{"id":155464,"date":"2006-03-01T12:00:00","date_gmt":"2006-03-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2006\/03\/romerio-2\/"},"modified":"2023-08-24T01:24:49","modified_gmt":"2023-08-23T23:24:49","slug":"romerio-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2006\/03\/romerio-2\/","title":{"rendered":"Analyse et gestion du risque dans le secteur de l&#8217;\u00e9nergie"},"content":{"rendered":"<p>Cet article tente d&#8217;appr\u00e9hender les probl\u00e8mes de l&#8217;\u00e9nergie et leurs implications socio-\u00e9conomiques et environnementales dans l&#8217;optique du risque. D&#8217;une part, il \u00e9voque les grands enjeux de l&#8217;\u00e9nergie et met en \u00e9vidence la dimension du risque dans ce domaine. D&#8217;autre part, il esquisse le concept de risque en effectuant une synth\u00e8se interdisciplinaire des diff\u00e9rentes approches. La question de la diversification et de la flexibilit\u00e9 des approvisionnements \u00e9nerg\u00e9tiques fait l&#8217;objet d&#8217;un d\u00e9veloppement particulier. Bien que ces probl\u00e8mes soient sujets \u00e0 controverse, il peuvent \u00eatre abord\u00e9s de mani\u00e8re constructive si on sait mettre en doute ses propres opinions tout en respectant celles des autres.<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/200603_08_Romerio_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"247\" \/>&#13;<\/p>\n<h2>Un enjeu pour la soci\u00e9t\u00e9 et l&#8217;environnement<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa soci\u00e9t\u00e9 n&#8217;est pas concevable sans \u00e9nergie. On dit qu&#8217;elle est le sang de l&#8217;\u00e9conomie. Son importance pour le d\u00e9veloppement, la croissance \u00e9conomique et le progr\u00e8s technologique a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e dans de nombreuses \u00e9tudes. L&#8217;\u00e9mergence des grands pays en d\u00e9veloppement est en train de le reconfirmer. Toutefois, les relations entre consommation d&#8217;\u00e9nergie, croissance et d\u00e9veloppement ne sont pas d\u00e9terministes. Jos\u00e9 Goldemberg rel\u00e8ve que \u00abl&#8217;hypoth\u00e8se selon laquelle l&#8217;am\u00e9lioration du bien-\u00eatre implique une forte augmentation de la consommation d&#8217;\u00e9nergie ne devrait pas \u00eatre accept\u00e9e aveuglement\u00bb. Pour un m\u00eame niveau de d\u00e9veloppement humain, il peut exister diff\u00e9rents niveaux de consommation d&#8217;\u00e9nergie. Il faut donc aborder ces probl\u00e8mes avec beaucoup de nuances, sans perdre, \u00e9videmment, de vue la question environnementale, \u00e0 laquelle l&#8217;\u00e9nergie est en grande partie li\u00e9e.&#13;<\/p>\n<h2>\u00c9nergie et risque<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL&#8217;analyse du risque se pr\u00eate particuli\u00e8rement bien \u00e0 l&#8217;\u00e9tude des probl\u00e8mes \u00e9nerg\u00e9tiques. Les implications pour la croissance, le d\u00e9veloppement et l&#8217;environnement, qu&#8217;on vient de rappeler, peuvent \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9es en termes de risques socio\u00e9conomiques et environnementaux, g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par la transformation et la consommation d&#8217;\u00e9nergie. Il s&#8217;agit l\u00e0 de risques majeurs dont la gestion d\u00e9bouche sur des probl\u00e8mes extr\u00eamement complexes.\u00a0Plusieurs facteurs peuvent influencer l&#8217;approvisionnement \u00e9nerg\u00e9tique:\u00a0&#8211; les limites naturelles, notamment la disponibilit\u00e9 de ressources;\u00a0&#8211; les capacit\u00e9s technologiques et les infrastructures, y compris la R&amp;D;\u00a0&#8211; les conditions \u00e9conomiques: prix, organisation des march\u00e9s, variables macro\u00e9conomiques;\u00a0&#8211; le climat politique: strat\u00e9gies des gouvernements et des groupes de pressions;\u00a0&#8211; la soci\u00e9t\u00e9, par exemple les styles de vie, qui ont un impact important sur la consommation, ou les mouvements d&#8217;opposition contre certains projets dans le domaine \u00e9nerg\u00e9tique.\u00a0 \u00a0L&#8217;actualit\u00e9 nous rappelle r\u00e9guli\u00e8rement ces risques, comme:\u00a0&#8211; la destruction des infrastructures provoqu\u00e9es par les catastrophes naturelles, cons\u00e9quences elles-m\u00eames possibles des changements climatiques;\u00a0&#8211; les pannes d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9, fruits de r\u00e9glementations obsol\u00e8tes;\u00a0&#8211; les tensions sur le march\u00e9 du p\u00e9trole, qui provoquent l&#8217;envol des prix et affectent la croissance.\u00a0 \u00a0En outre, depuis le 11 septembre, le risque associ\u00e9 \u00e0 certaines infrastructures sensibles a pris une autre dimension.&#13;<\/p>\n<h2>\u00c9valuation du risque<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes risques doivent \u00eatres \u00e9valu\u00e9s dans une optique interdisciplinaire. Les synth\u00e8ses des outils d&#8217;analyse du risque permettent de mieux utiliser la richesse conceptuelle des diff\u00e9rentes disciplines. Une telle approche a, en outre, l&#8217;avantage de tenir compte des nombreux aspects du probl\u00e8me.\u00a0Le risque d\u00e9signe l&#8217;apparition \u00e9ventuelle d&#8217;un \u00e9v\u00e9nement aux cons\u00e9quences n\u00e9gatives. Ceux-ci sont souvent de plusieurs types, ce qui oblige \u00e0 un choix et donc \u00e0 l&#8217;\u00e9tude du risque relatif.\u00a0Le risque est d\u00e9fini par un al\u00e9a et les cons\u00e9quences provoqu\u00e9es par son occurrence. L&#8217;al\u00e9a repr\u00e9sente la probabilit\u00e9 d&#8217;occurrence d&#8217;un \u00e9v\u00e9nement. Il se caract\u00e9rise par sa nature et dans certains cas par sa magnitude. Certains al\u00e9as sont ind\u00e9pendants de la volont\u00e9 humaine, d&#8217;autres peuvent \u00eatre influenc\u00e9s de diff\u00e9rentes mani\u00e8res. L&#8217;occurrence de l&#8217;al\u00e9a affecte les \u00e9l\u00e9ments \u00e0 risque, c&#8217;est-\u00e0-dire l&#8217;environnement, la population, les relations \u00e9conomiques, sociales et politiques ainsi que les infrastructures. Pour \u00e9valuer les pertes que de tels \u00e9l\u00e9ments pourraient subir, on peut prendre en consid\u00e9ration leur vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux dommages. On peut aussi introduire le concept de capacit\u00e9 ou de r\u00e9silience, qui \u00e9value leur propension \u00e0 surmonter une \u00e9preuve.\u00a0Par exemple, \u00e0 l&#8217;origine de l&#8217;accident de Tchernobyl il y a eu un al\u00e9a humain et technique. La vuln\u00e9rabilit\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments \u00e0 risque \u00e9tait \u00e9lev\u00e9e \u00e0 cause:\u00a0&#8211; des sp\u00e9cificit\u00e9s de l&#8217;installation (technologie);\u00a0&#8211; des propri\u00e9t\u00e9s des radiations ionisantes (environnement);\u00a0&#8211; de la d\u00e9sint\u00e9gration de l&#8217;Union sovi\u00e9tique et des crises qui ont suivi (socio-\u00e9conomie);\u00a0&#8211; du mod\u00e8le industriel et plus particuli\u00e8rement \u00e9nerg\u00e9tique sovi\u00e9tique, marqu\u00e9 par la centralisation, l&#8217;inefficacit\u00e9 et une optique productiviste.\u00a0 \u00a0La capacit\u00e9 de faire face \u00e0 l&#8217;accident \u00e9tait donc faible.&#13;<\/p>\n<h2>Quelques approfondissements<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes interactions entre vuln\u00e9rabilit\u00e9 et capacit\u00e9 peuvent engendrer des ph\u00e9nom\u00e8nes de \u00abdestruction cr\u00e9atrice\u00bb. Une catastrophe peut ainsi repr\u00e9senter un facteur de progr\u00e8s, gr\u00e2ce aux mesures socio\u00e9conomiques adopt\u00e9s pour surmonter la crise. On peut aussi imaginer une situation o\u00f9 la p\u00e9nurie stimule la R&amp;D et donne lieu \u00e0 une perc\u00e9e technologique. Au contraire, la d\u00e9couverte de ressources naturelles peut engendrer des dynamiques n\u00e9gatives. Citons, \u00e0 cet \u00e9gard, le fameux \u00absyndrome hollandais\u00bb,1 autrement dit la d\u00e9sindustrialisation que la d\u00e9couverte de gaz ou de p\u00e9trole peut faire na\u00eetre.\u00a0L&#8217;apparition de certains al\u00e9as, associ\u00e9e \u00e0 une forte vuln\u00e9rabilit\u00e9 et une faible capacit\u00e9, peut engendrer des catastrophes. On est alors confront\u00e9 \u00e0 des risques majeurs entra\u00eenant des pertes extraordinaires. Le risque est une fonction complexe du temps et de l&#8217;espace. L&#8217;al\u00e9a appara\u00eet de mani\u00e8re quasi instantan\u00e9e ou relativement lentement. Ses cons\u00e9quences peuvent \u00eatre \u00e0 court, moyen et long terme, n&#8217;avoir qu&#8217;une diffusion locale ou, au contraire, concerner une r\u00e9gion enti\u00e8re ou m\u00eame la plan\u00e8te. Il engendre des instabilit\u00e9s et des irr\u00e9versibilit\u00e9s. Dans de nombreux cas, le concept d&#8217;\u00e9quilibre n&#8217;est pas tr\u00e8s appropri\u00e9 pour \u00e9tudier ces ph\u00e9nom\u00e8nes.\u00a0Pour estimer l&#8217;al\u00e9a, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 et la capacit\u00e9, il faut \u00e9tudier des syst\u00e8mes naturels, techniques, socio\u00e9conomiques et politiques complexes. Les marges d&#8217;incertitude sont souvent \u00e9lev\u00e9es. Par ailleurs, il est impossible de d\u00e9finir et quantifier un seul indicateur synth\u00e9tique de risque, pouvant rendre compte de ph\u00e9nom\u00e8nes tr\u00e8s diff\u00e9rents, de nature environnementale, technologique, \u00e9conomique, etc. \u00c0 l&#8217;heure actuelle, une \u00e9valuation globale du risque ne peut se faire qu&#8217;\u00e0 travers une approche qualitative.&#13;<\/p>\n<h2>Attitudes envers le risque<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nIl est tr\u00e8s important de comprendre l&#8217;attitude des individus envers le risque et ses composantes. En effet, elle influence profond\u00e9ment les d\u00e9cideurs, les experts et le public, aussi bien dans le cas o\u00f9 l&#8217;on suppose un comportement rationnel, que dans celui o\u00f9 l&#8217;on \u00e9tudie le comportement r\u00e9el de l&#8217;individu. La th\u00e9orie de l&#8217;utilit\u00e9 esp\u00e9r\u00e9e suppose qu&#8217;un individu \u00e9value un probl\u00e8me al\u00e9atoire sur la base de:\u00a0&#8211; l&#8217;esp\u00e9rance math\u00e9matique de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement consid\u00e9r\u00e9;\u00a0&#8211; son attitude envers le risque, qui peut \u00eatre risquophobe, risquophile ou neutre.\u00a0La \u00abprospect theory\u00bb en revanche montre que le comportement de l&#8217;individu est influenc\u00e9 par des \u00e9motions, des souvenirs et d&#8217;autres facteurs qui \u00abencadrent\u00bb son processus d\u00e9cisionnel. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, on montre que les individus tendent \u00e0 surestimer les faibles probabilit\u00e9s et \u00e0 sous-estimer les probabilit\u00e9s interm\u00e9diaires et \u00e9lev\u00e9es (voir <a title=\"Sur\/sous estimation des probabilit\u00e9s\">graphique 1<\/a&gt;); la d\u00e9sutilit\u00e9 associ\u00e9e aux pertes est plus \u00e9lev\u00e9es que l'utilit\u00e9 associ\u00e9e aux gains de m\u00eame dimension (voir <a title=\"Utilit\u00e9s\/d\u00e9sutilit\u00e9s associ\u00e9es aux gains et aux pertes\">graphique 2<\/a&gt;); les individus ne sont pas concern\u00e9s par les gains et les pertes en soi, mais par leurs variations re-latives. Le refus de certains projets dans le domaine de l'\u00e9nergie, comme les d\u00e9p\u00f4ts de d\u00e9chets radioactifs, peut s'expliquer par ces ph\u00e9nom\u00e8nes, qui am\u00e8nent les individus \u00e0 surestimer l'\u00e9chec (probabilit\u00e9 et d\u00e9sutilit\u00e9) et \u00e0 sous-estimer le succ\u00e8s (probabilit\u00e9 et utilit\u00e9). Daniel Kahneman et Amos Tversky rel\u00e8vent que \u00abm\u00eame les chercheurs exp\u00e9riment\u00e9s sont enclins \u00e0 ce type de biais\u00bb.&#13;\n\n\n<h2>Gestion du risque<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nIl est possible de r\u00e9duire le risque en adoptant des mesures permettant de diminuer la probabilit\u00e9 d&#8217;apparition d&#8217;un al\u00e9a, d&#8217;affaiblir la vuln\u00e9rabilit\u00e9 ou de renforcer la capacit\u00e9. Une plus faible vuln\u00e9rabilit\u00e9 et une plus grande capacit\u00e9 permettent notamment de tol\u00e9rer plus facilement la pr\u00e9sence d&#8217;al\u00e9as.\u00a0La gestion du risque, notamment la recherche de la s\u00e9curit\u00e9 des approvisionnements, repr\u00e9sente un enjeu fondamental pour la politique \u00e9nerg\u00e9tique. Cela conduit \u00e0 d&#8217;abord envisager diff\u00e9rents sc\u00e9narios \u00e9nerg\u00e9tiques, qui explorent l&#8217;avenir. On d\u00e9finit, ensuite, des portefeuilles \u00absatisfaisants\u00bb, en prenant en consid\u00e9ration toute la gamme des risques \u00e9voqu\u00e9s plus haut. Ce ne sont pas des portefeuilles \u00aboptimaux\u00bb, car, dans des situations aussi complexes, il n&#8217;existe pas de d\u00e9cision optimale, comme en micro\u00e9conomie.\u00a0Les portefeuilles \u00e9nerg\u00e9tiques doivent \u00eatre \u00e9quilibr\u00e9s. Il faut miser sur la diversification de l&#8217;approvisionnement, \u00e9viter la d\u00e9pendance excessive envers une mati\u00e8re premi\u00e8re, une technologie ou un fournisseur. Les corr\u00e9lations entre les diff\u00e9rentes \u00e9nergies, par exemple entre le prix du gaz et du p\u00e9trole, doivent \u00eatre soigneusement \u00e9valu\u00e9es. Il ne faut pas perdre de vue l&#8217;int\u00e9r\u00eat des investissements qui sont n\u00e9gativement corr\u00e9l\u00e9s avec d&#8217;autres sources du revenu national, car ils rapportent lorsque la conjoncture est d\u00e9favorable et repr\u00e9sentent ainsi de v\u00e9ritables assurances.\u00a0En outre, les portefeuilles doivent \u00eatre flexibles. Les choix doivent &#8211; dans la mesure du possible &#8211; pouvoir \u00eatre corrig\u00e9s au fur et \u00e0 mesure de la r\u00e9solution des incertitudes. \u00c0 cet \u00e9gard, il faut d\u00e9finir des strat\u00e9gies, c&#8217;est-\u00e0-dire des ensembles de d\u00e9cisions conditionnelles qui d\u00e9terminent les actions \u00e0 accomplir en fonction des circonstances. De mani\u00e8re t\u00e9l\u00e9graphique, en utilisant l&#8217;expression de Ignacio P\u00e9rez-Arriaga et Juli\u00e1n Barqu\u00edn, on peut affirmer: \u00abBe flexible, eclectic but discriminating.\u00bb&#13;<\/p>\n<h2>R\u00f4le de l&#8217;\u00e9tat et du march\u00e9<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa planification du secteur \u00e9nerg\u00e9tique, con\u00e7u comme faisant partie de la d\u00e9fense nationale, appartient de plus en plus au pass\u00e9. Aujourd&#8217;hui on mise sur le march\u00e9 et la concurrence, encadr\u00e9s par le r\u00e9gulateur de la branche, pour garantir un approvisionnement \u00e9nerg\u00e9tique efficient. Les d\u00e9cisions sont prises \u00e0 un niveau d\u00e9centralis\u00e9 par des entreprises publiques et priv\u00e9es. La gestion du risque n&#8217;y \u00e9chappe pas et d\u00e9pendra notamment de l&#8217;attitude des d\u00e9cideurs, des co\u00fbts et des b\u00e9n\u00e9fices attendus ainsi que des possibilit\u00e9s de quantification. Afin d&#8217;encourager les d\u00e9cideurs et plus encore la population \u00e0 contribuer \u00e0 la gestion des risques &#8211; ce qui comprend la r\u00e9alisation de portefeuilles \u00e9nerg\u00e9tiques satisfaisants &#8211; , on peut envisager des mesures incitatives ou de \u00abcommande et contr\u00f4le\u00bb, ainsi qu&#8217;une am\u00e9lioration de l&#8217;information.\u00a0En principe, les investisseurs pr\u00e9f\u00e8rent les projets peu intenses en capital, ayant des temps de retour courts, qui engendrent des risques relativement faibles. Si, toutefois, le choix se porte syst\u00e9matiquement sur des \u00e9quipements offrant de telles caract\u00e9ristiques, par exemple sur des turbines \u00e0 gaz, les efforts de diversification de l&#8217;approvisionnement peuvent s&#8217;en trouver frein\u00e9s. Le risque de r\u00e9gulation peut produire le m\u00eame r\u00e9sultat. Par exemple lorsqu&#8217;on ne peut pas exclure que le r\u00e9gulateur, en changeant les r\u00e8gles du jeu, s&#8217;approprie une part des r\u00e9serves des investisseurs. Producteurs et consommateurs peuvent, cependant, \u00eatre orient\u00e9s dans la direction souhait\u00e9e \u00e0 travers un concept appropri\u00e9 de r\u00e9gulation et de march\u00e9. Les march\u00e9s d&#8217;\u00e9missions et les march\u00e9s verts en sont une excellente illustration. Les mesures incitatives destin\u00e9es \u00e0 promouvoir l&#8217;utilisation rationnelle de l&#8217;\u00e9nergie sont \u00e9galement d&#8217;un int\u00e9r\u00eat fondamentale, car, en faisant baisser l&#8217;intensit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique3, elles consolident le d\u00e9veloppement \u00e9conomique.\u00a0Le syst\u00e8me des concessions ou des licences permet d&#8217;am\u00e9liorer la diversification en autorisant l&#8217;\u00c9tat \u00e0 intervenir plus directement et en limitant l&#8217;investissement dans certaines fili\u00e8res \u00e9nerg\u00e9tiques. On peut \u00e9ventuellement envisager de renoncer purement et simplement \u00e0 une fili\u00e8re, si les autorit\u00e9s ou les citoyens en d\u00e9cident ainsi, \u00e0 cause des risques r\u00e9els ou imaginaires qu&#8217;elle suscite. La perception du risque peut \u00eatre influenc\u00e9e par l&#8217;information, mais d&#8217;abord il faut \u00eatre pr\u00eat \u00e0 respecteur l&#8217;optique de l&#8217;autre. L&#8217;objectif reste, cependant, de r\u00e9duire le risque, en agissant sur les al\u00e9as, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 et la capacit\u00e9.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nIl faut adopter une approche int\u00e9gr\u00e9e du risque, notamment des risques majeurs, ce qui signifie, du point de vue de l&#8217;analyse, savoir les appr\u00e9hender dans leur ensemble et du point de vue de la gestion, affronter les probl\u00e8mes globalement, en int\u00e9grant les diff\u00e9rents acteurs. Dans cette perspective, il faut d\u00e9velopper la recherche interdisciplinaire, et plus particuli\u00e8rement d\u00e9finir des concepts et des outils d&#8217;analyse qui s&#8217;appliquent \u00e0 l&#8217;ensemble de la probl\u00e9matique. Il ne faut pas sous-estimer les difficult\u00e9s m\u00e9thodologiques, qui proviennent de la complexit\u00e9 et des incertitudes, ainsi que des limites de la quantification.\u00a0Ceci est particuli\u00e8rement important dans le domaine de l&#8217;\u00e9nergie, car dans l&#8217;avenir on pourra assister \u00e0 des bouleversements, avec des r\u00e9percussions socio\u00e9conomiques difficilement pr\u00e9visibles. La croissance \u00e9conomique mondiale et l&#8217;\u00e9mergence des puissance asiatiques posent, en effet, la question de l&#8217;\u00e9puisement des \u00e9nergies fossiles; on pourrait m\u00eame assister \u00e0 leur gel en raison des changements climatiques. Il faut, enfin, faire face \u00e0 une large gamme de risques de type environnemental, technologique, socio \u00e9conomique et politique.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<a title=\"Sur\/sous estimation des probabilit\u00e9s\">Graphique 1 \u00abSur\/sous estimation des probabilit\u00e9s\u00bb<\/a>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<a title=\"Utilit\u00e9s\/d\u00e9sutilit\u00e9s associ\u00e9es aux gains et aux pertes\">Graphique 2 \u00abUtilit\u00e9s\/d\u00e9sutilit\u00e9s associ\u00e9es aux gains et aux pertes\u00bb<\/a>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<a class=\"inline-footnote__anchor\">Encadr\u00e9 1: R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/a> &#8211; Kahneman D. et Tversky A., \u00abProspect theory: An analysis of decision under risk\u00bb, Econometrica, 47, 1979, p. 263-291.- Romerio F., Risk analysis in the field of energy problems, Rapports de recherche du Cuepe n\u00b0 6, 2005. Disponible sur Internet sous <a href=\"http:\/\/www.unige.ch\/cuepe\/html\/biblio\/pdf\/RapRech_Risk\">www.unige.ch\/cuepe\/html\/biblio\/pdf\/RapRech_Risk<\/a><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article tente d&#8217;appr\u00e9hender les probl\u00e8mes de l&#8217;\u00e9nergie et leurs implications socio-\u00e9conomiques et environnementales dans l&#8217;optique du risque. D&#8217;une part, il \u00e9voque les grands enjeux de l&#8217;\u00e9nergie et met en \u00e9vidence la dimension du risque dans ce domaine. D&#8217;autre part, il esquisse le concept de risque en effectuant une synth\u00e8se interdisciplinaire des diff\u00e9rentes approches. 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