{"id":155189,"date":"2006-06-01T12:00:00","date_gmt":"2006-06-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2006\/06\/balaster-elias-2\/"},"modified":"2023-08-24T01:22:05","modified_gmt":"2023-08-23T23:22:05","slug":"balaster-elias-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2006\/06\/balaster-elias-2\/","title":{"rendered":"L&#8217;\u00e9volution de la concurrence dans le commerce de d\u00e9tail suisse"},"content":{"rendered":"<p>La concurrence s&#8217;est nettement intensifi\u00e9e sur le march\u00e9 suisse avec l&#8217;arriv\u00e9e de cha\u00eenes internationales de magasins. Auparavant, le commerce de d\u00e9tail \u00e9tait domin\u00e9 par deux grands distributeurs, qui avaient encore renforc\u00e9 leurs positions en proc\u00e9dant \u00e0 de nouvelles acquisitions. Les auteurs cherchent \u00e0 r\u00e9pondre aux questions suivantes: comment les responsables des achats des grands distributeurs et du commerce de d\u00e9tail jugent-ils cette nouvelle situation? Quelles strat\u00e9gies envisagent-ils pour affronter l&#8217;intensification de la concurrence sur les prix? Quelles r\u00e9sistances la libre concurrence rencontre-t-elle dans le commerce de d\u00e9tail en Suisse? Pourquoi n&#8217;y a-t-il pas davantage d&#8217;importations parall\u00e8les alors m\u00eame qu&#8217;elles seraient autoris\u00e9es par la loi? En quoi le comportement des consommateurs influe-t-il sur la politique des prix?<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/200606_04_Balaster-Elias_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"252\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa domination de deux grandes cha\u00eenes de commerce de d\u00e9tail et le fait qu&#8217;une partie relativement importante de leur assortiment se compose de produits qui leur sont propres, ont longtemps constitu\u00e9 les principaux traits du march\u00e9 suisse, comme le montrent les sempiternelles discussions sur la cr\u00e9ation d&#8217;une \u00abtroisi\u00e8me force\u00bb. C&#8217;est pour cela que l&#8217;on a tant critiqu\u00e9 les d\u00e9cisions de la Commission de la concurrence (Comco), qui n&#8217;a pas seulement admis la fusion de Coop et de Waro mais aussi, peu apr\u00e8s, le rachat d&#8217;Epa par Coop. Dans le m\u00eame temps, Migros a acquis Globus et a eu visiblement son mot \u00e0 dire lors du rachat du groupe Pick Pay par Denner, depuis longtemps num\u00e9ro trois du march\u00e9.\u00a0Avec l&#8217;arriv\u00e9e de Carrefour, de Spar, d&#8217;Aldi et celle, annonc\u00e9e, de Lidl, de nouvelles cha\u00eenes de magasins actives au niveau international font une entr\u00e9e en force sur le march\u00e9 suisse. Cette \u00e9volution n&#8217;est pas propre au seul commerce des denr\u00e9es alimentaires. On l&#8217;observe \u00e9galement dans le commerce sp\u00e9cialis\u00e9: Ikea, Conforama, Media Markt et Jumbo ont \u00e9t\u00e9 suivis par Obi et Hornbach, dont les points de vente se d\u00e9veloppent en Suisse.&#13;<\/p>\n<h2>Une concurrence aux multiples implications<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes conclusions qui suivent se fondent sur les entretiens structur\u00e9s que les auteurs ont r\u00e9alis\u00e9s l&#8217;automne pass\u00e9 avec les responsables des achats de grands distributeurs et du commerce de gros Nous remercions ici Ir\u00e8ne Moser et Christian Brechb\u00fchl pour la retranscription de ces entretiens..&#13;<\/p>\n<h3>Effets sur les prix<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nComme on s&#8217;y attendait, l&#8217;arriv\u00e9e en Suisse de cha\u00eenes internationales a intensifi\u00e9 la concurrence, en tous cas dans le domaine du discount. Nos interlocuteurs des grands magasins ne se sentent pas menac\u00e9s. Ils mettent les chiffres publi\u00e9s sur le compte d&#8217;un climat relativement morose La Swiss Retail Federation se plaint notamment du recul de la fr\u00e9quence des achats au centre des villes et, parall\u00e8lement, de la nette baisse du volume d&#8217;achats par client (voir www.swiss-retail.ch, \u00abDownloads\u00bb, \u00abEinkaufen in der Innenstadt: Schlussbericht\u00bb).. \u00c0 long terme, les grands magasins aimeraient mettre l&#8217;accent sur l&#8217;accueil de la client\u00e8le pour se d\u00e9marquer des discounters.\u00a0Dans le domaine de l&#8217;alimentation, les personnes interrog\u00e9es estiment que les nouveaux arrivants ne baisseront jamais les prix au niveau allemand par exemple, \u00e9tant donn\u00e9 qu&#8217;ils seront eux aussi contraints de recourir aux producteurs locaux et que la politique agricole de notre pays est en premier lieu responsable des diff\u00e9rences de prix. Toutefois, des calculs bas\u00e9s sur le prix pay\u00e9 au paysan d&#8217;une part et le prix \u00e0 la consommation d&#8217;autre part montrent que la garantie du revenu agricole n&#8217;explique que partiellement le niveau des prix pratiqu\u00e9s dans le commerce de d\u00e9tail. D\u00e8s lors, il n&#8217;y a rien d&#8217;\u00e9tonnant \u00e0 ce que le secteur de l&#8217;alimentaire offre un terrain id\u00e9al pour observer la pression sur la concurrence et sur les prix qui r\u00e9sulte de la nouvelle situation observ\u00e9e. Avant m\u00eame que les entreprises allemandes n&#8217;ouvrent leurs premi\u00e8res filiales en Suisse, les grands distributeurs suisses avaient r\u00e9agi en introduisant des lignes bon march\u00e9 comme \u00abPrix Garantie\u00bb, \u00abM-Budget\u00bb ou \u00abNo1\u00bb. Ils ont \u00e9galement baiss\u00e9 certains prix dans le reste de l&#8217;assortiment, ce que personne n&#8217;aurait vraiment imagin\u00e9. Il est vrai qu&#8217;auparavant, on avait plut\u00f4t cherch\u00e9 \u00e0 amener le client dans un segment de prix sup\u00e9rieur en misant sur l&#8217;atmosph\u00e8re du magasin et sur certains aspects \u00e9cologiques.&#13;<\/p>\n<h3>R\u00e9organisation des achats et de la distribution<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nTandis que Coop cherche \u00e0 d\u00e9velopper des alliances avec de puissants partenaires \u00e9trangers afin de n\u00e9gocier de meilleures conditions d&#8217;achat aupr\u00e8s des fournisseurs, Migros mise sur les importations parall\u00e8les pour \u00e9viter la marge des interm\u00e9diaires en Suisse. La pression sur les prix se manifeste \u00e9galement dans le secteur des marchandises non p\u00e9rissables. Le marchand de meubles Ikea, qui vend des produits identiques \u00e0 des tarifs diff\u00e9rents selon les pays, a baiss\u00e9, en 2005, les prix figurant dansson catalogue.\u00a0Outre des pratiques in\u00e9dites en mati\u00e8re d&#8217;achats, de nouvelles formes de distribution contribuent \u00e9galement \u00e0 renforcer la concurrence. Une pharmacie du canton de Soleure, qui avait choisi le canal de la distribution directe, a donn\u00e9 au Tribunal f\u00e9d\u00e9ral l&#8217;occasion d&#8217;appliquer pour une fois de mani\u00e8re offensive la loi sur le march\u00e9 int\u00e9rieur, entr\u00e9e en vigueur en 1996. Elle a obtenu gain de cause. Le l\u00e9gislateur n&#8217;a pas pu revenir sur cette ouverture et a d\u00fb se contenter d&#8217;introduire des garde-fous dans la loi sur les produits th\u00e9rapeutiques. Dans le domaine de la librairie \u00e9galement, de nouvelles formes de distribution, comme les achats sur Internet et la vente par correspondance, pourraient briser des structures de vente bien \u00e9tablies plus rapidement que n&#8217;a pu le faire la politique de la concurrence.&#13;<\/p>\n<h2>Contre davantage de concurrence<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nToutefois, il existe encore de nombreuses r\u00e9sistances \u00e0 cet accroissement de la concurrence et, par cons\u00e9quent, au rapprochement avec les prix pratiqu\u00e9s dans les pays limitrophes. Nous \u00e9voquerons ci-apr\u00e8s les ententes sur les prix, l&#8217;effet protectionniste des normes, les questions de responsabilit\u00e9 et les services combin\u00e9s.&#13;<\/p>\n<h3>Les ententes sur les prix<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n\u00c0 notre connaissance, le domaine de la librairie est le seul \u00e0 conna\u00eetre encore un cartel d\u00e9clar\u00e9. Le prix impos\u00e9 en Suisse al\u00e9manique est toutefois remis en question par une proc\u00e9dure cartellaire engag\u00e9e il y a de nombreuses ann\u00e9es. L&#8217;entr\u00e9e en vigueur d\u00e9finitive de la d\u00e9cision de la Comco du 31 mars 2005 sonnerait le glas des r\u00e8glements collectifs en mati\u00e8re de rabais et des tables de conversion des prix de l&#8217;euro en francs suisses, \u00e9tablies d&#8217;entente avec le Surveillant des prix. En Suisse romande par contre, l&#8217;importation des livres est largement contr\u00f4l\u00e9e par une ou deux entreprises. De ce fait, la diff\u00e9rence de prix entre la Suisse romande et la France est plus grande qu&#8217;entre la Suisse al\u00e9manique et l&#8217;Allemagne. Nous ne chercherons pas \u00e0 savoir si cette diff\u00e9rence est autant marqu\u00e9e pour les best-sellers, domaine dans lequel la Fnac est en concurrence avec le groupe Hachette, propri\u00e9taire des librairies Payot. Quoi qu&#8217;il en soit, les concentrations, qui se substituent aux cartels, repr\u00e9sentent un d\u00e9fi de taille face \u00e0 un droit de la concurrence plus efficace.\u00a0L&#8217;autorit\u00e9 en mati\u00e8re de concurrence a d\u00fb se pencher de mani\u00e8re r\u00e9it\u00e9r\u00e9e sur le march\u00e9 des installations sanitaires; il pourrait, par ailleurs, exister des ententes cartellaires dans d&#8217;autres march\u00e9s, dont celui des produits de construction. On continue de constater une tendance au cloisonnement en raison des obstacles techniques, ce qui a des cons\u00e9quences sur les prix. Les centres de bricolage ou les magasins sp\u00e9cialis\u00e9s qui aimeraient casser les prix ne sont, en g\u00e9n\u00e9ral, pas approvisionn\u00e9s par certains producteurs suisses. D&#8217;apr\u00e8s les personnes interrog\u00e9es, le commerce des installations sanitaires continue de s&#8217;en tenir aux prix recommand\u00e9s par les producteurs. Cela est d\u00fb au fait que la Suisse est un \u00abpays de locataires\u00bb. Les propri\u00e9taires partent de l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;ils r\u00e9percuteront les co\u00fbts sur les occupants des logements.&#13;<\/p>\n<h3>L&#8217;effet protectionniste des normes<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLe droit technique a \u00e9t\u00e9 largement harmonis\u00e9 et l&#8217;Association suisse de normalisation s&#8217;est engag\u00e9e, en adh\u00e9rant aux organisations normatives europ\u00e9ennes, \u00e0 supprimer les prescriptions nationales en faveur des normes internationales. Celles-ci conservent, cependant, un certain effet protectionniste, parfois pour des raisons historiques difficiles \u00e0 modifier. Ainsi, d&#8217;innombrables cuisines ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues, pendant des d\u00e9cennies, pour des \u00e9l\u00e9ments encastrables d&#8217;une largeur standard de 55 cm. Aujourd&#8217;hui, les architectes commencent \u00e0 dessiner des cuisines adapt\u00e9es \u00e0 la norme europ\u00e9enne de 60 cm.\u00a0Dans le domaine de la construction et du bricolage, plusieurs normes suisses rench\u00e9rissent le prix des produits. En ce qui concerne les appareils \u00e9lectriques, la robinetterie ou les fours, le client ne peut gu\u00e8re y \u00e9chapper, \u00e0 moins de modifier les fiches, les filetages ou de risquer de contrevenir aux prescriptions des \u00e9tablissements cantonaux d&#8217;assurance-incendie. Si on prend, par exemple, la robinetterie, la norme pour les raccordements est de 153 mm en Suisse et de 150 mm dans l&#8217;UE. Une entreprise allemande qui alimente le march\u00e9 suisse n&#8217;a besoin que d&#8217;un jour par an pour cette production, mais elle doit r\u00e9gler ses machines sp\u00e9cialement en fonction des normes suisses: une particularit\u00e9 qui influe sur le co\u00fbt et l&#8217;intensit\u00e9 de la concurrence.&#13;<\/p>\n<h3>Responsabilit\u00e9 et tra\u00e7abilit\u00e9<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLa responsabilit\u00e9 du fait des produits n&#8217;a de loin pas la m\u00eame importance en Suisse qu&#8217;aux \u00c9tats-Unis. Pourtant, elle a \u00e9t\u00e9 invoqu\u00e9e &#8211; avec les obstacles techniques \u00e9voqu\u00e9s ci-dessus &#8211; pour justifier la forte diff\u00e9rence de prix des bonbonnes de gaz pour le camping, par rapport \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger. Au lieu d&#8217;assumer une quelconque responsabilit\u00e9 en tant qu&#8217;importateur, les commer\u00e7ants pr\u00e9f\u00e8rent, en l&#8217;absence de concurrence, se fournir aupr\u00e8s des fabricants locaux ou des repr\u00e9sentants agr\u00e9\u00e9s. La question de la tra\u00e7abilit\u00e9 est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 celle de la responsabilit\u00e9. Elle prend aujourd&#8217;hui davantage d&#8217;importance en raison de consid\u00e9rations li\u00e9es \u00e0 la protection du consommateur, et cela bien que certaines de ses cons\u00e9quences puissent \u00eatre douteuses pour ce dernier: en effet, l&#8217;exigence de tra\u00e7abilit\u00e9, lorsqu&#8217;elle est formul\u00e9e \u00e0 mauvais escient, ne vise que les canaux d&#8217;importation parall\u00e8le et pas les importateurs \u00abofficiels\u00bb.&#13;<\/p>\n<h3>Fid\u00e9liser la client\u00e8le par le biais des prestations<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nFid\u00e9liser la client\u00e8le \u00e0 travers les prestations offertes est devenues monnaie courante, en particulier dans la branche automobile. Des services combin\u00e9s, diff\u00e9renci\u00e9s les uns des autres, compliquent les comparaisons internationales et s&#8217;opposent ainsi \u00e0 un arbitrage des prix possible par le biais des importations parall\u00e8les: certaines marques de voitures vont m\u00eame jusqu&#8217;\u00e0 proposer, pour le march\u00e9 suisse, une garantie de 10 ans (services et pi\u00e8ces de rechange inclus). S&#8217;ajoutent \u00e0 cela des s\u00e9ries sp\u00e9ciales &#8211; les fameuses \u00abSwisslines\u00bb &#8211; cens\u00e9es r\u00e9pondre au surcro\u00eet d&#8217;exigences des clients de ce pays en mati\u00e8re de qualit\u00e9 et d&#8217;\u00e9quipements. Bien que le nombre de v\u00e9hicules import\u00e9s par des voies parall\u00e8les soit rest\u00e9 relativement restreint, le niveau des prix s&#8217;est partiellement rapproch\u00e9 de ceux pratiqu\u00e9s en Europe. Il est donc important, du point de vue des consommateurs, que la Comco ait limit\u00e9, dans une de ses communications, les pratiques d&#8217;ententes verticales dans le commerce automobile et donc les possibilit\u00e9s de contourner l&#8217;obligation de transparence des prix en ayant recours \u00e0 des contrats li\u00e9s \u00e0 des services combin\u00e9s.&#13;<\/p>\n<h2>Pourquoi si peu d&#8217;importations parall\u00e8les?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa plupart des commer\u00e7ants interrog\u00e9s rejettent l&#8217;id\u00e9e de proc\u00e9der \u00e0 des importations directes alors que les diff\u00e9rences de prix sont sensibles par rapport aux pays limitrophes. Leurs raisons ne sont, toutefois, pas les m\u00eames pour les grands commerces que pour leurs concurrents plus petits.&#13;<\/p>\n<h3>Le commerce de d\u00e9tail<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLes petits d\u00e9taillants ach\u00e8tent rarement au prix le plus bas du monde, cela pour plusieurs raisons qui se cumulent: un manque de transparence, de temps et une organisation d&#8217;achat pas assez d\u00e9velopp\u00e9e. Dans la pratique, le commer\u00e7ant s&#8217;est attach\u00e9, au fil des ans, \u00e0 l&#8217;importateur d\u00e9sign\u00e9 par le producteur, pour ses achats de marchandises. Celui-ci a fini par devenir importateur \u00abofficiel\u00bb, bien qu&#8217;aucun service de l&#8217;\u00c9tat ne lui ait conf\u00e9r\u00e9 ce statut. Le grossiste suisse choisi par le producteur se charge de toutes les formalit\u00e9s. De m\u00eame, les produits sont d\u00e9j\u00e0 livr\u00e9s dans leur version suisse et \u00e9tiquet\u00e9s en fonction du territoire linguistique. Le petit d\u00e9taillant, par contre, ne conna\u00eet pas bien les prescriptions en mati\u00e8re de d\u00e9claration de douane et appr\u00e9hende les complications administratives. De plus, il ne dispose souvent pas d&#8217;une capacit\u00e9 de stockage suffisante et n&#8217;a pas les moyens financiers d&#8217;entretenir un grand entrep\u00f4t, deux conditions n\u00e9cessaires pour proposer un prix concurrentiel, \u00e9tant donn\u00e9 que les conditions d&#8217;achat d\u00e9pendent de la quantit\u00e9 achet\u00e9e. Par ailleurs, il est plus simple, en cas de r\u00e9clamation, de retourner le produit au repr\u00e9sentant plut\u00f4t que d&#8217;organiser soi-m\u00eame le service apr\u00e8s-vente. L&#8217;importation directe reste, d&#8217;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, trop compliqu\u00e9e et trop ch\u00e8re, encore aujourd&#8217;hui, pour les d\u00e9taillants. On ne l&#8217;envisage que si les diff\u00e9rences de prix sont consid\u00e9rables.&#13;<\/p>\n<h3>Les interm\u00e9diaires<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nL&#8217;offre propos\u00e9e par les interm\u00e9diaires ne permet pas seulement de r\u00e9pondre aux besoins des d\u00e9taillants, tels qu&#8217;ils viennent d&#8217;\u00eatre d\u00e9crits. L&#8217;aspect logistique est \u00e9galement important: de nombreux producteurs souhaitent pouvoir vendre de grandes quantit\u00e9s \u00e0 un marchand dispos\u00e9 \u00e0 assurer la distribution et \u00e0 garantir la qualit\u00e9 du service autant que la fiabilit\u00e9 des points de vente. \u00c9tant donn\u00e9 que l&#8217;importateur g\u00e9n\u00e9ral ou le grand distributeur conna\u00eet les particularit\u00e9s du march\u00e9 suisse et les attentes de la client\u00e8le, il est \u00e0 m\u00eame de bien renseigner le producteur sur les quantit\u00e9s n\u00e9cessaires et sur les chances d&#8217;introduire de nouvelles vari\u00e9t\u00e9s de produits.\u00a0Le commerce interm\u00e9diaire ne rapporte pas forc\u00e9ment gros, et pas seulement en raison des possibilit\u00e9s d&#8217;importations directes dont disposent les d\u00e9taillants. Les interm\u00e9diaires se trouvent \u00e9galement en concurrence avec les organisations de distribution d\u00e9velopp\u00e9es par les producteurs eux-m\u00eames. Au vu des nouvelles dispositions de la loi sur les cartels (LCart) concernant les obligations horizontales de livraison dans le cadre de syst\u00e8mes de distribution s\u00e9lective, les producteurs pourraient \u00eatre davantage encore tent\u00e9s de mettre sur pied leurs propres organisations de vente et d&#8217;en faire des instruments de discrimination par les prix au d\u00e9triment des clients suisses. Toutefois, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la communication &#8211; y compris en termes de publicit\u00e9 et d&#8217;habitudes de consommation &#8211; franchit facilement les fronti\u00e8res, on s&#8217;attend \u00e0 ce que la distribution s&#8217;organise de plus en plus \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle de l&#8217;Europe, ou du moins d&#8217;une aire linguistique.&#13;<\/p>\n<h3>Les grands distributeurs<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLes grands distributeurs sont normalement en position de force par rapport aux producteurs Voir \u00e0 ce propos les explications de la Comco relatives au bonus de 0,5% que Coop avait commenc\u00e9 de pr\u00e9lever sous le nom CoopForte (DPC, 2005\/1 p. 146ss).. Cependant, ils ont r\u00e9guli\u00e8rement besoin de certains produits bien implant\u00e9s aupr\u00e8s du consommateur afin de compl\u00e9ter leur assortiment. Dans cette situation, ils ont de la peine \u00e0 faire pression sur les producteurs en les mena\u00e7ant de recourir \u00e0 des importations parall\u00e8les. Le risque est trop grand de ne pas recevoir la marchandise dans les quantit\u00e9s et les d\u00e9lais souhait\u00e9s.\u00a0Des prix \u00e9lev\u00e9s pour les produits d&#8217;une marque forte ne sont pas un probl\u00e8me en soi dans une \u00e9conomie de march\u00e9. Dans un environnement dynamique, de telles positions doivent d&#8217;abord \u00eatre conquises puis constamment d\u00e9fendues. Il s&#8217;agit d&#8217;ancrer, aupr\u00e8s du client, la plus-value psychologique ou effective offerte par le produit de marque, par le biais d&#8217;efforts sp\u00e9cifiques (publicit\u00e9, conseils). Les grands distributeurs peuvent, toutefois, limiter dans une certaine mesure la discrimination subie par le client suisse en termes de prix, soit en d\u00e9veloppant leurs propres marques, soit en cherchant des alliances pour leurs achats.\u00a0Contrairement \u00e0 nos attentes &#8211; l&#8217;harmonisation de la l\u00e9gislation sur les produits chimiques avec l&#8217;UE n&#8217;est survenue qu&#8217;en 2005 &#8211; il est apparu, \u00e0 l&#8217;occasion d&#8217;une comparaison internationale des prix, que le prix des engrais pour fleurs \u00e9tait avantageux en Suisse. Cela \u00e9tait d\u00fb au fait que le vendeur dont le prix a \u00e9t\u00e9 pris en consid\u00e9ration dans l&#8217;enqu\u00eate fait partie d&#8217;une coop\u00e9ration d&#8217;achat paneurop\u00e9enne. L&#8217;avantage des marques \u00abmaison\u00bb trouve ses limites dans la taille du pays. Si plusieurs grands distributeurs proposent leur propre gamme de produits, les quantit\u00e9s de marchandises \u00e0 fabriquer sont tellement faibles que l&#8217;on ne peut pas arriver au m\u00eame prix en Suisse que sur les march\u00e9s allemand, fran\u00e7ais ou italien, o\u00f9 les chiffres de vente ne sont absolument pas comparables. C&#8217;est pourquoi il devrait \u00e9galement \u00eatre possible de se lancer dans des coop\u00e9rations d&#8217;achat internationales pour des articles de marque: la LCart soul\u00e8ve en tous cas la question.&#13;<\/p>\n<h3>Les effets constat\u00e9s de la nouvelle loi sur les cartels<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLes entretiens ont montr\u00e9 que l&#8217;on doute que le renforcement du droit de la concurrence puisse ramener le prix des articles de marque au niveau europ\u00e9en. Certes, selon l&#8217;art. 5, al. 4, LCart, il ne devrait plus y avoir d&#8217;exclusivit\u00e9 territoriale absolue, ce qui implique que le commerce en Suisse devrait pouvoir s&#8217;approvisionner aupr\u00e8s de la grande distribution \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger; reste \u00e0 savoir comment imposer une disposition suisse \u00e0 un producteur ou \u00e0 un commer\u00e7ant dans un pays tiers. De plus, cet article de la LCart pourrait \u00e9galement \u00eatre contourn\u00e9 dans les faits si les d\u00e9taillants sont oblig\u00e9s de passer des contrats directement avec le producteur. Celui-ci, pour continuer \u00e0 segmenter ses prix, pourrait continuer \u00e0 passer par l&#8217;ancien importateur exclusif en Suisse, mais en le consid\u00e9rant juridiquement comme un \u00abtransporteur\u00bb. C&#8217;est seulement quand le Tribunal f\u00e9d\u00e9ral se sera prononc\u00e9 que l&#8217;on saura si et dans quelles conditions de telles pratiques constituent une violation des dispositions de la LCart relatives \u00e0 \u00abl&#8217;exclusivit\u00e9 territoriale\u00bb.&#13;<\/p>\n<h2>L&#8217;influence du consommateur sur les prix<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe comportement du consommateur est un facteur qui, bien qu&#8217;on lui accorde peu d&#8217;attention dans le d\u00e9bat actuel, ne doit pas \u00eatre sous-estim\u00e9 lorsqu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;expliquer pourquoi les prix sont aussi \u00e9lev\u00e9s en Suisse. Plut\u00f4t que de rechercher le prix le plus avantageux, le consommateur helv\u00e9tique pr\u00e9f\u00e8re mettre l&#8217;accent sur le rapport qualit\u00e9-prix. Il attache une tr\u00e8s grande importance aux prestations, m\u00eame si celles-ci sont vraisemblablement sur\u00e9valu\u00e9es dans de nombreux cas par rapport aux co\u00fbts directs assum\u00e9s par le producteur. L&#8217;alimentation pour b\u00e9b\u00e9s en est un exemple: dans leur majorit\u00e9, les parents ach\u00e8tent les produits les plus chers, pensant ainsi offrir le meilleur \u00e0 leurs enfants. Les tentatives r\u00e9alis\u00e9es avec des marques \u00abmaison\u00bb ou des produits sans nom de marque ont \u00e9chou\u00e9 ou n&#8217;ont pas rencontr\u00e9 le succ\u00e8s escompt\u00e9. En France, par contre, certains aliments pour b\u00e9b\u00e9s sont propos\u00e9s en vrac, et les consommateurs les ach\u00e8tent.\u00a0Dans le m\u00eame ordre d&#8217;id\u00e9es, il ne faudrait pas oublier la tendance typiquement helv\u00e9tique \u00e0 acheter des produits ayant un caract\u00e8re \u00e9thique. C&#8217;est le cas par exemple de la ligne Heidi, propos\u00e9e par Migros, qui soutient les r\u00e9gions de montagne en Suisse. On a \u00e9voqu\u00e9 \u00e0 de nombreuses reprises l&#8217;importance du facteur \u00e9motionnel lors d&#8217;un achat. Des pochettes d&#8217;allumettes imprim\u00e9es avec des motifs suisses sont appr\u00e9ci\u00e9es des collectionneurs et pour leur aspect esth\u00e9tique, mais elles rench\u00e9rissent consid\u00e9rablement le prix du produit. \u00a0Les consommateurs appr\u00e9cient que l&#8217;atmosph\u00e8re du magasin soit agr\u00e9able. La vente au d\u00e9tail de fromage, de viande ou de poisson, pratique courante dans les grands centres Migros et Coop en zone urbaine, n&#8217;est propos\u00e9e dans le reste de l&#8217;Europe que dans certains magasins. La pertinence des comparaisons internationales en mati\u00e8re de prix peut aussi \u00eatre remise en question par le fait que la Suisse est le pays o\u00f9 l&#8217;on pratique le plus d&#8217;actions. Des annonces d\u00e9taill\u00e9es pr\u00e9sentent tous les mois, voire toutes les semaines, des produits \u00e0 prix brad\u00e9s &#8211; du style \u00ab2 pour 1\u00bb &#8211; et un grand nombre de consommateurs adaptent leur comportement d&#8217;achat en cons\u00e9quence. Ces actions n&#8217;ont pas grand-chose \u00e0 voir avec des liquidations de stocks. Elles r\u00e9sultent avant tout d&#8217;une strat\u00e9gie de prix \u00e0 deux niveaux: un prix \u00e9lev\u00e9 qui atteste de la qualit\u00e9 du produit et un prix bas pendant les actions, o\u00f9 l&#8217;on cherche surtout \u00e0 faire du chiffre.\u00a0Le besoin d&#8217;acheter des articles de marque est \u00e9galement tr\u00e8s r\u00e9pandu en Suisse. En ce qui concerne les sous-v\u00eatements, les clients continuent de pr\u00e9f\u00e9rer les marques suisses traditionnelles aux produits sans nom, bien qu&#8217;il n&#8217;y ait pratiquement plus de diff\u00e9rences de qualit\u00e9. En revanche, l&#8217;\u00e9cart de prix demeure. Selon les responsables des achats, le consommateur suisse r\u00e9clame un \u00e9quipement de base cher pour de nombreux produits (tracteurs, \u00e9lectronique de divertissement, ordinateurs, scooters). L\u00e0 encore, les comparaisons de prix ont donc leurs limites. Dans les pays voisins, les consommateurs sont de plus en plus sensibles au prix, privil\u00e9giant les produits meilleur march\u00e9 sans nom de marque. De toute \u00e9vidence, ces changements d&#8217;habitudes ne se sont pas encore produits en Suisse. Selon plusieurs personnes interrog\u00e9es, ce sont les ventes d&#8217;articles de marque qui p\u00e2tiront en premier de l&#8217;augmentation de la concurrence.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La concurrence s&#8217;est nettement intensifi\u00e9e sur le march\u00e9 suisse avec l&#8217;arriv\u00e9e de cha\u00eenes internationales de magasins. 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