre vont au gymnase. Pour ceux qui appartiennent \u00e0 des milieux d\u00e9favoris\u00e9s, la proportion n&#8217;est plus que de un sur cinq, \u00e0 prestations scolaires exactement \u00e9gales. Une fois de plus, malheureusement, l&#8217;appartenance sociale d\u00e9cide tr\u00e8s fortement du cursus scolaire et de la carri\u00e8re professionnelle.\u00a0O. Ineichen: Je doute qu&#8217;il soit vraiment utile, aujourd&#8217;hui, que davantage de jeunes aient une maturit\u00e9 en poche. Si nous avons le taux de ch\u00f4mage le plus bas d&#8217;Europe, cela tient \u00e0 notre syst\u00e8me dual de formation professionnelle. Inversement, on peut dire que plus le taux de maturit\u00e9 est \u00e9lev\u00e9, plus le ch\u00f4mage l&#8217;est aussi.\u00a0P. Rechsteiner: Voil\u00e0 un curieux rapprochement. M\u00eame si les syndicats se sont toujours prononc\u00e9s en faveur du syst\u00e8me dual de formation professionnelle, il n&#8217;en reste pas moins que, faute de ressources naturelles, la Suisse ne s&#8217;en sortira qu&#8217;\u00e0 condition d&#8217;avoir une population active bien form\u00e9e, donc aussi des universitaires.\u00a0La Vie \u00e9conomique: M. Ineichen, votre analyse n&#8217;aurait-elle pas tendance \u00e0 minimiser les difficult\u00e9s effectives des jeunes issus de l&#8217;immigration?\u00a0O. Ineichen: J&#8217;affirme pouvoir trouver une place de formation pour n&#8217;importe quel \u00e9l\u00e8ve motiv\u00e9! Les statistiques prouvent que ce n&#8217;est pas l&#8217;offre qui manque, car actuellement, l&#8217;\u00e9conomie propose plus de places d&#8217;apprentissage qu&#8217;elle n&#8217;en attribue. Pour ce qui est d&#8217;int\u00e9grer les jeunes issus de l&#8217;immigration &#8211; en particulier ceux originaires des Balkans -, ce sont les \u00e9coles primaires qui ont \u00e9chou\u00e9. Le probl\u00e8me est qu&#8217;aujourd&#8217;hui, 15 \u00e0 20000 jeunes ne sont pas int\u00e9gr\u00e9s. Les placer dans les entreprises\u00a0&#8211; par exemple pour un stage d&#8217;initiation &#8211; est presque impossible, surtout si ces derni\u00e8res ont d\u00e9j\u00e0 fait \u00e0 plusieurs reprises des exp\u00e9riences n\u00e9gatives.\u00a0P. Rechsteiner: C&#8217;est une attitude tr\u00e8s dangereuse que de discriminer les jeunes en fonction de leur origine. En Suisse, il existe une facheuse tendance \u00e0 classer les gens d&#8217;apr\u00e8s de tels crit\u00e8res, ce qui est un obstacle suppl\u00e9mentaire \u00e0 l&#8217;\u00e9galit\u00e9 des chances.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Que faites-vous concr\u00e8tement, M. Ineichen, pour int\u00e9grer de jeunes ch\u00f4meurs?\u00a0O. Ineichen: Dans le canton de Lucerne, nous avons un projet d&#8217;int\u00e9gration des jeunes ch\u00f4meurs entre 18 et 20 ans, avec soixante \u00e0 quatre-vingts participants. Ceux-ci b\u00e9n\u00e9ficient, en outre, d&#8217;un suivi social. Le probl\u00e8me est que ces jeunes refusent le travail qui leur est offert; parall\u00e8lement, on leur r\u00e9p\u00e8te qu&#8217;ils peuvent toucher les indemnit\u00e9s de ch\u00f4mage et l&#8217;aide sociale. Voil\u00e0 qui donne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir.\u00a0Dans le cadre du projet \u00abSperanza\u00bb, nous aimerions cr\u00e9er des formations certifi\u00e9es suppl\u00e9mentaires. Avec l&#8217;aide de \u00abr\u00e9seauteurs\u00bb, nous essayons de convaincre des entreprises\u00a0&#8211; essentiellement des PME qui ne forment plus d&#8217;apprentis &#8211; de redonner aux jeunes une chance d&#8217;acqu\u00e9rir une formation certifi\u00e9e.\u00a0P. Rechsteiner: L&#8217;\u00e9tendue de la discrimination qui frappe les jeunes issus de l&#8217;immigration appara\u00eet lorsqu&#8217;ils postulent anonymement. Si leur nom trahit une origine balkanique, les places d&#8217;apprentissage leur \u00e9chappent. C&#8217;est un probl\u00e8me auquel il faut s&#8217;attaquer, mais que les hommes politiques doivent analyser avec la prudence n\u00e9cessaire.\u00a0Il faut reconna\u00eetre \u00e0 M. Ineichen le m\u00e9rite d&#8217;avoir pris l&#8217;initiative de Speranza 2000, qui devenait terriblement n\u00e9cessaire. Ses participants devront, cependant, veiller \u00e0 ce que les formations offertes d\u00e9bouchent sur un dipl\u00f4me v\u00e9ritablement utilisable.\u00a0O. Ineichen: Nous avons tir\u00e9 les le\u00e7ons de \u00abSperanza\u00bb. Il ne sert, en effet, \u00e0 rien d&#8217;offrir par exemple une formation certifi\u00e9e dans le secteur de la coiffure, o\u00f9 la p\u00e9rennit\u00e9 n&#8217;est aucunement garantie. Nous essayons donc de cr\u00e9er de telles formations dans des domaines o\u00f9 les dipl\u00f4m\u00e9s seront demand\u00e9s, comme le syst\u00e8me de la sant\u00e9. \u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Qu&#8217;ils continuent d&#8217;aller \u00e0 l&#8217;\u00e9cole ou qu&#8217;ils optent pour une offre transitoire, un quart environ des jeunes qualifient leur choix apr\u00e8s la scolarit\u00e9 obligatoire de solution provisoire. Dans pareil contexte, que dites-vous d&#8217;offres transitoires comme les semestres de motivation, dont on demande parfois l&#8217;abolition?\u00a0P. Rechsteiner: Ce n&#8217;est pas en abolissant les semestres de motivation que l&#8217;on rendra service aux jeunes concern\u00e9s. Nous sommes unanimes \u00e0 penser qu&#8217;ils doivent tous b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;une formation professionnelle. Les semestres de motivation n&#8217;en sont pas une forme acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e.\u00a0O. Ineichen: Je suis pour le maintien des offres transitoires, qui devraient combiner la pratique et les cours, disons quatre jours de travail et un jour d&#8217;\u00e9cole par semaine. L\u00e0, c&#8217;est \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie de jouer et d&#8217;aider \u00e0 cr\u00e9er les offres correspondantes. \u00c0 moyen terme, je suis favorable \u00e0 l&#8217;abolition des semestres de motivation, parce qu&#8217;ils sont humiliants pour les jeunes. Si on devait, tout de m\u00eame, les garder, je milite pour des semestres de motivation organis\u00e9s rigoureusement et bien encadr\u00e9s. \u00a0Le canton de Zoug suit une d\u00e9marche int\u00e9ressante. L\u00e0-bas, c&#8217;est le r\u00e9seau de la formation professionnelle qui assume l&#8217;embauche, le mentorat, le contr\u00f4le et toutes les formalit\u00e9s administratives. S&#8217;il y a des probl\u00e8mes avec les jeunes, la responsabilit\u00e9 n&#8217;en incombe pas aux entreprises, mais au r\u00e9seau. Ce syst\u00e8me est relativement cher, \u00e9videmment, mais il est irrempla\u00e7able.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Quel r\u00f4le ont, \u00e0 votre avis, la politique et l&#8217;\u00e9conomie en mati\u00e8re de lutte contre le ch\u00f4mage des jeunes?\u00a0P. Rechsteiner: Si nous voulons que tous les jeunes aient la possibilit\u00e9 de terminer une formation professionnelle, il faut que l&#8217;\u00e9conomie, la Conf\u00e9d\u00e9ration et les cantons agissent de concert. On sait depuis toujours qu&#8217;il y a des jeunes qui sont faibles et d&#8217;autres forts, mais l&#8217;\u00e9conomie suisse a aussi besoin, aujourd&#8217;hui comme demain, de personnes qui ex\u00e9cutent des t\u00e2ches pratiques, m\u00eame si la proportion des actifs qualifi\u00e9s s&#8217;accro\u00eet avec la soci\u00e9t\u00e9 du savoir.\u00a0O. Ineichen: L&#8217;important est de mettre en place les bonnes incitations pour que les jeunes ne ratent pas leur entr\u00e9e dans le monde du travail. Accorder des indemnit\u00e9s de ch\u00f4mage d\u00e8s la sortie de la scolarit\u00e9 compromet l&#8217;int\u00e9gration professionnelle, ce que l&#8217;on voit tr\u00e8s nettement en Suisse romande. Les supprimer sans que les jeunes ne b\u00e9n\u00e9ficient d&#8217;un suivi serait contre-productif. C&#8217;est \u00e9galement une erreur pour les h\u00f4pitaux d&#8217;aller chercher des personnes au b\u00e9n\u00e9fice de permis de courte dur\u00e9e dans les pays limitrophes, pour effectuer des travaux non qualifi\u00e9s. Rien que dans le syst\u00e8me de la sant\u00e9, nous pourrions cr\u00e9er deux \u00e0 trois mille places d&#8217;apprentissage d\u00e9bouchant sur une formation certifi\u00e9e.\u00a0P. Rechsteiner: D\u00e9manteler les prestations de l&#8217;assurance-ch\u00f4mage serait effectivement la chose la plus stupide que l&#8217;on pourrait faire dans la situation actuelle. Il faudrait investir davantage dans la formation scolaire et professionnelle, ce qui n\u00e9cessite des mesures suppl\u00e9mentaires. Un certain nombre d&#8217;indices montrent que les pouvoirs publics doivent continuer \u00e0 lutter contre les d\u00e9s\u00e9quilibres r\u00e9gionaux. Il faut aussi investir dans des activit\u00e9s comme le mentorat, mis au point \u00e0 Gen\u00e8ve. Le cas \u00e9ch\u00e9ant, les jeunes en formation doivent aussi \u00eatre accompagn\u00e9s, car le succ\u00e8s ne repose pas seulement sur un bon d\u00e9but de l&#8217;apprentissage, mais sur son ach\u00e8vement.\u00a0O. Ineichen: La gestion personnalis\u00e9e est, certes, un moyen \u00e9prouv\u00e9, mais elle marche plut\u00f4t \u00e0 long terme. Or c&#8217;est cette ann\u00e9e et la suivante que nous avons de gros probl\u00e8mes. Les petits cantons les abordent de fa\u00e7on pragmatique et imaginative.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Comment se manifestent ces diff\u00e9rences entre les cantons?\u00a0O. Ineichen: Dans les petits cantons, il n&#8217;y a plus aujourd&#8217;hui de probl\u00e8me d&#8217;int\u00e9gration professionnelle des jeunes; la situation est diff\u00e9rente dans les grands. Cela tient au fait que, dans les petits cantons, les jeunes qui sont faibles \u00e0 l&#8217;\u00e9cole, sont conseill\u00e9s et encadr\u00e9s syst\u00e9matiquement. Je suis \u00e9tonn\u00e9 de voir \u00e0 quel point cela fonctionne bien. Dans les grands cantons, la bureaucratie est trop importante pour pouvoir s&#8217;attaquer s\u00e9rieusement aux probl\u00e8mes. L&#8217;an dernier, cent places d&#8217;apprentissage n&#8217;ont pas re\u00e7u d&#8217;autorisations, alors qu&#8217;elles \u00e9taient offertes par des entreprises formatrices. McDonald&#8217;s et Valora ont, ainsi, obtenu des autorisations dans les petits cantons, alors qu&#8217;on les leur a refus\u00e9es dans les grands sous pr\u00e9texte que les jeunes y \u00e9taient exploit\u00e9s.\u00a0P. Rechsteiner: S&#8217;il s&#8217;agit de travaux dangereux, une certaine retenue est de mise, car le risque d&#8217;accident est effectivement plus \u00e9lev\u00e9 chez les jeunes que chez les adultes. Il existe, d&#8217;ailleurs, de nombreuses bonnes raisons pour que ces travaux &#8211; comme la conduite de chariots l\u00e8ve-palettes &#8211; ne soient confi\u00e9s qu&#8217;\u00e0 des apprentis r\u00e9guliers et non \u00e0 des jeunes non qualifi\u00e9s. La protection des jeunes travailleurs ne saurait \u00eatre vid\u00e9e de son sens.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Jusqu&#8217;ici, nous avons surtout consid\u00e9r\u00e9 les jeunes de 15 \u00e0 19 ans, qui se trouvent entre l&#8217;\u00e9cole et la formation. Tournons-nous maintenant vers les 20 \u00e0 24 ans, qui doivent passer du certificat professionnel au march\u00e9 du travail. Comment voyez-vous leur situation? Quelles mesures pr\u00e9conisez-vous pour leur entr\u00e9e dans la vie professionnelle?\u00a0P. Rechsteiner: La situation des 20-24 ans d\u00e9pend, en premier lieu, de l&#8217;\u00e9volution de la conjoncture et du march\u00e9 de l&#8217;emploi. On a, h\u00e9las, largement abandonn\u00e9 l&#8217;id\u00e9e de redescendre en dessous de la barre des 100&nbsp;000 ch\u00f4meurs. Pour les jeunes travailleurs, une reprise \u00e9conomique qui s&#8217;inscrirait dans le long terme serait \u00e9videmment d\u00e9cisive. Les entreprises formatrices devraient, en outre, de nouveau reconna\u00eetre la valeur de leurs jeunes dipl\u00f4m\u00e9s et leur faire davantage confiance. Elles pourraient ainsi mieux les fid\u00e9liser, car \u00e0 moyen terme, elles auront de nouveau besoin d&#8217;eux. Une bonne formation ne d\u00e9pend en fin de compte pas seulement de l&#8217;apprentissage, mais aussi de l&#8217;exp\u00e9rience acquise au poste de travail. Il faut donc montrer de nouveau plus d&#8217;attention au capital humain.\u00a0O. Ineichen: \u00c0 mon avis, Les employeurs devraient \u00eatre les plus nombreux possibles \u00e0 donner \u00e0 leurs apprentis la possibilit\u00e9 de travailler encore six mois dans l&#8217;entreprise apr\u00e8s leur dipl\u00f4me pour y acqu\u00e9rir de l&#8217;exp\u00e9rience. C&#8217;est peut-\u00eatre impossible pour les petites entreprises, mais je n&#8217;admets pas que les grandes soci\u00e9t\u00e9s comme les banques, les assurances ou autres, ne le permettent pas.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Messieurs, je vous remercie de cet entretien.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nDirection des d\u00e9bats et r\u00e9daction: Geli Spescha, r\u00e9dacteur en chef de La Vie \u00e9conomique.\u00a0Transcription par Simon D\u00e4llenbach, r\u00e9dacteur \u00e0 La Vie \u00e9conomique.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Speranza 2000: des entreprises se mobilisent contre le ch\u00f4mage des jeunes Le projet Speranza 2000 a pour but d&#8217;ouvrir de nouvelles perspectives professionnelles aux jeunes qui souffrent de lacunes scolaires ou de difficult\u00e9s sociales: \u00e0 court terme, il doit proposer un stage d&#8217;une ann\u00e9e et, \u00e0 moyen terme, cr\u00e9er davantage de postes d&#8217;apprentissage et instituer une formation de base de deux ans couronn\u00e9e d&#8217;une attestation professionnelle f\u00e9d\u00e9rale.Pr\u00e9sid\u00e9e par l&#8217;entrepreneur et conseiller national Otto Ineichen, l&#8217;association Speranza 2000 traite le probl\u00e8me du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;offre. Des entrepreneurs Speranza disposant de r\u00e9seaux, en motivent d&#8217;autres pour qu&#8217;ils assument une responsabilit\u00e9 sociale envers les jeunes et cr\u00e9ent de nouvelles places d&#8217;apprentissage dans les domaines peu qualifi\u00e9s. Les cantons s&#8217;occupent de la demande. Leur t\u00e2che consiste \u00e0 placer dans les postes d&#8217;apprentissage et de stage suppl\u00e9mentaires mis \u00e0 disposition par le r\u00e9seau Speranza, les jeunes qui n&#8217;ont pas trouv\u00e9 de raccordement \u00e0 la sortie de la scolarit\u00e9, et \u00e0 les faire accompagner individuellement par un mentor professionnel.L&#8217;association Speranza 2000 est soutenue par les partenaires de la formation professionnelle suisse (Union suisse des arts et m\u00e9tiers, Union patronale suisse, Conf\u00e9rence suisse des directeurs cantonaux de l&#8217;instruction publique, Conf\u00e9rence des offices de la formation professionnelle), la soci\u00e9t\u00e9 Speranza PRD B\u00e2le-Campagne, et son cr\u00e9ateur, Otto Ineichen. D\u00e9j\u00e0 lanc\u00e9 dans cinq cantons (LU, AG, ZH, BL, GR), le projet court depuis trois ans et est constamment adapt\u00e9 aux exigences. Il est soutenu par la Conf\u00e9d\u00e9ration et par l&#8217;\u00e9conomie.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En Suisse, le ch\u00f4mage des jeunes est l&#8217;un des plus bas d&#8217;Europe. Il n&#8217;en demeure pas moins pr\u00e9occupant, car, malgr\u00e9 la conjoncture favorable, son niveau est nettement plus \u00e9lev\u00e9 que celui de la population en g\u00e9n\u00e9ral. Ce constat est particuli\u00e8rement vrai pour les jeunes issus de l&#8217;immigration. Est-ce un probl\u00e8me de places d&#8217;apprentissage ou de [&hellip;]<\/p>","protected":false},"author":2949,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"ep_exclude_from_search":false,"footnotes":""},"post__type":[83],"post_opinion":[],"post_serie":[],"post_content_category":[90],"post_content_subject":[],"acf":{"seco_author":2949,"seco_co_author":[2950,0],"author_override":"","seco_author_post_ocupation_year":"","seco_author_post_occupation_de":"Mitglied der FDP-Fraktion, Unternehmer, Pr\u00e4sident des Vereins \u00abSperanza 2000\u00bb.","seco_author_post_occupation_fr":"conseiller national radical, entrepreneur et pr\u00e9sident de l'association Speranza 2000","seco_co_authors_post_ocupation":[{"seco_co_author":2950,"seco_co_author_post_occupation_year":"","seco_co_author_post_occupation_de":"Pr\u00e4sident des Schweizerischen Gewerkschaftsbundes; St\u00e4nderat (SP\/SG).","seco_co_author_post_occupation_fr":"Pr\u00e9sident de l\u2019Union syndicale suisse (USS) et conseiller aux \u00c9tats (PS\/SG)."}],"short_title":"","post_lead":"","post_hero_image_description":"","post_hero_image_description_copyright_de":"","post_hero_image_description_copyright_fr":"","post_references_literature":"","post_kasten":null,"post_notes_for_print":"","first_teaser_header_de":"","first_teaser_header_fr":"","first_teaser_text_de":"","first_teaser_text_fr":"","second_teaser_header_de":"","second_teaser_header_fr":"","second_teaser_text_de":"","second_teaser_text_fr":"","kseason_de":"","kseason_fr":"","post_in_pdf":154646,"main_focus":null,"serie_email":null,"frontpage_slider_bild":"","artikel_bild-slider":null,"legacy_id":"9478","post_abstract":"","magazine_issue":null,"seco_author_reccomended_post":null,"redaktoren":null,"korrektor":null,"planned_publication_date":null,"original_files":null,"external_release_for_author":"19700101","external_release_for_author_time":"00:00:00","link_for_external_authors":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/exedit\/55d49340f22a0"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/154643"}],"collection":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2949"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=154643"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/154643\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":190101,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/154643\/revisions\/190101"}],"acf:user":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/0"},{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2950"},{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2949"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=154643"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post__type","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post__type?post=154643"},{"taxonomy":"post_opinion","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_opinion?post=154643"},{"taxonomy":"post_serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_serie?post=154643"},{"taxonomy":"post_content_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_category?post=154643"},{"taxonomy":"post_content_subject","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_subject?post=154643"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}