{"id":155334,"date":"2006-05-01T12:00:00","date_gmt":"2006-05-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2006\/05\/borer-2\/"},"modified":"2023-08-24T01:23:04","modified_gmt":"2023-08-23T23:23:04","slug":"borer-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2006\/05\/borer-2\/","title":{"rendered":"Le principe de l&#8217;abus n&#8217;est pas un probl\u00e8me en mati\u00e8re de politique de la concurrence"},"content":{"rendered":"<p>Dans son chapitre sur la politique de la concurrence, l&#8217;OCDE adresse \u00e0 la Suisse onze recommandations. Au premier plan figure une analyse critique de la loi sur les cartels et des pratiques de la Commission de la concurrence (Comco) quant \u00e0 son application. L&#8217;analyse est suivie \u00e0 juste titre d&#8217;une remarque concernant le perfectionnisme de la r\u00e9glementation suisse, qui constitue en lui-m\u00eame une entrave \u00e0 la concurrence. En ce qui concerne le domaine central de la politique suisse de la concurrence, tel que le d\u00e9finit la loi sur les cartels, l&#8217;OCDE ne critique gu\u00e8re les dispositions mat\u00e9rielles existantes. Cela n&#8217;est pas surprenant, \u00e9tant donn\u00e9 la ressemblance du droit suisse avec le droit europ\u00e9en des cartels, qui sert de r\u00e9f\u00e9rence internationale. La critique se concentre sur l&#8217;aspect proc\u00e9dural et prouve par l\u00e0 que les m\u00e9rites du droit mat\u00e9riel n&#8217;apparaissent que si la qualit\u00e9 et l&#8217;efficacit\u00e9 des m\u00e9canismes proc\u00e9duraux lui embo\u00eetent le pas.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nSur le plan mat\u00e9riel, les experts de l&#8217;OCDE mettent en question le principe de l&#8217;abus, auxquel on reproche de ralentir la proc\u00e9dure d&#8217;enqu\u00eate. La qualit\u00e9 d&#8217;une politique de la concurrence ne repose, cependant, passur un choix entre abus et interdiction. Dansla r\u00e8gle fondamentale de la loi sur lescartels concernant l&#8217;\u00e9valuation des ententes, on ne trouve d&#8217;ailleurs pas trace de ceprincipe. Les ententes cartellaires qui \u00e9liminent la concurrence efficace ou celles qui ne peuvent \u00eatre justifi\u00e9es par des motifs d&#8217;efficacit\u00e9 \u00e9conomique sont illicites. La loi stipule une s\u00e9rie de cons\u00e9quences juridiques tout \u00e0 fait limpides qui ne seraient pas con\u00e7uesdiff\u00e9remment dans une l\u00e9gislation ax\u00e9e sur l&#8217;interdiction.\u00a0Le droit europ\u00e9en, utilis\u00e9 comme mod\u00e8le, interdit \u00e0 la base de restreindre la concurrence, mais il est aussit\u00f4t att\u00e9nu\u00e9 par les possibilit\u00e9s de d\u00e9rogation. Celles-ci existent de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, qu&#8217;il s&#8217;agisse de restrictions fonci\u00e8res ou \u00abmolles\u00bb (coop\u00e9ration). Contrairement au droit europ\u00e9en, les restrictions fonci\u00e8res sont soumises en Suisse au r\u00e9gime proc\u00e9dural particulier des pr\u00e9somptions. Ce r\u00e9gime exclut la possibilit\u00e9 d&#8217;invoquer comme justification l&#8217;efficacit\u00e9 \u00e9conomique, alors que celle-ci est un crit\u00e8re de d\u00e9rogation dans le droit cartellaire de l&#8217;UE. \u00c0 bien y regarder, le syst\u00e8me d&#8217;examen suisse permettrait de choisir une approche plus tranchante que le droit cartellaire europ\u00e9en.\u00a0La critique faite au droit suisse de la concurrence ne peut donc s&#8217;appliquer au principe de l&#8217;abus. Notre syst\u00e8me prouve au contraire qu&#8217;il est tout \u00e0 fait possible de formuler unr\u00e9gime l\u00e9gal strict sur la base d&#8217;un tel principe. Il faut, toutefois, se demander si la structure actuelle des autorit\u00e9s permet d&#8217;appliquer une politique de la concurrence efficace et durable.&#13;<\/p>\n<h2>Professionnaliser la commission<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nEn Suisse, l&#8217;autorit\u00e9 est partag\u00e9e entredeux instances\u00a0&#8211; commission\u00a0et secr\u00e9tariat &#8211; dont les attributions ne sont pas r\u00e9gl\u00e9esclairement dans la loi sur les cartels. Le secr\u00e9tariat doit soumettre des propositions \u00e0 une commission de quinze membres. Compos\u00e9e de repr\u00e9sentants des groupements d&#8217;int\u00e9r\u00eat et d&#8217;experts ind\u00e9pendants, celle-ci tranche ensuite dans des mati\u00e8res complexes et prononce des sanctions draconiennes. \u00a0Ces organismes n&#8217;ont pas suivi la professionnalisation du droit mat\u00e9riel. Or lesprobl\u00e8mes institutionnels ne sauraient \u00eatre r\u00e9solus en inversant simplement la charge de la preuve. Si l&#8217;\u00c9tat veut s&#8217;ing\u00e9rer dans lalibert\u00e9 de commerce dont il est le garant,c&#8217;est \u00e0 lui de fournir la preuve que sonintervention et les sanctions prononc\u00e9es sont justifi\u00e9es. \u00a0En formulant correctement les faitsdonnant lieu \u00e0 une pr\u00e9somption, il doit \u00eatre possible d&#8217;\u00e9liminer rapidement les restrictions les plus graves &#8211; et qui ne souffrent aucune contestation &#8211; \u00e0 la concurrence. L\u00e0 o\u00f9 les probl\u00e8mes sont complexes, il faut s&#8217;assurer qu&#8217;une autorit\u00e9 reconnue pour sa comp\u00e9tence et libre de toute attache \u00e9conomique prendra une d\u00e9cision r\u00e9pondant aux crit\u00e8res les plus s\u00e9v\u00e8res de l&#8217;\u00c9tat de droit. La meilleure mani\u00e8re d&#8217;y parvenir est de transmettre les enqu\u00eates men\u00e9es par un secr\u00e9tariat jouant le r\u00f4le de minist\u00e8re public \u00e0 un organe de type judiciaire, se consacrant professionnellement et durablement aux questions de concurrence, qui les traitera en proc\u00e9dure contradictoire. Ce syst\u00e8me permettrait de concr\u00e9tiser d&#8217;un coup plusieurs recommandations de l&#8217;OCDE.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans son chapitre sur la politique de la concurrence, l&#8217;OCDE adresse \u00e0 la Suisse onze recommandations. Au premier plan figure une analyse critique de la loi sur les cartels et des pratiques de la Commission de la concurrence (Comco) quant \u00e0 son application. 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