{"id":154743,"date":"2007-01-01T12:00:00","date_gmt":"2007-01-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2007\/01\/megert-2\/"},"modified":"2023-08-24T01:18:58","modified_gmt":"2023-08-23T23:18:58","slug":"megert-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2007\/01\/megert-2\/","title":{"rendered":"Les remises des travailleurs migrants: l&#8217;exemple du \u00abcorridor\u00bb Suisse-Serbie"},"content":{"rendered":"<p>Les remises sont des fonds ou des biens envoy\u00e9s par les migrants \u00e0 leur famille ou leurs connaissances rest\u00e9es dans le pays d&#8217;origine. Les remises se sont accrues de 50% ces cinq derni\u00e8res ann\u00e9es et repr\u00e9sentent actuellement trois fois la totalit\u00e9 de l&#8217;aide publique au d\u00e9veloppement. Elles constituent g\u00e9n\u00e9ralement le deuxi\u00e8me apport ext\u00e9rieur de recettes des pays en d\u00e9veloppement, apr\u00e8s les investissements directs. Une \u00e9tude lanc\u00e9e par le Secr\u00e9tariat d&#8217;\u00c9tat \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie (Seco) jette un \u00e9clairage sur la question en analysant les transferts qui partent de Suisse vers la Serbie.<img decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\".\/article-graphics\/Megert.jpg\" alt=\"\" \/>&#13;<\/p>\n<h2>Une question importante dans le d\u00e9bat international sur le d\u00e9veloppement et les migrations<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nPour 2005, la Banque mondiale estime ces remises \u00e0 232 milliards d&#8217;USD dont 167 vers les pays en d\u00e9veloppement et en transition. Ce chiffre pourrait, toutefois, \u00eatre sous-\u00e9valu\u00e9, compte tenu de la masse des envois informels. \u00c9tant donn\u00e9 l&#8217;importance des sommes en question, le sujet a pris une importance grandissante dans les d\u00e9bats internationaux consacr\u00e9es au d\u00e9veloppement et aux migrations jusqu&#8217;\u00e0 prendre une place de premier plan. Ce fut le cas dans le rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales, tout comme dans le\u00a0Dialogue de haut niveau des Nations unies sur les migrations internationales et le d\u00e9veloppement, qui s&#8217;est tenu en septembre 2006.&#13;<\/p>\n<h3>Le potentiel des remises&#8230;<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nDiverses organisations de d\u00e9veloppement, mais aussi plusieurs pays de d\u00e9part et de destination des envois ont d\u00e9velopp\u00e9 et mis en oeuvre des mesures destin\u00e9es \u00e0 simplifier et \u00e0 s\u00e9curiser ces transferts, et \u00e0 accro\u00eetre leur impact sur le d\u00e9veloppement. La Banque mondiale a, par exemple, d\u00e9fini, en collaboration avec la Banque des r\u00e9glements internationaux (BRI), des principes visant \u00e0 am\u00e9liorer l&#8217;efficacit\u00e9 des capitaux ainsi export\u00e9s. Au Mexique, un des plus importants pays destinataires, divers programmes de d\u00e9veloppement des infrastructures et de promotion des investissements \u00e0 partir des envois des travailleurs migrants ont \u00e9t\u00e9 mis sur pied. Les investissement priv\u00e9s ont, notamment, \u00e9t\u00e9 avec des augment\u00e9s ressources publiques, et des conseils sont prodigu\u00e9s aux migrants dans leurs placements. Les autorit\u00e9s britanniques charg\u00e9es des questions de d\u00e9veloppement ont cr\u00e9\u00e9 un site Internet qui donne des renseignements sur les modalit\u00e9s et les co\u00fbts des transferts de fonds vers diff\u00e9rents pays1.&#13;<\/p>\n<h3>&#8230;et ses limites<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLes auteurs de toutes ces initiatives ne doivent, toutefois, pas perdre de vue que ces fonds sont d&#8217;origine priv\u00e9e et qu&#8217;il faut donc les pr\u00e9server de toute intervention publique. Ce n&#8217;est pas le r\u00f4le des agences publiques de d\u00e9veloppement d&#8217;influer sur leur montant ou leur utilisation. Par ailleurs, il faut consid\u00e9rer les transferts des travailleurs migrants non comme une solution de rechange, mais comme un compl\u00e9ment \u00e0 l&#8217;aide au d\u00e9veloppement.\u00a0Bien que b\u00e9n\u00e9fiques, ces transferts peuvent aussi avoir des effets ind\u00e9sirables. D&#8217;abord, ils traduisent un exode des cerveaux ou des travailleurs qualifi\u00e9s, ce qui pose un s\u00e9rieux probl\u00e8me pour de nombreux pays. La forte d\u00e9pendance \u00e9conomique dans laquelle se trouvent certains de ces pays \u00e0 leur \u00e9gard repr\u00e9sente un autre aspect n\u00e9gatif (voir graphique 1 ). Les d\u00e9bats internationaux doivent donc s&#8217;int\u00e9resser davantage \u00e0 ces questions.&#13;<\/p>\n<h2>Le \u00abcorridor\u00bb Suisse-Serbie<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa Suisse est un important pays d&#8217;envoi de fonds, puisqu&#8217;elle occupe le 4e rang dans la liste des exp\u00e9diteurs, avec 9,4 milliards d&#8217;USD. Une part certes non n\u00e9gligeable de cette somme est destin\u00e9e \u00e0 des pays voisins du n\u00f4tre. Nous avons, cependant, dans nos fronti\u00e8res une importante diaspora provenant de pays en d\u00e9veloppement et en transition, et les transferts qu&#8217;ils effectuent, contribuent de mani\u00e8re appr\u00e9ciable \u00e0 leur essor.\u00a0C&#8217;est la raison pour laquelle le Secr\u00e9tariat d&#8217;\u00c9tat \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie (Seco) a int\u00e9gr\u00e9 les envois de fonds des travailleurs migrants dans sa politique de coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement. L&#8217;objectif est d&#8217;accro\u00eetre l&#8217;efficience des transferts op\u00e9r\u00e9s \u00e0 partir de la Suisse et leur impact sur le d\u00e9veloppement des pays de destination. Afin de permettre la mise sur pied de projets concrets, d&#8217;une part, et en raison de la m\u00e9diocrit\u00e9 de la base de donn\u00e9es actuelle sur les envois sortant de Suisse, d&#8217;autre part, le Seco a lanc\u00e9 en 2005 une \u00e9tude sur le \u00abcorridor\u00bb emprunt\u00e9 par les fonds qui transitent entre la Suisse et la Serbie Cette \u00e9tude (en anglais) est accessible sur le site du Seco: www.seco-cooperation.ch.. Le facteur qui a d\u00e9termin\u00e9 le choix de ce pays a \u00e9t\u00e9 l&#8217;importance et le degr\u00e9 d&#8217;organisation de la diaspora serbe en Suisse.\u00a0Le but de l&#8217;\u00e9tude \u00e9tait de fournir des donn\u00e9es sur le volume des transferts effectu\u00e9s vers la Serbie, leurs co\u00fbts et leurs risques, ainsi que sur les canaux emprunt\u00e9s. Du c\u00f4t\u00e9 serbe, il s&#8217;agissait de d\u00e9terminer la mani\u00e8re dont les envois sont utilis\u00e9s localement et l&#8217;influence qu&#8217;ils peuvent exercer sur la croissance \u00e9conomique du pays comme sur les conditions de vie des m\u00e9nages b\u00e9n\u00e9ficiaires. L&#8217;\u00e9tude a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e conjointement par trois partenaires: le Forum suisse pour l&#8217;\u00e9tude des migrations et de la population, rattach\u00e9 \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 de Neuch\u00e2tel, l&#8217;Organisation internationale pour les migrations (OIM) et la Banque europ\u00e9enne pour la reconstruction et le d\u00e9veloppement (Berd). Ses r\u00e9sultats reposent principalement sur un certain nombre d&#8217;entretiens avec des m\u00e9nages et divers acteurs &#8211; cl\u00e9s (repr\u00e9sentants du gouvernement, du secteur financier et de la diaspora). Six cents \u00e9changes t\u00e9l\u00e9phoniques ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s en Suisse et 343 m\u00e9nages ont \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9s en Serbie. Les entretiens serbes ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9es dans les r\u00e9gions rurales de Petrovac na Mlavi et de Cuprija. Bien que les r\u00e9sultats aient \u00e9t\u00e9 compl\u00e9t\u00e9s par les r\u00e9ponses des groupes cibles,\u00a0les donn\u00e9es concernant l&#8217;utilisation de l&#8217;argent envoy\u00e9 ne sont transf\u00e9rables que dans une mesure limit\u00e9e \u00e0 la situation qui pr\u00e9vaut dans les villes.&#13;<\/p>\n<h2>\u00c9tendue et types de transaction<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nSur les douze mois qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l&#8217;\u00e9tude, 75% des m\u00e9nages serbes interrog\u00e9s en Suisse ont exp\u00e9di\u00e9 des sommes d&#8217;argent ou des biens en Serbie. Si on ne retient que le flux financier, celui-ci atteint en moyenne 4400 francs par m\u00e9nage et par an. \u00c0 partir des r\u00e9ponses recueillies, on \u00e9value \u00e0 60 millions de francs le montant total des transferts effectu\u00e9s vers la Serbie au cours de cette p\u00e9riode Estimation \u00e0 prendre avec prudence, n\u00e9anmoins, car elle ne tient pas compte de certains facteurs comme les transferts effectu\u00e9s par des migrants en situation irr\u00e9guli\u00e8re ou par des requ\u00e9rants d&#8217;asile. .\u00a0Premier enseignement important de l&#8217;\u00e9tude, les envois de Suisse en Serbie empruntent le plus souvent des canaux informels. Soit les migrants am\u00e8nent directement avec eux l&#8217;argent ou les biens dans leur pays, soit ils les confient \u00e0 des amis, \u00e0 des connaissances ou encore au chauffeur de l&#8217;une des nombreuses lignes d&#8217;autobus qui relient la Suisse \u00e0 la Serbie. Les raisons qui les poussent \u00e0 proc\u00e9der de la sorte sont la fiabilit\u00e9 de l&#8217;op\u00e9ration, sa commodit\u00e9 (ils ont presque toujours, parmi leurs connaissances, quelqu&#8217;un en partance pour la Serbie) et son faible co\u00fbt. Pour ce service, les chauffeurs de bus se voient habituellement offrir un pourboire \u00e9quivalant \u00e0 2 ou 3% de la somme confi\u00e9e, ou un taux fixe pour les marchandises. Cette r\u00e9tribution est tr\u00e8s avantageuse par rapport aux co\u00fbts des transferts effectu\u00e9s par les canaux formels, qui peuvent varier de 12 \u00e0 30 francs pour 300 francs d&#8217;envoi, et qui, au surplus, prennent plus de temps en raison des d\u00e9lais de traitement.\u00a0La principale raison avanc\u00e9e par les personnes interrog\u00e9es pour justifier leur refus des canaux formels demeure, toutefois, leur manque de confiance dans les banques serbes. Ce r\u00e9flexe remonte aux mauvaises exp\u00e9riences faites par le pass\u00e9. Au d\u00e9but des ann\u00e9es nonante, par exemple, le syst\u00e8me bancaire serbe avait bloqu\u00e9 les comptes \u00e9trangers. Il s&#8217;est ensuite litt\u00e9ralement effondr\u00e9 et demeure toujours suspect de corruption. Par cons\u00e9quent, bien qu&#8217;il ait \u00e9t\u00e9 restructur\u00e9 et se soit sensiblement am\u00e9lior\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, il ne semble toujours pas avoir regagn\u00e9 la confiance de la population.\u00a0Lorsque les Serbes de Suisse optent pour des transactions formelles, c&#8217;est le plus souvent par l&#8217;interm\u00e9diaire d&#8217;une banque. D&#8217;autres canaux formels comme les soci\u00e9t\u00e9s de transfert de fonds (parmi celles-ci, seule Western Union est pr\u00e9sente en Serbie) ou La Poste ne sont que tr\u00e8s rarement utilis\u00e9s. Dans l&#8217;ensemble, 80% des transferts de Suisse en Serbie s&#8217;op\u00e8rent par des canaux informels. Cette proportion est tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e en comparaison internationale. Une \u00e9tude de la Banque mondiale consacr\u00e9e au \u00abcorridor\u00bb Allemagne-Serbie montre que chez nos voisins du nord, la proportion d&#8217;envois formels est bien sup\u00e9rieure, puisqu&#8217;elle atteint 50% De Luna Mart\u00ednez J., Endo I. et Barberis C., The Germany-Serbia Remittance Corridor, World Bank Working Paper n\u00b0 80, 2006. Hormis les raisons d\u00e9crites plus haut, la plus grande proximit\u00e9 g\u00e9ographique de la Suisse \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la Serbie, ainsi que l&#8217;importance consid\u00e9rable des lignes de bus entre ces deux pays &#8211; lesquelles furent longtemps le principal moyen de transport, et m\u00eame, pendant la guerre, une art\u00e8re vitale reliant la diaspora en Suisse \u00e0 sa parent\u00e9 rest\u00e9e en Serbie &#8211; jouent sans conteste un grand r\u00f4le dans la forte proportion de transferts informels effectu\u00e9s \u00e0 partir de la Suisse.&#13;<\/p>\n<h2>Importance et utilisation des envois de fonds en Serbie<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes envois de fonds vers la Serbie constituent pour ce pays une source de revenus importante, puisqu&#8217;en 2004, ils totalisaient 4,1 milliards d&#8217;USD, soit 17,2% du produit int\u00e9rieur brut (PIB), d\u00e9passant de beaucoup le montant des investissements \u00e9trangers directs. \u00c0 l&#8217;\u00e9chelle mondiale, la Serbie et le Mont\u00e9n\u00e9gro occupent la 11e place dans la liste des pays d&#8217;envoi de fonds et le troisi\u00e8me rang en termes de PIB parmi les pays en transition Berd, Transition Report Update, 2006.. Dans les r\u00e9gions \u00e9tudi\u00e9es, les envois de fonds correspondent en moyenne \u00e0 40% du revenu des m\u00e9nages, soit environ 990 francs (environ 800 USD). La plus grande partie est utilis\u00e9e pour couvrir des besoins existentiels, notamment l&#8217;approvisionnement en eau et en \u00e9nergie, les prestations m\u00e9dicales, les produits alimentaires, les articles de m\u00e9nage et les biens d&#8217;\u00e9quipement. Cette structure de d\u00e9penses se v\u00e9rifie tout particuli\u00e8rement parmi les m\u00e9nages d&#8217;un certain \u00e2ge.\u00a0Selon l&#8217;OIM, une moiti\u00e9 environ des m\u00e9nages interrog\u00e9s disent avoir consacr\u00e9 l&#8217;argent envoy\u00e9 \u00e0 l&#8217;achat, la construction ou la r\u00e9novation de biens immobiliers. Ils sont environ un quart \u00e0 l&#8217;avoir employ\u00e9 pour d\u00e9velopper une production agricole. Pas plus de 8% d&#8217;entre eux, en revanche, l&#8217;ont investi dans d&#8217;autres secteurs, par exemple pour ouvrir un petit supermarch\u00e9 ou agrandir un garage automobile. Les raisons de cette faible proportion sont \u00e9videntes: d&#8217;une part, comme cela a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9, une grande partie des mandats est utilis\u00e9e pour couvrir les besoins de la vie courante; d&#8217;autre part, en dehors de l&#8217;immobilier, de l&#8217;achat de terrains ou de la production agricole, il n&#8217;existe que fort peu de possibilit\u00e9s de placement dans les r\u00e9gions couvertes par l&#8217;enqu\u00eate. Un autre indicateur important est le nombre de destinataires d&#8217;envois qui utilisent cet argent pour accro\u00eetre leur \u00e9pargne: il ne d\u00e9passe pas 1% dans les r\u00e9gions \u00e9tudi\u00e9es. \u00c0 cet \u00e9gard, la part des envois de fonds r\u00e9serv\u00e9e aux besoins vitaux joue \u00e9galement un r\u00f4le important. S&#8217;y ajoute, toutefois, un double facteur: d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, l&#8217;offre limit\u00e9e de services bancaires, d&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9, le fait que la population elle-m\u00eame ne recourt pas suffisamment \u00e0 ces services. Pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des m\u00e9nages interrog\u00e9s d\u00e9tiennent un compte bancaire, mais la plupart d&#8217;entre eux l&#8217;utilisent exclusivement pour d\u00e9poser et retirer de l&#8217;argent.\u00a0Sur le plan juridique, il n&#8217;existe aucun obstacle s\u00e9rieux aux transferts de fonds vers la Serbie. Ceux-ci sont soumis aux lois sur les devises et le blanchiment d&#8217;argent, toutes deux relativement lib\u00e9rales \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des importations de capitaux. Le fait que les r\u00e9glementations se contredisent dans certains cas peut, toutefois, \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une source de probl\u00e8mes. Un autre sujet d&#8217;incertitude est le traitement fiscal r\u00e9serv\u00e9 aux envois de fonds. La l\u00e9gislation serbe pr\u00e9voit leur exon\u00e9ration sous certaines conditions.&#13;<\/p>\n<h2>Les destinataires des fonds sont insuffisamment int\u00e9gr\u00e9s au secteur financier<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa Serbie dispose d&#8217;une infrastructure de paiements moderne et de bonne qualit\u00e9. L&#8217;\u00e9tude montre \u00e9galement que l&#8217;acc\u00e8s aux services bancaires y est garanti. On trouve aussi un large r\u00e9seau de filiales bancaires dans les zones rurales. Les \u00e9trangers aussi bien que les nationaux peuvent, sans frais excessifs, ouvrir un compte bancaire. Selon la l\u00e9gislation serbe, toutefois, seules les banques ont le droit d&#8217;op\u00e9rer\u00a0des transferts d&#8217;argent. Les soci\u00e9t\u00e9s de transfert sont donc oblig\u00e9es de passer par une banque. Ce maillon interm\u00e9diaire augmente les frais du consommateur final et limite la concurrence.\u00a0A priori, les conditions requises pour mieux faire participer les b\u00e9n\u00e9ficiaires de mandats aux prestations du secteur financier en Serbie ne sont pas mauvaises. Pourtant, ce potentiel n&#8217;a pas encore \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9. Cela s&#8217;explique pour diverses raisons. D&#8217;abord, les banques serbes n&#8217;ont que tr\u00e8s rarement, jusqu&#8217;ici, conclu d&#8217;alliances avec leurs homologues \u00e9trang\u00e8res (ce qui permettrait des transferts directs): cette situation augmente les frais et embrouille la structure des services. Notons, toutefois, que la perspective de telles alliances est devenue bien plus probable avec l&#8217;installation r\u00e9cente d&#8217;\u00e9tablissements financiers \u00e9trangers sur le march\u00e9 bancaire serbe.\u00a0En outre, l&#8217;\u00e9tude met en \u00e9vidence un d\u00e9ficit d&#8217;information des deux c\u00f4t\u00e9s. D&#8217;une part, la population serbe n&#8217;est pas suffisamment inform\u00e9e de la situation du secteur financier en Serbie et la confiance qu&#8217;elle lui t\u00e9moigne demeure faible malgr\u00e9 les am\u00e9liorations non n\u00e9gligeables enregistr\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es. D&#8217;autre part, les banques n&#8217;accordent pas assez d&#8217;importance aux destinataires d&#8217;envois, qui forment autant de nouveaux clients potentiels, et ne leur offrent pas de produits sp\u00e9cialement adapt\u00e9s. Le fait, par exemple, que les syst\u00e8mes de paiement sans num\u00e9raire soient tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9s en Serbie et que l&#8217;usage des cartes de cr\u00e9dit n&#8217;y soit encore que fort peu r\u00e9pandu, d\u00e9note un potentiel d&#8217;am\u00e9lioration consid\u00e9rable pour l&#8217;attractivit\u00e9 des services bancaires serbes, et donc du recours aux canaux formels de transfert de fonds.&#13;<\/p>\n<h2>Les futures activit\u00e9s dans le domaine des remises<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDans une prochaine \u00e9tape, le Seco pr\u00e9voit d&#8217;organiser \u00e0 Belgrade une conf\u00e9rence d&#8217;experts. De concert avec les parties int\u00e9ress\u00e9es &#8211; repr\u00e9sentants du secteur financier, de la diaspora et des gouvernements &#8211; les r\u00e9sultats de l&#8217;\u00e9tude Suisse-Serbie y seront d\u00e9battus et les possibilit\u00e9s de collaboration \u00e9tudi\u00e9es. Le Seco n&#8217;entend nullement peser sur le volume ou l&#8217;affectation des envois; les mesures pr\u00e9vues effet n&#8217;interf\u00e8rent en rien avec le march\u00e9. Il existe deux axes d&#8217;intervention prioritaires:\u00a0&#8211; le Seco veut, d&#8217;une part, contribuer \u00e0 r\u00e9duire les co\u00fbts et les risques des envois d&#8217;argent en am\u00e9liorant la transparence des tarifs et services offerts par les op\u00e9rateurs de transferts;\u00a0&#8211; les banques du march\u00e9 de destination doivent, d&#8217;autre part, offrir aux destinataires de mandats des possibilit\u00e9s d&#8217;\u00e9pargne et de placements int\u00e9ressants. Cet argent sera, ainsi, davantage utilis\u00e9 \u00e0 des investissements productifs et contribuera \u00e0 stimuler la croissance et \u00e0 cr\u00e9er des emplois sur place. Diverses solutions sont en train d&#8217;\u00eatre exp\u00e9riment\u00e9es, en particulier en Am\u00e9rique du Sud, dont on pourrait s&#8217;inspirer. Il reste \u00e0 prouver que celles-ci sont transposables dans le contexte des Bal-kans.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes fonds priv\u00e9s transf\u00e9r\u00e9s ne pourront que prendre de l&#8217;importance en raison de leur volume, leur stabilit\u00e9 et leur r\u00f4le positif en termes de d\u00e9veloppement. Les agences qui s&#8217;occupent de ce dernier domaine sont encourag\u00e9es \u00e0 prendre des mesures pour renforcer l&#8217;influence de ces transferts sur le d\u00e9veloppement des pays destinataires. La Suisse prendra une part active \u00e0 la question.\u00a0On sait \u00e9galement qu&#8217;un environnement \u00e9conomique et politique sain est de nature \u00e0 accro\u00eetre l&#8217;efficacit\u00e9 des envois de fonds, tout comme celle de l&#8217;aide publique. Il faut donc accompagner les mesures concr\u00e8tes visant \u00e0 renforcer l&#8217;efficience des envois par d&#8217;autres susceptibles d&#8217;am\u00e9liorer les conditions g\u00e9n\u00e9rales, \u00e9conomiques et institutionnelles, des pays de r\u00e9ception.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1 \u00abClassement des 20 premiers pays destinataires de fonds migrants priv\u00e9s, 2004\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Les effets \u00e0 long terme demeurent obscurs Il n&#8217;est pas possible de se prononcer de mani\u00e8re concluante sur les effets \u00e0 long terme des transferts de fonds des travailleurs migrants sur la croissancea. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de leurs nombreux effets macro\u00e9conomiques positifs &#8211; pour le financement de l&#8217;\u00e9ducation et de la sant\u00e9, les investissements, les revenus des m\u00e9nages, la solvabilit\u00e9 des pays b\u00e9n\u00e9ficiaires &#8211; ils pr\u00e9sentent aussi des cons\u00e9quences n\u00e9gatives. Dans les petits pays, en particulier, un \u00e9norme afflux de mandats ext\u00e9rieurs peut provoquer une hausse des cours de change et peser sur l&#8217;\u00e9conomie d&#8217;exportation. Le d\u00e9ficit de la balance commerciale locale risque \u00e9galement de s&#8217;aggraver si l&#8217;essentiel des envois d&#8217;argent est employ\u00e9 \u00e0 des achats de biens d&#8217;importation. Une r\u00e9cente \u00e9tude du Fonds mon\u00e9taire international (FMI) s&#8217;est int\u00e9ress\u00e9e aux cons\u00e9quences de ces transferts dans 101 pays en d\u00e9veloppement sur une p\u00e9riode prolong\u00e9e; elle n&#8217;a relev\u00e9 aucun effet significatif sur la croissance ou d&#8217;autres facteurs comme l&#8217;\u00e9ducation ou les investissementsb. Ce constat s&#8217;explique, toutefois, par le fait que les envois de fonds ont un comportement anticyclique vis-\u00e0-vis de la croissance et qu&#8217;il est tr\u00e8s difficile de savoir dans quelle mesure ils contribuent \u00e0 renforcer le capital humain. L&#8217;observation ne peut se faire qu&#8217;\u00e0 tr\u00e8s long terme.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les remises sont des fonds ou des biens envoy\u00e9s par les migrants \u00e0 leur famille ou leurs connaissances rest\u00e9es dans le pays d&#8217;origine. Les remises se sont accrues de 50% ces cinq derni\u00e8res ann\u00e9es et repr\u00e9sentent actuellement trois fois la totalit\u00e9 de l&#8217;aide publique au d\u00e9veloppement. 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