{"id":154728,"date":"2007-01-01T12:00:00","date_gmt":"2007-01-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2007\/01\/gassmann-6\/"},"modified":"2023-08-24T01:18:49","modified_gmt":"2023-08-23T23:18:49","slug":"gassmann-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2007\/01\/gassmann-6\/","title":{"rendered":"La concurrence dans la soci\u00e9t\u00e9 du savoir et ses implications pour le syst\u00e8me de formation et de recherche"},"content":{"rendered":"<p>Face \u00e0 la mondialisation et \u00e0 l&#8217;augmentation de la concurrence, on se rend de plus en plus compte que la formation, la recherche et la technologie sont les facteurs dominants de la prosp\u00e9rit\u00e9 suisse et qu&#8217;elles sont, de ce fait, au service d&#8217;une strat\u00e9gie qui concerne toute la soci\u00e9t\u00e9. \u00c0 long terme, la croissance de l&#8217;\u00e9conomie suisse d\u00e9pend de sa facult\u00e9 d&#8217;innovation. C&#8217;est donc aujourd&#8217;hui qu&#8217;il faut prendre les mesures qui placeront, dans vingt ans, la Suisse parmi les cinq pays les plus novateurs du monde. \u00c0 cet effet, il convient d&#8217;une part de relever d&#8217;au moins 8% par an les d\u00e9penses de la Conf\u00e9d\u00e9ration en faveur de la formation, de la recherche et de l&#8217;innovation, de l&#8217;autre d&#8217;allouer les ressources de fa\u00e7on encore plus efficace L&#8217;article pr\u00e9sent examine le probl\u00e8me pos\u00e9 et r\u00e9sume les conclusions de l&#8217;\u00e9tude La Suisse en route vers la soci\u00e9t\u00e9 du savoir, effectu\u00e9e \u00e0 la demande d&#8217;Economiesuisse..\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/200701_05_Gassmann_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"252\" \/>&#13;<\/p>\n<h2>La Suisse en marche vers la soci\u00e9t\u00e9 du savoir<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL&#8217;analyse du syst\u00e8me scientifique et \u00e9conomique suisse aboutit \u00e0 un constat largement positif. L&#8217;\u00e9valuation de sa situation au sein de la soci\u00e9t\u00e9 du savoir fait appara\u00eetre une image que l&#8217;on retrouve dans d&#8217;autres aspects de notre \u00e9conomie: dans l&#8217;ensemble, la Suisse s&#8217;en sort mieux lorsque l&#8217;on prend en compte les situations acquises que lorsque l&#8217;on examine les tendances. Ce qui est frappant, c&#8217;est sa propension \u00e0 stagner \u00e0 un haut niveau. Le recul rampant est \u00e0 peine perceptible, mais, au bout du compte, cette \u00e9volution permet \u00e0 d&#8217;autres pays de nous rattraper et, \u00e0 long terme, ce sont nos avantages comparatifs qui sont menac\u00e9s. Les lignes qui suivent se veulent le reflet de la situation de notre pays en route vers la soci\u00e9t\u00e9 du savoir.&#13;<\/p>\n<h3>Les d\u00e9penses en R&amp;D sont encore insuffisantes<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nDepuis 2000, tant l&#8217;\u00e9conomie priv\u00e9e que la Conf\u00e9d\u00e9ration ont augment\u00e9 leurs d\u00e9penses de R&amp;D. Entre 2000 et 2004, l&#8217;\u00e9conomie priv\u00e9e a augment\u00e9 ses d\u00e9penses de R&amp;D dans le pays de 18% en valeur r\u00e9elle Ensemble des d\u00e9penses consenties pour de la R&amp;D faite dans les entreprises et les instituts de recherche install\u00e9s en Suisse, sans consid\u00e9ration de la provenance des financements.. Les d\u00e9penses consenties par la Suisse \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur du pays Sommes attribu\u00e9es \u00e0 des bureaux, en Suisse et \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, ind\u00e9pendants des entreprises ou des instituts de recherche. Les mandats et les contributions forment l&#8217;ensemble des d\u00e9penses extra-muros. ont plus que doubl\u00e9 dans la m\u00eame p\u00e9riode. Ces progr\u00e8s sont presque exclusivement le fait de l&#8217;industrie pharmaceutique suisse. Pour la p\u00e9riode de r\u00e9f\u00e9rence, la Conf\u00e9d\u00e9ration a accru ses d\u00e9penses de R&amp;D de 9% par an en valeur r\u00e9elle. On constate une tendance analogue dans de nombreux pays de l&#8217;OCDE: il faut donc continuer \u00e0 relever les d\u00e9penses en faveur de la R&amp;D pour rester comp\u00e9titif sur le plan international.&#13;<\/p>\n<h3>Une organisation \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle mondiale<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLe syst\u00e8me scientifique suisse est organis\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle mondiale. La croissance des d\u00e9penses en R&amp;D hors de Suisse est, avant tout, due aux grandes compagnies transnationales. La part principale de ces d\u00e9penses revient aux mandats et subsides accord\u00e9s \u00e0 des institutions et organisations \u00e9trang\u00e8res. En 2004, 60% des d\u00e9penses R&amp;D de l&#8217;industrie suisse \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 effectu\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, et la Suisse \u00e9tait en m\u00eame temps le premier investisseur aux \u00c9tats-Unis en chiffres absolus.&#13;<\/p>\n<h3>Les mutations du portefeuille technologique<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nCes derni\u00e8res ann\u00e9es, le portefeuille technologique de la Suisse a chang\u00e9. Les demandes de brevets d\u00e9pos\u00e9es entre 1999 et 2002 font appara\u00eetre un d\u00e9placement des champs d&#8217;activit\u00e9s traditionnels vers les espaces dynami-ques en croissance rapide (biotechnologie, technologies de l&#8217;information et de la communication, etc.). Il est frappant de constater que cette \u00e9volution est surtout le fait des PME, qui exploitent &#8211; entre autres &#8211; de plus en plus le savoir de partenaires \u00e9trangers: 17,3% des enregistrements de brevets se font avec des partenaires \u00e9trangers, alors que cette proportion n&#8217;est que de 8,5% pour les grandes entreprises. En mati\u00e8re de R&amp;D, les PME suisses sont d\u00e9j\u00e0 plus fortement internationalis\u00e9es que ne veulent l&#8217;admettre de nombreux politiciens du domaine de la recherche. C&#8217;est une tendance qui doit \u00eatre encourag\u00e9e.&#13;<\/p>\n<h3>Une faible partie de la population b\u00e9n\u00e9ficie d&#8217;une formation tertiaire<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nEn Suisse, les industries de haute et moyenne technologie contribuent pour 11,5% au PIB, contre 8,8% en moyenne dans l&#8217;OCDE, ce qui signifie que l&#8217;industrie suisse privil\u00e9gie les branches gourmandes en savoir et en technologie. D&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9, seuls 25% des Suisses et Suissesses en \u00e2ge de travailler ont termin\u00e9 une formation tertiaire, contre 38,1% aux \u00c9tats-Unis. Depuis les ann\u00e9es nonante, la part de la population suisse form\u00e9e au degr\u00e9 tertiaire a augment\u00e9 plus lentement que dans les autres pays: alors que la moyenne europ\u00e9enne \u00e9tait de 8%, l&#8217;augmentation en Suisse n&#8217;a \u00e9t\u00e9 que de 6%. La part des femmes dans la population ayant re\u00e7u une formation tertiaire est tr\u00e8s faible (31%, un taux encore inf\u00e9rieur \u00e0 celui de la Turquie); le potentiel de la population f\u00e9minine est donc insuffisamment exploit\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 du savoir. La proportion de femmes entamant une carri\u00e8re acad\u00e9mique diminue \u00e0 chaque degr\u00e9 (\u00e9tudiantes: 46%, professeures: 14%). Le faible niveau g\u00e9n\u00e9ral de la population ne suffira, d\u00e9sormais, plus \u00e0 garantir l&#8217;attrait de la place scientifique suisse et doit \u00eatre relev\u00e9.&#13;<\/p>\n<h3>Un faible taux de dipl\u00f4m\u00e9s<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nSi l&#8217;on \u00e9tudie le rendement d&#8217;un syst\u00e8me de formation, les taux de dipl\u00f4m\u00e9s sont un crit\u00e8re int\u00e9ressant. Dans la moyenne de l&#8217;OCDE, la proportion d&#8217;universitaires dipl\u00f4m\u00e9s par rapport \u00e0 la population de m\u00eame \u00e2ge est de 32%, contre 18% seulement en Suisse. Il est vrai que depuis 2000, le nombre d&#8217;universitaires dipl\u00f4m\u00e9s augmente de 5% par an dans notre pays (pour 3% en moyenne dans l&#8217;OCDE), ce qui s&#8217;explique surtout par la cr\u00e9ation des hautes \u00e9coles sp\u00e9cialis\u00e9es (HES). En 2000, environ 25000 \u00e9tudiants \u00e9taient inscrits dans les HES, alors qu&#8217;en 2004, ils \u00e9taient 44&nbsp;000. La proportion des \u00e9tudiants \u00e9trangers en Suisse (tout juste 18%) est relativement \u00e9lev\u00e9e, la moyenne de l&#8217;OCDE n&#8217;\u00e9tant que de 5% environ. Il faut, toutefois, tenir compte de la proportion \u00e9lev\u00e9e d&#8217;\u00e9trangers (20%) dans la population suisse totale. Pour attirer l&#8217;\u00e9lite internationale des chercheurs, ce taux doit \u00eatre encore relev\u00e9.&#13;<\/p>\n<h3>Un premier rang mondial en mati\u00e8re de publications et de brevets par habitant<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nAfin de mesurer le rendement de l&#8217;innovation, l&#8217;attention s&#8217;est port\u00e9e en particulier sur le nombre de publications scientifiques ou de brevets. Avec pr\u00e8s de 1800 publications scientifiques et techniques par million d&#8217;habitants, la Suisse occupe la premi\u00e8re place dans le monde. En ce qui concerne l&#8217;accueil des publications, les scientifiques suisses peuvent, en outre, se pr\u00e9valoir de bons r\u00e9sultats: ils sont class\u00e9s deuxi\u00e8mes apr\u00e8s les \u00c9tasuniens, avec un indice relatif de citations de 15,2. La qualit\u00e9 de la production suisse en mati\u00e8re de R&amp;D est internationalement reconnue. Il est \u00e9galement r\u00e9jouissant d&#8217;observer que la Suisse pr\u00e9sente le nombre le plus \u00e9lev\u00e9 de demandes de brevet par rapport \u00e0 l&#8217;effectif de sa population. Toutefois, il est frappant de constater que sa position est l&#8217;une des rares \u00e0 s&#8217;\u00eatre d\u00e9grad\u00e9e au cours des ann\u00e9es nonante, m\u00eame si la Suisse n&#8217;a pas perdu son \u00ableadership\u00bb. \u00c0 cela s&#8217;ajoute que de nombreux brevets ne sont pas commercialis\u00e9s, du moins pas par des entreprises suisses.&#13;<\/p>\n<h3>\u00abLa Suisse, centre de recherche\u00bb, une vision d&#8217;avenir<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nQue fait la Suisse aujourd&#8217;hui pour appartenir dans vingt ans aux pays les plus novateurs du monde? Sur ce point, les milieux politiques doivent revoir leurs positions de principe; notre pays doit se doter d&#8217;une vision d&#8217;avenir. De nombreuses voies s&#8217;offrent \u00e0 lui, qui vont de la r\u00e9industrialisation \u00e0 sa transformation en eldorado europ\u00e9en pour personnes \u00e2g\u00e9es. Bien des arguments militeraient en faveur d&#8217;une \u00abSuisse de la mati\u00e8re grise, centre de recherche europ\u00e9en\u00bb: notre pays, au coeur de l&#8217;Europe, offre une bonne qualit\u00e9 de vie et est orient\u00e9 vers la recherche. La distance qui s\u00e9pare les universit\u00e9s de Zurich et B\u00e2le est inf\u00e9rieure \u00e0 celle qui s\u00e9pare deux \u00e9tablissements de m\u00eame nature dans des grandes agglom\u00e9rations comme Shanghai ou New York. Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral devrait promouvoir activement la marque globale \u00abSuisse intelligente\u00bb en lui fixant des objectifs clairs, les int\u00e9r\u00eats r\u00e9gionaux passant au second plan. La place de la Suisse dans la soci\u00e9t\u00e9 du savoir sera d\u00e9termin\u00e9e de fa\u00e7on d\u00e9cisive par sa facult\u00e9 d&#8217;innovation et par son syst\u00e8me \u00e9ducatif et scientifique.&#13;<\/p>\n<h2>Des exigences envers le monde universitaire<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nEn comparaison internationale, l&#8217;efficacit\u00e9 du syst\u00e8me scientifique suisse reste d&#8217;un niveau \u00e9lev\u00e9. Elle risque, toutefois, de reculer, car d&#8217;autres pays, conscients de la concurrence \u00e0 laquelle est soumise la soci\u00e9t\u00e9 du savoir, font b\u00e9n\u00e9ficier leur syst\u00e8me universitaire d&#8217;une priorit\u00e9 certaine et lui allouent des moyens financiers importants. \u00a0Pour l&#8217;emporter sur ce terrain dynamique et comp\u00e9titif, les grands principes qui permettront la r\u00e9forme fondamentale de l&#8217;enseignement et de la recherche ont pour nom excellence, autonomie et orientation vers le march\u00e9 (voir graphique 1).&#13;<\/p>\n<h3>L&#8217;excellence<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nIl faut admettre que la formation, le progr\u00e8s scientifique ainsi que l&#8217;\u00e9volution et l&#8217;innovation techniques sont au coeur d&#8217;une \u00e9conomie bas\u00e9e sur le savoir. Atteindre et conserver la meilleure qualit\u00e9 possible dans la recherche, l&#8217;enseignement et le transfert de technologie sera l&#8217;objectif prioritaire, auquel il faudra soumettre et adapter toutes les structures (organisation et direction). Les hautes \u00e9coles se distingueront donc surtout par leurs qualit\u00e9s, leurs prestations et leur esprit d&#8217;initiative, et pourront d\u00e9finir leur propre profil scientifique et structurel. Le monde acad\u00e9mique suisse devra \u00eatre davantage consid\u00e9r\u00e9 dans le cadre de la concurrence mondiale du savoir.\u00a0Il faut d&#8217;abord encourager les atouts reconnus et les domaines porteurs. En effet, il est plus important d&#8217;exceller dans les domaines scientifiques o\u00f9 la Suisse est active que de couvrir la totalit\u00e9 des domaines de recherche. La promotion cibl\u00e9e de la rel\u00e8ve rev\u00eat une importance particuli\u00e8re \u00e0 cet \u00e9gard. L&#8217;excellence passe par l&#8217;\u00e9lite, et non par une allocation des ressources qui pratique la sym\u00e9trie des sacrifices au nom de la d\u00e9mocratie. Elle n&#8217;est d&#8217;ailleurs pas un but en soi, mais sert au d\u00e9veloppement \u00e9conomique et \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 de la Suisse.&#13;<\/p>\n<h3>L&#8217;autonomie<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nSeules les institutions autonomes ont la libert\u00e9 n\u00e9cessaire pour se profiler avec des strat\u00e9gies propres et affronter la concurrence. Autrement dit, les universit\u00e9s doivent disposer d&#8217;une plus grande marge de manoeuvre strat\u00e9gique. Celle-ci passe essentiellement par des pouvoirs d\u00e9cisionnels en mati\u00e8re d&#8217;enseignement et de recherche ainsi que par des comp\u00e9tences \u00e9tendues dans les domaines du personnel et des finances.\u00a0\u00c9tant donn\u00e9 la distinction de principe entre pilotage politique de l&#8217;ensemble du syst\u00e8me, conduite strat\u00e9gique de chaque haute \u00e9cole et direction op\u00e9rationnelle, il est indispensable de clarifier la question de la coordination des diff\u00e9rentes instances. Sur ce point, la fonction et le rang des organes acad\u00e9miques ont une importance cruciale. Il faut r\u00e9gler leur mode d&#8217;organisation, leur composition, leur syst\u00e8me de nomination ou d&#8217;\u00e9lection, enfin les modalit\u00e9s de leur collaboration. Pour exploiter \u00e0 fond les avantages que leur apporterait une autonomie renforc\u00e9e, les directions des \u00e9tablissements et les unit\u00e9s administratives doivent \u00eatre encourag\u00e9es \u00e0 faire preuve d&#8217;esprit d&#8217;initiative.\u00a0La r\u00e9forme des structures dirigeantes des hautes \u00e9coles ne saurait \u00eatre soumise purement et simplement \u00e0 la primaut\u00e9 des syst\u00e8mes de gestion en usage dans le secteur priv\u00e9. Elle ne peut pas non plus \u00eatre une fin en soi, dict\u00e9e par un r\u00e9formisme tous azimuts. L&#8217;attention doit plut\u00f4t se porter sur les nouvelles exigences auxquelles les hautes \u00e9coles se voient confront\u00e9es.&#13;<\/p>\n<h3>L&#8217;orientation vers le march\u00e9<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nEn Suisse, on a toujours de la peine \u00e0 consid\u00e9rer la formation et les sciences comme des services commercialisables et adaptables aux demandes et aux besoins du march\u00e9. Il n&#8217;y a pas si longtemps, on a renonc\u00e9 \u00e0 renforcer le caract\u00e8re \u00e9conomique des hautes \u00e9coles et leur orientation vers le march\u00e9, au motif que l&#8217;int\u00e9gration de notions d&#8217;\u00e9conomie impliquerait une d\u00e9culturation. On constate, cependant, une \u00e9volution sous la pression de la concurrence que se livre le savoir mondial.\u00a0Le fait que le syst\u00e8me acad\u00e9mique suisse soit loin du march\u00e9 et d\u00e9pourvu de rentabilit\u00e9 ou d&#8217;efficacit\u00e9 exige un nouveau concept de formation. En raison de la mondialisation des sciences et de l&#8217;\u00e9conomie ainsi que de l&#8217;internationalisation des march\u00e9s de la formation et du travail des acad\u00e9miciens, les crit\u00e8res de succ\u00e8s de la recherche, de l&#8217;enseignement, de l&#8217;apprentissage et du travail doivent satisfaire les d\u00e9fis et les r\u00e9f\u00e9rences d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 mondiale du savoir. Ils ne peuvent plus \u00eatre le fruit d&#8217;un consensus m\u00eal\u00e9 de corporatisme d&#8217;une Suisse isol\u00e9e.\u00a0La concurrence dans le domaine de la formation n\u00e9cessite donc de regarder vers le march\u00e9. Cette m\u00eame logique r\u00e9clame, \u00e0 son tour, des institutions autonomes dont la libert\u00e9 d&#8217;action serait aussi grande que possible et dont les d\u00e9cisions seraient prises en toute libert\u00e9. La conception moderne de l&#8217;acquisition du savoir, du progr\u00e8s technologique et de l&#8217;innovation met en relief le r\u00f4le des r\u00e9seaux qui unissent l&#8217;\u00c9tat, les universit\u00e9s et l&#8217;\u00e9conomie. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne exige un engagement plus prononc\u00e9 de l&#8217;\u00c9tat qui doit favoriser la concurrence et d\u00e9r\u00e9glementer, donc renforcer la pr\u00e9sence du march\u00e9 dans le monde universitaire.&#13;<\/p>\n<h2>Le message de la FRI 2011 et les mesures destin\u00e9es \u00e0 mettre en oeuvre les grands principes<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa mise en oeuvre des trois grands principes \u00e9voqu\u00e9s plus haut exige toute une s\u00e9rie de mesures, qui doivent \u00eatre prises en compte dans le message FRI 2008-2011.\u00a0Il existe aujourd&#8217;hui un gouffre entre la r\u00e9alit\u00e9 des d\u00e9penses et le discours politique. Pour financer toutes les activit\u00e9s de formation, de recherche et d&#8217;innovation, il est indispensable d&#8217;augmenter le budget annuel de ce domaine d&#8217;au moins 8%. Des initiatives d&#8217;importance strat\u00e9gique ne sauraient \u00e9chouer faute de moyens.\u00a0Il convient de renforcer le Fonds national suisse (FNS) en tant que pilier de la promotion d&#8217;une recherche de pointe ax\u00e9e sur les performances. Il faut \u00e9galement davantage promouvoir la CTI, l&#8217;agence nationale de promotion de l&#8217;innovation, et ses approches par le bas. \u00c0 part le financement traditionnel de projets de chercheurs ind\u00e9pendants et les p\u00f4les de recherche nationaux (PRN), il faut saluer les nouveaux plans d&#8217;action tels que les grands projets collectifs et l&#8217;encouragement \u00e0 plus long terme de la recherche de pointe.\u00a0L&#8217;impact sur l&#8217;\u00e9conomie de la recherche sectorielle et des programmes nationaux de recherche (PNR), qui sont la plupart du temps justifi\u00e9s et pilot\u00e9s par la politique, est moins clair. Cela tient en particulier au fait qu&#8217;il n&#8217;y a pas de strat\u00e9gie apparente ni de proc\u00e9dure d&#8217;attribution uniforme. Il para\u00eet indispensable de proc\u00e9der \u00e0 une harmonisation avec les autres instances d&#8217;encouragement pour \u00e9viter les doublets.\u00a0Le rel\u00e8vement des contributions au 7e programme-cadre de recherche de l&#8217;UE ne doit pas s&#8217;effectuer au d\u00e9triment de la recherche nationale. M\u00eame si les avis divergent quant \u00e0 son utilit\u00e9 scientifique et \u00e9conomique, y participer est judicieux en termes de politique d&#8217;int\u00e9gration. Il reste, toutefois, suffisamment de possibilit\u00e9s de simplifier le traitement compliqu\u00e9 &#8211; et administrativement co\u00fbteux &#8211; des projets.\u00a0Le monde universitaire actuel conna\u00eet de nombreux chevauchements et ce n&#8217;est que de cas en cas que l&#8217;on peut pr\u00e9tendre \u00e0 une recherche de haute qualit\u00e9. Celle-ci profiterait \u00e9galement d&#8217;un regroupement et d&#8217;un encouragement de domaines choisis, issus des priorit\u00e9s d\u00e9finies au sein m\u00eame de chaque haute \u00e9cole. Ce but n\u00e9cessite davantage d&#8217;autonomie dans l&#8217;attribution des fonds de recherche et un syst\u00e8me d&#8217;encouragement \u00e0 plusieurs paliers, qui incite \u00e0 l&#8217;excellence dans un climat g\u00e9n\u00e9ral de concurrence (voir graphique 2). Si la Conf\u00e9d\u00e9ration ou les cantons d\u00e9cidaient de promouvoir un p\u00f4le de recherche universitaire pendant huit ans, les positions de d\u00e9part seraient sensiblement \u00e9quivalentes pour tous. Sur demande, les projets de recherche satisfaisant les crit\u00e8res de qualit\u00e9 dans le processus de s\u00e9lection du FNS, de la CTI ou de projets europ\u00e9ens, pourraient b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;un soutien. Un contr\u00f4le ex-post des r\u00e9sultats de recherche permettrait \u00e0 la commission de recherche des hautes \u00e9coles ou des p\u00f4les de recherche, d&#8217;\u00e9valuer un autre mode de promotion de l&#8217;excellence (multiplication par deux de la promotion des projets et des personnes). \u00c0 cet \u00e9gard, le principe des ant\u00e9c\u00e9dents, qui consiste \u00e0 \u00e9valuer dans quelle mesure les r\u00e9sultats annonc\u00e9s par les chercheurs ont \u00e9t\u00e9 atteints effectivement, est d&#8217;une importance certaine. Les principaux crit\u00e8res d&#8217;\u00e9valuation de l&#8217;utilit\u00e9 \u00e9conomique sont la contribution g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 la science ou la cr\u00e9ation de nouveaux emplois.\u00a0La cr\u00e9ation de centres et de cr\u00e9neaux de comp\u00e9tence est indispensable pour figurer dans le peloton de t\u00eate international. Il est imp\u00e9ratif d&#8217;\u00e9viter les structures redondantes et d&#8217;obtenir la masse critique dans le domaine de la recherche. Cela vaut en particulier quand les partenaires fournissent une contribution compl\u00e9mentaire en vue d&#8217;atteindre des objectifs communs et que chacun d&#8217;entre eux se concentre sur ses comp\u00e9tences-cl\u00e9s. Des partenariats naturels se forment, qui devraient \u00eatre consolid\u00e9s \u00e0 l&#8217;avenir (EPF-universit\u00e9 de B\u00e2le, EPF-universit\u00e9 de Saint-Gall, EPF-universit\u00e9 de Zurich). Au sein des diff\u00e9rentes disciplines, la tendance \u00e0 la concentration doit se poursuivre. \u00a0Si la Suisse souhaite devenir le \u00abnum\u00e9ro un mondial de la cr\u00e9ation de valeur\u00bb, il faut consid\u00e9rablement am\u00e9liorer le transfert entre science et march\u00e9. L&#8217;excellence dans la recherche, mesur\u00e9e au nombre de publications et brevets par habitant, est une r\u00e9alit\u00e9 en Suisse, mais la commercialisation de produits et prestations laisse \u00e0 d\u00e9sirer. C&#8217;est dans ce domaine qu&#8217;il faut multiplier les efforts. Dans la recherche et l&#8217;enseignement, cette comp\u00e9tence en cr\u00e9ation de valeur doit \u00eatre travaill\u00e9e afin qu&#8217;elle produise des r\u00e9sultats en \u00e9conomie, par effet de levier. Au-del\u00e0 de mesures encourageant le passage \u00e0 l&#8217;application (principe \u00abpousser\u00bb ou \u00abpush\u00bb), il faut simplifier l&#8217;acc\u00e8s des entreprises aux hautes \u00e9coles (principe \u00abtirer\u00bb ou \u00abpull\u00bb). La CTI a lanc\u00e9 l&#8217;id\u00e9e d&#8217;un bon d&#8217;\u00e9change, selon laquelle les entreprises peuvent \u00e9galement d\u00e9poser une demande aupr\u00e8s d&#8217;elle et, en cas d&#8217;acceptation, choisir un \u00e9tablissement; cet instrument destin\u00e9 \u00e0 promouvoir les transferts doit \u00eatre salu\u00e9.\u00a0Dans un environnement politique modifi\u00e9, caract\u00e9ris\u00e9 par des difficult\u00e9s budg\u00e9taires et des d\u00e9ficits en mati\u00e8re de direction, il convient de revoir les rapports entre intervention de l&#8217;\u00c9tat et autonomie des hautes \u00e9coles. L&#8217;accroissement de l&#8217;autonomie doit donner lieu \u00e0 un transfert de comp\u00e9tences et de responsabilit\u00e9s des milieux politiques et des autorit\u00e9s administratives vers les hautes \u00e9coles, ce qui aura des effets sur les structures organisationnelles et de direction internes.\u00a0Il est indispensable de consolider l&#8217;offre de formation des hautes \u00e9coles. En comparaison internationale, la Suisse affiche les co\u00fbts absolus par \u00e9tudiant les plus \u00e9lev\u00e9s apr\u00e8s les \u00c9tats-Unis. Si on les compare au PIB par habitant, elle est m\u00eame au premier rang. Cela tient notamment \u00e0 la diversit\u00e9 de l&#8217;offre des hautes \u00e9coles et \u00e0 la redondance des structures. Il est particuli\u00e8rement urgent d&#8217;\u00e9purer l&#8217;offre de formation. Cette op\u00e9ration n\u00e9cessite des crit\u00e8res et m\u00e9canismes clairs. En mati\u00e8re d&#8217;enseignement, la logique de concurrence permettra \u00e0 chaque haute \u00e9cole de se profiler individuellement. La coordination du syst\u00e8me acad\u00e9mique par le biais de la concurrence et des m\u00e9canismes du march\u00e9 exige que les hautes \u00e9coles se concentrent sur leurs atouts et les d\u00e9veloppent. Les programmes d&#8217;\u00e9tudes offerts se diff\u00e9rencieront ainsi davantage. Le syst\u00e8me actuel de financement public des hautes \u00e9coles doit \u00eatre repens\u00e9 en tenant davantage compte de l&#8217;origine des co\u00fbts et \u00eatre con\u00e7u comme une t\u00e2che commune de la Conf\u00e9d\u00e9ration et des cantons.\u00a0Dans les diff\u00e9rents pays membres de l&#8217;OCDE, la participation \u00e0 la formation continue est parfois bien plus \u00e9lev\u00e9e qu&#8217;en Suisse. Par cons\u00e9quent, il est n\u00e9cessaire de d\u00e9velopper les activit\u00e9s de formation continue de haut niveau. Pour \u00eatre incitatif, l&#8217;enseignement dans la formation continue devrait se traduire par une r\u00e9duction des heures dispens\u00e9es par les professeurs et charg\u00e9s de cours. Les gains r\u00e9alis\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 une offre attrayante et des formations de qualit\u00e9 seraient mis \u00e0 la disposition des instituts ou des enseignants concern\u00e9s afin de financer la recherche. Ainsi, l&#8217;orientation vers le march\u00e9 de l&#8217;enseignement b\u00e9n\u00e9ficierait directement \u00e0 la recherche.\u00a0Promouvoir les meilleurs cerveaux est un autre pilier d&#8217;un syst\u00e8me scientifique ax\u00e9 sur la performance, ce qui implique de s\u00e9lectionner les \u00e9tudiants. L&#8217;important est de ne pas reprendre purement et simplement des mod\u00e8les \u00e9trangers, mais d&#8217;en d\u00e9velopper un qui convienne \u00e0 la Suisse.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1 \u00abLes trois principes de la comp\u00e9titivit\u00e9 future\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2 \u00abUn syst\u00e8me d&#8217;encouragement de la recherche \u00e0 plusieurs paliers\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Experts consult\u00e9s De nombreux entretiens avec des sp\u00e9cialistes de l&#8217;\u00e9conomie, de la politique et de la formation ont fourni \u00e0 cette \u00e9tude des id\u00e9es et des impulsions importantes. Y ont particip\u00e9 Josef Ackermann, Christian Aeberli, Pius Baschera, Beat Bernet, Ernst Caffi, Aleardo Cattaneo, Rolf D\u00f6rig, Bernhard Ehrenzeller, Peter Gr\u00fcschow, Thomas Isler, Johannes Kaufmann, Walter B. Kielholz, Gebhard Kirchg\u00e4ssner, Ernst Lutz, Werner Messmer, Armin Meyer, Pierre G. Mirabaud, Ernst Mohr, Marcel Ospel, Martin Pfisterer, Peter Quadri, Johannes Randegger, Rolf Schaumann, Hans W. Schl\u00e4pfer, Andreas Schmid, Rainer Schweizer, Beda Stadler, Rudolf Wehrli, Jost Wirz, Tony Wohlgensinger, Sebastian W\u00f6rwag.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 2: Bibliographie &#8211; Gassmann O., Perez-Freije J. et Enkel E., La Suisse en route vers la soci\u00e9t\u00e9 du savoir (r\u00e9sum\u00e9 en fran\u00e7ais de l&#8217;\u00e9tude Die Schweiz im Wettbewerb der Wissensgesellschaft), 2006, Economiesuisse, Zurich.- OCDE, L&#8217;enseignement tertiaire en Suisse, 2003, Paris.- Sporn B. et Aeberli C., Hautes \u00e9coles suisses: \u00e9voluer pour survivre (r\u00e9sum\u00e9 en fran\u00e7ais de l&#8217;\u00e9tude Hochschule Schweiz. Ein Vorschlag zur Profilierung im internationalen Umfeld), 2004, Avenir Suisse, Zurich.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Face \u00e0 la mondialisation et \u00e0 l&#8217;augmentation de la concurrence, on se rend de plus en plus compte que la formation, la recherche et la technologie sont les facteurs dominants de la prosp\u00e9rit\u00e9 suisse et qu&#8217;elles sont, de ce fait, au service d&#8217;une strat\u00e9gie qui concerne toute la soci\u00e9t\u00e9. \u00c0 long terme, la croissance de 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