{"id":154984,"date":"2006-10-01T12:00:00","date_gmt":"2006-10-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2006\/10\/leuthard-8\/"},"modified":"2023-08-24T01:21:02","modified_gmt":"2023-08-23T23:21:02","slug":"leuthard-8","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2006\/10\/leuthard-8\/","title":{"rendered":"\u00abMettre davantage l&#8217;accent sur le facteur humain\u00bbUn entretien avec la conseill\u00e8re f\u00e9d\u00e9rale Doris Leuthard"},"content":{"rendered":"<p>Nouvelle responsable du D\u00e9partement f\u00e9d\u00e9ral de l&#8217;\u00e9conomie (DFE), la conseill\u00e8re f\u00e9d\u00e9rale Doris Leuthard est entr\u00e9e en fonction d\u00e9but ao\u00fbt. Elle livre ses premi\u00e8res impressions dans cet entretien \u00e0 La Vie \u00e9conomique. Elle s&#8217;exprime aussi sur ses objectifs en mati\u00e8re de politique \u00e9conomique et les autres t\u00e2ches qui l&#8217;attendent.<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/200610_14D_Leuthard_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"246\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa Vie \u00e9conomique: Mme la Conseill\u00e8re f\u00e9d\u00e9rale, vous a-t-il \u00e9t\u00e9 facile de passer de vos activit\u00e9s pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e0 la charge de ministre de l&#8217;\u00c9conomie? Comment vous sentez-vous dans vos nouvelles fonctions?\u00a0Doris Leuthard: Je m&#8217;y sens bien, le contraire serait vraiment f\u00e2cheux (rire). Plus s\u00e9rieusement, ce passage a constitu\u00e9 pour moi un grand tournant. Il m&#8217;a fallu, par exemple, fermer mon \u00e9tude d&#8217;avocat et liquider tous les dossiers de ma client\u00e8le. C&#8217;est une transition qu&#8217;il convient de bien n\u00e9gocier. Cela m&#8217;a \u00e9t\u00e9 facilit\u00e9 par le fait que j&#8217;ai trouv\u00e9 une \u00e9quipe motiv\u00e9e au sein du D\u00e9partement f\u00e9d\u00e9ral de l&#8217;\u00e9conomie (DFE). J&#8217;ai commenc\u00e9 par me donner le temps d&#8217;apprendre \u00e0 conna\u00eetre ce d\u00e9partement. Il m&#8217;importait notamment de savoir quelles \u00e9taient les personnes charg\u00e9es de traiter concr\u00e8tement tel ou tel sujet. Cela m&#8217;a beaucoup aid\u00e9 pour aborder les dossiers difficiles.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Chaque conseiller f\u00e9d\u00e9ral place ses propres marques. Par rapport \u00e0 votre pr\u00e9d\u00e9cesseur, O\u00f9 y aura-t-il continuit\u00e9 et o\u00f9 l&#8217;approche diff\u00e9rera-t-elle?\u00a0D. Leuthard: Il est encore trop t\u00f4t pour que je puisse dire o\u00f9 je mettrai, le cas \u00e9ch\u00e9ant, ma touche personnelle. Pour toute une s\u00e9rie de dossiers, la continuit\u00e9 est de mise. C&#8217;est le cas, notamment de la Politique agricole 2011, que je dois traiter de la m\u00eame mani\u00e8re que mon pr\u00e9d\u00e9cesseur, selon les d\u00e9cisions prises par le Conseil f\u00e9d\u00e9ral. Il en va de m\u00eame, par exemple, pour la mise en oeuvre du train de mesures en faveur de la croissance.\u00a0Autrement, je compte mettre d&#8217;abord l&#8217;accent sur le march\u00e9 int\u00e9rieur, d&#8217;une part en appliquant le principe du cassis de Dijon et, de l&#8217;autre, en d\u00e9mantelant les entraves administratives. Ce dernier point me tenait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 coeur avant ma nomination au Conseil f\u00e9d\u00e9ral.\u00a0Mon premier souci demeure, toutefois, le facteur humain sur lequel il convient de mettre davantage l&#8217;accent. L&#8217;\u00e9conomie ne se r\u00e9duit, en effet, pas \u00e0 des donn\u00e9es macro\u00e9conomiques. Voil\u00e0 pourquoi j&#8217;attache \u00e9galement beaucoup d&#8217;importance \u00e0 la recherche, \u00e0 la formation et \u00e0 l&#8217;innovation, tout comme \u00e0 la lutte contre le ch\u00f4mage des jeunes, au soutien aux travailleurs \u00e2g\u00e9s ainsi qu&#8217;aux revendications des femmes.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: L&#8217;\u00e9conomie suisse est actuellement en pleine forme. En m\u00eame temps, vous continuez d&#8217;encourager la politique de croissance. Est-ce encore n\u00e9cessaire?\u00a0D. Leuthard: Depuis l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re, l&#8217;\u00e9conomie suisse enregistre effectivement des r\u00e9sultats tr\u00e8s positifs. Pour 2006, nous pouvons nous attendre \u00e0 une progression de 2,7% du produit int\u00e9rieur brut. Un nouveau fl\u00e9chissement du taux de croissance est, toutefois, pr\u00e9vu pour l&#8217;ann\u00e9e prochaine et la suivante. Si nous ne poursuivons pas notre politique de croissance, nous risquons fort de voir les recettes fiscales et les revenus de nouveau diminuer au d\u00e9triment des assurances sociales. Voil\u00e0 pourquoi la politique de croissance demeure encore et toujours la meilleure politique sociale possible.\u00a0Elle doit, enfin, demeurer un objectif prioritaire \u00e0 long terme au regard de la concurrence mondiale, si nous voulons conserver notre prosp\u00e9rit\u00e9 actuelle et ne pas perdre des parts de march\u00e9 au profit d&#8217;autres pays.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Prenons un dossier qui vous occupe et qui est passablement d\u00e9battu dans les m\u00e9dias: celui du cassis de Dijon. On a pu lire \u00e0 ce propos ce titre dans la presse: \u00abDoris Leuthard met la pression\u00bb Pourquoi voulez-vous mettre la pression en ce qui concerne la suppression des entraves techniques aux \u00e9changes?\u00a0D. Leuthard: Parce que je suis persuad\u00e9e que certains de ces obstacles sont des facteurs de rench\u00e9rissement, tout particuli\u00e8rement pour les PME, et qu&#8217;ils ne nous apportent pour autant ni avantage ni am\u00e9lioration de qualit\u00e9. Les dispositions l\u00e9gales sur lesquelles ils reposent doivent donc \u00eatre supprim\u00e9es. Il nous faut porter un coup \u00e0 la chert\u00e9 suisse et rapprocher nos prix de ceux de l&#8217;UE.\u00a0Je suis \u00e9galement convaincue que l&#8217;introduction unilat\u00e9rale du principe du cassis de Dijon est tout \u00e0 fait d\u00e9fendable. Elle nous permettrait de gagner beaucoup de temps. En outre, les prescriptions sont d\u00e9j\u00e0 harmonis\u00e9es dans de nombreux domaines. Pour quelques-uns, o\u00f9 les producteurs suisses subissent de r\u00e9elles discriminations, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral veillera \u00e0 mettre en place les m\u00e9canismes de compensation appropri\u00e9s.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Pour l&#8217;instant, les sp\u00e9culations font rage quant au nombre de d\u00e9rogations qu&#8217;il faudra admettre au principe du cassis de Dijon.\u00a0D. Leuthard: Je n&#8217;avancerai pas de chiffre \u00e0 ce propos; mais il est clair qu&#8217;il ne faut pas que les d\u00e9rogations soient trop nombreuses si l&#8217;on ne souhaite pas affaiblir le principe. Bien entendu, un certain nombre d&#8217;exceptions doivent \u00eatre pr\u00e9vues, sp\u00e9cialement en mati\u00e8re de sant\u00e9 et d&#8217;environnement, o\u00f9 nos exigences sont tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es. Cela peut \u00eatre une chance pour les entreprises qui veulent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment se positionner sur le segment des produits de qualit\u00e9 sup\u00e9rieure.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: La r\u00e9duction du nombre d&#8217;exceptions se pr\u00e9sente comme un s\u00e9rieux d\u00e9fi. Pourquoi est-ce aussi ardu? Le probl\u00e8me est-il administratif? \u00a0D. Leuthard: la r\u00e9sistance vient de diff\u00e9rents c\u00f4t\u00e9s. Par exemple des chimistes cantonaux, qui perdent une partie de leurs comp\u00e9tences. Je peux comprendre ces r\u00e9actions. Toutefois, c&#8217;est le r\u00e9sultat vis\u00e9 qui compte. Une autre opposition vient du fait que les prescriptions techniques compliqu\u00e9es sont aussi consid\u00e9r\u00e9es comme l&#8217;expression de la \u00abtouche suisse\u00bb, autrement dit de notre c\u00e9l\u00e8bre perfectionnisme. Nous devons commencer par d\u00e9finir les grandes lignes plut\u00f4t que de nous perdre d&#8217;embl\u00e9e dans des questions de d\u00e9tail. Il semble qu&#8217;aujourd&#8217;hui, l&#8217;administration ait \u00e9galement pris conscience de cette n\u00e9cessit\u00e9.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Le premier grand projet que vous avez d\u00e9fendu devant le Parlement est celui de la PA 2011, qui d\u00e9finit la nouvelle \u00e9tape de la politique agricole suisse pour les ann\u00e9es 2008 \u00e0 2011. Quels sont les principaux arguments que vous comptez avancer &#8211; face \u00e0 des pressions qui, du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;OMC, ont quasiment disparu aujourd&#8217;hui &#8211; pour convaincre le Parlement d&#8217;accepter le rythme imprim\u00e9 aux r\u00e9formes pr\u00e9vues par le projet?\u00a0D. Leuthard: Cela fait d\u00e9j\u00e0 quelques ann\u00e9es que nous sommes en train de transformer la politique agricole suisse. Conform\u00e9ment au mandat constitutionnel, nous voulons passer d&#8217;un syst\u00e8me de subventionnement des produits \u00e0 celui des paiements directs qui indemnisent les prestations des paysans en faveur de l&#8217;\u00e9conomie g\u00e9n\u00e9rale. C&#8217;est ainsi qu&#8217;il importe de r\u00e9duire davantage encore les soutiens du march\u00e9 au profit des paiements directs. Cela nous rapproche d&#8217;un syst\u00e8me plus respectueux du march\u00e9, qui donne davantage de libert\u00e9 aux paysans pour produire ce qu&#8217;ils veulent et comme ils l&#8217;entendent, et qui tient compte des besoins des consommateurs dans une plus large mesure. Cette orientation g\u00e9n\u00e9rale est incontestablement une bonne chose. \u00a0La deuxi\u00e8me question est celle du rythme. Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral ne fait rien de plus que de maintenir celui que connaissent d\u00e9j\u00e0 les r\u00e9formes \u00e0 l&#8217;heure actuelle et qui se concr\u00e9tise par une baisse de 2,5% par an du nombre des exploitations et du revenu agricole. Ce rythme tient compte du changement des g\u00e9n\u00e9rations. Il s&#8217;agit donc d&#8217;assurer la continuit\u00e9 tout en imprimant un l\u00e9ger changement de cap.\u00a0Si nous voulons une agriculture productive, nous devons en passer par cette r\u00e9forme structurelle. Il le faut dans la perspective des futures ouvertures du march\u00e9, qu&#8217;elles aient lieu dans le cadre de l&#8217;OMC ou \u00e0 la faveur d&#8217;un \u00e9ventuel accord de libre-\u00e9change agricole avec l&#8217;UE. \u00c9tant donn\u00e9 que la pression sur les prix va se maintenir en Suisse, il est plus sage d&#8217;appliquer cette r\u00e9forme \u00e0 pr\u00e9sent plut\u00f4t que de temporiser et de ralentir l&#8217;allure; car plus on la retarde, plus elle risque de devenir douloureuse. Sans compter qu&#8217;une telle r\u00e9forme doit finalement profiter aux producteurs et aux consommateurs en faisant baisser les prix.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Vous devez mener aussi un travail de persuasion sur le projet de cr\u00e9dit-cadre pour la formation, la recherche et l&#8217;innovation pour les ann\u00e9es 2008 \u00e0 2011 (FRI 2011) et commencer par gagner l&#8217;adh\u00e9sion du Conseil f\u00e9d\u00e9ral. Vous souhaitez en effet augmenter les d\u00e9penses de la Conf\u00e9d\u00e9ration de 6% par an plut\u00f4t que de 4,5% comme le pr\u00e9voit le plan financier. Pour quelle raison une hausse aussi sensible du cr\u00e9dit-cadre?\u00a0D. Leuthard: Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral est lui aussi acquis \u00e0 une augmentation en ce domaine et une hausse de 4,5% exige d\u00e9j\u00e0 des fonds suppl\u00e9mentaires substantiels. Trois \u00e9l\u00e9ments m&#8217;apparaissent ici essentiels.\u00a0Premi\u00e8rement, dans la concurrence que se livre les places internationales, la Suisse ne peut se pr\u00e9valoir de r\u00e9serves de p\u00e9trole ou de gaz. Nos ressources sont li\u00e9es au savoir et si nous voulons conserver une longueur d&#8217;avance en mati\u00e8re d&#8217;innovation et de productivit\u00e9, nous devons produire des sp\u00e9cialistes de tr\u00e8s haut niveau dans les domaines de la recherche ou de l&#8217;\u00e9conomie.\u00a0Deuxi\u00e8mement, la loi sur la formation professionnelle et celle sur les hautes \u00e9coles sp\u00e9cialis\u00e9es engagent la Conf\u00e9d\u00e9ration envers les cantons \u00e0 accro\u00eetre sa participation dans ces deux secteurs. Il s&#8217;agit donc aujourd&#8217;hui de tenir nos promesses.\u00a0Troisi\u00e8mement, nous avons dans la formation professionnelle des t\u00e2ches nouvelles qui entra\u00eenent des co\u00fbts suppl\u00e9mentaires. Nous pr\u00e9voyons d&#8217;introduire \u00e0 l&#8217;attention des jeunes qui ont des difficult\u00e9s scolaires des modules qui leur donnent le bagage n\u00e9cessaire pour suivre une formation de base. Les hautes \u00e9coles sp\u00e9cialis\u00e9es (HES) et la formation professionnelle s&#8217;ouvrent \u00e0 un nouveau secteur Sant\u00e9, social et arts (SSA); de plus, l&#8217;introduction du processus de Bologne prolonge la dur\u00e9e des formations.\u00a0Enfin, nous entendons affecter plus de moyens aux domaines que nous jugeons importants pour l&#8217;\u00e9conomie. Il s&#8217;agit d&#8217;une part de la CTI et d&#8217;autre part de la recherche fondamentale pratiqu\u00e9e par le Fonds national ou les universit\u00e9s et \u00e9coles polytechniques. Ces investissements sont indispensables pour conserver nos avantages comparatifs.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Les partisans d&#8217;une croissance plus mod\u00e9r\u00e9e de 4,5% arguent de l&#8217;\u00e9tat des finances f\u00e9d\u00e9rales et du recul du nombre d&#8217;\u00e9l\u00e8ves et d&#8217;\u00e9tudiants qui se dessine \u00e0 l&#8217;horizon. Deux arguments non n\u00e9gligeables&#8230;\u00a0D. Leuthard: Pour le moment, les effectifs augmentent encore. Dans le domaine des hautes \u00e9coles sp\u00e9cialis\u00e9es, nous nous attendons \u00e0 5000 \u00e9tudiants suppl\u00e9mentaires; dans la formation professionnelle, la tendance est, elle aussi, \u00e0 la hausse. Elle ne s&#8217;inversera pas avant la fin des ann\u00e9es du \u00abbaby-boom\u00bb, c&#8217;est-\u00e0-dire apr\u00e8s 2011. Ainsi, la p\u00e9riode concern\u00e9e par le cr\u00e9dit-cadre conna\u00eetra encore une progression num\u00e9rique, notamment du fait de l&#8217;ouverture vers l&#8217;\u00e9tranger, qui exige un soutien suppl\u00e9mentaire.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Avec le processus de Copenhague pour la formation professionnelle, l&#8217;UE souhaite resserrer la collaboration entre les \u00c9tats membres. Elle entend, comme dans le processus de Bologne &#8211; cr\u00e9er d&#8217;ici 2009 un cadre de certification europ\u00e9en (CEC). La Suisse doit-elle prendre part \u00e0 ce processus?\u00a0D. Leuthard: Le processus de Copenhague doit aboutir \u00e0 la reconnaissance r\u00e9ciproque des enseignements et \u00e0 une certaine harmonisation des formations professionnelles. La Suisse, n&#8217;\u00e9tant pas membre de l&#8217;Union europ\u00e9enne, n&#8217;est pas directement impliqu\u00e9e dans le processus, mais l&#8217;UE nous a invit\u00e9s \u00e0 pr\u00e9senter notre syst\u00e8me dual. Nous constatons que ce syst\u00e8me a rencontr\u00e9 un tr\u00e8s bon accueil au sein de l&#8217;UE. Il nous importe d&#8217;obtenir une reconnaissance des formations professionnelles et de disposer de syst\u00e8mes compatibles, afin de garantir la mobilit\u00e9 de notre main-d&#8217;oeuvre. Nos liens avec le processus de Copenhague sont donc r\u00e9els.\u00a0J&#8217;ai eu r\u00e9cemment un entretien avec le commissaire europ\u00e9en charg\u00e9 de la formation, Jan Figel, au cours duquel il nous a invit\u00e9s \u00e0 prendre part aux discussions d\u00e9cisives au niveau minist\u00e9riel. C&#8217;est l\u00e0 une bonne occasion de partager nos exp\u00e9riences.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: le 26 novembre 2006, le peuple suisse se prononcera sur la collaboration avec l&#8217;Europe de l&#8217;Est (loi f\u00e9d\u00e9rale sur la collaboration avec les \u00c9tats d&#8217;Europe de l&#8217;Est). En cas d&#8217;acceptation, la Suisse fournira une contribution aux nouveaux pays membres de l&#8217;UE, au titre de son \u00e9largissement. Pourquoi le peuple suisse doit-il approuver ce projet?\u00a0D. Leuthard: Parce qu&#8217;il constitue un bon investissement pour l&#8217;avenir. Cette loi comporte deux engagements. Le premier consiste \u00e0 poursuivre notre aide traditionnelle aux pays de l&#8217;ex-bloc de l&#8217;Est. Gr\u00e2ce \u00e0 cette \u00abaide de transition\u00bb, les anciens \u00c9tats communistes de l&#8217;Est doivent pouvoir \u00e9voluer plus facilement vers des soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques et sociales ainsi que des march\u00e9s ouverts.\u00a0L&#8217;autre engagement consiste \u00e0 verser cette contribution de 1 milliard de francs sur dix ans. Cette somme est un v\u00e9ritable placement puisque nous investissons pour assurer nos relations avec l&#8217;UE, qui est de loin notre principal partenaire \u00e9conomique. La contribution helv\u00e9tique, qui s&#8217;inscrit dans la r\u00e9partition des charges en Europe, entretient aussi les bonnes dispositions de l&#8217;UE envers la voie bilat\u00e9rale que nous avons choisi. Avec elle, nous investissons dans des march\u00e9s en plein \u00abboom\u00bb, o\u00f9 la balance commerciale de la Suisse est exc\u00e9dentaire. S&#8217;ajoute \u00e0 cela l&#8217;\u00abeffet s\u00e9same\u00bb puisque nos entreprises peuvent participer aux march\u00e9s publics de pays o\u00f9 l&#8217;UE a mis des fonds importants \u00e0 disposition, et y d\u00e9crocher des mandats. Leurs chances s&#8217;am\u00e9liorent encore si elles sont d\u00e9j\u00e0 actives et visibles, dans ces r\u00e9gions, gr\u00e2ce \u00e0 notre collaboration avec l&#8217;Est. L&#8217;Europe a grandement contribu\u00e9 \u00e0 la stabilit\u00e9 de cette r\u00e9gion, ce qui est \u00e9conomiquement tr\u00e8s important. Voil\u00e0 pourquoi je consid\u00e8re aussi le fait d&#8217;apporter notre pierre \u00e0 cette stabilit\u00e9 comme un acte de solidarit\u00e9.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: De mauvais esprits, journalistiques et politiques, affirment qu&#8217;au fil des d\u00e9cennies, le modeste D\u00e9partement du commerce et des douanes d&#8217;autrefois est devenu &#8211; au d\u00e9triment de l&#8217;\u00e9conomie &#8211; la grosse machine interventionniste du DFE actuel, et qu&#8217;il serait n\u00e9cessaire de l&#8217;all\u00e9ger et de le redimensionner. Qu&#8217;en pensez-vous? Comment comptez-vous lib\u00e9rer l&#8217;\u00e9conomie de cet interventionnisme?\u00a0D. Leuthard: Certains journalistes vont m\u00eame jusqu&#8217;\u00e0 dire qu&#8217;on pourrait se passer du DFE. Il faudrait savoir si le DFE est interventionniste ou superflu. Soyons s\u00e9rieux. La culture du DFE n&#8217;est pas interventionniste. Nous adh\u00e9rons \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie de march\u00e9 lib\u00e9rale o\u00f9 l&#8217;\u00c9tat n&#8217;intervient et ne r\u00e9glemente que lorsque cela s&#8217;av\u00e8re n\u00e9cessaire. Cela appara\u00eet tr\u00e8s nettement dans le droit des cartels, qui donne pour unique mission \u00e0 l&#8217;\u00c9tat d&#8217;assurer le libre jeu du march\u00e9. Il en sera de m\u00eame avec la loi sur le travail au noir. Notre seul r\u00f4le est de permettre le bon fonctionnement de la concurrence, que nous cherchons toujours \u00e0 renforcer. Souvent, d&#8217;ailleurs, ce sont les acteurs du march\u00e9 qui n&#8217;accueillent pas volontiers les r\u00e9formes qui vont dans ce sens, car la concurrence est pour eux synonyme de contraintes suppl\u00e9mentaires et leur fait office d&#8217;\u00e9pouvantail.\u00a0Dans le secteur agricole, les choses sont un peu diff\u00e9rentes, puisque la l\u00e9gislation nous impose davantage de t\u00e2ches. Il en est de m\u00eame pour les hautes \u00e9coles sp\u00e9cialis\u00e9es et le domaine de la formation professionnelle o\u00f9 les \u00e9l\u00e9ments de pilotage sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. Toutefois, en ce qui concerne les autres chapitres de la politique \u00e9conomique, on ne peut certainement pas nous reprocher d&#8217;\u00eatre interventionnistes.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: La politique \u00e9conomique est transversale. Cela signifie qu&#8217;un certain nombre de dossiers concerne d&#8217;autres chefs de d\u00e9partement. Quels sont ceux que vous jugez particuli\u00e8rement importants? Ou ceux dans lesquels vous comptez plus sp\u00e9cialement vous impliquer au plan \u00e9conomique?\u00a0D. Leuthard: En fait, les sujets \u00e9conomiques importants sont nombreux. Les questions relatives \u00e0 l&#8217;\u00e9nergie, au march\u00e9 de la sant\u00e9, au droit fiscal et \u00e0 l&#8217;\u00e9volution d\u00e9mographique en font notamment partie. Le DFE, en tant que centre de comp\u00e9tence \u00e9conomique, devrait se positionner sur ces questions et soutenir les autres d\u00e9partements poss\u00e9dant des comp\u00e9tences purement op\u00e9rationnelles et techniques. Nous pouvons fournir l&#8217;arri\u00e8re-plan afin de faire en sorte que l&#8217;\u00e9laboration des r\u00e9formes soit consid\u00e9r\u00e9e dans une optique \u00e9conomique plus large.\u00a0\u00a0La Vie \u00e9conomique: Mme la Conseill\u00e8re f\u00e9d\u00e9rale, nous vous remercions de cet entretien.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEntretien et r\u00e9daction: Geli Spescha, r\u00e9dacteur en chef de\u00a0La Vie \u00e9conomique.\u00a0Transcription par Simon D\u00e4llenbach, r\u00e9dacteur de La Vie \u00e9conomique.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<b>Encadr\u00e9 1: L&#8217;OMC et l&#8217;\u00e9conomie ext\u00e9rieure: le point de vue de la nouvelle conseill\u00e8re f\u00e9d\u00e9rale<\/b>&#13;<br \/>\nLa Vie \u00e9conomique: Mme la Conseill\u00e8re f\u00e9d\u00e9rale, o\u00f9 allez-vous insister en mati\u00e8re d&#8217;\u00e9conomie ext\u00e9rieure?D. Leuthard: D&#8217;abord, il est certain que dans le cadre de l&#8217;OMC, nous devons tout faire pour prolonger le cycle de Doha. Pour la Suisse, l&#8217;approche multilat\u00e9rale demeure prioritaire. En ne recherchant que des accords bilat\u00e9raux, on aboutit \u00e0 une comp\u00e9tition acharn\u00e9e entre les march\u00e9s r\u00e9gionaux. Des r\u00e8gles et des tarifs aussi uniformes que possible devraient s&#8217;imposer \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle mondiale. M\u00eame si cela ne d\u00e9pend pas de notre seule responsabilit\u00e9, nous n&#8217;en allons pas moins tenter de faire preuve de cr\u00e9ativit\u00e9 pour jeter des ponts entre les principaux acteurs concern\u00e9s.L&#8217;autre priorit\u00e9 est la conclusion de nouveaux trait\u00e9s de libre-\u00e9change dans le cadre de l&#8217;AELE; \u00e0 cet \u00e9gard, nous avons en vue des accords avec le Canada et l&#8217;\u00c9gypte. Nous cherchons, enfin, \u00e0 conclure avec l&#8217;UE, notre principal partenaire commercial, des accords bilat\u00e9raux suppl\u00e9mentaires, en priorit\u00e9 dans le domaine de l&#8217;agriculture, de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 et de l&#8217;\u00e9nergie.La Vie \u00e9conomique: Depuis quelque temps d\u00e9j\u00e0 &#8211; en tout cas depuis l&#8217;ajournement du cycle de Doha &#8211; l&#8217;OMC est en crise. De quelle mani\u00e8re pensez-vous que l&#8217;on pourrait relancer les n\u00e9gociations? En mettant entre parenth\u00e8ses le probl\u00e8me agricole?D. Leuthard: La question agricole faisait partie int\u00e9grante de l&#8217;ordre du jour de Doha. Par cons\u00e9quent, il n&#8217;est gu\u00e8re possible de s\u00e9parer ce dossier du reste des n\u00e9gociations. Il est principalement dans l&#8217;int\u00e9r\u00eat des pays en d\u00e9veloppement que les pays industrialis\u00e9s leur assurent des acc\u00e8s dans les domaines industriels et ouvrent leurs march\u00e9s agricoles. Pour moi, c&#8217;est une condition sine qua non. Toute la question consiste \u00e0 savoir comment y arriver. \u00c0 cet \u00e9gard, les \u00c9tats-Unis, en proposant une baisse de 90% des droits de douane, vont trop loin. Pour des petits march\u00e9s, cet objectif est totalement impensable. Pour le moment, les \u00c9tats-Unis devraient donc revoir leur position. L&#8217;UE, aussi, devrait s&#8217;engager. Jamais la Suisse ne pourra tant soit peu faire le poids face aux grands exportateurs agricoles; elle doit donc peu ou prou s&#8217;aligner sur la position de l&#8217;UE. Cette contrainte persistera. Reste \u00e0 esp\u00e9rer que les \u00c9tats-Unis changeront leur fusil d&#8217;\u00e9paule; nous pourrons alors r\u00e9fl\u00e9chir, nous aussi, \u00e0 des concessions suppl\u00e9mentaires.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nouvelle responsable du D\u00e9partement f\u00e9d\u00e9ral de l&#8217;\u00e9conomie (DFE), la conseill\u00e8re f\u00e9d\u00e9rale Doris Leuthard est entr\u00e9e en fonction d\u00e9but ao\u00fbt. Elle livre ses premi\u00e8res impressions dans cet entretien \u00e0 La Vie \u00e9conomique. 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