{"id":155409,"date":"2006-04-01T12:00:00","date_gmt":"2006-04-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2006\/04\/wolter-grob-2\/"},"modified":"2023-08-24T01:23:33","modified_gmt":"2023-08-23T23:23:33","slug":"wolter-grob-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2006\/04\/wolter-grob-2\/","title":{"rendered":"D\u00e9mographie et d\u00e9penses en faveur de l&#8217;\u00e9ducation"},"content":{"rendered":"<p>Comme la plupart des pays industrialis\u00e9s, la Suisse subit une profonde mutation d\u00e9mographique. Tandis que le nombre des jeunes diminue rapidement, celui des retrait\u00e9s s&#8217;accro\u00eet. En \u00e9conomie de la formation, cela se traduit par plusieurs questions comme: les d\u00e9penses en faveur de l&#8217;\u00e9ducation diminueront-elles en proportion des effectifs scolaires? Les d\u00e9cideurs politiques seront-ils dispos\u00e9s \u00e0 investir dans des d\u00e9penses d&#8217;\u00e9ducation dans une soci\u00e9t\u00e9 vieillissante? L&#8217;article suivant se concentre sur l&#8217;\u00e9cole obligatoire, car c&#8217;est \u00e0 ce niveau qu&#8217;il faut s&#8217;attendre \u00e0 la plus forte diminution d&#8217;\u00e9l\u00e8ves ces dix prochaines ann\u00e9es. On trouvera une description plus compl\u00e8te des m\u00e9thodes d&#8217;investigation, des donn\u00e9es et de la bibliographie dans Ueli Grob et Stefan C. Wolter, Demographic Chance and Public Education Spending &#8211; A Conflict between Young and Old?, CESifo Working Paper No. 1555, 2005; www.cesifo-group.de. <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/200604_16_Wolter-Grob_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"260\" \/>&#13;<\/p>\n<h2>Moins d&#8217;enfants, plus de personnes \u00e2g\u00e9es<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa mutation d\u00e9mographique se distingue avant tout par deux aspects. Premi\u00e8rement, alors que la population a plus que doubl\u00e9 entre 1900 et 2000, son taux de croissance s&#8217;est fortement ralenti ces derni\u00e8res ann\u00e9es, malgr\u00e9 une immigration ininterrompue. Pour les prochaines d\u00e9cennies, les d\u00e9mographes pr\u00e9disent d\u00e9sormais une diminution de la population r\u00e9sidente en Suisse. Deuxi\u00e8mement, la pyramide des \u00e2ges a perdu son socle \u00e0 cause de la baisse du taux de natalit\u00e9; autrement dit, le nombre de jeunes diminue plus rapidement que l&#8217;ensemble de la population r\u00e9sidente . Au sommet de la pyramide, en revanche, la population a cr\u00fb, en particulier gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;allongement constant de l&#8217;esp\u00e9rance de vie.\u00a0La diminution du nombre de jeunes affectera directement le syst\u00e8me scolaire. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne frappe d\u00e9j\u00e0 l&#8217;\u00e9cole obligatoire et la fonte des effectifs scolaires s&#8217;accentuera encore ces prochaines ann\u00e9es. Le prochain \u00e9chelon \u00e0 \u00eatre touch\u00e9 sera le niveau secondaire II, au-del\u00e0 de la scolarit\u00e9 obligatoire.\u00a0La baisse des effectifs ne peut \u00e9videmment pas \u00eatre compens\u00e9e dans le cas de l&#8217;\u00e9cole obligatoire. M\u00eame au niveau secondaire II, ce n&#8217;est quasiment pas possible, le taux de scolarisa-tion des cohortes actuelles d\u00e9passant les 90%. Par contre, comme en Suisse la proportion d&#8217;universitaires\u00a0est relativement faible par rapport \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, le niveau tertiaire rec\u00e8le un potentiel de d\u00e9veloppement qui pourrait compenser partiellement le nombre d\u00e9croissant de jeunes.&#13;<\/p>\n<h2>Comment le syst\u00e8me scolaire r\u00e9agit-il aux fluctuations des effectifs?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nPar le pass\u00e9, on a toujours pu observer que le syst\u00e8me scolaire r\u00e9agissait lentement aux fluctuations cycliques des effectifs. Un indicateur typique de ce comportement est par exemple la variation des effectifs dans les classes. Quand le nombre d&#8217;\u00e9l\u00e8ves oscillaient, les intrants existants (ici le corps enseignant) \u00e9taient d&#8217;abord maintenus autant que possible \u00e0 un niveau constant et l&#8217;adaptation s&#8217;effectuait en variant l&#8217;effectif des classes.\u00a0D&#8217;un point de vue \u00e9conomique, cette adaptation diff\u00e9r\u00e9e aux variations des effectifs scolaires est parfaitement rationnelle. Les principaux intrants, dans le domaine \u00e9ducatif &#8211; autrement dit les enseignants et les b\u00e2timents scolaires &#8211; n&#8217;auraient pu \u00eatre adapt\u00e9s aux fluctuations passag\u00e8res qu&#8217;\u00e0 des co\u00fbts exorbitants. Les immeubles con\u00e7us pour r\u00e9pondre aux besoins sp\u00e9cifiques des \u00e9coles ne peuvent pas \u00eatre \u00abd\u00e9sinvestis\u00bb ou ferm\u00e9s\/vendus du jour au lendemain. En ce qui concerne le corps enseignant, il s&#8217;agit d&#8217;une main-d&#8217;oeuvre form\u00e9e sp\u00e9cifiquement et longuement. Il en r\u00e9sulte qu&#8217;on ne peut r\u00e9pondre qu&#8217;\u00e0 moyen terme \u00e0 une hausse passag\u00e8re de la demande, soit en formant plus d&#8217;enseignants, soit en en d\u00e9bauchant sur le march\u00e9 de l&#8217;emploi. C&#8217;est pourquoi on ne r\u00e9agit pas \u00e0 un reflux des effectifs scolaires en licenciant \u00e0 tour de bras, puisque les enseignants cong\u00e9di\u00e9s ne pourraient pas \u00eatre recrut\u00e9s imm\u00e9diatement en cas de remont\u00e9e de la demande. Cette in\u00e9lasticit\u00e9 a donc un effet all\u00e9geant en cas de croissance des effectifs scolaires, mais si ceux-ci baissent de mani\u00e8re structurelle, les pouvoirs publics se privent d&#8217;un potentiel d&#8217;\u00e9conomies.\u00a0En plus de cela, il existe des preuves empiriques d&#8217;une tendance \u00e0 d\u00e9penser ailleurs dans le syst\u00e8me scolaire les ressources lib\u00e9r\u00e9es par un recul des effectifs. Il en r\u00e9sulte automatiquement une hausse des co\u00fbts \u00e9ducatifs totaux par \u00e9l\u00e8ve, ce qui favorise en g\u00e9n\u00e9ral plut\u00f4t l&#8217;inefficience. Que l&#8217;on songe au peu d&#8217;\u00e9tudes qui \u00e9tablissent une corr\u00e9lation positive entre les ressources attribu\u00e9es aux \u00e9coles et les prestations des \u00e9l\u00e8ves.&#13;<\/p>\n<h2>La lutte pour les fonds publics<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nComme l&#8217;instruction obligatoire en Suisse est presque enti\u00e8rement financ\u00e9e par les pouvoirs publics, ces d\u00e9penses sont soumises \u00e0 un processus de d\u00e9cision d\u00e9mocratique: il s&#8217;agit d&#8217;\u00e9tablir le montant dont disposera le secteur public et la fa\u00e7on dont il se r\u00e9partira entre les diff\u00e9rents objectifs d\u00e9finis. C&#8217;est ce processus de r\u00e9partition qui nous int\u00e9resse ici.\u00a0Il existe depuis plus d&#8217;une d\u00e9cennie des \u00e9tudes th\u00e9oriques et empiriques sur le conflit potentiel entre les jeunes et les personnes \u00e2g\u00e9es en mati\u00e8re de fonds publics. Si l&#8217;on postule que, dans le processus de d\u00e9cision d\u00e9mocratique, l&#8217;\u00e9lecteur cherchera toujours \u00e0 d\u00e9fendre ses propres int\u00e9r\u00eats, il est logique d&#8217;admettre que l&#8217;\u00e9lecteur m\u00e9dian devenant toujours plus \u00e2g\u00e9 aura un oeil plut\u00f4t critique envers les d\u00e9penses destin\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation. On postule \u00e9videmment ici que chaque g\u00e9n\u00e9ration se comporte de fa\u00e7on purement \u00e9go\u00efste et qu&#8217;elle affiche des pr\u00e9f\u00e9rences diff\u00e9rentes. Le nombre d&#8217;\u00e9lecteurs qui ne profitent pas directement (et imm\u00e9diatement) de l&#8217;\u00e9ducation de la jeune g\u00e9n\u00e9ration \u00e9tant plus \u00e9lev\u00e9, ceux-ci pr\u00e9f\u00e8reront affecter les fonds publics \u00e0 d&#8217;autres t\u00e2ches.\u00a0Le fait que l&#8217;\u00e9lecteur m\u00e9dian vieillisse et ait sans doute d&#8217;autres pr\u00e9f\u00e9rences que les jeunes parents, par exemple, ne signifie cependant pas forc\u00e9ment que les d\u00e9penses en faveur de l&#8217;\u00e9ducation en subiront le contrecoup (voir encadr\u00e9 1 Dans la litt\u00e9rature scientifique, on cite quatre arguments qui pourraient d\u00e9montrer que les citoyens \u00e2g\u00e9s sont pr\u00eats \u00e0 d\u00e9penser autant pour le syst\u00e8me scolaire que le reste de la population:- l&#8217;existence d&#8217;externalit\u00e9s interg\u00e9n\u00e9rationnelles positives pourrait inciter les personnes \u00e2g\u00e9es \u00e0 s&#8217;int\u00e9resser \u00e0 l&#8217;instruction de la population. En effet, une bonne formation entra\u00eene une augmentation de la productivit\u00e9, une condition indispensable pour que les prestations dites de transfert (pr\u00e9voyance-vieillesse, syst\u00e8me de la sant\u00e9, etc.) soient couvertes. Or, ces prestations profitent essentiellement aux personnes \u00e2g\u00e9es. Cet argument exige que l&#8217;\u00e9lecteur m\u00e9dian reconnaisse d&#8217;abord cette interd\u00e9pendance et ensuite que sa d\u00e9cision ne soit pas bas\u00e9e sur son avantage imm\u00e9diat;- un altruisme interg\u00e9n\u00e9rationnel pourrait amener les personnes \u00e2g\u00e9es \u00e0 se sentir li\u00e9es par contrat aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations. Dans ce cas, elles leur accorderaient les moyens qu&#8217;elles auraient elles-m\u00eames revendiqu\u00e9s dans leur jeunesse. Il faut seulement se demander \u00e0 quel param\u00e8tre se r\u00e9f\u00e9rerait cette solidarit\u00e9: les d\u00e9penses par habitant en faveur de l&#8217;\u00e9ducation ou les co\u00fbts de l&#8217;instruction par \u00e9l\u00e8ve?- des \u00e9tudes\u00a0&#8211; surtout \u00e9tasuniennes\u00a0&#8211; montrent une corr\u00e9lation positive entre qualit\u00e9 de l&#8217;\u00e9cole locale et prix de l&#8217;immobilier. \u00c0 partir de cette corr\u00e9lation, observ\u00e9e r\u00e9guli\u00e8rement, on pourrait supposer que les citoyens \u00e2g\u00e9s (qui sont souvent propri\u00e9taires immobiliers) cherchent \u00e0 conserver la valeur de leurs immeubles en assumant leur part de d\u00e9penses en faveur de l&#8217;\u00e9ducation. Il est douteux que cet argument ait encore beaucoup de poids \u00e0 l&#8217;avenir, \u00e9tant donn\u00e9 qu&#8217;en raison du vieillissement d\u00e9mographique, de moins en moins d&#8217;acheteurs potentiels de maisons auront des enfants en \u00e2ge scolaire. Ils ne jugeront donc plus la valeur d&#8217;une maison en fonction de la qualit\u00e9 des \u00e9coles locales;- on avance enfin que la population \u00e2g\u00e9e ne tient pas particuli\u00e8rement \u00e0 savoir com-bien on d\u00e9pense par \u00e9l\u00e8ve, mais combien co\u00fbte le syst\u00e8me scolaire. Il serait alors concevable que la baisse des d\u00e9penses en faveur de l&#8217;\u00e9ducation, en raison de la fonte des effectifs, laisse suffisamment de place aux besoins de la population \u00e2g\u00e9e pour que celle-ci accepte d&#8217;augmenter les d\u00e9penses par \u00e9l\u00e8ve. L&#8217;objection \u00e0 cet argument est l&#8217;int\u00e9r\u00eat que la population porte de plus en plus, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, au rendement \u00e9conomique de l&#8217;instruction et la critique toujours plus acerbe des milieux politiques vis-\u00e0-vis de l&#8217;importance des d\u00e9penses consenties par \u00e9l\u00e8ve. ). La question de savoir si la croissance de la population \u00e2g\u00e9e a une influence n\u00e9gative\u00a0&#8211; voire quelconque\u00a0&#8211; sur les d\u00e9penses publiques en faveur de l&#8217;\u00e9ducation ne peut donc \u00eatre \u00e9lucid\u00e9e qu&#8217;empiriquement, et non th\u00e9oriquement.&#13;<\/p>\n<h2>R\u00e9sultats empiriques<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nSi l&#8217;on analyse les d\u00e9penses des cantons par \u00e9l\u00e8ve de 1990 \u00e0 2002 Les donn\u00e9es concernant les d\u00e9penses en faveur de l&#8217;instruction proviennent de l&#8217;Administration f\u00e9d\u00e9rale des finances. Apr\u00e8s un contr\u00f4le des aberrations, certaines valeurs ont \u00e9t\u00e9 corrig\u00e9es d&#8217;entente avec les cantons respectifs. En raison du grand nombre de cantons, le panel a pu profiter de multiples observations (N = 338) sur une p\u00e9riode relativement courte. , on d\u00e9couvre que le taux de retrait\u00e9s a une influence n\u00e9gative sur le niveau des d\u00e9penses. \u00c0 l&#8217;inverse le taux d&#8217;\u00e9trangers dans la population r\u00e9sidente, le revenu cantonal et le degr\u00e9 d&#8217;urbanisation influencent positivement les d\u00e9penses par \u00e9l\u00e8ve. En d&#8217;autres termes, on constate qu&#8217;un taux \u00e9lev\u00e9 d&#8217;\u00e9l\u00e8ves \u00e9trangers fait monter les d\u00e9penses en faveur de l&#8217;\u00e9ducation, contrairement aux r\u00e9sultats de certaines \u00e9tudes \u00e9tasuniennes. La hausse des co\u00fbts d&#8217;int\u00e9gration pourrait expliquer ce r\u00e9sultat. Le degr\u00e9 d&#8217;urbanisation peut exprimer diff\u00e9rents effets. \u00c9tant donn\u00e9 que le niveau d&#8217;instruction de la population est en g\u00e9n\u00e9ral plus \u00e9lev\u00e9 dans les centres urbains, il se peut que la disposition \u00e0 d\u00e9penser davantage en faveur de l&#8217;\u00e9ducation y soit plus marqu\u00e9e. On peut aussi constater que les cantons riches d\u00e9pensent plus pour l&#8217;instruction. Ce r\u00e9sultat ne doit, cependant, pas \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une \u00e9lasticit\u00e9 positive des d\u00e9penses en faveur de l&#8217;\u00e9ducation par rapport au revenu, mais plut\u00f4t comme la cons\u00e9quence du prix plus \u00e9lev\u00e9 des intrants (salaires des enseignants) dans ces cantons.\u00a0L&#8217;augmentation du nombre de retrait\u00e9s a \u00e9galement exerc\u00e9 une influence fortement n\u00e9gative sur les d\u00e9penses en faveur de l&#8217;\u00e9ducation, tandis que celle du nombre d&#8217;\u00e9l\u00e8ves \u00e9trangers les affectaient positivement. Comme il fallait s&#8217;y attendre, on constate de surcro\u00eet que l&#8217;augmentation\/diminution des effectifs scolaires est corr\u00e9l\u00e9e avec la hausse\/baisse des d\u00e9penses en faveur de l&#8217;\u00e9ducation, mais de fa\u00e7on non proportionnelle: sur une p\u00e9riode de trois ans, le coefficient de variation n&#8217;est que de 0,65; autrement dit pour une baisse des effectifs scolaires de 10%, les d\u00e9penses ne diminuent que de 6,5%.&#13;<\/p>\n<h2>Que va-t-il se passer ces dix prochaines ann\u00e9es?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes trois facteurs qui d\u00e9cideront des d\u00e9penses en faveur de l&#8217;\u00e9ducation, \u00e0 savoir les effectifs scolaires, le taux d&#8217;\u00e9trangers dans la population r\u00e9sidente et le taux de retrait\u00e9s, ont tous l&#8217;avantage de faire l&#8217;objet de pr\u00e9visions dans les sc\u00e9narios d\u00e9mographiques r\u00e9guli\u00e8rement fournis par l&#8217;Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique (OFS). Sur cette base et en int\u00e9grant les coefficients calcul\u00e9s, nous pouvons extrapoler les d\u00e9penses en faveur de l&#8217;\u00e9ducation jusqu&#8217;en 2014, ce qui d\u00e9bouche sur plusieurs constats. Si l&#8217;on fait une estimation globale (voir graphique 1 ), on remarque tout d&#8217;abord qu&#8217;apr\u00e8s un pic en 2004, les d\u00e9penses en faveur de la scolarit\u00e9 obligatoire diminueront en valeur r\u00e9elle de plus de 14% d&#8217;ici 2014. Pour la m\u00eame p\u00e9riode, les effectifs scolaires en feront pratiquement autant, ce qui revient \u00e0 dire que le meilleur pronostic pour les dix prochaines ann\u00e9es est un recul proportionnel des d\u00e9penses en faveur de l&#8217;\u00e9ducation, ce qui signifierait donc que les d\u00e9penses par \u00e9l\u00e8ve resteraient identiques en valeur r\u00e9elle.\u00a0Jusque-l\u00e0, rien de spectaculaire! Mais il faut songer que ce recul pr\u00e9vu n&#8217;est d\u00fb que partiellement aux r\u00e9actions du syst\u00e8me scolaire lui-m\u00eame; il r\u00e9sulte beaucoup plus de la pression de la population vieillissante sur les budgets de l&#8217;\u00e9ducation. Si l&#8217;on faisait une \u00e9valuation \u00e0 taux constant de retrait\u00e9s (voir graphique 2 ), on verrait que la r\u00e9duction des d\u00e9penses du fait de la baisse des effectifs scolaires (att\u00e9nu\u00e9e par le taux croissant de la population \u00e9trang\u00e8re) serait bien inf\u00e9rieure \u00e0 une r\u00e9duction proportionnelle. Inversement, si l&#8217;on basait les pr\u00e9visions sur un taux constant d&#8217;\u00e9l\u00e8ves, la seule influence de la population \u00e2g\u00e9e comprimerait les d\u00e9penses en faveur de l&#8217;\u00e9ducation avec la m\u00eame force que si celles-ci reculaient proportionnellement au nombre d&#8217;\u00e9l\u00e8ves. En d&#8217;autres termes, le syst\u00e8me scolaire doit \u00e9conomiser beaucoup plus \u00e0 cause de la pression exog\u00e8ne sur les budgets qu&#8217;il ne le ferait si l&#8217;on s&#8217;adaptait au changement d&#8217;effectifs avec la m\u00eame (in)\u00e9lasticit\u00e9 que jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent.\u00a0Les simulations dans lesquelles on compare les pr\u00e9visions cantonales du nombre des \u00e9coliers, \u00e9trangers et retrait\u00e9s avec les coefficients moyens pour la Suisse, sont \u00e9galement instructives (voir tableau 1). Selon les cantons, les processus d&#8217;adaptation peuvent \u00eatre tr\u00e8s diff\u00e9rents, car les variations des nombres d&#8217;\u00e9l\u00e8ves et de retrait\u00e9s n&#8217;y ont pas partout la m\u00eame ampleur. Ainsi, des cantons dont les effectifs scolaires fondent parviennent \u00e0 amortir la pression exerc\u00e9e sur les finances de l&#8217;instruction par un taux croissant de retrait\u00e9s et doivent tout au plus r\u00e9duire leurs d\u00e9penses de mani\u00e8re proportionnelle. Si en revanche le taux de retrait\u00e9s cro\u00eet sans que l&#8217;effectif des \u00e9coliers ne diminue, ou tr\u00e8s peu (comme au Tessin), l&#8217;incitation au changement est beaucoup plus forte et les d\u00e9penses moyennes par \u00e9l\u00e8ve doivent \u00eatre nettement r\u00e9duites pour amortir la pression. Seul un petit nombre de cantons sera probablement dans la situation confortable o\u00f9, gr\u00e2ce \u00e0 un taux de retrait\u00e9s stable et \u00e0 une faible croissance du taux d&#8217;\u00e9coliers \u00e9trangers, la r\u00e9duction des effectifs procurera au syst\u00e8me scolaire un ballon d&#8217;oxyg\u00e8ne suppl\u00e9mentaire, dit \u00abrente d\u00e9mographique\u00bb.&#13;<\/p>\n<h2>Une proph\u00e9tie auto-r\u00e9alisatrice?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nEn Suisse aussi, les d\u00e9penses en faveur de l&#8217;\u00e9ducation se comportent conform\u00e9ment aux constats faits partout dans le monde et r\u00e9agissent de mani\u00e8re nettement in\u00e9lastique aux variations des effectifs scolaires. Si ce comportement a des effets positifs quand les effectifs scolaires augmentent, il est probl\u00e9matique quand ceux-ci diminuent pour des raisons structurelles. Il est, cependant, peu probable que les d\u00e9penses en faveur de l&#8217;\u00e9ducation ne diminuent que tr\u00e8s lentement \u00e0 l&#8217;avenir, parce que l&#8217;on constate une influence significative et fortement n\u00e9gative de la population \u00e2g\u00e9e sur les budgets de l&#8217;instruction. Si les r\u00e9sultats des recherches pr\u00e9sent\u00e9es ici sont valables pour l&#8217;avenir, le syst\u00e8me scolaire se verra contraint \u00e0 des \u00e9conomies beaucoup plus fortes que celles qu&#8217;il aurait effectu\u00e9es en se basant sur l&#8217;exp\u00e9rience.\u00a0Afin que ces pr\u00e9vision ne deviennent pas une proph\u00e9tie auto-r\u00e9alisatrice, les syst\u00e8mes scolaires cantonaux devront surmonter deux d\u00e9fis. Premi\u00e8rement, on ne connaissait en g\u00e9n\u00e9ral qu&#8217;un seul probl\u00e8me jusqu&#8217;ici, \u00e0 savoir que l&#8217;augmentation des d\u00e9penses moyennes par \u00e9l\u00e8ve n&#8217;am\u00e9liore pas toujours le rendement du syst\u00e8me. Cette absence de corr\u00e9lation positive entre ressources et production provoquait des probl\u00e8mes structurels d&#8217;efficacit\u00e9 du syst\u00e8me scolaire, comme dans la plupart des pays fortement d\u00e9velopp\u00e9s. D\u00e9sormais, le syst\u00e8me scolaire devra prouver qu&#8217;il est capable de ma\u00eetriser le d\u00e9mant\u00e8lement des ressources sans perdre de son efficacit\u00e9. Ce ne sera pas simple, car de m\u00eame que l&#8217;augmentation des intrants ne conduit pas automatiquement \u00e0 celle des ressources, il n&#8217;est pas s\u00fbr non plus qu&#8217;une r\u00e9duction des premiers reste toujours sans cons\u00e9quence n\u00e9gative sur les seconds. Deuxi\u00e8mement, on peut se demander si l&#8217;influence fortement n\u00e9gative du nombre croissant de retrait\u00e9s sur les d\u00e9penses en faveur de l&#8217;\u00e9ducation, telle qu&#8217;elle a \u00e9t\u00e9 mesur\u00e9e dans les ann\u00e9es nonante, se poursuivra effectivement \u00e0 l&#8217;avenir. Pour qu&#8217;il n&#8217;en soit pas ainsi, les \u00e9lecteurs \u00e2g\u00e9s, qui sont justement ceux qui font usage de leur droit de vote, doivent \u00eatre plus fermement convaincus que l&#8217;argent investi dans le syst\u00e8me scolaire est utilis\u00e9 \u00e0 bon escient et qu&#8217;en fin de compte, les b\u00e9n\u00e9fices de l&#8217;instruction profitent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re, donc aussi \u00e0 ceux qui n&#8217;ont plus d&#8217;enfants en \u00e2ge scolaire!&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1 \u00abPr\u00e9visions de d\u00e9penses pour la scolarit\u00e9 obligatoire en cas o\u00f9 le nombre de retrait\u00e9s augmenterait et celui des \u00e9l\u00e8ves baisserait, 2002-2014\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2 \u00abPr\u00e9visions de d\u00e9penses pour la scolarit\u00e9 obligatoire au cas o\u00f9 le nombre de retrait\u00e9s ou d&#8217;\u00e9coliers demeurerait stable, 2002-2014\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Les citoyens \u00e2g\u00e9s d\u00e9pensent-ils moins volontiers pour l&#8217;\u00e9ducation? Dans la litt\u00e9rature scientifique, on cite quatre arguments qui pourraient d\u00e9montrer que les citoyens \u00e2g\u00e9s sont pr\u00eats \u00e0 d\u00e9penser autant pour le syst\u00e8me scolaire que le reste de la population:- l&#8217;existence d&#8217;externalit\u00e9s interg\u00e9n\u00e9rationnelles positives pourrait inciter les personnes \u00e2g\u00e9es \u00e0 s&#8217;int\u00e9resser \u00e0 l&#8217;instruction de la population. En effet, une bonne formation entra\u00eene une augmentation de la productivit\u00e9, une condition indispensable pour que les prestations dites de transfert (pr\u00e9voyance-vieillesse, syst\u00e8me de la sant\u00e9, etc.) soient couvertes. Or, ces prestations profitent essentiellement aux personnes \u00e2g\u00e9es. Cet argument exige que l&#8217;\u00e9lecteur m\u00e9dian reconnaisse d&#8217;abord cette interd\u00e9pendance et ensuite que sa d\u00e9cision ne soit pas bas\u00e9e sur son avantage imm\u00e9diat;- un altruisme interg\u00e9n\u00e9rationnel pourrait amener les personnes \u00e2g\u00e9es \u00e0 se sentir li\u00e9es par contrat aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations. Dans ce cas, elles leur accorderaient les moyens qu&#8217;elles auraient elles-m\u00eames revendiqu\u00e9s dans leur jeunesse. Il faut seulement se demander \u00e0 quel param\u00e8tre se r\u00e9f\u00e9rerait cette solidarit\u00e9: les d\u00e9penses par habitant en faveur de l&#8217;\u00e9ducation ou les co\u00fbts de l&#8217;instruction par \u00e9l\u00e8ve?- des \u00e9tudes\u00a0&#8211; surtout \u00e9tasuniennes\u00a0&#8211; montrent une corr\u00e9lation positive entre qualit\u00e9 de l&#8217;\u00e9cole locale et prix de l&#8217;immobilier. \u00c0 partir de cette corr\u00e9lation, observ\u00e9e r\u00e9guli\u00e8rement, on pourrait supposer que les citoyens \u00e2g\u00e9s (qui sont souvent propri\u00e9taires immobiliers) cherchent \u00e0 conserver la valeur de leurs immeubles en assumant leur part de d\u00e9penses en faveur de l&#8217;\u00e9ducation. Il est douteux que cet argument ait encore beaucoup de poids \u00e0 l&#8217;avenir, \u00e9tant donn\u00e9 qu&#8217;en raison du vieillissement d\u00e9mographique, de moins en moins d&#8217;acheteurs potentiels de maisons auront des enfants en \u00e2ge scolaire. Ils ne jugeront donc plus la valeur d&#8217;une maison en fonction de la qualit\u00e9 des \u00e9coles locales;- on avance enfin que la population \u00e2g\u00e9e ne tient pas particuli\u00e8rement \u00e0 savoir com-bien on d\u00e9pense par \u00e9l\u00e8ve, mais combien co\u00fbte le syst\u00e8me scolaire. Il serait alors concevable que la baisse des d\u00e9penses en faveur de l&#8217;\u00e9ducation, en raison de la fonte des effectifs, laisse suffisamment de place aux besoins de la population \u00e2g\u00e9e pour que celle-ci accepte d&#8217;augmenter les d\u00e9penses par \u00e9l\u00e8ve. L&#8217;objection \u00e0 cet argument est l&#8217;int\u00e9r\u00eat que la population porte de plus en plus, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, au rendement \u00e9conomique de l&#8217;instruction et la critique toujours plus acerbe des milieux politiques vis-\u00e0-vis de l&#8217;importance des d\u00e9penses consenties par \u00e9l\u00e8ve.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme la plupart des pays industrialis\u00e9s, la Suisse subit une profonde mutation d\u00e9mographique. Tandis que le nombre des jeunes diminue rapidement, celui des retrait\u00e9s s&#8217;accro\u00eet. En \u00e9conomie de la formation, cela se traduit par plusieurs questions comme: les d\u00e9penses en faveur de l&#8217;\u00e9ducation diminueront-elles en proportion des effectifs scolaires? Les d\u00e9cideurs politiques seront-ils dispos\u00e9s \u00e0 [&hellip;]<\/p>","protected":false},"author":2795,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"ep_exclude_from_search":false,"footnotes":""},"post__type":[83],"post_opinion":[],"post_serie":[],"post_content_category":[105],"post_content_subject":[],"acf":{"seco_author":2795,"seco_co_author":[3061,0],"author_override":"","seco_author_post_ocupation_year":"","seco_author_post_occupation_de":"Stv. Leiter Tourismuspolitik, Staatssekretariat f\u00fcr Wirtschaft (Seco), Bern","seco_author_post_occupation_fr":"Chef suppl\u00e9ant du secteur Politique du tourisme, Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019\u00e9conomie (Seco), Berne","seco_co_authors_post_ocupation":[{"seco_co_author":3061,"seco_co_author_post_occupation_year":"","seco_co_author_post_occupation_de":"","seco_co_author_post_occupation_fr":"Professeur en \u00e9conomie de l\u2019\u00e9ducation, Universit\u00e9 de Berne"}],"short_title":"","post_lead":"","post_hero_image_description":"","post_hero_image_description_copyright_de":"","post_hero_image_description_copyright_fr":"","post_references_literature":"","post_kasten":null,"post_notes_for_print":"","first_teaser_header_de":"","first_teaser_header_fr":"","first_teaser_text_de":"","first_teaser_text_fr":"","second_teaser_header_de":"","second_teaser_header_fr":"","second_teaser_text_de":"","second_teaser_text_fr":"","kseason_de":"","kseason_fr":"","post_in_pdf":155412,"main_focus":null,"serie_email":null,"frontpage_slider_bild":"","artikel_bild-slider":null,"legacy_id":"9208","post_abstract":"","magazine_issue":null,"seco_author_reccomended_post":null,"redaktoren":null,"korrektor":null,"planned_publication_date":null,"original_files":null,"external_release_for_author":"19700101","external_release_for_author_time":"00:00:00","link_for_external_authors":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/exedit\/55daeb822bd98"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/155409"}],"collection":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2795"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=155409"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/155409\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":190234,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/155409\/revisions\/190234"}],"acf:user":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/0"},{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3061"},{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2795"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=155409"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post__type","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post__type?post=155409"},{"taxonomy":"post_opinion","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_opinion?post=155409"},{"taxonomy":"post_serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_serie?post=155409"},{"taxonomy":"post_content_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_category?post=155409"},{"taxonomy":"post_content_subject","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_subject?post=155409"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}