{"id":155419,"date":"2006-03-01T12:00:00","date_gmt":"2006-03-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2006\/03\/defilla-6\/"},"modified":"2023-08-24T01:24:27","modified_gmt":"2023-08-23T23:24:27","slug":"defilla-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2006\/03\/defilla-6\/","title":{"rendered":"La d\u00e9faillance du march\u00e9 et de l&#8217;investissement, une menace pour la s\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;approvisionnement en p\u00e9trole"},"content":{"rendered":"<p>Toute flamb\u00e9e des prix du p\u00e9trole fait na\u00eetre la crainte de voir cette ressource indispensable se rar\u00e9fier, voire s&#8217;\u00e9puiser. La hausse des prix sur le march\u00e9 est le reflet d&#8217;insuffisances. On observe, cependant, que les ressources p\u00e9troli\u00e8res n&#8217;en ont encore jamais souffert. L&#8217;analyse historique de leur exploitation d\u00e9montre que les difficult\u00e9s actuelles r\u00e9sident plut\u00f4t dans une d\u00e9faillance du march\u00e9 ou des investissements, laquelle peut \u00eatre combattue par l&#8217;action politique. Celle-ci doit, toutefois, s&#8217;ins\u00e9rer dans un cadre international, de pr\u00e9f\u00e9rence celui de l&#8217;OMC.<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/200603_05_Defilla_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"221\" \/>&#13;<\/p>\n<h2>Les d\u00e9buts du p\u00e9trole<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes forages p\u00e9troliers ont commenc\u00e9 dans les ann\u00e9es 1850, \u00e0 l&#8217;est des \u00c9tats-Unis. Le p\u00e9trole \u00e9tait alors utilis\u00e9 pour s&#8217;\u00e9clairer, sous forme de k\u00e9ros\u00e8ne ou p\u00e9trole lampant. Les moteurs propuls\u00e9s aux d\u00e9riv\u00e9s du p\u00e9trole n&#8217;existaient pas encore, pas plus que les chauffages au mazout. Pour se maintenir, une entreprise p\u00e9troli\u00e8re devait contr\u00f4ler aussi bien le transport que la distribution. Tout d\u00e9s\u00e9quilibre entre ces deux \u00e9l\u00e9ments faisait fluctuer les prix. Parfois, la demande des consommateurs finaux \u00e9tait forte, mais les moyens de transport insuffisants pour acheminer le p\u00e9trole jusqu&#8217;\u00e0 eux. Les prix s&#8217;envolaient et le petit commerce prosp\u00e9rait. Quelques ann\u00e9es plus tard, la capacit\u00e9 de transport \u00e9tait suffisante, mais le march\u00e9 de la consommation satur\u00e9; les prix s&#8217;effondraient alors en entra\u00eenant la disparition des petites entreprises p\u00e9troli\u00e8res.\u00a0Une entreprise a, cependant, toujours su garder sa position sur le march\u00e9: la soci\u00e9t\u00e9 de John D. Rockefeller, connue sous le nom de Standard Oil, et dont les pratiques anti-concurrentielles ont amen\u00e9 l&#8217;\u00c9tat \u00e0 se doter d&#8217;une politique en la mati\u00e8re. La Standard Oil a surv\u00e9cu parce qu&#8217;elle a su \u00e9liminer ses concurrents du march\u00e9 en sous-ench\u00e9rissant syst\u00e9matiquement au niveau des prix, ce qui lui permettait ensuite d&#8217;acheter les entreprises en faillite ou, du moins, de reprendre leurs dirigeants dans son comit\u00e9 de direction. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1890, elle dominait une grande partie du march\u00e9 p\u00e9trolier am\u00e9ricain. Il est \u00e0 noter que la Standard Oil n&#8217;\u00e9tait pas une soci\u00e9t\u00e9 au sens habituel, mais un \u00abtrust\u00bb, un conglom\u00e9rat h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de firmes de formes juridiques parfois diverses, unies seulement par la qualit\u00e9 de leur produit, d&#8217;o\u00f9 son nom. Il a fallu pr\u00e8s de vingt ans aux autorit\u00e9s judiciaires am\u00e9ricaines pour \u00e9lucider les imbrications et les pratiques de la soci\u00e9t\u00e9, pour les qualifier de nuisibles au commerce et la scinder en plusieurs soci\u00e9t\u00e9s par un arr\u00eat de la Cour supr\u00eame de 1911. Depuis lors, nul ne conteste \u00e0 l&#8217;\u00c9tat le droit d&#8217;intervenir sur le march\u00e9 du p\u00e9trole pour pr\u00e9server une concurrence loyale face aux entreprises dominant le march\u00e9.&#13;<\/p>\n<h2>L&#8217;\u00e9chec de la politique de concurrence face au commerce d&#8217;\u00c9tat<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nC&#8217;est lors de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, avec le r\u00f4le strat\u00e9gique de plus en plus important du moteur \u00e0 combustion, que nombre d&#8217;\u00c9tats bellig\u00e9rants ont commenc\u00e9 \u00e0 prendre le contr\u00f4le du secteur p\u00e9trolier. \u00c0 l&#8217;exception du Mexique (1938), la nationalisation de l&#8217;industrie p\u00e9troli\u00e8re ne s&#8217;est, cependant, produite qu&#8217;apr\u00e8s la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, sous l&#8217;influence de l&#8217;\u00e9conomie planifi\u00e9e. Elle s&#8217;est accompagn\u00e9e de violences, en particulier en Iran (1951), en Irak (1967) et en Libye (1969). Les ann\u00e9es soixante ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par l&#8217;essor international de la demande de p\u00e9trole, la chute des prix et l&#8217;insuffisance des investissements. Vers la fin de cette p\u00e9riode, il n&#8217;y avait pratiquement plus de r\u00e9serves de capacit\u00e9 de production disponibles dans le monde. Les membres de l&#8217;Opep1 &#8211; organisation fond\u00e9e en 1960 &#8211; ont demand\u00e9 \u00e0 percevoir des recettes plus \u00e9lev\u00e9es sur les concessions accord\u00e9es. La Libye a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re \u00e0 voir aboutir ses revendications avec une petite soci\u00e9t\u00e9 p\u00e9troli\u00e8re occidentale. Peu apr\u00e8s, la plupart des pays de l&#8217;Opep ont formul\u00e9 des exigences similaires envers l&#8217;ensemble des soci\u00e9t\u00e9s p\u00e9troli\u00e8res. L&#8217;action quasi-cartellaire de cette organisation a rendu possible l&#8217;embargo de 1973 contre les \u00c9tats occidentaux. En 1982, le prix du p\u00e9trole \u00e9tait pratiquement multipli\u00e9 par vingt. Les pays producteurs ont ressenti cet \u00e9v\u00e9nement comme le triomphe du commerce d&#8217;\u00c9tat face au march\u00e9 libre. Par la suite, le Venezuela (1974), le Kowe\u00eft (1975) et l&#8217;Arabie saoudite (1973-80) ont eux aussi nationalis\u00e9 leurs soci\u00e9t\u00e9s p\u00e9troli\u00e8res.\u00a0Ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, deux plaintes contre l&#8217;Opep relevant du droit des cartels ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9es aux \u00c9tats-Unis, ainsi qu&#8217;une motion politique interne visant \u00e0 qualifier cette organisation de trust et \u00e0 geler ses avoirs aux \u00c9tats-Unis. Ces initiatives ont \u00e9chou\u00e9 en raison des probl\u00e8mes internationaux qu&#8217;elles auraient suscit\u00e9s.&#13;<\/p>\n<h2>Une action collective des \u00c9tats pour assurer l&#8217;approvisionnement p\u00e9trolier<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nEn r\u00e9action \u00e0 l&#8217;embargo de l&#8217;Opep, les pays consommateurs de p\u00e9trole de l&#8217;OCDE ont d\u00e9cid\u00e9 en 1974 de fonder l&#8217;Agence Internationale de l&#8217;\u00c9nergie (AIE). Ses membres sont tenus de constituer des stocks de p\u00e9trole pour au moins 90 jours et de faire preuve de solidarit\u00e9 au cas o\u00f9 l&#8217;un d&#8217;entre eux aurait des probl\u00e8mes d&#8217;approvisionnement. Ils se donnent \u00e9galement pour but d&#8217;augmenter l&#8217;efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique sur leur territoire et de diversifier leurs sources d&#8217;\u00e9nergie. Il est admis depuis lors que la s\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;approvisionnement en p\u00e9trole ne peut \u00eatre garantie que par des mesures collectives. La lib\u00e9ration des r\u00e9serves de p\u00e9trole obligatoires a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en 1991, lors de la guerre du Golfe. L&#8217;action militaire du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;ONU a l\u00e9gitim\u00e9 cet \u00e9v\u00e9nement extraordinaire. Les r\u00e9serves ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9es une deuxi\u00e8me fois \u00e0 la suite de l&#8217;ouragan Katrina qui a frapp\u00e9 le sud des \u00c9tats-Unis en septembre 2005. Soulignons \u00e0 ce propos que c&#8217;\u00e9tait la premi\u00e8re fois qu&#8217;une telle d\u00e9cision \u00e9tait prise en raison d&#8217;un probl\u00e8me pr\u00e9visible de nature m\u00e9t\u00e9orologique.&#13;<\/p>\n<h2>Un revers pour l&#8217;Opep qui annonce la fin de l&#8217;\u00e9conomie planifi\u00e9e<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe maintien du cartel de l&#8217;Opep a surtout \u00e9t\u00e9 le fait de l&#8217;Arabie saoudite, qui y joue le r\u00f4le de producteur d&#8217;appoint (\u00abswing producer\u00bb). En d&#8217;autres termes, elle a artificiellement maintenu sa production \u00e0 un faible niveau pour soutenir les prix sur le march\u00e9 mondial. Sa part de march\u00e9 n&#8217;a donc cess\u00e9 de diminuer. En 1986, l&#8217;Arabie saoudite ayant refus\u00e9 de poursuivre cette politique, le prix du p\u00e9trole a chut\u00e9 \u00e0 un tiers de son niveau pr\u00e9c\u00e9dent en quelques mois. Ce fut pour l&#8217;Opep le plus dur revers de son histoire. Les analystes lib\u00e9raux virent dans l&#8217;effondrement de cette organisation une sorte de confirmation que les cartels d\u00e9clenchent des forces centrifuges qui entra\u00eenent \u00e0 plus ou moins long terme leur \u00e9clatement.\u00a0La vague de lib\u00e9ralisations qui, depuis les ann\u00e9es quatre-vingt, a provoqu\u00e9 de vastes r\u00e9formes dans les secteurs des \u00e9nergies de r\u00e9seau (\u00e9lectricit\u00e9, gaz) a g\u00e9n\u00e9ralement moins touch\u00e9 le secteur p\u00e9trolier. Seul le march\u00e9 multilat\u00e9ral \u00e0 court terme, par exemple au Nymex (Bourse des marchandises \u00e0 New York), a progress\u00e9 ces derni\u00e8res d\u00e9cennies face au march\u00e9 OTC (\u00abover the counter\u00bb) bilat\u00e9ral \u00e0 long terme. Dans de nombreux pays en d\u00e9veloppement ou en transition, l&#8217;\u00c9tat contr\u00f4le toujours l&#8217;exploitation en amont comme en aval. En Russie, la tendance \u00e0 reprendre le contr\u00f4le du secteur \u00e9nerg\u00e9tique est particuli\u00e8rement nette.&#13;<\/p>\n<h2>2005, une situation similaire \u00e0 celle des ann\u00e9es septante?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL&#8217;an dernier, la situation du march\u00e9 \u00e9tait similaire \u00e0 celle des ann\u00e9es septante: forte augmentation de la demande, investissements \u00e0 la tra\u00eene et r\u00e9serves de capacit\u00e9 insuffisantes dans le monde. Potentiellement, un groupe de producteurs pourrait &#8211; comme en 1973 &#8211; profiter de la situation pour former un cartel, freiner la production et pratiquer une politique de hausse des prix. Le fait que le \u00abboom\u00bb des prix est aujourd&#8217;hui fond\u00e9 sur la demande et non sur l&#8217;offre n&#8217;y change rien. Bien plus importante est la diversification g\u00e9ographique de la production p\u00e9troli\u00e8re qui s&#8217;est op\u00e9r\u00e9e depuis 1973. Un cartel ne pourrait plus se limiter aux pays de l&#8217;Opep. Il devrait inclure au moins la Russie, les \u00c9tats d&#8217;Asie centrale et peut-\u00eatre le Mexique et la Norv\u00e8ge. Le cas est tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui du gaz naturel en Europe, qui ne provient que de quatre grandes r\u00e9gions, la mer du Nord, la Russie, l&#8217;Alg\u00e9rie et la r\u00e9gion Moyen-Orient\/Asie centrale, et n&#8217;est donc pas encore assez diversifi\u00e9.\u00a0Il faut aussi noter que le nombre d&#8217;\u00e9v\u00e9nements susceptibles de perturber le march\u00e9 mondial du p\u00e9trole s&#8217;est multipli\u00e9. S&#8217;ils \u00e9taient, au d\u00e9part, uniquement politiques et militaires, l&#8217;ann\u00e9e 2005 a vu un cas de catastrophe naturelle s&#8217;y ajouter. \u00c0 l&#8217;avenir, le march\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle mondiale pourrait \u00eatre perturb\u00e9 par des conflits sociaux (gr\u00e8ves), des incidents techniques (accidents majeurs) et surtout des attentats terroristes.\u00a0La question de l&#8217;ad\u00e9quation des instruments actuels pour assurer la s\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;approvisionnement \u00e9nerg\u00e9tique se pose donc. L&#8217;analyse qui suit montre qu&#8217;il existe des potentiels d&#8217;am\u00e9lioration.&#13;<\/p>\n<h2>Les probl\u00e8mes d&#8217;approvisionnement dus \u00e0 une d\u00e9faillance du march\u00e9 \u00e0 court terme<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nJusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent, on a simplement att\u00e9nu\u00e9 les effets des d\u00e9faillances du march\u00e9 \u00e0 court terme qui se r\u00e9percutent sur l&#8217;approvisionnement. Les mesures d&#8217;urgence, comme la lib\u00e9ration des r\u00e9serves de l&#8217;AIE, se sont av\u00e9r\u00e9es ad\u00e9quates. Cet instrument se trouve, cependant, limit\u00e9 par le fait que l&#8217;AIE &#8211; une agence \u00e9manant de l&#8217;OCDE &#8211; ne repr\u00e9sente pas l&#8217;ensemble de la communaut\u00e9 internationale. L&#8217;AIE pr\u00f4ne, toutefois, la constitution de r\u00e9serves de p\u00e9trole dans les pays non membres afin de s\u00e9curiser l&#8217;approvisionnement. Il est en effet important que des pays tiers disposent de r\u00e9serves, les stocks de l&#8217;AIE n&#8217;\u00e9tant pas suffisants pour couvrir les besoins en cas de crise mondiale en ce domaine. Cette mesure est primordiale dans les grands \u00c9tats consommateurs tels que la Chine et l&#8217;Inde.&#13;<\/p>\n<h2>Du traitement des sympt\u00f4mes \u00e0 la lutte contre les causes<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLorsque la fourniture en p\u00e9trole est perturb\u00e9e en raison d&#8217;une d\u00e9faillance du march\u00e9, il serait possible d&#8217;en combattre les causes. S&#8217;il existe un forum capable de le faire \u00e0 une vaste \u00e9chelle \u00e0 l&#8217;avenir, c&#8217;est bien l&#8217;Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, plusieurs \u00c9tats p\u00e9troliers importants en sont devenus membres: l&#8217;Angola, le Qatar, les \u00c9mirats arabes unis (1996), Oman (2000), l&#8217;Arabie saoudite (2005). Toutefois, les plus grands producteurs &#8211; Alg\u00e9rie, Azerba\u00efdjan, Iran, Irak, Kazakhstan, Libye, Ouzb\u00e9kistan, Russie et Soudan &#8211; n\u00e9gocient encore leur adh\u00e9sion. Le Turkm\u00e9nistan n&#8217;a pas encore entam\u00e9 cette d\u00e9marche. L&#8217;Opep et l&#8217;OMC (ou son pr\u00e9d\u00e9cesseur, le Gatt) ont toujours poursuivi des objectifs diam\u00e9tralement oppos\u00e9s: l&#8217;OMC vise une r\u00e9gulation non discriminatoire des flux commerciaux tandis que l&#8217;Opep d\u00e9sire se tailler une position de force sur le march\u00e9. C&#8217;est la raison pour laquelle la demande de l&#8217;Opep d&#8217;un statut d&#8217;observateur aupr\u00e8s de l&#8217;OMC est pendante depuis des ann\u00e9es.\u00a0L&#8217;adh\u00e9sion des principaux pays producteurs de p\u00e9trole \u00e0 l&#8217;OMC aura une influence d\u00e9terminante sur la politique internationale en mati\u00e8re de p\u00e9trole. Par exemple, l&#8217;OMC interdirait de d\u00e9cr\u00e9ter un embargo envers certains \u00c9tats comme l&#8217;a fait l&#8217;Opep en 1973. Il est possible d&#8217;instaurer des restrictions sur les exportations dans le seul but de pr\u00e9server les ressources non renouvelables, mais sans discriminer des \u00c9tats particuliers. On verra, lors de l&#8217;adh\u00e9sion prochaine de la Russie, si le r\u00e9gime du double prix (\u00abdual pricing\u00bb) &#8211; une autre pratique restrictive de ce pays selon laquelle le prix int\u00e9rieur est artificiellement maintenu au-dessous du prix du march\u00e9 mondial par des taxes \u00e0 l&#8217;exportation &#8211; est compatible avec les r\u00e8gles de l&#8217;OMC. Ce syst\u00e8me permet de pr\u00e9lever une partie consid\u00e9rable de la rente p\u00e9troli\u00e8re \u00e0 la fronti\u00e8re, laquelle est ainsi uniquement acquitt\u00e9e par l&#8217;\u00e9tranger. La Russie assure ainsi un avantage strat\u00e9gique d\u00e9cisif \u00e0 ses industries fortes consommatrices d&#8217;\u00e9nergie.&#13;<\/p>\n<h2>Les probl\u00e8mes d&#8217;approvisionnement dus \u00e0 une d\u00e9faillance du march\u00e9 \u00e0 moyen terme<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nNous avons d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 que la p\u00e9nurie de r\u00e9serve de capacit\u00e9 a, par le pass\u00e9, caus\u00e9 deux hausses des prix du p\u00e9trole. Il serait faux de sous-estimer ce facteur dans notre analyse. La cause typique d&#8217;une p\u00e9nurie de r\u00e9serve de capacit\u00e9 est une d\u00e9faillance de l&#8217;investissement.\u00a0Divers obstacles peuvent entraver le bon fonctionnement du march\u00e9 de l&#8217;investissement. Les facteurs politiques sont les plus importants: ainsi, selon l&#8217;ampleur de la souverainet\u00e9 nationale exerc\u00e9e sur les ressources \u00e9nerg\u00e9tiques, les activit\u00e9s en amont sont plus ou moins accessibles aux investisseurs suivant les \u00c9tats. Il est int\u00e9ressant de comparer l&#8217;efficacit\u00e9 des quatre r\u00e9gimes possibles:\u00a0&#8211; monopole d&#8217;\u00c9tat total sur les ressources et l&#8217;industrie d&#8217;exploitation. Dans un secteur tr\u00e8s technicis\u00e9 comme celui du p\u00e9trole, on constate souvent un d\u00e9ficit technologique dans les pays appliquant ce r\u00e9gime. Les monopoles int\u00e9gr\u00e9s ne sont donc pas consid\u00e9r\u00e9s comme efficaces. M\u00eame les gros producteurs tels que la Russie ont besoin d&#8217;une participation \u00e9trang\u00e8re dans le secteur p\u00e9trolier;\u00a0&#8211; monopole sur les ressources et contrats d&#8217;exploitation. L&#8217;\u00c9tat a recours \u00e0 des entreprises de service pour certaines presta-tions, y compris la prospection et l&#8217;extraction. Celles-ci sont indemnis\u00e9es sur ces seules prestations. L&#8217;\u00c9tat demeure le seul vendeur du p\u00e9trole extrait. Les contrats de service augmentent l&#8217;efficacit\u00e9 du secteur sans que l&#8217;\u00c9tat doive renoncer \u00e0 la rente p\u00e9troli\u00e8re;\u00a0&#8211; monopole sur les ressources et contrats de partage de production ou concessions. L&#8217;investisseur vend le p\u00e9trole extrait et touche une partie de la rente p\u00e9troli\u00e8re; l&#8217;autre revient \u00e0 l&#8217;\u00c9tat sous forme de redevances de concession. L&#8217;investisseur supporte tout le risque de l&#8217;investissement;\u00a0&#8211; propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des ressources et de l&#8217;industrie d&#8217;exploitation. L&#8217;\u00c9tat renonce \u00e0 la rente des ressources \u00e9nerg\u00e9tiques, qui revient enti\u00e8rement \u00e0 l&#8217;investisseur. Dans le secteur p\u00e9trolier, aucun \u00c9tat ne conna\u00eet ce r\u00e9gime. Du point de vue de l&#8217;investisseur, ce serait le syst\u00e8me le plus efficace et celui qui incite le plus \u00e0 s&#8217;engager. Toutefois, c&#8217;est aussi celui dans lequel le contr\u00f4le des pouvoirs publics sur l&#8217;utilisation des recettes, y compris la rente p\u00e9troli\u00e8re, est le plus limit\u00e9.\u00a0 \u00a0Outre le r\u00e9gime des investissements, il faut op\u00e9rer une autre distinction: l&#8217;entreprise de service ou l&#8217;investisseur est-il choisi selon une proc\u00e9dure non discriminatoire, ou bien seuls les investisseurs nationaux, voire un unique investisseur d&#8217;\u00c9tat, sont-ils admis? Dans les \u00c9tats de l&#8217;UE, la non-discrimination fait partie de l&#8217;acquis communautaire et d\u00e9coule de la libre circulation des capitaux. Dans les pays de l&#8217;OCDE, elle est tr\u00e8s r\u00e9pandue mais n&#8217;a pas de caract\u00e8re contraignant. \u00c0 l&#8217;OMC, les investissements font partie de l&#8217;Accord g\u00e9n\u00e9ral sur le commerce des services (AGCS). L&#8217;acc\u00e8s non discriminatoire n&#8217;est, toutefois, garanti que si un \u00c9tat a pris, volontairement, un engagement sp\u00e9cifique \u00e0 cet \u00e9gard dans un domaine d\u00e9termin\u00e9. Dans le secteur de l&#8217;\u00e9nergie, seuls quelques-uns l&#8217;ont fait. Cette probl\u00e9matique est, toutefois, \u00e0 l&#8217;ordre du jour du cycle de Doha en cours. L&#8217;int\u00e9gration aux n\u00e9gociations d&#8217;un accord multilat\u00e9ral autonome sur les investissements a \u00e9t\u00e9 combattue avec succ\u00e8s par les pays en d\u00e9veloppement, qui ne veulent pas c\u00e9der leur souverainet\u00e9 sans partage dans ce domaine.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nPour assurer l&#8217;approvisionnement p\u00e9trolier, il serait souhaitable que l&#8217;exploitation soit r\u00e9gie au moins par des contrats de service, de partage de production ou de concession partout dans le monde et qu&#8217;ils soient ouverts aux plus offrants et aux conditions les moins discriminatoires qui soient. Ce cadre juridique serait id\u00e9al pour garder une r\u00e9serve de capacit\u00e9 de production aussi importante que possible pour faire face \u00e0 toutes les situations, ce qui permettrait un fonctionnement optimal du march\u00e9 des investissements. On peut pr\u00e9sumer que l&#8217;OMC est le forum appropri\u00e9 pour traiter cette question \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle globale. Pour donner \u00e0 ces n\u00e9gociations une chance d&#8217;aboutir au plan politique, il faudrait, cependant, d\u00e9finir le processus et les principes \u00e0 suivre avant que les grands pays producteurs de p\u00e9trole n&#8217;entrent \u00e0 l&#8217;OMC car, une fois admis, ils pourraient bloquer toute initiative allant en ce sens.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<a class=\"inline-footnote__anchor\">Encadr\u00e9 1: Relation entre la rente p\u00e9troli\u00e8re et l&#8217;horizon statique des r\u00e9serves<\/a> Selon les principes de l&#8217;\u00e9conomie de march\u00e9, le prix est \u00e9gal au co\u00fbt marginal, c&#8217;est-\u00e0-dire aux co\u00fbts du producteur le plus cher qui soit encore sur le march\u00e9. Les producteurs meilleur march\u00e9 obtiennent donc la diff\u00e9rence entre leurs co\u00fbts et le co\u00fbt marginal sous la forme d&#8217;une rente, appel\u00e9e rente p\u00e9troli\u00e8re. Le co\u00fbt marginal d\u00e9termine \u00e9galement l&#8217;horizon statique des r\u00e9serves \u00e9nerg\u00e9tiques, c&#8217;est-\u00e0-dire le nombre d&#8217;ann\u00e9es pendant lequel elles seront encore disponibles si la consommation et les co\u00fbts marginaux actuels restent constants. Actuellement, l&#8217;horizon statique est d&#8217;un peu plus de 40 ans \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle mondiale. Des co\u00fbts marginaux sup\u00e9rieurs entra\u00eenent un allongement de cette dur\u00e9e et une augmentation de la rente p\u00e9troli\u00e8re.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Toute flamb\u00e9e des prix du p\u00e9trole fait na\u00eetre la crainte de voir cette ressource indispensable se rar\u00e9fier, voire s&#8217;\u00e9puiser. La hausse des prix sur le march\u00e9 est le reflet d&#8217;insuffisances. On observe, cependant, que les ressources p\u00e9troli\u00e8res n&#8217;en ont encore jamais souffert. 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